Relecture ultra rapide mais je l'espère pas bâclée pour autant. Ce chapitre a un côté charnière pour la suite de l'histoire, j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi!
Je peux sentir la nuit tomber.
Me séparer des vivants.
Me comprendre,
Après tout ce que j'ai vu.
Elle rassemble chaque pensée,
Elle trouve les mots pour me réconforter
Si seulement j'avais su comment me démolir.
Tout ce pour quoi je vis,
Tout ce pour quoi je meurs,
Tout ce que je ne ignorer quand je suis seul la nuit.
Tout ce pour quoi je suis désiré,
Bien que je souhaitais plus.
Je verrouille la dernière porte qui était restée ouverte, les fantômes me rattrapent.
— « Tout Ce Pour Quoi Je Vis » de Evanescence
Les Aurors mirent un peu de temps à arriver, et Harry se demanda si un tel temps de réaction était fréquent, ou bien si Albus avait envoyé un message après que la situation ait été réglée. Dans les deux cas, ils eurent le temps d'assommer les trois assassins encore en vie une nouvelle fois, afin de ne pas prendre de risque inutile. Les deux cadavres étaient étendus un peu plus loin et un drap avait été enroulé autour de celui qu'Harry avait tué avec Sectumsempra, afin d'empêcher le sang de tâcher un peu plus le sol.
« Est-ce qu'on devrait les fouiller? se demanda Harry à voix haute. Au cas où ils cachaient des armes, des potions de suicide ou des pilules?
Albus le regarda d'un air étonné.
— On va laisser faire les Aurors. Ils sont entrainés pour ça après tout.
Harry se souvint de Dawlish et de son partenaire et doutait assez de son entrainement, ne serait-ce que contre un adversaire à moitié compétent. Si les rumeurs étaient vraies, Dawlish avait passé la moitié de sa vie sous l'influence d'un Confondus. Néanmoins, pensa-t-il avec l'ombre d'un sourire, Tonks et Kingsley avaient été exceptionnels. Il se demandait quel genre d'équipe d'Aurors allait débarquer.
— J'ai bien peur que mon lit ne puisse être réparé, même grâce à la magie, se lamenta-t-il.
— Que lui est-il arrivé? demanda Albus.
— Que ne lui est-il pas arrivé? riposta Harry d'un ton narquois. Il a reçu des sorts, a pris feu, a été écrasé par un homme et par un bloc de glace qui a ensuite commencé à fondre dessus. La glace, je veux dire. Pas l'homme.
Albus ria légèrement et le duo se tut.
— Harry, hasarda Albus d'un ton hésitant avant que le silence ne puisse perdurer, et le jeune sorcier discerna les prémices d'une conversation dans l'emploi de son prénom.
— Oui? demanda-t-il en s'asseyant face à Albus.
Ils gardèrent tous les deux un œil sur leurs otages immobilisés.
— Le deuxième homme, fit remarquer Albus. Il n'y avait pas besoin de le tuer.
Sa voix ne le condamnait ni ne le jugeait, pour l'instant. Elle était simplement curieuse. Harry détourna le regard.
— C'est… une habitude, avoua-t-il.
C'était la vérité et c'était bien là le pire. Ils n'osaient pas faire preuve de clémence durant un combat, ceux qu'ils n'assassinaient pas finissaient forcément par récupérer et réessayaient de les tuer encore et encore, même avec les effectifs des rangs de Voldemort s'élargissant.
— Je ne suis pas habitué à un gouvernement enclin à condamner un vrai criminel et à une prison capable de les garder.
Même en parlant, ses yeux s'écarquillèrent légèrement de surprise et il jeta un coup d'œil aux assassins avec un air pensif.
— Whaouh, balbutia-t-il. Ils vont vraiment être condamnés et emprisonnés. C'est nouveau.
Albus ne pouvait rien sentir d'autre que de l'honnêteté qui émanait d'Harry à ce stade. Ce n'était franchement pas complètement tiré par les cheveux. Les Nazis et leurs soutiens commettaient des atrocités telles qu'elles lui glaçaient le sang, et pour le moment encore aucun gouvernement controlé par les pouvoirs Alliés ne se décidait à les arrêter. De ce fait, ils avaient probablement chassé Harry.
Il avait néanmoins remarqué quelque chose, en écoutant Harry parler de la guerre. Ou plutôt, en écoutant Harry parler de son implication dans la guerre. Dés qu'il mentionnait les horreurs qu'il avait vécues, il parlait de la Deuxième Guerre. Pas même de la Deuxième Guerre Mondiale. Et pourtant, dés qu'il en parlait en termes généraux, il s'agissait de 'la guerre' ou de la 'Seconde Guerre Mondiale'. Comme si Harry avait survécu à un conflit totalement différent.
Ça n'avait aucun sens, mais son esprit ne pouvait s'empêcher d'explorer cette possibilité encore et encore.
— J'essaierai de mieux faire la prochaine fois, tenta Harry d'un ton anxieux, sa voix s'infiltrant dans les pensées d'Albus.
— Je n'en doute pas, répondit-il en souriant. Je suis sûr que les Aurors confirmeront que tu as commis cet acte pour te défendre.
— J'espère, bougonna Harry avec appréhension.
— Je vais devoir engager une équipe de professionnels pour réinstaller les protections, déclara Albus en fronçant les sourcils, ses doigts tapotant doucement sur l'accoudoir de son fauteuil.
— Cette fois je vous aide à payer. Pas de discussion, ajouta-t-il devant un Albus prêt à justement discuter.
Cela dilapiderait sans doute l'argent qu'il avait mis de côté jusqu'à maintenant. C'était une bonne chose qu'il ait dépensé sa première paye avec parcimonie, pensa-t-il.
Albus obtempéra avec résignation.
— Je suis désolé de t'avoir embarqué là dedans, Harry.
— Pourquoi vous dites ça? demanda Harry d'un ton surpris.
— T'impliquer avec moi de manière aussi frontale comporte des risques. Ces sorciers, par exemple.
Il fit un signe de tête vers le groupe par terre.
— De temps en temps, Gellert aime bien me rappeler à l'ordre… Je veux dire, il aime envoyer des rappels.
— Albus, ceci fait à peine partie du top dix des choses les plus dangereuses que j'ai jamais vécues dans ma vie, » affirma Harry.
Il aurait ri, mais il savait que les rappels envoyés par Grindelwald perturbaient et affectaient son ami.
Leur conversation fut rapidement interrompue par le crack lointain causé par le Transplanage. Au moment où Albus atteignit la porte d'entrée, les Aurors étaient là. Harry le suivit, faisant léviter le groupe d'assassins. Il était parti du principe qu'ils seraient un peu trop tous serrés à l'intérieur si l'on rajoutait une équipe d'Aurors. Sans parler du fait qu'il était nerveux face à des ennemis potentiels en surnombre dans un espace restreint. Il voulait de la place s'il en avait besoin.
Trois nouveaux venus le saluèrent, alors qu'Albus illuminait la zone toute proche à l'aide d'un sort qui imitait la lumière du soleil, deux sorciers plus âgés et une sorcière qui avait l'air d'avoir son âge. Harry savait bien que fixer était impoli, mais il y avait quelque chose de tellement familier chez la jeune femme. Elle était grande et mince, avec des yeux gris orageux et de longs cheveux tressés. Son menton était pointu et elle les regardait d'un air sévère, bien qu'Harry la soupçonnait de cacher une lueur d'humour fin derrière sa façade stricte.
Il était tellement absorbé par ses propres pensées qu'il ne remarqua pas la discussion dans laquelle les autres s'étaient engagés, ce qu'Albus constata immédiatement. Albus ne manqua pas non plus la distraction que causait la plus jeune Auror chez son compagnon, et son cœur se contracta dans sa poitrine sous les premiers effets causés par la jalousie, effets contre lesquels il lutta.
« Jeune homme! aboya l'un des deux hommes qui gagna l'attention d'Harry.
Harry fronça les sourcils. Cette tonalité de voix avait quelque chose de familier…
— Auror Tremayne aimerait écouter ta version des faits, » lui indiqua Albus.
Harry tourna la tête pour regarder l'Auror en chef qui l'observait calmement. Ce sorcier, au moins, Harry était sûr de ne l'avoir jamais vu nul part. Ses cheveux châtains clairs étaient coupés courts, créant des pointes naturels. Son visage était marron et touché par le temps passé dehors, il était de taille moyenne avec une carrure puissante et musclée. Ce n'était définitivement pas un sorcier contre lequel Harry aurait aimé se battre sans baguette.
En restant aussi concis que possible, sans oublier de détails importants, Harry récita les événements, depuis l'instant où les assassins étaient arrivés jusqu'à leur défaite. Sa voix devint assez enrouée pour que la sorcière le regarde avec une inquiétude évidente.
« Vous vous sentez bien? s'enquit-elle une fois qu'il eut fini.
— Ça ira mieux dans un jour ou deux…
Il se tut en réalisant qu'il ne savait pas leurs noms, trop embarrassé par son inattention pour poser la question à voix haute.
— Minerva McGonagall, se présenta-t-elle en lui tendant la main pour la lui serrer.
Harry réussit à ne pas s'étouffer, tout juste, mais ne put s'empêcher de la fixer d'un air abasourdi. Il n'avait jamais su que le Professeur McGonagall avait été une Auror à une époque. Elle avait l'air si jeune. Et mignonne, il devait l'admettre.
— Vous voyez quelque chose qui vous convient? asséna-t-elle sur un ton hargneux, main sur la hanche.
Ils se décalèrent tous les deux de manière presque imperceptible des trois autres qui débattaient avec animation.
— D-désolé, bafouilla-t-il, grimaçant intérieurement sous le regard capable d'enrayer même les jumeaux Weasley en pleine action. C'est juste que vous ressemblez beaucoup à mon professeur de métamorphose. Elle s'appelait Minerva, elle aussi.
Et son nom de famille était McGonagall, fut-il tenté d'ajouter, mais il ne le fit pas et fit attention à ne pas montrer son amusement.
— Ah.
Son regard s'allégea et si sa fierté avait été moins grande, Minerva aurait pu avoir l'air légèrement penaude.
— C'est une bonne chose, j'espère.
— Une très bonne chose, confirma Harry d'un ton un peu nostalgique et l'inquiétude de Minerva refit surface, bien que pour une raison différente. Elle est morte en essayant de laisser le temps à ses élèves d'échapper à un puissant Mage Noir. Je n'étais pas là, mais j'en ai entendu parler. C'est devenu une sorte de légende parmi ses amis et ses anciens élèves. Quelque chose à voir. Elle savait que c'était du suicide.
Après tout, Voldemort avait été trop pour McGonagall, Slughorn et Shacklebolt durant la Bataille de Poudlard. Elle avait très peu de chance en le combattant toute seule.
Harry se rappelait l'instant où ses amis et lui avaient été les premiers à apprendre le meurtre du Professeur McGonagall de la main de Voldemort. Ils étaient tombés sur un Poufsouffle de quatrième année occuper à essayer d'échapper à un groupe de Rafleurs. Après avoir expédié les attaquants, ils avaient réclamé des nouvelles du Monde des Sorciers. Hermione était celle qui avait prise la mort de McGonagall le plus difficilement, étant plus proche de la femme que quiconque dans le groupe, mais ils avaient tous ressenti de la peine. Ce coup avait été presque aussi dévastateur pour l'Ordre du Phœnix que l'avait été la mort du Directeur Dumbledore.
Harry la regarda et Minerva lui sourit d'un air légèrement mélancolique.
— La guerre est vraiment une saleté.
— Je sais. Ou logiquement, je sais, mais ça ne veut pas dire que je ne souhaiterais toujours pas aider là où les combats se déroulent, au lieu de rester plantée ici en Grande Bretagne, répondit la jeune Auror.
Elle hésita.
— Par contre, j'ignore si je pourrais être aussi courageuse que votre professeur.
Harry ne rit pas, conscient qu'elle l'interpréterait mal.
— Vous seriez courageuse si vous le deviez, affirma-t-il d'un air confiant.
Minerva ne put s'empêcher de rougir. Il n'était pas condescendant ou faussement flatteur, il en parlait comme si cela coulait de source. Comme si douter de son courage lui était étranger. C'était une lourde responsabilité, pensa-t-elle, mais être respectée était gratifiant. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle commençait à l'apprécier aussi rapidement. Même à présent, des décennies après l'autorisation des femmes à travailler au département des Aurors, beaucoup la méprisaient, la regardaient de haut ou faisaient des commentaires suggestifs à son sujet, comme si être une femme affectait la qualité de son travail. Elle refusait de laisser ces regards et commentaires l'affecter, mais ça n'en demeurait pas moins compliqué. Harry était différent. Il semblait ne pas faire la moindre différence entre Minerva et ses partenaires. Il la traitait tout simplement comme une personne qu'il respectait.
Elle espérait juste qu'il ne placerait pas trop d'espoir en elle, qu'il ne la confondait pas avec son ancien professeur.
— Merci de me dire cela.
Du coin de l'œil, elle observa le Professeur Dumbledore et les deux autres membres de l'équipe. Le professeur la fixait avec une intensité telle qu'elle en eut la chair de poule, mais son comportement ne la surprenait pas. Minerva avait senti son regard fixe et intense dans son dos depuis qu'Harry et elle s'étaient décalés pour discuter en privé. Elle savait bien que son attitude n'avait rien à voir avec elle en vérité, mais elle n'en demeurait pas moins énervante, elle qui pensait être appréciée de lui. Quand elle était son élève, elle avait été en quelque sorte sa protégée.
— Vous devriez peut-être rassurer le professeur et lui dire qu'il n'a aucune raison d'être jaloux, suggéra Minerva avec délicatesse et un regard ahuri lui répondit.
— Quoi - Albus? Pourquoi serait-il jaloux?
Il tenta un regard vers son colocataire et vit la manière dont il observait Minerva.
— Il…euh…vous aime bien?
Il y avait bien eu une ou deux rumeurs au sujet du Directeur et de la Directrice adjointe à son époque, Harry n'avait juste pas réfléchi à leur véracité.
Minerva fut si surprise par sa conclusion qu'elle éclata de rire devant un Harry stupéfait.
— Vous n'en n'avez pas la moindre idée, pas vrai? gloussa-t-elle.
Harry prit un air renfrogné.
— Vous allez vous décider à développer? exigea-t-il.
Il fut légèrement surpris et perplexe devant l'impression de soulagement qu'il ressentit à l'idée d'avoir a priori complètement faux. Mais il voulait quand même savoir à quoi elle pouvait bien se référer.
— Ce ne sont pas vraiment mes affaires, rétorqua-t-elle. Mais c'est mignon.
Minerva lui pinça la joue d'un air moqueur, un peu à la manière d'une vieille tante, et Harry lui repoussa la main.
— Je suis plus vieux que vous, lui fit-il remarquer.
— Mais plus petit quand même.
Harry fit la moue, curieux de savoir d'où venait cette version joyeuse de son austère Directrice de Maison alors qu'ils rejoignaient les autres. Minerva se montra tellement silencieuse qu'elle effraya le plus jeune des deux hommes Aurors, et Harry se demanda si elle avait déjà maitrisé sa forme Animagus. Cela lui serait probablement utile dans son métier.
— Eh bien, je crois que c'est tout de notre côté, statua l'Auror en chef. Je ne m'attends pas à ce que l'un de vous soit convoqué pour venir témoigner. C'était un cas évident d'autodéfense. Auror Maugrey? Auror McGonagall? »
Harry se mordit la lèvre pour s'empêcher d'éclater d'un rire hystérique. Il n'avait pas reconnu Fol Œil sans la moitié de son visage, son œil et sa jambe en moins. Et la façon dont il avait sursauté de surprise devant l'apparence de Minerva. Il rejeta une furieuse envie de brailler « Vigilance Constante! » au moment où les Aurors transplanèrent avec les prisonniers. Pour être honnête, il était un peu surpris que Maugrey soit toujours en Grande Bretagne. Peut-être était-il en espèce de congé ou autre. Il ne savait vraiment pas grand chose du département des Aurors.
Il était content de voir Maugrey et McGonagall jeunes et relativement heureux, cependant.
« Harry, j'ai bien peur que les Aurors Maugrey et Tremayne ne m'aient annoncé une mauvaise nouvelle, révéla Albus avant qu'Harry n'ait le temps de se précipiter au premier étage pour aller annexer la seconde chambre d'ami plus petite.
Harry se figea. Il n'aimait pas ce ton. Ce ton signifiait une catastrophe imminente.
— Tom Jedusor a pratiquement réussi à s'évader d'Azkaban.
Le sang s'arrêta de circuler sur le visage d'Harry, le laissant terreux et étourdi. Son esprit se vida de toutes autres pensées. Fermant les yeux, il vérifia mentalement le sortilège de suivi qu'il avait placé sur Jedusor, et vit qu'il était resté en direction de la prison. Se sentant légèrement mieux, il s'humidifia les lèvres et réussit à coasser :
— Comment?
Albus avait l'air relativement horrifié par l'état d'Harry à présent.
— Personne ne le sait. Ils supposent que cela avait quelque chose à voir avec les détraqueurs qui surveillaient sa cellule. La tentative presque réussie a dument affolé le Ministère qui l'a séquestré dans une des cellules de très haute sécurité, conçue pour complètement supprimer ses capacités magiques et surveillée continuellement par à la fois les détraqueurs et les gardes.
Merde. Merde. Oh mon dieu, il mettait trop de temps à apprendre comment devenir un Animagus et cela lui avait presque tout couté. Il était entièrement possible qu'une fois sorti de prison, Jedusor aurait été capable de disparaitre complètement jusqu'à acquérir l'horrible personnage de Lord Voldemort. Et là il aurait été trop tard.
— Harry!
La main sur son épaule ramena l'esprit d'Harry à la réalité dans un sursaut.
— Excuse-moi Albus, tu as dit quelque chose? demanda-t-il dans une tentative tremblotante de nonchalance.
Albus l'observa avec inquiétude avant de parler.
— Qui y-a-t-il chez Tom Jedusor qui t'effraie à ce point? Face à un groupe d'assassins tu bronches à peine et pourtant, mentionner la presque évasion de Jedusor te terrifie.
— C'est… c'est à cause de ce qu'il pourrait devenir Albus, frissonna Harry. La terreur qu'il pourrait répandre s'il en avait la chance, le pouvoir qu'il pourrait acquérir. Son potentiel me fait peur.
Le sorcier ainé le regarda un long moment avant d'acquiescer.
— Attends. Tu devrais prendre quelque chose avant d'aller au lit.
Il sortit une fiole d'un placard proche remplie d'un liquide clair qu'il tendit à Harry.
— Je garde toujours quelques unes des larmes de Fumseck en cas d'urgence. Je crois que tu te sentiras mieux si ta gorge est guérie.
En entendant le nom du phœnix, Harry réalisa tout à coup que Fumseck était revenu de là où il se rendait lorsqu'il n'était pas avec Albus.
— Salut Fumseck. Je n'avais pas capté que tu étais rentré.
Le phœnix chanta d'un air désolé et Harry passa un doigt sur ses plumes tièdes avant d'avaler les larmes.
— Bonne nuit, dit-il, sa gorge déjà en cours de guérison.
— Dors bien, répondit Albus. Nous aurons besoin de notre énergie pour tout réparer demain matin. »
Ils mirent presque toute la journée suivante à tout nettoyer et à réparer ce qui pouvait l'être. Ils firent une pause vers midi, durant laquelle Albus contacta une équipe de professionnels censée venir travailler sur les protections autour du cottage. Harry l'envoya avec une note chez Gringotts, cette dernière accompagnée d'un échantillon sanguin pour prouver qu'il était bien le propriétaire du coffre duquel Albus comptait retirer. Il avait ouvert un compte chez Gringotts de cette façon en premier lieu, se servant de ses blessures comme d'une excuse pour rester loin de la banque. Harry se montrait complètement déraisonnable et il le savait, mais il craignait que les gobelins soient capables d'identifier d'une manière ou d'une autre qu'il avait tenté et pratiquement réussi à voler la banque. Il se savait idiot, qu'ils n'avaient aucun moyen de savoir, que ça n'était même pas arrivé encore et que ça n'arriverait probablement jamais. Ça ne l'empêcha néanmoins pas d'y envoyer Albus à sa place, du moment que ça n'embêtait pas le sorcier.
La visite des Aurors, en particulier les derniers mots d'Auror Tremayne, avaient alarmé Harry sur son manque de documents d'identité. Il avait reculé l'échéance sans cesse jusqu'à avoir quasiment oublié. Il avait vaguement décidé de prétendre la destruction de ses papiers ainsi que celle du bâtiment qui les avait abrités durant la guerre, ce qui était vrai, mais peut-être que prendre des mesures préventives serait une meilleure idée. Il serait de ce fait moins enclin à être dénoncé comme ennemi, espion ou autre, si jamais la chance l'abandonnait.
Le problème était de décider entre le chemin légal et le chemin moins légal lors de la création de ses papiers. Des documents contrefaits coutaient cher et trouver quelqu'un capable de prendre en charge de telles choses serait compliqué. Il devrait alors attendre la prochaine vente de parties du basilic et son compte serait dans ce cas probablement vidé. Il ne se sentait pas à l'aise à l'idée de passer des mois sans une noise à son nom, bien qu'il supposait que grâce à ses documents falsifiés il pourrait trouver un travail et éviter la pauvreté. Il n'avait pas envie de finir comme employé dans l'Allée des Embrumes ou autre.
D'un autre côté, charger le Ministère de créer des documents perdus depuis longtemps comportait moins de risques. Du moment qu'il peaufinait son histoire avec précaution, il pourrait détourner l'attention des représentants sans leur mentir ouvertement. Il demanderait qu'un puissant Sortilège de Vérité lui soit immédiatement lancé, plutôt que d'attendre que les représentants fassent une demande qui le conduirait à ingérer du Veritaserum. S'il concentrait son immense magie dans ses boucliers d'Occlumancie au bon moment, il pourrait mentir sans éviter le sort. Et il devrait mentir inévitablement, concernant l'école où il avait été. Il avait noyé ses boucliers auparavant et cette astuce en particulier demandait heureusement plus de pouvoir que d'aptitude. Il allait d'abord devoir vérifier dans sa mémoire ses résultats de B.U.S.E.s dans une Pensive avant de les donner, afin de s'assurer de l'illisibilité de la date, mais le scénario lui paraissait faisable.
Oui, le chemin légal semblait être le meilleur choix dans ce cas de figure. Plus de questions mais moins de chances d'être arrêté ou pire encore. Avec la guerre et la réputation d'Albus Dumbledore qui lui collait à la peau, même avant sa victoire contre Grindelwald, personne n'irait trop vérifier son histoire.
Harry se sentait un peu coupable à l'idée de considérer l'aide d'Albus d'une manière aussi froide et calculatrice, mais il ne pouvait nier son utilité. Et jamais il n'abuserait de la confiance d'Albus.
Albus ne sembla pas aussi surpris que l'aurait pensé Harry par sa requête de déposer une demande pour obtenir des nouveaux documents, mais il ne laissa pas son attitude le déranger. Un rendez-vous fut pris pour la fin août, et Harry resta déterminé à ne pas en faire une obsession jusqu'à une semaine avant la date prévue.
Le reste des vacances d'été, Harry le passa à étudier sa forme Animagus et fit des progrès prodigieux en peu de temps. Il ne prenait des pauses que lorsqu'il décidait qu'Albus travaillait bien trop dur. Il n'était pas rare qu'il oublie tout simplement d'émerger pour le déjeuner ou le dîner. Harry l'avait trouvé plus d'une fois endormi dans son bureau nouvellement réparé.
La solution d'Harry avait alors été de préparer un panier de nourriture et d'ordonner, de supplier et de soudoyer Albus pour aller faire un pique-nique sous les arbres. Quand il avait échoué, il avait soupiré puis s'était résigné à dire à contrecœur à Albus que c'était son anniversaire, et que son cadeau rêvé aurait été qu'Albus cesse de s'épuiser à la tâche pour l'accompagner déjeuner. L'heureuse coïncidence avait été qu'il avait réellement s'agit de son anniversaire, supposa-t-il.
Albus avait été contrarié et Harry forcé de rejeter ses offres de cadeaux d'anniversaire ou de gâteau.
« C'est le plus bel anniversaire dont je peux me souvenir, » déclara Harry d'un ton solennel. C'était un moment agréable et paisible, ses proches ne le tourmentaient pas et personne n'était à l'article de la mort. Qu'aurait-il pu demander de plus?
« Pourquoi ça ne marche pas? grommela Harry dans sa barbe en essayant une fois de plus de se plonger dans l'esprit d'un loup.
Il devait se transformer. Maintenant.
— Harry, calme-toi. T'énerver et te forcer ne va faire que compliquer les choses, avisa Albus d'un ton apaisant.
Harry soupira et se frotta les yeux.
— Tu as raison. Encore un essai et on peut s'arrêter. »
Il ferma les yeux et se concentra. Il pouvait se représenter un loup à la perfection, mais ça n'aidait pas. Très bien. Essayons autre chose.
Harry imagina Remus dans son esprit et tria parmi ses souvenirs de l'homme. Il avait certainement déjà fait cela par le passé, mais peut-être avait-il besoin d'y aller plus en profondeur. Chez un loup-garou, la meute représente tout. L'alpha mène. La même chose serait probablement valable chez un loup normal. Alors… qu'est-ce qui représente tout pour moi?
Timidement, il se laissa absorber par des souvenirs et des émotions, à la recherche de sa meute. Il se souvint de Teddy, titillant le souvenir comme personne n'irait titiller une blessure pas encore parfaitement guérie. Harry prit une profonde inspiration, domina sa peur et plongea ; il abandonna toute pensée cohérente et se laissa tout simplement ressentir.
Le loup n'est pas un être à part. Je suis le loup. Le loup est moi.
Et le déclic se produit.
Ron, Hermione, Ginny, Neville, Luna. Les jumeaux.
Ma meute.
Lunard.
Ancien alpha.
Teddy.
Mon louveteau.
Albus.
Mon - - - - - - - - - - -.
Harry se figea. Quoi/ (se) demanda-t-il à son loup. Albus est mon quoi?
Mais la phrase ne fut pas répétée et l'esprit humain d'Harry fut balayé par la transformation.
Il reprit conscience dans un sursaut et vit son monde transformé. Sa vue était trouble et grise, mais les sons! Les odeurs! Il aurait dû trouver l'idée de ce corps étrange mais l'instinct était fort, ses gestes assurés et gracieux.
Harry pencha le museau en arrière et hurla son triomphe.
