Hey hey heeeeey !
Cet après-midi, j'ai regardé le film Dernier train pour Busan (super film btw), et ça m'a rappelé qu'il fallait que je poste le nouveau chapitre ! Le temps passe tellement vite j'avais même pas capté que cela faisait déjà plus d'une semaine depuis le précédent !
Je tiens à remercie du fond du coeur les personnes qui suivent cette histoire. Je sais qu'elle est loin d'être parfaite, mais j'y ai mis vraiment tout mon coeur, alors ça me fait vraiment plaisir de savoir qu'elle plait. Et j'espère que malgré les évenements qui arrivent, elle continuera à plaire !
Sur ce, bonne lecture !
Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 10
Les moments importants, les moments de grands dangers, durant lesquels il vallait mieux garder un esprit aiguisé, étaient souvent ceux que l'on avait l'impression de ne pas voir passer. Lorsque l'adrénaline s'emparait du corps tout entier, le monde semblait tourner au ralenti, et pourtant, tout semblait arriver trop vite. Et l'on finissait par se retrouver paralysé et étourdi, incapable de réagir. Et après coup, en y repensant, on songeait qu'on aurait dû agir de telle ou telle façon, qu'on aurait pu faire plus.
On songeait qu'on aurait pu se déplacer plus vite, plutôt que rester paralysé par la peur. On se disait qu'on aurait pu courir et sauver tout le monde, plutôt que rester, les yeux ébahis, incapables de faire un mouvement.
Dès lors que les infectés étaient apparus, tout était devenu flou. Lorsque le premier coup de feu avait été tiré, tous les sons étaient devenus sourds ; un blouhaha en arrière plan, qui perçait difficilement à travers le bruit blanc qui s'était emparé de l'esprit d'Akaashi.
'Iwa-chan' criait, lui et les deux autres gardes tiraient dans le tas, mais autant qu'ils parvenaient à toucher d'infectés, d'autres échapaient à leurs balles. Parce qu'il y en avait trop, que leurs mouvements gauches de poupées désarticulées en faisait des cibles incertaines.
Tout était feu dans l'esprit d'Akaashi, alors qu'il était toujours immobile, au pied du camion, pétrifié devant la vague de danger qui leur tombait dessus sans qu'ils y aient été préparés.
Si proches. Ils étaient si proches de leur but.
L'air était lourd et pâteux, un peu humide dans le crépuscule. Tout cela n'était sans doute qu'un rêve. C'est cela, rien de tout ça n'était vrai. Le Sort ne pouvait simplement pas s'acharner ainsi sur eux. Ils méritaient d'y arriver...
— Akaashi !
Il entendit son nom, et puis il sentit qu'on le tirait par le bras. L'instant d'après, son dos était plaqué contre le torse de Bokuto, qui le retenait entre ses bras et le serrait fortement avec des mains tremblantes.
Il sortit de sa torpeur. Tout à coup, le bruit blanc disparut, et il crut que ses tympans allaient exploser lorsqu'une autre détonation retentit.
Il regarda autour de lui.
Le reste du groupe s'était tassé au fond du camion. Taketora tenait sa soeur dans ses bras, la mère serrait son bébé et son petit garçon, les yeux remplis de larmes, Yamaguchi tenait un couteau de chasse dans sa main, mais il avait l'air si terrifié, savait-il seulement s'en servir ?
Et puis il y avait Kuroo, Bokuto, qui le regardaient avec insistance, avec effroi, et leurs yeux semblaient lui demander de se reprendre. L'heure n'était pas à la transe désespérée.
Ils étaient en réel danger.
— Il faut qu'on fasse quelque chose ! hurla Taketora, pour que sa voix s'élève au dessus du son des balles qui fusaient.
Il avait raison. 'Iwa-chan' et les autres gardes ne tiendraient pas longtemps face à tant d'infectés. Ils ne pouvaient pas rester là où ils courraient à une mort certaine dans les cinq minutes.
— Il faut partir, souffla Akaashi, et il se libéra de l'étreinte de Bokuto.
Il se tourna vers les autres, et les regarda avec hauteur, et il se donna l'air le plus assuré possible.
Il n'était pas un héros, seulement un gamin qui voulait vivre. Et Bokuto lui avait apprit que la vie des autres comptait toujours, même dans ce monde en perdition.
Il n'était pas un héros, mais à cet instant, il voulait fuir avec eux tous.
Et les sauver.
— On doit rester groupés, dit-il. A mon signal, on sort tous et on court. On ne s'arrête pas. Ok ? Je sais qu'on en est capables !
Les autres se regardèrent, mais ils n'avaient pas le temps d'hésiter. Dans la seconde, ils étaient tous debout, tous prêts à courir plus vite qu'ils n'avaient jamais couru.
Bokuto se tenait à l'avant, à coté d'Akaashi. Ce dernier lui lança un regard, et il lui rendit un sourire.
Ils pouvaient le faire.
— On y v-
Il n'eut pas le temps de finir que la face affreuse d'un infecté apparut devant la porte de la remorque. Et puis un deuxième.
Akaashi et Bokuto bondirent en arrière, tout le monde se mit à crier.
Et tout le monde céda à la panique.
Le coeur d'Akaashi ne lui hurla plus qu'une chose : fuit.
Il ne pensa plus, ne réfléchit plus. Un instant, sa vue se brouilla un peu parce qu'il transpirait, et qu'une goutte de sueur avait atteri dans ses cils.
L'instinct de survie prit le contrôle de son corps.
Il oublia tout.
Il attrapa le poignet de Bokuto et le tira avec lui.
Il évita un infecté, et sauta sur le goudron.
Dehors, c'était comme un champ de bataille. Il y avait des cadavres partout sur le sol, du sang sur le goudron. L'un des gardes avait jeté son arme, sûrement parce qu'il était arrivé à court de munitions. Il se battait aux poings, repoussant les infectés du mieux qu'il pouvait. 'Iwa-chan' tirait toujours, acculé contre le camion. Il avait le visage tiré par la peur et la rage.
Mais il avait l'air à bout de forces.
— Venez avec nous ! appela Bokuto, toujours à vouloir sauver les autres alors que sa propre vie ne tenait qu'à un fil.
'Iwa-chan' tourna la tête vers eux. L'espace d'une seconde, son expression changea. C'était peut-être du soulagement, de voir qu'ils allaient, eux, réussir à s'enfuir. Qu'il n'aurait pas servi à rien, que certains auraient pu s'en sortir. Il ne baissa sa garde que l'espace d'une seconde.
Un infecté plongea sur lui et le mordit au visage.
Akaashi ouvrit la bouche pour hurler, mais aucun son ne sortit.
Alors qu'Iwa-chan laissait tomber son arme, Akaashi vit qu'il portait une alliance au doigt.
— On se tire ! ordonna Kuroo, et il fallut qu'il les tire pour qu'Akaashi et Bokuto fassent finalement dos à l'écatombe pour se mettre à courir.
Akaashi courrait. L'air lui faisait mal, il peinait à atteindre ses poumons, comme un mélasse stagnant dans sa gorge et lui coupant le souffle. Tout sentait le sang et la mort autour de lui. Il avait les joues mouillées, les yeux humides, mais il ne parvenait pas à savoir si c'était la sueur, ou bien s'il pleurait.
Il entendait toujours des cris, des coups de feu, mêlés de grognements inhumains derrière lui. Les cris, les cris de terreur, les cris de douleur. Il voyait le petit visage timide de Yachi, la tête ronde et joufflue du bébé, les yeux tendres et protecteurs de la maman. Akane, Yamaguchi... Et puis tous se retrouvaient éclaboussés de sang.
Akaashi courrait, courrait, Bokuto à sa droite, Kuroo deux pas devant eux, et il espérait du fond du coeur que d'autres avaient pu s'enfuir aussi.
C'était si injuste.
Ils étaient si proches du but...
Ils courrurent... longtemps. Impossible de dire combien de temps. Pas très longtemps au final, probablement. Mais quelle importance de toute façon ? Toujours était-il qu'ils avaient courru. Pour leurs vies. Pour échapper à la mort, au massacre. Ils avaient courru loin de ceux qui seraient peut-être devenus leurs voisins, leurs amis, une fois qu'ils seraient parvenus au camp.
Si seulement ils étaient parvenus au camp.
Ils allèrent à l'aveugle, perdus qu'ils étaient, confus et désorientés par la panique. Avaient-ils rebroussé chemin, étaient-ils partis de l'avant, avaient-ils emprunté une toute autre direction qui les entraînaient vers un endroit plus incertain que jamais ? Ils ne le savaient pas, et à vrai dire, ne se posaient même pas la question.
Quelle importance après tout ?
De toute façon, ils venaient de, métaphoriquement, tomber au fond du gouffre.
Leurs souffles étaient lourds et pantelants alors qu'ils fuyaient, coupaient à travers des champs infestés d'herbes qui leurs allaient jusqu'aux genoux. Ils avaient fini par atterir sur une autre route, mais là encore, des infectés déambulaient comme des cadavres qu'on aurait ramenés à la vie.
Comme des zombies, aurait dit Bokuto. Mais à l'instant, Bokuto était trop occupé à tenter de contrôler sa respiration sifflante alors qu'il s'ésoufflait. Ils s'éssouflaient tous. Akaashi devait faire des efforts incroyables pour que ses jambes continuent à le pousser en avant, alors que tous ses muscles hurlaient de douleur. Ils essayaient de ne pas trébucher, de ne pas tomber. De ne pas perdre de temps. Même s'il était de constitution sportive, qu'ils l'étaient tous les trois, il arrivait un moment où le corps disait stop.
Au moins, les larmes avaient arrêté de couler.
— J'en peux... plus... avait fini par soupirer Bokuto, disant ce que tous les trois pensaient sans oser le formuler.
— On peut pas s'arrêter maintenant ! répondit Kuroo, à bout de souffle.
Ils savaient. Et pourtant, l'allure de leur course était bien moins éffrénée qu'au début. A leur passage, un infecté, un homme d'âge mûr, tenta de les saisir, et avec ce qu'il leur restait d'énergie, ils puisèrent dans leurs réserves pour courir encore. Plus vite, plus loin.
Juste un tout petit peu plus vite, un tout petit peu plus loin.
Et puis finalement, un espoir de repos apparut devant eux. Les ébauches d'une ville. D'abord un abribus, quelques bâtiments disparates, et puis plus loin, des blocs bien serrés, avec des enseignes de magasins, des trottoirs, des vitres cassées aux maisons.
Ils pourraient se réfugier dans un bâtiment. Juste quelques minutes. Juste reprendre leurs souffles, et bien ancrer dans leurs esprits ce qui s'était passé.
— On reste sur nos gardes, avait dit Kuroo, et il s'était engouffré par une porte qui ne tenait plus que par un gond.
Akaashi et Bokuto l'avaient suivi, et tous les trois, presque comme un seul homme, s'étaient jetés sur le sol, toute force les ayant finalement abandonnés.
Ils respiraient fort et lourd, ils toussèrent, crachèrent presque leurs poumons. Leurs coeurs battaient si vite qu'ils avaient l'impression qu'ils allaient leur exploser dans la poitrine, et c'était un combat douloureux que de réussir à calmer son souffle.
Quelques instants de silence plus tard, l'air parvenait à leurs poumons presque plus sainement, ils avaient un peu moins mal en avalant, et leurs jambes s'étaient endolories. Mais ils étaient en sécurité. Provisoirement. Ils n'avaient pas vu d'infectés en entrant dans la ville, mais ils étaient forcément là. La zone semblait particulièrement infestée.
Ils avaient fini par s'asseoir, en cercle, pour se faire face, mais sans jamais croiser leurs regards. Ils fixaient tous le sol poussiéreux avec des yeux de poisson mort.
Leur convoi avait été attaqué, et à l'heure qu'il était, les autres étaient sûrement presque tous morts. Ceux qui n'avaient pas pu fuir devaient être nombreux... peut-être que Kyotani s'en était sorti, peut-être Taketora aussi, à moins qu'il ne se soit fait avoir en voulant protéger sa petite soeur.
Ils avaient vu, de leurs propres yeux, 'Iwa-chan' se faire littéralement arracher le visage par une de ces saloperies. Ils avaient vu les lambeaux de peau être tirés de son crâne par les dents sanglantes de l'infecté qui s'en était prit à lui. Ils avaient été aux premières loges de son meurtre. Ils avaient vu le sang gicler, couler dans son cou et tâcher le col de son t-shirt.
Ce souvenir manqua d'arracher un haut-le-coeur à Akaashi qui respira un grand coup pour renvoyer la bile acide d'où elle venait, au fond de son estomac.
— On devrait y retourner...
Kuroo et Akaashi levèrent les yeux vers Bokuto qui venait de parler, d'une voix rauque et encore quelque peu tremblante.
— On pourrait trouver de quoi se défendre, continua-t-il en balayant la pièce des yeux à la recherche d'une arme de fortune. Et on pourrait y retourner.
— Bokuto, fit Kuroo. C'est trop tard...
— Mais si ça se trouve, y'a des survivants, insistait Bokuto. On peut pas les abandonner !
— C'est trop dangereux. Et s'ils sont encore en vie, ils se seront enfuis, comme nous.
— Mais... et s'ils sont blessés ?
Et comme Bokuto insistait, le regard brillant, Kuroo avait sur lui un regard calme et triste, plein de pitié, désolé.
— Bo...
— Iwa-chan avait promit qu'il rentrerait ! le coupa Bokuto, en parlant plus fort, comme s'il voulait parler plus fort qu'une vérité qu'il se refusait d'admettre.
Le visage de ce garçon, Tooru, apparut alors dans l'esprit d'Akaashi. Il se rappela comment il s'était fermement opposé au départ du convoi, en disant que c'était trop dangereux, qu'ils devaient y repenser, ne pas partir maintenant. Il se rappela comme il avait l'air désespéré, comment il s'était accroché à 'Iwa-chan' jusqu'au dernier moment, l'expression de désespoir dans son regard quand il avait dû le laisser aller.
Il se rappela ce que 'Iwa-chan' lui avait dit avant de partir, en lui souriant pour le rassurer. "Tu sais que je reviendrai toujours vers toi", il lui avait dit. Il lui avait dit qu'il reviendrait. Il lui en avait fait la promesse.
Akaashi ne put qu'imaginer avec douleur la réaction qu'aurait Tooru, lorsqu'il apprendrait ce qui était arrivé au convoi. Il ne pouvait qu'imaginer son visage se briser, ses yeux prendre la plus terne des couleurs en se remplissant de larmes, sa bouche s'ouvrir pour hurler, alors que seul un couinement étranglé s'échaperait de sa gorge. Il ne pouvait que l'imaginer tomber à genoux et se mettre à trembler comme un fou, et pleurer, pleurer, pleurer des torents de larmes parce que son coeur venait d'être détruit encore une fois.
Il ne pouvait qu'imaginer sa douleur, le mal suffoquant, l'envie de mourir.
Il ne pouvait qu'imaginer sa propre réaction, s'il était à sa place. Si c'était la mort de Bokuto qu'il devait apprendre. Si c'était le visage de Bokuto qui avait été arraché. Si s'était sa vie à lui qui s'était éteinte, aussi vite qu'un vulgaire battement de cil.
— On doit retourner le chercher ! reprit alors Bokuto. Il doit être encore vivant ! Il a promit qu'il rentrerait, il faut qu'il tienne sa promesse !
— Bokuto... tentait encore Kuroo.
— Tooru doit attendre qu'il rentre ! Alors on doit y retourner et-
— Ça suffit !
Le hurlement de rage d'Akaashi résonna dans un silence morbide. Kuroo et Bokuto le regardaient, les yeux ronds. Il les avaient surpris. Et lui, il était fou de rage.
Il planta sur Bokuto le regard le plus furieux, le plus brûlant de colère, le plus aliéné qui soit au monde, et il tremblait de tous ses muscles. Bokuto, à cet instant, eut peur de lui.
— Arrête. Avec. Ça.
Akaashi parla lentement, bas, en marquant chaque mot pour les faire bien entrer dans la tête de Bokuto qu'il ne quittait pas des yeux.
— Il est mort, continua-t-il, hors de lui. Il est mort, tu l'as vu se faire tuer devant tes propres yeux, qu'est-ce qu'il te faut de plus ! Tu veux aller vérifier son poul pour en être bien sûr !
— Akaashi, parla Kuroo, doucement, pour essayer de le calmer.
— La ferme Kuroo ! rugit Akaashi en retour, sans prendre la peine de tourner le regard vers lui. Ouvre les yeux Bokuto et arrête de vouloir jouer au héros ! Il est mort ! Ils sont tous morts, ok !? Ils sont morts !
— Akaashi !
Kuroo sentait que la situation était en train de dégénérer, mais c'était comme si Akaashi ne l'entendait pas. Il l'ignorait totalement, en continuant de crier sur Bokuto qui le regardait sans rien dire, comme un enfant un peu naïf.
— Tu en deviens ridicule ! continuait de cracher Akaashi. Rentre-toi bien ça dans le crâne : tu ne peux pas sauver tout le monde. Tu dois penser à ta sécurité avant tout, c'est comme ça que fonctionne ce monde maintenant. Tu ne peux pas continuer à jouer à l'altruiste, au Gandhi qui tend la main à chaque personne qu'il croise parce que sinon tu vas te faire tuer !
— Parce-que tu penses à toi avant tout, toi !? répliqua finalement Bokuto.
Sa réponse sembla déstabiliser un peu Akaashi qui papillonna des cils une seconde, avant que son visage ne se durcisse à nouveau quand Bokuto continua à parler.
— Tu es toujours en train de me protéger et de me couver comme si je ne pouvais pas me défendre tout seul !
— C'est parce que tu es toujours en train de mettre ta vie sur le fil !
— Et alors, qu'est-ce que ça peut bien te faire que je veuille mettre ma vie en danger pour aider les autres, parce que je ne veux pas devenir un monstre moi aussi !?
— Je ne veux pas que tu meures !
— Et qui t'as donné le droit de vie ou de mort sur ma vie !?
Akaashi ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun son ne sortit. Il était choqué. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. Il se sentit profondément blessé, et soudain, il eut l'impression de ne plus pouvoir respirer. Comment Bokuto pouvait-il être si... si inconscient ? Et comment pouvait-il lui dire une telle chose ? Sa vie lui était infiniment précieuse, il ferait tout pour la protéger. Mais Bokuto, lui, semblait se ficher de cette vie qu'était la sienne.
Pourquoi ?
Akaashi baissa la tête, serra les dents. Kuroo ne disait plus rien, se contentait de regarder, tristement. Bokuto avait les yeux brûlants, mais il semblait avoir mal lui aussi, comme si les mots qu'il avait prononcés l'avaient coupé comme des lames de rasoir.
— Tu sais quoi.. ? fit Akaashi, doucement, d'un ton incroyablement las. Fais ce que tu veux. Si tu veux risquer bêtement ta vie, alors vas-y. Mais ne compte plus sur moi pour te couvrir.
Là, le regard de Bokuto perdit toute trace de colère, et un profond regret, une profonde tristesse, s'instalèrent dans ses iris. Tout était soudain terriblement calme après les cris qui avaient fusés entre eux quelques secondes auparavant, et l'atmosphère était lourde, lourde...
Comme si quelque chose venait de se briser entre eux.
Sans un mot, Akaashi se remit debout et il tourna les talons. Bokuto n'osa pas bouger ou le suivre du regard. Kuroo hésitait sur ce qu'il devait faire. C'était la première fois qu'il voyait Bokuto et Akaashi se disputer si violemment.
— Akaashi, qu'est-ce que tu fais ? décida-t-il de demander.
Mais il ne reçut pas de réponse. Akaashi s'approcha de l'entrée. Il voulait être loin de Bokuto juste un moment. Juste une poignée d'instants pour se calmer et faire le point. Et puis il reviendrait, et il s'excuserait parce qu'il aurait fini par réaliser qu'il s'était mal comporté, qu'il n'aurait pas dû s'énerver ainsi. Mais il avait toujours si peur pour Bokuto. Et l'idée qu'il ait pu être à la place d'Iwa-chan lui avait fait perdre la tête.
Il voulait juste s'éloigner et être seul un moment, pour penser. Il serait prudent et ne s'éloignerait pas trop, alors il n'y avait pas de souçi à se faire pour lui.
C'est ce qu'il pensait quand il voulut passer la porte.
C'est ce qu'il pensait quand une silhouette apparut devant lui.
C'est ce qu'il pensait quand il n'eut pas le temps de reculer, et de se mettre hors de portée de l'infectée à laquelle il n'avait pas fait attention.
Et soudain, avant qu'il ne comprenne ce qui se passait, le visage bouffi qu'une malchanceuse était à quelques centimètres du sien.
Elle était plus petite que lui, plus faible aussi, sûrement. Une adolescente quand le mal l'avait touchée. Avec des cheveux blonds des blés, poisseux d'un manque d'hygiène, coupés au carré, une paire de lunettes de travers sur le nez, et un choker noir autour du cou, avec une petite lune argentée qui y pendait.
En l'espace d'une seconde, Akaashi vit tous les détails de son visage droit devant lui.
Mais il ne parvint pas à faire un pas. Ni à reculer, ni à se déporter sur le côté. Il resta là, et c'était beaucoup trop bête. Et pourtant...
L'adolescente ouvrit grand sa bouche bordée de salive mousseuse et jaunâtre, et un grondement surréel s'achappa de sa gorge noircie.
Akaashi ouvrit de grands yeux, alors que l'air se bloquait dans sa gorge, que son coeur se tassait au fond de sa poitrine, que tous ses muscles se tétanisaient.
Alors que la peur la plus foudroyante et la plus douloureuse s'emparait de tout son être, il resta là. Il n'entendit pas Bokuto hurler son nom. Il n'entendit rien à vrai dire. Il ne fit que voir, comme au ralenti, la gueule de l'infectée fondre sur lui, et c'est lorsque des dents plantèrent sa chair au niveau du cou, qu'il lui sembla revenir à la réalité.
La douleur était bien trop réelle.
Il hurla.
Ses poumons se vidèrent de tout l'air qu'ils contenaient alors qu'il criait comme il n'avait jamais crié. Il sentit le sang gicler sur son menton et tout le bas de son visage, et couler dans son cou, entre ses clavicules. Il sentit la mâchoire infectée arracher un bout de lui alors qu'il se débattait et cherchait à la repousser.
L'infectée avait planté ses ongles sales de terre et de sang séché dans ses épaules, et elle le tenait bien trop fermement.
Dans sa panique, Akaashi ne pouvait rien faire contre elle.
Il se mit à pleurer, tremblant, hurlant. Il avait tellement mal. Il avait tellement peur.
Son coeur battait comme un enragé entre ses côtes. Il avait peur. L'adrénaline battait à ses tempes. Il avait peur. Sa tête était vide, et en même temps pleine de bruit blanc. Il avait peur. Sa vision était trouble de larmes, et peut-être d'un malaise aussi. Il avait peur.
Il réussit, sans trop savoir comment, à faire finalement lâcher prise à l'infectée, et elle tomba au sol. Mais ausitôt, elle se jeta à nouveau sur lui pour le mordre à la jambe. Elle lui saisit le mollet, et mordit incroyablement fort à travers son pantalon en toile qu'elle déchira au passage. Ce vieux treilli était tellement usé...
Il hurla encore alors que la douleur se délocalisait dans sa jambe, et restait tout aussi horrible, insupportable.
Il se sentait comme cette fois-là où il était tombé dans les pommes, un peu avant qu'ils soient recueillis par le camp de transision. Mais en pire. En mille fois pire.
Il se sentait comme s'il allait mourir.
Et c'était sûrement ce qui allait arriver.
Et puis tout à coup, il sentit qu'on le lâchait, et il tomba en arrière. Mais il ne se frappa jamais contre le sol dur. Quelqu'un le rattrapa dans ses bras. Le souffle court, les yeux papillonant, il vit à peine Kuroo éclater la tête de la jeune infectée contre le goudron, à grands coups rageurs.
Derrière lui, il entendait une voix, alors que des bras étaient pressés autour de lui tellement fort qu'ils lui coupaient presque le souffle.
— Akaashi ! Akaashi reste avec moi, j't'en supplie reste avec moi !
C'était la voix de Bokuto... ou alors ça y ressemblait beaucoup. Mais au fond, Akaashi n'était pas sûr. Cette voix qui lui parlait lui semblait tellement, tellement lointaine...
— Akaashi ! Kuroo, il a été mordu !
— Je sais Bo, garde ton calme !
— Mais il... il a été... Kuroo, il va...
La voix de Bokuto était tremblante, pleine de sanglots. Akaashi se sentait bercé dans les bras qui le retenaient, et c'était incroyablement agréable. Tellement agréable, en fait, qu'il en oubliait presque la douleur à sa gorge.
Il avait envie de dormir.
— Il refait une crise, comme la dernière fois, disait une voix, vraisemblablement celle de Kuroo.
— Qu'est-ce qu'on doit faire !?
— On peut rien faire.
— Mais-!
— On doit attendre qu'il revienne à l...
Akaashi n'entendit jamais la fin de la phrase, il eut l'impression de sombrer et tout disparut autour de lui...
Je ne sais pas si certains s'en souviennent ou y ont fait attention, mais dans ma note d'auteur du 1er chapitre, je disais que l'idée de cette fic venait d'une rêve que j'avais fait (ou plutôt un cauchemar...). Et bien on rentre juste dans la partie rêvée. Et dire que toooout ce que j'ai écrit avant c'était pour introduire cette scène que j'ai vue dans mon sommeil !
L'engrenage du drame est mis en branle. Que va-t-il se passer maintenant...
A bientôt pour la suite !
