Bonjour à toutes et à tous ! Je suis ravie de venir aujourd'hui vous présenter la suite. Un peu … innovante je dirais. J'espère que vous aimerez.

Merci beaucoup à toutes les personnes qui commentent, qui aiment la fic, qui la suivent, qui me suivent aussi et tous les lecteurs anonymes. Je suis absolument ravie chaque dimanche de voir que ma fic suscite tant d'engouement chez certains. J'en suis très honorée. Cette histoire était avant tout pour moi. Je n'avais pas l'intention de la publier à l'origine. Mais voir que mon imagination est appréciée m'enchante vraiment. Merci :)

Les théories que certaines émettent sont terriblement amusantes pour moi ! Que ce soit l'auteur de l'opération, la présence de Vinky, la silhouette dans la forêt, les centaures ! J'adore vos idées ;)

ladyoscar : d'abord, merci beaucoup pour tes jolis compliments, j'en suis ravie ! Quand j'ai lu ton double commentaire, j'ai beaucoup ri et tu te poses les bonnes questions, je pense. Je n'ajouterai rien au risque de trop t'influencer xD Vinky est très appréciée, c'est amusant ! Pour le POV de Severus, j'en ai fait un autre dans le chapitre là. Bonne lecture et merci encore.

Loulou : merci à toi aussi pour ton commentaire. Je suis très touchée par ton avis sur mon écriture. Vinky encore une fois est très aimée, ce n'était pourtant pas voulu ^^ Ah, l'auteur de l'opération : grande question et grand débat. Bonne lecture et merci beaucoup pour ton commentaire.

Bonne lecture et merci à vous tous !


Décembre s'écoula tranquillement et la nouvelle année survint. Hermione adorait la relation qu'elle entretenait avec ses élèves. Elle avait commencé à préparer des programmes de révision pour ceux qui passaient les BUSE en fin d'année. Quelques Serdaigles et Poufsouffles lui avaient demandé des fiches de cours pour approfondir certains points, ce qu'Hermione s'était empressée de faire. Elle avait enfin trouvé son rythme de travail. Elle avait peu de temps pour elle mais ça lui convenait. Quand elle trouvait un créneau, elle allait chez Severus. L'homme restait lui-même, sans surprise. Leur relation amicale leur convenait bien. Parfois, Vinky surgissait chez Severus et empruntait un ouvrage non sans saluer la dame du Maître. Hermione s'en amusait toujours, ravie de voir l'elfe mais Severus se fermait rapidement après ses visites.

L'homme était devenue une curiosité pour la jeune femme. Elle savait qu'elle le connaissait assez pour comprendre ses états d'âme mais parfois, il agissait de telle manière qu'Hermione était perdue. Dans ces moments là, elle partait pour revenir quelques jours plus tard. Severus allait de nouveau bien. Elle aurait aimé qu'il lui confie ses tracas mais elle n'osait pas demandé. Elle n'était même pas sûre qu'il lui réponde gentiment d'ailleurs. Un jour, la jeune femme était restée plusieurs heures chez lui à cause d'un débat animé à propos d'un livre qu'elle venait de terminer. Severus s'était farouchement opposé à son point de vue tandis qu'Hermione défendait bec et ongle chacune de ses idées. Finalement, ils avaient mangé ensemble ce soir-là dans les appartements de Severus, l'estomac vide.

Hermione aimait beaucoup se rendre chez lui et chaque fois qu'elle s'en rendait compte, les paroles de Vinky revenaient dans son esprit. La jeune femme ne pouvait s'empêcher de penser au fil du temps que l'elfe souhaitait qu'Hermione devienne véritablement la compagne de Severus. N'avait-elle pas été claire le jour de leur rencontre ? Cela tracassait la jeune femme, à la fois embarrassée qu'il puisse se passer quelque chose et assez curieuse d'imaginer cet homme en couple. Parfois, elle hésitait à lui demander mais elle savait qu'il se braquerait inévitablement. Alors la question restait en suspens dans son esprit.

Le jour où les choses changèrent fut un froid matin de janvier. Hermione arpentait les couloirs de Poudlard et devait rendre visite à Neville pour lui fournir les livres qu'il avait commandé. Elle devait donc faire des détours monstrueux dans le château pour distribuer chacune des commandes aux sorciers. Hermione marchait prudemment lorsque les dalles glacées du château brillaient. Elle avait déjà glissé sur le sol durant sa scolarité. Elle parvint à descendre les marches menant au hall où se trouvaient les sabliers colorés et descendit les marches extérieures. Hermione se dirigea donc d'un pas vif vers les serres. Elle espérait que Neville serait dans la première, elle ne souhaitait pas courir jusqu'à la dernière, près de la cabane de Hagrid. Soufflant sous l'effort, elle suivit le chemin de terre et gémit en poussant de l'épaule la porte de la première serre.

A l'intérieur se trouvaient justement Neville et le professeur Chourave.

-Merlin merci, vous êtes là, soupira-t-elle lourdement en entrant.

Hermione lâcha les livres sur la première table libre qu'elle vit.

-Salut, Hermione. Tu m'aurais dit ce soir au dîner que mes livres étaient arrivés, je serai allé les chercher moi-même, l'informa Neville, l'œil brillant devant les ouvrages.

-Ne t'en fais pas, c'est mon travail. Bonjour, professeur Chourave, ajouta Hermione en souriant à la femme.

-Bonjour, Miss Granger, la salua-t-elle, un pot de fleur devant elle.

Hermione haussa un sourcil en voyant une fleur bouger vivement pour tenter d'attraper le doigt du professeur entre ses pétales. La jeune femme plissa les yeux quand elle crut voir l'éclat d'une dent blanche.

-Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-elle, curieuse.

-Une création ! fit Neville avec fierté. En réalité, c'était un pur hasard. Je me suis trompé en accouplant une plante carnivore avec un bégonia ensorcelé. Ça a donné ceci.

Hermione rit doucement en secouant la tête devant l'air perplexe de Neville.

-Il va falloir lui trouver un nom, s'enquit Pomona en leur jetant un coup d'œil heureux.

-Je vous laisse en trouver un alors, fit Hermione. Je dois retourner à la bibliothèque. Oh, Neville ?

-Oui ?

-Des nouvelles des centaures ? s'enquit-elle, curieuse.

Neville leva les yeux d'un air songeur et repoussa de sa main gantée une mèche collée à son front.

-Toujours dans le même état. Hagrid a aperçu Firenze dans la forêt mais les centaures n'admettent pas qu'il parle à des humains. Firenze pourrait avoir d'autres problèmes.

-D'accord, marmonna Hermione, perplexe. Merci.

Elle retrouva le sourire et leur fit un bref signe de tête. Les botanistes la saluèrent gaiement et retournèrent avec entrain à leur création. Hermione leva les yeux au ciel. Elle ne comprendrait jamais leur engouement.

Elle quitta la serre et emprunta encore le chemin de terre en direction des marches extérieures du château. Cette histoire de centaures l'intriguait beaucoup. Il n'était pas habituel que le troupeau de centaures de la forêt s'agite autant. Il devait y avoir une raison mais elle lui échappait.

Songeant à ce problème, Hermione repensa naturellement à la discussion qu'elle avait eu avec Severus au sujet de Bellatrix. Plus elle y songeait et plus la jeune femme se persuadait que la femme était forcément l'auteur de son opération. Elle était au Manoir cette nuit là. Elle avait assez de folie en elle pour vouloir punir Hermione pour son sang moldu et elle avait accès aux travaux de Severus. Personne n'avait survécu, Bellatrix aurait pu penser qu'elle n'allait pas vivre très longtemps. Dans l'esprit de cette femme, cette opération aurait pu être un acte de torture psychologique. Elle avait très bien réussi, pensa Hermione. Elle soupira et releva la tête sur le chemin de terre.

La jeune femme ralentit cependant quand elle aperçut sur le chemin parallèle au sien une femme cheminer jusqu'à l'entrée de Poudlard. Hermione haussa un sourcil sans ralentir et parvint aux marches du château. Cependant, elle s'arrêta et attendit que la femme parvienne à son niveau.

Lorsqu'elle fut devant elle, la femme s'arrêta et elles se dévisagèrent. L'étrangère n'était pas belle. Ses longs cheveux blancs étaient encore parsemés de fils noirs, son visage à la peau pâle était émacié, son nez semblait trop long et ses yeux arborait une teinte noir terne. Elle devait avoir largement la soixantaine même si son corps filiforme la rajeunissait quelque peu.

Hermione lui sourit gentiment et commença :

-Bonjour, je peux vous aider ?

La femme détourna le regard, cherchant quelque chose puis revint sur elle.

-Je cherche les appartements de Severus Rogue, révéla-t-elle.

Surprise par la requête, elle ne trouva rien à dire. La faible voix de son interlocutrice était posée et calme. Mais Hermione sentait la nervosité de la femme, comme si elle n'était pas à sa place. La jeune sorcière se racla la gorge, un peu mal à l'aise avant de se reprendre.

-Je peux vous y conduire, proposa-t-elle d'une voix douce.

Hermione avait l'impression que parler trop fort risquerait de l'effrayer. La femme acquiesça sans rien dire et Hermione ouvrit la marche.

Le chemin fut long car elle n'osait rien demander tandis qu'elle extrapolait plein d'hypothèses surprenantes sur l'identité de cette femme. Celle-ci ne disait rien non plus, observant simplement les lieux et scrutant parfois Hermione quand elle ne l'observait pas.

Elles parvinrent dans l'étroit couloir menant aux appartements de Severus et Hermione leva une main vers celle-ci.

-C'est ici. Je pense qu'il est là, il sort peu en fait, ajouta-t-elle pour elle-même.

La femme eut une expression qu'Hermione ne sut identifier. La jeune sorcière tourna son regard sur la porte et s'apprêtait à partir quand la voix sourde de Severus se fit entendre de l'autre côté, comme s'il passait justement derrière :

-Ne restez pas plantée dehors, Granger.

Hermione haussa un sourcil, se demanda vaguement comment il savait qu'elle était là et se décida à ouvrir la porte pour expliquer la situation. Cependant, celle-ci s'ouvrit d'elle-même, Severus derrière. Il y eut un instant de flottement durant lequel tout le monde s'observa silencieusement. Severus écarquilla soudainement les yeux et lâcha d'une voix faible :

-Maman ?

Hermione tomba des nues et braqua son regard sur la femme qu'elle avait accompagnée. Voila pourquoi elle la trouvait étrange. C'était sa ressemblance avec … son fils. La stupeur la paralysa sur place.

Le visage de la femme, Eileen, se fendit d'un faible sourire et ses yeux s'illuminèrent d'espoir.

-Ton père est mort, révéla-t-elle sans préambule.

Hermione haussa les sourcils, complètement perdue. Elle se tourna vers Severus, ne sachant comment il allait réagir à cette nouvelle. L'homme ouvrit la bouche mais ne dit rien. Il sembla soudain réaliser qu'Hermione était là car il lui aboya dessus :

-Dégagez.

La jeune femme n'eut pas le temps de penser à répondre qu'elle recula d'un pas. Eileen passa devant elle et entra dans les appartements de Severus tandis que son fils lui tenait la porte. Celle-ci claqua sèchement dans l'air froid du couloir, laissant Hermione seule et totalement ébahie.


Hermione ne savait que faire. Il était assez tard et l'image de la mère de Severus restait dans son esprit. Elle avait été incapable de se concentrer de la journée tant la curiosité et l'inquiétude la tenaient. Elle se posait plein de questions sur la raison de la présence de Eileen, sur son visage nerveux, sur l'histoire de la famille Rogue en fait. Hermione se mordilla un ongle, pensive. Avec l'histoire du livre du Prince de Sang-mêlé, elle avait fait des recherches pour connaître l'identité de ce Prince. A l'époque, la désinvolture d'Harry exaspérait la jeune femme alors ses investigations l'avaient menée à une femme : Eileen Prince. Elle avait été la gagnante de concours de Bavboule, se souvint Hermione avant de disparaître des registres à sa sortie de Poudlard. Plus tard, Hermione avait découvert qu'Eileen avait épousé Tobias Rogue dont Severus fut l'enfant. La jeune femme n'avait jamais vraiment approfondi le sujet, considérant leur histoire de famille comme intime. Mais plus que jamais, Hermione aurait aimé en savoir plus.

Finalement, elle soupira lourdement et décida de méditer un peu. Elle faisait son possible pour tenter d'entrer en contact avec sa magie mais plus le temps passait et moins elle gardait espoir. La jeune femme ferma cependant les yeux, assise dans son confortable canapé et un vieux plaid sur ses épaules. Hermione tenta de ne penser à rien et de faire le vide tout en respirant profondément. Cet état lui arrivait de plus en plus souvent. Quand elle parvenait à se détendre, elle réussissait plutôt bien l'exercice pensait-elle.

Elle en oublia quelques instants le lieu où elle se trouvait et surtout l'animal qui lui servait de compagnie occasionnelle. Alors quand Pattenrond fit tomber une pile de livres, Hermione sursauta vivement, chercha sa baguette en un réflexe venu d'années de combat et sentit pour la première fois la magie courir dans ses veines.

Les yeux écarquillés, Hermione resta stupidement immobile, le souffle coupé et le cœur battant. Elle l'avait sentie. Elle était sûre et certaine de l'avoir sentie. La jeune femme n'osa pas bouger avant quelques minutes. La sensation avait disparu mais elle était persuadée d'avoir ressenti cette magie qui coulait en elle. Elle se releva lentement et réfléchit. La méditation n'avait pas vraiment marché, comprit-elle rapidement. Ce qui avait déclenché cette impression, c'était son instinct. Elle avait voulu se défendre dans sa surprise et avait fait appel inconsciemment à cette magie. Mais elle n'avait pas formulé de sortilège car l'absence de sa baguette l'avait figée.

Hermione éclata de rire et fit une brève et idiote danse de la joie. Pattenrond au loin observait sa maîtresse d'un air nonchalant.

-Oh, j'ai réussi ! J'ai réussi ! Je suis une sorcière ! s'écriait-elle.

Éperdue de bonheur, elle sautilla sur place avant de courir chercher sa cape puis voulut quitter ses appartements. Cependant, elle se souvint que Rogue avait eu la visite de sa mère. Peut-être était-elle encore chez lui d'ailleurs. Cela eut le mérite de calmer Hermione.

-Peu importe. J'ai senti ma magie, murmura-t-elle pour elle.

Hermione sortit en courant. Quand elle parvint au couloir étroit des appartements de Severus, elle hésita franchement à faire demi-tour. Mais elle abdiqua en sachant que lui aussi serait sans doute content de savoir que sa théorie fonctionnait. Alors Hermione frappa deux coups francs contre la porte qui s'entrouvrit.

La jeune femme eut un sourire et s'engouffra dans les quartiers de Severus. L'homme était assis devant le feu ronflant, un verre d'alcool ambré à la main et le regard perdu dans les flammes. Hermione lâcha son sac, jeta sa cape et le bruit attira l'œil de Rogue. Son visage se ferma.

-Si vous êtes là pour parler de ce que vous avez vu dans l'après-midi …

-J'ai senti ma magie ! cria-t-elle, un large sourire sur le visage.

Immédiatement, le visage sombre de Severus s'éclaira. Hermione perçut un éclat d'intérêt dans son regard ce qui l'incita à rejoindre l'homme sur le canapé en face de lui. Elle ne se tenait plus, ravie de la sensation qu'elle avait eu.

-Je faisais de la méditation, commença-t-elle d'une voix vive. D'habitude, ça ne marche pas. Mais là, mon chat a fait tomber des livres par terre. J'ai eu peur alors j'ai voulu me défendre, pensant qu'il y avait quelqu'un. Au moment où j'ai voulu sortir ma baguette, je l'ai sentie ! Elle était là, je l'ai sentie dans mes veines.

Rogue posa son verre sur la table basse et se pencha vers elle.

-Quelle était cette sensation ?

-Comme le jour où j'ai trouvé ma baguette chez Ollivander, comme le jour où j'ai réussi à faire mon premier sortilège, comme le jour où j'ai produit un Patronus corporel, comme chaque fois que j'ai la volonté de me servir de ma magie, débita-t-elle, le ton emporté.

-Ça a duré longtemps ?

-Quelques secondes ! s'exclama-t-elle, ravie. Juste assez pour me rendre compte que personne n'était chez moi et que je ne risquais rien. Juste assez pour comprendre que je n'avais plus de baguette et qu'il était inutile de vouloir me défendre.

-Votre volonté à vous servir de la magie vous a aidé à la sentir, marmonna-t-il, pensif. Où avez-vous senti le courant ?

Hermione y réfléchit intensément, le regard perdu.

-Dans mes veines. Mes bras et mes jambes surtout. J'ai cru que ça me montait à la tête un instant.

-Vous devez absolument poursuivre ce que vous avez commencé et retrouver cette sensation. Quand vous arriverez à la sentir longuement, vous pourrez choisir l'endroit où le flux doit se faire plus fort. Dès lors, vous pourrez commencer à vous servir à nouveau de la magie.

-Je suis contente ! fit-elle en remuant sans cesse.

Le sourire lumineux sur son visage provoqua un faible amusement chez Severus.

-Merci de m'aider, ajouta-t-elle, la voix pleine de chaleur.

Severus perdit son léger sourire et la dévisagea, soudain pensif. Il murmura presque trop bas :

-Je vous en prie.

Hermione lui offrit encore un grand sourire ravi. Elle pourrait peut-être refaire de la magie un jour. Elle s'adossa au canapé et son regard partit vers la cheminée. A cet instant, elle comprit pourquoi Severus avait fixé ce point si longuement quand elle était entrée. Dans la cheminée brûlait un morceau de papier calciné et racorni par la chaleur.

La jeune femme perdit lentement son sourire et une douceur due à son bonheur émana de sa voix quand elle s'enquit :

-Vous allez bien ?

Severus ne semblait plus aussi virulent que lorsqu'elle était entrée. Il soupira un peu et acquiesça silencieusement. Il semblait soudain fatigué. Hermione se pencha un peu et posa doucement sa main sur son avant-bras. Elle le vit se tendre sensiblement mais ne le relâcha pas. Il posa un regard stupéfait à cette main étrangère puis leva les yeux sur la jeune femme. Son air étonné et presque apeuré l'amusa. Elle lui offrit un autre sourire et souffla :

-Si vous voulez en parler …

Elle retira sa main et s'adossa encore au canapé. Hermione détourna le regard sur le feu brûlant, un sentiment de contentement s'emparant d'elle. Elle sentait du coin de l'œil que Severus avait grandement été perturbé par son geste. Il mit de longues minutes avant de commencer à parler d'une voix ferme mais basse :

-Je n'avais pas vu ma mère depuis une dizaine d'année.

Hermione haussa les sourcils, les yeux écarquillés. Mais elle s'abstint immédiatement de réagir davantage. Si Severus commençait à se confier, il fallait tendre l'oreille.

Cependant, il n'ajouta rien, pensif. Alors, hésitante, elle relança timidement :

-Pour quelle raison ?

Il resta silencieux, le regard posé sur le papier qui brûlait. Il prit une grande inspiration avant de répondre :

-Mon père. Il m'avait interdit de revenir à la maison et ma mère n'avait pas le droit de me voir. C'était un moldu, ajouta-t-il après coup.

Hermione plissa les yeux. Que son père soit d'origine moldue la scia littéralement. Pourquoi Severus avait-il un jour été Mangemort si son propre père était un moldu ? Pourquoi avait-il été pris d'affection pour une née-moldue telle de Lily Evans ?

-Il … il était répugné par la magie. Ma mère et moi avons longtemps été brimés pour nos capacités.

Hermione se mordit la lèvre, jeta un coup d'œil à Severus. Brimés de quelle manière ? Le mot en lui même appelait la violence et la jeune femme n'osa pas imaginer davantage ce que le père de Severus avait pu leur faire. Elle crut donc comprendre son absence de réaction.

-Qu'est-ce que c'est ? Souffla-t-elle en lançant un regard au papier dans la cheminée.

-Son testament … je suis déshérité. Même s'il n'avait rien, ajouta-t-il avec un faible plissement des lèvres.

-Sa mort ne vous affecte pas ? chuchota-t-elle.

Severus tourna vers elle un regard amusé et un rictus moqueur.

-C'est une libération, Hermione.

La jeune femme fut choquée à la fois par ses propos et par son regard franc. Il ne s'adressait pas à elle parce qu'il avait bu ou parce qu'il était triste mais bien parce qu'il voulait qu'elle le sache. Il acceptait qu'elle soit au courant et réaliser cela enflamma le cœur d'Hermione. Elle ne put réprimer un joli sourire vers Severus.

-Elle reviendra au château vous voir ? s'enquit-elle doucement, curieuse.

-Ce week-end, affirma-t-il.

Hermione fut profondément heureuse pour cet homme.


-Pattenrond, viens ici ! s'écria Hermione, excédée.

Elle était très pressée en cette fin d'après-midi et son chat ne voulait pas rentrer dans ses appartements. La jeune femme devait d'ailleurs courir à la Bibliothèque pour ramener un livre et prendre ceux commandés pour les distribuer aux professeurs. Elle grogna en voyant une fusée orange passer près de ses jambes.

-Pattenrond !

Un sifflement strident surgit dans l'air et s'amplifia rapidement. Paniquée, Hermione tourna son regard vers la petite cuisine et vit la théière qu'elle avait mis sur le feu quelques minutes auparavant. L'agacement et la colère emplirent sa poitrine. Elle n'avait pas le temps. La jeune femme marcha vivement jusqu'à cette fichue théière et d'un réflexe issu d'elle ne savait où, elle balaya l'air de sa main. La théière vola furieusement pour se fracasser contre un mur. Pattenrond émit un miaulement indigné.

Hermione resta pétrifiée, la main encore en l'air. Le sifflement avait disparu, son chat s'était arrêté près du canapé et elle ne bougeait plus. Tétanisée, la jeune femme scrutait l'endroit où se trouvait la théière et tourna lentement son regard vers le mur. Une trace d'eau assombrissait le mur de pierre et l'objet de sa colère reposait piteusement au sol, la anse cassée.

-Pattenrond, j'ai fait de la magie, souffla-t-elle, figée.

Le chat orange ne lui daigna pas un regard et se détourna vers la chambre de la jeune femme. Hermione baissa lentement la main et respira. La sensation dans son corps était merveilleusement familière tout en étant nouvelle. Hermione eut un lent sourire. Soudain, elle cria sa joie en sautillant sur place. La jeune femme attrapa sa cape d'une main, prit son sac et sortit précipitamment de ses appartements. Au Diable la bibliothèque, elle courrait à perdre haleine dans les couloirs pour rejoindre Severus. Elle passa devant nombre d'élèves qui la virent passer, stupéfaits. Hermione les saluait distraitement, trop empressée et heureuse.

Elle était toujours une sorcière. Elle pouvait faire de la magie. Ces deux phrases tournaient en boucle dans sa tête et c'est le cœur transporté de joie qu'elle toqua fébrilement contre la porte de Severus. Celle-ci comme à son habitude s'ouvrit librement et la jeune femme la claqua contre le mur.

-J'ai fait de la magie, Severus ! J'ai fait de la …

Hermione se figea net en voyant Severus debout devant sa bibliothèque, l'air vaguement surpris et sa mère devant la petite cuisine. La jeune femme se sentit violemment rougir devant ces personnes et se mit à bégayer :

-Oh … je n'ai pas pensé … pardon, je venais pour … je reviendrai.

Hermione fit volte-face pour sortir mais la voix basse de la mère de Severus l'interrompit :

-Je pense que vous pouvez rester, Miss.

La jeune femme lui lança un regard gêné. Leurs regards convergèrent vers Severus qui ne lâchait pas des yeux Hermione.

-Que disiez-vous en entrant subitement ? prononça-t-il lentement.

-J'ai fait de la magie, lâcha Hermione.

Il y eut un instant de flottement. Severus sembla soudain se détendre et il lâcha un profond soupir en fermant les yeux. Il reposa distraitement le livre qu'il avait en main et se dirigea vers Hermione.

-Que s'est-il passé ? lui demanda-t-il, l'air grave.

Hermione lança un regard à Eileen et vit que la femme s'efforçait de s'occuper ailleurs.

-Pourquoi m'avez-vous fait entrer si vous étiez déjà occupé ? demanda-t-elle soudain, encore embarrassée.

Severus détourna le regard et eut l'air de la prendre pour une idiote :

-La porte s'ouvre seule lorsque vous frappez. Dites-moi ce qu'il s'est passé.

Hermione haussa les sourcils. Ce genre de mécanisme magique était habituellement réservés aux occupants de l'appartement, pas aux étrangers. La jeune femme plissa les yeux soudainement. Comment Severus la considérait-il ?

A la vue de son visage impatient, la jeune sorcière oublia momentanément ses réflexions et s'anima d'une joie sans nom :

-J'étais dans mes appartements tout à l'heure et j'étais très pressée. Pattenrond ne voulait pas venir dans …

-Qui est Pattenrond ? l'interrompit-il, l'œil perplexe.

-Mon chat, répondit Hermione sur le ton de l'évidence.

-Ne le prenez pas mal mais je ne remercierai pas votre chat pour la découverte dont il a été l'instigateur, lui apprit Rogue.

Hermione cligna une fois des yeux et s'insurgea :

-Où est le rapport avec ce que j'expliquais ?

Severus eut un faible rictus et lui enjoignit de poursuivre.

-J'étais donc pressée et Pattenrond refusait de rentrer dans ma chambre pour la journée. J'étais énervée et la bouilloire sifflait. En voulant la retirer du feu, j'ai eu le réflexe de … faire ça.

Hermione lui montra le geste qu'elle avait eu tout en observant sa main, comme si quelque chose de visible s'y trouvait. Elle la laissa retomber puis fit :

-La bouilloire a volé et s'est écrasé contre le mur.

Elle fixa Severus un long moment, celui-ci resta pensif. Il semblait ardemment cogiter si bien qu'elle n'osa pas l'interrompre. Soudain, il se détourna pour aller vers la petite cuisine. Sa mère se décala d'un pas et l'observa sans surprise. Hermione resta perplexe jusqu'à ce qu'elle voit Severus mettre une bouilloire sur le feu. Il se recula, observa son œuvre et lança :

-Refaites-le.

-Comme ça ? Sans précaution ?

-Vous l'avez fait une fois, vous pouvez tout à fait le refaire sans risque.

Hermione le fixa longuement, cherchant en lui une once d'inquiétude. Tout ce qu'elle voyait était un homme sûr de lui et prêt à observer une expérience. La jeune femme décida de lui faire confiance. Elle savait que ça pouvait être dangereux malgré ce qu'affirmait Severus mais elle choisit de s'exécuter. La jeune femme se concentra alors sur la bouilloire qui chauffait doucement sur le feu. Elle se revit dans ses appartements avec Pattenrond courant entre ses jambes et le sifflement aigu de la bouilloire dans ses oreilles agacées. Hermione leva la main et balaya vivement l'air.

Rien ne se passa.

-Pourquoi ça ne marche plus ? s'insurgea Hermione en observant sa main.

-Ne vous affolez pas, la coupa Severus en roulant des yeux. C'est la première fois que vous faites appel à ce genre de magie. Vous pensiez que tout vous reviendrait soudainement ?

Hermione fit la moue. Elle inspira pour se calmer et regarda encore la bouilloire.

-J'étais énervée, souffla Hermione. Et pressée. Je devais aller à la Bibliothèque. Je devrais y être en fait.

La panique remonta dans sa poitrine. Elle devait se dépêcher ou Madame Pince la sermonnerait. Hermione plissa les lèvres d'anxiété et braqua son regard sur la bouilloire, coupable de son retard. Elle effectua un large geste sec de la main.

La bouilloire vola et se brisa violemment contre le mur. La jeune femme resta stupéfaite puis sautilla sur place.

-Je peux faire de la magie ! Je peux en refaire.

Une vive émotion la tint au cœur et Hermione se mit à pleurer de joie. Elle rit d'elle-même, les yeux mouillés et le cœur battant. Elle n'avait pas changé. Elle n'aurait pas à vivre dans le monde moldu. Hermione porta ses mains à son visage et l'essuya vaguement. Son regard alla vers Severus et, transportée de joie, elle marcha vivement pour l'enserrer entre ses bras. Hermione ignora simplement la rigidité du sorcier et marmonna :

-Merci, Severus.

Elle n'eut aucune réponse. Quand son humeur fut apaisée, la jeune femme recula un peu et lui lança un grand sourire. Severus restait de marbre, la regardant fixement. Eileen ne disait rien et restait près de la bibliothèque, patiente. Cependant, elle observait.

-Quelle est la prochaine étape maintenant ? s'enquit Hermione.

Severus répondit avec un temps de retard :

-L'entraînement. Repassez le weekend prochain, je serai disposé à vous entraîner.

Hermione acquiesça, les yeux humides et les joues ruisselantes. Rien ne pouvait désormais gâcher sa journée ou même son mois. Elle était bien plus heureuse qu'elle ne l'avait été depuis des années. Peut-être que ce bonheur remontait même au jour où elle avait appris qu'elle était une sorcière. Elle avait l'impression que cette journée recommençait.

Quand Hermione quitta Severus pour enfin faire son travail, le silence tomba dans l'appartement. Severus regardait pensivement la porte d'entrée, là où Hermione venait de disparaître.

-Tout va bien, Severus ?

L'homme jeta un regard à sa mère et alla sur le canapé.

-Très bien, merci, répondit-il simplement.

Il resta un moment assis puis se rendit compte qu'il n'avait rien à faire sur ce canapé. Il était censé chercher un livre de potion pour sa mère. Celle-ci souhaitait se remettre à la magie et cette matière lui avait toujours plu. Sans doute une passion qu'elle avait transmise à Severus.

L'homme se leva et remarqua le regard de sa mère. Eileen l'observait fixement, bras croisés. Il se détourna.

-Cette jeune femme te perturbe beaucoup, nota Eileen, la voix calme.

-Pas vraiment, marmonna-t-il sèchement.

-Malgré les années d'absence, tu restes mon fils, fit-elle à voix basse. Elle paraît t'apprécier.

Le cœur de Severus s'emplit d'espoir à l'entente de ces mots mais il réprima rapidement le sentiment. Il craignait tant le rejet qu'il s'interdisait de penser à plus avec elle. Sa mère n'allait pas lui faire miroiter quelque chose qu'il savait ne jamais pouvoir obtenir.

-Miss Granger a un profond sens de la justice. Après la guerre, elle s'est acharnée à venir me voir à l'hôpital. Elle doit penser qu'un ancien espion ne mérite pas de rester seul, j'imagine.

-Et elle aurait raison, confirma Eileen, immobile près de la bibliothèque. Mais je ne pense pas que ça soit l'unique raison pour laquelle elle vient sans cesse te voir.

-Maman, l'interrompit-il. S'il-te-plaît.

Le regard d'Eileen se fit triste. Elle soupira.

-Tu mérites tellement mieux que ça, Severus, déplora-t-elle en montrant les lieux autour d'elle.

-Non. Je ne mérite sûrement pas mieux, dit-il d'un ton cassant.

-Essaie, conclut-elle rapidement. Essaie au moins. Tu ne risques pas grand chose et … je serai là maintenant.

Eileen se détourna rapidement de son fils et observa la bibliothèque, coupant court à la discussion. Severus sentit son cœur se faire douloureux. Il avait déjà la compagnie d'Hermione et la présence de sa mère, il ne chercherait jamais à avoir plus.


Que pensez-vous de l'arrivée de la maman de Severus ? Elle n'est jamais représentée et on ne sait même pas si elle est en vie dans les livres. Alors je la fais vivre. Du coup, c'est stressant de « créer » un personnage de toute pièce.Nouveau bref POV interne de Severus.Hermione découvre sa nouvelle magie. Vous ne vous attendiez pas à ça maintenant peut-être ?

Les centaures sont toujours tourmentés. Merci à vous toutes et tous de lire cette fic:)