Hello, hello! J'espère que votre semaine s'est bien passée et que vous n'avez pas trop langui ce nouveau chapitre. Que pensez-vous de mon point de vue développé sur les personnages de JKR et de la manière dont je présente les événements (en partie modifiés)? N'hésitez pas à me laisser vos opinions!
Sur ce, bonne lecture!
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Chapitre neuf: Actions
La première séance de l'atelier de Défense fut fixée au mercredi neuf dans la Salle sur Demande après le dîner. Par mesure de prudence, les membres arrivaient sur le lieu de rendez-vous par petits groupes et s'assuraient que personne ne les filait. Le moyen de communication pensé par Hermione avait fonctionné. Les choses avaient été précipitées, notamment parce que les jeunes souhaitaient en découdre avec l'institution politique, une pointe de haine plus précise à l'endroit de Umbridge. Puis la sensation suscitée par le côté illégal de leur «club» les grisait toutes et tous et ils se sentaient pousser des ailes.
Harry se sentait soulagé qu'ils aient leur enseignant de Défense avec eux sur lequel il pouvait se reposer si nécessaire; et l'avoir parmi eux rendait leur décision plus légitime. Il n'avait jamais émis de réserve quant à cette idée, parce que lui-même désobéissait aux décrets et prenait de sacrés risques pour eux. Autant s'engager jusqu'au bout de ses idées. Et il ne semblait pas tant apeuré par l'idée qu'il pouvait finir en prison à tout moment. Il avait eu l'air d'en être conscient et sûr que ce serait bientôt le cas. Même Ron avoua que cette attitude téméraire le rendait perplexe, en plus de son admiration. Rares étaient les profs qui se mouillaient jusqu'au cou comme Melbourne le faisait.
Leur enseignant s'était déjà installé sur un couffin, dans un angle de la Salle, un service à thé, un encrier et quelques livres à ses côtés et une pile de parchemins sur ses jambes croisées, une plume en main. Il avait presque la stature d'un Bouddha, tant il était posé, comme s'il était dans son élément. Il les salua un à un, avec le sourire. Lorsque tout le monde fut arrivé, les regards se dirigèrent vers Harry, puis sur Melbourne, tour à tour, expression de leur hésitation quant à définir qui tenait les rênes au final. L'homme haussa les épaules et invita le brun à s'exprimer d'un geste de main, les orbes penchés vers sa pile de devoirs. Le problème était ainsi réglé. Il était là en qualité de chaperon, ni plus ni moins; comme il le faisait avec son atelier en A208, les laissant en totale autonomie.
Harry songea à revoir les bases, pour que toutes et tous se remettent à niveau, attestant qu'un simple Expelliarmus l'avait sauvé à plusieurs reprises. C'était incroyable comme aveu, et un temps, certains eurent du mal à le croire; mais Melbourne se permit une remarque pour pacifier l'ambiance avant qu'elle ne soit tendue:
- Monsieur Potter est le mieux à même pour nous témoigner ce que c'est que de se battre dans le feu de l'action et l'oppression de l'angoisse de la nécessité de survivre. Puis, un Expelliarmus est utile, vraiment. C'est une technique qui peut, dans un cadre un peu idéal certes, vous donner un peu de temps pour préparer votre prochain coup ou bien votre fuite. Oui, ne riez pas, Jordans: fuir n'a rien de honteux quand c'est le Mage Noir qui nous menace d'un Impardonnable cuisant, si c'est la meilleure solution.
- Oui, je confirme, appuya le brun. C'est comme cela que j'ai pu revenir dans le labyrinthe avec…
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge, saisi dans son émoi. Avec Cedric… Le souvenir lui revint intact, puissant, douloureux, destructeur, semblant lui brûler les entrailles. Il baissa la tête pour s'assurer de ne pas croiser le regard de Cho, qui en avait les larmes aux yeux à l'évocation de la mort de son ex petit ami. L'atmosphère s'épaissit soudain, les gens peu à l'aise, mais qui ne pipèrent mot par compréhension.
Harry reprit contenance et invita tout le monde à se placer en binômes et se lancer tour à tour le sort de Désarmement, après que Hermione ait fait léviter les coussins qui se trouvaient proches de leur professeur un peu partout dans la salle. Une joyeuse cacophonie s'ensuivit. Ce bruit ne sembla pas déconcentrer Melbourne qui continuait son travail, ne s'interrompant de temps en temps que pour noter ce qui se passait autour de lui. Il combinait les remarques individuelles que prodiguait Harry qui passait d'un groupe à l'autre depuis sa place assise, en interpellant les élèves concernés et les pointant du doigt. C'était plutôt comique de le voir agir de la sorte. Il n'avait plus rien de la posture de l'enseignant écrasant les étudiants qu'ils étaient de sa toute puissance de savoirs. Il s'était mis à leur hauteur depuis le début de l'année, leur parlait comme s'ils étaient ses égaux, tout en maintenant une certaine forme d'autorité, et la méthode d'enseignement qu'il pratiquait y contribuait de manière concrète. Ici aussi, il ne changeait pas sa ligne de conduite et ne coupait pas tant que cela le brun, et quand il le faisait, il se confondait en plates excuses. Les élèves avaient autant liberté de paroles que d'actes – à l'exception de faits dérangeants. Ils les reprenaient dans ces cas-là et ils étaient vite conciliants. Ils n'avaient pas particulièrement envie de l'énerver, ayant à l'esprit la maxime «méfiez-vous de l'eau qui dort» devant s'appliquer de manière parfaite à son égard. Les Gryffindor avaient encore en mémoire la colère maîtrisée dont il avait fait acte devant Malfoy et cet épisode s'était répandu comme Floo Network Powder dans toute l'école.
A vingt-et-une heures, l'enseignant consulta sa montre à gousset et intima tout le monde à rassembler ses affaires, car le couvre-feu allait prendre effet sous peu. Il ne fallait pas que leur club clandestin tombe à l'eau pour une question d'horaires. Puis, toutes et tous venaient d'avoir une longue journée et une bonne nuit de repos mérité était la chose la plus sage à faire à ce stade. Là aussi, les élèves partirent en petits groupes, en saluant Melbourne.
Ce dernier fut le dernier à quitter la Salle sur Demande et prit le chemin qui menait à ses appartements. Sur la route, il croisa Snape qui faisait sa ronde usuelle. Les deux sorciers s'arrêtèrent pour échanger un long regard silencieux. Le Corbeau retroussa ses lèvres, tenant sa baguette fermement, sur le qui-vive et prêt à en découdre. L'homme n'avait de cesse d'être sur ses gardes de manière constante, aussi méfiant d'autrui que de sa propre ombre – et pas plus à l'égard d'un Melbourne qui se promenait dans les couloirs au-delà du couvre-feu alors qu'il n'était pas d'astreinte de ronde.
- Que faites-vous ici, Melbourne, demanda-t-il d'un ton glacé, comme lorsqu'il s'adressait à lui lorsqu'il avait été son étudiant.
- Je rentre chez moi, monsieur, lui répondit le jeune homme avec un ton égal, neutre, le visage lisse.
- Hum, marmonna le Maître des Potions, le regard circonspect, un peu surpris par l'apparent détachement de son collègue sans l'afficher pour autant. Il ne se faisait toujours pas à cette capacité nouvelle, alors qu'il lui insufflait une certaine crainte auparavant. Certes, certes… Mais d'où venez-vous, reprit-il, tout en se rendant compte qu'il avait perdu de son mordant et il se détestait pour cela.
- Je viens du Parc, répliqua Melbourne du tac-au-tac, qui ne s'émut ni de cet interrogatoire ni du trouble passager qui avait saisi son interlocuteur.
Impossible à vérifier s'il mentait ou non, vu qu'il était un bon Occlumens, ce que Snape se refusait à admettre à haute voix. Il fronça les sourcils et dut s'en contenter. Il dégagea la route au plus jeune.
- Permettez-moi cette remarque, monsieur, l'interpella le professeur de Défense. Je veux bien que vous soyez le même depuis toutes ces années et avec tout le monde; cependant, je n'apprécie pas du tout votre manière de vous adresser à moi comme si j'étais un traître. J'admets que mon statut lié au Ministère joue en ma défaveur, mais sachez que c'est moi qui ai voulu enseigner ici, sinon vous deviez subir Umbridge. Et croyez-moi que ce ne fut pas évident de la convaincre de faire son taff à sa place…
L'enseignant de Potions réprima une remarque cinglante, étonné de cette nouvelle donnée. En effet, ceci appuyait le fait que le jeune était réellement dans leur camp et formait une résistance non négligeable en appui du reste de l'équipe pédagogique. Or, pourquoi maintenant et pourquoi le lui dire à lui en particulier? La personne la plus à même à être mise au courant était Dumbledore, et le fait qu'il n'en ait rien dit à personne prouvait que Melbourne le gardait jusqu'ici pour lui.
- Vous devez vous faire à l'idée que je ne fais aucune faveur à qui que ce soit, Mr Melbourne, finit-il par exprimer d'un air de dédain. Vous semblez avoir oublié ce penchant de mon caractère en ces quatorze dernières années. Rappelez-vous-le la prochaine fois que vous vous sentirez offusqué par mes remarques. Maintenant, je vous prie de me laisser faire ma ronde tranquillement.
Congédié, Melbourne obéit et finit par atteindre ses parties privées. Là, il fit couler un bain brûlant dans son tub en étain, se glissa dans l'eau et lâcha enfin prise de toutes les tensions accumulées durant la journée. Il ferma les yeux, enveloppé par la vapeur d'eau, et retenait de toutes ses forces certains souvenirs à jaillir dans sa conscience, dans la peur de ne pouvoir contenir ses émotions...
Il ne put les contenir longtemps. «Je jure solennellement servir et uniquement servir les intérêts de l'Education britannique, selon les Codes qui l'en régissent et par la logique et le bon sens nécessaires pour en apporter le modernisme et l'évolution qui la rendront plus juste et équitable.» C'était le serment d'allégeance que tous les nouveaux employés du Department of Magical Education prêtaient lors d'une cérémonie qui aurait dû être abandonnée depuis le temps, ces usages désuets l'ayant été par ailleurs dans le Ministère. Néanmoins, les robes bleu-cyan prenaient très au sérieux ces quelques mots et la tâche qui leur était conférée – quitte à paraître aux yeux des autres départements un peu à l'ouest. Si une personne candidatait chez eux, elle devait avoir conscience qu'elle ne se contenterait pas d'effectuer un travail en majorité administratif et théorique, mais elle s'engageait dans une maison, un cercle restreint d'individus qui plaçaient l'éducation très haut, la chérissaient et la préservaient dans son essence au maximum, quitte à se quereller avec les services de la Justice et les pressions budgétaires et les courants de pensées du moment.
Il n'était guère surprenant que le Département soit «aux abois» comme l'avait souligné Turner dans sa missive, avec tout ce qui tournait autour d'eux depuis plusieurs mois. Et si leurs rangs étaient infestés eux aussi, les choses n'iraient pas en s'arrangeant. Il arrivait que certains d'entre eux cèdent aux dites pressions et aux sirènes de ce que la communauté sorcière idéalisait encore, même s'il y avait eu des périodes de l'Histoire où elle n'osait pas en assumer les tenants et aboutissants.
Melbourne dut se soumettre aux faits: qu'importe à quelle institution ou groupe de personnes avec qui il frayait, il ne pouvait plus du tout porter une confiance aveugle en quiconque désormais. Les lèvres pincées, le regard dans le vague, les doigts pianotant le rebord du tub en étain, le jeune homme se questionnait sur la potentialité de troubles au sein de l'Ordre du Phénix – il n'avait pas envie de se trouver au milieu d'un nid de taupes ou d'individus qui retourneraient leur veste dès que le vent leur soufflerait de meilleurs opportunités intéressées...
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Le quatorze, Umbridge était présente dans la salle de cours, assise à une chaise proche du bureau professoral. Les étudiants, prévenus en avance, rentrèrent en file indienne dans un silence parfait. Chacun se positionna derrière sa place et attendit que Melbourne les invite à s'asseoir. Ce dernier ne méditait pas sur son tableau assis sur son bureau comme à son accoutumée en guise d'accueil. Il était face à eux, le nez plongé dans le manuel du programme, sourcils froncés, l'air studieux. Il paraissait assez nerveux, mais faisait tout pour ne pas se laisser déborder par cette émotion. Lorsqu'il fut sûr que tout le monde était arrivé, il referma le livre, les salua avec douceur, le sourire aux lèvres et ils purent s'installer. Tout le monde avait sorti son propre exemplaire de Théories des Stratégies de Défense Magique de Wilbert Slinkhard, sa plume, son encrier et ses parchemins. Hermione s'était vue rendre son exemplaire durant la première réunion de l'atelier pratique clandestin. Leur coopération était appréciée de l'enseignant. Même Malfoy, qui ne se serait pas privé pour tout bousiller, resta tranquille – pour le moment du moins. Qui savait en avance ce qu'il mijotait pour le Maître de Défense? Néanmoins, le jeune homme ne laissait rien transparaître, un bouclier à minima efficace érigé dans son esprit.
Bien qu'il ne s'était rien passé de particulier encore, Umbridge semblait être très inspirée car elle écrivait de manière frénétique. Melbourne ignorait sa présence, sans doute un moyen pour lui de gérer le fait qu'il était inspecté. A l'Ecole Supérieure d'Education, on leur avait dit qu'ils seraient inspectés à plusieurs reprises durant leur carrière pour les conseiller et les orienter selon les besoins. Rien d'alarmant en soi, car c'était une pratique courante. C'était la nature même de cette inspection-ci qui perturbait. Il aurait aimé que sa première ait été dans les règles et les normes... Il devra en discuter avec les inspecteurs généraux qui siégeaient au Department of Magical Education.
Il leur demanda d'ouvrir leur livre à la page trente-quatre pour commencer le chapitre trois Les cas de réaction pacifique à une attaque magique. Dans un premier temps, les élèves lurent les parties I et II en silence. Puis, ils purent en faire la synthèse en binômes ou trinômes pendant dix minutes. Enfin, il y eut un retour en mise en commun. Ensemble, ils construisirent le contenu du cours. Melbourne était là en qualité de guide, sûr de sa manière de procéder. Il y avait certains réflexes qu'il ne pouvait se défaire, même sous l'oeil scrutateur de celle qui avait enclenché le processus de réforme. Pendant tout ce temps, Umbridge écrivait sans relâche sur son bloc-notes, les lèvres en une grimace comme si elle avait mangé quelque chose d'aigre. La méthode employée par le jeune homme était encore peu répandue et voir que les étudiants étaient aussi impliqués et participatifs ne faisait pas partie de la conception d'un cours qu'avait la femme. Quand elle pensait encore qu'elle serait à la place de Melbourne, elle avait songé qu'en maintenant ces têtes brûlées dans une lecture exhaustive du livre, elle couperait court à toute possibilité de penser par soi-même et de former un contrôle sur eux pour les rendre passifs. Or, même s'ils ne supputaient aucune hypothèse dangereuse contre le Ministère, ils s'exprimaient librement sur le contenu du manuel scolaire; et cela la dérangeait. Elle toussota pour attirer l'attention de Melbourne qui finit par tourner son regard vers elle et l'interroger d'un haussement de sourcils.
- Pourquoi leur demandez-vous d'expliquer ce qu'ils viennent de lire alors que l'auteur a tout fait pour être clair? Que leur réservez-vous comme devoirs s'ils le font déjà en classe?
- Il me semble qu'il est plus facile pour tout apprenant de comprendre quelque chose s'il est capable de reformuler ladite chose avec ses mots. Si je ne passe pas par cette étape-là, comment puis-je savoir s'ils ont saisi les propos de Slinkhard? Et je comptais leur demander une synthèse de la suite du chapitre à me rendre en main propre pour la semaine prochaine, répondit le jeune homme, étonné qu'elle n'ait pas l'air au fait de comment on apprenait à faire apprendre et à apprendre.
- Sur quoi les interrogerez-vous alors, je vous le demande?
- A leur âge, répondre à un QCM n'a pas de sens. j'avais songé à une synthèse pour répondre à une question ouverte qui recouperait plusieurs chapitres du livre.
- Vous n'avez pas peur qu'ils saisissent cette opportunité pour exprimer des opinions contraires à notre politique, interrogea-t-elle après un silence de quelques secondes, comme si elle s'était pris une branche dans le visage, mais elle était déterminée à le coincer quelque part pour relever un faux pas qui lui vaudrait une sanction immédiate.
- Non, m'dame… Parce que ce n'est pas dans la consigne.
Elle le jaugeait durant tout l'interrogatoire, le scannant de haut en bas, l'air de ne pas du tout apprécier l'homme en face d'elle – alors qu'il était plutôt pas mal. Elle retroussa les lèvres d'un air suffisant. Puis, elle médita sa dernière réponse. Comme si les élèves comprenaient vraiment ce qui était attendu d'eux... Il était bien naïf sur cet aspect-là. Ce n'était pas pour rien qu'elle aurait aimé les assommer de lectures théoriques. Une densité telle ramollirait leurs cerveaux et les rendraient inoffensifs!
- Dites-moi, très cher: vous êtes sorti de l'Ecole Supérieure d'Education en 1988 et je n'ai aucune trace d'une quelconque activité en lien avec ce métier… Pourquoi avoir fait de telles études si ce n'est pas pour enseigner au final?
- Oh, dit-il surpris, et elle l'attaquait sur son CV désormais. J'ai eu l'opportunité de travailler de suite au Ministère et je me suis dit que cela pouvait servir à l'institution que j'apporte mes connaissances fraîchement acquises. Voilà tout, finit-il en haussant les épaules.
- Vraiment? Ne serait-ce pas parce qu'à regarder votre dossier, on ne vous aurait pas accepté?
- Lequel, de dossier? Le professionnel ou le personnel? Parce qu'un potentiel recruteur est intéressé par les compétences du candidat pour le job, pas sa vie privée qui ne regarde que lui. Bon, je suis désolé, mais pouvons-nous poursuivre à la fin du cours? J'ai une leçon à terminer. Merci, trancha-t-il, n'appréciant guère la tournure que prenaient les choses, et souhaitant lui exprimer que celui qui était en contrôle ici était lui et non elle.
Umbridge dut s'en contenter, butée, vexée d'être éconduite de la sorte. Melbourne retourna à ses moutons et demanda aux élèves de lui rappeler une nouvelle fois les arguments de l'auteur du livre pour pacifier l'atmosphère lorsqu'on était témoin d'une attaque magique. La fin du double cours s'acheva comme elle avait débuté, la grenouille maintenant la bouche close et rédigeant comme inspirée par Calliope.
Harry, Hermione et Ron sortirent de la salle, se demandant comment leur enseignant serait cuisiné par la femme crapaud et s'il s'en sortirait indemne…
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Le groupe de Slytherin qui s'était rassemblé entre les rayons de Potions et de Botanique de la bibliothèque avait étalé avec un certain art des livres, des parchemins et des encriers, comme s'ils étudiaient avec sérieux. Les quatre comparses étaient des septièmes années soit Half-Blood, soit d'origine Muggle, et n'étaient donc pas intégrés dans les hautes sphères de leur Maison. Ils n'avaient pas cette angoisse de s'engager parmi les Death Eaters en recevant la Marque, cependant ils sentaient jusqu'au plus profond de leur moelle qu'ils étaient sur la sellette. Pour contrer ce stress permanent, ils se démenaient pour opposer une résistance au sein de leur propre bannière. Après tout, pourquoi des Serpents ne seraient pas politiquement impliqués dans le camp adverse? A cause de leur Répartition? C'était bas et réducteur. Exclure les qualités Slytherin pour planifier des actions de résistance serait dommage. Tant pis, ils se débrouilleront tous seuls lorsque le moment sera venu pour eux de préserver leurs existences. Ils avaient pris l'habitude de ne demander de l'aide à personne d'autre, avaient ainsi resserré des liens, devenus très forts avec les années, et savaient à qui faire confiance.
Sertan, Maïa, Haris et Dhalim avaient arrêté deux choix pour pouvoir communiquer entre eux. Le premier était le sortilège de message. Les inconvénients étaient que toutes et tous ne maîtrisaient pas le Patronus et qu'il était donc impossible pour eux d'y apposer un Nuntius* pour transmettre une quelconque information. De plus, une telle évocation ne passerait pas inaperçue, car ils n'avaient ni la puissance magique ni assez de bouteille et de maîtrise de leurs pouvoirs pour être aussi talentueux qu'un Dumbledore. Ils écartèrent ainsi le premier choix, mais se dirent qu'il serait intéressant de l'apprendre et de se l'approprier avec perfection pour les temps à venir. Le second était onéreux et un achat massif ne passerait pas sous silence: les miroirs à double sens. Soit, il serait idiot de répondre à un bout de verre poli et au final, cela ne serait pas assez discret. Haris barra cette option sur le bout de parchemin qu'il avait devant lui et soupira, défaitiste. Ils n'y parviendraient jamais.
- Peut-être ne tâtons-nous que dans ce que nous connaissons, murmura Maïa. Il faut étendre nos recherches.
- Et comment comptes-tu t'y prendre sans que cela ne soit issu de la Magie Noire, persifla Sertan. Je te rappelle que nous souhaitons combattre les ténèbres, pas en employer les ficelles...
- Et quand bien même nous le ferions, la Magie Noire n'est nocive que lorsque nous lui accordons des fins mauvaises, récita Dhalim, qui fixait durement Sertan. As-tu zappé ce que Melbourne nous a dit lors du premier cours ou tu dormais déjà à ce moment-là?
La jeune fille ficha un coup de pied dans les mollets des deux garçons et les regardait d'un œil noir, pour les intimer de baisser d'un ton et de cesser de se prendre la tête pour rien.
- Je pensais seulement qu'il y a énormément de livres de sortilèges qui, sans baigner dans des domaines louches, ne sont pas dans notre programme au collège... Nous pourrions commencer à nous pencher sur ce qui serait enseigné après Hogwarts... En toute curiosité pour notre avenir, termina-t-elle en affichant l'air le plus convaincant et innocent à la fois dont elle avait le secret.
Les trois garçons autour d'elle sourirent, et s'accordèrent à suivre son idée. Il leur faudra demander de l'aide, en toute finesse, auprès de deux enseignants qui étaient loin d'être dupes: le Directeur des Ravenclaw et un ancien Ravenclaw qui avait failli atterrir chez les Slytherin. La partie ne serait pas aisée, mais il n'y avait de plus excitant et terrifiant que de se confronter à ce genre de difficultés pour parvenir à ses fins.
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Dans les autres Maisons, en dehors de l'Armée de Dumbledore, les ateliers de pratique de Défense rentraient désormais dans une certaine routine. L'idée même que les élèves étaient regroupés par année était tout au moins pragmatique. Il fallait bien que les premières années puissent acquérir les bases qui leur étaient enseignées en Métamorphose, Charmes et Défense avant de se lancer vers des domaines plus complexes. Subséquemment, s'ils se montraient trop talentueux, cela finirait par éveiller des soupçons et risquerait de compromettre leur posture – tout autant que celle de Melbourne. Il valait mieux demeurer raisonnables et ne pas tenter le Diab... Umbridge et le Ministère. Même si les effectifs étaient peu élevés, il serait aisé d'établir une liste précise des personnes et cela soulèverait des interrogations vives concernant les étudiants des années supérieures, qui étaient déjà plus ou moins étiquetés selon leurs compétences. Un changement trop radical de niveau équivaudrait à brandir une pancarte bariolée sur laquelle on lirait «Sus aux Décrets ministériels!». Alors, tous rongeaient leur frein et leur envie de progresser plus vite que le programme normal. Au moins, ils pouvaient se lâcher dans leurs Salles Communes.
Les choses étaient un peu complexes pour tous les membres du club clandestin qui étaient témoins de ce qui se passait dans leurs quartiers. Un malaise en eux ne les quittait pas, et ils s'interrogeaient sur la nécessité de l'Armée de Dumbledore, si toute personne qui s'impliquait dans ces ateliers poursuivait ces dites activités semaine après semaine. Il faudra en discuter lors de la prochaine séance dans la Salle sur Demande... Ils finiraient par se faire remarquer, à s'envelopper dans un mutisme inhabituel et peut-être par empiéter sur les plates-bandes de la résistance «officielle». Serait-il intéressant ou trop dangereux d'impliquer ces personnes supplémentaires? Trop de questions et d'hypothèses qu'il sera nécessaire de découdre, à défaut de pouvoir réellement avancer dans la réflexion en solitaires.
A Ravenclaw, les premières années se rodaient au Bat-Bogey Hex à tour de rôle. Il était à la fois comique et désagréable de voir surgir des narines de l'adversaire des chauve-souris par dizaines. Par mesure de sécurité, une poignée de cinquièmes et de septièmes années qui ne s'étaient pas réfugiés en bibliothèque ou en salle d'étude pour travailler veillaient au grain et mettaient un point final au supplice de leurs cadets par des Finite Incantatem. L'autre risque qui pourrait les griller serait un attroupement de jeunes blessés de diverses manières à l'infirmerie. Ils ne sauraient tenir leur langue bien longtemps et qui savait d'avance ce qui s'ensuivrait? Une expulsion, sans doute – surtout si Umbridge était dans les parages.
Charlie était indéniablement rapide et douée, ayant déjà maîtrisé ce sort – ce qui lui avait valu une retenue avec Snape après tout. Malgré tout, la fillette se lassa rapidement et s'ennuyait ferme, ne s'en cachant pas. Elle n'adressait la parole à personne et gardait un visage fermé, au point que cela finit par agacer ses pairs qui lui firent part de leur avis sur la question: si elle avait la sensation de perdre son temps, elle pouvait très bien les laisser tous seuls. Nul ne la retenait et cela ne remettrait pas forcément sa présence en jeu si elle partait. Rassurée sur le dernier point, la Ravenclaw s'en montra néanmoins vexée. Elle buffla pour ne pas piquer une colère plus conséquente et sortir des mots qu'elle regretterait par la suite, et s'enferma dans le dortoir des filles sans jeter un œil derrière elle. Une fois qu'elle eut rejoint son lit, elle prit de quoi lire et de quoi gribouiller avant de ne tirer les rideaux à baldaquins, pas prête d'adresser la parole à ses camarades de dortoir lorsqu'elles reviendraient. Il fallait admettre que Charlie pouvait être caractérielle par moments. Comme elle s'était déjà frottée à la sévérité du professeur de Potions, elle avait dû apprendre très vite à calmer ce côté impulsif qui bouillait en elle tel un chaudron sur un feu vif. Heureusement pour elle, elle avait aussi un penchant réservé qui contrebalançait et lui permettait de se reprendre à temps quelques fois.
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«Quand je te dis de te méfier, Melbourne, c'est on ne peut plus clair. Crois-moi que ça commence à sentir le roussis ici aussi. Tout le monde est sur le qui-vive. Je n'ai jamais vu ça de ma vie... Les anciens disent que ça avait commencé comme ça dans les années soixante-dix. Donc, sois très prudent, ne te lance pas dans des trucs insensés et cire bien les bottes batraciennes.
Au fait, ça va bientôt impacter la communication, d'après les renseignements que nous soutirons ici et là. Ne me parle qu'en stricte nécessité absolue et de manière codée, je ne veux pas avoir la mauvaise surprise de voir débarquer chez moi les Internes à trois heures du mat'.»
Le jeune homme avait de la peine à distinguer ce qu'il y avait de plus déprimant et alarmant dans tout ce que Turner avait réussi à lui écrire en quelques lignes, tant tout ceci paraissait surréaliste. Or, si le Ministère se démenait pour qu'une seule version officielle de la situation en Grande-Bretagne circule, il fallait s'assurer que les sorciers ne divulguent son contraire sous le manteau. Quoi de plus évident que le contrôle de la communication? Devait-il expliciter que tout ceci lui rappelait un peu trop vivement le roman 1984 de George Orwell?
Melbourne soupira et se massa les paupières, un bras posé sur la table de sa cuisine dont la main était proche de sa tasse usuelle de thé, avachi sur sa chaise, la missive de son collègue devant lui. Sa migraine récurrente semblait sur le point d'être canalisée, les nombreuses tentatives de Snape et de Pomfrey unissant leurs compétences pour établir le remède le plus adéquat ayant l'air de payer. Ce n'était pas encore tout à fait cela, mais le professeur de Défense ne s'en plaignait pas. Sa condition était dans tous les cas meilleure qu'auparavant. Cela avait des conséquences positives sur son insomnie qu'il estimait moins éprouvante depuis.
Il ne parvenait pas encore à s'expliquer pourquoi il avait toujours refusé de se faire soigner à Saint Mungo lorsque les Mediwizards lui en avaient parlé, dès lors que les symptômes qu'il leur avait rapporté quelque six mois après l'attentat suicide survenu dans le hall du Ministère avaient découlé sur un diagnostic avéré. La seule volonté de ne pas lâcher son travail ne pouvait en aucun cas justifier ce manque de considération à l'égard de sa santé. Soit il n'y voyait pas clair dans sa bêtise passée, soit il n'osait pas faire face à certaines vérités plausibles. Dans tous les cas, il était un idiot. Un maigre sourire passa sur ses lèvres. Ce surnom seriné à longueur de temps par une certaine chauve-souris des cachots lui seyait comme un gant en fin de compte. Ceci acheva de le faire soupirer une nouvelle fois, avant qu'il ne parvienne à se décoller de sa chaise et de s'écrouler dans l'un des fauteuils pour s'enrouler dans son plaid et de se dire que le monde craignait. En attendant, le lendemain, il lui faudrait faire comme si rien ne l'affectait, car il ne pouvait pas se permettre de faillir malgré la peur et le danger qui l'étouffaient dès qu'il était seul dans ses appartements. Il avait pris des responsabilités, il avait des devoirs à accomplir, un serment sur lequel il avait juré en 1988 à respecter... Et puis, il était trop engagé maintenant pour faire machine arrière.
Il comptait se rendre à la prochaine réunion des membres de l'Ordre du Phénix.
Cela le terrorisait au fond, la seule organisation à laquelle il avait adhéré de toute son existence ayant été à la faculté. La fierté qu'il tirait de sa filiation et l'intérêt qu'il portait sur les Muggles l'avaient naturellement fait intégrer le groupe apolitique des Marginal Thinkers*². Aujourd'hui, avec le recul, il savait que ce fait était présent sur son dossier au Ministère et que cela lui porterait préjudice tôt ou tard. En soi, il avait eu toujours conscience que ses divers engagements finiraient par être politisés. Avant même qu'il ne s'engage officiellement dans la résistance, il était déjà impliqué.
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* pas de formule connue pour ce sortilège, donc j'ai cherché le terme «message» en latin et voilà
Sortilège de message (avec Patronus): Nuntius
*² Marginal Thinkers: (littéralement) penseurs marginaux, groupe d'étudiants apolitique qui discute de faits actuels, réfléchit à ce qui pourrait être amélioré dans la société sorcière
