10

- Mais pourquoi t'as pas utilisé la motoneige ?

Stiles était persuadé que, malgré les millions d'années d'évolution, l'homme possédait toujours un sixième sens. Bien enfoui maintenant, certes, mais pourtant toujours présent. Une sorte de petite alarme silencieuse dans la tête, couplée avec un tendon traitre dans le ventre au niveau des intestins, pour prévenir un abruti lambda dans son genre que les choses n'allaient pas tarder à déraper. Et au moment où Derek lui posa la question alors qu'ils arrivaient à peine et que Stiles descendait tout juste de la motoneige bleu ciel de son chauffeur, il ressentit cette petite sensation. Quelque chose se crispa dans son ventre pour l'avertir que ce qui allait suivre ne le mettrait pas tout à fait à son avantage, voire pas du tout.

Dans ce genre de situation, Stiles était généralement incapable de réfléchir. Lorsqu'il était adolescent, sa réaction était de parler à tort et à travers, ce qui le conduisait à chaque fois à passer pour un abruti. Aujourd'hui il se contentait de se taire et de regarder ailleurs en faisant mine de ne pas avoir entendu, ça marchait tout aussi bien et il se rendait moins ridicule. Evidemment, lorsque Derek le vit regarder le ciel comme si ce dernier était devenu brutalement rose fuchsia, il comprit.

- Tu ne sais pas t'en servir, soupira-t-il en descendant à son tour du véhicule.

- En même temps j'ai pas trouvé le mode d'emploi donc, tenta Stiles malgré lui avec un petit sourire.

Derek lui balança un regard qui lui fit penser à celui que son père lui avait adressé le jour où, enfant, il avait mis une araignée dans sa bouche parce qu'il ne voulait pas qu'elle attrape froid ; un regard paternaliste, désemparé et agacé à la fois, comme s'il hésitait entre le rassurer, rire ou l'engueuler.

- Bon, je vais te montrer, c'est pas difficile, déclara-t-il finalement – apparemment, il avait préféré jouer la carte de la neutralité.

- Nan mais c'est bon je t'ai vu faire, commença Stiles, vexé.

Cette fois, les yeux de Derek exprimaient clairement l'agacement le plus pur et il comprit qu'il était sur une pente glissante, aussi s'empressa-t-il d'ajouter en soupirant :

- Ok d'accord, tu me montreras.

Ils marchaient tous les deux vers la cabane lorsqu'il dit avec un sourire, incapable de s'en empêcher :

- Je préfère te prévenir : je confonds ma droite et ma gauche.

- Et ma main dans ta gueule, tu veux la confondre aussi ?! répliqua rageusement Derek en faisant volte-face.

Planté l'un devant l'autre, ils se défiaient franchement du regard et Stiles sentit la moutarde lui monter tout de suite au nez. Qu'il soit agacé et le prenne pour un idiot passe encore, même si ça faisait mal, mais il n'avait pas le droit de lui parler comme ça. Fébrile de se retrouver dans une telle situation conflictuelle avec un homme comme Derek alors qu'ils s'embrassaient à peine une heure plus tôt, Stiles parvint tout de même à rétorquer courageusement :

- Tu te prends pour qui pour me parler comme ça ?

- Et toi, qu'est-ce que tu as cru en venant t'installer ici, hein ? Tu t'es pris pour qui toi ?! lui balança Derek avec une rage froide et un calme inquiétant. Tu crois que n'importe qui peut venir vivre ici en plein hiver ?!

Stiles ouvrit la bouche mais la boule de culpabilité qui remonta dans sa gorge l'empêcha de parler. Comme il l'avait craint lorsqu'ils s'étaient retrouvés tous deux dans la grange, Derek était en train de lui reprocher ce qu'il s'était passé la nuit dernière. Le voyant déstabilisé, ce dernier continua :

- Espèce de petit con ! Tu crois qu'on a que ça à foutre de s'occuper d'un imbécile même pas capable de veiller sur un bébé chien de deux semaines ?! Bordel, je t'ai trouvé à moitié mort !

Avec horreur, Stiles sentit ses yeux devenir brûlant de larmes et la honte se disputa en lui à la colère avant que celle-ci ne gagne, alors, avec une violence qui le surprit lui-même, il frappa son voisin d'un coup violent sur la poitrine.

- Je t'emmerde ! hurla-t-il d'une voix stridente.

Derek fit un pas en arrière sous la surprise – évidemment, ce n'étaient pas les maigres forces de Stiles qui allaient le faire reculer. Ce dernier laissa couler ses larmes, plus du tout préoccuper par une quelconque fierté débile, mais simplement anéanti par cette terrible vérité : Derek lui en voulait tout comme lui il s'en voulait.

- Si tu me trouves aussi con je peux savoir pourquoi tu me l'as confié ce chien ?! s'écria-t-il à nouveau, la voix brisée de sanglots. Connard !

Il agrémenta cette belle expression d'un nouveau coup que Derek encaissa moins stoïquement que le premier : les sourcils froncés et le regard noir, il tenta d'attraper les mains de Stiles pour l'arrêter mais ce dernier l'évita souplement et se dirigea aussitôt vers sa maison, les joues pleines de larmes, les jambes tremblantes et le cœur affolé.

Il se jeta si violemment sur la porte d'entrée qu'elle s'ouvrit d'un seul coup puis il se planta dans la petite pièce, les yeux sur l'endroit où aurait dû normalement se trouver le nid de fourrure où Amarok était mort. Mais il n'y avait rien, pas même une seule goutte de sang. Lorsqu'il entendit les pas de Derek derrière lui, il se retourna. Ses yeux lançaient des éclairs.

- Il est où ? demanda-t-il durement.

Derek fronça les sourcils sans répondre.

- Il est où, qu'est-ce que t'en as fait putain ?!

- J'ai enterré ce qu'il restait, gronda simplement Derek.

La retenue dont il faisait preuve acheva de rendre Stiles ivre de rage et de douleur. Les lèvres pincées et livide de colère, il attrapa un morceau de buche et tenta de frapper Derek avec. Evidemment, ce dernier n'eut aucun mal à dévier le coup et le repoussa même d'une frappe à l'épaule qui l'envoya s'écraser contre la cheminée froide. Là, il lâcha son arme ridicule et se mit à pleurer en baissant la tête.

Contrairement à ce qu'il pensait Derek s'avança sans attendre et le prit dans ses bras. Ce n'était pas un câlin de réconfort, mais simplement un geste humain un peu brusque pour s'excuser de son comportement et lui faire comprendre qu'il n'était pas seul. Stiles ne lui rendit même pas son étreinte, tout entier tourné vers sa tristesse. A bien y réfléchir, peut-être était-ce aussi le contre-coup de sa peur qui se manifestait enfin, il lui avait paru étrange de se sentir si bien ce matin après la frayeur de cette nuit. L'ennui, c'est que ça lui arrivait devant Derek !

- J'aurais pas dû te parler comme ça, déclara celui-ci d'une voix tendue. Désolé.

Stiles répondit d'un soupir agacé mais Derek sembla comprendre que c'était à cause de la honte et non pas parce qu'il l'ennuyait, alors il ne bougea pas, les bras toujours refermés autour de ses épaules tremblantes.

- T'avais raison, bafouilla Stiles derrière ses reniflements. J'ai été con de venir ici. J'ai pas réfléchi, et …

Il soupira encore, renifla une dernière fois, puis releva la tête. Derek se recula pour le libérer. Gêné, Stiles s'essuya les joues en évitant de le regarder.

- Non, c'est courageux, lui dit le chasseur. Inconscient mais courageux. Mais t'imagines pas la trouille que ça m'a foutu ! J'ai cru que t'étais mort.

Stiles lui adressa un sourire timide et amusé à la fois. C'était tout de même drôle que cet homme si bourru et indifférent au premier coup d'œil se fasse autant de soucis pour lui. Tout à coup, il repensa à ses paroles précédentes et la phrase raisonna dans sa tête :

- Bordel, je t'ai trouvé à moitié mort !

Pourtant, s'il se souvenait bien, c'était Laura qui l'avait découvert étendu dans la neige. Certes, ses souvenirs étaient un peu confus à cause de la fatigue et de la peur, mais il était pratiquement certain que c'était elle, et non son frère, qui l'avait relevé. Mais avant ça, il y avait eu le loup. Il était venu le renifler, lui avait même donner des coups de pattes. Sur le moment, Stiles avait cru que c'était une sorte de réflex animal pour vérifier si la proie était toujours vivante mais … et si, en faisant ça, le loup avait voulu l'aider à garder conscience ? S'endormir dans la neige par une si basse température, c'était se condamner à mort. Le loup l'avait-il sauvé ?

Les sourcils froncés, Stiles baissa les yeux sur le manteau noir que portait Derek et se souvint immédiatement de cette vieille légende, très vite narrée par Ahtna, sur les hommes capables de se transformer en loup s'ils en revêtaient la peau.

Face à lui, Derek fronça les sourcils à son tour et son regard s'obscurcit. Taquin, le garçon lui demanda :

- T'as vraiment eu peur ?

Puis il sourit de la réaction boudeuse du chasseur qui se renfrogna, partagé entre la gêne et la colère résiduelle. Sans rien répondre, ce dernier ferma la porte et s'accroupit devant la cheminée pour faire démarrer un feu. Immobile, Stiles le regardait faire. Il avait des palpitations. Il s'attendait à ce que Derek parte tout simplement après cette petite dispute, ou qu'il le traine dehors pour l'assoir de force sur cette foutue motoneige et lui apprendre comment s'en servir, mais certainement pas à ce qu'il reste là, sans rien dire. Ni même à ce qu'il enlève son manteau.

- Euh …, tenta-t-il maladroitement.

- « Que du sexe » ne fait pas partie de ton vocabulaire, je l'ai bien compris, déclara sérieusement Derek en le regardant droit dans les yeux. Mais un peu de chaleur humaine te fera du bien je crois. Et à moi aussi.

- C'est ça ton excuse pour avoir envie de coucher avec moi ?!

- Pas totalement.

- Et en explication complète, ça donne quoi ?

Derek eut un petit sourire en coin et répondit :

- Tu es quelqu'un de généreux.

Sceptique, Stiles arqua un sourcil puis grimaça.

- C'est le truc le plus bidon que j'ai jamais entendu ! déclara-t-il dans un soupir. J'aimerai qu'un jour quelqu'un me dise que je suis beau, ou même carrément sexy.

Derek se contenta de le regarder sans rien dire. Pour un peu, Stiles allait vraiment finir par se vexer.

- Tu pourrais dire quelque chose quand même ! lança-t-il. Genre : évidemment que je te trouve sexy !

- Je n'aime pas spécialement les gens sexy, se justifia Derek avec un haussement d'épaule. Je préfère ceux qui ont quelque chose de moins superficiel à m'offrir.

Etrangement, ces mots firent rougir Stiles qui se mordilla la lèvre. Il décida de cacher sa gêne derrière une boutade :

- Ça ça veut dire que je ne suis pas sexy … et maintenant quoi, on se saute dessus ?

- S'embrasser simplement pour commencer ce serait pas mal, répliqua très sérieusement Derek en s'approchant.

- Attends, ça fait presque un an que je ne l'ai pas fait avec un homme, je ne suis pas sûr de …

- Trois ans pour moi.

- Ok, tu m'as battu, mais je n'ai ni capote ni quoi que ce soit d'autre …

- J'en ai amené. Pourquoi tu cherches la petite bête ? Je vais finir par croire que t'as peur.

- Ah d'accord, donc en fait en me raccompagnant chez moi t'avais prévu dès le début qu'on … j'ai pas peur c'est pas vrai ! En plus !

Mais Derek lui coupa la chique d'un baiser. Stiles recula instinctivement sans qu'il ne cherche à le retenir, puis ils se regardèrent en silence quelques secondes. Le sexe de Stiles se mit immédiatement à pulser dans son pantalon, preuve qu'il était véritablement en manque de contact. Dès que la sensation remonta dans son corps jusqu'à sa tête en passant par ses reins, il rendit les armes et embrassa Derek à son tour, assez avidement, qui lui rendit immédiatement son baiser.

Comme tout à l'heure dans la grange, Stiles enfouit ses deux mains dans les cheveux épais et noirs de son amant, appréciant leur douceur mais aussi la fraicheur qui s'en dégageait encore. Un bref moment de lucidité lui fit réaliser qu'il n'avait jamais vu Derek avec un bonnet ou une écharpe, il n'avait toujours porté que ce foutu manteau noir. Des mains froides et dures s'introduisirent sous ses vêtements pour lui caresser le dos, lui arrachant un gémissement surpris puis des frissons. L'ayant ainsi attrapé, son compagnon le tira vers la chambre.

Dès qu'ils furent près du lit, Stiles retira son écharpe puis sa parka, et s'apprêtait à faire de même avec le pull mais Derek l'arrêta en déclarant d'une voix rauque :

- Il fait trop froid.

Effectivement, la pièce était encore glaciale malgré le feu tout juste allumé.

- On ne va quand même pas faire ça avec le pantalon sur les chevilles, répliqua Stiles, essoufflé.

- Non, répondit sérieusement Derek. Enlève le tiens et met-toi sous les couvertures.

Stiles ne se le fit pas dire deux fois et se glissa rapidement dans le lit, les jambes nues et le pull sur les cuisses. Il se mit aussitôt à claquer des dents tant c'était glacé là-dessous, mais dès qu'il vit Derek se déshabiller une chaleur suffocante lui monta à la tête et le rouge colora ses joues pâles. Toujours vêtu de son pull, son amant le rejoignit dans le lit pour se placer aussitôt sur lui. Stiles ouvrit la bouche mais un baiser lui coupa la parole et il referma ses bras autour du corps au-dessus du sien.

D'accord, ce n'était pas des plus spontané ni même particulièrement romantique, mais tout semblait pourtant parfaitement naturel et Stiles ne ressentait aucune gêne particulière malgré le bref accrochage qu'ils avaient eu. De toute façon, avec leurs caractères totalement opposés, il était normal qu'ils se prennent un peu la tête parfois, et à vrai dire il préférait ça. Comme ça, aucune chance qu'il s'attache trop.

Très vite, Derek se mit à lui caresser les hanches puis les cuisses en ne cessant pas de l'embrasser. Une érection douloureuse eut vite fait d'arracher des gémissements incontrôlables à Stiles, qui se dit qu'une si longue abstinence n'avait pas été très malin de sa part, et que, finalement, évacuer cette tension sexuelle lui ferait effectivement du bien. Et d'après ce qu'il sentit contre sa jambe, Derek était dans le même état que lui.

Néanmoins, ce dernier ne se précipita pas, bien au contraire ; il prit le temps de découvrir sa peau puis, après avoir quitté ses lèvres, s'attaqua à son cou avant d'y enfouir son visage, comme s'il recherchait un peu de chaleur, tout en le caressant toujours lentement. Au bout d'un moment Stiles finit par en ressentir une légère frustration et remonta ses jambes en les écartant. Derek s'y installa confortablement en soupirant dans le creux de son oreille mais les choses n'en allèrent pas plus vite.

Il était doux et patient, semblait prendre délibérément son temps pour qu'ils se réchauffent ensemble et, de fait, la température monta rapidement sous les couvertures et les fourrures tandis que celle de la pièce était encore fraiche. A la frustration succéda vite l'agacement. Stiles aurait préféré que son amant se montre plus brutal, plus empressé. Pas parce qu'il aimait être brutalisé, au contraire, il aimait que les choses prennent leur temps, il aimait découvrir intimement la personne avec qui il couchait, mais là, ce n'était pas son but. Ce qu'il voulait s'était assouvir rapidement son désir physique sans que ses sentiments ne soient touchés. Mais si Derek continuait comme ça, il allait finir par bien trop aimer.

Dès que leurs sexes commencèrent à frotter l'un contre l'autre, Stiles ne put retenir un gémissement plaintif et ferma les yeux. Il pouvait bien baisser les armes, après tout il ne s'agissait que d'une fois, ça ne voulait pas dire qu'il allait s'attacher, avoir le cœur brisé, et se faire mal tout seul, encore. Les mouvements de hanche de Derek étaient lents et légers pourtant les sensations que cela lui procurait étaient incroyablement intenses.

Sans aucun geste excessif Derek sortit le préservatif de son petit emballage puis engouffra sa main entre leurs deux corps, le visage toujours enfoui dans le creux du cou de Stiles, qui haletait. Il avait la tête en feu et les jambes tremblantes et avait totalement cessé de réfléchir depuis plusieurs minutes. Derek le prépara avec une telle douceur que Stiles ne ressentit aucune douleur jusqu'à ce qu'il le pénètre avec une extrême lenteur.

Serrant les dents, Stiles siffla et s'agrippa aux draps, la tête tournée sur le côté. Oui, maintenant il se souvenait que, sexuellement, il avait un peu de mal avec les hommes. Malheureusement ça ne lui revenait à l'esprit que lorsqu'il se retrouvait dans ce genre de situation délicate, car le sexe n'était pas la chose à laquelle il pensait tout de suite. C'était toujours plus difficile pour lui qu'avec une femme car, autre que la douleur, c'était cette impression de soumission qui le mettait mal à l'aise. Il s'offrait sans vraiment réfléchir – ça ne lui était même pas venu à l'esprit de demander à Derek lequel des deux serait en-dessous – pour ne réaliser qu'après qu'il n'aimait pas forcément la situation.

Malgré les caresses et les baisers, malgré la lenteur de ses va-et-vient patients, Derek ne parvint pas tout à fait à le mettre à l'aise et Stiles évita soigneusement de le regarder, soit en fermant les yeux, soit en tournant la tête. Jusqu'à ce qu'un orgasme violent le secoue des pieds à la tête sans qu'il ne le sente venir. Il ne réussit à pousser qu'un bref cri de surprise étouffé avant que son souffle ne se coupe, le laissant essoufflé et tremblant.

Derek soupira contre sa gorge, lui arrachant un nouveau frisson, puis caressa sa peau de ses lèvres, sa barbe imprimant de légères rougeurs sur son passage. La tête légère et le cœur battant à ses oreilles, Stiles gémit. Il n'avait pas l'impression d'avoir éjaculé et n'avait pas non plus le souvenir d'avoir déjà ressenti quelque chose de semblable ; c'était comme si son corps avait été secoué de l'intérieur en un point bien précis, et il comprit qu'il devait très certainement s'agir de sa prostate. Bien sûr, Derek n'était pas le premier à l'atteindre, mais contrairement à ce que beaucoup de gens croyaient ce n'était pas si facile que ça et Stiles, depuis cinq ans qu'il avait une vie sexuelle avec des partenaires masculins, n'avait malheureusement pas beaucoup connu cette sensation. N'allez pas croire que la prostate soit un bouton magique facile d'accès, bien au contraire.

Un peu groggy, Stiles soupira puis déplia ses jambes qui tremblaient bien trop et les étendit dans le lit. La chaleur était devenue très intense sous les fourrures grâce à leurs deux corps alors que la pièce se réchauffait bien plus lentement. Derek, après lui avoir grignoté la gorge, reprit ses mouvements et Stiles poussa un gémissement plaintif lorsqu'un long frisson lui secoua les jambes en partant des reins.

L'intense sensation qu'il avait ressentie ne revint pas, remplacée par un plaisir plus discret qui le fit gémir sourdement après quelques minutes, surtout lorsque son amant prit le temps de le masturber entre quelques va-et-vient.

C'est tout naturellement que cet échange et ce partage entre eux prit fin : Derek jouit le premier, les hanches prises de quelques soubresauts, le souffle haché, puis Stiles quelques instants après lui lorsqu'ils recommencèrent à échanger des caresses. Le soulagement que cela lui procura abattit sur lui une immense fatigue ; il avait la tête légère et le corps lourd et ne voulait plus qu'une seule chose : s'endormir.

Derek, toujours sur lui, le visage contre son cou, reprenait lentement son souffle. Il n'avait pas l'air de vouloir bouger, et semblait même sur le point de sombrer lui aussi dans le sommeil.

Timidement, Stiles lui caressa le dos à travers le pull jusqu'à atteindre sa nuque puis sa tête et il plongea les doigts dans les épais cheveux noirs. Il avait un peu honte de s'être montré si distant maintenant qu'il réalisait à quel point Derek, en étant si doux avec lui, s'était livré et découvert, mais il n'avait que cette solution pour se protéger.

Comme s'il avait deviné ses pensées, celui-ci se redressa brusquement et le regarda. Surpris, Stiles ouvrit les yeux et, voyant son regard très sérieux, fronça les sourcils. Est-ce qu'il allait se vexer ? Est-ce qu'il s'était rendu compte de la distance qu'il avait gardé ? Mais Derek se contenta de dire, avec un petit sourire au coin des lèvres :

- T'es très discret quand tu jouis.

A la chaleur qui lui monta immédiatement à la tête Stiles devina sans trop de difficulté qu'il rougissait.

- Ça veut dire quoi ça ? répliqua-t-il, gêné.

- T'es toujours en train de parler à tort et à travers, répondit Derek, l'air de rien. En temps normal tu es très bruyant, alors je pensais que tu serais plus … expansif.

- T'aurais préféré que je crie ? Genre pour impressionner les voisins, qu'ils sachent que t'es un super coup ? Ce qui est complètement con puisque j'ai pas de voisins. Les écureuils peut-être ?

- Tu vois, tu babilles encore.

Stiles repoussa son amant avec un claquement de langue agacé. Souriant, Derek bascula sur le côté et s'allongea. Le froid remplaça aussitôt la chaleur de son corps alors Stiles remonta les couvertures sur lui, craignant de se mettre à claquer des dents.

- Donc je suis un super coup ? s'amusa Derek.

- T'es chiant là. D'ordinaire on ne peut pas t'arracher trois mots sans récolter un regard noir.

- Le sexe me rend bavard.

- T'aurais pu me prévenir ah !

Stiles éternua brutalement. Il ne l'avait pas vu venir celui-là. Reniflant, il termina sa phrase :

- Avant.

Sans répondre, Derek sortit des couvertures sous lesquelles Stiles se recroquevilla davantage, assaillit par le froid, puis quitta la chambre. Son pull lui arrivait aux hanches, il n'était donc pas assez long pour cacher ses fesses et en offrait ainsi une vue imprenable au garçon qui rougit instantanément. C'était la première fois qu'il voyait un derrière masculin aussi rebondi ! Derek étant toujours vêtu de fourrures et de vêtements larges il n'avait jamais remarqué à quel point cette partie de son anatomie était musclée. Encore un peu et il se mettrait à complexer.

Au bruit qui lui parvint du salon il comprit que Derek était en train de nourrir le feu de la cheminée, puis il l'entendit manipuler la cuisinière et quelques ustensiles. Allait-il cuisiner à nouveau son steak d'élan ? A cette pensée, Stiles sentit son ventre gronder. Mis à part le bouillon de Laura auquel il n'avait pratiquement pas touché, il n'avait rien avalé d'autre de la journée.

Malheureusement, Derek revint après quelques minutes avec seulement deux tasses fumantes à la main. Evidemment, il ne portait toujours pas de pantalon, et évidemment Stiles eut une vue là aussi imprenable. L'air de rien il accepta le café que lui tendait son amant qui, avec un sourire discret, reprit sa place dans le lit en soupirant, heureux apparemment de retrouver la chaleur des couvertures, puis sirota son breuvage. Afin de cacher sa gêne, Stiles y plongea lui aussi le nez mais écarta bien vite la tasse de son visage avec un glapissement.

- Ah non ! s'écria-t-il, les yeux larmoyants. C'est le Debout-les-morts, c'est ça ?

Derek acquiesça en silence, la bouche pleine de café alcoolisé.

- Il y a vraiment de la gnôle dans tout ce que vous préparez, c'est dingue ! s'exclama encore Stiles. Même dans le bouillon, tout à l'heure, ça puait l'alcool !

- L'ingrédient principal c'est de la graisse d'élan, on rajoute pas mal d'épices et des morceaux de viande qui fondent dedans.

- Ouais, n'essaye pas de me faire croire qu'il n'y a pas cinquante pourcents d'alcool là-dedans, comme dans ce café !

- Bois, ça va te redonner des couleurs.

- Ah mais arrêtez avec ça à la fin ! J'ai toujours eu la peau blanche, d'accord ?

Stiles était tellement agacé que, sans prendre garde, il renversa un peu du contenu de sa tasse sur les fourrures.

- Même en Californie je suis pâle comme un cul, ok ? lança-t-il vivement.

- Allez, bois, arrête de faire ta fillette, sourit Derek avant d'avaler une nouvelle gorgée.

- Je vais te le balancer à la gueule ton café …

Néanmoins, non sans grimacer, Stiles but timidement une rasade minuscule puis grimaça aussitôt. Le liquide brûlant dévala son œsophage en laissant une terrible amertume derrière lui et tomba dans son estomac comme une brique de plomb pour se mettre aussitôt à diffuser dans tout son corps, depuis son ventre, une chaleur agréable.

- Ouais ok, concéda-t-il de mauvaise grâce. C'est vrai que ça réchauffe.

Derek le laissa boire encore quelques minutes avant de se pencher pour déposer sa propre tasse au pied du lit et de lui prendre la sienne des mains pour faire de même.

- Tu permets, j'avais pas fini ! lança Stiles, rougissant.

Il avait immédiatement deviné ce que son compagnon avait en tête, et ce fut encore plus évident lorsque ce dernier souleva les couvertures pour venir sur lui.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- A mon avis ça ne se reproduira pas avant un moment, répondit Derek d'un air pragmatique, alors j'en profite tant que tu ne m'as pas foutu dehors.

- C'est le truc le plus salop que j'ai jamais entendu !

Révolté, Stiles tenta de repousser son assaillant mais ce dernier sourit et, fermement, engouffra une main entre ses cuisses, lui arrachant un couinement.

- Lâche-moi ou je crie ! s'amusa le garçon.

- Pour avertir qui, les écureuils ? répliqua Derek avant de plonger sous les couvertures.

Stiles retint son souffle puis gémit et s'agrippa aux draps. D'accord, il n'allait pas se mentir, ce satané bûcheron asocial était sacrément doué. Surtout avec sa langue.

...

- C'est pas compliqué, tu t'assois et tu tournes la clef, déclara Derek.

- Si tu commences en me prenant de haut ça va m'énerver, grommela Stiles.

Il obéit néanmoins et s'installa sur la motoneige, les mouvements quelque peu entravés par les épais vêtements de fourrure qu'il avait enfin accepté d'enfiler. Ses bras et ses jambes étaient maintenant tellement volumineux qu'il lui fallait voir l'espace autrement. L'air gauche, il attrapa le guidon du véhicule.

- Accélération sous le pouce droit, frein sous la main gauche, lui dit Derek avant de replacer sa jambe d'un coup de pied en déclarant : évite de la foutre sur les roues. C'est très maniable alors ne tourne pas trop brusquement, sinon tu te retrouves dans un arbre.

- Maniable ?! répliqua vivement Stiles. Avec le poids que ça fait ?

- C'est pour ça que les débutants se plantent souvent. Mais crois-moi ça tourne facilement, surtout avec ce genre de modèle.

- Et le gros bouton rouge au milieu du guidon c'est quoi ?

- Le coupe-circuit, ça arrête le moteur.

Stiles se racla la gorge, pas trop à l'aise. Il bougea plusieurs ses doigts pour s'habituer à la pression du frein et de l'accélérateur. Les gants qu'il portait étaient tellement épais qu'il avait l'impression d'avoir les mains anesthésiées ! Ça, c'était un coup à appuyer trop fort et partir trop vite. Derek lui mit un nouveau coup de pied dans la jambe, le faisant sursauter.

- Mais arrête ! s'emporta-t-il en grimaçant. Tu me fais mal !

- Alors ne les fout pas sur les roues, répliqua calmement son professeur. Laisse-les à l'intérieur du rail.

- Le quoi ?

- Le repose-pied là.

Stiles se pencha et replaça correctement sa jambe là où lui indiquait Derek.

- Pour tourner faut surtout utiliser le poids de son corps, reprit ce dernier.

- Je croyais que c'était facile à manier ? contra Stiles.

Derek fronça les sourcils. A voir ses lèvres pincées, il était facile de deviner qu'il commençait déjà à perdre patience.

- Le guidon n'est pas difficile à tourner, reprit-il d'un air agacé. Mais la neige, c'est pas de l'asphalte, on s'enfonce dedans. Tu dois accompagner la motoneige avec ton corps pour lui donner plus d'adhérence sans bouler de l'autre côté.

- Ok, j'ai compris, acquiesça Stiles, de plus en plus excité.

- Alors moteur.

Sans attendre de réponse de sa part, Derek alluma l'engin. Un rugissement sonore éclata aussitôt aux oreilles de Stiles, le faisant sursauter malgré qu'il soit habitué à l'entendre puisqu'il était plusieurs fois monté derrière Laura. De fait, ces quelques petites expériences en tant que passager l'avait rendu plus confiant. En réalité, ce n'était pas le fait de conduire lui-même qui le stressait, c'était surtout d'avoir Derek comme professeur.

D'une tape sur la main droite, celui-ci lui demanda d'accélérer alors, tout doucement, Stiles força sur la petite manette avec le pouce. Sauf que, ne sentant rien à cause du gant, il appuya trop fort, comme il le craignait, et l'engin fit un petit bon en avant. Violemment secoué, Stiles préféra relâcher l'accélérateur. Il n'avait avancé que de quelques centimètres. D'une nouvelle tape impatience, Derek lui demanda de recommencer puis s'écarta.

Cette fois, Stiles dosa plus modérément et put avancer lentement sur près de deux ou trois mètres sans difficulté. Fier comme un coq, il se retourna pour adresser un immense sourire à Derek qui lui répondit d'un geste de la main. Comprenant qu'il lui disait de continuer sur la route, Stiles accéléra un peu plus, excité par cette sensation grisante de puissance qu'il pouvait commander d'une pression du pouce. L'ennui c'est qu'il y avait un petit virage à la sortie du périmètre de la maison mais, ragaillardi par sa réussite, il décida de le tenter. Il braqua vers la gauche, pencha son corps, et ne vit cette haute congère qu'à la dernière minute. Evidemment, le nez de la motoneige s'encastra dedans pour s'y enfoncer généreusement et, penché sur le côté, Stiles manqua de peu d'être éjecté. Secoué, il jura. Le moteur rugit en réponse et l'engin s'enfonça davantage dans la neige dure jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il appuyait toujours sur l'accélérateur. Il leva donc le pouce et appuya sur les freins de la main gauche.

Parvenu près de lui, Derek lui donna un petit coup sur le bras pour attirer son attention et lui fit signe de couper. Stiles obéit et le moteur se tut aussitôt.

- T'as compris maintenant la différence entre maniable et facile à diriger ? lui demanda Derek.

- Ouais, j'ai compris ouais.

Effectivement, si le guidon était assez facile à manipuler, garder le contrôle de la trajectoire était une autre histoire.

- Va falloir reculer maintenant.

- Comment je fais ? demanda Stiles en ouvrant grand les deux mains.

Derek était en train de lui expliquer la façon dont il allait devoir s'y prendre lorsqu'une détonation retentit et résonna tout autour d'eux. Elle fut si forte que Stiles, surpris, rentra la tête dans les épaules. Immédiatement, son compagnon tourna la tête vers la forêt derrière la maison, les sourcils froncés et l'expression grave. Le voyant à l'écoute, Stiles jugea plus prudent de garder le silence et attendit en tendant lui aussi l'oreille. Une seconde détonation le fit sursauter.

- C'est vachement proche ! lança-t-il sans pouvoir s'en empêcher.

- Mmh, répondit simplement Derek.

Immobile, il ressemblait, ainsi vêtu de sa peau de loup noire, à un chien aux aguets.

- T'y vas pas ? lui demanda Stiles.

Derek le regarda intensément, comme s'il réfléchissait. Ou hésitait.

- C'est ton boulot non ? lança le garçon un peu avant qu'une troisième détonation n'éclate.

Cela semblait se rapprocher et à voir l'expression soucieuse qu'arborait son compagnon, il n'était clairement pas tranquille.

- Allez vas-y, déclara Stiles que le bruit avait à nouveau fait sursauter. Ou alors je vais encore me retrouver avec un glouton enragé !

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit que Derek hésitait toujours.

- Je vais me débrouiller pour remettre la motoneige en place, sourit-il en tentant de paraitre confiant.

- Ok, concéda finalement Derek. Mais tu ne restes pas dehors.

- Oui papa.

Si une nouvelle détonation n'avait pas résonné à ce moment-là Stiles aurait sans aucun doute eut le droit à un regard assassin mais son amant se tourna à nouveau vers la forêt, la mine soucieuse, avant de finalement se diriger à grand pas vers son propre véhicule. Il en sortit rapidement son fusil, apparemment accroché au porte-bagage, et prit immédiatement la direction de la forêt. Après deux ou trois mètres, il se retourna et cria à Stiles de se dépêcher de rentrer puis s'éloigna rapidement.

Resté seul, Stiles le regarda disparaitre entre les arbres, petit point mouvant et noir sur l'immensité blanche de la neige. Il tendit à nouveau l'oreille, toujours agrippé au guidon de sa motoneige accidentée, mais les coups de feu s'étaient tus.

Il décida néanmoins de ne pas perdre de temps et remit le moteur en marche. Il manœuvra doucement pour sortir de cette congère puis recula et arrêta le véhicule là où il était préalablement garé avant d'en descendre. Ses jambes tremblaient, exactement comme cette fois où il était monté sur un quad pour la première fois, ou encore sur la moto de Scott. Mais ce n'était que l'adrénaline.

Une brusque détonation le fit sursauter et il courba le dos en retenant un cri de justesse. C'était vraiment très proche. Pas très rassuré, il s'empressa de remettre la bâche sur la motoneige et s'enferma précipitamment chez lui. S'installèrent alors des heures d'attente ponctuées de coups de feu sporadiques qui semblaient parfois très lointains, et parfois beaucoup moins. Evidemment, il repensa à la nuit précédente où il avait cédé à la panique, et son cœur se serra au souvenir de la mort d'Amarok mais il préféra le chasser de ses pensées. C'était une tragédie pour lui, évidemment, mais il était inutile de se torturer avec ça, le mal était fait. Maintenant, il s'agissait de ne plus commettre d'erreurs du même genre.

Lorsque la nuit finit par tomber, Stiles commença vraiment à s'inquiéter de ne pas voir revenir Derek et ne cessa de faire des va-et-vient pour regarder dehors, alternant entre la petite fenêtre du salon et celle de la chambre. Etait-ce ce que Laura vivait et ressentait chaque fois que son frère s'absentait pour partir en forêt ? C'était insupportable. L'inquiétude fut vite remplacée par l'agacement, car Stiles ne comprenait pas pourquoi il se prenait tant la tête avec ça. Non seulement Derek savait ce qu'il faisait, après tout c'était un professionnel, mais en plus il se faisait l'impression d'être une femme au foyer esseulée qui s'inquiétait pour son Neandertal de mari parti chasser !

Evidemment, dès qu'il se fit cette réflexion, il s'imagina Derek vêtu d'un pagne et armé d'une lance et pouffa de rire, ce qui eut au moins le mérite de le calmer un peu. Lorsque son estomac se rappela à lui, la nuit était tombée depuis un moment. L'oreille tendue, Stiles se rhabilla et osa une sortie, attentif, afin de ramener de la glacière un morceau d'élan congelé. Les coups de feu avaient cessé mais le silence qu'ils avaient laissé derrière eux était plus terrible que tout. Comme si la forêt, pour échapper à la violence, préférait se taire. Dehors, Stiles découvrit qu'il avait recommencé à neiger ; les flocons tombaient fortement, tellement compacts qu'ils formaient un rideau blanc aveuglant. Il n'en voyait même plus sa propre motoneige, qui n'était pourtant qu'à trois ou quatre mètres du garage. Comment Derek faisait-il pour se localiser dans les bois avec un temps pareil ?!

S'ébrouant, Stiles tenta de chasser ces réflexions et retourna s'abriter en serrant contre lui sa nourriture. Il n'était resté dehors que quelques secondes mais il était tout de même couvert d'une belle couche de neige et son nez était insensible. Il se hâta de retirer son manteau et ses bottes puis se colla devant la cheminée pour se réchauffer, les mains tendues en avant. Evidemment, il n'avait pas mis ses gants avant de sortir. Derek avait raison, il ne retiendrait la leçon que lorsqu'il aurait perdu un doigt !

Qu'est-ce qui pouvait bien le retenir dehors ? Les coups de feu avaient cessé, il n'avait donc aucune raison de s'attarder. Peut-être s'était-il perdu, blessé, ou les deux. Peut-être que la neige qui tombait l'empêchait de retrouver son chemin.

- Ah putain ! se dit-il en frottant vigoureusement ses mains l'une contre l'autre.

Cette attente était insupportable ! Et en même temps il se sentait ridicule à s'inquiéter autant et tentait lâchement de se persuader qu'il ne fallait pas qu'il se ronge les sangs ainsi, sinon il allait finir par bien trop s'attacher. D'ailleurs, le fait qu'il ne soit pas tranquille signifiait peut-être que c'était trop tard …

Le hurlement d'un loup le figea littéralement sur place. Le souffle coupé, immobile devant le feu, il écoutait, les yeux écarquillés. Un long frisson remonta sa colonne vertébrale et il déglutit. L'animal semblait proche, mais peut-être n'était-ce que l'effet de son imagination. Après tout, il en avait déjà été victime le jour où il avait ramené le chiot chez lui après sa dernière rencontre avec le prédateur en fourrure noire.

Il fit un bond et poussa un cri lorsque la porte s'ouvrit brutalement pour livrer passage à un véritable bonhomme de neige armé d'un fusil. Stiles fit un pas en arrière avant de reconnaître Derek recouvert de poudreuse encroutée de glace immaculée des pieds à la tête.

- Putain tu m'as fait peur ! s'écria le garçon.

Pour toute réponse, Derek ferma la porte, retira son épais bonnet – c'était la première fois qu'il le voyait avec – et abaissa l'écharpe qu'il avait remonté jusqu'à ses yeux pour se protéger de l'air glacé. Malgré tout, les courts poils de sa barbe étaient blancs et raides de givre.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Des chasseurs ont tenté de séparer un élan d'un troupeau en tirant en l'air pour créer un mouvement de panique, répondit durement Derek en calant son fusil contre le mur. Mais ces abrutis se sont fait charger et il y a eu un blessé.

- C'était … prévisible …

Lorsque leurs regards se croisèrent, Stiles sentit son cœur faire un bond. Autour de la bouche de Derek, il y avait des traces de sang.

- Non ? demanda-t-il en tentant de garder contenance.

- Oui. Des amateurs encore ! Ras-le-bol de courir sauver ce genre de bouffons !

Enervé, il retira son manteau totalement blanc de neige avec des gestes secs et l'accrocha à côté de la cheminée en grommelant. C'était la première fois que Stiles voyait Derek franchement énervé ; agacé, ennuyé et renfrogné, il connaissait, mais le voir véritablement en colère c'était autre chose. Immobile et hésitant, il se contenta de le fixer pendant qu'il retirait ses gants à gestes brusque. Pourquoi avait-il du sang sur les lèvres ? Il tentait de ne pas les regarder pour que Derek ne découvre pas qu'il l'avait vu, mais c'était plus fort que lui. Finalement, prudemment, il dit en désignant sa propre bouche à l'aide de son index :

- Tu as du sang là.

D'un revers de manche agacé, Derek s'essuya et déclara :

- J'ai dû faire un garrot à ce con ! A tous les coups il a une fracture ouverte à la jambe.

- Et … ils sont où là ? osa demander Stiles.

- Je les ai aidés à rejoindre leur voiture et ils sont retournés en ville.

Le garçon ne répondit rien, sceptique. Derek n'était tout de même pas en train d'essayer de lui faire croire qu'il avait laissé des chasseurs manifestement expérimentés prendre le volant en pleine nuit alors qu'un rideau de neige tombait depuis une bonne heure ?

Sans se douter de ce qui tournait dans la tête de son hôte, Derek récupéra son fusil pour vérifier qu'aucune cartouche ne se trouvait dans la chambre. Il avait les sourcils froncés et la mine sombre. Que s'était-il véritablement passé dans cette forêt ? Et pourquoi ce loup avait-il hurlé quelques instants avant son retour ?

Ce qu'il avait lu dans le livre quelques heures plus tôt lui revint en mémoire et Stiles se mordit la lèvre. La légende ne disait-elle pas que Amarok dévorait les chasseurs imprudents qui s'en prenaient violemment aux animaux à la nuit tombée ?

- T'allais seulement manger ? lui demanda tout à coup Derek, le tirant de ses pensées.

- Hein ? répliqua Stiles, perdu. Ah ! Oui. Pourquoi ?

- Il est presque vingt-deux heures.

- Ah bon ?!

Derek reposa son arme et le regarda, scrutateur. Craignant qu'il ne comprenne qu'il s'était inquiété au point de ne penser à rien d'autre, Stiles déclara rapidement :

- Me suis endormi.

- Mmh, grogna simplement son invité en réponse.

En réalité, même s'il était fatigué après les émotions de la veille et les deux rapports sexuels qu'ils avaient eu dans la journée, Stiles aurait été incapable de fermer l'œil. Non seulement parce qu'il était trop inquiet pour ça, mais aussi et surtout à cause du Debout-les-Morts dont il avait bu une autre tasse avant que ne démarre la leçon de conduite, et ce truc était l'excitant le plus efficace qu'il connaisse !

Lorsqu'il vit Derek jeter un coup d'œil au steak encore congelé qui trônait sur la cuisinière qu'il n'avait même pas encore allumé, Stiles comprit immédiatement à quoi il pensait alors, craignant de paraître grossier, il dit :

- Mince, j'ai tellement l'habitude de manger seul que j'en ai sorti qu'un ! Je vais t'en chercher un morceau.

Il attrapa son manteau, l'enfila, puis s'arrêta en voyant le regard étonné de Derek.

- Quoi ? lui demanda-t-il, gêné. T'es pas obligé de manger ici hein, mais je ne crois pas que ce soit très prudent que tu prennes la moto maintenant avec ce qui tombe, si ?

- Non, répondit son invité après deux secondes de silence.

Intimidé sans trop savoir pourquoi, Stiles se tourna vers la porte, le rouge aux joues, mais la voix de Derek l'arrêta.

- Ton bonnet, grogna le chasseur.

- Ah ! s'écria le garçon en faisant volte-face avec un sourire.

Il attrapa l'accessoire, se l'enfonça sur la tête et retourna vers la porte mais Derek le stoppa une nouvelle fois en déclarant d'une voix plus forte et clairement agacée :

- Tes gants bon sang !

Gloussant, Stiles fit demi-tour pour la seconde fois, enfila les grosses moufles doublées de fourrure, et sortit en souriant. Il était nerveux à cause de tout ce qui tournait dans sa tête mais il était clair que ça l'excitait tout autant. Et si Derek était véritablement Amarok ? Et si la légende disait vrai ?

Une bourrasque de vent mêlée de neige le frappa de plein fouet, lui coupant le souffle. Il se dépêcha de prendre dans la glacière ce dont il avait besoin mais hésita avant de la refermer, puis en sortit non pas un morceau de viande supplémentaire, mais deux, ainsi que des palettes de pommes de terre aux herbes avec un concentré de tomates en conserve. Il allait sortir du garage lorsqu'il réalisa seulement ce qu'il venait de se passer et se donna un grand coup sur le front.

En fait, il venait clairement d'inviter Derek à rester là pour la nuit, et vu le regard étonné que ce dernier lui avait lancé, il ne s'y attendait clairement pas. Stiles non plus à vrai dire. Encore une fois, il avait parlé sans réfléchir.

- Merde merde merde ! lâcha-t-il dans la nuit glacée, au milieu des flocons de neige toujours plus nombreux.

Plus nerveux que lorsqu'il était sorti, il retourna dans la cabane. Derek, qui s'était accroupi devant la cheminée pour se réchauffer, le suivit des yeux tandis qu'il allait déposer son chargement sur la cuisinière.

- T'en as pris deux ? lui demanda-t-il.

- J'ai pu constater hier que t'avais un gros appétit, répondit spontanément Stiles en retirant son manteau. Pis, j'ai pas mangé de la journée non plus …

Il se tut lorsque Derek se redressa. A voir la lueur dans son regard il n'y avait aucun doute quant à ses intentions, néanmoins Stiles le laissa venir et accepta l'étreinte. Ils s'embrassèrent.

Derek le serra très fort contre lui et glissa ses mains froides sous son pull, lui arrachant un gémissement inconfortable, mais Stiles s'accrocha tout de même à ses épaules, fébrile. D'accord, ce mystère l'excitait. Peut-être n'était-ce que son imagination, mais il y avait tout de même énormément de coïncidence. Comme ce loup qui ne se manifestait jamais quand Derek était présent, par exemple. Il redoubla d'ardeur dans son baiser et son amant répondit d'un grognement en serrant ses hanches jusqu'à lui faire mal. Finalement, ils migrèrent ensemble vers la chambre et refirent l'amour avec plus d'empressement que dans la journée et un peu plus brutalement aussi peut-être, afin d'assouvir rapidement cette brusque pulsion qu'ils avaient eu l'un comme l'autre.


Coucou les amis ! Vous l'attendiez, la voilà : la leçon de motoneige :D C'était comment ? Bon, c'est pas fini il y en aura une autre ;)

Et cette petite partie de jambes en l'air alors ? :P

Pas grand-chose à dire de plus concernant ce chapitre je crois, ils se rapprochent, mais cela va-t-il durer ? Vous le saurez dans le chap 11, dans lequel le loup va faire un petit comeback, et Murphy aussi :D Publication prévue pour le 10 octobre !

Je vous smack mes chéris ! :3

Ps : je suis vraiment désolée de ne pas avoir répondu à vos reviews du chap précédent, mais je n'ai pas du tout eu le temps ! Promis, je le ferais très sérieusement d'ici quelques jours ^^