Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note:Coucou, j'espère que vous allez bien ~ Moi je ressors d'une semaine de rush et de boulot mais j'ai quand même eut le temps d'écrire ce nouveau chapitre ~ Il est un peu différent des autres car il y a plus de parties, plus courtes, et également plus de points de vue mais j'espère qu'il vous plaira quand même. Bonne lecture ~
[OST Sweet Pool - Scene (Warp2) ]
Lorsqu'il se réveilla pour la seconde fois, il faisait déjà nuit noire.
Kise cru pendant un moment que tout cela ne fut qu'un rêve, car l'endroit où il se trouvait ressemblait beaucoup à l'arrière du bâtiment du lycée. Cependant, bien qu'il s'agissait aussi d'un local à poubelle, il était indéniablement différent et pour cause; c'était celui de son immeuble. Son sac reposait à côté de lui, toutes ses affaires encore sûrement dedans. Le blondinet avait déjà une vague idée de la manière dont il avait atterri ici malgré le fait que ses esprits n'étaient pas encore tout à fait en place. Autour de lui, personne sinon quelques animaux nocturnes qui s'aventuraient à tout hasard pour chercher des restes parmi les ordures. La nuit était paisible et silencieuse à part cela, comme toujours dans son quartier, surtout à cette heure avancée.
Il voulut se redresser mais le simple fait de bouger un peu le faisait souffrir le martyre. Encore déboussolé, il attendit quelques minutes pour se laisser le temps de se remettre de son réveil. Bien qu'il ne pensât pas avoir bu la veille, il se sentait exactement de la même manière que le lendemain d'une beuverie, exception faite qu'une gueule de bois pouvait au moins désigner l'alcool comme ultime coupable. Ryouta ne pouvait accuser personne à part son propre corps d'être aussi faible et peu endurant face aux coups durs de la vie. Quelque part, il avait de la chance dans son malheur, car malgré sa santé défaillante, personne jusqu'alors n'en avait profité pour lui faire du tort...
Trouvant enfin la force de se relever, il prit machinalement la direction de la sortie de la ruelle en s'appuyant contre le mur froid pour ne pas tomber. C'était une partie non éclairée, mais il pouvait facilement distinguer son chemin grâce aux lampadaires à la sortie de la route. Il lui fallait juste éviter de buter contre une poubelle qui provoquerait un rafut du diable et réveillerait tous les habitants du coin. Enfin, après quelques efforts qui lui parurent aussi intenables que pendant un marathon, il se retrouva en face de son appartement. Ainsi, on l'avait bel et bien amené ici, ainsi qu'ailleurs. C'était un fait que le blondinet avait d'ores et déjà accepté depuis son réveil, mais il prenait conscience de tout ce que cela impliquait.
Il eut alors un rire amer face à l'insolite de la situation.
C'était stupide.
Idiot.
Absurde.
Ridicule.
... Pitoyable.
Tous ces mots s'enchaînaient dans sa tête alors que les souvenirs tout ce qui s'était passé lui revinrent. Midorima. Le débarras. La lumière. L'odeur. La fièvre. Son corps. Aomine. Il l'avait touché. La chaleur qu'ils avaient partagée. Tout se bousculait à une lenteur presque insupportable, comme si une partie de son esprit ne voulait pas se remémorer. Cependant, le jeune homme en était bien obligé, ne serait-ce que par les sensations fantômes qui continuaient encore d'imprégner sa peau. Tout ce qui était arrivé, il le ressentait au plus profond de lui. C'était juste inoubliable. Et ça n'en devenait plus qu'insupportable. Une main sur la bouche, il s'empêcha alors de crier à ce constat en mordant la chaire de sa paume. Seule la peur d'attirer l'attention l'empêcha d'exprimer sa frustration.
Avec un sentiment indescriptible, Ryouta se dirigea d'un pas lourd vers la porte d'entrée du grand immeuble après avoir respiré une dernière fois l'air extérieur pour se calmer. Les lampes de service s'allumèrent d'elles-mêmes sur son passage, dessinant son chemin et témoignant de sa présence dont lui-même doutait parfois. Le visage fermé, il prit les escaliers avec courage, mais surtout par envie de rester discret, moins par égard envers le voisinage que pour garder cet instant de tranquillité qu'on daigna enfin lui offrir. Il était seul. Il voulait le rester jusqu'à ce que son havre de paix soit atteint. Un endroit où il se donnait l'illusion que personne ne pouvait y entrer une fois la porte fermée à clef et qu'il y était en sécurité.
Pour le moment, c'est de ça dont il avait le plus besoin.
Les derniers mètres franchis, Kise verrouilla la serrure et enleva ses chaussures pour marquer son retour. Jamais en le quittant ce matin il n'aurait cru le retrouver dans un tel état. À la fois heureux et désespéré. Sans allumer une seule lumière, il continua sa route jusqu'à son lit sur lequel il se laissa tomber de manière disgracieuse, comme si toute capacité à tenir debout venait de le quitter en une seconde. Il ne prit la peine, ni de se changer, ni de se laver avant de se coucher. Le jeune homme ne voulait rien faire. Juste, se reposer. Fermant les yeux, il laissa son esprit se calmer. Le simple fait d'être allongé sur son matelas lui procurait un sentiment de bien-être après toutes ces épreuves, au point que même le son des ressorts sonnait comme une douce mélodie à ses oreilles.
Gardant ses pupilles ambres closes, le sommeil ne voulant pas venir si peu de temps après ce réveil brutal, le blondinet réfléchit alors d'une manière un peu plus posée que tout à l'heure à ce qui s'était passé la veille.
Midorima l'avait attiré dans un piège et séquestré dans une pièce. Là, il y avait trouvé Aomine aussi blessé que lui... non, même plus blessé que lui. Son agresseur avait dû être sacrément fort pour réussir à le maltraiter ainsi, car l'adolescent mâté était loin d'être un petit gabarits. Certainement pas le binoclard... cela ne voulait dire qu'une chose: il avait un complice. Chose logique vu qu'il fut lui-même assommé par quelqu'un d'autre. Le blondinet n'avait pas envie de s'avancer, mais une liste très fermée de potentiels candidats se dressait déjà dans sa tête: soit Takao, soit Murasakibara. En temps normal, il n'aurait pensé qu'au premier, mais c'était sans compter l'avertissement du concerné sur le second. Et il n'y avait qu'un type de plus de deux mètres pour réussir à maltraiter ainsi le lycéen aux cheveux bleus.
Cependant, cela n'expliquait pas pourquoi Aomine avait été impliqué.
Par le bon vouloir de Shintarô bien sûr mais... Ryouta ne savait pas ce qui se passait dans la tête de ce type. Il semblait imaginer des choses qui vont au-delà du bon sens et se faire des films sur lui et Daiki sans en avoir la moindre preuve. Enfin, c'est ce qu'il tentait de se persuader, mais il avait plutôt l'impression que le superstitieux voyait et savait des choses que lui-même ignorait. Des choses qui semblaient immorales et effrayantes, au point que l'adolescent vert paraissait en avoir peur lui-même. Parfois, le blondinet avait l'impression en effet que ce n'était pas directement lui qui répugnait le superstitieux, mais autre chose. Quelque chose de caché, invisible, qu'on ne pouvait nommer...
Contre sa volonté, son esprit fit alors le lien avec ce qui s'était passé avec Aomine juste après le réveil de ce dernier. Il était devenu fou. Fou du sang. Alors qu'il était en train de se faire toucher par un autre garçon, il n'avait pas pu contrôler le désir de son corps. Kise n'avait pas envie de réfléchir aux raisons d'un tel manque d'inhibition, il se dégoûtait suffisamment comme cela. En revanche, l'adolescent au teint mate ne semblait avoir eu aucun souci malgré la situation. Il avait gardé son sang-froid et sa froideur habituel, presque comme s'il était habitué, ou tout du moins préparé à cela. Mais pourquoi? Une pensée folle surgit alors malgré lui qui défiait toute probabilité et pourtant...
Pourtant, il se demandait si Aomine n'était pas de mèche avec Midorima. C'était improbable étant donné qu'il avait pu constater de ses propres yeux que son camarade aussi était blessé. Mais ça aurait pu être mis en scène; ce genre de maquillage n'était pas rare aujourd'hui d'être proche du réalisme. Après tout, il avait déjà vu Shintarô et Daiki interagir ensemble, et bien que cela ne ressemblait pas à une discussion entre amis, ils auraient très bien pu parler de tout et n'importe quoi, surtout que l'adolescent vert semble en connaître beaucoup plus que lui sur son homologue bleuté. Peut-être qu'ils avaient une relation secrète, cachée de tous pour éviter les soupçons.
C'est étrange, mais il avait du mal à y croire...
Kise ne voyait pas pourquoi ces deux-là s'associeraient comme ça juste pour lui causer du tort. Pourtant, il était indéniable qu'ils semblaient en connaître bien plus l'un sur l'autre, et même sur le blondinet que lui-même. C'était frustrant de se rendre compte de cela de la part d'étrangers à son cercle intime. Quand bien même les deux taciturnes n'étaient pas aussi liés qu'il ne le pense, ils avaient quand même des choses en commun. Midorima lui avait parlé de son sang, chose qu'il n'a racontée à personne, même pas à Kuroko. Et Aomine... sa réaction n'était pas normale. Au fond de lui, le blondinet avait l'intuition que d'une certaine manière, il était comme lui.
Il ouvrit lentement les yeux, laissant la lumière bleutée de son aquarium apporter un peu plus de couleur à son monde.
"Tu n'es pas humain!"
Les mots de Midorima tournèrent à l'intérieur de son esprit comme une toupie infernal. Des mots qu'il aurait considérés jadis et il n'y a pas si longtemps que cela comme stupide prenait maintenant une grande importance à ses yeux. Kise n'arrivait pas à contester. Pas après tout ce qui lui était arrivé. Il était à court d'arguments pour se défendre. Cependant, cela ne voulait pas dire qu'il les acceptait. Le jeune homme se sentait de plus en plus mal à cause des récents événements et bien qu'il n'irait pas jusqu'à dire qu'il était inhumain, il se demandait quelles en étaient les raisons. Pourquoi toutes ces choses lui arrivaient? L'adolescent vert semblait savoir des choses sur le blondinet, et peut-être qu'il pourrait alors enfin lui apporter une réponse.
Même si cela impliquait de lui donner le statut de monstre.
Ryouta roula sur le côté pour regarder le mur lorsqu'une douleur lui prit derrière son crâne.
La frappe qu'il eut fut particulièrement violente, d'autant plus que Midorima avait jugé nécessaire d'en rajouter un peu pour être sûr qu'il s'évanouisse. Un tel traitement était tellement impensable en temps normal. Personne n'avait idée de frapper aussi violemment quelqu'un comme cela. Kise voulait savoir pourquoi. Pourquoi son camarade s'acharnait sur lui avec une telle haine? Pourquoi il semblait en savoir autant sur lui? Pourquoi Aomine était-il impliqué? Pourquoi lui et pas quelqu'un d'autre? Tout cela et bien plus encore. Ce kidnapping est la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase: il ne voulait plus subir passivement les assauts des autres. Il voulait au moins... comprendre.
Comprendre cette impression d'être la pièce maîtresse d'un jeu sordide qui était manipulée par une entité supérieure et qui finirait cruellement par être jetée. Constamment, il sentait des yeux fixés sur lui, vicieux et partout, qui ne lui laissaient pas une seconde de répit. Peut-être que c'était cela la réponse. Peut-être qu'il vivait entre les mains de quelqu'un d'autre et que son existence n'avait finalement aucun sens, sinon la volonté de cette personne. Il se surprit même à penser que peut être ce qu'il croyait être ses propres choix et ses propres décisions n'étaient en fait que l'objet d'un obscur instinct qui manipulait sa volonté afin de l'amener à faire ce qu'il fait.
Loin d'en être pourtant désespéré comme beaucoup le seraient à sa place, Kise était mué par la détermination. Il voulait démêler cette chaîne d'événement.
Se répétant cela, il finit par s'endormir dans un sommeil sans rêve qui le laissa cependant encore sonné le lendemain.
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La tension était tellement présente lorsqu'il rentra dans la salle de classe qu'il crut un moment si son état n'était pas contagieux.
Kuroko était déjà présent, assis comme à son habitude sagement à sa place, la tête tournée vers la fenêtre sans qu'on puisse apercevoir son expression. En revanche, aucun signe de Kagami. Kise avait du mal à s'imaginer ce qui s'était passé avant le week-end, mais il sentait de plus en plus l'atmosphère s'alourdir autour de ces deux-là. Même lui, pourtant la tête préoccupée par ses propres soucis, s'en rendait compte. Alors il n'osait s'imaginer ce que voyaient leurs camarades de classe. Étrangement pas grand-chose malgré ce qu'on aurait pu soupçonner, comme s'ils ne voulaient rien voir ou ne rien remarquer. Personne ne faisait allusion à l'humeur massacrante de l'adolescent rouge, ni de la mélancolie du bleuté.
C'était à la fois rassurant et frustrant. Rassurant car on ne poserait pas de question étrange sur eux. Frustrant car ils comprenaient qu'ils avaient en quelque sorte déjà franchi le seuil des questions étranges, et qu'on ne désirait plus maintenant que de les mettre à distance. Le blondinet se demandait s'il n'était pas lui aussi rentré dans cette catégorie; on le sollicitait de moins en moins pour la pause du midi ou les sorties après cours, et il avait du mal à s'imaginer que ce soit uniquement à cause de ses multiples refus, connaissant le caractère tenace de certaines de ses connaissances. Aujourd'hui encore, au lieu de venir l'aborder comme on avait l'habitude, on le laissait passer tranquillement, presque craintivement.
Comme s'il y portait un quelconque intérêt...
En revanche, il avait cru distinguer Aomine au détour d'un couloir. Pendant une fraction de seconde, un réflexe en lui avait voulu le pousser à sa rencontre, mais il le rétracta au dernier moment. Que pouvait-il bien dire à ce type après ce qui s'était passé hier? C'était sa première et raison mais aussi... Aussi loin qu'il avait été, il avait très clairement vu que le visage de son homologue était parfaitement lisse et propre, comme si les coups de la veille avaient mystérieusement guéri en l'espace d'une nuit. C'était bien sûr impossible. Peut-être s'était-il trompé à cause de l'obscurité, mais il en doutait fortement. Alors cela ne voulait dire qu'une chose: ses blessures avaient été de la mise en scène, sûrement comme le reste.
Ce douloureux et humiliant constat, Kise avait alors décidé de filer directement dans sa salle de classe avec la décision de ne plus jamais faire confiance à ce mec.
Une réaction qu'il n'arrivait pas à expliquer lui-même maintenant qu'il était posé à son pupitre. Aomine n'avait jamais été ni plus ni moins qu'un camarade de classe, alors pourquoi se sentait-il aussi trahi?
Kagami arriva, donnant à Kise l'occasion idéale pour oublier un instant ses idées noires. Ce n'était pas correct de sa part d'être autant curieux sur les relations qu'il entretenait avec celui qu'il considérait comme son meilleur ami, mais il y avait indéniablement quelque chose, et s'il ne pouvait pas aider, il voulait au moins savoir. Une chose dans sa vie qu'il aimerait comprendre, juste une. C'est pourquoi son regard se fit sans doute bien plus insistant qu'il ne le voulut, mais le jeune homme à la chevelure rouge ne sembla pas s'en soucier et, imperturbable, continua son chemin d'un pas sûr jusqu'à ce que tout le monde pensait être sa table, mais il s'arrêta en chemin, juste en face de celle de Kuroko.
Le concerné mit quelques secondes avant de réaliser que celui qui le fuyait depuis quelques jours déjà venait de se planter devant lui sans aucune hésitation. Cela lui mit beaucoup plus de temps avant de trouver le courage de relever ses pupilles azurées vers celles carmins de son vis-à-vis. Elles brillaient d'une détermination qui ferait tressaillir n'importe quel sportif la veille d'un tournoi. Taïga n'était pas venu ici par hasard ou sur un coup de tête: il avait dû y réfléchir très longuement, et ce qu'il s'apprêtait à faire ou à dire n'allait sûrement pas être sous le coup d'une quelconque pulsion. C'était rare de le voir aussi posé et en même temps brûlant d'en découdre, mais cela arrivait, et Tetsuya pouvait se vanter d'être la cible d'un sentiment aussi fort.
Pendant un moment, il fut captivé au point d'en rougir légèrement.
"Ce midi..." Commença Kagami d'un ton sans aucun blanc. "... Rejoint moi sur le toit."
Il y avait une telle tension entre eux que tout le monde commençait à se sentir globalement mal à l'aise. Quelque chose était différent. Le ton et la voix de Kagami n'avaient rien à voir avec ce qu'ils avaient l'habitude d'entendre. Ce n'était pas les paroles d'un adolescent un peu tête brûlée qui donnait un rendez-vous pour un règlement de compte. C'était une sollicitation, presque une obligation d'un prédateur qui ne tolérait pas de refus. C'était tout du moins comme cela que Kise le ressentait de là où il était, c'est-à-dire sa place de spectateur. Les autres lycéens retinrent leur respiration, sans doute dans l'attente de la réponse de Kuroko tout en faisant mine de n'être absolument pas intéressés par la conversation.
Ils purent néanmoins reprendre leur souffle lorsque Kagami décida de continuer son chemin sans avoir visiblement besoin d'un "oui", comme si le silence presque solenel avait suffi à lui-même. Kuoko avait entendu sa sollicitation, il n'avait pas besoin de plus. Il semblait avoir l'intime conviction que juste avec ça, son camarade allait venir. Sans faute. Cela souleva une étrange sensation qui donna des frissons dans le dos de Kise, ayant l'impression d'avoir déjà vécu ce genre de scène, mais en tant qu'acteur cette fois. C'était extrêmement désagréable, lui qui avait décidé de s'y intéresser pour oublier un peu les récents événements, voilà qu'un étrange reflet déformé les dessinait en face de lui pour s'assurer qu'il n'oublierait pas.
Le jeune homme fan de basket finit par s'asseoir sans aucun autre incident, laissant enfin la classe reprendre un semblant d'activité normale. Kuroko feignait l'ignorance, mais le blondinet était quasi sûr qu'au fond de lui, il devait être en proie à une torture psychologique sous la forme de multiples questions quant au changement soudain de comportement de son camarade. Personne ne vint vers lui pour lui demander ce qui se passait, ou même s'assurer s'il allait bien. Il n'aurait sans doute pas répondu, trop occupé à s'imaginer différents scénarios dans sa tête. Son pauvre corps tremblant faisait peine à voir, au point que seul le professeur lui recommanda d'aller à l'infirmerie en milieu de cours. Il refusa dans un murmure arraché et répété trois fois avant de pouvoir se faire comprendre.
On n'osa pas insister.
Kise quant à lui décida également de retourner dans sa bulle hermétique dont il eut tant de mal à sortir.
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L'heure du déjeuner.
La cloche venait de sonner ce moment de la journée si attendu pour tous, mais Kuroko appréhendait beaucoup cet instant. Il avait repensé toute la matinée à ce qu'il allait dire, faire, pensant même à poser un lapin à son camarade. Cependant, à l'heure fatidique, comme par magie, toute son hésitation s'envola et il se leva immédiatement en prenant ses affaires sans faire attention à ce qui se passait autour de lui. Les escaliers menant au toit étant de l'autre côté du jardin intérieur, il traversa celui-ci d'un pas sûr. Une fois qu'il traçait sa route sur les marches, il sentait son stress revenir petit à petit au fur et à mesure qu'il montait. Son rythme n'en diminuait pas pour autant et il se retrouva rapidement en face de la grande porte métalique coupe-feu.
Le jeune homme aux cheveux bleus se laissa quelques instants de patience en face de la sortie, autant pour reprendre son souffle que pour calmer ses nerfs.
Puisqu'il n'avait rien promis, ou même rien répondu, il n'avait aucune garantie que Kagami soit vraiment là. Pourtant, il était intimement persuadé qu'il l'attendait derrière cette barrière, parce que son camarade lui avait fait comprendre que d'une certaine manière, il n'avait pas le choix. Tetsuya avait commencé à partager avec lui son plus sombre et douloureux secret et l'avait entraîné de force dans son univers où aucun humain n'en était ressorti sain d'esprit. Sans rien lui demander. Il était logique que Taïga exige réparation en échange, et cela passait par ne refuser aucun refus, quels qu'ils soient. Ce genre de situation où les deux adolescents étaient liés par un contrat invisible que beaucoup qualifieraient d'absurde et fragile était désormais inévitable.
Une fois apaisé, le lycéen poussa de ses faibles muscles la porte et rentra dans ce lieu si étrange et préservé.
Kagami n'était pas là, faisant douter Kuroko sur l'honnêteté de ses paroles. Il s'approcha alors, laissant ses pieds frôler la poussière environnante qui se soulevait au gré du vent. À mi-chemin, vers le milieu de l'espace, il leva la tête d'un air ennuyé, presque endormis. Le temps lui paraissait étrangement lent, voire figé, comme s'il se trouvait dans un autre univers. Différent du sien. Ici, le ciel bleuté et les paresseux nuages peignaient les environs de leurs couleurs apaisantes, il n'y avait aucun bruit sinon des échos lointains portés par la bise qui ne les atteignaient pas. C'était un endroit reposant, idéal pour s'y endormir et rêver, sans se soucier du reste. Un repos pour l'esprit et pour le corps.
Alors qu'il se demandait si son camarade allait finir par venir, un grand bruit coupa le silence des lieus. Se retournant brusquement, Kuroko vit Kagami au loin qui avait finit par se montrer de manière impolie -non seulement en retard alors qu'il avait posé le rendez-vous, mais il n'a même pas annoncé sa présence- . L'adolescent rougeoyant s'approcha de son homologue bleuté sans appréhension visiblement dans ses yeux ou son attitude. Comme si ce dont il avait assisté il y a quelques jours ne l'avait pas affecté plus que cela. Eh bien, d'une certaine manière si car le plus petit ne se souvenait pas l'avoir déjà vu dans un tel état de concentration, au point que ça en devenait presque inquiétant.
Cependant, le jeune homme aux yeux azur décida de lui rendre la fureur de son regard. Un duel acharné allait commencer, ils le savaient tous les deux.
"Explique-moi..." Commença Kagami, prudent.
"Quoi donc?"
"Tu sais bien... les toilettes la dernière fois! Qu'est-ce qui t'a pris?"
"..."
Tetsuya ne savait pas quoi répondre. Cela rendit Taïga bien plus furieux, mais que pouvait-il bien dire? Qu'il avait perdu le contrôle? Que ce n'était pas vraiment lui a ce moment? Comment pourrait-il le croire. Il avait bien conscience qu'aux yeux de son homologue, il était au mieux un pervers dévergondé aux fantasmes étranges, au pire un mec totalement dérangé qui couvait quelque chose d'étrange. De l'un à l'autre, il n'y avait qu'un pas. Mais sincèrement, il n'avait rien à lui dire car au fond... lui-même ne comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi il réagissait autant au contact de Kagami alors qu'il n'avait rien de spécial contrairement à ceux de son espèce. Il s'était juste senti happé par cette sensation.
"Dis quelque chose!" S'exclama brutalement le lycéen à la tignasse de feu.
"Je ne sais pas..."
Sentant qu'il était sur un sujet sensible et que l'humeur de son camarade devenait instable, il fit une pause pour se permettre de réfléchir.
"Je... me suis juste senti mal et ça a fini comme ça." Expliqua Kuroko d'un ton morne.
"Ne te fiches pas de moi!"
Un autre silence. Le garçon à la peau claire n'avait rien de plus à répliquer. Il sentait une fièvre bien familière monter en lui alors que son vis-à-vis de s'approcher un peu plus de lui dans son élan d'agressivité jusqu'à ce que leur corps ne soit plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
"Si ce n'est pas un mensonge, alors ose me le dire en face, les yeux dans les yeux!"
Kuroko savait que plus que cette histoire dans les toilettes ou ce qu'ils ont fait, c'est son attitude qui irritait le plus Kagami. Il faisait toujours tout son possible pour garder un visage stoïcque et imperméable à toute émotion humaine, au point qu'il passait très souvent pour un insensible alors que ce n'était pas le cas. La vérité, c'est que l'adolescent bleuté était quelqu'un de très sensible, sans doute plus que son entourage. Il savait détecter immédiatement ce qui n'allait pas chez quelqu'un d'autre -il sentait d'ailleurs que quelque chose clochait chez Kise, sans parvenir à mettre le doigt dessus- . Mais il était maladroit. Et cette maladresse blessait plus qu'elle ne réconfortait quand il touchait un point sensible chez quelqu'un sans le vouloir.
Aux yeux du lycéen aux pupilles carmin, il n'y avait rien de plus insupportable.
Et il ne semblait pas vouloir lâcher le morceau tant qu'il n'aura pas eu de réponse satisfaisante sur ce qu'ils avaient fait dans les sanitaires, Inconsciemment, le souvenir de ce jour lui revient brusquement comme un mal de tête. Au même instant, Taïga sentit une étrange sensation de brûlure à l'intérieur de lui. C'était léger, mais constant. Par réflexe, il posa une main sur son ventre, se demandant un moment s'il n'avait rien mangé de mauvais la veille. Rien de plus que d'habitude fini-il par conclure, mais cela ne résolut pas son problème. De toute façon, peu importe la douleur, il ne partirait pas d'ici s'en savoir ce que l'autre demi-portion avait derrière la tête, même si devait ramper jusqu'à l'infirmerie après ça.
Immédiatement, Tetsuya vint alors l'enlacer comme il en avait un peu trop pris l'habitude dernièrement. Et c'est à demi-surpris qu'il vit une légère rougeur sur son visage d'ordinaire pâle, et désormais transpirant.
"Tu sens tellement bon, Kagami-kun..."
Bizarre.
Non cette phrase tordue. Non son attitude qui décidément était anormale. Non son état physique obscène. Non cette étrange atmosphère qui changeait d'un coup. Non.
Bizarre le fait que Kagami ait pensé exactement la même chose sur Kuroko en cet instant précis.
Ce sentiment qu'il éprouvait alors qu'ils se touchaient directement par cet enlacement, c'était la même chose que dans les toilettes. Une exaltation incontrôlable. Une chaleur possessive. Il savait que s'il laissait son camarade prendre en main la situation, ça allait sans doute se finir de la même manière que la dernière fois. Et ça, il ne le voulait pas. L'adolescent sauvage était venu ici pour chercher des réponses à son erreur, non recommencer cette dernière. Il ne voulait pas rentrer dans le jeu de cet avorton. Il ne voulait pas se sentir de nouveau manipulé par le plaisir malsain que lui apportait son camarade. Et au fond, il sentait aussi que le concerné non plus ne voulait pas de ça.
Il ne voulait pas s'abandonner.
"Lâche-moi! Ne me touche pas!"
Taïga réussit à puiser assez de force dans son bon sens pour obliger Tetsuya à le libérer de sa prise. Immédiatement, l'adolescent bleuté se tordit en deux, le visage baissé vers le sol et la bouche entrouverte comme s'il était pris de violentes nausées. Le jeune homme aux cheveux carmin se rendit compte à quel point il était pâle, presque livide. Et pourtant persistait cette insupportable et étouffante fièvre qu'ils partageaient inconsciemment en cet instant. Ils étaient séparés, mais pour combien de temps encore. Combien de temps avant que l'un des deux ne craque? Kagami savait que ce n'était plus qu'une question de minutes, voire de secondes si son camarade ne reprenait pas rapidement contrôlé de lui-même.
Ayant visiblement compris cela, Kuroko se mit alors à courir en direction de la sortie dans aucune autre attention envers son homologue.
OoOoOoOoOoOoOoO
Aomine en se promenant ce midi-là n'avait pas vraiment de but jusqu'à la fin de la journée.
Encore confus de la veille, il s'était réveillé devant chez lui, à moitié surpris. Sachant que Murasakibara lui avait bien refait le portrait avant de l'assommer dans un coup traitre, il ne sentait pas encore d'aller les voir, lui et Midorima -parce qu'il ne doutait pas que son camarade de classe soit dans le coup- pour leur rendre la politesse. En outre, après avoir failli craquer dans cette pièce sombre, il ne savait pas comment se comporter face à Kise. L'adolescent maté s'était toujours promis de se retenir, mais avoir senti les lèvres du blondinet et cette atmosphère irrespirable... ça avait été au-dessus de ses forces. Maintenant, le sportif savait que son homologue devait nager en pleine confusion mais il n'avait aucune idée de comment rattraper tout ça sans lui faire peur...
À cause de cet état d'esprit un peu rêveur, il n'avait pas vu en déambulant dans les couloirs la petite masse foncer sur lui. Et visiblement, c'était réciproque car elle le buta de plein fouet, au point qu'il faillit perdre l'équilibre. Heureusement, son agresseur était loin d'être un fort gabarit et il réussit à se redresser, sentant quand même les relants des violences d'hier soir. Prenant un peu de temps pour s'en remettre, Daiki put alors identifier rapidement et cette fois avec une totale incompréhension son ami dans état qu'il reconnut immédiatement par la simple chaleur qu'il dégageait. Il du cependant rattraper Tetsuya par le poignet lorsqu'il fit mine de repartir sans avoir pris le temps de s'excuser ou même le regarder.
Pour qu'il en arrive à ce point, il devait être dans un état très critique.
"Tetsu! Attend Tetsu, c'est moi!"
"A... Aomine-kun... qu'est-ce que... tu fais ici..." Haleta le concerné dans un souffle difficile.
"On s'en fout de ce que je fais là, explique-moi plutôt ce qui t'arrive! Comment ça se fait que tu sois en chaleur alors qu'il n'y en a aucun dans le coin?"
"Je... n'en sais rien... Aaaahh!"
Dans un réflexe presque inconscient, Kuroko se laissa tomber contre le torse d'Aomine, comme s'il recherchait quelque chose chez ce dernier. Le lycéen bronzé déglutit, reconnaissant bien les symptômes de son homologue sans jamais réussir à s'y habituer totalement, même après tout ce temps. Les yeux ronds d'un bleu vitreux le fixèrent avec presque convoitise, le rendant mal à l'aise. Pas à cause de son état en lui-même, mais plutôt le lieu et surtout ce qui lui était arrivé la veille. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable et du faire un effort pour ne pas repousser violemment son ami qui avait besoin de son aide. Et de manière visiblement urgente.
Gentiment, il laissa sa main se poser dans la chevelure ébouriffée de couleur azure pour le rassurer.
"On verra ça plus tard... Il faut vite s'occuper de toi avant qu'ils ne sortent... Allons dans un endroit discret, je vais te soulager."
Il avait dit ça avec des attentions louables, comme il le faisait toujours. Pourtant, à peine eut-il le temps de finir sa phrase que Kuroko se dégagea violemment de son étreinte et le fixa avec une fureur qui lui était assez familière. Sauf que cette fois-ci, Daiki n'en comprenait pas la raison. Il n'avait rien dit ou fait de mal par rapport à d'habitude. Ce n'est pas comme si c'était la première fois -même si cela faisait longtemps qu'ils n'en avaient pas ressenti le besoin- alors pourquoi une telle colère? Tetsuya se frotta le bras, comme s'il voulait se débarrasser de quelque chose et prit une respiration pour se calmer.
Le garçon transparent déclara alors d'une voix presque craintive.
"Je ne veux plus... faire ça avec toi Aomine-kun."
"Quoi? Et pourquoi?" S'estomaqua le concerné en fronçant les sourcils. "Je croyais qu'on s'était mis d'accord sur ce que ça signifiait pour nous! On le fait et on s'en va chacun de notre côté comme si rien ne s'était passé!"
"Sauf que je ne peux pas!" Cria Kuroko, les larmes aux yeux. "Je peux pas le faire alors que je suis amoureux de quelqu'un d'autre! Ça reviendrait à le trahir!"
Cette fois-ci, Aomine se sentait vraiment en colère et força son camarade à redresser la tête vers lui en lui agrippant le menton et le fixer droit dans les yeux. Ses pupilles bleu roi étaient devenue intransigeantes et il commença d'un ton cruellement tranchant et froid:
"C'est bien beau ce que tu dis, Tetsu. Mais lui, il n'est pas au courant, alors ça ne changera rien pour lui. En revanche toi..."
Il prit à son tour une inspiration. Il savait qu'il devait faire attention à ce qu'il disait.
"Toi tu risques gros si tu restes dans cet état. Outre le fait qu'ils peuvent sortir d'un moment à un autre, tu empestes tellement que si ça avait été quelqu'un d'autre que moi, tu ne t'en serais pas sortie si facilement!"
Kuroko écarquilla les yeux en entendant ces paroles. Bien sûr, il se connaissait bien, et avait conscience de l'effet qu'il faisait autour de lui lorsqu'il rentrait dans cette phase que tous ceux de son espèce redoutaient. Cependant, il n'imaginait pas que c'était au point que même Aomine lui dise plus ou moins explicitement qu'il avait du mal à se retenir. Il s'en rendait bien compte maintenant qu'il forçait el à le rearder. Son ami commençait à son tour à transpirer sous la fièvre qui prenait petit à petit son corps et son odeur devenait de plus en plus conséquente, se mélangeant à la sienne. Elle était agréable, mais différente de ce qu'aimait Kuroko. Elle n'était pas à son goût.
Se dégageant pour une seconde fois, l'invisible ne perdit pas de sa contenance.
"Je me soulagerais tout seul. Mais je ne peux plus faire ça avec quelqu'un que je n'aime pas et... et je suis sûr que c'est le cas pour toi aussi."
Cette dernière réplique laissa Aomine dérouté assez de temps pour permettre à Kuroko de s'enfuir avant qu'il ne s'en rende compte que trop tard.
Laissé seul, l'adolescent mat se sentit alors profondément renversé, ne s'attendant pas à ce que ça le touche autant. Son ami avait dû se douter à un moment ou un autre qu'il regardait Kise de manière trop insistante pour qu'elle soit désintéressée, mais au point qu'il lui fasse remarquer ce genre de chose... Le pire, c'est qu'il se rendait compte à quel point il avait raison. Jusqu'à présent, ils avaient fait ça sans que ça les touche vraiment, mais maintenant qu'ils avaient quelqu'un dans leur coeur, ils se rendaient compte qu'ils ne pouvaient plus le faire. Surtout... après avoir expérimenté cet échange avec le blondinet, le sombre bleuté sentait qu'il ne réussirait pas à accepter quelqu'un d'autre que lui. C'était terrible et pourtant...
Cela le rendait heureux.
Il en était à sourire bêtement qu'il entendit alors un autre bruit de pas de course s'approcher de lui, de la même direction qu'était venu Tetsu. Aomine l'avait soupçonné à cause de l'état de panique beaucoup trop avancé de son ami pour que ce soit simplement dû à ces choses, mais maintenant il en était sûr. Quelqu'un était derrière tout ça. Le frêle garçon n'avait pas pu rentrer en phase d'incubation avancée tout seul, il avait forcément dû subir l'influence de l'un d'entre eux. Quand bien même l'adolescent mat tentait du mieux qu'il pouvait de le protéger, il ne pouvait être partout, ayant parfois du mal à se restreindre lui-même -il se sentait d'ailleurs soulagé maintenant que l'autre n'était plus là-.
Néanmoins, il allait faire comprendre à ce petit enfoiré qu'il ne fallait pas dépasser les bords, surtout pas ici où ils risquaient d'être découverts. En plus, ce genre de chose était rarement involontaire, ce qu'il voulait dire qu'il avait forcément eu l'intention de torturer son camarade. Vu combien ils étaient au lycée, il était quasi sûr que ce soit Midorima ou Murasakibara, ce qui serait bien leur genre, surtout le deuxième. Il tenait là une bonne occasion de faire une pierre deux coups sur ces deux types qu'il ne pouvait décidément pas supporter et les remettre un peu à leur place pour qu'ils les laissent tranquilles. Il se tint debout, les poings fermés, déjà prêt à entamer une bagarre qu'il allait cette fois gagner avec le futur arrivant.
Cependant, ce ne fut ni du vert, ni du violet qui entra dans son champ de vision mais du rouge.
Une couleur qu'il détestait mais avec laquelle il avait appris à vivre. Une tignasse ébouriffée, plus courte que celle de Kuroko mais plus longue que la sienne. Des yeux carmin perçant dégageant des flammes de fureurs accentuées par des sourcils froncés découpés en deux. Aomine du se donner le temps de mieux regarder le visage du poursuivant pour être sûr de ce qu'il voyait. Pourtant, il n'y avait aucun doute. Kagami Taïga venait exactement du même endroit que Tetsu -le toit- et il n'y avait pas de réfléchir plus pour comprendre qu'il poursuivait son camarade de classe. Mais... comment était-ce possible? Kagami était un humain, il n'avait aucun pouvoir sinon celui de subir mortellement les assauts de Kuroko. Certainement pas de les provoquer.
Cette fois, ce fut par réflexe qu'il attrapa le poignet de son cadet, provoquant une forte réaction chez ce dernier qui ne s'y attendait certainement pas.
"Qu'est-ce que tu fous enfoiré!" Aboya Taïga d'un ton agressif. "Lâche- moi tout de suite ou je te cogne!"
Mais Aomine ne le lâcha pas, il le regarda plutôt d'un air abasourdi, comme s'il venait de mettre le doigt sur quelque chose d'incroyable. Des brides de souvenir des discussions qu'il eut avec Tetsu lui revinrent et tout prit alors son sens.
"Tu ne serais quand même pas..."
OoOoOoOoOoOoOoOoO
Il avait serré les dents tout le long de son trajet, espérant sincèrement qu'il arriverait à tenir jusqu'à son but.
Beaucoup d'endroits lui étaient accessibles, mais il n'en avait qu'un seul à l'esprit: les toilettes des garçons du premier étage. Ceux dans lesquels il avait entraîné Kagami pour la première fois. C'était purement instinctif. Comme si son corps ne voulait plus faire une chose aussi intime autre part que dans ces lieux. Soulagé de les atteindre, Kuroko entra dans l'une des cabines d'un pas précipité et trouva le courage de refermer la porte derrière lui dans un vacarme peu discret. Il n'en était cependant pas inquiet, car même s'ils avaient rouvert, tout le monde évitait les alentours comme la peste de peur qu'il s'y passe de nouveau quelque chose dont ils ne voulaient absolument pas être témoin, ou pire, victime.
Seul dans la pièce exigüe, il plaça ses deux mains contre le mur froid en face de lui pour se supporter. Le garçon aux yeux azur n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir qu'il était à l'agonie, il avait déjà eu un aperçu avec Aomine-kun. Il avait tellement l'habitude maintenant de cet état qu'il pouvait très souvent l'anticiper, voir se retenir jusqu'à la fin de journée en simulant un stoïcisme parfait. Cependant, cette fois avait été de trop pour lui. Ce fut comme une avalanche d'émotion qu'il n'avait pas réussi à contenir. Une fièvre qui montait sans prévenir jusqu'à le pousser dans ses derniers retranchements.
Maintenant, il savait au fond de lui ce qui allait arriver. Il ne le savait que trop bien.
Il voulait l'arrêter, mais c'était trop tard.
La mort dans l'âme, Kuroko défit rapidement la ceinture de son pantalon afin de pouvoir l'ouvrir et l'enlever en même temps que son sous-vêtement. Il avait honte, même isolé et enfermé là où on ne pouvait le voir, mais il n'avait pas le choix s'il ne voulait pas se salir. L'air était froid, bien plus froid que ce qu'il n'aurait imaginé. La douleur dans son ventre muta alors, comme à chaque fois. L'adolescent aux cheveux bleus déposa ses vêtements au-dessus des toilettes, assuré qu'ils ne se souilleraient pas. Puis il attendit, le front posé contre le vieil ivoire qui composait les locaux. Sa position était inconfortable, entendant son propre souffle et sentir la fraicheur contre sa peau nue lui renvoyait sa propre fragilité. Heureusement ou malheureusement, il ne resta pas comme cela bien longtemps.
Une contraction le prit.
Un liquide chaud s'écoula lentement de ses cuisses pour aller se répandre sur le sol.
C'était horriblement humiliant, aussi Kuroko décida de ne pas regarder et d'attendre simplement que le cauchemar passe.
Il endura simplement avec rage que l'odeur s'apaise mais sentit au final ses forces le quitter malgré toutes ses précautions.
Désespéré, il entendit alors un bruit humide, quelque chose qui était alors tombé par terre. Il ferma ses yeux, ne désirant pas regarder en bas.
Il savait ce que c'était, même sans voir. Le pâle lycéen l'avait vu tellement de fois au cours de sa vie qu'il pouvait s'imaginer sans peine ce qui se passait juste à ses pieds. C'était le genre d'image qui se gravait à jamais dans l'esprit pour pouvoir la revoir de manière réaliste à tout moment sans qu'aucun détail ne soit oublié. Le sang qui envahissait les toilettes. La petite masse rouge informe qui flottait dans cette étendue. Des fins tuyaux ressortaient de sa chair comme des vaisseaux sanguins, semblant alimenter l'organe vivant. Il pouvait même en entendre les battements de là où il était. Lents. Profonds. Cela ressemblait vraiment à un petit coeur. Un petit coeur...
Dans un réflexe, Tetsuya se prit le visage entre les mains pour s'empêcher de regarder l'horreur. Il ne pouvait pas y croire. Il ne voulait pas y croire. À chaque fois, c'était toujours la même chose. À chaque fois, la cruelle réalité lui revenait en face. Celle qu'il n'était pas humain. Celle qu'il était un monstre. Celle qu'il ne pourra jamais vivre en paix. Toujours, ils revenaient. Toujours, dès qu'il faisait mine de les oublier et de faire semblant que tout soit normal, ils lui rappelaient tout ce qu'il était. Oh bien sûr, cela ne faisait pas si longtemps que ça qu'il connaissait réellement sa vraie nature, mais même avant de la découvrir, son corps n'avait pas attendu pour dégénérer.
Kuroko laissa échapper un soupire qui ne demandait qu'à se changer en cri.
L'adolescent azur ne pouvait que retenir ses pleurs en serrant les dents. Jamais il n'arriverait à s'y faire. Ces ténèbres dans lesquels il était pris sans possibilités de s'en sortir.
Ni lui, ni personne de son espèce.
Après un instant à se lamenter sur son sort, il réussit à reprendre son calme et, assuré qu'il ne se salierait pas, remit ses vêtements en place, décidant de se laver plus tard. Il portait du noir, cela ne se verrait pas au premier coup d'oeil de toute façon. Il pensa un instant à nettoyer les toilettes, mais la simple idée de rentrer en contact avec eux lui soulevait le coeur. Tant pis si quelqu'un le voyait, les locaux étaient de toute façon condamnés par les rumeurs du lycée. L'adolescent pâle prit quand même un moment pour jeter un coup d'oeil à son visage dans le miroir au-dessus des lavabos et frémis de ce qui s'y reflétait. Les cernes sous ses yeux vides d'expression. Le creux dans ses joues d'ordinaire si rondes. Le blanc presque livide de sa peau.
Il avait l'air de quelqu'un de mort.
Sans surprise, ces phases de son corps le laissaient passablement affaibli, surtout lui qui avait un petit physique. Il en ressortait beaucoup plus fragile que Kise, mais sa discrétion légendaire lui permettait de s'éclipser avant que quelqu'un ne le remarque. Comme maintenant. Kuroko n'irait pas à l'infirmerie, il allait plutôt sécher les cours de l'après-midi pour aller se reposer dans un endroit prévu à cet effet. Il détestait s'y rendre, parce que cela reviendrait à le voir. Mais il n'avait pas le choix. C'était le seul endroit dans lequel il pouvait trouver un moment de répit sans qu'on ne l'interroge, sans qu'on le juge. Et il aurait sans doute une excuse pour ne pas s'être présenté en cours l'après-midi.
Laissant derrière lui les fruits de sa culpabilité, il quitta l'endroit hanté par ses cauchemars.
