Loure pour Pomona

Note aux lecteurs: enfin, voici le dernier chapitre! Avant de quitter cette chère Pomona, je vous annonce d'ores et déjà que je ne sais pas si le prochain sera Albus ou Minerva... j'hésite. Cela dit, j'ai encore deux drarrys et des poussières en attente. Ainsi qu'une série de drabbles sur le thème de la vie de famille. Bref. Quoi qu'il en soit, je tiens à remercier tous ceux (toutes celles?) qui ont suivi cette petite histoire et qui l'ont aimée (ou non). Bonne lecture et à très bientôt!


10. Commencements

« Miss Pomona Chourave » indiquait l'adresse.

C'était l'été, et il faisait chaud. Le vent était tombé, et seule une odeur de sel montait de la mer. Pomona avait cessé toute activité dans son jardin pour la journée: il faisait trop chaud pour faire quoi que ce fût. Elle avait installé un grand hamac sous le tilleul, dans l'ombre mouvante duquel elle s'était assoupie, pendant que sa mère somnolait dans la fraîcheur de sa chambre. De temps en temps, une mouche venait se poser sur son nez, et elle la chassait d'un geste inconscient. Dans un mois, elle aurait onze ans, et ses sourcils marquaient son front d'un pli soucieux qui lui donnait l'air sévère d'un adulte.

Cet après-midi-là, elle fut réveillée par un froissement d'ailes. Mais lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle ne vit aucun oiseau, rien à l'exception d'une étrange enveloppe qui gisait dans les plis de sa robe. Intriguée, elle s'assit. Au même moment, sa mère sortit dans le jardin, comme si elle avait deviné ce qui était arrivé, ou comme si elle l'avait toujours su. Un étrange sourire ornait ses lèvres, et une lueur de fierté dansait dans ses yeux fatigués.

Comme Pomona n'osait plus bouger, elle l'encouragea d'un signe de tête à ouvrir l'enveloppe. Pomona commença par étudier cet étrange courrier: parchemin épais et jauni, comme sorti d'un autre temps, ou d'un autre monde, écriture fine et élégante, et un cachet de cire rouge qui présentait un drôle d'écusson. Délicatement, Pomona rompit le sceau et tira de l'enveloppe une feuille du même parchemin, couverte de la même écriture.

Collège de Poudlard, école de sorcellerie.

Elle leva les yeux vers sa mère, comme si elle ne comprenait pas. Et brusquement, elle se souvint de ce qu'elle lui avait raconté, un an auparavant. Elle se rappela la ballade irlandaise qui luisait dans l'air du soir, dessinée par la baguette de poirier de sa mère. Et elle sourit. Elle ne lui avait pas menti: cet autre monde existait bel et bien. Ce monde où il n'y avait pas de démons, ce monde auquel elle appartenait, ce monde dans lequel elle pourrait se faire des amis, rire et discuter.

Sa mère l'accompagnerait sur le quai 9 ¾ de la gare de King's Cross, irait faire avec elle les achats de rentrée sur le chemin de Traverse. Elle lui montrerait tout son monde, leur monde.

Toutes deux passèrent l'après-midi à discuter à l'ombre du tilleul. Et quand le vent se leva, rafraîchissant l'atmosphère lourde et moite de cette journée d'été, elles se levèrent. Elles s'apprêtaient à rentrer quand sa mère s'arrêta devant l'oranger de sa fille. Lentement, elle lui montra quelque chose, au milieu des branches et du feuillage tendre. Là, dans son nid de verdure, une orange se balançait, encore verte et pas plus grosse qu'une noix. Mais une orange tout de même.

Alors un murmure un peu grave s'éleva et s'amplifia. Sa mère chantait, pour la première fois depuis bien des années. Un oranger, sur le sol irlandais...

FIN