Disclaimer : Les personnages de X-Men appartiennent à leurs auteurs et à Marvel. Moi, j'aurai aimée une donation de Erik et de Charles, mais paraîtrait que c'est pas possible. Dommage. Je ne touche rien pour écrire cette fanfiction.

Avertissement : Présence de Slash, soit relation homosexuelle, entre deux hommes. Si vous n'aimez pas, je ne vous empêche pas de partir. Également un peu de limp/broken/angst/dark!Charles.

Genre : Angst, drama, romance, hurt/comfort, family, friendship.

Spoilers : Aucun. C'est sûr que si vous n'avez pas vu le dernier X-Men, ça risque d'être spoiler, mais sinon, non.

Pairings : Erik/Charles.

A écouter : Lovesongs - Cinema Bizarre.

Note : Bonjour à tous ! Voilà un nouveau chapitre, que j'ai mis du temps à poster, mais sur lequel j'ai travaillé un long moment. Je vous précise également que nous arrivons lentement mais sûrement à la troisième et dernière partie. Je remercie une nouvelle fois tous les lecteurs, et surtout les reviewers, qui me donnent l'envie de poursuivre cette fic jour après jour. C'est ma plus longue fiction écrite à ce jour, pas la meilleure peut-être, mais celle qui me tient le plus à cœur. Travailler un personnage autant en profondeur, voir sa chute, ses espoirs, ses désillusions, comprendre comment il peut passer d'un tel état d'esprit à un autre, ... J'ai beaucoup travaillé là-dessus dans mes précédentes fics, mais Hopeless m'a vraiment offert une toute autre vision de cette méthodologie d'écriture. J'espère que cela continuera à vous plaire, et n'attend de vous que vos avis, vos encouragements et vos suggestions ; ). Merci encore. Il restera, je pense cinq chapitres à cette fic, après celui-ci, voir moins. Je ne vais pas non plus m'étaler trop longtemps, j'aurai trop peur de faire dans la redondance. Hopeless s'est déroulé sous un jour que je n'aurai pas prédit. Je suis passée par un Cherik mimi, à une étude des des deux personnages, à une étude basée sur Charles, à une plutôt Dark!fic pour en finir à ... ça XD. Bon allez, j'arrête mon blabla XD.

Bref, voici ce nouveau chapitre. Bonne lecture, et en attendant vos avis et reviews !


PARTIE II – CHAPITRE III

SHOW ME LOVE.

« Je suis toi, je suis les autres, je suis tout. Je vis dans l'air que tu respires, je peuple tes rêves et tes cauchemars, je circule dans tes veines au même titre que ton sang. Je suis tapi sous ta peau, je suis la sensation désagréable sur tes lèvres, l'affreuse pression sur ton corps, qui ne te quitte jamais, qui sera toujours présente. Je gangrène ton cerveau et ton cœur, je les ulcère, je les ternis, je les noie sous le doucereux effort de ton Enfer.

Charles, tu sais. Tu sais très bien que rien ne sera plus jamais pareil. Pas après tout ce que tu as vécu, pas après tout ce que je t'ai fait subir. Tu as perdu la raison, tu as perdu toute dignité, tout soutien. Tu as perdu l'innocence qui te caractérisait. Je t'ai révélé au monde, je t'ai fais quitter cette phase d'incertitude et de rabaissement, tu es désormais une toute nouvelle personne. Tu me vois sourire, le visage maculé de ton sang, et je te sens frémir sous mes doigts. Tu es désormais à mon image. Je t'ai forgé selon mon bon plaisir.

Ne pleure pas. Non, tu ne devrais plus pleurer. Ferme-la. Ne sois pas si terrorisé par moi, arrête. Tu es si beau et si fragile, j'aimerai que tu restes à mes côtés pour toujours. Tu es si puissant, je ne peux pas te laisser partir. Ne supplie pas, cela ne sers à rien. Si tu partais, tu te vengerais de moi, et je ne peux pas laisser cela arriver. Veux-tu me briser le cœur, Charles ? Arrête, tu ne le penses pas. Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ? Bien entendu, je t'aime, sinon je ne ferai pas tout cela, je ne m'acharnerai pas ainsi sur toi. Je prend soin de toi. En comparaison, l'amour qu'éprouvait Erik pour ta personne n'était rien. C'est pour cela qu'il ne faut pas me trahir. Je t'aime si fort.

Tu comprend, Charles ? J'ai ton cœur et ton corps, j'ai ta raison et ton esprit. Je possède tout, tu n'as plus rien, rien à offrir aux autres. Si tu pars, tu ne seras plus rien. Mais, si tu restes, je te comblerais de pouvoir et de richesses. Tu auras tout. Sans moi, tu n'es plus rien. Avec moi, tu contrôle le monde.

Je suis Shaw. Je suis Marko. Je suis tous ceux qui t'ont un jour poussés vers la folie dans laquelle tu te noies désormais. Je suis les assassins, les violeurs, les bourreaux. Je suis ceux qui t'ont aidés à devenir ce que tu es, qui t'ont aidés à acquérir le pouvoir dont tu jouis dès à présent. J'ai ton corps et j'ai ton esprit. Tout en toi est désormais ravagé, tout en toi m'appartient désormais.

Charles, laisse-moi t'aimer. Laisse-moi te garder, te modifier, terminer ce que j'ai commencé. Sèche tes larmes et mets-toi à genoux. Je, nous, te possédons. Tu ne dois pas lutter, tu ne t'en fera que plus mal encore, tu souffriras à nouveau, et tu ne veux pas, non, je peux l'entendre dans tes supplications larmoyantes. Tu ne veux plus avoir mal. Je ne veux plus te faire de mal. Tu sais, cela me fait énormément souffrir de te voir dans de tels états. Si, crois-moi, je n'en peux plus. J'aimerai tellement que tu sois heureux. Tu pourrais l'être, je pourrai te rendre heureux. Je pourrai faire taire tes peurs et tes angoisses, je pourrai effacer les souvenirs douloureux, je pourrai éradiquer toutes les personnes qui t'ont un jour nuis.

Il faut que tu comprennes. Je ne te quitterai pas. La mort de Shaw ne me fera pas partir. Je serai toujours là. Je suis un morceau de son âme, un morceau de l'âme de ton beau-père. Je suis un tout, je suis une partie indissociable de ton être.

Je suis toi et tu es moi. Montre-moi à quel point tu m'aimes. Sois un bon garçon, Charlie. »


Erik avait fini par retrouver la raison. Et la sobriété. Il lui avait fallut une ou deux semaines, peut-être quelques jours de plus. L'élément déclencheur restait encore un peu obscur, mais il savait que le chemin qu'avait pris Charles, tentant de débusquer et de tuer l'homme qui avait fait de sa vie un Enfer, avait été un bon carburant jusqu'à Los Angeles.

Cela, et peut-être un peu Raven, aussi.

Il l'imaginait encore souriante, le regard empli d'espoir, ses cheveux de feu sur l'oreiller. Seigneur, que l'abus de boisson était mauvais. Il la voyait toujours nue sous les draps, sa peau écaillée de bleu sous ses doigts pâles. Et c'était toujours sous cette vision qu'il détournait des yeux coupables vers l'anneau qui entourait son doigt.

Il avait eut la faiblesse des hommes, l'envie de réconfort et d'un peu moins de solitude. Il avait trompé Charles avec sa propre sœur. Bien sûr, il n'oserait pas dire qu'il avait glissé à l'oreille de la jeune femme qu'il l'avait voulue un moment sous la forme de son amant disparu, et que celle-ci s'était exécutée non sans questionnement et réticence. Il se sentait sale, mauvais. Sur cet acte, il avait vidé les bouteilles dans l'évier, et mit tout son cœur dans la recherche active de Charles, qui était toujours l'homme qu'il aimait si fort, après tout.

Même si Charles ne lui pardonnait pas toutes ces choses – infidélité, abandon, … -, Erik avait tout de même envie d'essayer. Pour leur amour. Pour leur survie. Pour toutes ces choses qui les dépassaient. Pour la raison. Parce qu'il devait au moins s'excuser avant de disparaître de sa vie, de leurs vies à tous.

Erik n'aimait pas Raven. Mais, Raven aimait Erik, et Charles aimait Erik aussi. Il y avait l'amour d'un frère et d'une sœur pour le même homme. Erik ne pouvait penser être l'objet de la jalousie et de la haine. Il savait combien la polymorphe avait souffert de sa liaison avec le télépathe, combien elle avait espérée qu'ils se séparent un jour – elle-même lui avait récemment confiée l'information. Il savait aussi de quoi Charles était capable, ce qu'il pourrait faire à Raven, sans vraiment le vouloir, certes. Alors, peut-être que la meilleure solution était de partir.

Il allait partir, du moins, quand tout serait revenu à la normale, ce qui risquait encore de prendre un bon bout de temps.


QUATRE MOIS PLUS TÔT

Localisation inconnue, Russie.

- Deux semaines, Charlie. Est-ce qu'il n'est pas trop de mauvais goût de fêter ces semaines de captivité en ma compagnie ? Je ne pense pas. Je m'en réjouis, bien au contraire. Tu as fais beaucoup de progrès.

Une lampe est braquée sur ses yeux et Charles feule comme un animal dérangé, essayant de détourner les yeux sans y parvenir, le visage maintenu d'une poigne ferme. L'assassin au-dessus de lui sourit un peu quand il voit les pupilles du télépathe passer par deux couleurs, et il caresse du bout des doigts le visage tuméfié de son protégé.

- Tu ressens cette ombre ? Comme un décollement de ton être, un dédoublement inattendu. Tu la sens presser contre ton âme, ton corps ? Laisse-la te guider, mon petit Charlie. Elle est le pouvoir à l'état pur. Et je sais que tu l'aimes, ce pouvoir.

Charles gémit de douleur quand Sebastian appuie un peu fort sur une plaie pas encore cicatrisée au niveau de son arcade. L'allemand rit légèrement, se baisse et pose un baiser sur ses lèvres, que l'anglais essaie d'esquiver. La-dessus, Shaw applique une doucereuse pression à un endroit stratégique du poignet. La vague d'énergie qui s'introduit dans son corps et ploie les os déjà fragilisés fait hurler Charles de douleur.

- Tu vois, Charles, il n'est pas bon de se refuser à moi. Sois un gentil garçon. Je reviendrai plus tard.

Il s'éloigne, referme la porte de la cellule moisie et puante derrière lui. Lentement, les sanglots montent. Ils ne sont plus aussi nombreux qu'avant, parce que Charles a un peu perdu l'espoir depuis, mais ils sont tout de même encore là, emprisonnant sa poitrine douloureuse dans un carcan infernal. Il ne laisse pourtant pas les larmes couler. Sa peine n'est perceptible que par les soubresauts de sa poitrine et de ses épaules. Entravé, démoli, il espère que de l'aide arrivera bientôt. D'une façon ou d'une autre.


PRESENT.

Los Angeles, Etats-Unis.

Charles posa une main sur la vitre qu'il savait sans teint. Ethan avait deux ou trois trucs de ce genre chez lui, les vitres, les alarmes, les pièges et tout cela. Juste histoire de se sentir un peu en sécurité, argumentait-il. Le télépathe avait un peu sourit à ces propos.

- Charles, arrête de bouger.

Emma, sourcils froncés, tentait d'un doigté ferme et précis de recoudre la plaie ouverte sur son front. Près d'elle, Ethan veillait, inquiet, en colère, le télépathe pouvait bien le sentir. Il ruminait des mots, des sentiments et des envies, et Charles sourit légèrement quand il posa les yeux sur lui.

- Comment peux-tu être aussi calme ? Cet abruti a bien faillit te fendre le crâne !

- Il ne pouvait pas savoir. Je l'ai attaqué le premier.

- Pas une raison pour te jeter une plaque d'égout en pleine tête. On ne devrait pas faire de mal à la personne qu'on aime. Bien au contraire.

Les doigts du télépathe se crispèrent sur la vitre. De l'autre côté, il pouvait voir Erik et les autres, tournant en rond comme des lions en cage. Une Raven pâle, nerveuse. Un Hank chamboulé. Sean la tête posée sur l'épaule d'un Alex aux aguets. Angel était un peu plus loin, les yeux tournés vers la vitre délivrant une vision nocturne et endormie de Los Angeles, silencieuse. Et Erik. Charles détourna les yeux, ne pouvant supporter de le voir ici plus longtemps, vivant et vibrant, comme si tout l'Enfer qui s'était déchainé contre lui durant ces longs mois n'avaient été rien.

Il leva les yeux vers Emma, plongea ses prunelles dans les siennes, et elle stoppa ses gestes, dans l'expectative. Mais, il ne lui parla pas. Il n'usa pas de ses pouvoirs. Elle-même n'émit aucun son. Charles ne savait pas quoi faire, ne comprenait pas tout. Enfin, si, il comprenait. Il comprenait tout ce qu'il y avait en jeu, tout ce qui pouvait se passer. Devait-il tout accepter, tout recommencer, tout pardonner ? Devait-il les protéger, les éloigner, les garder près de lui ? Devait-il oublier, s'ouvrir à de nouvelles choses, penser que l'avenir était ailleurs ?

Emma sourit un peu, repris son fil et son aiguille, et mit un terme à la suture improvisée. Charles grimaça et but une gorgée de la bouteille de whisky que lui tendait Ethan, toussant un peu sous la brulure dans son œsophage. Le jeune pisteur reprit la bouteille en riant, caressant légèrement du bout des doigts la main du télépathe dans son geste. Charles mit un peu plus longtemps que prévu à reprendre son calme.

- Bon, les garçons, je pense qu'il est temps qu'on se décide au sujet de ceux-là. On ne peut décemment pas les emmener avec nous. Mais, en même temps, ils pourraient nous être d'un grand soutien, Erik par exemple connait bien Shaw, de nous tous c'est lui qui l'a côtoyé le plus longtemps. Il pourrait nous aider à le retrouver.

Charles coule un regard vers Erik. Et Erik, comme prit d'un soudain sentiment, tourne également les yeux vers la vitre qui les sépare.

Charles sait. Au fond de son être, il est certain que cet homme, celui qui se tient, fixe et nerveux au milieu de cette pièce, est celui qu'il chérit plus que tout, celui avec qui il aimerait faire sa vie, celui pour qui il serait capable de tout endurer. Mais, le problème est qu'il a déjà tout enduré. Les tortures, les viols, les humiliations, la captivité. Tout pour un homme qui, finalement, ne l'aime peut-être pas aussi fort qu'il l'aurait cru. Un homme qui n'a apparemment pas même cherché à le sauver.

Le télépathe soupire, baisse les yeux, ne remarque pas que, de l'autre côté, Erik garde un regard fixe tourné vers la vitre, comme s'il savait que, de l'autre côté, se trouvait l'espoir.

- Erik ?

Raven a les bras croisés autour d'elle, comme dans une tentative de protection. Hank est à ses côtés, mais ne la touche pas, ne la rassure même pas. Tous savent ce qui s'est passé, de toute façon. Les murs séparant les chambres des motels sont fins. Tous savent, sauf Ethan et Charles. Le premier n'a pas un accès illimité aux pensées des autres – pas comme Emma, qui comprend dès lors que se sera à elle de tout raconter – et l'autre à toujours promis à l'allemand et à ses protégés de ne pas lire dans leurs mémoires.

- Est-ce que tu crois que Charles sait ?

Emma siffle entre ses dents d'un air agacé. Elle jette ses instruments dans la poubelle la plus proche, retire ses gants dans un claquement qui résonne dans la pièce. Ethan lui jette un regard étonné, et Charles fait de même, quoiqu'un peu plus inquiet que son comparse.

- Qu'est-ce que je devrais savoir ?

Pourquoi ? Pourquoi devait-elle toujours être celle au milieu des choses, celle qui devait concilier les êtres et les informations ? Soupirant d'agacement, les poings sur ses hanches enveloppées d'une combinaison moulante blanc écarlate, les traits figés, elle sut au moment même où son regard croisa celui de Charles ce qu'il était bon de faire. Sa langue claqua sur son palais, elle songea aux bons mots à employer. Mais, la patience et le tact n'étant pas réellement ce qu'elle chérissait le plus, elle finit par parler, se détournant des deux hommes qui la regardait en quête de vérité.

- La vérité, Lehnsherr a plongé sa solitude et son ennui dans les cavités profondes de ton extraordinaire petite sœur pendant que nous étions dans les bas-fonds à la recherche de Sebastian. Les hommes et leurs faiblesses.

En sortant, elle claque la porte derrière elle et c'est tout ce que Charles parvient à enregistrer pendant quelques interminables secondes. De l'autre côté du miroir, Raven laisse échapper un gémissement de douleur, et porte une main à sa tête.

Erik tourne les yeux vers la jeune femme. Les remords se font plus fort en son cœur quand son propre esprit reçoit un coup d'une violence modérée, comme un avertissement, comme une menace. Charles s'est insinué dans ses pensées. Et, désormais, il sait tout. Le sang d'Erik ne fait qu'un tour dans ses veines. Il se tourne d'un geste vif vers la vitre, et son poing sur la glace ne lui tire aucune satisfaction, ni douleur.

Charles ne cille pas. Ses doigts touchent de nouveau la paroi de verre, et il entend son nom crié par l'homme en face de lui sans vraiment en tirer une importance précise. Il décrit du bout de la pulpe la trace du verre offensé, admire la résistance, et se dit que, s'il l'avait réellement voulu, son Erik aurait pu briser cette fichue glace par la simple force de sa volonté. Ses pouvoirs étaient grands.

Mais, désormais, ils n'égalaient plus les siens.

« Voilà, tu vois, Charlie, comme tout est simple ? Il n'y a rien de bien compliqué à lâcher prise, à abandonner. Regarde-le, regarde-les, regarde-toi. Seigneur et insectes. Nous n'avons plus rien en commun. »

Ethan sait que quelque chose change. Il voit les épaules du télépathe se détendre, son visage regagner son impassibilité. Il passe encore ses doigts sur la vitre, et Ethan repère clairement qu'il trace des lettres invisibles, dont il n'arrive pas à saisir le sens. Enfin, après plusieurs secondes de ce manège, Charles laisse retomber son bras contre son flanc, et reste un instant immobile.

Ethan, est-ce que tu aurais une cigarette, s'il-te-plait ?

Le susnommé hausse un sourcil, surpris, mais s'exécute pourtant. Il sort un paquet de sa poche, l'ouvre, et s'apprête à en sortir l'objet demandé quand une cigarette se mouve devant ses yeux et s'envole jusqu'entre les doigts du télépathe, sous son plus grand ébahissement. Charles en profite pour lui subtiliser son briquet, et il porte la cigarette à ses lèvres d'un geste maladroit, mais déterminé.

Quand il tousse sous l'invasion de fumée dans ses poumons, Ethan décide de sortir de sa léthargie. Il rit un peu et récupère d'un geste le briquet que lui renvoie Charles.

- Première cigarette ?

- Je pense que j'en ai bien besoin.

Le pisteur jette un regard vers l'autre côté de la vitre, et se dit qu'il vaudrait peut-être mieux éloigner le pauvre Xavier de son présent mari infidèle et, par là-même, se faire l'épaule amicale et réconfortante du jeune bafoué. Il est comme un adolescent face à son premier rencard et Charles entend toutes ses pensées avec un certain plaisir. Et dégoût.

- Charles, écoutes, je suis vraiment désolé … Et si … On pourrait aller prendre un verre, tu sais, pour …

- Oui, prendre un verre, faisons cela.

Ethan sourit un peu, et dans son esprit chantent les louanges de la victoire justement remportée. Charles se détourne dès lors de la vitre et le pisteur lui emboîte le pas, posant une main opportuniste au creux de ses reins, comme pour l'inciter à ne pas regarder en arrière. Charles ne le fait pas. Il entend désormais parfaitement les pensées des autres, il voit clairement derrière ses yeux leurs actes passés. Ils ne sont pas mieux que les autres.

« Tu ne pleurera plus pour eux. Tu ne te feras plus de mal pour eux. Tu n'espéreras plus. Car, tu sais. Tu commences à comprendre ce que j'essaie de t'inculquer depuis maintenant des semaines. Tu es seul. Nous somme seuls. Toi et moi, Shaw et toi, Marko et moi. Les bourreaux et les victimes. Qui serons-nous désormais ? La force, la puissance, l'énergie. Nous ne serons plus jugés car, désormais, c'est nous qui jugerons. Tu es désormais sans espoir. »

Charles sait. Il sait que la voix a raison, que l'ombre qui se tapit dans le fond de son esprit a vu juste. Il sait que le passé est derrière lui et que l'abandon des causes qu'il a pensé un jour justes marque un nouveau tournant dans sa vie. Il sait que le reniement de sa famille de cœur, de son cœur lui-même, qui lui hurle de franchir cette vitre et de serrer dans ses bras l'homme tranchant et métallique qu'il aime encore si fort, que tout ce lâcher prise, annonce une nouvelle ère. Il ne pense pas quelle sera juste, ou quelle sera bonne, au contraire même.

Sebastian Shaw gagnera peut-être bien la guerre, finalement.


TROIS MOIS PLUS TÔT

Smolensk, Russie.

Erik n'est que peine et désespoir. Quand ses yeux se posent sur les draps blancs tâchés de pourpre, ses mains tremblent. Il pense qu'il va craquer, qu'il va s'effondrer, là, dans cette bâtisse malsaine et mauvaise. Charles repose entre la soie, blême, parfait. Il a l'air d'un ange et Erik éprouve pour lui, en cet instant, un désir brûlant. Mais, il voit aussi que l'homme, son homme, est nu sous les draps et que son corps est brisé, couvert de coups et de sang, de bleus, de traces. Il sait dès lors qu'il n'est pas arrivé à temps.

Erik a mis un mois. Un mois et une ou deux semaines. Il ne sait plus vraiment. Tout ce temps, toute cette énergie. Il a mit un temps fou à retrouver sa piste, à culpabiliser, à se ronger les sangs, à tourner en rond. Il voulait s'éloigner de lui pour son bien. Il n'a en faites fait que son malheur.

Les sanglots qui compriment sa poitrine depuis ces longues semaines se répandent dans sa gorge sans qu'il n'y fasse barrage. Il avance vers le lit en titubant, se laisse choir près de l'ange qu'il croit mort, et pleure à chaudes larmes pour les espoirs et la vie qu'il vient de briser. Il caresse d'une main moite les cheveux fins du jeune homme, passe ses doigts sur sa joue, contre son cou offert où il voit clairement fleurir les traces d'antérieures strangulations et d'ecchymoses. Erik connait bien les méthodes de Shaw. Il ne les a pas toutes expérimentées, mais il en a parfois vu le résultat. Le contenu de son estomac fait un bond dans son abdomen. Il refuse pourtant de céder à la nausée.

Et puis, l'ange remue à ses côtés. Sans qu'il y croit vraiment, Charles Xavier s'éveille lentement, le souffle plus heurté, empreint de gémissements de douleur doucereux, et ouvre un regard timide, apeuré, braquant des yeux chocolats vers la forme qui le domine.

Erik reste stoïque, parce qu'il ne croit peut-être pas en sa chance. Charles pense peut-être qu'il délire, qu'il rêve encore, que Shaw a un peu trop dosé son abominable cocktail de psychotropes, comme d'habitude, en somme.

- Tu … Tu es vivant.

Erik éclate de rire. Entre ses larmes, il sourit, il rit, il prend Charles dans une étreinte serrée sans prendre en compte sa posture rigide, l'embrasse et le touche sans arrière pensée, et lui parle sans pause aucune, tellement heureux de le savoir en vie et en assez bonne santé. Du moins, dans le cas où ça aurait pu être pire.

Charles ne sait plus comment utiliser ses cordes vocales, alors, il ne dit rien. Il ne fait que gémir quand Erik sert un bout de tissus autour de son radius fracturé à la plaie ouverte, et en presse un autre contre sa poitrine où s'étendent diverses coupures plus ou moins profondes. Il sait qu'il ne peut pas marcher parce qu'il est trop faible, et de toute façon il n'en a pas l'envie. Erik lui lance un regard inquiet et interrogateur quand il le voit rester sur ce lit, les bras ballants, la tête basse. Il est si heureux, si joyeux de voir que son Charles est vivant, qu'il va bien, que finalement il peut arrêter de se flageller par rapport à tout cela, qu'il ne voit pas. Il ne comprend pas.

- Charles ? On rentre à la maison.

Le son qu'émet le jeune homme est faible et rauque, comme un croassement. De ses doigts, il triture les draps, les enroule, et semble ne tirer aucune douleur de son avant-bras fracturé, déplacé et dépassant de la peau. Il est comme un gamin pris en faute, et Erik prend soudain peur. Son bas ventre grouille désormais d'une terreur sans nom.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Je … Je ne peux pas. Il va revenir. Et s'il voit que je ne suis pas à ma place, il va être en colère. Sebastian ne doit pas être en colère, tu comprend ? Il ne doit pas l'être pour notre bien.

Le serpent qui s'anime dans son ventre répand son venin dans son organisme. Il n'a pas eut tort, la peur était précise. Charles lève ses grands yeux bleus vers lui et tout ce qu'Erik peut voir dans ces orbes claires est un néant profond et obscur, une terreur indicible, un renoncement sans issue.

Charles est nu et pâle, vulnérable. Il serre de ses doigts squelettiques les draps, les ramenant contre son corps agité de frissons. Ses cheveux lui tombent sur le visage, contrastent avec sa peau claire, presque translucide. Il ne fait pas un seul geste pour se lever. Quand Erik revient vers lui et pose un baiser sur ses lèvres, il ne fait pas mine d'y répondre. Il laisse l'allemand l'envelopper dans les draps et le prendre dans ses bras, sans faire d'histoires, sans esquisser un seul mouvement. Il pose son front contre l'épaule de son sauveur, ferme surement les yeux, serre dans ses poings le manteau de l'homme.

Le cœur d'Erik se sert, il se sent malade, il retient avec peine les larmes de rage et de désespoir qui se pressent derrière ses yeux. Parce qu'il voit bien ce que Charles a enduré, parce qu'il comprend qu'il n'est pas arrivé assez tôt. L'homme qu'il aime tant, celui qu'il a tenté de sauver, est brisé entre ses bras, et Erik a juste envie de mourir tant la peine est grande en son cœur. Il aimerait tant lui dire combien il est désolé, à quel point il regrette, mais les mots restent bloqués dans sa gorge. Il posa un baiser sur le front de l'anglais, caresse du bout des doigts son dos.

- Il sera en colère contre nous. Erik, non, il sera tellement en colère … Laisse-moi, s'il te plait, je ne veux pas y aller, je ne veux pas, laisse-moi là. Erik, Erik, je t'en prie …

Charles pleure contre son cou et, sans qu'il n'y fasse réellement attention, le métal ploie sur leur passage. Le sang d'Erik bouillonne dans ses veines, et il serre son amant encore plus fort dans ses bras.

- Je te promets, Charles, je te jure qu'il ne te fera plus jamais de mal. Nous rentrons à la maison. Plus personne ne te fera jamais de mal.

Et les sanglots du télépathe s'estompent. Doucement, calmement, sans qu'il sache pourquoi, Charles se met à rire. Erik n'y fait pas très attention. Les nerfs qui lâchent, peut-être, la folie qui le gagne, à coup sûr. Mais, au fond de ses tripes, de ses pouvoirs et perceptions décuplés, de son esprit, il est vrai, peut-être un peu malade, il voit bien le cœur de la traitrise, du mensonge. Il sait bien qu'Erik ne tiendra pas cette promesse là non plus. Les larmes dévalent les pentes de ses joues et il ne peut s'empêcher de rire de tant d'horreur et d'ironie, et passe ses bras autour du cou de l'allemand, l'attirant plus près de lui, comme profitant de lui une dernière fois.

- Je t'aime. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. S'il te plait, ne pars plus.

Et, peut-être par faiblesse, Erik le lui promit. Charles n'y croyait pourtant déjà plus.

« Il est revenu, enfin, il est là, mais nous savons tous deux qu'il repartira. Erik s'en ira de nouveau. Et l'Enfer recommencera alors. »

Dans le creux du cou du manipulateur de métal, ses yeux brillèrent d'un éclat sombre et mauvais. L'espoir n'existait plus.


Voilà, à très bientôt pour la suite ! A vos reviews ! ;)