Chapitre 9

Ils marchaient depuis plus de douze heures, déjà, et leur destination ne semblait pas vouloir se rapprocher d'un pouce. Les habitations semblaient toujours aussi lointaines que ce qu'elles avaient paru le matin même et sous la chaleur du soleil, les shinigamis commençaient à avoir chaud. L'herbe dense qui poussait gênait leur progression, l'astre solaire les éblouissait quelque peu et le manque de sommeil commençait à se faire ressentir pour la plupart d'entre eux. Bref, ce n'était pas la joie dans les rangs des dieux de la mort. Pourtant, aucun d'eux n'osaient se plaindre et un lourd silence pesait sur leurs épaules. Ils savaient qu'ils n'étaient pas les bienvenus mais ils continuaient d'avancer, vaille que vaille, la mort de deux de leurs compagnons présents dans leurs esprits. À leur tête, les deux Capitaines étaient silencieux, eux aussi. L'un avait les cheveux noirs, enfilés dans un kenseikan, des yeux gris et froids, un haori frappé du kanji 6 et un port de noble. Il s'agissait de Kuchiki Byakuya, Roku Ban Tai Taïsho. L'autre était une jeune femme aux cheveux châtains et aux yeux bleus, son haori était frappé du kanji n° 3 et elle avait les sourcils froncés et semblait soucieuse. C'était Sôshiro Hikari, San Ban Tai Taïsho.

Ce fut cette dernière qui rompit le silence pesant qui s'était installé :

- Ce n'est pas normal !

Byakuya haussa un sourcil.

- Quoi donc ?

- Nous aurions déjà dut être plus proche des habitations !

- Peut-être votre souvenir est-il tronqué ?

La jeune femme lui lança un regard noir pour avoir mis sa mémoire en doute.

- Si vous vous fiez si peu à moi, vous n'avez qu'à partir de votre côté, on verra bien alors !

- Ce n'est pas ce que j'ai dit.

- Non, certes, mais vous l'avez insinué.

- Je ne...

- Chut ! ordonna la jeune femme, ayant entendu un bruit suspect.

- ...

Elle posa sa main sur la tsuba de son zanpakutôh et fit quelques pas en direction de broussailles qui poussaient là.

- Hado no yon, Byakurai !

Un glapissement retentit, suivit d'un bruit de cavalcade. La Taïsho écarta les buissons avec son arme et observa les empreintes laissées par la bestiole avant de revenir vers ses compagnons.

- Qu'est-ce que c'était, Taïsho ? demanda Kira.

- Un ookami, je crois. Les traces ne me sont pas familières...

Les soldats se tendirent et lancèrent des regards autour d'eux, la main sur le pommeau de leur sabre, inquiets.
- Il... Il y en a d'autres ?! Comment savez-vous que c'était ça ?!

- Il était seul et, comme je l'ai dit, je n'en suis pas entièrement sur, mais cela me parait probable.

- Mais... Le Nécromancien n'avait-il pas dit que ces... animaux... n'étaient pas sensibles au kidô ?

- En effet. Cependant, il a pu se tromper ou bien je ne l'ai pas blessé.

- ...

- Manifestement, il ne sert à rien de s'attarder ici. Reprenons notre route.

- .. Hai.

- Capitaine Kuchiki, je suggère que nous reprenions notre conversation plus tard.

- ..., répondit celui-ci.

N'attendant aucune autre réponse du Capitaine, Hikari se remit en marche, suivie de tous les autres.

Quelques heures après ils s'étaient enfin rapprochés de leur but, sans y parvenir toutefois. Ce qui semblait perturber la jeune Taïsho, bien qu'elle s'efforça de ne pas le montrer. Plus troublant encore, l'herbe verte avait laissé place à un paysage enneigé, progressivement, bien que de loin ils n'en eurent rien vu. Ces phénomènes n'étaient pas normaux. On était censé être au mois de septembre, bon sang ! Les troupes harassées se laissèrent tomber au sol dès qu'un arrêt fut annoncés, trop fatiguées pour être prudentes et pour se soucier d'avoir les fesses mouillées et gelées. Ben, oui, elles n'avaient pu dormir que quelques heures la nuit précédente et avaient marché toute la journée.

- Bon, on va s'arrêter ici pour aujourd'hui, dit la jeune femme, si personne n'y voit d'inconvénient, ajouta-t-elle en regardant vers Byakuya.

- ...

- Je vais prendre ça pour un oui.

Un soupir de soulagement collectif s'éleva du groupe qui commença à bavarder en montant le camp. Hikari mit la main à la pâte, soucieuse de ne pas rester inactive - au contraire d'une certaine personne - alors que tous - sauf un - faisaient sa part de travail.

Ils eurent juste le temps de terminer que des gouttes d'eau se mirent à tomber du ciel nuageux. Les shinigamis n'y prêtèrent pas vraiment attention, le seul inconvénient étant que l'eau faisait fondre la neige, rendant le sol boueux. Mais bientôt, il commença à dracher (expression belge signifiant : "pleuvoir violemment" pour information) et ils durent vite s'abriter à l'abri des tentes. Il y avait juste un léger problème : comme il a déjà été signalé, la tente des soldats étaient un peu petite par rapport à leur nombre mais elle était également basse, ce qui permettait juste de s'asseoir. Heureusement, pour nos pauvres petits shinigamis, le Capitaine Kuchiki consentit à laisser les deux Lieutenants partager sa tente - qui est également celle d'Hikari -, réduisant le taux de surpopulation de l'autre abri ! Evidemment, l'autre Taïsho était d'accord, c'était même elle qui avait proposé de faire venir les deux Vices-Capitaines. Aussi, durant toute la durée du déluge, elle discuta calmement avec le petit blondinet de choses et d'autres, tout en polissant la lame de son zanpakutôh qu'elle avait posée sur ses genoux. La conversation se tournant vers la menace - à savoir les ookami otoko -, la jeune femme parut mal à l'aise.

- Comment connaissez-vous autant de choses sur eux, Capitaine ?

- Il me semble te l'avoir déjà expliquer, j'ai simplement lu des choses sur eux.

- Oui, mais... J'ai cherché après des livres en parlant et je n'ai rien trouvé..., s'avança timidement Izuru.

- C'est logique, intervint le froid Capitaine, resté silencieux jusque là, il n'existe aucun livre traitant de ce sujet au Seireitei. Ni nulle part ailleurs, il me semble. Je me demande où vous avez pu dénicher un livre là-dessus, Capitaine Sôshiro.

- Euh, c'est-à-dire que... Aïe !

Sa main s'était crispée autour de la lame de son zanpakuto et celle-ci, affûtée, avait tracé une enfilade peu profonde sur toute la largeur de sa main. Hikari retira vivement sa main et se leva.

- Je ferais mieux d'aller laver cela, je reviens.

Et elle sortit de la tente, sous la pluie diluvienne. Les trois hommes échangèrent un regard déconcerté, enfin deux des trois hommes, et le Vice-Capitaine de la troisième division s'exclama :

- Elle a oublié son zanpakuto !

En effet, le katana trônait sur le futon, à la place où la jeune femme l'avait laissé, mais aucune trace de sang n'en maculait la lame alors que la forme d'une demi goutte souillait la couverture du futon, l'autre moitié devant logiquement se trouver sur l'arme. Ayant amorcé un mouvement pour se saisir de l'arme, Kira remarqua cette bizarrerie et se stoppa.

- ...

- Un problème Lieutenant ?

- Euh, non rien... Je vais apporter son zanpakuto à Taïsho !

Il attrapa l'arme, la mit dans son fourreau, et sortit vivement sous la pluie pour chercher la jeune femme. Il ne la trouva pas tout de suite, à cause de la visibilité réduite, mais, après plusieurs minutes, il aperçut une forme floue en lisière du campement et se dirigea vers elle. C'était Hikari.

- Taïsho !

La jeune femme se retourna. Ses vêtements lui collaient à la peau et ses cheveux à son visage à cause de la pluie et elle paraissait trempée jusqu'aux os.

- Kira ? Qu'est-ce que tu fait dehors par ce temps ?!

- Je suis venu vous apporter votre zanpakuto !

- ... Tu n'étais pas obligé. Maintenant rentre, tu vas attraper froid.

En effet, le jeune homme grelottait, sa mèche trempée aplatie sur son visage.

- Vous aussi Taïsho !

- Mais non. Maintenant, rentre.

- ...

Il ne bougea pas.

- Kira...

- Je ne rentrerai que si vous venez aussi !

Hikari soupira.

- Bon, bon, je viens, je viens...

Elle prit son zanpakuto des mains de son Lieutenant et rentra dans la tente, suivie par ce dernier. Lorsqu'ils ouvrirent le battant de l'abri, la pluie pénétra à l'intérieur en même temps qu'eux, au mécontentement de Byakuya qui n'en laissa rien paraître. Malgré tout, il eut du mal à ne pas ciller lorsque la jeune Taïsho, après avoir ôter ses sandales et ses chaussettes trempées, s'essora les cheveux, faisant tomber beaucoup d'eau sur le sol en toile.

- …

- Un problème, Kuchiki Taïsho ?

- … Aucun, non.

- Bien !

Elle s'assit sur son futon et regarda sa main. Le sang avait cessé de couler et la plaie ne se voyait presque pas.

- On ne devrait pas avoir de mauvaises surprises cette nuit.

- Comment le savez-vous ?

- Les loups détestent la pluie autant que les hommes !

- Ah.

Hikari resta quelques secondes à l'écoute de la pluie qui martelait la tente et le sol.

- J'ai l'impression que le temps ne se calmera pas de sitôt…

- En effet.

- Dans ce cas, Kira, Rikichi, vous dormez ici ?

Cette fois, le Capitaine tiqua et son regard glacial se posa sur la jeune femme. Quoi ? Lui ? Dormir avec ces gueux ? C'était hors de question ! Déjà qu'il supportait la fille…

- Oui ? Bien, parfait !

- . . .

Byakuya s'exhorta au calme - après tout, ce n'était que pour une nuit, n'est-ce pas ? – et accepta sans broncher la présence des deux autres.

Lorsque vint le moment du coucher (ils avaient manger un repas froid), la Taïsho de la 3ème division pria les trois autres de bien vouloir se retourner pendant qu'elle se changeait, ce qu'ils firent sans discuter, et Kira se souvint qu'elle portait toujours les vêtements qui avaient été trempés. Lui avait pu enlever sans problème sa veste mais elle…

La nuit se passa sans incident, excepté le fait que les deux jeunes hommes durent dormir à même le sol, puisqu'il n'y avait pas de futon de rechange. Le lendemain, le temps s'était calmé mais, lorsqu'ils sortirent, ils virent avec stupeur que le sol était toujours recouvert de neige… M'enfin, la bonne nouvelle c'est qu'avant la tombée de la nuit, ils arrivèrent au village des Nécromanciens. Car c'était véritablement un village avec des maisons, des commerçants et même une ou deux poules. Les shinigamis observèrent avec des yeux ronds l'ensemble. Hikari eut un sourire qui s'effaça lorsque les Nécromanciens sortirent de chez eux. Ils avaient tous l'air hagard de ceux qui n'ont plus dormi depuis longtemps et qui craignent de se faire attaquer. Ils avaient l'air heureux de les voir bien que ce soit une gaieté teintée d'amertume, celle d'avoir du demander de l'aide aux shinigamis.

- Hikari ! cria une voix bien connue de la jeune femme.

- Et merde, fit celle-ci.