Chapitre 10 :
« Que demande le peuple ?. »
Elle l'avait prévenu que ça ne durerait pas, qu'il ne se fasse aucune illusion. On peut avoir un moment de compassion pour son adversaire et le lui montrer sans pour autant déposer les armes. Personne n'avait su ce qui c'était réellement passé ce soir là entre Black et Proskoff. Heather était restée très évasive à ce sujet auprès de Lily, tandis que Sirius avait carrément affirmé à ces amis que la jeune fille ne l'avait suivi que par plaisir de pouvoir le narguer.
Nul ne devait jamais savoir que le grand Sirius Black s'était effondré de chagrin dans les bras de la personne qu'il méprisait sans doute le plus au monde.
Cet incident n'avait en rien changé les habitudes d'Heather, et ça ne fit que renforcer l'agressivité de Sirius à son égard. A vrai dire, la jeune fille s'en souciait assez peu.
La semaine s'écoula au même rythme que les précédentes. L'adolescente avait désormais totalement repris ses marques dans le château. Elle ne rencontrait plus les problèmes de vocabulaire des premiers jours et commençait à rattraper son retard en Runes. Contre toute attente, elle se prenait même à apprécier ce doux train-train quotidien fait de cours, du rire de Lily et de la compagnie de l'évanescente Alice. La plupart des Gryffondors continuait à se méfier d'elle, voire parfois à carrément la mépriser. Une troisième année l'avait même insultée au beau milieu du petit déjeuner. Heather s'était en conséquence fait prendre une heure de colle pour avoir suspendu la troisième au plafond de la Grande Salle. Mais une heure de colle valait bien le plaisir de faire ravaler ses injures à une petite conne.
Elle et Lily n'avaient bien sur pas abandonné l'idée de surprendre les Maraudeurs. Grâce à la charmante Alice et à son petit ami, il leur était facile de savoir si les quatre se trouvaient dans leur dortoir le soir, et d'agir en conséquence. Mais cette semaine-là, les Maraudeurs se tinrent à carreau.
Vendredi soir arriva enfin, au grand soulagement des Gryffondors qui croulaient sous les devoirs. Si Heather avait imaginé passer une soirée tranquille au coin du feu, les intentions de Lily étaient toutes autres. Envoyant son amie sous la douche par un prétexte spécieux, la jolie préfète fouilla rapidement la lourde malle de Heather. Elle connaissait assez son amie pour être capable de lui choisir une tenue sans se tromper. Déposant le tout sur le lit, elle saisit ses propres affaires et dévala l'escalier. Elle allait se faire tuer, alors autant profiter pleinement de sa salle de bain privée avant de mourir.
Lorsque Heather sortit de la douche, à peine recouverte d'une serviette aux couleurs de sa maison, elle eut une suite de surprises plutôt désagréables. Primo, la chambre était vide, Lily était partie sans un mot. Secundo, la porte en était verrouillée, et sa baguette n'était nulle part. Tertio, un mot l'attendait sur son lit, posé sur ses vêtements.
« Tu me tueras plus tard, en attendant habille-toi et fais-toi belle. Nous avons rendez-vous chez Slug à 20 heures, je passe te chercher à moins dix. Je t'ai choisi la tenue qui me semblait le plus appropriée à la situation, mais fais ce que tu veux !
Ta Lily qui t'aime fort (et qui profite de sa salle de bain privée de 25 mètres carrés).
PS : ne t'acharne pas sur la porte, tu sais que mes sorts de verrouillage sont les meilleurs.
PS 2 : les filles sont prévenus, personne ne viendra t'ouvrir. »
Heather soupira. Si elle voulait sortir de cette chambre, elle n'avait d'autre choix que d'exécuter la volonté de son amie. Oh et après tout, elle pouvait très bien s'amuser ce soir ! Rapidement, elle sécha ses longs cheveux et s'habilla. Lily la connaissait décidément par cœur : un jean slim brut, des talons de dix centimètres et un ample pull noir dont le col en V suggérait la naissance de son décolleté. Attachant ses cheveux en un rapide chignon, elle soupira devant la mèche folle qui lui retombait sur les yeux.
Lorsque Lily pénétra dans la chambre, elle sourit devant son amie. La prestance aristocratique de la russe éclatait comme jamais, perchée sur ses talons hauts. Le jean mettait en valeur ses formes et ses hanches fines, tandis que l'ampleur du pull donnait une touche masculine à l'ensemble.
- Tu me le paieras, Lily ! menaça Heather en terminant de se maquiller.
- Mais oui, mais oui, aller dépêche, on va finir par être à la bourre ! rit son amie en la tirant par le bras.
Heather eut tout juste le temps de saisir sa cape avant de dévaler l'escalier.
Elles furent effectivement en retard. Dans la salle coquette où le professeur Slughorn avait réunis ses élèves favoris, le silence se fit à l'apparition des deux Gryffondors.
- Veuillez nous excuser, professeur, nous avons eu un léger contretemps, sourit Lily de son air le plus innocent.
Le professeur de potion les invita à s'asseoir d'un ton enjoué, visiblement ravi de les voir. Assis dans de profonds canapés ou sur des coussins disposés au sol, les élèves étaient une douzaine. Enlevant sa cape, Heather les examina tous discrètement. Il y avait un certain nombre de Gryffondors, et parmi eux, Black. Sans lui jeter un regard, Heather s'assit. Une main effleura son dos et une voix familière la fit frissonner.
- C'est une bonne surprise de te voir ici. Mais Black n'a pas l'air du même avis que moi.
Dans un sourire, Heather plongea ses yeux dans ceux émeraudes d'Owein Rhys-Meyer. Comme à son habitude, il avait un ton hautain, presque froid, et un regard vide de tout sentiment. Il avait fait bouger un Poufsouffle de deuxième année pour s'asseoir près d'Heather. Cette dernière chercha son amie du regard, implorant silencieusement sa clémence. Lily, assise sur un coussin près de Potter et Black, haussa les épaules. Heather pouvait bien faire ce qu'elle voulait avec les vipères.
Deux élèves arrivèrent bientôt, faisant se lever Slughorn. Il tapota son verre, d'un geste théâtral, faisant le silence.
- Bien, chers amis je crois que nous sommes au complet ! Il me faut je crois, procéder aux présentations. Tout d'abord, je souhaite souhaiter la bienvenue à Mlle Proskoff, qui nous revient de l'École de Prague après quatre ans d'absence ! Je ne doute pas que vous saurez nous faire profiter de quelques charmantes anecdotes à propos de cette prestigieuse institution, ajouta-t-il avec un petit clin d'œil.
Heather hocha de la tête dans un léger sourire, et il lui sembla percevoir les grommellements exaspérés de Black et Potter. Slughorn ne dut pas s'en apercevoir, et se tourna vers Rhys-Meyer, toujours assis à côté de la jeune fille.
- Ah, mon cher Owein ! Quel plaisir ç'a été pour moi de voir que Dumbledore vous avez nommé Préfet-en-Chef ! Il ne pouvait faire meilleur choix, si vous voulez mon avis.
Le soupir exaspéré de Lily sembla montrer qu'elle ne partageait pas l'avis de son professeur préféré.
- Et avant que j'oublie, vous remercierez votre père pour cet admirable hydromel qu'il m'a fait parvenir. Il ne pouvait me faire plus plaisir pour mon anniversaire.
Le Préfet en Chef de Serpentard eut un hochement de tête amusé parfaitement ressemblant, et les présentations continuèrent. Heather apprit que Phoebe Malfoy était la cousine préférée de Lucius « élève d'un talent rare » selon Slug, mais surtout la fille d'une certaine Lilith Yaxley. Elle se mordit la lèvre pour masquer son trouble, l'image de William Yaxley s'imposant brusquement en elle. Elle la détailla rapidement, mais ne trouva rien en elle de particulier. Elle faisait partie de ces filles banales qui se prenaient pour des beautés fatales. Blonde platine, ses longs cheveux lisses atteignant le creux de ses reins, elle était lourdement maquillée et sa bouche carmin semblait figée en une moue boudeuse. Si elle avait l'attitude et la morgue de la noblesse sorcière, elle n'en avait ni le charme ni le raffinement. D'emblée, Heather ne l'aima pas.
Au côté de Phoebe se tenait une 7ème année dont Heather n'avait pas le souvenir. Grande, au maintien d'un aristocratisme purement Londonien, semblait s'ennuyer profondément.
- Ah, ma chère Sally-Ann ! s'exclama Slughorn en tapant dans ses mains. Vous ressemblez de plus en plus à votre mère, même si vous avez les yeux de votre père. Comment vont-ils d'ailleurs ? Je n'ai pas eu de nouvelles d'eux depuis fort longtemps.
Heather crut que la superbe -au sens étymologique du terme- Sally-Ann ne répondrait pas. Mais elle finit par ouvrir la bouche, d'un air agacé.
- Ils sont en voyage pour le compte du Ministre, depuis le début de l'été et pour une durée indéterminée.
Slughorn hocha silencieusement la tête, de l'air de celui qui sait mais ne dira rien. Heather aurait voulu éclater de rire. Le comportement de leur enseignant frôlait le pathétique, si ce n'était le ridicule. Si doué qu'il puisse être comme potioniste et professeur, il aurait visiblement voulu exercer une profession qui lui aurait permis de briller dans les hautes sphères du monde sorcier. Mais il avait à l'évidence échoué.
Lorsque Slughorn eut fini les présentations, on passa à table. Assise entre Owein et Sally-Ann, Heather eut à brièvement parler de son ancienne école, et écouta sagement son professeur vanter ses louanges. Jamais il n'avait eu élève plus douée. Même Rogue, unanimement reconnu comme un génie des potions, n'avait pas ce don instinctif. Voyant que l'agacement manifeste de la jeune russe, Sally-Ann se pencha vers elle :
- Ne t'inquiète pas, on finit par s'y faire ! Il est un peu agaçant, mais faire parti des favoris de Slug se révèle souvent très utile.
Heather sourit d'un air entendu. Cette fille n'était pas à Serpentard pour rien.
Lily avait raison, on mangeait délicieusement bien à la table du directeur de Serpentard. Fidèle à son éducation, Heather avait cependant peu mangé, écoutant distraitement mais poliment les conversations, qui tournaient majoritairement autour des parents des élèves présents.
- Ma chère Phoebe, j'ai appris que votre cousin, ce cher Lucius, venait d'entrer au Ministère ! dites-m'en plus, je vous prie, vous savez que j'apprécie énormément Lucius, il a sans doute été un de mes meilleurs élèves.
Heather crut défaillir. Pourtant, la main qui porta son verre à ses lèvres ne tremblait pas. Le vin qu'elle avait trouvé délicieux quelques instants plus tôt lui sembla subitement terriblement âcre, mais elle ne grimaça pas, gardant l'air intéressé.
- Connaissez-vous Lucius, Heather ? demanda alors Slughorn en se tournant vers elle.
- Je n'ai pas ce plaisir, non, sourit-elle en regardant Phoebe. Mais ma famille se considère comme proche des Malfoy, je ne doute donc pas que nos routes se croisent prochainement.
Phoebe ne l'avait pas lâché des yeux. Heather retint un sourire satisfait. La balle était dans son camp. A sa gauche, elle perçut Black se crisper et Potter lui poser une main apaisante sur l'épaule. Lily elle-même s'était tendue. La blonde leva alors son verre en direction d'Heather.
- Alors je bois à la toute prochaine amitié de nos deux familles, Heather. Et peut être, qui sait, à plus..?
Personne ne comprit cette dernière allusion. Le cœur d'Heather s'emballa. Elle inclina la tête en direction de la Verte & Argent dans un sourire hypocrite. A cet instant, elle sut qu'elle haïssait Phoebe Malfoy.
Heather laissa s'égara dans le méandre de ses pensées. L'échéance approchait. Dans quelques mois, elle quitterait l'école, et lierait à jamais son destin à celui de Lucius Malfoy. Elle réprima un frisson, s'attirant un regard interrogateur de Rhys-Meyer. Mais il n'obtint aucune réponse et n'insista pas, visiblement froissé.
Heather n'écoutait plus. Elle n'entendit pas Regulus Black vanter les mérites de la Noble Famille Black sous les regards meurtriers de son aîné, pas plus qu'elle n'écouta son professeur faire l'éloge des jumelles Cadwallader, dont les parents dirigeaient la Gazette du Sorcier. Elle ne vit pas non plus les joues rosies de Lily à chaque fois que James lui glissait un mot à l'oreille, ni les regards qu'un certain Lorcan Smith, Préfet-en-chef de Serdaigle, lançait à sa voisine de table ; regards que Sally-Ann Parkinson lui rendait bien. Elle esquissa à peine un sourire quand Slughorn fit l'éloge de Lily « de ses capacités extraordinaire » et leva son verre « à la grande sorcière » qu'elle serait. Mécaniquement, Heather leva elle aussi son verre, avant de replonger dans la béance de ses pensées.
Comparé à la tiédeur des appartements de Slughorn, les couloirs étaient glacés. Heather retint un frisson, attendant patiemment que Lily fasse ses adieux à Potter. Elles étaient parmi les premières à partir ; la fatigue de la semaine se faisait rudement sentir.
- Dommage que tu partes déjà, ce vieil imbécile de Slughorn commence à avoir trop bu. C'est maintenant que ça devient intéressant.
La Gryffondor se retourna vivement vers le Serpentard, qui la regardait d'un air amusé. Portant son verre à ses lèvres, il but une longue gorgée de champagne, ses yeux indéchiffrables toujours fixés dans les siens. Jamais elle ne l'avait vu plus sur de lui, plein de son orgueil de riche héritier. Il était né pour ça, pensa-t-elle. Se montrer, laisser éclater sa richesse et sa supériorité aux yeux des autres. Dans quelques années, il serait l'un des hommes les plus en vus du monde magique. Heather eut un moue septique, et haussa les épaules. Peu lui importait les divagations du vieux fou. Le Serpentard grimaça en voyant Lily s'approcher d'Heather à grand pas. S'écartant pour la laisser passer, il siffla d'une voix dure :
- Ta fréquentation des Sangs-de-Bourbe finira par te nuire, Heather.
- Tu seras gentil de te mêler de ton cul, Meyer, répliqua-t-elle sur le même ton.
Face à la soudaine vulgarité de la jeune fille, le Serpentard voulut répondre, esquissa un pas en avant. Mais la lueur de haine qu'il perçut dans les yeux mordorés de la jeune fille le stoppa. On ne se mesure pas à une Proskoff impunément. Imperceptiblement, Heather s'était redressée, lionne protégeant ses petits. Derrière elle, Lily observait la scène d'un air ennuyé. Le Serpentard finit par céder face à l'adolescente et la salua rapidement de la tête sans se départir de son masque d'orgueil impassible.
- Proskoff, Evans.
Déjà il s'était rassit auprès de Phoebe Malfoy, qui fut visiblement heureuse de pouvoir se le réapproprier. Le brouhaha enjoué de la pièce empêcha Heather de saisir ce que la blonde murmurait à l'oreille du Préfet en chef. Dans le fond, peu lui importait. Dans un sourire mutin, elle prit Lily par la main et l'entraîna dans le couloir. Elle savait de source sure qu'il restait de la tarte au pomme aux cuisines.
« Heather, tu dors ? »
La russe grommela vaguement quelque chose. Elle s'était endormie dans le lit de Lily, comme souvent le vendredi soir. Elle n'ouvrit pas les yeux, attendant que son amie poursuive.
« Tu sais, en fait, Potter… Il est pas si insupportable qu'il en a l'air… »
Lily rougit. Heather ne pouvait le voir, mais elle le savait. D'un geste maternel, elle entoura la jolie rousse de ses bras, et cette dernière nicha sa tête au creux de son cou. Heather eut un doux rire, simple et cristallin, presque enfantin.
« Non seulement il est pas si insupportable qu'il en a l'air, mais en plus il est fou de toi. Que demande le peuple ? »
