Le cours était déjà bien entamé que les portes battantes s'abattirent violemment dans un bruit sourd. Un gage de discrétion que ne pouvait se permettre qu'une seule personne.

Nullement ennuyée d'être le centre de toutes les attentions , Sasha regagna sa place au fond. Sa respiration était encore bruyante , signe qu'elle avait couru : en dépit de son attitude d'éternelle je m'en foutiste , arriver en retard l'importait quand même un peu. Jean la regarda du coin de l'œil avec plus ou moins d'intérêt.

Cette fille était quand même à l'origine de pas mal de choses entre lui et Marco. Ses sous-entendus et son côté sans-gene les avaient du moins secoué un peu. Ça et une pluie abondante.

C'etait assez irréaliste en y repensant.

Mais ils en étaient là. Beaucoup de choses s'étaient passées en si peu de temps , et il s'était réveillé à ses côtés comme si c'était la chose la plus normale au monde. C'était complètement idiot mais mon dieu qu'il mourrait d'envie de lui crier dans les oreilles que oui , maintenant , il "était" avec Marco , que oui , il était amoureux de lui comme pas possible et que , oui , il voulait que ça ne s'arrête jamais.

Et il s'était imaginé le faire: un de ces sourires incontrôlables commençait à se dessiner sur son visage.

Connie , le seul ami de Sasha , n'était pas là aujourd'hui. C'est donc avec un naturel déconcertant qu'elle se plaça à côté de Jean. Et ce sans même laisser une place vide entre eux deux.

Elle chuchota un petit salut à son nouveau voisin , un large sourire aux lèvres.

À croire qu'elle le connaissait depuis des lustres. Lui et elle avaient eu l'occasion de discuter hier , c'était donc normal pour elle. Mais pas pour lui. Surtout qu'il la trouvait chiante.

Elle déballa donc ses affaires tout en ignorant que Jean rongeait son frein à cause d'elle. Et mon dieu qu'elle en avait des choses à sortir. Son ordinateur portable prenait déjà une bonne place sur la table étant donné qu'elle avait opté pour un modèle "gamer" (définitivement pas adapté pour prendre des cours rapidement) avec une souris branchée sur la gauche. Côté où se trouvait Jean.

Elle prépara à sa gauche un stock de nourriture bizarrement conséquent pour un cours aussi matinal. Une boisson en canette qui sortait sûrement fraîchement de la machine , une viennoiserie , des sachets de gâteaux , des biscuits apéritif... Même pendant les pauses de midi Jean n'avait jamais vu de personnes manger autant.

Elle entama son croissant tout en allumant son ordinateur. Les miettes tombaient sur son clavier comme des feuilles mortes , s'incrustaient entre les touches lorsqu'elle passa la main dessus. Son fond d'écran était chargé d'icônes de jeux qu'elle avait téléchargé , de logiciels dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Elle en ouvrit un sans même préparer un traitement de texte à part. Comme si aucun cours n'était donné autour d'elle.

C'est vrai que quitte à être au fond de l'amphi , autant en profiter , se dit Jean qui se promit d'emmener son ordi avec lui la prochaine fois.

Elle commença à agiter ses doigts sur son clavier avec une grande agilité et c'est à ce moment-là qu'il la quitta du regard. Il n'y avait rien de plus barbant que de regarder quelqu'un jouer à un jeu vidéo.

Bavarde comme elle était , ce fut une bonne chose qu'elle soit scotchée sur son écran. Il allait pouvoir parler avec Marco sans qu'elle se mêle de tout.

Sauf que lui , il ne révassait pas. Il n'avait pas son ordi d'ailleurs. Il en avait du courage pour tout écrire à la main , pensa Jean. Il pouvait s'extasier sur absolument n'importe quoi à propos de lui. Son écriture à l'arrache mais teeellement séduisante à ses yeux , le choix de son stylo , celui de ses feuilles (même si c'était des feuilles à carreaux basiques) , le bruit de ses poignets frottant sur la feuille lorsqu'il écrit , sa grande main entourant le stylo... Et sa façon bien à lui de communiquer avec Jean.

Sa main dévia vers un coin à part de la feuille. Il commença à griffonner quelque chose. Inconsciemment , Jean rapprocha son visage pour y voir plus clairement mais le contenu était beaucoup trop cucul pour qu'il reste de marbre. À croire que Marco l'avait fait exprès. Et c'était le cas. En le voyant rougir , il gloussa. "T'es adorable" lui glissa t-il le plus normalement du monde. Jean osait à peine le regarder mais souriait malgré tout.

Il entendit alors un toussotement , ce genre de toussotement forcé que l'on fait pour attirer l'attention. Il venait de derrière eux. Marco se retourna pour voir de qui ça venait puis se retourna presque aussitôt , un sourire aux lèvres. Il se tourna à son tour.

Le garçon qui les surplombait avait un air arrogant. Ses yeux très vert et ses sourcils haussés y étaient sûrement pour quelque chose. Il ne le connaissait pas mais eut besoin d'un rapide coup d'œil à sa droite pour comprendre qui il était. Mikasa , son crush de l'année dernière , se trouvait à ses côtés. Son air froid contrastait avec celui mutin de son voisin. C'était une paire plutôt inattendue au premier regard mais Jean savait qu'ils allaient bien au delà de ça. C'était son fameux ami d'enfance qu'elle ne cessait de coller. Il en avait vaguement entendu parler l'année dernière - lorsqu'il s'intéressait encore à elle - et s'était fait à l'idée que personne ne pouvait remplacer son précieux "ami d'enfance". À vrai dire , sa dévotion à son égard était telle que tout le monde soupçonnait quelque chose d'autre venant de Mikasa.

Mais ça , ce n'était plus son problème.

Le regard que lui avait lancé ce garçon , par contre , en était un. Un regard amusé , moqueur...que Jean ne pouvait interpréter que comme du mépris. Il les avait définitivement pris en flagrant délit et ça l'amusait plus qu'autre chose. Dieu sait ce qu'il allait raconter après ça. Pour lui , cette proximité qu'il avait eu avec Marco était tout ce qu'il y a de plus anodin. Il oubliait que la plupart des gens ne pensait pas comme lui.

Jean se foutait pas mal de ce qu'on puisse penser de lui. Mais il ne voulait pas être là cause des problèmes de Marco.

Et puis quels problèmes après tout? Peut-être qu'il ne dira rien , tout simplement. De plus , Marco n'avait même pas eu l'air gêné en le voyant. Il avait souri et avait secoué la tête d'un air exaspéré , comme s'il le connaissait.


Jean avait senti son regard brûler sur eux jusqu'à la fin du cours. Et il savait qu'il était le seul à s'en soucier.

Marco se préparait à aller en TD d'anglais , le seul cours où Jean n''était pas dans son groupe. Ce dernier allait l'attendre jusqu'à la pause de midi pour qu'ils puissent trainer un peu ensemble. Comme promis.

Avant que Jean ne sorte de sa rangée , le garçon de tout à l'heure le dépassa en descendant les grandes marches de l'amphi. Son coeur rata un bond. Il s'était retourné et leurs regards s'étaient croisés. Cette fois-ci , pas de sourire moqueur où quoi que ce soit d'arrogant sur son visage. Le jeune homme l'avait juste dévisagé de haut en bas , avant de repartir comme si de rien n'était.

Jean avait l'impression de devenir une curiosité et ça l'enervait.

"Fais pas gaffe"

Marco savait que Jean avait tendance à se prendre la tête pour rien. Et il était toujours là pour le rassurer du mieux qu'il pouvait.

"Eren nous emmerdera pas si c'est ce que tu crois"

Eren. Jean se disait bien qu'il avait déjà entendu ce nom quelque part. Et c'était de la bouche de Mikasa , qui l'interpellait sans cesse.

Il se tourna vers Marco. Son regard était sincère , son sourire rassurant. Jean ne demandait qu'à le croire.

"T'es sûr? Il a l'air vachement sournois..."

"Je le connais depuis le lycée. Il a pas l'air comme ça... mais c'est pas une commère."

Peu convaincu , Jean baissa la tête. Il avait appris à ne pas faire confiance aux gens (Marco était une exception) et ce garçon avait tout de ce qu'il redoutait. Il devait s'en faire lui-même une idée.

Marco lui caressa tendrement le haut du crâne et le prit par le poignet pour l'inviter à descendre avec lui les escaliers de l'amphi.

"Accompagne moi jusqu'à ma salle"


11h45

Les couloirs jusqu'alors vides du premier étage commençaient à se remplir petit à petit de personnes attendant le prochain cours. Jean était resté assis depuis 11h sur un alignement de sièges , installé à côté de l'entrée de la cage d'escalier. En entendant les voix s'élever à mesure que les étudiants affluaient , il augmenta le son de sa musique. Mais quoi qu'il puisse faire , sa tranquillité allait être définitivement troublée. Il sentit que quelqu'un s'était assis à côté de lui. Alors qu'il y avait deux sièges de libre à sa droite. Jean était peut être légèrement misanthrope mais même les gens sociables laissent normalement une place vide entre eux et les gens qu'ils ne connaissent pas. Jean se retourna.

En l'occurrence , on pouvait dire qu'ils se connaissaient déjà.

Des cheveux "coiffé-décoiffé" , une peau légèrement mate...et des yeux verts si caractéristiques , flagrants même de profil.

Eren était presque affalé sur son siège , les jambes écartées comme un crapaud. Il ne s'était même pas retourné pour le regarder et naviguait sur son téléphone , comme si de rien n'était. À part que sa cuisse était complètement collée contre la sienne et ça , ce n'était pas rien. Jean croisa ses jambes pour l'éviter. Mais à peine une minute après , Eren revenait à la charge en collant cette fois ci son épaule subtilement à la sienne. Jean ne comprenait pas. Est ce que c'était de la provocation , auquel cas il se devait de ne pas entrer dans son jeu et de feindre l'indifférence (même s'il mourrait d'envie de lui faire une remarque) ou juste du hasard? Ce garçon était définitivement un problème pour lui depuis ce matin et il souhaitait ardemment que les dix dernières minutes passent plus vite...


Ça fait tréées longtemps que je n'ai pas mis à jour cette fiction. Depuis février pour être exacte. Je n'ai pas vraiment d'excuses valables , juste de la procrastination et une certaine difficulté à introduire Eren dans ce chapitre , même si j'avais prévu depuis le début son rôle. Mais maintenant , je pense que ça glissera tout seul! En tout cas , j'espère que , pour ceux qui suivaient cette fic , l'attente n'a pas été trop longue et que vous avez apprécié ce nouveau chapitre.