Cassandra

Ma tête me lance, elle semble si lourde. Mon corps ne répond plus, ou difficilement. Je n'ai pas besoin de regarder autour de moi pour savoir que le sol doit encore être jonché de bouteille d'alcool.

Un soupir passe mes lèvres. Je suis lasse de mon comportement mais je doute de pouvoir arrêter. La brûlure de la boisson est ce qui me fait tenir. J'oublie dans les vapeurs que ma vie n'est pas celle dont je rêvais.

Mes pensées s'embrouillent et je lâche prise. Je n'ai pas envie de réfléchir, pas maintenant. Je grimace, dieu que j'ai mal ! Je respire profondément et je compte jusqu'à trois. Enfin je suis assise. Je ferme les yeux compulsivement. Bientôt la pièce ne tangue plus et je parviens à me lever et à atteindre la douche. Avant de faire couler l'eau, je me débats avec ma robe. Au bout que ce qui me semble une éternité, elle est à mes pieds. Un nouveau soupir et le liquide froid s'abat sur moi. Je me sens mal mais cela est nécessaire. Il faut me réveiller, je ne supporte pas la torpeur de l'addiction. Je repense à Tibideau et à sa foutue carte avec l'adresse d'un centre de désintox. Je ne pense pas l'avoir jetée, peut-être serait-il temps que j'en fasse bon usage.

Mon réveil se termine, j'enfile une tenue de sport et commence le ménage. Comme prévu les bouteilles de bière recouvrent mon parquet et ma migraine menace de reprendre. Je grogne, m'empresse de ramasser les preuves de ma déchéances et ferme les rideaux. La pénombre est mon amie.

Des bribes de la veille me reviennent. Je m'assoies sur le canapé et me laisse envahir. Je suis prête maintenant. Je la revois surprise face à ma présence. Mal à l'aise aussi. Je vois ses doigts bouger de façon incontrôlable, j'entends sa voix moins assurée qu'à l'accoutumée.

Je sens Quinn me détailler du regard. Je sens mon ventre se tordre. Je sens mon sang pulser dans mes veines, la colère monter. Je ne suis pas ainsi ! Je ne suis pas une femme fragile. C'est moi qui domine, c'est moi qui prends et qui jette. Ce sont les autres les marionnettes pas moi !

Rachel n'a aucun pouvoir sur moi pourquoi lui accorder autant d'importance ! Ce n'est qu'une petite fille à Papa qui a tout ce qu'elle veut ! Une fille naïve plein d'étoiles dans les yeux ! Elle n'a pas vécu, elle croit souffrir parce que son cœur se déchire entre plusieurs choix ! Est-ce ça souffrir ! Non ça c'est être désirée, être aimée ! Elle me met hors de moi ! Moi j'ai souffert ! Moi j'ai connu la misère humaine ! Je me suis construite seule sans un club stupide dans le dos et des amis tout aussi peu intelligent ! J'ai connu la galère des auditions, j'ai dû me battre pour faire prévaloir mon talent ! Elle tout lui est donné, elle pousse la chansonnette et New-York est à ses pieds ! Elle n'a pas assuré, elle a oublié les paroles de Don't rain on my parade ! Mais ce n'est pas grave, on l'accepte quand même après tout c'est Rachel Berry de Lima Ohio ! Elle n'est rien, elle n'est personne ! J'ai foiré, j'ai perdu ! Elle...elle... Je l'a déteste.

Putain, elle est aimée ! Personne ne m'a jamais regardé comme cette blonde le fait ! Et elle, elle est pas foutu de s'en rendre compte ! Personne...je n'ai jamais eu le droit à ça. J'ai eu le droit à un père absent, à un mère exigeante, à un frère parfait. A un frère à la Berry qui réussit tout et n'échoue jamais !

Sans m'en rendre compte ma diatribe m'a conduite devant un miroir. Ce que j'y vois ne me plaît pas. Une hystérique, rien de plus. Une alcoolique qui pour vivre et se sentir me mieux n'est capable que de mépriser. Sauf elle. Sauf cette putain de fille de l'Ohio.

Je la vois le jour de la rentrée si sûre d'elle. Si pleine d'espérance. Si moi. Si moi quand j'avais son âge. La comparaison s'arrête là. En danse j'étais la reine, je savais tout faire dés le premier coup. Imbattable. J'étais suffisante là où elle est avide de connaissance. Je croyais tout acquis, à l'école du moins, le professeur n'avait d'yeux que pour moi. J'étais sa muse. J'ai perdu pieds. Je me suis brûlée les ailes.

Un jour j'ai entendu une de ses camarades lui demander comment elle faisait pour rester sur terre. Pour être aussi ambitieuse et réaliste à la fois. Sa réponse m'avait laissé perplexe. Dans un rire elle avait laissé échappé « Sluchies ».

Je passe la main dans mes cheveux. Rachel Berry. Mon obsession. Ma douce obsession. Mes pas se dirigent de nouveau vers mon lit. Je plonge dans mes bras et me laisse aller à la rêverie. J'imagine Rachel. Je l'imagine m'aimer. J'imagine ses caresses, ses mots tendres. Elle serait mon pansement, mon médicament. Ma porte de sortie.

Les rêves font mal. Elle en aime une autre et jamais je ne pourrais faire illusion. Jamais je n'aurais ses bras pour me protéger. Son corps pour faire rempart aux mauvais souvenirs. Je suis un esprit malade et fatigué.

Des coups contre ma porte se font entendre. Lentement je me lève. Personne ne vient ici sans que je ne l'invite.

Le judas me dévoile l'identité de l'inconnu et je me glace.

Rachel.

Il suffit que j'arrête de réfléchir. Je sais que je prends la bonne décision.

Cassandra

Elle est là, face à moi. Son visage arbore une détermination qui ne m'est pas inconnue. Elle est toujours comme cela avant un exercice difficile. J'attends. Je ne lui propose même pas d'entrer. Pas la peine aujourd'hui.

J'essaie le sourire charmeur. Il faut que j'assure au moins ce dernier rôle. Elle ne se déstabilise pas. Elle me fixe et prononce la sentence.

Je lui souris doucement. Elle aurait pu me détruire. Elle aurait pu.

Je referme la porte derrière moi. Sereine. Sur la commode une adresse m'attend. Il est temps.