Morgana était assise à une table de la salle commune, le nez plongé dans une tasse de lait, luttant contre les vagues de nausée qui l'envahissaient.

Lorsqu'elle leva les yeux, observant, cherchant ce qui pourrait la distraire de cette attente insupportable, elle croisa le regard de Merlin qui tachait de nettoyer les vitres.

Le plancher et les portes de la salle étaient épais mais pas assez pour étouffer le bruit des échanges orageux à l'étage au-dessus.

La princesse porta la tasse à ses lèvres mais dû renoncer à boire car ses mains tremblaient trop. Le départ était proche, les portes de Camelot s'ouvrait à elle mais elles se refermeraient derrière elle et pour combien de temps … Dieu seul le savait.

Elle fût tirée de sa rêverie par le claquement de la porte en haut des escaliers. La reine dévala rapidement les marches, talonné de si près par son père que celui-ci semblait lui courir après.

Après avoir jeté un coup s'œil furieux par-dessus son épaule, la reine se dirigea vers Morgana. Elle lui caressa la joue les yeux soudain remplient de tristesse puis lui attrapa soudain le bras, la forçant à se leva. Toutes deux se dirigèrent vers la porte qui menait au jardin, le roi suivi sans un mot.

Les parfums âpres de la nature lui montèrent à la tête.

-Vous avez effrayé les serviteurs à hurler comme ça mère.

Celle-ci sourit mais ses lèvres se pincèrent et Morgana jura qu'elle se retenait de pleurer. Son cœur se serra et elle se retourna faisant face à son père, le dos bien droit, la tête bien haute.

-Morgana, dit-il, que savez-vous du roi Uther ?

-J'en sais bien moins que vous mon père, la seule fois que je l'ai vu était il y a des années et en votre présence.

Morgana se garda bien de lui remémorer la conversation pas si privée que ça qu'il avait eu avec Uther et qu'elle avait surpris.

Elle ajouta cependant avec un sourire enjôleur

-Nous ne nous sommes pas très bien entendu.

-Je ne peux pas dire que l'homme me soit très sympathique mon ange, admit-il néanmoins nous n'avons guère le choix.

Il pianota des doigts la pierre sur laquelle il se reposait, l'air songeur.

-Certains le tiennent pourtant en haute estime mon père, on le dit valeureux soldat et excellent stratège.

Elle haussa les épaules

-Cependant n'étant pas général, j'avoue que ces qualités me laissent froides.

Il éclata de rire.

Morgana sourit mais se ravisa rapidement, elle avait depuis longtemps deviné ce qui se tramait dans la tête de son père. La guerre d'Uther contre Cendred dévastait le vaste royaume et Isildore se devait d'assister Camelot. Uther le puissant roi ne faisait confiance à personne même en ceux qu'il osait appeler ces amis et il craignait que ceux-ci ne se retournent contre lui. C'est la que Morgana intervenait.

-Vous avez pris votre décision père ? Répondrez-vous à la demande, si cela est bien une demande ?

-Tu es intelligente Morgana, tu l'as toujours été et clairvoyante, je t'aime plus que tout mais n'est malheureusement pas le choix. Tu te rendras à Camelot.

Morgana se tourna vers sa mère qui soudain éprouva un grand intérêt à admirer la couture de sa robe. Elle ne supportait pas l'idée de livrer sa fille à cet homme.

-En tant qu'otage ?

-Doucement ma fille, il n'en est rien.

-Je vous en prie père, si je dois me rendre à Camelot, je préfère savoir ce qu'il en est.

Le roi poussa un profond soupire mais se tût un instant. La reine n'avait pas prononcé un mot.

-Tu partiras à l'aube demain matin, Merlin t'accompagneras.

-Merci père.

Il savait à quel point Merlin était important pour elle et avait confiance en ses capacités pour la protéger comme il l'avait toujours fait. Gaius, le médecin de la cours avait accepté de le prendre sous son aile le temps de l'arrangement. Et Dieu sait combien de temps celui-ci durerait.

Tous deux quittèrent le château à l'aube comme prévu entourés de quelques soldats. Ils n'avaient même pas laissé le temps à Morgana de coincer sa robe volumineuse sous ses cuisses avant de partir tant le temps pressé. Le tissu vola autour d'elle et sembla communiquer sa fureur aux chevaux qui filèrent comme le vent vers un avenir incertain, vers un statut d'invité royal ou d'otage royal en la grande demeure du seigneur de Camelot. Lorsqu'ils rejoignirent la grande route, la bouche des montures écumaient.