CHAPITRE X
Elle entra dans le foyer sur la pointe des pieds, ne voulant pas réveiller ses deux amours. Elle accrocha sa veste à la patère, s'appuyant contre le mur afin de retirer ses souliers. Elle prit quelques instants pour se masser la plante des pieds, endoloris par les hauts talons qu'elle avait porté toute la journée. Elle attrapa un élastique posé sur le guéridon et ramena ses cheveux en un chignon broussailleux. Un peu plus à l'aise, elle se dirigea vers le salon.
Elle sourit en voyant le couvert mis sur la table. Que c'était bon de se savoir attendu. Elle s'approcha de l'assiette et vit quelques post-it posés ça et là, lui indiquant que les restes étaient dans le four. Elle se rendit alors à la cuisine, alluma le four afin de réchauffer la quiche et se servit un verre de vin.
Appuyée sur le comptoir, elle pensa avec délectation aux mois écoulés. Elle avait réussi à le dompter, un petit peu. Il était souvent plein de petites attentions, et ça la comblait de bonheur. Cette part de tarte en était le parfait exemple. Une si petite attention, mais tellement agréable après la dure nuit qu'elle venait de passer. Elle était affamée, mais ne s'en était vraiment rendu compte qu'à la vue de la table. Il devançait tous ses besoins, sur tous les plans. Elle n'avait jamais vécu une si parfaite osmose avec personne d'autre. Bien sûr, ils avaient toujours leurs moments, où cris et reproches fusaient. Petite bataille pour savoir qui « dominerait » l'autre. Mais ça faisait partie de leur couple et elle ne renierait cette part pour rien au monde.
La minuterie sonna. Elle retira avec précaution le plat du four et l'apporta au salon. Elle allait se servir quand elle découvrit un bout de papier qui dépassait de sous son assiette. Qu'avait-il pu inventer encore ? Il ne cessait jamais de la surprendre. Elle retira la feuille, se servit une part de tarte et commença à manger en lisant le prospectus. Il y avait plusieurs post-it jaunes collés, sur chaque feuille du dépliant, lui expliquant le projet, pourquoi elle devait venir. Elle souriait aussi bien à l'idée qu'à l'énergie qu'avait déployée son amant pour la convaincre. Quand elle vit le dernier : « Tu crois qu'il existe des couches imperméables ? », elle n'eut plus aucun doute. Elle n'en avait déjà pas trop avant, sachant que Wilson venait, il serait facile de convaincre son conjoint d'amener le bébé. Mais là, il devançait, une fois de plus, ses attentes. Elle soupira de contentement et prit une bouchée pleine. Elle ferma les yeux en mâchant, se concentrant sur la saveur salée des lardons. Saveur qui n'était pas sans lui rappeler la mer. Découverte et redécouverte. L'eau des centres de thermalisme est-elle salée ? Se demanda-t-elle.
Elle n'eut pas le temps de se pencher sur la question que des bruits de pas se firent entendre. Elle se retourna.
« Et bien, c'est à cette heure qu'on rentre ? » Demanda-t-il ensommeillé.
« Oui, mon amant est insatiable ces derniers temps. » Lui dit-elle avec un sourire. Il se fraya un chemin jusqu'à elle et déposa un baiser sur le sommet de son crâne avant de prendre possession de ses lèvres. Le baiser était doux, tendre. Relaxant.
Il se recula légèrement. « Tu vas voir oui si je suis insatiable. » Dit-il, malicieux avant de capturer à nouveau sa bouche. De façon plus passionnelle, plus demandeuse cette fois. Sans rompre le contact, elle se leva. Ils pivotèrent et en un rien de temps, elle se retrouva assise sur ses genoux. Elle passa ses bras autour de son cou et descendit sa bouche le long de son visage, appréciant le léger picoti de sa barbe, pour finir par capturer son lobe d'oreille dans sa bouche. Elle lui murmura un merci et continua à parsemer sa peau de baisers humides.
Il n'avait pas vraiment réussi à s'endormir. Il se tournait et se retournait encore et encore dans ce grand lit trop vide. Il fut soulagé d'entendre le bruit du moteur puis celui du verrou. Il attendit un moment, espérant la voir apparaître dans la chambre puis se souvint du diner, et du fait qu'elle n'avait certainement pas mangé. Il s'extirpa alors du lit et partit à sa rencontre. Même s'il ne lui avouerait pas, elle lui avait manqué. Rentrer seul, dans cette grande maison vide. S'occuper, seul, de Rachel. Même si, ça encore, il ne l'avouerait pas, il adorait cette enfant et passait d'excellents moments en sa compagnie. Mais un enfant, ça se fait à deux, ça se partage. Il aimait rester assis sur le bord de la baignoire pendant que Lisa lui donnait le bain. Rester assis côte à côte avec la jolie Maman pendant qu'il lui lisait une histoire pour l'endormir. Et ce soir, il avait fait tout ça seul. Il pensa au nombre de fois où Lisa avait dû rentrer seule dans cette vaste demeure. Au nombre de fois, où elle s'était occupée de Rachel, seule. Il se promit intérieurement d'être le plus présent possible, pour l'une aussi bien que pour l'autre.
Dans l'ombre du salon, il pouvait deviner les traits de son visage, le sourire éclatant qu'elle arborait. En était-il la cause ? Il l'espérait bien. Elle se retourna et il vit le prospectus dans ses mains. Finalement, Wilson n'avait peut-être pas si tort...
Il gémit alors qu'elle agrippait la peau de sa clavicule entre ses dents. Elle prit cela pour une invitation à aller plus loin et redoubla d'intensité dans ses baisers comme dans ses caresses. Alors qu'elle se laissait glisser entre ses jambes, explorant tendrement son abdomen, elle sentit deux mains fermes la relever. Il l'embrassa doucement, diminuant la frénésie qui s'était emparée de sa maitresse. Il commença à la déshabiller, déboutonnant son chemisier, le faisait glisser par dessus ses épaules, remplaçant le coton par ses lèvres bouillantes. Elle frissonna. Il s'évertua à réchauffer son dos à force de caresses langoureuses. Ce n'était pas suffisant. Elle grelotait à présent, mais ne faisait aucun mouvement pour briser l'étreinte. Il se pencha légèrement et attrapa un plaid du bout des doigts. Il le déplia et l'entoura autour de sa compagne. Ceci étant fait, il reprit d'assaut ses lèvres, faisant grimper en flèche leur température corporelle. Il put alors défaire son soutien-gorge, libérant quelques instants sa poitrine, avant de la prendre en otage, de ses mains et de sa bouche.
Elle émit quelques soupirs, se perdant dans ce cocon de douceur et de sensualité. Elle ne cessa pas un instant de promener ses mains sur son torse, sur son dos, sur ses épaules viriles et ses bras musclés. Elle avait besoin de ce contact, de cette douceur. Elle sentit son amant s'attaquer au zip de son pantalon, qui tomba rapidement à ses chevilles. D'un geste gracieux, elle s'en extirpa et se rassit sur son moelleux fauteuil, faisant attention de porter tout son poids sur sa jambe gauche.
Elle blottit son visage dans le creux de son cou, murmurant mots doux entrecoupés de baisers humides. Elle soupira de plus belle alors que de ses doigts habiles, il s'évertuait à la combler. Elle l'embrassa. Elle avait désespérément besoin de ce contact, de partager son souffle, ses soupirs, son amour. Son âme. Elle glissa ses mains jusqu'à sa taille et le délesta de son pyjama. Heureuse surprise, il ne portait rien dessous. Elle le massa légèrement, lui retournant la faveur puis, leva ses hanches afin de se joindre à lui. Ils gémirent à l'unisson, emportés par la tendresse, et le plaisir, purement physique.
Elle commença à se mouvoir, par petits mouvements. De tous petits mouvements. Il suivit son rythme, se calquant parfaitement à ses oscillations. Il remonta ses mains le long de son dos et dans un énième soupir, la ramena plus près de lui. Elle passa ses jambes autour des barreaux de la chaise, prenant meilleur appuis, se lovant encore plus contre lui. Elle avait l'impression qu'il ne serait jamais assez près, elle avait ce besoin de fusionner complètement avec lui. Se reposant sur sa poitrine, tête dans son cou, elle y parvint. Et elle put alors se laisser porter par les vagues de plaisirs.
Ils allaient horriblement et merveilleusement lentement. Il n'avait jamais fait l'amour aussi tendrement, que ce soit avec elle, ou avec une autre. Il était généralement un amant passionné. Il ne savait pas si c'était la fatigue, ou le bonheur de la retrouver, de la voir aussi heureuse, mais ce rythme lui convenait parfaitement.
Ses gémissements se faisaient de plus en plus fréquents, de plus en plus audibles. Il n'accéléra pas le pas, il voulait atteindre les summums du plaisir dans cet état d'esprit. Il se sentait connecté avec elle, physiquement et spirituellement. C'était époustouflant. Et alors qu'il la sentait frémir sur son corps, il comprit que, pour la première fois de sa vie, ils allaient s'élever aux cieux au même instant. Son cerveau se mit alors sur pause, lui interdisant toute autre réflexion, pendant que les endorphines se libéraient dans ses chairs.
Ils restèrent dans cette même position un moment. Ni l'un ni l'autre n'avait la force ou le courage de briser leur étreinte. Ils avaient encore besoin de maintenir ce contact physique.a Pourtant, elle pesait de plus en plus lourd sur ses jambes, sur sa jambe. Il essaya de l'étirer, mais sa compagne était confortablement enveloppée autour de lui, lui interdisant le moindre mouvement. Il prit son mal en patience et resta dans cette même posture. Caressant ses cheveux, ses joues. Il ferma les yeux et cala sa tête contre celle de la jeune femme.
Il avait dû s'assoupir. Sa jambe hurlait de douleur, ses fesses étaient ankylosées et des frissons parcouraient son corps. Il secoua doucement sa maitresse. Elle grogna, mais ne bougea point. Il la secoua de nouveau, l'appelant doucement. Elle bougea, se blottissant un peu plus contre lui, à la recherche de chaleur.
Une fois parvenus au lit, non sans mal, elle revint se lover dans ses bras. Il sourit à son humeur câline et passa une main distraite dans ses cheveux. Quelques secondes plus tard, sa respiration était lente et régulière. Elle dormait à poings fermés, il le savait. Il effleura son crâne des lèvres et murmura : « Je t'aime. » Avant de glisser dans les bras de Morphée.
