Andy passa encore quelques minutes à la cuisine, prenant le temps de terminer son café avant de redescendre dans la chambre de Sam.
C'était soudainement redevenu la chambre de Sam; non pas leur chambre ou leur salle de bain.
Elle était en colère contre lui, mais elle n'avait aucune idée pourquoi. Elle avait perdu l'envie d'en apprendre plus sur lui, ou sur le fait qu'ils allaient bientôt partir. Ils aillent la laisser seule et fuir comme des nomades. S'isoler lui semblait donc être la seule chose à faire.
Ils allaient l'abandonner non?
Quand Bobby lui avait demandé si elle les suivrait si Sam lui demandait, Andy avait déduit qu'ils allaient la laisser derrière.
Il y avait également l'autre option…
Cette possibilité déclencha en elle un tourbillon d'émotions contradictoires. Selon elle, elle n'était pas supposée ressentir ces sentiments d'inquiétude et de confusions. Les premiers signes de faiblesse apparurent ensuite. Elle n'était pas prête à affronter la mort.
Une larme coula le long de sa joue, la première depuis le jour où elle avait quitté la maison. Elle n'avait pas été enlevée, elle s'était portée volontaire. Donc, dire qu'elle était séquestrée ne s'appliquait pas, pas du tout.
Sam trouva Andy endormie quand il fut de retour. Bobby lui avait mentionné qu'il ferait mieux de descendre lui parler, à la seconde où il avait mis un pied dans la maison, les bras pleins de provisions.
« Qu'est-ce que t'as fait? » lui répondit Sam en remarquant qu'elle ne revêtait pas son habituelle joie de vivre.
« Rien. Elle est triste. Elle t'aime bien tu sais? »
Il roula les yeux et déposa les sacs sur la table de la cuisine et se dirigea vers les escaliers.
Andy savait qu'il était entré dans la chambre. Étrangement, elle le savait toujours. Qu'il soit sorti ou à l'étage, même quand elle dormait, elle se réveillait toujours à son arrivée.
Elle resta immobile, et essaya de garder sa respiration la plus stable possible, prétendant être encore au pays des rêves. Elle sentit le matelas se compresser sous le poids de Sam. Il s'était assit au pied du lit, près d'elle.
Il garda la tête baissée, il savait qu'elle ne dormait pas. Il le savait toujours; elle était simplement incapable de mentir, ou de prétendre quoi que ce soit.
Peut-être était-ce le meilleur moment de parler, quand elle croyait qu'il la pensait endormie. Mais rien ne semblait vouloir sortir de la bouche de l'homme. Il resta donc assis là.
« Nous partons dans quelques semaines » murmura-t-il enfin. Andy eut du mal à contrôler son mouvement de recul quand il réussit à l'admettre.
« Je vais te laisser ici, avec mon téléphone. Comme ça, tu pourras appeler… appeler qui tu auras besoin, pour qu'ils viennent te chercher. »
Qui appellerait-elle? Un ami? Le 911? Un conjoint? Un parent?
« Mais, tu devras attendre quelques heures. »
Sam remarqua qu'elle faisait un effort considérable pour garder sa respiration calme. Mais elle semblait misérable. Elle était encore apeurée, elle n'avait pas été en mesure de construire la confiance qu'il espérait. Comme la confiance qu'il avait involontairement envers elle.
« Tu rentreras bientôt chez toi, tu devrais être heureuse. »
Sam se leva doucement, mais resta près d'elle.
Sentant qu'il s'apprêtait à quitter la chambre, elle se tourna vers lui. Elle semblait tout à fait pitoyable, comme si elle n'avait pas voulu entendre ce qu'il venait de lui dire.
Elle n'était pas supposée d'avoir ce regard.
« Est-ce que tu me l'aurais dit, ou tu m'aurais simplement laissé ici toute seule? » demanda-t-elle finalement, sa voix trahissant qu'elle était sur le point de craquer.
« Andy … »
Qu'était-il supposé dire?
Lui dire qu'il ne voulait pas vraiment la quitter? Qu'il voulait qu'elle vienne avec eux? Parce qu'honnêtement, il le voulait. Mais il ne pouvait pas le lui dire.
« C'est compliqué… » fut la seule façon qu'il trouva de terminer sa phrase.
Découragée, Andy se recoucha et envoya la douillette au-dessus de sa tête.
« Va-t-en! »
Quand Sam entra dans la cuisine de nouveau, il remarqua que Bobby avait les yeux bouffis, elle avait pleuré.
« Il te l'a dit? »
Elle hocha la tête mais ne dit rien, continuant de ranger les provisions dans l'armoire.
« Damian m'a dit que tu lui avais demandé. » Dit-elle soudainement, après qu'elle ait déposé lourdement le contenant de café sur la tablette.
« Bobby … »
« Non, tu as raison, il a une chance de se sortir de ce foutoir et de rester sur le droit chemin. »
Elle était une excellente figure maternelle pour Lars depuis son arrivée, un an plus tôt. Sam devina qu'elle ressentait la peine d'une mère qui laisse son enfant unique prendre son envol.
« Je lui ai demandé s'il voulait partir, et tu sais ce qu'il a dit? Il m'a répondu que si toi et moi nous lui donnions notre accord, il partirait. Je lui ai aussi demandé pour la fille, et il m'a dit qu'il lui demanderait, mais que même si elle disait non, il partirait. »
« Il voudrait vraiment qu'elle l'accompagne. » Bobby continua son monologue, autant pour Sam que pour elle-même.
« Je lui ai demandé ce qu'il voulait vraiment… Il a dit qu'il espérait un ''oui ''. Il m'a aussi dit qu'elle avait un enfant. Il est lui-même qu'un enfant, il n'est pas prêt pour une vie comme ça Sam. »
« Bobby, le moment est venu de le laisser partir. Il a dix-huit ans, ce n'est plus un gamin. Il sait comment la vie peut être difficile. Et il est prêt à prendre une femme et son enfant et à leur donner une meilleure vie. Laisse-le essayer. »
« Il la regarde comme Damian te regarde tu sais. » ajouta-t-il après un léger silence.
Sam savait qu'elle aurait des réticences à le laisser partir, mais il ne s'était pas imaginé qu'elle se débâterait tant.
Mais elle n'était pas égoïste.
« Il veut partir ce soir. »
« Alors accompagne-le quand il ira demander à la serveuse de le suivre. Tu sais, il n'est pas comme nous, il va lui demander, il ne va pas simplement la prendre. Vois par toi-même. »
Damian avait présenté l'option à Lars, prenant soin de lui mentionner que s'il désirait partir, il fallait qu'il le fasse avant que les choses ne tournent mal. Il avait donc décidé de la faire le soir même, avant de changer d'idée. La température n'était pas idéale non plus, avec les centimètres attendus, il était mieux de partir avant que la neige ne l'empêche.
« Tu crois qu'il va s'en sortir? »
« Oui, je le crois »
Repérant un mouvement du coin de l'œil, Sam se tourna pour voir que Lars était au coin de la porte.
« Vous avez une seconde? » demanda le jeune homme nerveusement.
« J'ai compris ce que vous essayer de faire, et ça semble être pour mon bien. Quand on s'est fait tirer dessus, j'ai eu peur, et j'ai vu à quel point vous avez eu peur vous aussi, à cause de Damian. Mais je ne peux pas faire ça. Je ne suis pas las à ce point. Je veux partir, mais je veux rester aussi. Est-ce mal? »
Il semblait si triste.
« Je dis que tu devais y aller. Va chercher cette fille, et bâtissez-vous une vie à vous. » répondit Sam. Il avait les yeux fixés sur Bobby en prononçant ces mots. Il savait que ça pourrait lui retomber dessus.
« Il a raison » soupira Bobby, « mais je veux la rencontrer. »
« Est-ce que vous allez venir avec moi? »
Bobby hocha la tête, mais Sam détourna le regard. Il n'allait pas quitter la maison avec Lars et Bobby et laisser Andy seule avec les gars. D'ailleurs, normalement c'était Elliot que Damian envoyait avec Bobby, et souvent, il les accompagnait également.
Ce qui signifiait que seul Scott resterait. Ce n'était même pas envisageable.
« Est-ce que je peux aller la remercier? » Lars surprit Sam avec cette question, mais il avait de bonnes manières.
Andy était monté à l'étage qu'une seule fois alors qu'ils étaient tous là, le soir où elle avait donné un coup de main à Bobby après la fusillade. Autrement, elle était toujours au sous-sol et personne, mise à part Sam et Bobby, n'était descendu la voir.
Sam acquiesça et se dirigea vers les escaliers, suivi de près par le gamin.
Sam cogna à la porte, sachant que ça aillait alerter Andy de la présence d'une autre personne.
Quand il ouvrit la porte, elle était toujours sous les couvertures. Cette fois-ci, elle se redressa, son attention était fixée sur la porte.
« Bonjour » dit Lars en suivant Sam. Il s'arrêta dans le cadre de la porte, ne voulant pas s'aventurer plus loin.
En réponse, Andy leva légèrement la main. Un sourire illumina son visage. Elle ne l'avait pas revu depuis le jour où elle lui avait recousu l'abdomen. Bien qu'elle ait demandé des nouvelles à Sam, elle s'inquiétait de son état de santé.
« Je voulais simplement vous remercier, vous savez, pour ce que vous avez fait. »
Andy renvoya un étrange regard à Lars. Elle ne semblait pas comprendre où il voulait en venir.
« Je suis sur mon départ, alors merci madame. Et prenez soin de Sammy. »
Sur ce, il quitta la pièce, laissa Andy perplexe.
« Où est-ce qu'il… »
Elle arrêta sa phrase là, elle ne voulait pas vraiment connaitre la réponse. Au fond, moins elle en savait, mieux c'était.
« Il va chercher sa copine, et il quitte cette vie. Il restera du bon côté. »
La posture de Sam était tendue. Il était définitivement sur la défensive, il ne voulait pas laisser transparaitre aucune émotion.
« Pourquoi le laisses-tu partir? »
« C'est un bon garçon, il mérite une chance. »
Andy se demanda si Sam avait déjà eu cette opportunité, et pourquoi il ne l'avait pas saisie.
« Alors il peut partir, juste comme ça? »
Andy et ses questions, songea Sam. Parfois, ça le rendait fou.
« Ouais »
« Alors qu'est-ce que tu fais encore ici? Pourquoi n'es-tu pas parti? »
Les yeux d'Andy se sont agrandis quand elle prononça sa dernière question.
Le visage de Sam se déconfit légèrement, ce qui indiqua à la jeune femme qu'elle avait parlé à voix haute. Son filtre intérieur avait oublié de faire son travail.
« Ne réponds pas, je sais… C'est compliqué c'est ça? » Lâcha-t-elle sèchement.
Puis, il acquiesça.
« D'accord » dit-elle en se recouchant, laissant Sam quitter la pièce, en claquant la porte derrière lui cette fois-ci.
« Il y a un problème? »
« Non » répondit Sam en saisissant la bière que Bobby lui tendait, et il en prit une grande gorgée.
Habituellement, il n'était pas le genre à claquer des portes.
« Elle t'atteint. »
« Non, elle ne m'atteint pas. »
« Tu as besoin que je vous prépare un repas? »
Bobby savait comment changer de sujet, et Sam n'était pas très loquasse quand il était rongé de soucis.
« Qui reste? »
« Seulement toi et Andy. Damian et moi sortirons après avoir déposé Lars, et les gars vont aller prendre un verre et décompresser un peu. Nous passerons certainement la nuit en ville. »
Excellent, exactement ce dont il avait besoin, une nuit seul avec Andy, sans être confiné aux quatre murs de la chambre.
« Non ça va, je le sortirai plus tard. »
« Je suis certaine que tu le feras. »
Sans un autre mot, elle quitta la pièce.
Quelques heures plus tard, Sam s'aventura au sous-sol, espérant pouvoir déclarer une trêve avec Andy.
Il lui avait apporté du café, mais elle n'avait pas touché la tasse. Bobby lui avait préparé un sandwich pour le dîner, mais il était toujours intact, sur la table de nuit.
Tout le monde était parti, et elle avait la possibilité de se déplacer librement dans la maison. Cependant, elle ne présentait aucune intention en ce sens. Elle resta couchée dans le lit, et se contenant de faire semblant de dormir.
La dernière fois que Sam était remonté à l'étage, il avait laissé la porte de la chambre ouverte, mais elle n'avait jamais suivi.
« Le souper est prêt » annonça-t-il. Une fois de plus, il était venu veiller sur elle.
Il n'était pourtant pas le genre de personne à se préoccuper des autres, mais avec elle, il ne pouvait s'en empêcher.
Ça faisait partie de sa nature quand il était question de cette jeune policière.
Andy ne répondit pas. Alors, Sam s'approcha d'elle, et retira les couvertures d'un coup, les envoyant au sol, au pied du lit.
« Non mais t'es cinglé? » rétorqua Andy en se redressant soudainement.
Le feu au fond de ses yeux était de retour, ce qui fait sourire Sam.
« J'ai dit… »
« J'ai entendu ce que tu as dit. »
Un simple geste de sa part, et il gagna une réaction spontanée.
« Monte, maintenant. » Ajouta Sam, tentant de dissimuler ses fossettes.
Le regard exaspéré d'Andy était suffisant pour lui donner envie de les montrer.
« Non »
Cette réponse le désarma. Un simple et ordinaire « non ».
Depuis qu'elle était arrivée, jamais qu'elle n'avait utilisé ce mot. Jamais elle n'avait refusé de faire quelque chose, et jamais elle n'avait demandé quoi que ce soit, mise à part la permission d'utiliser la salle de bain.
« Je ne demandais pas. »
Sam s'approcha encore un peu et la souleva du lit. Rapidement, il la fit basculer au-dessus de son épaule. Elle n'eut même pas le temps de se débattre.
Il monta les marches d'un pas décidé, et ne la redéposa au sol qu'une fois rendu dans la salle à manger.
Elle eut peine à reprendre son équilibre, ses bas glissant sur le parquet. Elle n'avait même pas eu la chance d'enfiler ses pantoufles. Son manque d'agilité fit sourire Sam.
Une fois solide sur ces pieds, elle jeta un coup d'œil autour d'elle.
« Ils sont sortis » répondit Sam en lisant dans ses pensées.
« Ah »
Sam désigna la table d'un geste de la main. Les couverts y étaient déjà en place.
« Tu as cuisiné? »
Il hocha la tête et s'installa à la table.
Andy s'assit à son tour, l'odeur délicieuse chatouilla ses narines.
Elle commença à manger, silencieusement. Elle garda son regard fixé sur le contenu de son assiette, de peur que son filtre interne ne la trahisse de nouveau.
Ils en étaient à la moitié du repas quand les lumières vacillèrent et diminuèrent d'intensité.
Elles s'éteignirent complètement, quelques secondes plus tard.
La pièce fut plongée dans une noirceur opaque. Andy essaya de percer l'obscurité, mais c'était en vain. Un grognement s'échappa de sa gorge et elle maudit l'univers tout entier.
