Prélude

L'Angle Mort des Dieux

Il approchait de son but, encore un peu de temps et tout serait fini, encore quelques jours et il aurait mené à bien son œuvre. Il était si proche.

Dans le silence de l'Angle Mort des Dieux, L'Individu entrait dans le salon sombre de sa demeure. Il s'approcha d'un meuble pour saisir le tissus blanc et poussiéreux qui le recouvrait, dévoilant un vieux piano à queue. L'Arlequin s'installa à l'instrument et jeta les premières notes d'une ballade qui ferait trembler Londres : Le Vicieux Cabaret, La Valse du Vice. Caricature d'un monde de cauchemars ou chanson cruelle trop lucide? C'est en tout cas sur ces accents sarcastiques et sur un air enjoué au piano avec un ton de chant digne d'un homme du spectacle annonçant un Vaudeville ou un autre spectacle incroyable, que L'Individu fera danser l'Angleterre ce soir... sur le chemin de la damnation.

Ils disent qu'il y a une lumière brisée pour chaque cœur à Broadway!
Ils disent que la vie est un jeu, mais lancent eux-mêmes les dés!
Ils vous donnent des Masques et des Costumes ainsi qu'une esquisse de l'histoire!
Puis vous laissent tous improviser leur "Vicieux Cabaret" dérisoire!

Dans les villes qui ont perdu leur beauté, il y a des Missionnaires dans les plus petites ruelles,
Il y a des mandats et des formulaires, des tricheries et corruptions et je ne vous cite pas les plus belles.
Dans ces villes plus très jolies,
Le bruit des bottes rythment une vie
Où un seul choix vous est donné,
Soumission ou mandat d'arrêt.
Sexe, Mort et Vices Humains,
Y sont offerts pour presque rien.
Au moins les trains sont à l'heure dans chaque gare,
Même s'ils ne vont nulle part!
Faisant face à leurs responsabilités que ce soit sur le dos ou à genoux,
Il y a des femmes qui meurent de froid mais n'osent pas tourner les talons même quand elles sont à bout.
Les Veuves qui refusent de pleurer ne seront vêtues que de jarretières et d'un nœud papillon violet
Puis on leur apprendra à jeter la jambe bien haut dans ce Vicieux Cabaret!

Enfin! Le show du dix-neuvième siècle!
Le ballet sur la scène en flammes!
Les documents historiques perdus dans le feu de l'ignorance!
L'atroce poème défile sur sa feuille de papier froissée...

Il y a un policier avec une âme honnête qui a vu que la tête qui bientôt tombera sera sûrement la sienne.
Il grogne en remplissant son verre d'alcool avec un sentiment de peur malsaine,
Il se torture l'âme à tenter de trouver une tache de sang ou un indice
En s'efforçant d'ignorer ces chaînes qui le font marcher à genoux devant ces immondices,
Tandis que ses Maîtres reclus dans le noir tiennent leurs Fidèles d'une main de fer sans leur donner d'espoir d'Absolution.
Qui n'a jamais caressé la cuisse d'une amante mais qui déjà a serré la gorge de la Nation?
Il y a ce Manipulateur aigri qui le tient comme une marionnette aux yeux exorbités, étranglée par ses fils tel un Machiavel,
Il a soif d'un rêve secret, amoureux d'une machine cruelle
Mais son amante n'est pas ce qu'elle parait être.
Elle ne lui laissera jamais de mots, de promesses ni de lettres.

Enfin! Le show du dix-neuvième siècle!
La Situation Tragique!
Le Grand Opéra se remplit de Comédies!
Des Cliffhangers sans espoirs!
L'Aquarelle inonde les Galeries...

Il y a un jeune homme qui préfère lancer un regard timide dans le passé de son compagnon
Plutôt que d'ouvrir les yeux et le bousculer, (ancien militaire n'osant plus) n'osant aller au front.
Il désespère d'un Amour impossible avec un homme sans cœur,
Il se demande aussi si la main derrière le gant est celle qu'il a besoin de tenir pour ne pas ressentir de douleur.
Même s'il doute de la Morale de ses Hôtes, il décide qu'il est plus facile de vivre
Dans l'Angle Mort des Dieux que dans la souffrance du mensonge d'un Manipulateur ivre.
Mais bientôt le décor et le rideau tombent, puis les ensembles cèdent et les acteurs sont dévorés par le Jeu.
Il y a un Meurtrier dans la salle, il y a des hommes morts dans les allées, il semble que bientôt il y aura un feu.
Puis les patrons et les acteurs soudain trop incertains que le spectacle puisse y survivre, mais il faut continuer ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Valse mélancolique et langoureux vertige,
La valse triste, le troisième violon qui joue faux, le maître d'hôtel ménagé
Qui a un œil sur la steppe et l'autre sur l'addition. Il dit que rien n'est changé.
Un regard indésirable, guette, attend sa proie...
Mais le Masque toujours sourit, il les fige tous d'effroi...

Enfin! Le show du dix-neuvième siècle!
La Torch Song que personne ne chantera jamais!
Le refrain répétitif du Couvre-feu!
La Divine Comédie!
Les yeux exorbités des marionnettes, étranglées par leur fils!

Il y a des frissons dans le dos, des filles à gogo!
Des chansonnettes et bien des surprises! Peut-être est-ce vous qui gagnerez le gros lot!
Il y a quelque chose pour tous ici!
Réservez vos places dès aujourd'hui!
Il y a des Méfaits infâmes et des Mensonges aussi immondes que cruels!
Mais pas de Youpins, de Sodomites, de Nègres ou d'Infidèles!

Dans cette Valse du Vice! Ce Carnaval de Bâtards! Ce Vicieux Cabaret!

oOo

Ce soir-là, il resta tard dans son cabinet pour remplir des papiers qui n'étaient pas tous médicaux ou réellement légaux mais personne ne pouvait le savoir de toutes façons, à part lui. Ces soirs comme celui-ci, sa femme portait au pas de la porte de son cabinet de quoi dîner vers huit heures, s'éclipsant ensuite sans se faire remarquer. Cette fois-ci encore, elle ne faillit pas à sa tâche.

Il dîna en travaillant cette fois encore, mais à peine quelques minutes après les premières bouchées, il sentit son estomac se contracter violemment, son corps trembler. Il pâlit, ses mains devinrent moites et d'épaisses gouttes de sueurs se formèrent sur son front. Il se leva pour tenter d'appeler à l'aide mais le cabinet, sa salle d'attente étaient vides et il remarqua bien vite que sa ligne de téléphone était coupée. Il tomba à moitié sur son bureau en gémissant. Il vit flou quelques instants mais remarqua une ombre dans la pièce. Un homme vêtu de ténèbres lui faisait dos. Il sentit son estomac encore plus violemment se contracter en entendant sa voix grave et mélodieuse.

« Bonsoir Richard. »

L'Individu se retourna pour faire face à l'homme mourant et s'approcher de lui. Celui-ci pensait être en plein cauchemar, le masque de cet homme était encore plus effrayant sous ses yeux que sur papier. Il lui faisait penser au fantôme de la Mort, il était au moins aussi impitoyable que ce dernier.

« Richard Ferguson... vous êtes un charlatan, mais si votre curriculum vitae s'arrêtait uniquement là, vous seriez plutôt innocent. »

L'Individu s'assit sur le bureau, aux côtés de l'homme agonisant pour le regarder mourir.

« J'avoue que j'ignore par où commencer. Tout d'abord, peu de gens sortent de votre cabinet en meilleure santé qu'à leur arrivée. Vous êtes pour l'obscurantisme médical. Vous vous fichez de guérir des malades, ce qui vous intéresse est le profit. Vous n'avez que faire de la vie ou la mort des autres... même quand c'est vous qui les tuez. »

L'Individu approcha un peu plus pour regarder dans les yeux l'homme souffrant à ses côtés.

« Le Gouvernement sait ce que vous faites... je sais aussi qu'ils sont de mèche avec vous. Qu'un de leur ennemi tombe malade, c'est tout à fait normal, tout humain est vulnérable. Qu'il meurt entre les mains d'un médecin de renom, personne n'y fera attention, ils penseront qu'il aura fait de son mieux, ils ne l'accuseront jamais d'être un Ange de la Mort. Et s'il les tuait et que cela venait à se faire savoir... évidemment, cela serait minimisé car "ils souffraient tellement". Tout est bon pour vous dans ce jeu. Vous êtes un bourreau et vous êtes payé grassement pour ce que vous aimez par dessus tout: faire souffrir et surtout tuer. »

Le médecin tomba à terre, il essaya de fuir mais il sentit son assassin lui porter un violent coup de pieds dans les côtes, le retournant ensuite du bout de sa chaussure d'un air dégoûté, lui portant ensuite un coup de talon dans son estomac déjà proche de la rupture.

« Vous étiez psychiatre il y a longtemps, avant que le Gouvernement vous contacte pour votre méticulosité à maquiller vos meurtres. Vous vous disiez que personne n'avait rien à faire des aliénés que vous torturiez et assassiniez "au nom de la Science". Mais vous n'avez jamais été un scientifique, vous n'avez toujours été qu'un sadique, pas un sociopathe mais un psychopathe. Vous saviez que ce que vous faisiez était immonde, que c'était infâme mais cela vous a toujours procuré un plaisir et un sentiment de puissance incommensurable. Quelle chance pour vous que le Gouvernement utilise vos talents de "tueur légal" pour ses propres desseins. Je me demande la manière dont vous pensez, votre raisonnement... regardez-vous les citoyens du monde, du haut de votre tour en vous disant:"Et si un de ces petits points en bas arrêtait de bouger... qu'est-ce que cela changerait ?"

Le médecin sentit la panique le submerger en voyant l'homme ouvrir une trousse médicale de cuir brun. Il en sortit une seringue et une fiole de liquide jaune translucide qu'il reconnut, même s'il tentait de se convaincre que ce n'était pas cela.

« Vous méritez de mourir comme vous avez fait mourir des innocents dans le passé et dans le présent. Je vais utiliser votre manière préférée de tuer car elle vous donne le fantasme d'imaginer les souffrances intolérables de ces gens en train de se regarder eux-mêmes mourir, impuissants. »

L'Individu remplit la seringue du liquide puis la montra à l'homme à terre.

« Vous savez ce que c'est, n'est-ce pas? C'est du Phénobarbital. On l'utilise pour tuer les parasites, les limaces dans les cultures de blés, de choux fleurs, toutes sortes de cultures ou juste les jardins. Mais vous... vous savez aussi que cela sert à autre chose, n'est-ce pas? Mais vous êtes pour l'obscurantisme médical... alors votre découverte se retourne contre vous... personne ne saura jamais ce qui vous est arrivé. C'est ironique, non? »

L'homme sentit tout son corps se crisper d'horreur en entendant le rire dément de son bourreau.

« Récapitulons ce que vous vous savez... le Phénobarbital est aussi utilisé en psychiatrie ou pour les gens ayant des problèmes d'épilepsie ou de spasmophilie. Il paralyse tous vos muscles. Tous. Il vous est impossible de bouger, de faire le moindre mouvement, même pas cligner des paupières et encore moins de hurler. Votre cœur se ralentit, votre respiration aussi, on pourrait vous croire mort si on ne savait pas sous quelle substance vous étiez. Vous êtes parfaitement conscient de tout ce qui vous entoure, vous voyez tout, entendez tout et surtout ressentez tout parfaitement, comme vous pouvez voir, entendre et ressentir en ce moment même. »

L'Individu attrapa le bras de l'homme souffrant et trop faible pour résister. Il arracha sa manche pour pouvoir atteindre son bras. Il planta l'aiguille dans sa veine et s'affaira à injecter le liquide dans son corps.

« La seule chose qui pourrait trahir la souffrance que vous endurez serait vos pupilles qui se dilatent, ce n'est pas un détail auquel les médecins légistes font attention, ils se consacrent à une autre partie du corps que le visage. Ils y viendront mais ne prêteront pas attention à vos yeux vu qu'ils les auront sûrement fermés. C'est très amusant comme substance, n'est-ce pas? Fascinant, oui... »

L'Individu se releva, il regarda l'homme se figer toujours un peu plus au fil des secondes alors qu'il emballait son matériel.

« Je n'ai pas décidé de gracier le traître... ce n'est pas moi qui vous tuerai ce soir. »

L'homme masqué planta le regard vide de son masque dans celui vitreux de l'homme paralysé à terre. Il sortit un sac de condamné noir de son manteau avant de se pencher vers l'homme. Soudain, L'Individu reprit sa voix naturelle qu'il masquait normalement en changeant d'octave.

« Comme presque tous les autres que vous avez infectés de cette substance... vous allez vous aussi mourir sur la table d'autopsie. »

Sans rien ajouter d'autre, L'Individu passa le sac sur la tête de sa victime avant d'organiser la scène de son crime. Le médecin avait plusieurs heures devant lui pour imaginer la souffrance qu'il allait à son tour endurer.


J'écris là pour me plaindre 8D... hurler ma haine au monde entier... oui parce que ce chapitre... Ca fait deux fois en deux jours que je le réécrit :'D... Mon ordi m'a fait la superbe surprise de buguer alors que je sauvegardais mon chapitre fini... tout perdu :'D... J'ai presque tout réécrit aujourd'hui mais le prélude refait hier ainsi que quelques notes m'ont permit d'aller assez vite...