Disclaimer : certains personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de RTD et la BBC. Je ne fais que jouer avec.
Béta : Arianrhod
NB : Histoire qui débute après Children of Earth, saison 3 de Torchwood. Il s'agit de la suite d'Entropia et dans la peau de Jack (prologue), que vous trouverez sur mon profil.
NB2 : désolée pour la lenteur, la faute à Blackwood et la dureté de cette histoire. Elle m'oblige à souvent écrire autre chose... désolée.
Chapitre 10 : Le retour
Le grand vaisseau entreprit d'exécuter sa manœuvre de synchronisation avec l'orbite de la planète, caché près d'un météore isolé. Les moteurs à éther rugirent lorsque le commandant Frame coupa l'alimentation principale. Le Daedalus se coordonna à la rotation de l'astéroïde. La liaison entre Aldabéran et Sto, deux fois par mois, c'était une promenade pour Alonso, mais c'était la première fois qu'il s'arrêtait si près d'une planète de classe 4, protégé par la Proclamation des Ombres. Il n'avait pas envie de se faire retirer sa licence en étant trop visible. Il se tourna vers le passager qui l'accompagnait depuis deux semaines dans le poste de pilotage, attentif à la route à travers les étoiles qu'il avait empruntée.
- Terre, vous voici à bon port Capitaine.
Jack Harkness regarda par les baies qui s'ouvraient sous le poste de pilotage. Il découvrait la petite boule bleue qui faisait secrètement palpiter son cœur. Il avait beau l'avoir quittée précipitamment deux mois plus tôt, elle lui faisait toujours autant d'effet. Ce n'était pas tant pas la quantité d'aventures qu'il avait vécues sur son sol ou parfois en dessous, mais la qualité des relations qu'il avait nouées, malgré les drames. Il contracta les mâchoires. Ne pas penser aux tragédies, ne pas penser aux morts, seulement imaginer la joie de Gwen en le voyant accéder à son vœu le plus cher, celui de le voir de retour. Il le faisait pour elle, tout comme pour lui.
Le Docteur aussi aimait cette planète, cette petite bulle qui flottait à présent sous ses yeux dans son écrin étoilé, presque à portée de main. Difficile de ne pas comparer ce bleu à celui des yeux de son disparu. Il secoua la tête, chassant cette pensée douloureuse. Il ne fallait pas y penser. Il le devait à Alonso. Leurs longues conversations avaient eu un effet bénéfique sur la dépression du Capitaine à croire que la parole pouvait résoudre des problèmes psychologiques. Sacré Sigmund ! il l'avait toujours considéré comme un petit malin qui savait s'y prendre pour vider les poches et les têtes. Mais il s'avérait que déverser ses malheurs à une personne à l'écoute pouvait fournir des résultats prometteurs.
Oh ! bien sûr, il n'était pas encore prêt à oublier, il ne s'en sentait pas capable mais son cœur lui semblait moins lourd, son corps moins creux, comme s'il accédait à une nouvelle sérénité, celle de l'acceptation. Il luttait encore contre cette idée, il n'était pas encore tout à fait prêt à laisser le souvenir de Ianto rejoindre ceux de ses amours mortes. Mais une idée faisait son chemin peu à peu dans son esprit, celle qu'il devait aller de l'avant, malgré tout. Il était condamné à vivre après tout, jour après jour. Son esprit même mortellement blessé ne pouvait s'échapper de ce corps vivant, trop vivant.
Alonso se leva de son siège de pilotage et le rejoignit devant la baie. Jack, le visage fier et fermé contemplait la planète qui tournait lentement sur elle-même.
- Elle a besoin de vous, dit-il, vous m'en avez dit suffisamment pour que je le sache.
- Et que tu me le rappelles, dit Jack sombrement, mais je ne sais pas comment je vais m'y prendre. Enfin, avec Gwen.
- Vous m'avez pourtant dit qu'elle sera heureuse de vous voir.
- Cela n'empêche pas que ce sera difficile au départ. Je suis parti comme un voleur et avec des mots que je regrette maintenant.
- Voulez-vous que je vous accompagne ? proposa Frame, je pourrais vous protéger contre la vindicte de cette furie.
Jack le scruta intensément, il lut l'amusement sur son visage. Le jeune homme était franc, direct et faisait parfois preuve d'un humour à froid qui aurait très certainement plu à Owen. Il se moquait de lui visiblement.
- Je n'ai besoin de personne pour me défendre contre Gwen ! Maugréa-t-il, je n'ai pas besoin de toi. Ce n'est pas la peine de te préparer à m'accompagner.
- Trop tard ! J'ai besoin de prendre l'air. Et vous avez été si bavard sur la qualité des bars de votre ville que j'aimerais bien en tester quelques uns.
- Et bien sûr, tu ne souhaites pas tester seulement les bars.
Alonso lui décocha un sourire lumineux qui faisait étinceler toute sa dentition made in Sto, toute aussi curieuse sur Terre que la sienne. Jack répondit avec chaleur.
- Très bien, si tu as envie de faire une virée sur Terre, tu ne vas pas en revenir !
- Je suis attendu à Sto, dit le jeune homme en souriant de plus belle.
- Et moi sur Terre, maintenant que je la vois devant moi, je n'ai qu'une hâte, celle de fouler son sol et de me mélanger à la population de Cardiff.
- Se mélanger ? Je suis sûr que vous ne passez pas inaperçu.
- Je ne passe jamais inaperçu, cela fait partie de mon charme.
- En attendant, répondit Alonso en vissant sa casquette blanche aux armories du Daedalus, je suis bien content de vous débarquer maintenant. Vous avez causé pas mal de souci à mon équipage, il y a comme une épidémie d'Harknessite dans ce vaisseau.
- Ce n'est tout de même pas ma faute si je provoque cet engouement.
- J'en suis le premier touché, dit le commandant en plongeant dans ses beaux yeux mêlés de métal et d'agate.*
(Le premier qui trouve, je lui offre un verre)
- tu es coriace ! dit Jack.
- non, enchanté, répondit Alonso, qui ne faisait pas mystère de sa flamme.
- tu es un bien curieux personnage, mais je comprends pourquoi le Docteur m'a mis entre tes mains.
- Ah, et pourquoi ?
- Pour que je reprenne confiance en moi et mon charme indéniable.
- Ravi de vous avoir aidé, aurais-je une récompense pour cela ?
- Je t'offre la première tournée et cette fois ce ne sera pas du soda ! Tu ne me feras pas le même coup deux fois.
- Dommage, il s'agit d'un de mes plus beaux souvenirs.
Jack leva un sourcil dans une attitude de top model en plein lumière solaire. Alonso plissa des yeux, ébloui sans savoir si c'était le soleil ou l'homme.
- Bien, Capitaine, il est temps de se préparer pour votre grand retour.
- Je suis tout à toi, répondit Jack, récoltant un sourire désabusé de la part du commandant.
- Bien, nous allons utiliser le rayon tracteur pour nous déposer au cœur de la ville, dit-il en jetant un bracelet à Jack et enfilant un second. Un endroit en particulier ?
- je pense que le parc de Millstrade serait idéal. Personne ne remarquera notre arrivée et ce n'est pas très éloigné du bar où je vais te saouler à mort. Ne crains rien, je n'abuserai pas de toi.
- Quel dommage, murmura Alonso, en appuyant sur une séquence de boutons avant de rejoindre le capitaine. Ce serait un autre bon souvenir.
Jack fit semblant de ne rien entendre, ils avaient eu des conversations de ce genre tout au long de leur voyage. Il ne pouvait s'empêcher de flirter sans jamais aller jusqu'au bout. Le jeune homme posa la main sur son bras et appuya sur son bracelet. La lumière vint les prendre et les emporter comme un vent solaire.
oOoOo
Ils se rematérialisèrent sans difficulté sur une pelouse qui sentait l'herbe fraîchement coupée. De grands arbres les entouraient, sifflant dans le vent. Jack regarda autour de lui, repérant les lieux et découvrant immédiatement les ennuis qui les attendaient.
Ils venaient d'atterrir en pleine réunion de weevils, tous dressés, le museau en l'air à renifler leur présence. Ils n'appréciaient pas particulièrement être dérangés dans ce qui semblait être une cérémonie. Jack jeta des regards alentours, ils étaient encerclés. Une lance brillante marquait le centre de l'assemblée, vibrante, près des deux hommes.
- hum, bonjour, fit Jack en sortant immédiatement son arme et les tenant en joue. Nous interrompons quelque chose ?
Il y avait quelque chose d'étrange chez eux, quelque chose qu'il n'avait jamais vu chez des weevils, une attitude toute militaire qui les faisait ressembler à une armée. Il remarqua avec soulagement qu'Alonso s'était également armé, même si son arme paraissait ridicule face à une horde de weevils. Mais il semblait déterminé à s'en servir. La lance étincela, vibrante d'énergie. Jack s'en empara, elle était étonnamment maniable, à la fois lourde et légère, parfaitement équilibrée. Un rêve à tenir à bout de bras ! Mais cela n'eut pas l'air de plaire aux weevils qui passèrent à l'attaque immédiatement.
Il frappa le premier à lui sauter sur le paletot avec le pommeau de son revolver Webley, le second d'un revers de lance, le troisième d'un coup de pied, le quatrième d'un coup de coude. Puis il arrêta de compter. Alonso tirait avec son arme qui les figeait dans une sorte de glace. Ils luttaient dos à dos repoussant l'attaque ennemie et tentaient de s'échapper. Mais les créatures étaient bien trop nombreuses. Jack commençait à être en nage, les bras douloureux. Il serra plus fort la lance pour emporter d'un coup la mâchoire du weevil le plus proche.
- Ok, je vais bientôt être à court d'option, dit Harkness, et toi ?
- Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir. Ils sont trop nombreux et je ne sais pas ce que ce que vous leur avez fait mais ils sont sacrément remonté contre vous.
- Vraiment ? J'ai une idée, ton arme, puissance maximale !
Jack appuya sur quelques boutons sur son bracelet d'agent du temps, tout en se protégeant la gorge des dents d'un weevil à l'aide de la lance.
L'arme d'Alonso cracha soudain une véritable tempête de glace soutenue par l'énergie du manipulateur de vortex. Les créatures furent balayées comme des fétus de paille par la puissance de l'appareil qui forma bientôt un iceberg les séparant des monstres hurlants.
- Et maintenant ? fit Alonso en regardant Jack.
- Maintenant ? On court !
Les deux hommes s'élancèrent en direction de la lisière du parc. Le vent de la course faisait claquer les pans du manteau de Jack qui guidait Alonso vers la sortie. Il passa devant des voitures garées dans la rue. Il s'arrêta, regarda en arrière et vit la meute de weevils à cent mètres derrière eux.
Il regarda la lance qu'il tenait toujours en main puis la voiture devant laquelle il s'était arrêté. Une Deux-chevaux verte pomme aux pare-chocs chromés et à la capote entièrement vinyle.
- Oh, c'est grave ce que je vais faire mais je n'ai pas le choix.
Il planta la lance et découpa le plastique d'époque puis pénétra dans l'habitacle, se contorsionnant pour passer à l'avant. Son manteau l'empêtrait mais il ne s'en débarrasserait jamais.
- Monte ! ordonna-t-il à Alonso, j'en ai pour deux secondes.
- Je ne suis pas sûr que vos amis nous en laisse autant.
- Eh bien, remonte sur ton vaisseau, si tu as si peur.
- Sans vous, Harkness ? Ce serait vous laisser à une mort atroce.
- Et alors ? lui rétorqua Jack avec un sourire bravache.
- Et alors, cela ne se fait pas.
- Toujours Stoïque jusqu'à la mort.
- Avec vous, difficile de rester stoïque, fit Alonso en sautant à l'intérieur.
Il attendait désespérément que Jack démarre la voiture. Celui-ci trifouilla les fils après avoir fait sauté le neiman. Le moteur rugit enfin.
- Oui, ma beauté, on y va.
Jack écrasa l'accélérateur et la voiture bondit en avant, échappant de peu à la horde lancée à leur trousse.
- Ça c'est une arrivée comme je les aime !
- Et où allons-nous maintenant ?
- Rendre visite à quelques amis, je pense qu'elle sera étonnée de me voir.
- Gwen Williams ? demanda Alonso en plissant les yeux.
- Oui, fit Jack songeur. Il est temps que je revienne à la maison. Je sais que cela a dû être dur aussi pour elle, mais elle avait son futur bébé, son mari, ses amis. Gwen a toujours été la personne la plus ancrée dans la réalité. Elle sait pourquoi on combat mais elle n'en abandonne pas ses amis. Jamais. Elle a toujours su conserver un équilibre entre le monde pour lequel on se bat et la folie de Torchwood, un semblant de normalité dans sa vie. Quoiqu'il lui en coûte.
- Comment va-elle prendre votre retour ?
- Bien ou très mal, c'est le challenge avec elle, c'est qu'elle est surprenante. Tu vas l'adorer. Et elle va te détester.
- Parce qu'elle croira que vous l'avez remplacé.
Jack laissa passer un silence, alors que tintinnabulaient les grigris autour du rétroviseur.
- Oui.
- Dommage, fit Alonso sourdement, ce serait plus facile pour moi. Je suis en compétition avec un foutu fantôme.
Jack sourit à pleine dents. A force de se côtoyer sur le vaisseau, il avait appris à compter avec la personnalité du jeune homme. Il disait exclusivement la vérité, incapable comme tous les habitants de Sto de débiter un seul mensonge. Cela lui avait fait du bien de parler avec lui, une complète catharsis, un moment de paix. Il en avait eu tellement besoin. Jack n'avait pu refuser évidemment qu'il l'accompagne. Comment refuser à son psy de l'accompagner pour sa mission la plus délicate, revenir là où il avait fait le plus de mal.
Jack souffla. Il lui sembla avoir mis suffisamment de distance entre les weevils et eux. Alonso se cramponnait au siège avant ses longues jambes repliées devant lui en une attitude de protection. Jack sourit. Le jeune homme n'était jamais monté dans une voiture auparavant. Il aurait mieux fait de choisir quelque chose de plus luxueux. On dit que la première impression compte toujours.
Il fallait maintenant qu'il s'oriente et retrouve le chemin de l'appartement de Gwen. En quelque mois seulement, la physionomie de la ville avait drôlement changée et cela ne lui plaisait qu'à moitié. A cette heure en cette fin de saison, les gens devaient profiter de la douceur pour se promener. Pourtant il n'y avait que peu de promeneurs et tous avaient ce drôle de visage fuyant qu'il avait déjà rencontré en URSS ou dans des pays ne connaissant pas la liberté. Qu'est-il arrivé au pays en son absence ? Qu'étaient devenu la joie de vivre et la chaleur Galloise ? Il avait l'atroce sensation que ce qu'il avait vécu avait déteint sur sa ville. Son cœur se serra. Et si c'était tout le Royaume-Uni ou toute la terre qui subissait ce joug déprimant ?
La conscience que les aliens existent réellement et ne soient pas vraiment dotés de bonnes attentions envers les humains pouvait avoir de quoi déstabiliser l'humanité. Jack souhaita encore une fois que tout cela ne soit jamais arrivé, pour lui comme pour toute la Terre.
Alonzo remarqua le changement d'humeur du capitaine. Il commençait à y être habitué. L'instant d'avant, il paradait au volant de la Deux-chevaux toute dents dehors et l'instant d'après des rides sinistre de chagrin refaisaient leur apparitions. Cela ne faisait que deux semaines qu'il le connaissait et il avait appris à ce méfier des états dépressifs du Capitaine. Celui-ci avait beau dire que sa présence lui faisait du bien, Alonzo voyait bien que le chagrin était toujours là.
Oh, il avait tenté - assez souvent en vérité – de détacher le capitaine de ses soucis en s'offrant à lui. Mais le sourire triste de Jack lui démolissait la moindre envie naissante. Il y a des grandes douleurs qui ne se remettent pas aussi facilement.
- Cela ne fait pas si longtemps que j'ai quitté la terre, dit Jack en rompant le silence, les espèces n'ont pas évoluées à ce point. Curieux tout de même qu'ils se promènent aussi nombreux dans les rues. Deux choses importantes à savoir sur les weevils, c'est qu'ils n'aiment pas la lumière du jour et qu'ils ne se regroupent pas à l'air libre.
- Et ils puent ! ajouta Alonso dont le visage verdâtre laissait deviner la lutte qu'il menait vaillamment contre ses hauts-le-cœur.
Ah les pilotes, dès qu'ils n'ont pas le contrôle, ils sont malheureux.
- Ça, c'est accessoire, j'imagine que notre odeur ne doit pas leur convenir non plus.
- Mais au moins, la vôtre est plus agréable.
Jack lui jeta un petit sourire rapide. Il commençait à avoir l'habitude des sous-entendus du jeune officier. A croire qu'il avait fait cela toute sa vie. Il le vit se tortiller à l'arrière du véhicule.
- Alonso, tiens toi tranquille, nous sommes bientôt arrivés chez Gwen.
- je ne sais pas quoi faire de cela.
Jack jeta un coup d'oeil dans le retro et s'aperçut que l'objet qu'il lui avait négligemment abandonné à l'arrière de la voiture brillait.
- Ils ne semblent pas nous suivre, dit Jack en regardant dans le rétroviseur. Je pense que nous les avons semés.
- C'était une vraie horde.
- Oui, mais ce n'est pas ce qui est le plus étrange.
Son bracelet bipa, soulignant son propos. Jack tourna à l'angle de la rue et arrêta le véhicule.
- Donne-moi la lance que je l'examine.
- Vous savez d'où cela peut venir ?
-Allons, Alonso, je sais beaucoup de choses, mais je ne sais pas tout. Mais lui, il peut m'aider à découvrir ce que c'est.
Jack tapota sur son manipulateur de vortex, son précieux appareil qui avait été son plus fidèle compagnon à travers ses voyages et sa longue vie. L'artefact était une lance, longue d'environ un mètre et demi. Elle n'était pas plus épaisse que son poignet. Il l'avait utilisée mais il ne se souvenait pas de son poids. Une lance, une simple lance, un fût de métal rond avec des encoches pour une prise en main parfaite.
Jack descendit du véhicule et en profita pour remettre en place les plis de son manteau, sous le regard amusé d'Alonso. Chacun sa coquetterie, Jack avait son manteau, Alonso sa casquette blanche. Le jeune homme lui donna la lance que Jack scruta intensément. Les inscriptions ne lui donnèrent aucune indication de sa provenance. Mais les weevils n'étaient pas du genre à avoir quelque chose comme ceci. Ils étaient plutôt de la race des ramasseurs. Ils empilent des détritus d'une manière qui n'a de sens pour eux.
- C'est radioactif ? demanda le commandant du Daedalus.
- Non, je ne pense pas... mais c'est curieux.
- Elle semble réagir à vous. Elle est plus brillante maintenant que vous la tenez.
- Ouaip, voyons ce que dit le bracelet. Waouh il y a une signature énergétique incroyable, pourtant ça ne brûle pas. La lame est sacrément aiguisée. Regarde, il y a un trou dans le plancher de la voiture.
- Et vous n'avez même pas forcé en découpant le toit de la voiture.
- Je n'avais pas remarqué. Je ne sais pas pourquoi les weevils étaient rassemblés autour à part que c'est un bel objet.
- On croirait voir un ange avec une lance, dit Alonso en frissonnant, l'image lui rappelait quelques mauvais souvenirs.
- Je ressemble à St Georges terrassant le dragon ? fit Jack en prenant une pose avantageuse.
Alonso ouvrit de grands yeux. Il ne connaissait pas le folklore terrien. Dommage, se dit Le Capitaine, en dardant la lance vers le ciel.
Aussitôt jaillirent des éclairs et un vacarme tonitruant emplirent leurs oreilles, un son que reconnut immédiatement Jack. L'objet était brûlant entre ses mains mais il se sentait incapable de le lâcher.
- A terre !
Il poussa Alonso au sol alors qu'il se jetait sur le trottoir en plantant la lance dans le goudron pour s'ancrer. Il savait ce qui sifflait au-dessus de sa tête, une ouverture de faille. Il n'avait pas fait des années lumières de voyage pour se faire avaler dans le temps et l'espace. Il était revenu pour reprendre sa place dans ce monde. Il plaqua de sa main libre, la tête curieuse d'Alonso qui se soulevait pour regarder.
- Ferme les yeux, il n'y a rien à voir ! ordonna Jack.
Le commandant obéit, tandis que le Capitaine plongeait son regard dans le vortex qui se créait. Il vit un monde prendre couleur et forme derrière un rideau iridescent, changeant, fascinant. C'était un monde de flammes, comme l'univers décrit par Jonah Bevan. Jack résista à l'attraction de la faille qui voulait les avaler dans sa tourmente brûlante. Il raffermit sa prise sur la lance, sentant le corps d'Alonso échapper à sa main. Les pans de son manteau claquèrent, Alonso s'accrocha à lui tandis que sa casquette disparaissait dans le vortex. La lance frémit puis la faille se referma brutalement avec un sifflement rageur. Jack se releva sans comprendre, puis aida Alonso à se lever à son tour.
- C'était quoi ça ? Capitaine, qu'est-ce que c'était ?
- C'était une ouverture de faille.
- Et c'est contre cela que vous luttez ? fit Alonso d'une voix un peu trop aigüe, mais c'est terrifiant.
Jack haussa les épaules, comme blasé, alors qu'intérieurement, son cœur battait violemment. C'était la première fois qu'il voyait une ouverture de faille d'aussi près. C'était terrifiant, en effet mais aussi enivrant. Il arracha la lance du sol. Il la sentit vibrer dans sa main comme si elle était encore connectée à la faille. Pour lui, cela ne faisait aucun doute. Il déboucla son bracelet d'un air soucieux. La lecture des chiffres qui défilaient à toute vitesse ne lui disait rien qui vaille. C'était vraiment un objet étrange, l'artefact le plus puissant qu'il n'avait jamais tenu en main. A qui pouvait-il bien appartenir ? Quelle espèce avait créé cet objet ?
Son manipulateur ne put lui apprendre grand chose de plus. Il aurait bien besoin des appareils qui se trouvaient autrefois au Hub. Son cœur se serra. A rouler à travers Cardiff, au cours d'une échappée belle délirante, il en oubliait la réalité, il n'y avait plus de Hub, plus de collègues généreux et attentifs.
Son visage se renfrogna. Alonso comprit qu'il accusait à nouveau le contrecoup d'une émotion cruelle. Depuis deux mois qu'il côtoyait le beau capitaine, il avait compris que cet homme n'était pas, absolument pas, ce qu'il montrait. Il envoyait une jolie face et un sourire charmeur à qui le reluquait. Mais il cachait sous cette façade étincelante des profondeurs bien sombres, pleines de douleurs et de déception. Oh, cela ne se voyait guère au premier coup d'œil, un froncement de sourcil, une ligne amère de la mâchoire, vite chassés par un sourire ravageur. Mais Alonso commençait à bien connaître. Il le vit se reprendre avec une grimace.
- Ok rejoignons Gwen, nous allons lui faire une drôle de surprise.
- Et que faisons-nous pour cet artefact ? demanda Alonso.
Jack soupira en regardant la lance. Il pouvait essayer de bloquer le fonctionnement temporairement à l'aide de son bracelet. Il appuya sur différents boutons d'un air pensif. Il sentait que la lance et la faille étaient liées, mais faute d'instruments de mesures pour le confirmer, il ne préférait pas s'avancer. Il repensa aux weevils et à leurs singuliers comportements. Ils étaient bien différents des weevils dont il avait mené souvent la chasse. Ces derniers étaient comme des soldats, animés d'une intelligence peu commune. Il resta perdu dans ses pensées tout en reprenant le volant de la pauvre Deux-chevaux qui n'en demandait pas tant. Alonso prit place à l'avant, avec une grimace. Il n'appréciait pas vraiment le moyen de transport le plus vendu du vingtième siècle. Jack conduisit plus posément à travers la ville, ils arrivèrent bientôt sur la placette où Gwen louait son appartement quelques mois plus tôt. Un rapide coup d'œil lui sur les libellés de l'entrée lui apprit qu'un nouveau locataire s'y était installé.
- Vous ne savez pas où elle habite ? demanda Alonso avec une once de dépit dans la voix.
- Plus maintenant, concéda Jack avec une grimace, mais je vais appeler Andy Davidson. C'est un de ses amis, il va pouvoir nous aider, fit Jack en composant le 119 avec le plus grand naturel.
- Agent Hears, je vous écoute, fit une voix féminine, Votre appel pourra être enregistré dans le cadre d'une démarche qualité de nos services.
- Oh, d'accord, dit Jack en levant les yeux au ciel, la police Galloise se métamorphosait elle aussi.
- Souhaitez-vous reporter un crime ? Êtes-vous victime ou témoin ?
- Je souhaiterais parler à l'agent Davidson, Andy Davidson.
- Je vous passe le Sergent Derek, monsieur, fit l'agent Hears avant de le mettre en attente.
Jack roula des yeux, on osait le mettre en attente, lui le Capitaine. La ville avait bien changée.
- Il ne travaille plus dans nos services, monsieur, dit la voix bourrue du sergent qui reprenait son appel.
- Il a démissionné ? demanda Jack en fronçant des sourcils.
- Non, il a été mis en retraite administrative, s'entendit-il répondre.
- Pour quelles raison ?
- Insubordination, refus d'obtempérer.
- Quel dommage ! fit Jack, Un homme si doux…
- Tout à fait, monsieur. Peut-être que je peux vous aider ?
- Je cherchais à joindre Mrs Gwen Williams, une ancienne collègue à vous.
- Ah, la petite Gwen, une brunette qui est partie pour les Forces Spéciales ?
- Oui, tout à fait, les Forces Spéciales de Cardiff, dit Jack en souriant, vous la connaissez, Sergent Derek ?
- Oui, elle a toujours été chic avec moi.
- Savez-vous où elle habite ? l'interrogea Jack d'une voix douce, l'air de ne pas y toucher.
- Bien sûr, je peux trouver, mais qui la demande ? demanda le Sergent, d'une voix qui indiquait qu'il commençait à se méfier, malgré la voix chaleureuse.
- Je suis un vieil ami, je passais en ville et je voulais la rencontrer.
- Et pour cela vous appelez le 119 et demandez après l'Agent Davidson, la voix était tout à fait méfiante, hostile maintenant. Sauf votre respect, vous êtes cinglé !
Jack soupira sous le regard d'Alonso qui ne comprenait pas exactement ce qui se passait.
- Ok, Autorisation Harkness ! Jack ! 4-7-4-3-1-7, énonça-t-il en espérant que son ancienne accréditation soit toujours dans les dossiers de la police. Torchwood.
- Harkness, ok, mais Torchwood, vous n'êtes plus sur la baie maintenant. Je veux dire, l'armée y est mais j'ai entendu dire que vous opériez depuis la banlieue. Faut dire qu'il y a toujours du grabuge avec vous.
- L'adresse des Williams, s'il vous plaît, dit Jack en coupant court aux bavardages du sergent Derek.
- 7, Beven Street, hé, c'est dans la banlieue, ça.
- Merci, Sergent, dit le Capitaine, raccrochant au nez de l'agent de police.
- Alors ? fit Alonso, resté silencieux jusque là.
- Eh bien, j'ai son adresse, et j'ai le sentiment que quelqu'un nous a fait des cachotteries !
A suivre...
* si quelqu'un trouve, une surprise à gagner !
