Disclaimer : Même si je les utilise à mon escient, les personnages d'Osomatsu-San et de "Mon voisin Totoro" ne m'appartiennent pas.
Note : Le fan art que j'ai utilisé en guise de couverture n'est pas de moi mais de AN_andonut sur Twitter (il y a deux "_") (Pixiv ID :2249292)
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha (Un énorme merci à elle !)


Chapitre IX : Les recherches vaines

Cela faisait à présent plusieurs minutes que les yeux de Todomatsu fixaient l'écran de son téléphone.
Enveloppé dans la couette de son futon, la lumière agressive de l'appareil illuminait son visage accablé par la fatigue.
Pas de réseau.
Le même message s'affichait depuis qu'il s'était installé dans ce piteux endroit qui lui servait d'habitat.
Il ne savait plus vraiment pourquoi il était parti comme cela. Un coup de tête, forcément. Il faut dire que depuis le départ de Choromatsu, plus rien n'était pareil à la maison à cause d'Osomatsu qui se renfermait de plus en plus. Le jour où Choromatsu les avait quittés, l'aîné de la fratrie n'avait même pas pris la peine d'aller lui dire au revoir, et cela avait plongé le petit dernier dans une colère noire. La soirée qui avait précédé le départ de Choromatsu s'était mal terminée, et chacun espérait y voir Osomatsu pour repartir sur de bonnes bases : il aurait été stupide de dire qu'une discussion n'aurait rien apporté. Pourtant, le rouge n'engagea aucune conversation avec le vert, et ce dernier partit en laissant derrière lui une dispute qui ne connaîtrait jamais de conclusion.
Suite à cela, Todomatsu, excédé et surtout désespéré, avait pensé faire réagir son frère en lui donnant un coup et en lui avouant ce qu'il avait sur le cœur. Hélas, il se montra trop optimiste, et cela se termina sur une bagarre qui lui valut un œil au beurre noir. Bien qu'il prît sur lui pour contenir ses larmes, Karamatsu le rassura à maintes reprises en lui disant que ce n'était qu'une phase, que les choses finiraient par se calmer et s'arranger. Pourtant, le sixième frère ne parvenait pas à croire les paroles du deuxième. Certainement un mécanisme de défense qui l'empêchait de se bercer d'illusions par peur d'être déçu.
Ces événements le poussèrent à s'installer ailleurs. L'ambiance était trop pesante. Il ne supportait plus cette atmosphère silencieuse où tout le monde évitait de lancer le sujet sensible. Il avait pourtant essayé de faire bouger les choses, et il s'en sortait avec un échec.
En y repensant, Todomatsu ne put s'empêcher de claquer la langue contre son palais, agacé. Le fait de penser que leur relation s'était misérablement dégradée le plongeait dans un carcan de frustration. Ils étaient frères, sextuplés de surcroît, alors pourquoi la situation avait-elle dégénéré au point de transformer leur lien fraternel en une relation froide et distante ?
Il avait bien tenté de revenir vers sa mère pour en discuter avec elle, mais une fois devant la maison, son courage s'était évaporé et il avait préféré fuir plutôt que d'affronter ses responsabilités.
Inutile et peureux jusqu'au bout.
Il n'avait pas changé depuis l'enfance.

D'un geste las, il posa son téléphone au-dessus de l'oreiller puis s'installa confortablement dans son lit. Il n'était que vingt et une heure et malgré tout, il ressentait déjà la fatigue. Ces derniers temps, il se couchait tôt et se levait tard, il n'avait plus un rythme de sommeil convenable. Son horloge biologique se trouvait déréglée depuis son installation dans ce studio mal entretenu. Il faut dire qu'il n'avait encore jamais passé autant de temps tout seul, surtout la nuit. Todomatsu était ce genre de personne qui gardait ses manies d'enfant même une fois adulte. De ce fait, il était difficile pour lui de dormir sans sentir une présence près de lui, surtout qu'il avait été habitué à dormir dans le même lit que ses frères. Bien sûr, il lui était parfois arrivé de dormir ailleurs lors de voyage scolaire où avec des amis, mais cela ne durait que quelques jours. Dans le cas de ce studio, cela faisait des semaines qu'il y habitait, et les nuits étaient insoutenables. Comme l'endroit était mal canalisé et en piteux état, il entendait de drôles de bruits résonner dans les pièces, et quand un son retentissait, ses peurs le forçaient à jouer divers scénarios dans sa tête.
Non, décidément, Todomatsu n'avait pas changé.
Peu après, il remonta la couverture jusqu'à son menton et s'installa confortablement en espérant l'arrivée imminente de Morphée. Néanmoins, lorsque ses paupières se baissèrent, un claquement brisa le silence nocturne. Dans un sursaut, il se recroquevilla sur lui-même en s'abritant sous la couette, et attendit que tout revienne à la normale. Il savait qu'il n'y avait rien à craindre, que c'était certainement un coup de la chaudière ou du réservoir d'eau, mais son corps ne pouvait s'empêcher de trembler. Son esprit commença à jouer diverses histoires, puis la pensée qu'un fantôme vivait dans ce studio délabré le fit pousser des petits gémissements craintifs.
Non. Il n'avait rien à craindre.
Les fantômes n'existaient pas.
Depuis ses plus jeunes années on lui avait sans cesse répété cette évidence, pourtant, Todomatsu ne cessait de croire à leur existence, même s'il n'en avait jamais vu de ses propres yeux. D'un côté, le doute sur leur existence lui permettait de se rassurer, ou du moins, essayer de se rassurer.
Hélas, à peine trouva-t-il le temps de regagner son calme que des sons, semblables à des bruits de pas, martelèrent à l'extérieur.
« Certainement des gens qui sont sortis ! », se convainquit-il en serrant l'oreiller contre lui.
De ses doigts tremblants, il glissa le tissu hors de son visage pour observer les alentours, à la recherche d'un détail quelconque. Les bruits de pas s'effacèrent dans le néant, et le calme était revenu, à son grand soulagement.
Tout à coup, une étrange silhouette derrière la fenêtre le paralysa de peur : elle ne possédait pas de forme distincte, et se trouvait de l'autre côté des carreaux, immobile, semblant fixer l'intérieur sans une once d'émotion. Bien que Todomatsu voulût se lever pour vérifier l'identité de cette ombre angoissante, son corps refusa d'obéir à sa volonté, et cette dernière perdit vite pied. Dans un cri de peur, il se réfugia de nouveau sous sa couette, les larmes aux yeux, puis murmura inconsciemment le nom de ses frères. Les bruits de pas reprirent de plus belle, et les larmes finirent par dévaler ses joues blêmes.
« Quelqu'un... Pitié... », pensa-t-il, en serrant encore plus fort l'oreiller contre son cœur, comme s'il le protégerait du danger imminent.
Il n'en pouvait plus d'être seul. Il en avait marre de devoir vivre dans la peur sans personne pour le rassurer. Il ne montrait jamais ce côté-là de lui à ses connaissances, il conservait trop d'orgueil et de fierté pour se le permettre. Seuls ses frères connaissaient son point faible, mais aujourd'hui, et depuis des semaines, ils n'étaient plus là pour le rassurer.
Il n'avait plus personne sur qui s'appuyer. Et cela commençait vraiment à peser sur ses épaules.
Comme si cela ne suffisait pas, on se mit à frapper à sa porte, accentuant sa crise de panique qui se transforma en crise de sanglots. Que pouvait-il faire ? Qui donc était venu l'embêter ?
Les coups s'enchaînèrent, il peina à les entendre à cause de ses gémissements. Tant bien que mal, il essaya d'adresser des « Laissez-moi ! » au visiteur mystérieux, toutefois sa voix se bloqua dans sa gorge, et il resta caché sous sa couette, priant de toutes ses forces pour se réveiller de ce cauchemar.
Rien ne l'extirpa de cette scène effrayante, sauf des voix qu'il connaissait bien.

— Totty ?! Totty, tu es là ?! Réponds ! prononça la première.
— Totty ! Tu dors déjà ? SI TOT ?! DEBOUT TOTTY ! s'écria la seconde.

A l'entente des intonations, l'interpellé se figea et reprit difficilement son souffle malgré les soubresauts qui l'accablèrent.
Rêvait-il ? Est-ce que son esprit embrumé par la paranoïa lui offrait un mirage auditif ? Lui qui espérait secrètement l'arrivée d'un de ses frères pour le sortir de cette situation, voilà que les voix de Karamatsu et Jyushimatsu retentissaient ?
Douce folie nocturne.
Lentement, il se redressa, couverture sur les épaules, et longea le couloir pour se rapprocher de la porte.
Si les fantômes se jouaient de lui, alors il se savait perdu. Pourtant, les voix de ses frères, si proches et rassurantes, l'hypnotisaient.
Avec hésitation, il dirigea sa main vers la poignée, avant de la reculer dans un mouvement de peur. Toutefois, il se répéta qu'il ne devait pas fuir. Qu'il ne le pouvait pas. Plus maintenant.
De ce fait, ses doigts se posèrent sur la clef enfoncée dans la serrure. Il la tourna deux fois sur la gauche, puis ouvrit la porte pour y découvrir ses deux aînés qui le fixèrent avec de grands yeux surpris.

— Totty ! s'exclamèrent-ils en chœur.

Les iris de Todomatsu, embuées de larmes, scrutaient ses frères en silence. Peu après, toute l'adrénaline redescendit au point de lui faire perdre l'équilibre. Par réflexe, il s'adossa contre la porte sans détourner le regard. Il finit par perdre ses moyens.

— Bande d'idiots ! tonna-t-il. Vous m'avez fait peur ! Ça va pas de venir comme ça sans prévenir ?! Et frapper ainsi à la porte ! Je vous jure ! IDIOTS !

Et une nouvelle fois, les larmes coulèrent sur son visage déjà bien trempé. Il ne se souciait pas de l'image qu'il donnerait. Instinctivement, il enroula la couverture contre lui et y enfouit son visage pour y étouffer ses sanglots.
Certes, il était encore sous le choc, mais au fond de lui, il restait soulagé de les retrouver.

— J'ai eu tellement peur...

Gênés, les aînés s'échangèrent un regard avant de porter leur attention sur le dernier de la fratrie. Karamatsu s'avança vers lui pour l'emprisonner dans une étreinte fraternelle. Normalement, Todomatsu l'aurait repoussé en hurlant qu'il était douloureux, néanmois ce soir, il n'en avait nullement l'envie et il préféra profiter de ce geste réconfortant. Jyushimatsu l'imita peu après, et dans un doux silence ils restèrent un moment dans cette position, le temps que le sixième se calme.

— Ah, my little brother ! Tu es si mignon ! La prochaine fois, je viendrais dormir avec toi ! déclara Karamatsu.
— La ferme ! pesta Todo, le feu aux joues.

L'ordre émit par le benjamin arracha un rire des lèvres de Jyushimatsu.

— … Jyushimatsu ! Ton bras ?! s'exclama-t-il.
— A-ah, c'est rien de méchant t'en fait pas ! Je me suis fais ça au travail..., bredouilla le concerné.
— QUOI TU TRAVAILLES ?!
— Todomatsu, tu peux te changer ? On a des choses importantes à te dire..., annonça Karamatsu.
— Je me doute que vous n'êtes pas venus sur un coup de tête. Je me dépêche alors.

Le bleu hocha la tête et le laissa retourner dans sa chambre pour ôter son pyjama et enfiler la tenue qu'il avait prévu pour le lendemain. Vêtu d'un gilet en laine par-dessus un tee-shirt blanc crème et d'un jean serré sur les chevilles, il rejoignit ses frères à l'extérieur une fois chaussé. Ces derniers lui adressèrent un faible sourire, et l'invitèrent à marcher avec eux. Une fois qu'il accepta, Karamatsu en profita pour lui raconter ce qu'il s'était passé depuis son départ, sans omettre le comportement invivable de Osomatsu. Jyushimatsu se permit d'expliquer entre temps sa recherche de travail, et le job qu'il avait trouvé au fil de ses recherches. Silencieux, Todomatsu écoutait avec grande attention toutes les anecdotes qu'ils énoncèrent, sans les interrompre. En guise de conclusion, Karamatsu évoqua le coup de fil de leur mère, de la disparition d'Osomatsu, et le fait qu'ils se devaient de le retrouver.

— On a besoin de toi, Todomatsu, termina-t-il en le regardant dans les yeux.

Resté dans ses pensées, Todomatsu ne répondit pas immédiatement. Il gardait sur la conscience le coup que lui avait donné son aîné, et d'instinct, il porta sa main sur son œil blessé.

— Si on le retrouve..., marmonna-t-il assez fort pour être entendu. Vous devrez me retenir où je risquerais de m'emporter. Oser inquiéter maman... Quel idiot.
— Tu veux nous aider alors ? questionna Jyushimatsu.
— Si je peux me rendre utile, je le ferais !
— Merci Totty..., souffla Kara.
— Tu n'as pas une idée d'où il aurait pu aller ? Karamatsu a cherché au bar, au pachinko et près du pont, mais rien... On en a profité pour fouiller les environs en allant chez toi, mais aucune trace de lui, raconta le jaune.
— Hum...

Le silence s'installa furtivement en maître pour permettre au benjamin de réfléchir. A l'image d'un détective cherchant à trouver la clef d'une énigme, il plaça son menton entre son pouce et son index avant de faire les cents pas. Ses iris glissèrent de droite à gauche, comme si un manuel invisible se trouvait devant lui et lui permettrait de trouver une réponse. En réalité, il feuilletait le livre de ses souvenirs et essayait d'y retrouver un indice.

— Vous avez cherché du côté du stand de pêche ? Du casino ? proposa-t-il.
— Ah, non..., répondit Kara. Il se rendait au casino ?
— Pas que je sache. Mais il disait souvent vouloir essayer. L'occasion s'y serait prêtée, non ? Il y a tout ce qu'il aime à l'intérieur : alcool, jeux et femmes...
— Allons voir du côté du stand de pêche pour commencer ! Ensuite, nous irons au casino ! déclara Jyushimatsu.

Sur ces mots, le trio s'empressa de se rendre aux endroits évoqués. Pour le premier, ils ne le trouvèrent évidemment pas. De toute manière, Osomatsu n'aurait jamais traîné aussi longtemps dans un lieu pareil. Ils demandèrent tout de même des informations aux gens et aux employés, mais les réponses restèrent les mêmes : personne ne l'avait vu au cours des vingt-quatre dernières heures.
Dans le cas du second, ils constatèrent rapidement qu'Osomatsu n'aurait jamais pu entrer dans le casino. En effet, celui-ci était fermé depuis le début de la semaine pour cause de travaux.
Ce détour inutile leur avait fait perdre une heure de plus.

— Qu'est-ce qu'on fait maintenant... ? s'inquiéta Todomatsu.

Karamatsu ne sut quoi répondre. Il avait promis de tenir Matsuyo au courant cependant l'idée de l'appeler pour au final renforcer ses inquiétudes lui retourna l'estomac. Tandis que Jyushimatsu fouillait les poubelles et autres endroits insolites dans l'espoir d'y trouver son aîné, Karamatsu s'égara dans ses pensées et se remémora un détail.
L'histoire de la lettre.
Que contenait-elle au juste ? Si elle était la cause du départ d'Osomatsu, peut-être contiendrait-elle des indices sur sa cachette ? A cet instant, l'envie de recontacter sa mère lui effleura l'esprit, mais encore une fois, il redoutait l'idée de l'inquiéter plus qu'elle ne l'était déjà. La solution se résumait donc à retourner chez Choromatsu et espérer l'y trouver pour de bon.

— Retournons voir Choromatsu ? Peut-être pourra-t-il nous aider..., proposa-t-il.
— Mais tu as dit qu'il n'était pas rentré..., ajouta Todomatsu.
— Et bien en une heure, j'espère qu'il a eu le temps de revenir.

Le sixième n'ajouta rien et préféra suivre son conseil. Par la suite, Jyushi les rejoignit et ensemble, ils firent le chemin inverse pour se rendre chez le troisième. En parcourant les rues, le trio demeura silencieux pour s'égarer dans leurs propres pensées, la ville illuminée renvoyait une atmosphère chaleureuse et familiale. Tout l'inverse de ce qu'ils ressentaient en ce moment. Épuisés par leur marche, ils allèrent s'asseoir à un arrêt de bus et attendirent que le véhicule les récupère. Dans le silence nocturne flottait une ambiance mélancolique et gênante. Les frères ne savaient plus où chercher, et la crainte de ne pas retrouver Osomatsu refit surface.
Néanmoins, Jyushi s'extirpa de ses pensées lorsqu'il fut assailli par une drôle d'impression. En effet, il sentait une présence aux alentours, une présence qu'il semblait avoir perdu et qu'il pouvait retrouver à tout instant s'il prenait la peine de bien chercher. Perplexe, il se leva du banc, et ses yeux glissèrent vers une direction précise : celle d'une ruelle sombre qu'un chat emprunta dans la foulée.

— Ça va grand frère ? questionna Todo.
— Tu as vu quelque chose ? ajouta Kara.

Il ne répondit pas, préférant se diriger vers la ruelle pour s'y enfoncer. Le duo s'échangea un regard avant de lui emboîter le pas, intrigué. Des miaulements retentirent, ce qui guida Jyushimatsu, et plus il s'aventurait dans la ruelle, plus le rythme de son cœur s'accélérait. L'espoir de retrouver « quelqu'un » qu'il souhaitait revoir accéléra le rythme de ses pas. Quand il arriva au bout du chemin, un immense sourire illumina son visage.
L'expression éteinte, la main tendue vers le chat de tout à l'heure, Ichimatsu se tenait là, assis, en train de nourrir l'animal qui lui mendiait un peu de nourriture.

— Grand frère Ichi ! s'écria Jyushimatsu, avant de se jeter sur lui.

L'interpellé eut à peine le temps de relever la tête qu'il se retrouva plaqué au sol. Ses iris s'écarquillèrent dès qu'elles reconnurent Jyushimatsu, et la lueur au fond de ses pupilles se ralluma. Il en vint tout de même à se demander s'il ne rêvait pas, mais cette idée fut rapidement balayée lorsque son cadet le serra de toutes ses forces : il crut se faire broyer vivant.

— J-Jyushi... Tu.. Tu... m'étouffes ! tenta-t-il d'articuler.

Bien qu'il desserrât son étreinte, le jaune ne lâcha pas son frère pour autant. Ichimatsu se redressa pour l'observer, et sa poitrine lui procura une douleur en apercevant des larmes perler aux coins des yeux de son cadet. Gêné, il lui tapota le dos et resta silencieux. Des bruits de pas résonnèrent ensuite dans la pénombre ; Kara et Todo venaient d'arriver à leur tour, essoufflés. Chacun se fixa avec surprise, sans savoir que dire. Enfin, les yeux de Karamatsu se mirent à briller.

— Oh ! Little brother ! My sunshine ! Quelle joie de te voir ! s'extasia-t-il en se dirigeant vers lui.

Ichimatsu aurait voulu fuir, toutefois avec Jyushimatsu accroché à lui, il se trouvait immobilisé. Kara l'enlaça alors pour le serrer tendrement contre sa poitrine. Il grogna de mécontentement, mais finit par se calmer en constatant que ce contact s'avérait rassurant. Todomatsu les rejoignit pour s'accroupir à leurs côté et caresser le dos du violet. Par la suite, ses sourcils se froncèrent quand il remarqua son état déplorable : il avait les joues salies par de la terre, et il semblait avoir perdu une taille. Instinctivement, Todomatsu posa le regard sur ce qu'il mangeait, et afficha une moue fâchée en voyant le plat préparé à bas prix.

— Qu'est-ce que tu fais ici ?! s'empressa de demander Karamatsu, sourcils froncés.
— H-Heu, je nourrissais les chats..., bredouilla-t-il avec hésitation.
— T'es tout sale, qu'est-ce qui t'es arrivé ?! s'inquiéta Jyushi. Tu t'es battu ?!
— Non ! Et toi alors hein ?! Qu'est-ce qui est arrivé à ton bras ?

Entendre à chaque fois cette question depuis le début de la soirée attristait Jyushimatsu, néanmoins, cette fois-ci, il réussit à conserver son expression joyeuse. Pour Ichimatsu, il arrivait toujours à prendre sur lui.

— Je suis tombé au travail ! s'écria-t-il. Mais ça va guérir très vite !

Le quatrième plongea son regard dans celui de son frère, et dans un élan de compassion, il passa ses bras autour de sa taille pour le serrer de toutes ses forces contre lui. Ce geste rassura le cinquième qui n'hésita pas à approfondir l'étreinte fraternelle, sous le regard attendri de Kara. Par ailleurs, une fois que les deux se retirèrent, l'aîné ouvrit grand ses bras pour accueillir Ichimatsu. Celui-ci le dévisagea de haut en bas, puis l'ignora avant de rejoindre Todomatsu.
Ce dernier, perplexe, dévisagea son aîné de haut en bas : son aspect sale n'augurait rien de bon. Bien sûr, il avait toujours connu Ichimatsu avec un style négligé, sauf que ce soir était bien pire que les autres fois.
Le petit dernier ouvrit la bouche, prêt à parler, cependant le violet fut plus rapide :

— Et vous, qu'est-ce que vous faites là ? A cette heure-ci qui plus est ?

Il y eut un silence, suivit d'un échange de regard. Finalement, Karamatsu se lança.

— C'est vraiment par hasard qu'on te trouve... On cherchait quelqu'un d'autre de base.
— « Quelqu'un d'autre » ? répéta Ichimatsu, intrigué.

Un nouveau silence.
Ce fut au tour de Todomatsu de le contrer :

— Osomatsu a disparu.

Les trois mots martelèrent l'esprit d'Ichimatsu, et son expression s'aggrava. Que voulait-il dire par « disparu » ? Ce mot lui procura un désagréable frisson qui partit de sa nuque pour glisser jusqu'à son bassin.
Associer le verbe « disparaître » à Osomatsu s'avérait douloureux et effrayant. Sans un mot, il dévisagea ses frères qui n'osèrent soutenir son regard et inconsciemment, son poing saisit une emprise invisible.

— Comment ça « disparu » ? déglutit-il.
— Maman m'a contacté et m'a expliqué qu'il était sorti hier et n'était pas revenu depuis.

Un souffle inquiet s'échappa des lèvres du quatrième : imaginer leur mère attendre le retour d'Osomatsu, et s'inquiéter au point de contacter Karamatsu, lui procura une désagréable sensation au ventre. Bien qu'il voulût prendre la parole pour interroger ses frères, sa voix resta bloquée au fond de sa gorge.
Karamatsu observa Ichimatsu, puis se mordit la lèvre en détournant le regard : depuis le début, il avait évité de relancer le sujet de la lettre. Il se doutait qu'elle était la cause du départ précipité de leur aîné, mais pour une raison que lui-même ignorait, il ne trouvait pas la force d'en parler à ses cadets. D'après Matsuyo, Choromatsu en était l'auteur, et de ce fait, une part inconsciente de lui préférait en parler au concerné.
Voilà pourquoi il était primordial de le retrouver.

— Nous devons nous rendre chez Choromatsu, dit-il en relevant la tête vers ses frères.
— Oui ! Il a dû rentrer maintenant ! s'exclama Jyushimatsu. Ichimatsu, tu viens avec nous !
— Ha heu... Oui..., balbutia le concerné.

Et sans un mot de plus, le quatuor retourna à l'arrêt de bus et entrèrent dans le véhicule quelques minutes plus tard. A cette heure-ci, pratiquement personne n'était dedans ; ils purent donc se placer tout au fond. Le violet s'installa à côté du jaune, qui se plaça face au bleu, tandis que le rose s'assit devant Ichimatsu. Le bus démarra, et chacun s'enferma dans un mutisme profond. Le bus démarra, et chacun s'enfermèrent dans le silence.
Le temps d'un instant, les yeux d'Ichimatsu se posèrent sur ses mains et ses vêtements sales, et par crainte de sentir le regard de ses frères sur lui, il tourna la tête pour fixer un point invisible derrière la fenêtre ; les couleurs de la ville n'apportaient plus aucune chaleur, et les gens paraissaient toujours plus hypocrites et ennuyeux. Ses paupières se baissèrent et l'envie de dormir se joua de lui un court instant. Toutefois, une désagréable impression le poussa à rester éveillé, et lorsqu'il releva la tête, il comprit pourquoi : Todomatsu le dévisageait avec insistance. A cette vision, Ichimatsu étouffa de justesse un petit hoquet de surprise.

— Pourquoi t'es dans un état pareil ? demanda le benjamin.

La question qu'Ichimatsu redoutait fut finalement posée.
Pour seule réponse, il fronça les sourcils et détourna la tête, comme pour fuir. Cependant, cet acte attira l'attention de Jyushimatsu et Karamatsu qui l'observèrent à leur tour.
Un mensonge, il fallait trouver un mensonge, et vite.

— J'ai été me promener dans le parc, et je suis tombé. Rien de plus.
— T'es sérieux ? souffla Todo
— Ça sonne bizarre venant de toi, grand frère Ichimatsu ! ponctua Jyushimatsu.

Pris de court, le quatrième se mordit la langue et se contenta simplement de serrer les poings, honteux.
Dans le silence qui venait de s'installer, Karamatsu repensa à l'échange qu'il avait eu avec sa mère, et la partie concernant Ichimatsu refit surface.

— Ichimatsu... Toi aussi tu es parti ? interrogea-t-il, inquiet.

Le concerné ne répondit que par un claquement de langue, ce qui ne fit que confirmer les doutes de son aîné.

— Mais... Pourquoi ? demanda ce dernier. C'est dangereux de partir ainsi !
— Tu as un endroit où dormir au moins ? renchérit Todomatsu.
— Tu manges convenablement ?
— Pourquoi es-tu dans un état pareil ?
— Grand frère Ichimatsu... ? articula Jyushimatsu.

« Arrêtez... Arrêtez toutes ces questions. »
L'esprit du violet bouillonnait sous le poids de la honte et de la peur. Avec toutes ces questions qui lui arrivaient en pleine figure, il se sentait comme un suspect subissant le pire des interrogatoires. Pouvait-il réellement avouer la vérité ?

— Ichimatsu ? dirent en chœur ses frères.

Pourquoi fallait-il que les événements s'enchaînent de manière si pénible ?
De nouveau il se mordit les lèvres, si bien qu'un léger goût de rouille glissa sur ses papilles. Sa respiration s'accéléra, et l'impression d'être compressé par une force invisible s'accentua.

— Dis-nous ce qui va pas Ichimatsu ! s'inquiéta Jyushi.
— Tu peux compter sur nous, Brother ! ponctua Kara
— STOP ! s'écria le nommé. Arrêtez !

A l'image de la foudre perçant le ciel sans prévenir, les ordres du violet imposèrent le silence, et les trois paires d'yeux qui le fixèrent, affichèrent une expression à la fois surprise et contrariée.
Il n'en pouvait plus, trop d'émotions néfastes le torturaient depuis son départ.
Mais à qui la faute ?
Etait-il le principal coupable de son état actuel ? Fallait-il principalement le montrer du doigt et le blâmer ?
Non.
Bien sûr que non.
Il n'était pas en tort. Il n'avait rien fait de mal ! Il ne supportait plus ces regards insistants et ces questions agaçantes.
Il n'en pouvait plus.
Si bien que le venin accumulé par sa frustration se déversa :

— Et vous hein... ? Pourquoi vous êtes partis ? Pourquoi vous nous avez tourné le dos ?! Vous nous avez laissés ! Vous êtes partis et vous nous avez abandonnés !

Remarquant le manque de réaction de ses frères, il étouffa un rire amer et reprit la parole après s'être tourné vers Karamatsu :

— « Compter sur vous » ? Ne te moque pas de moi. Dès l'instant où Choromatsu s'en est allé, il n'y a plus eu d'entraide. C'était chacun pour soi, on partait tous petit à petit. D'abord Todomatsu, puis toi, et ensuite Jyushimatsu ! Et vous n'avez même pas pris le temps de prendre de nos nouvelles ! Osomatsu se renfermait de plus en plus, et je n'en pouvais plus de cette atmosphère pesante ! Pourquoi rester si plus rien n'est comme avant ?! Alors oui, je suis parti. Oui, j'ai encore fait de la merde, oui, je suis pitoyable et répugnant, mais c'est bien moins angoissant que de rester seul chez les parents !

Un silence pesant battit son mur imposant entre les frères. Tandis qu'Ichimatsu reprenait son souffle, le corps tremblant, les autres le dévisagèrent d'un air choqué : ils n'étaient pas habitués à l'entendre se dévoiler ainsi.
La bouche entrouverte, la gorge piquante, Karamatsu chercha à dire quelque chose, malheureusement, aucun son ne s'échappa de ses lèvres. Incapable de prononcer quoi que ce soit, toutes ses culpabilités remontèrent à la surface pour le noyer dans un profond mal-être. Il repensa alors à la conversation échangée avec son aîné, la phrase blessante qu'il avait osée lui adresser, le regard éteint d'Osomatsu à cet instant...
Instinctivement, son poing se ferma, et par fierté il ravala ses larmes, se mordant aussi la langue. Enfin, il réussit à articuler le seul mot qu'il se sentit obligé de dire :

— Désolé...
— Pardon Ichimatsu..., ajouta Jyushimatsu, les larmes aux yeux.

Le concerné claqua la langue, et forcément, il se sentit idiot en constatant l'étendue des dégâts. Il tapota le dos de son cadet avec maladresse, et détourna le regard quand il l'entendit renifler pour empêcher les larmes de briser le dernier rempart. Quelques secondes s'écoulèrent, et la voix robotique annonçant leur arrêt perça le silence.

— A-ah ! N-nous y sommes... ! bredouilla Todomatsu, encore perturbé.

Ses aînés hochèrent la tête et s'empressèrent de descendre. Un vent frais se faufila dans leurs cheveux ébène une fois à l'extérieur, et ils se sentirent moins comprimé le temps d'un instant. Néanmoins, le malaise demeura, ce qui les obligea à fuir le regard du quatrième.

— V-Vous avez l'adresse de Choromatsu ? questionna ce dernier, dans l'espoir de détendre l'atmosphère.
— A-Ah, oui ! confirma le bleu. Je suis passé tout à l'heure, mais il n'était pas là. J'espère qu'il sera rentré entre temps...
— Et si c'est pas le cas ? souffla le violet.

Karamatsu déglutit après qu'un rire nerveux se soit évadé de sa gorge. Il se gratta la joue, glissa ses pupilles sur le côté, et finit par prendre une pose qui se voulait confiante.

— Et bien... Nous aviserons ! conclut-il.
— Pourquoi tu prends la pose pour dire ça ? demanda le rose dans une moue blasée.
— On a pas le temps de se poser ce genre de questions de toute façon ! s'écria le jaune. Allons-y, allons-y !

Sur ces mots, le quatuor reprit sa route et l'ambiance s'allégea progressivement. Aucun mot ne s'échangea entre les frères, mais le malaise ne se faisait plus sentir, et c'était le plus important. Toutefois, Jyushimatsu restait inquiet vis à vis d'Ichimatsu, et espérait secrètement pouvoir relancer le sujet à un meilleur moment dans le but de lui proposer de l'aide. Ils traversèrent la route, empruntèrent quelques ruelles, puis virent les résidences un peu plus loin.
Une fois à l'adresse indiquée, ils remarquèrent qu'aucune lumière n'illuminait une des fenêtres de chez Choromatsu, néanmoins, ce détail n'empêcha pas Jyushimatsu de frapper avec entrain à la porte.

— Grand frère Choromatsu ! C'est nouuuuus ! s'exclama-t-il.

Personne ne lui répondit, ce qui fit soupirer les frères. Néanmoins, une parcelle d'espoir voulait s'accrocher à leur conscience, et chacun regarda par les fenêtres pour voir s'il ne se trouvait pas à l'intérieur : peut-être dormait-il ?
Malheureusement, ils ne virent que des pièces vides. De toute manière, le connaissant, il aurait fermé les volets avant d'aller au lit. Il n'était donc pas rentré.
Tout semblait perdu pour Karamatsu qui soupira longuement. Dans ses pensées, il songea à sa mère qui devait se faire du mouron, et repensa à sa promesse de la rappeler pour la tenir au courant, ce qui coupa sa respiration.
Qu'allait-il lui dire ?
Comment lancerait-il le sujet ? Comment la rassurerait-elle ?
Après tout, même commençait à perdre espoir. Oui, malgré son masque confiant, le poids sur ses épaules s'alourdissait considérablement, et il sentait qu'il ne tarderait pas à craquer.
Il aimait son rôle d'aîné, mais uniquement quand il sentait la présence d'Osomatsu : d'une certaine façon, il avait toujours été une sorte de soutien, et ne pas savoir où il se trouvait, affaiblissait beaucoup son moral.
Il était faible, pathétique, et surtout inutile sans son aîné à ses côtés.
Malgré tout, Karamatsu se força à prendre ses responsabilités et à appeler Matsuyo. Ses doigts chevrotants composèrent son numéro, ses yeux fixèrent la touche verte, et dans un dernier effort, il posa le pouce dessus, prêt à appuyer. Néanmoins... la voix de Todomatsu le stoppa net.

— Karamatsu !

Dans un sursaut, le nommé releva la tête, fixa un point invisible de ses yeux humides, puis se tourna vers le benjamin qui pointait du doigt une silhouette familière. Dès lors, son cœur bondit dans sa poitrine : il reconnut aussitôt ce regard qui fixait le quatuor avec surprise et incompréhension. Le temps sembla s'arrêter un moment.
Choromatsu était revenu.


Note de l'auteur : Vraiment désolée pour le retard T_T Mais voilà enfin le chapitre 9 ! J'ai beaucoup aimé écrire les interractions entre Ichi et ses frères ! Les retrouvailles sont progressives et j'espère que vous n'avez pas une impression de "rapidité" ou je ne sais trop quoi... Comme je suis assez occupée en ce moment, je ne préfère pas vous donner de date précise pour la sortie du chapitre 10... Mais sachez qu'il est déjà rédigé ! (En vrai il ne me reste que le dernier chapitre et l'épilogue à écrire... Je dois me motiver ! xD)
Je vous dis donc... A plus tard !