Bonjour à tous !
Je suis consciente d'avoir tardé sur l'écriture de ce chapitre... mais ne vous inquiétez-pas, en aucun je n'abandonne cette fic !
Un grand merci à Morrigane, Elena (merci beaucoup pour tes encouragements... Je pense que la plupart de tes questions devraient trouver réponse dans ce chapitre...), Cixy, Alatariel Melawen et Eileen19.
Merci également à tous les lecteurs qui continuent à suivre cette histoire.
Bonne lecture !
CHAPITRE 10 : SOMMEIL NOIR
Un grand sommeil noir
Tombe sur ma vie :
Dormez, tout espoir,
Dormez, toute envie !
Je ne vois plus rien,
Je perds la mémoire
Du mal et du bien…
O la triste histoire !
Je suis un berceau
Qu'une main balance
Au creux d'un caveau :
Silence, silence !
Extrait de Sagesse de P. Verlaine
ooOoOoOoo
- Incapable ! Je vous ai dit de ne pas faire de bruit !
- Faire de bruit ! Faire de bruit ! Je ne fais pas de bruit, moi Monsieur ! s'offusqua une voix de soprano. Mais si vous pensez mieux faire, je vous en prie, venez-donc vous-même fermer cette porte !
Il en avait plus que marre de cette grosse bonne femme qui lui pourrissait la vie. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle ne se permette une remarque désobligeante et n'était même pas capable de bien réaliser ce pourquoi elle était dans ce tableau !
- Ne me parlez pas sur ce ton ! Oubliez-vous à qui vous vous adressez ? Je pourrais vous faire décrocher et ranger aux oubliettes tout comme cet imbécile de Catogan, menaça Percy, les lèvres pincées de colère. Vous êtes ici parceque je le tolère encore !
- Oh ! La grosse dame réprima un frisson tout en se couvrant précipitamment la bouche.
Incapable ! Tout comme cette idiote de médicomage ! Elle venait de passer près d'une demi-heure à ausculter Hermione sans aucune amélioration notoire de son état de santé.
Deux semaines qu'elle était dans le coma ! Deux semaines qu'elle n'avait pas ouvert les yeux ! Il lui avait pourtant administré toutes les potions que la médicomage avait prescrites et les elfes appliquaient chaque jour un onguent sur ses contusions. D'ailleurs, physiquement, les conséquences de sa chute n'y paraissaient presque plus.
Percy se détourna de la grosse dame qui l'observait d'un regard noir et rejoignit le lit sur lequel Hermione reposait.
Le jour avait disparu au profit des chandelles et du feu qui rougeoyait dans l'immense cheminée, apportant une douce lueur à la salle commune de Gryffondor. La danse des flammes créait un jeu d'ombre et de lumière sur le visage de la jeune femme qui lui parut soudain plus animé, presque vivant. D'un geste lent, il approcha une main fébrile de sa joue et caressa sa peau. Elle était douce et veloutée. Chaude.
Chaude, et pourtant…
Pourtant, elle était presque morte ! Son esprit ne voulait plus reprendre possession de son corps ! Elle ne veut pas revenir et même si elle le voulait, sa magie est bien trop faible pour qu'elle puisse seulement y parvenir. Une simple chute n'avait pas pu causer autant de dégâts. C'était ridicule ! Hermione ne pouvait pas mourir ! Pas elle !
J'en ai bien peur, Monsieur Weasley…La douleur parfois… Il avait juste voulu qu'il se taise, qu'il se taise ce vieux médicomage à moitié sénile !
… La perte d'un mari, puis d'un enfant… Pourquoi ne s'était-il pas tu ! Ses paroles lui avaient rongé les veines ! Ses paroles avaient été mille fois pires que du poison !
Alors, il lui avait agrippé le cou de ses mains nues et avait serré. Fort. Jusqu'à ce que sa trachée comprimée ne puisse plus aspirer le moindre souffle d'air et que ses yeux injectés de sang finissent par se révulser. Il l'avait tué presque de sang froid. Pour qu'il se taise. Pour qu'il ne lui dise pas encore une fois qu'Hermione préférait mourir plutôt que…
Plutôt que quoi ? Penser à ça le faisait se sentir mal. Son cœur qui battait plus fort que d'habitude. Ce fourmillement de ses membres. Cette sensation de vertige. Ce vide. Elle ne pouvait pas mourir. Pas après ce qu'il avait fait.
Oui, il avait tout fait pour éviter qu'Hermione ne souffre trop. Il avait obtenu du Lord de la garder à ses côtés jusqu'à son accouchement, puis quelques mois encore, le temps que le nourrisson puisse se passer de sa mère. Une mort prématurée aurait été fâcheuse… Et tout s'était déroulé pour le mieux, si bien que dans deux mois, le Maître pourrait enfin accomplir la prophétie…
Lorsqu'il lui avait remis l'enfant, Percy avait craint que Voldemort ne lui ordonne de se débarrasser d'elle. Et il l'avait fait. Mais Percy avait osé, créant stupeur et tremblements* au sein du premier cercle. Oui, il avait osé demander au Maître la faveur de garder en vie la sang de bourbe. Pour son usage personnel, avait-il cru bon d'ajouter. Et contre toute attente, le Maître avait accepté.
Mais le Maître avait eu beau faire preuve d'une grande clémence à son égard, il ne pardonnerait pas sa faiblesse de le voir agenouillé au chevet de la meilleure amie de Potter, au chevet de la femme de ce traitre de Rogue ! Il le punirait de s'abaisser de la sorte pour elle.
Car il était bel et bien agenouillé à ses côtés. Le visage grave et crispé. Les mains tremblantes.
Qu'avait-il fait ? Elle n'était qu'Hermione, cette petite fille quelconque et ennuyeuse qui ne se séparait jamais de ses livres !
Pourquoi l'avait-il amenée au Maître ! Parcequ'elle est la clé de la prophétie…
Une enfant de moldus ne pouvait pas engendrer un être dont le destin était lié à celui du Seigneur des Ténèbres ! Bien sûr qu'elle pouvait engendrer un tel être… Potter n'était-il pas le fruit d'une sang de bourbe et d'un sorcier ?
Peut-être, mais le Seigneur des Ténèbres n'avait pas vraiment besoin de cette prophétie pour assurer sa domination sur le monde sorcier. Il était déjà le sorcier le puissant de son temps, le Maître incontesté. Mais toi, tu avais besoin d'elle pour prendre place auprès du Maître. Tu avais besoin d'elle pour devenir ce que tu es.
Oui, il l'avait sacrifiée pour se faire remarquer du Maître et compter parmi les Mangemorts du premier cercle ! Il avait sacrifié Hermione. Une jeune femme qu'il avait connue petite fille et qu'il avait appréciée. Mais qu'avait-il fait ! Par Merlin, qu'avait-il fait !
ooOoOoOoo
Tout était gris et vaporeux. Le sol et le ciel se confondaient, semblaient se rejoindre pour ne former qu'une seule et même surface.
Elle avait cette impression désagréable de devoir avancer sans trop savoir pourquoi. Et elle détestait ne pas savoir.
ooOoOoOoo
Plus que la lumière blanche de ce matin neigeux, ce fut le froid qui tira Gabrielle de son sommeil. Un froid cinglant.
Elle ne se souvenait plus être venue se coucher, mais le fait était qu'elle était bel et bien dans son lit, au dessus des couvertures et serrant son édredon entre ses bras trop maigres. Ouvrant difficilement les yeux, elle réalisa qu'elle portait encore sa robe de la veille ainsi que ses bottines.
Tout en enroulant la couverture sur ses épaules, la jeune fille se leva et ouvrit la porte qui donnait sur une petite pièce faisant office de salon. Là, assis sur un des fauteuils, le Maître des potions l'observait d'un regard vide.
La soirée de la veille lui revint aussitôt en mémoire, brûlante et douloureuse.
Elle lui avait donné du plaisir et il avait joui en elle. Ce souvenir là était parfaitement ancré dans sa mémoire. Son souffle rauque. Sa peau si blanche. La fine ligne de poils noirs qui filait vers son bas ventre. Son sexe raide et gonflé dans sa bouche. Son goût fort et musqué. Ces images là ne partiraient jamais de sa tête.
Elle avait ensuite cru que, peut-être, il l'attirerait à lui, qu'il la serrerait tout contre lui, qu'il lui ferait l'amour. Elle avait cru que, peut-être, cette fois serait différente des autres fois.
Mais rien n'avait changé. Son visage tourné. Ses yeux fermés pour ne pas la voir. Son contact qu'il évitait. Cette odeur d'alcool. Cette délivrance silencieuse qui n'avait rien de comparable avec cette volupté qu'elle avait aperçue derrière le carreau d'un petit cottage, par une nuit de tempête. Non, rien n'avait changé.
A ses yeux, elle était toujours ce monstre qui avait détruit sa vie et celle de beaucoup d'autres. Elle était cette trainée qui se mettait à genoux face à lui, totalement dépourvue d'amour propre. Elle était cette folle plus que pathétique, capable de s'humilier pour lui. Lui qui la méprisait.
ooOoOoOoo
La neige tombait en continu depuis plus de trois jours maintenant. Elle formait un épais manteau blanc qui recouvrait la campagne et les sous bois, faisant ployer de son poids les larges branches des sapins. La piste, presque entièrement ensevelie sous les congères, rendait sa progression difficile, sinon dangereuse.
La température avait dû fortement descendre avec la nuit car il ne sentait presque plus le bout de ses orteils engourdis. La neige crissait sous la semelle de ses bottes qui ne parvenaient plus à protéger ses pieds de l'humidité. Foutu pays !
Depuis son arrivée, il n'avait rencontré que quelques villages perdus au milieu d'immenses forêts de conifères. Si ces vallées ne lui paraissaient guère hospitalières, que dire de ces montagnes de roche noire aux versants abrupts et aux pics escarpés qui dominaient le paysage de toute leur hauteur ?
Les rares habitants qu'il avait croisés dans ces villages ne s'étaient pas avérés d'une grande aide pour ses recherches. Les paysans ne devaient pas voir beaucoup d'étrangers dans ces contrées retirées, car sa venue s'était presque chaque fois accompagnée de portes et de volets refermés à la hâte. Un mage ermite qu'il avait rencontré dans la forêt lui avait cependant raconté qu'un sorcier, un étranger qui avait le même accent que lui, avait prit auberge au Magyar Noir.
Pour l'heure, il lui fallait rejoindre cet endroit, et vite s'il ne voulait pas mourir de froid. Encore quelques lieues, si ses calculs étaient bons.
Il ne savait si cela était dû à la fatigue ou à ce pays maudit, mais il lui semblait que le vent transportait avec lui l'écho lointain de hurlements. Très certainement des loups garous. Ils étaient cohorte dans cette région montagneuse du centre de l'Europe.
La vision de corps à moitié déchiquetés, d'enfants terrorisés, de chasses sanguinaires menées par le redoutable Greyback lui revint brièvement à l'esprit. Un frisson parcourut son échine en pensant à la rage qui animait ces monstres les soirs de pleine lune. Le ciel sombre et chargé ne lui permettait pas de distinguer l'astre de nuit, mais son instinct lui dictait de ne pas s'attarder plus longtemps au fin fond des bois.
Drago pressa le pas, ignorant la soudaine bourrasque qui venait de rabattre sa capuche sur ses épaules. Ses doigts, gourds malgré son épaisse cape de laine qui enveloppait son corps, se resserrèrent autour de sa baguette, et le sort de réchauffement qu'il se lança décrispa quelque peu ses muscles douloureux. L'effet du sortilège ne durerait pas longtemps, alors mieux valait-il ne pas trainer dans cet endroit sinistre.
Il accéléra la cadence jusqu'à se retrouver face à un petit bosquet. Ici, la végétation lui semblait moins étouffante, moins haute, la forme des arbres plus distincte. Mais il n'y avait plus de chemin. D'un sort informulé, il écarta les broussailles et s'engagea dans ce passage végétal…
ooOoOoOoo
- Il ne faut plus…
- Je sais, le coupa t-elle d'un murmure. Je sais…
- Non, vous ne savez pas, répondit-il d'une voix triste.
Gabrielle avait compris ce que Severus avait l'intention de lui dire avant même que ce dernier n'ouvre la bouche. Elle avait compris en le voyant assis dans ce fauteuil. Elle avait compris à son seul regard.
D'habitude, lorsque cela arrivait entre eux, il prenait soin de ne pas se montrer. Il partait dans la montagne pendant des heures, des jours parfois avant de revenir, puis s'enfermait pour concocter des potions avec les plantes qu'il avait cueillies. Oui, d'habitude, il l'évitait pour ne pas l'affronter.
Or ce matin, il l'attendait. Finalement, rien n'était comme d'habitude. Un petit ricanement nerveux sortit de sa gorge malgré elle.
- Ce qui s'est passé… n'aurait jamais dû arriver. Sachez que cela ne se reproduira plus.
- Arrêtez, demanda t-elle d'une petite voix.
- C'était une erreur, une grave erreur de jugement, de notre part à tous les deux.
- Arrêtez…
Elle savait, mais ne voulait pas l'entendre dire. Les mots lui faisaient trop mal. Qu'il la rejette une seconde fois lui faisait trop mal. Il n'avait pas besoin de lui dire ça pour qu'elle comprenne.
- Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Vous devez suivre votre propre route, faire votre vie. Vous n'avez rien à attendre de moi, continua t-il gravement.
- Arrêtez, je vous en prie… arrêtez, le supplia t-elle en sanglotant.
- Je connais un village sûr dans le nord de l'Europe. J'ai fait quelques potions… Je vous donnerai de quoi vous établir…
- Non ! Non ! hurla t-elle en suffoquant, le visage baigné de larmes. Vous ne pouvez pas me chasser ! Tu ne peux pas ! Pas après ce que j'ai accepté pour toi ! Pas après ça…
Elle avait prononcé cette dernière phrase dans un murmure qui le fit frémir. Qu'avait-il pu se passer qui la mette dans un tel état ? Il avait vu le désespoir et la colère au fond de ses yeux alors qu'elle le suppliait, mais ces émotions semblaient disparaitre au profit d'un vide qui le terrorisait.
- Sachez que je regrette…
- Non ! Pas après ça !
On aurait dit qu'elle ne l'écoutait plus, comme bloquée dans ses propres souvenirs. Elle se balançait légèrement de gauche à droite en pleurant. Severus se leva et empoigna la jeune fille pour la sortir de sa torpeur.
- Pas après quoi ! hurla t-il à son tour.
- Pas après ça…
Il n'avait pas d'autre choix. Il sortit sa baguette de sa manche et la pointa vers Gabrielle en murmurant le seul sort qui lui permettrait de comprendre ce qui s'était réellement passé.
Il crut être foudroyé par l'intensité des sensations qui l'assaillirent. Ses sensations à elle. Ses souvenirs qu'il revivait avec elle. Il reconnut les premières images pour compter également parmi ses propres souvenirs.
Il venait de quitter Searing Moor, mort à l'intérieur, laissant Gabrielle derrière lui.
- Comment feriez-vous sinon pour enterrer tous ces morts !
- Je…
- Ce sont les vôtres.
Elle avait l'impression qu'on lui enfonçait un poignard dans le cœur. Ses morts… Ils lui avaient fait confiance et ils étaient morts. Par sa faute. Par sa bêtise. Par son égoïsme. Par sa fierté.
Elle creusait sa propre tombe, car aujourd'hui, elle aussi était morte. Du moins, elle aurait mérité de l'être.
Au loin, éclairée d'une aurore rougeoyante, une silhouette éthérée disparaissait… La sienne.
Un autre lieu. Quelque part en Europe. Gabrielle l'y avait suivi.
Il ne se souvenait plus de ce moment. A vrai dire il n'avait plus beaucoup de souvenirs des jours qui avaient suivis son départ.
Ils étaient dans une chambre miteuse. Elle le regardait boire. Elle souffrait de le voir comme ça. Elle aurait donné sa vie pour lui, pour qu'il redevienne celui qu'il était, celui qu'elle aimait et qu'elle avait détruit.
Plus tard dans la nuit. Il venait de se réveiller, haletant, la faisant sursauter. Elle s'était approchée du petit lit qu'il occupait, anxieuse.
Ça non plus il ne s'en souvenait pas.
- Viens, je t'attendais…
Il sentait son cœur battre comme s'il s'agissait du sien alors qu'il l'attirait à lui. Il la déshabillait, caressait son corps, baisait ses lèvres jusqu'à plus soif.
La stupeur le frappa de plein fouet. Comment avait-il pu faire ça ? Il ne voulait pas en voir plus, c'était bien suffisant. Mais les émotions de Gabrielle étaient telles qu'il n'arriva pas à se soustraire à son esprit. Il se retrouva à nouveau assailli par ces images qui l'anéantissaient d'avantage encore.
Elle tremblait d'être dans ses bras à lui, dans sa chaleur, de respirer son odeur. Elle frémissait de sentir ses mains rugueuses se promener sur sa peau, de sentir ses lèvres et sa langue caresser l'aréole et la pointe de son sein, et vacilla presque lorsqu'il la pénétra de ses doigts. La douleur qu'elle tentait d'ignorer.
Elle criait maintenant sous ses poussées, toujours plus fortes. Plus que le plaisir, c'était ce sentiment d'exaltation à le savoir en elle. La jouissance d'être possédée par lui. C'était fort à en crever.
Elle psalmodiait son nom - Severus, Severus, Severus - à mesure de cette chaleur qui montait en elle.
- Hermione, comme je t'aime…
Les larmes coulaient sur ses joues, mais elle le serrait toujours dans ses bras. Elle voyait ses yeux noirs qui brillaient d'un feu qu'elle ne leur connaissait pas, sa voix trembler sous l'émotion. Elle le resserra un peu plus fort et pressa ses lèvres sur les siennes. Pour ne plus l'entendre crier Hermione.
Elle souffrait de savoir qu'il ne la voyait pas, qu'il faisait l'amour à une morte alors qu'elle, Gabrielle, vivait. Elle souffrait de l'entendre gémir entre ses lèvres. Elle souffrait de ne pas pouvoir arrêter ce mensonge, de ne pas réussir à le repousser. Et plus que tout, elle souffrait de tout ce plaisir, ce plaisir qui enflammait sa chair et son ventre, ce plaisir qui anesthésiait sa conscience…
Elle pleurait encore alors que lui s'était endormi, ignorant tout de sa honte et de sa peine, ignorant tout de son amour et de ce qu'elle était prête à faire pour lui.
Severus suffoquait. Se voir crier le nom de sa femme avait été trop fort pour lui. Se voir faire l'amour à sa femme avait été un supplice. Il se sentit glisser jusqu'à ce que ses genoux rencontrent le sol, entrainant Gabrielle avec lui.
La jeune fille le regardait de ses yeux baignés de larmes, les pommettes rougies par la honte. Lui aussi avait honte. De ce qu'il avait osé faire. De ce qu'il n'avait pas su arrêter. Sa lâcheté et sa bassesse avaient détruit la gamine. Il ne se pardonnerait jamais de l'avoir utilisée de la sorte.
- Tout doit cesser, murmura t-il d'une voix blanche.
- Je le sais, sanglota Gabrielle. Mais vous ne pouvez pas me chasser comme ça. Je n'ai plus personne, plus personne… Je vous en prie, gardez-moi auprès de vous…
- J'ai commis tellement d'erreurs…
- Vous avez peut-être commis des erreurs, mais j'ai profité de votre douleur. J'ai utilisé votre chagrin. Vous n'arriviez pas à oublier Herm…
- Taisez-vous ! lui intima t-il. Ne prononcez-pas son nom.
- Je suis désolée. Mais ne me laissez-pas toute seule… Je ne pourrais pas, je n'y arriverais pas…
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Le moment d'égarement qui avait suivi la découverte de ce lieu étrange avait fini par s'estomper, laissant place à la peur, et Hermione s'était mise à courir désespérément, comme une folle, comme une proie prise au piège, cherchant à échapper à ce continuum impalpable et brumeux. Mais elle ne savait pas où se diriger. Tout se ressemblait ici. C'était un cauchemar, un véritable cauchemar !
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Ce ne fut pas sans soulagement qu'il aperçut enfin l'auberge, éclairée par la faible lueur qui filtrait de ses carreaux en croisillons. Des bruits de vaisselle, de chaises que l'on trainait sur le sol, ainsi que des éclats de voix lui parvenaient de l'intérieur de la bâtisse.
L'enseigne, accrochée perpendiculairement à la façade par deux chaînes noires et qui représentait un dragon crachant du feu, ailes ouverte, se balançait au rythme des bourrasques de neige en grinçant.
Drago poussa la lourde porte de bois ceinte de quatre pentures en fer forgé et entra dans le vestibule. Après être resté si longtemps sous la neige et le vent glacé, la chaleur des lieux le fit presque vaciller. Il sentait la peau de ses joues lui bruler tandis que ses extrémités reprenaient doucement vie.
Un bref instant, presque tous les regards se tournèrent vers lui. Du moins, les clients de la salle principale ainsi que ceux accoudés au bar jetèrent un rapide coup d'œil en sa direction.
Il repéra une petite table en bois un peu en retrait à laquelle il prit place. Ce coin était plus sombre que le reste de la salle et bénéficiait d'un bon point de vue sans trop être exposé aux regards indiscrets. Il était peut-être en mission en Europe de l'Est, mais mieux valait-il ne pas trop chatouiller les cornes du diable… Le Lord avait des informateurs un peu partout et il aurait grand peine à expliquer les raisons de sa présence ici…
Il ôta son capuchon et écarta les pans de sa cape qu'il sécha d'un coup de baguette.
- Que puis-je vous servir ? salua un gros sorcier qui portait un tablier.
- Un whisky pur feu.
- Désolé, s'excusa le tavernier en se grattant le crâne, visiblement gêné, mais nous n'avons pas ce genre de breuvages par ici. J'ai du whisky arrangé, du vin de Hongrie, du lait de chèvre, de l'hydromel et de l'hypocras.
- Dans ce cas, apportez-moi du vin.
Le gros homme retourna vers le bar et donna la commande à une sorcière d'âge mûr, maigre, et portant un foulard très coloré sur son chignon. Elle lui donna un pichet et s'affaira de nouveau auprès de l'âtre de la cheminée sur lequel reposait un énorme chaudron. Une louche en remuait le contenu. La douce odeur de viande et de paprika qui se répandait dans l'air flatta ses narines et lui rappela qu'il n'avait rien avalé depuis la veille.
Las et affamé, Drago s'apprêtait à commander un plat de viande au tavernier qui revenait avec le vin, lorsque le but de sa venue se rappela à lui.
- Il paraît qu'on peut me renseigner ici… Je recherche, un étranger de mon pays, un homme, grand, aux cheveux noirs, maigre. C'est un Maître des potions…
- Ha ! Ha ! Ha ! s'esclaffa aussitôt le sorcier. Vous entendez-ça, continua t-il en se tournant vers les autres tables, cet étranger recherche l'autre déguenillé !
- Et qu'est-ce qui te fait rire aubergiste ? se raidit Drago en sortant sa baguette, le ton hautain de sa voix se détachant d'avantage sous l'affront fait à son parrain.
Comment ce gros sorcier, ce rustre dépourvu de la moindre éducation, pouvait-il se moquer de Severus Rogue ?
- Rien, je vous assure… se défendit l'interpellé, moins hardi sous la menace de la baguette. On vous a bien renseigné étranger. Cet homme passe régulièrement se restaurer ici depuis plusieurs semaines.
Les traits de Drago se détendirent immédiatement à l'annonce de cette bonne nouvelle. Severus était en vie ! Et en plus, il était bel et bien dans la région. Avec un peu de chance, il ne tarderait pas à le retrouver…
- D'ailleurs, vous avez de la chance, le voici justement qui entre…
Le jeune homme se tourna brusquement vers la porte pour voir Severus s'avancer dans la salle, une jeune fille maigre, aux longs cheveux d'un blond terne et au visage triste, à sa suite. Son cœur rata presque un battement à la vue de cet homme, jadis si fier et imposant, mais qui aujourd'hui n'avait plus rien de comparable avec ce sorcier qu'il avait craint, respecté et admiré pendant des années, peut-être d'avantage encore que son propre père. Ses robes noires étaient élimées et passées, le cuir de ses bottes tanné et craquelé. Il portait une barbe de plusieurs jours et semblait plus négligé que jamais.
Evidemment. Il errait à travers l'Europe depuis des mois, vivant certainement de petits services – surement en préparant des potions – qui devaient juste lui permettre d'assurer sa subsistance. Cette vision de Severus Rogue était véritablement choquante. Incongrue.
- Quand on parle du loup… s'amusa un sorcier au regard malveillant qui était accompagné de deux comparses à l'allure malfamée.
Drago vit la jeune fille se raidir tandis que Severus les ignorait, avançant vers une table libre. Mais au moment où ce dernier dépassa la table des trois hommes, un sort le percuta de plein fouet, le faisant s'effondrer sur le plancher.
- Severus ! Est-ce que ça va ? s'écria aussitôt la jeune fille, déjà agenouillée aux côtés du Maître des potions, alors que Drago se levait également.
Severus tenta de se relever en grognant mais retomba sur le sol.
- Ha ! Ha ! Ha ! Saoul comme un cochon ! T'en veut encore, hein ? ricana l'autre sorcier en faisant mine de lui balancer le contenu de son pichet d'hydromel.
- Non ! Arrêtez ! Espèce de brutes ! La jeune fille le protégeait de son corps en pleurant, serrant sa baguette d'une main tremblante, tandis que les trois hommes riaient de plus belle. Severus, je t'en prie… réagis… reprends-toi… Je t'en prie…
- Finite incantatem. La baguette pointée vers son parrain, le jeune homme mit fin au sortilège.
Puis, d'un mouvement vif, il dirigea sa baguette vers ces sorciers de sac et de corde et les pétrifia sur leur chaise. Un bref soupir, presque un sanglot, brisa le silence de l'auberge. La fille.
Drago plissa les yeux et soutint son regard. Il n'en revenait pas ! C'était la petite sœur de Fleur Delacour ! Ils l'avaient tous crue morte durant l'attaque de Searing Moor ! Elle le regardait, les yeux rougis et encore mouillés de ses pleurs. Comme elle avait changé la jolie petite princesse française ! La pauvreté de cette vie de nomade ne l'avait pas épargnée. Elle paraissait triste, comme vieillie avant l'âge.
- Gabrielle ?
- Oui, je me souviens de toi. Tu étais à Poudlard pendant le tournoi des trois sorciers, répondit-elle prudemment tout en aidant Severus à se relever. Tu n'aimais pas beaucoup Harry il me semble…
- C'est exact.
- Lâchez-moi. Je n'ai pas besoin de votre aide, maugréa le Maître des potions à l'attention de Gabrielle tout en l'écartant de lui.
Si la jeune fille tenait visiblement à Severus, Drago constata que ce dernier évitait son contact. Il était évident qu'un homme aussi fier que lui ne supportait pas d'être secouru, mais il n'y avait pas que ça… Son visage exprimait un dégoût qu'il peinait à cacher et le ton de sa voix transpirait de mépris.
- Bonjour Severus, plus qu'heureux de te revoir, entama t-il tout en allant à sa rencontre.
- Retourne d'où tu viens Drago.
Le jeune homme eut un bref mouvement de recul. Son parrain n'était pas homme à témoigner outre mesure ses sentiments, mais il ne s'était tout de même pas attendu à être reçu de cette façon !
- Sans vouloir te manquer de respect, j'ai parcouru l'Europe pour te retrouver, alors, hors de question que je quitte cet endroit. Je ne partirai pas sans toi.
- Dans ce cas, j'espère que tu n'es pas trop pressé de retrouver le confort de ton manoir… railla le Maître des potions.
- Hermione est vivante.
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Elle avait couru des heures durant avant de réaliser qu'elle n'était pas fatiguée et que sa persévérance ne servait à rien…
Je suis morte… c'est ça… je suis sûre que je suis morte… sanglota t-elle en se laissant choir sur le sol cotonneux.
Comment pouvait-il en être autrement ? Elle n'avait jamais entendu parler d'un tel phénomène. Etait-ce ce que l'on appelait l'au-delà, ou le paradis selon ses convictions religieuses ? Son instinct lui soufflait pourtant que le paradis ne devait pas ressembler à ça, que le paradis devait atténuer toute forme de douleur, réchauffer sa poitrine et apaiser son âme.
Or, à cet instant précis, Hermione avait plus mal que jamais. Son bébé que Percy avait arraché de ses bras… Son fils, sa chair, son sang... Et Severus… Comme elle avait pleuré Severus… Il est mort. Ce traitre n'a eu que ce qu'il méritait. Mort tu entends, mort ! Ces douleurs là étaient bien réelles, elles ! Elles ne faibliraient jamais, jamais.
Non, elle était bien vivante…
Et elle commençait à se souvenir. La colère de Percy.
Des détails lui revenaient en mémoire. Sa propre révolte, puis une dispute et des cris.
L'horreur s'imposa à elle. Le visage déformé de rage du jeune homme, ses coups, une chute, et puis rien… Plus rien.
Non, elle n'était pas morte, elle était dans le coma. C'était la seule explication logique.
Mais… avait-elle vraiment envie de revenir ? Avait-elle vraiment envie de se retrouver prisonnière d'un Mangemort pour le restant de ses jours ? Pourquoi ne pas s'endormir et rejoindre Severus ? Retrouver la chaleur de ses bras ? Pleurer d'aise au son réconfortant de sa voix de velours ? Dormir d'un sommeil profond, noir ?
Parceque mon bébé… mon bébé…
Son bébé était encore là, lui. Et il avait besoin d'elle. Plus que jamais. Qu'elle le sauve.
Oui, elle devait sauver son bébé ! Elle mit toute sa volonté, toute sa force pour essayer de revenir. Elle essaya, encore et encore, mais malgré ses efforts, rien n'y fit. Elle était coincée dans cet enfer…
J'aime beaucoup ce poème de Verlaine qui m'a inspiré le titre du chapitre. En y réfléchissant d'avantage, je me suis dit qu'il pouvait s'appliquer à plusieurs personnages de l'histoire...
* Stupeur et tremblements, encore deux mots chipés à un très bon auteur !
L'histoire avance un peu et les questions que vous vous posiez commencent à se dévoiler progressivement... Bien sûr, il y aura encore des rebondissements...
Sinon, détestez-vous toujours autant Gabrielle ? La réponse m'intéresse !
Merci d'avoir lu et à bientôt,
khalie
