Chapitre 10 : Bohemian Rhapsody - Queen
James Potter passait son après-midi en retenue, et il détestait ça. Sa haine grandissait davantage après chaque retenue. Il avait arrêté de compter. Il avait participé à bien trop d'heures comme celle-ci. Et Merlin ce que cela l'énervait. Il se dit qu'il aurait peut-être dû attendre un autre moment avant d'attaquer Bertram Aubrey, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Il était là, à une rangée de lui sur sa droite, et il savait très bien qu'il regardait Lily Evans avec insistance. Il le voyait tourner la tête en sa direction dès qu'elle levait la main pour répondre à une question du professeur Flitwick.
N'y avait-il pas rien de plus satisfaisant que de voir quelqu'un recevoir ce qu'il méritait ? James se sentait tout particulièrement fier. Sa haine avait eu un but, et celui-ci s'était achevé lorsqu'il avait vu la tête de Bertram heurter le sol en un bruit retentissant. Sirius en avait éclaté de rire. Bien sûr, Lily avait tout vu, et le regard dédaigneux qu'elle lui jeta lui glaça le sang immédiatement. Mais Bertram Aubrey le méritait. Et s'il le méritait, James pouvait justifier son geste aisément. Alors, tant bien que mal, il endura sa retenue et nettoya les chaudrons dans un donjon bien trop humide à son goût.
Il se sentait sale. Il savait que ses cheveux étaient recouverts de poussière et qu'il s'était certainement mis de la suie sur le menton. Mais il s'en fichait. Alors, quand Rusard vint le prévenir que sa retenue était terminée, avec l'air le plus ronchon qu'il lui avait vu depuis un long moment, il se dirigea directement vers la Grande Salle sans le moindre enthousiasme.
Il s'assit sans un mot à côté de Peter, et Remus ne put s'empêcher de rire en s'apercevant de son état.
-Il t'es arrivé quoi ? Tu t'es battu avec un troll ?
-Nan.
-Tu t'es frotté aux cheveux de Rogue ? Suggéra alors Peter, essayant vainement de cacher un sourire derrière le morceau de pain qu'il mâchouillait.
-C'est vraiment pas drôle, franchement.
-Moi j'trouve que si, elle était pas mal ta blague, Peter. Evanesco !
-Merci Sirius, vraiment, j'apprécie ton approbation, sourit Peter.
-Tu me remercieras plus tard, James.
-Vous êtes sérieux ? Ca va pas encore recommencer ! Grogna James.
-Quoi ?
-Vous faites ça tout le temps, c'est chiant.
-Oh attention le sale caractère est de sortie ! C'est ta mauvaise période du mois, Cornedrue ?
James ne prit même pas la peine de répondre, et se contenta de se servir à manger.
-En parlant de ça, chuchota Remus, la pleine lune c'est la semaine prochaine...
En entendant ces mots, les trois se rapprochèrent immédiatement de lui, cherchant à étouffer le plus possible les mots qu'il s'apprêtait à dire.
-...sauf que Goldstein m'a donné mon planning de ronde et que ça tombe pile ce jour là, va falloir que je demande à quelqu'un de me remplacer, faut que je vois avec Evans. Vous êtes bien tous libres, ce jour-là ?
-C'est quel jour ? Demanda Sirius en sortant le bloc-note dans lequel il notait toutes ses « activités extra-scolaires ».
-Mardi. Je prends toujours le mardi parce qu'on commence à onze heure le mercredi. Mais là ça va tout me décaler. Ca me gave, franchement.
James regarda Remus avec compassion, il lui arrivait parfois d'être fatigué, lassé, de sa lycanthropie. Et c'était dans ces moments là que James se devait de faire de son mieux pour lui faire oublier. C'était à ça que servaient les amis, d'après lui. A faire oublier les horreurs dans leur vie. A rire jusqu'à en tomber par terre, les côtes meurtries et à bout de souffle. Il n'y avait rien qu'il aimait faire de plus. Réconforter ses amis était pour lui la chose la plus innée au monde. Il savait comment faire pour aider chacun d'entre eux.
Avec Sirius, c'était simple, il suffisait qu'ils se chamaillent, se courent après, et peut-être même boire un verre ou deux de Whisky Pur Feu, enfreindre quelques règles et jeter des sorts innocents sur des Serpentards qui l'étaient beaucoup moins. Et puis, s'ils étaient en public, il essayait de le faire rire en lui faisant des grimaces improbables.
Avec Peter, c'était un peu plus compliqué. Ce qu'il lui fallait, c'était d'être rassuré. Il voulait sentir que ses amis tenaient à lui. Et James avait toujours eu du mal à lui faire comprendre. Alors, quand il sentait que Peter n'allait pas vraiment bien, James essayait de lui faire plaisir, en lui achetant un cadeau inutile à Pré-au-Lard, ou en allant chercher son gâteau préféré dans les cuisines. Parfois même, ils allaient à deux à Pré-au-Lard se faire une petite balade, même s'ils finissaient toujours par être rejoints par les autres. Et c'était dans ces moments là que Peter était le plus heureux. Il avait juste besoin de passer du temps avec ses amis.
En ce qui concernait Remus, et même s'il aurait voulu prétendre le contraire, ce qui le réconfortait le plus était un bon chocolat chaud et une partie d'échecs version sorcier, qu'il gagnait toujours... Et d'aller boire un verre aux Trois Balais. Mais c'était une autre histoire.
Mais ils étaient toujours plus heureux quand ils étaient ensemble. Du moins, c'était le cas pour James. C'était ça, ce qui le réconfortait.
-Ca vous dit d'aller à Pré-au-Lard ce soir ? Demanda-t-il alors, un sourire malicieux sur le visage.
-On commence à neuf heures demain, Cornedrue.. soupira Remus.
-Ouais, et alors ? On l'a déjà fait plein de fois, à ce que je sache !
-On a Métamorphose pendant deux heures, j'ai pas envie de me faire tuer par McGonagall parce qu'on dort à moitié ou qu'on arrive en retard.
-Oh alleeeez, on rentrera pas tard ! Mais on est pas encore sortis cette année, et je suis sûr qu'on manque terriblement à Rosmerta.
Remus se mit à rougir, et James ne put s'empêcher de sourire. Remus avait toujours eu un faible pour Rosmerta, ce qui lui valait toujours quelques moqueries amicales.
-On y ira plus tard, d'accord ? Proposa Peter. On peut juste aller dans les cuisines ce soir, au pire.
-Mais on peut faire ça n'importe quel jour de la semaine, se plaint Sirius. Ca changerait quand même pour une fois !
-On a passé les deux dernières semaines de cours à y aller tous les soirs, intervint Remus. Moi je vote pour les cuisines.
James soupira, regardant Sirius avec l'air le plus triste du monde.
-Tu vois, dit-il, à quel point on doit faire des sacrifices pour ces deux-là ? Et dire qu'on pourrait aller draguer toutes les sorcières de plus de soixante ans de Pré-au-Lard. C'est franchement tragique.
-C'est pas grave va, sourit Sirius. On se rabattra sur les elfes-de-maison, c'est un peu pareil, non ?
Et juste comme ça, ils étaient tous heureux d'être ensemble.
Lily grogna de frustration en caressant son chat avec ennui.
-J'me fais chier, dit-elle enfin, soupirant pour la énième fois. Posant son livre sur le sol devant la cheminée.
-Je sais, lui répondit Mary MacDonald. J'avais compris les cinq dernières fois.
-Tu sais ce qui me manque ? Une télévision. On peut rien faire ici, quand on a rien à faire. Y a jamais rien à la radio, j'ai pas de devoirs à faire, et franchement, j'ai pas du tout envie de m'avancer pour mes révisions. Je veux dire, c'est notre sixième année, on n'a pas d'examens en mai.. Alors j'ai rien à faire et ça me fait chier.
-Tu veux aller faire un tour ?
-Où ça ?
-J'sais pas... Ça te dit d'aller dans les cuisines ?
-On a pas le droit de sortir dans les couloirs, tu le sais, pas vrai ?
-Oh alleeeez Lily, t'es préfète non ? On l'a déjà fait des dizaines de fois.. Et puis tu te rappelles pas l'année dernière quand on est allées passer notre samedi soir dans les cuisines ? C'était la meilleure soirée de ma vie. Meilleure que toutes les fêtes de Black et Potter !
Lily ne put s'empêcher de rire devant son air boudeur, elle n'était pas vraiment crédible, mais cela faisait parti du charme de Mary MacDonald.
-D'accord, mais c'est toi qui demande aux autres si elles veulent venir. J'ai pas envie d'être celle qui va demander à Sarah si elle veut lâcher son livre. Et j'ai la flemme de monter les chercher.
-On n'est pas obligées de toutes y aller, tu sais, on peut y aller en petit groupe. Je demande juste à Marlene si elle veut bien.
-D'accord, moi ça me va. Faut juste que je vérifie qui fait les rondes ce soir, dit elle en sortant un petit carnet. Avec un peu de chance, c'est Georgina et Danny. Et ils seront bien trop occupés à se rouler des pelles dans un coin pour faire leur ronde... Ah ! Oui c'est eux !
-T'es pas au courant ? Ils sont plus ensemble depuis trois semaines, il l'a trompée avec Amelia, j'avais tout vu moi. Ça remonte à la soirée de la rentrée je crois.
-Oh non, ça je le sais. Je crois que tout le monde le sait. Mais je les ai vu ensemble hier matin dans le couloir du quatrième étage, tu sais, celui avec le tableau qui te fiche la trouille ?
-Ouais, je vois, dit-elle en grimaçant et en secouant ses épaules, comme pour se débarrasser d'un frisson. T'aurais pu me le dire plus tôt ! Ici avec une info pareille j'aurais pu nous dégotter quelque chose de dingue !
Elle monta les escaliers en courant, et Lily pu l'entendre trébucher sur une marche. Elle était de retour à peine deux minutes plus tard, avec une Marlene McKinnon à l'air espiègle, qui lançait des faux regards réprobateurs aux jeunes élèves qui se trouvaient dans la salle commune.
-Vous êtes encore debout à cette heure-ci ? Les gronda-t-elle. Vous feriez-mieux d'aller vous coucher ! Allez, oust !
La demie-douzaine d'élèves, Lily pouvait y reconnaître des premières et des troisièmes années, se levèrent et ramassèrent leurs affaires avec hâtes, avant de foncer dans leurs dortoirs.
-Tu sais quoi, Marlene ? T'aurais gravement pu devenir préfète. D'ailleurs si tu veux, je te refile mon badge, t'es trop forte pour moi.
-Te moques pas, tu sais très bien que j'ai fait ça pour ne pas qu'ils se rendent compte qu'on va sortir de la salle commune.
-C'est ce qu'on dit ma chère, et puis un jour tu te retrouves avec une insigne argentée sur la poitrine, et là, tout est déjà trop tard. Tu donnes et tu enlèves des points. Et même que, parfois, dit-elle en ouvrant avec exagération la porte de la salle, tu aimes donner des retenues aux élèves. Oui, j'avoue tout !
Les deux autres étaient hilares, et Lily dut leur faire signe de se taire. Elle ne voulait pas risquer de se faire attraper.
Marlene sortit, l'air de rien, une bouteille d'hydromel. Qu'elle gardait dans sa malle « juste au cas où ».
Le chemin qui les mena jusqu'aux cuisines fut long et parsemé d'éclats de rire à peines étouffés. La bouteille fut rapidement entamée. Lily n'était rien de plus qu'une adolescente, après tout. Et par Merlin ce qu'elle avait besoin de s'amuser en ce moment. Peut-être avait-elle enfin atteint le stade tant redouté de la crise d'adolescence. Morgane l'en protège !
-Tu crois qu'il y a encore la bouteille de Whisky-pur-feu qu'on avait laissé dans un coin la dernière fois ? Demanda Mary, qui semblait inquiète. Je l'avais payée super cher !
-C'est pas comme si qu'il n'y en avait pas des autres, rétorqua Marlene, en chatouillant la poire du tableau qui les séparait des cuisines.
-Oh oui, chatouille moi la poire ! murmura Mary en pouffant de rire.
Lily ne put s'empêcher d'éclater de rire, un rire qui fut écourté rapidement puisqu'elle se rendit compte qu'il y avait déjà quelqu'un dans les cuisines.
James vit Remus tourner la tête en direction de la porte. Il s'attendait au pire, les préfets, qui en général ne se déplaçaient jamais jusqu'aux cuisines, avaient décidé de venir y faire un tour cette fois-ci. Il était trop tard pour fuir. Et même trop tard pour se cacher, puisque la porte était déjà en train de s'ouvrir.
Il entendit un rire résonner. Un rire qu'il ne connaissait que trop bien. Lily Evans était-elle la préfète désignée pour faire les rondes ce soir-là ? Et pourquoi était-elle en train de rire aux éclats ?
Il vit sa chevelure rousse et ses joues rougies par l'hilarité avant de se rendre compte qu'elle était accompagnée de deux autres personnes. Si elle était réellement en train de faire sa ronde, il n'y aurait eu qu'une seule autre personne avec elle. Ce n'était pas logique. Et, de plus, les deux autres personnes n'étaient même pas des préfètes elles-mêmes. Mary MacDonald était en train d'essayer de dissimuler un sourire et Marlene McKinnon était pliée en deux devant la porte d'entrée. Étaient-elles saouls ?
-Oh, c'est que vous ! S'exclama Lily, soupirant de soulagement.
-Chut, la réprimanda Mary, les Poufsouffles vont nous entendre !
-Ils peuvent venir nous rejoindre, tu sais, y a de la place dans les cuisines ! D'ailleurs, où sont les elfes de maison ?
-Partis se coucher, sans doute, vu l'heure, répondit Sirius.
-D'ailleurs, qu'est-ce que vous faites encore dehors à cette heure-ci ? Demanda Lily, les sourcils relevés aussi haut qu'elle le pouvait et le menton en l'air.
-La même chose que toi, apparemment, sourit James.
Elle n'était pas crédible, pas même une seconde. Et elle le savait parfaitement. Elles s'avancèrent, laissant claquer la porte derrière elle, avant de les rejoindre à la grande table en bois.
