Je suis très très en retard dans cette fic un peu abandonnée mais comme je n'aime pas laisser une histoire sans fin, je m'engage à la terminer très vite ! Merci encore à ceux qui m'ont lue et suivie.
Chapitre 9 - Confrontation
Il chemina plusieurs jours durant, aussi discret qu'un animal des bois au travers de la vaste forêt, aussi fuyant que le vent au milieu des plaines de l'Anduin. Et durant tout le parcours, il tacha de contrôler ses sentiments, ses inquiétudes et ses questions, comme le prince elfe qu'il était, capable d'enfouir au fond de son cœur les tourments qu'il n'aurait jamais du éprouver.
A l'aube du cinquième jour, il vit se dessiner à l'horizon la fière cité blanche de Minas Tirith et malgré tous ses efforts, ses mains tremblèrent sur les rênes de son cheval.
Aragorn savait-il ? Prendrait-il comme un affront sa venue en ses terres ?
Il respira à plein poumon le parfum familier de la citadelle et dirigea son destrier vers la grande porte de fer forgée. Il fut accueilli par plusieurs gardes en armure qui le saluèrent, conscients de son titre et du statut privilégié dont il était paré. Un ami du Roi. Un membre de la Communauté de l'Anneau. Cela avait-il encore un sens ?
Il fut conduit à la salle du trône. Sans précipitations. Bien qu'il n'ait jamais été si conscient qu'en cet instant du son de ses pas, résonnant dans l'immense couloir de marbre blanc qui menait à son destin.
Elle était là. Parée dans une grande toge blanche, un fin diadème de pierres précieuses ornant son front et contrastant avec sa longue chevelure brune. La Reine Undomiel. Epouse du Roi.
- Ayia Legolas.
Il s'inclina devant la reine du Gondor.
- Ayia Arwen.
Elle le regarda intensément dans un long silence qui parut interminable et étouffant à l'elfe du royaume des Bois. Elle se dispensa des formules de politesse d'usage entre leurs rangs respectifs et alla droit au but.
- Un péché que l'on cache depuis si longtemps ne peut-être qu'à demi pardonné, Legolas Vertefeuille.
Il déglutit. Ne joua pas la surprise. Elle avait certainement toujours su. Il n'avait jamais rien trahi. Jamais rien espéré. Mais jamais oublié. Cacher ce secret. Se taire, c'est tout ce qu'il avait pu faire. Pour lui. Pour elle, aussi.
- Un mensonge reste un mensonge, peu importe la raison qui se cache derrière.
Il ne voulait pas d'excuses. Pas de justification. Elle eut un sourire triste.
- Nos mensonges nous engagent mieux qu'aucune vérité. J'ai espéré, moi aussi, que le temps viendrait à bout de ce non-dit entre vous. Mais ce secret le tue à petit feu. Me tue aussi...
Il fit un pas vers elle mais n'osa pas la regarder. Il répondit seulement :
- Le temps ne guérit pas toujours la douleur, mais il vous apprend seulement à vivre avec...
- Dis-le moi.
Leurs yeux s'affrontèrent enfin, sans un clignement. Leurs pupilles bleues dilatées par cet instant qui scellait quelque chose d'important entre eux.
Elle répéta :
- Legolas, dis-le moi.
- Je l'aime.
La phrase tombait comme une sentence. Il baissa la tête un instant. Fugace. Et quand il releva son visage vers elle, il prit de plein fouet les larmes cristallines qui glissaient sur ses joues de porcelaine. Son cœur se serra. Il connaissait cette douleur lui aussi. Celle de l'impuissance. Lui ne pleurait plus. Les larmes, semblait-il, s'étaient taries avec la certitude que lui et l'homme du Nord n'avaient pas de futur possible. Elle reprit, paraissant deviner sa pensée :
- Les larmes qui coulent sont amères mais plus amères encore sont celles qui ne coulent pas...
Il sourit, percé à jour, mais honteux aussi d'être la cause de ce chagrin. Il n'avait jamais pu détester Arwen. Il aurait été tellement aisé de la haïr, pourtant... La culpabilité n'en était que plus grande. Il se sentit obligé de parler à son tour, pour rompre ce climat anxiogène.
- Certaines personnes entrent dans nos vies et les quittent aussitôt. D'autres restent un moment et laissent leurs empreintes dans nos cœurs et nous changent à jamais.
Elle savait ce que cela signifiait. Legolas était prêt à aimer cet homme pendant toute une éternité qui perdurerait longtemps, bien longtemps après la mort du souverain mortel.
- Est-ce qu'il le sait ?
Il pensa au baiser qu'il avait deviné dans son semi-coma. L'avait-il rêvé ? Et dans chacun de ses gestes, de ses mots, ce sentiment n'est-il pas prégnant? Réciproque peut-être? Il s'était toujours interdit d'y croire. Il n'osa pas. Il secoua la tête négativement, le regard un peu fuyant. Trop fuyant pour la clairvoyance de la femme trompée.
- Quand j'ai demandé la vérité, je voulais que tu me dises ce qui s'est réellement passé et non ce que tu crois que je veux entendre...
- Que puis-je vous dire que vous ne sachiez déjà ? J'ai fui dès que j'ai su. Il est mon ami. Et quelque rare que soit le véritable amour, il l'est encore moins que la véritable amitié...
Elle s'approcha et lui prit ses deux mains dans les siennes et parla d'une voix douce.
- Je ne doute ni de ta loyauté, ni de la sienne. Je veux arrêter d'avoir mal. Je veux revoir briller ses yeux de tout ce qui faisait que je l'aimais. Il a besoin que tu lui dises. Il a besoin de comprendre. Autant que toi tu as besoin de savoir. J'accepte, Legolas. J'accepte ce qu'il peut y avoir entre vous qui me dépasse et qui m'échappe. J'accepte cette part de lui dont tu es le seul à avoir la clé. J'accepte votre amour parce que je comprends que je ne peux rien contre...
Ses mains se firent tremblantes et lâchèrent soudainement celles du Prince Sylvain.
- Je ne mérite pas votre clémence.
- Pardonner, Legolas, c'est lever la culpabilité de l'autre et introduire la paix en soi.
- Alors pourquoi est-ce que je me sens plus coupable encore ?
Elle sourit de son sourire radieux. Les larmes avaient définitivement quitté ses yeux à présent. Elle l'embrassa sur le front, alors qu'il s'inclinait en signe d'allégeance.
- Va. Il t'attend depuis bien trop longtemps.
A suivre.
