Bonjour,
Voici la suite : le repas de crustacés avec ce cher Martin. Bonne lecture !
CHAPITRE 10
- Severus !
À peine fut-il sorti de cette voiture moldue, qu'il entendit quelqu'un le héler en l'appelant par son prénom. Une voix qu'il n'eut guère de difficulté à reconnaitre. C'était celle de Martin, son second cousin. Sa tête se tourna vers la gauche, cherchant la silhouette de cet homme qu'il avait, c'était vrai, hâte de revoir. Beaucoup moins agaçant et fatiguant que son jeune frère, Martin avait un caractère plus accommodant au sien. Severus appréciait surtout son esprit vif et intelligent, tout comme son calme inébranlable. S'il avait été un sorcier, il était certain qu'il aurait fini chez les Serdaigle. Alors quand il le vit à quelques mètres de lui, le Serpentard n'hésita pas plus longuement. Il se dirigea vers lui, savourant son sourire chaleureux qui lui était destiné. Bien que dix années les séparent, c'était avec Martin qu'il avait passé les meilleurs moments de son enfance lorsqu'il était en vacances en France. D'ailleurs la plupart du temps, Louis avait été leur principale cible. Une victime facile qui ne parvenait jamais à démêler leurs plans machiavéliques.
- Martin, le salua-t-il une fois qu'il fut devant lui. Comment vas-tu ?
Pour toute réponse, l'homme vint le prendre dans ses bras, dans une rapide accolade. Un témoignage d'affection qui n'était pas dans les habitudes du professeur, d'ordinaire froid et peu démonstratif. Mais Severus tolérait ceci venant de la part de son cousin. Il était l'une de ses exceptions. En revanche, si cela avait été Louis, l'homme aurait sans doute grimacé et se serrait reculé sans plus attendre.
- Je vais très bien, et toi ? Répondit-il après l'avoir relâché. Oh mais on dirait que tu as déjà pris des couleurs depuis ton arrivée…L'air méditerranéen te va plutôt bien. Plus de teint rouge écrevisse ?
- Non, intervint subitement Louis en les rejoignant. Figure-toi qu'il a désormais quelqu'un qui veille sur lui et qui prend soin de le tartiner de crème, pour que sa peau d'Écossais ne crame plus au soleil.
En lui jetant un coup d'œil, Severus sentit ses mâchoires se serrer sous l'air ouvertement espiègle qu'affichait ce petit plaisantin. S'il le remettait à sa place avec une réplique cruelle, cela serait déplacé ? Peut-être que cela gâcherait effectivement l'ambiance. Ils étaient là principalement pour Martin et sa belle-famille. Ayant probablement remarqué la légère irritation de Severus, ce dernier intervint à sa place pour chambrer à son tour son frère.
- Tu es juste jaloux qu'il ait trouvé quelqu'un alors que tu es encore seul, s'amusa-t-il à lui faire remarquer.
C'était peut-être plus cordial que ce qu'il aurait dit, certes, mais l'air bougon que prit Louis suite à cela lui suffit pour afficher un rictus moqueur. Il avait oublié que seul Martin parvenait à rabattre le clapet de ce jeune fougueux. Il s'agissait sans doute de cette fameuse influence que possédait un grand frère sur son cadet.
- D'ailleurs, où est-elle ? Poursuivit Martin en reportant son attention sur Severus. J'aimerais bien la rencontrer après tout ce qu'on m'a déjà dit sur elle…
- Que du bien j'espère, intervint une voix bien évidemment féminine.
Severus vit du coin de l'œil la brune s'avancer jusqu'à se placer à sa hauteur, son regard noisette se posant sur lui, avant de glisser sur son cousin. S'il comprit correctement l'expression sur son visage, elle lui demandait silencieusement de faire les présentations. Une tâche qui cette fois, ne lui déplut pas autant que le premier jour où il avait dû lui présenter le reste de sa famille. Peut-être parce qu'une minuscule part de lui-même était fière d'annoncer que cette femme était avec lui. Il savait d'avance que Martin apprécierait Granger à sa juste valeur, pour ce qu'elle était réellement, et pas uniquement pour son apparence physique comme l'avait fait Louis.
Alors ce fut pour une fois avec un enthousiasme non feint que l'ancien Mangemort réduisit l'écart qui le séparait de la Lionne, glissant sa main droite dans son dos, avant de prendre la parole.
- Hermione, je te présente mon autre cousin, Martin, commença-t-il en baissant la tête sur cette jeune femme qui ne paraissait pas pressée de décrocher son regard de ses deux onyx. Martin, voici Hermione, celle qui prend soin de me…tartiner de crème…
Tous sourirent en l'entendant reprendre les propos de Louis, sauf celui-ci bien entendu. Le fiancé s'approcha ensuite de Granger, l'embrassant chaleureusement sur chacune de ses joues, tout en lui précisant qu'il était heureux de la rencontrer. Severus dut avouer que l'ancienne Gryffondor avait des manières qu'il était difficile de ne pas apprécier. Toujours souriante, sympathique, et bon public aux blagues des membres de sa famille ; cette jeune femme était d'une compagnie plaisante. S'il mettait de côté, bien sûr, son insupportable tendance à l'accabler de questions lorsqu'ils étaient seuls.
- Et Severus n'est pas trop difficile à vivre au quotidien ? Entendit-il Martin poser cette question à la Rouge & Or.
Tout son corps se tendit, guettant ce qu'elle pourrait répondre. La main posée dans sa chute de reins se crispa légèrement, ce qui n'échappa pas à Hermione. Dans la seconde qui suivit, Severus la sentit bouger, venant se coller un peu plus contre son flanc. Elle passa sa petite main dans son dos d'un geste fluide, avant de lever les yeux vers lui. Il se retrouva à observer ces deux puits sans fond dont la couleur noisette laissa transparaitre une chaleur qui lui serra les tripes.
- Il a bien son petit caractère…, répondit-elle d'une voix douce et amusée, …Mais pour rien au monde je ne voudrais qu'il change.
Les sentiments et la sincérité qui découlèrent de ses mots le perturbèrent. Comment faisait-elle pour paraître si convaincante ?! Même lui, avec son expérience d'espion et de Mangemort, ne parvenait pas à un résultat aussi parfait. Il était si maladroit et rigide aux attentions de cette femme, que sa tante les avait comparés à deux gamins vivant leur premier flirt. C'était impossible d'être capable de feindre aussi bien des sentiments, à moins d'être un caméléon. Ou alors, il y avait une part de vérité dans son comportement. Severus se sentit ridicule dès que cette hypothèse s'installa dans son esprit, ne voyant pas comment elle en serait venue à éprouver quoique ce soit pour lui. D'autant plus qu'il était à chaque fois infect avec elle, dès lors qu'ils se retrouvaient seuls. Non, vraiment, c'était idiot.
Pourtant, elle s'était bien portée volontaire pour passer une semaine en sa compagnie, non ? Aucune autre de ses anciennes élèves ne l'aurait fait.
Et n'avait-elle pas avoué l'avoir observé plus d'une fois, se baladant sur le Chemin de Traverse, derrière la vitrine de sa librairie ? Sans oublier toutes ses pensées déplacées qu'il avait saisies dans son esprit.
Par la barbe de Merlin !
Cette Gryffondor en pinçait réellement pour lui. Pourquoi ne l'avait-il pas remarqué plus tôt ?! Certes, Severus n'avait jamais été très perspicace pour ce genre de choses. Mais en assemblant toutes les pièces du puzzle, il aurait dû s'en rendre compte.
Alors quand Louis se plaignit d'avoir faim, poussant les autres à rejoindre la belle-famille de Martin pour aller enfin manger, Severus retint Hermione par le coude quand elle voulut suivre le mouvement. Il fallait qu'il sache, et maintenant.
Ses yeux de biche trouvèrent son regard, de l'incompréhension peignant les traits de son visage.
- Pourquoi m'avoir suivi en France ? L'interrogea-t-il abruptement.
Si brusquement qu'elle ne parut pas comprendre. Ses longs cils clignèrent plusieurs fois devant ses ambres, laissant les secondes s'écouler sans qu'aucune réponse ne lui vienne à l'esprit.
- Quelles étaient vos motivations Granger ? Tenta-t-il toujours aussi directement.
- Je vous l'ai déjà dit…, répondit-elle en fronçant les sourcils. J'aidais Elena qui ne pouvait pas venir, tout en vous rendant indirectement service à vous aussi.
N'obtenant pas les aveux espérés, Severus s'impatienta. Cette Gryffondor était aussi fourbe et entêtée que lui, s'amusant à tourner autour du pot. La main qui avait migré de ses reins à son coude se raffermit sur ce dernier, avant qu'il ne tire dessus pour l'approcher tout contre lui. La surplombant désormais de manière totale, l'homme s'évertua à ignorer les délicieuses sensations qu'elle faisait naître en lui au contact de son corps quasiment collé au sien. Ce n'était pas le but. Il voulait qu'elle lui dise la vérité, rien d'autre. Plissant donc les paupières, son regard sombre s'encra dans le sien, inquisiteur.
- Gardez ce ramassis de sornettes pour vos petits amis, lorsqu'ils vous demanderont comment vous avez occupé vos vacances de printemps, siffla-t-il d'un ton qui lui fit comprendre qu'il ne plaisantait plus. Dites-moi pourquoi vous aviez envie de passer une semaine avec moi.
Au diable les questions, il ordonnait. Sa voix devenait d'ailleurs menaçante et ses yeux avaient dû prendre une expression dangereuse, n'appréciant pas qu'elle joue avec ses nerfs. Mais malgré tout, cela n'effraya nullement la jeune femme qui se tenait sous son nez, bien au contraire. Il remarqua que ses lèvres charnues s'étirèrent lentement en un large sourire, avant qu'une lueur malicieuse prenne possession de ses iris.
- J'en déduis que vous ne pouvez pas utiliser de magie ici. Sinon, l'opportuniste que vous êtes se serait déjà empressé de fouiller dans mon esprit, plutôt que de perdre le temps à me questionner de la sorte…, analysa-t-elle brillamment. Et si je ne vous réponds pas, qu'allez-vous faire ?
- Vous torturer.
Face à sa mine résolue, Severus la vit se lancer dans un rire sans fin qui la fit s'agiter contre lui. Ses yeux étaient clos, sa tête rejetée en arrière et ses cheveux volaient anarchiquement sous les éclats mélodieux qui l'emportaient. Un spectacle divertissant qui finit toutefois par l'agacer. Elle se moquait de lui, tout bonnement. Alors quand la Lionne se rendit compte du silence qui planait autour d'eux mis à part son rire, elle se reprit et reposa son attention sur l'homme.
- Qu'allez-vous, réellement faire ? Redemanda-t-elle.
Le Serpentard sentit le coin de ses lèvres se relever en un rictus goguenard.
- Vous torturer, répéta-t-il d'une voix bien plus basse. Toutes les tortures ne consistent pas à écarteler sa victime, ou à la brutaliser d'une quelconque autre manière…
Son visage s'abaissa ensuite, provoquant une paralysie passagère chez Granger. Ses lèvres s'arrêtèrent au niveau de son oreille droite, après qu'il ait pris soin de dégager ses mèches bouclées.
- Certaines tortures sont d'une toute autre nature. Mais je peux vous assurer que vous en viendrez quand même à me supplier d'arrêter, ou de continuer. Tout dépendra de votre…réceptivité…, murmura-t-il diaboliquement. Et alors, peut-être qu'il vous passera l'envie de me mentir Granger…
Plus de mensonge. Il allait s'assurer que cela devienne la quatrième règle de leur supposée relation. Et le Vert & Argent était certain qu'elle prendrait vite le pas, au vu de sa réaction en ce moment même. Sans doute surprise de la tournure brutale que prit leur échange, elle ne mouftait plus. Un silence dont il se délecta, tout comme ce parfum familier que dégageait sa chevelure et qui enveloppa ses narines sans qu'il puisse empêcher quoique se soit.
- Vous venez vous deux ? Les interpella Martin d'une voix lointaine.
Une intervention utile qui permit au sorcier de garder les pieds sur Terre et de ne pas se laisser tenter. Aussi rapidement qu'il s'était approché, Severus s'écarta de la jeune femme, relâchant son coude. Il lui octroya un regard et voyant qu'elle reprenait ses esprits, il reporta son attention sur son cousin.
- On arrive, l'informa-t-il avant de se mettre effectivement à marcher dans sa direction.
Hier soir, il serrait Granger contre lui au bas des escaliers. Ce matin, il s'énervait après elle d'une manière qu'il n'aurait même pas utilisée pour s'adresser à Teddwyn. Et maintenant, le voilà prêt à jouer à un jeu dangereux avec elle. Il n'y avait qu'avec cette Lionne que ses agissements devenaient aussi instables, lunatiques. La torturer. Tout ça pour qu'elle admette que tout n'était pas que comédie, mais qu'il y avait bien une part de vérité dans son comportement et ses propos. Il en était presque sûr. Mais par Salazar, il ne fallait pas non plus qu'il se perde dans les méandres de son nouveau plan. Parce que si elle paraissait éprouver quoique se soit à son égard, Severus était quant à lui de plus en plus sensible à sa présence. Un mélange dont il n'était pas certain des conséquences que cela pourrait provoquer.
Poussant un profond soupir en repensant à ces nouvelles complications, le sorcier jeta tout de même un coup d'œil au-dessus de son épaule. Il fut rassuré de voir que Granger le suivait. Ils finirent d'ailleurs par rattraper sa famille, entrant à l'intérieur de ce petit hangar. Installé au bout du port, cet endroit abritait la récolte journalière des pécheurs du coin. Il était possible d'acheter directement les produits de la pêche du jour, ou de demander à les préparer pour les manger sur place, le reste étant livré aux restaurateurs des alentours. Un principe simple qui plaisait à Severus, d'autant plus qu'il était amateur de fruits de mer. Son regard aiguisé glissa alors sur les étals, observant les poissons, mollusques et coquillages qu'ils avaient ramassés ce matin même. Tandis qu'il se pourléchait les lèvres devant une belle langouste, l'homme sentit une main se poser sur son bras pour attirer son attention.
En tournant la tête, Severus trouva une Rouge & Or quelque peu mal à l'aise, qui l'observait patiemment.
- Oui ? Lança-t-il en levant un sourcil tout en attendant qu'elle s'explique.
- J'aurais peut-être dû le préciser plus tôt…, commença-t-elle tout en jetant des coups d'œil sur tous ces produits maritimes avant de revenir bloquer son regard dans le sien, …Mais je n'ai jamais rien goûté d'autre que des crevettes.
Se retenant de sourire, il laissa toutefois un reniflement espiègle lui échapper.
- Serait-ce de l'appréhension que je lis sur votre visage ? Commenta-t-il à voix basse pour qu'elle en soit la seule destinataire. Ou de la peur ? Dans tous les cas, c'est indigne à votre maison.
- Je n'ai pas peur ! S'empressa-t-elle de rectifier en fronçant les sourcils. Je tenais juste à vous prévenir que je ne suis pas certaine d'apprécier toutes ces bestioles.
- Très délicat de votre part, constata-t-il toujours avec cette pointe goguenarde dans la voix devenue plus grave sous le ton bas qu'il empruntait. Je vais donc me charger de vous faire découvrir de nouvelles choses Granger.
Une remarque qui, en y repensant, pouvait avoir plus d'un sens selon l'interprétation que l'on en faisait. Et à en croire la teinte rosée que commençaient à prendre les joues de la Lionne, cette dernière s'était égarée dans le fil de ses pensées. D'autant plus qu'elle s'embourbait dans un silence pesant, se rendant sûrement compte qu'il n'était pas ignorant des idées qui lui passaient en ce moment même par la tête, malgré son impossibilité d'user de la Legilimancie.
- Allez donc nous chercher des assiettes, couverts, verres et serviettes, puis rejoindre les autres dehors. Je m'occupe de notre plateau.
C'était plus une directive qu'une suggestion. Néanmoins, elle sembla heureuse de lui échapper quelques instants, puisqu'elle se contenta d'hocher la tête et de s'exécuter. La suivant du regard, il dut admettre que jusqu'à présent, cette situation l'amusait beaucoup. Mais cela en sera-t-il toujours le cas ? Ne voulant pas se perdre à réfléchir sur le sujet, le sorcier préféra plutôt sélectionner quelques mets pour leur repas de midi. Son estomac grogneur le poussa à choisir une bonne poignée de moules, de belles crevettes dodues, quelques bulots appétissants, deux pinces de crabes et des langoustines. Un vrai festin en prévision qui lui donnait déjà l'eau à la bouche tandis qu'il patientait, pendant qu'ils allèrent lui cuire sa commande.
Severus profita de ce moment pour rejoindre Martin, Gaspard et le futur beau-père, qui attendaient eux aussi qu'on leur prépare leurs plats. Les trois hommes discutaient joyeusement en français. Le sorcier les écoutait d'une oreille distraite, son cousin ou son oncle faisant cependant l'effort de traduire ce qu'il ne saisissait pas. Visiblement, ils évoquaient l'heureux évènement qui se déroulerait bientôt. Les deux pères s'amusèrent à préciser au fiancé qu'il vivait ses derniers moments d'homme libre et que s'il voulait s'échapper, c'était maintenant ou jamais. Severus leva les yeux au ciel, se retenant de donner son avis sur l'illustre institution qu'était le mariage. La dernière fois qu'il s'était exprimé sur le sujet, cela avait provoqué un fou rire chez Granger. Alors il était préférable qu'il garde son opinion pour lui, ne voulant pas s'attirer les regards outrés du futur marié, de son père et futur beau-père. Mais heureusement pour lui, on revint très vite leur rapporter leurs repas. Sauvé par cette arrivée tant désirée, Severus récupéra son plateau et sortit de ce bâtiment, rejoignant les femmes et Louis dehors.
Ils étaient tous installés à une longue table de pique-nique, au bord de cette mer plutôt calme aujourd'hui. L'air était parfumé de cette odeur iodée, tandis que le soleil brillait toujours, bien qu'un vent léger ne rafraichisse l'atmosphère. Affamé, le Serpentard salua rapidement la future mariée et sa mère, avant de venir s'installer en bout de table en face de Granger. Cette dernière était en pleine conversation avec Louis lorsqu'il arriva – bien évidemment assis à côté d'elle – mais cela ne l'empêcha pas de braquer son regard chocolaté sur lui quand il se posa. Ses iris glissèrent ensuite sur le plateau qu'il déposa entre eux, balayant son contenu avec une curiosité brûlante.
- J'espère que tu as faim, fit-il remarquer d'une voix légère.
À ces mots, la brune releva la tête et le gratifia d'un sourire mi-amusé, mi-malicieux.
- Je suis affamée…, avoua-t-elle d'un ton qui lui laissa penser que cette Lionne ne parlait pas uniquement de nourriture.
Se pourrait-il qu'elle se mette elle aussi à jouer avec lui ? Ou venait-il de se faire des idées ? Fronçant les sourcils, Severus fixa cette jeune femme quelques secondes. Ses lèvres s'étirèrent davantage devant le doute qu'elle devina chez lui, lui faisant également comprendre par la même occasion qu'ils étaient désormais deux à jouer. Il ne rêvait pas, Granger venait bien de mettre un pied dans la partie. À la fois étonné et admiratif face à son audace, le Serpentard ne put réprimander un rictus appréciateur qui fendit l'indifférence placardée sur son visage. Leur échange visuel dura encore un temps, chacun défiant l'autre de rompre le premier ce contact établi. Malheureusement, sa famille leur rappela qu'ils n'étaient pas seuls, assis à cette table. Gaspard les appela pour qu'ils tendent leurs verres, leur signalant qu'il avait pris une bouteille de vin blanc pour accompagner leurs fruits de mer. Louis prit ensuite un soin tout particulier à décrire à Hermione chaque élément qui composait leur plateau, ainsi que la manière de les manger.
Severus le soupçonna de profiter de cette excuse pour accaparer une nouvelle fois l'attention de la jeune femme. Du coin de l'œil, il vit Martin lui lancer un sourire amusé en ayant lui aussi repéré les manigances de son jeune frère. Le moldu lui accorda un dernier regard complice, avant d'appeler Louis pour le mêler à la conversation que tenait leur père avec sa future belle-mère, à l'autre bout de table. Ravi de fournir son avis dans leurs débats, le jeune homme délaissa Hermione, ne s'étant pas aperçu du tour habile que venait de lui faire Martin. Remerciant silencieusement ce dernier d'un signe de tête discret, Severus reporta ensuite son attention sur sa voisine d'en face. Celle-ci était en train de décortiquer plusieurs crevettes, se débattant avec leurs carapaces, pattes et antennes. Concentrée dans sa tâche, elle mordillait sa lèvre inférieure tout en fronçant le front, tandis qu'elle extrayait le corps de la bête pour le poser dans un coin de son assiette, avant de passer à une suivante.
Et en voulant dégager quelques mèches qui lui tombaient dans le visage, la sorcière s'étala du jus de crevette sur sa joue droite, sans s'en rendre compte apparemment. Le professeur de DCFM resta un instant penaud, ne sachant pas s'il devait l'en avertir, ou ôter directement cette trace orangée. Mais lorsque la tête de la concernée se releva brusquement pour lui faire face, son regard incrédule le sortit de son hésitation.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-elle avant de croquer dans une crevette.
- Tu t'es mise du jus sur la joue, lui indiqua-t-il simplement.
- Et bien enlève-le, j'ai les mains trop sales.
Il pourrait l'informer qu'il y avait une serviette coincée sous son assiette et qu'elle n'avait qu'à l'utiliser. Ou lui préciser qu'elle était suffisamment grande pour se débarbouiller toute seule. Cependant, Severus voulut accéder à sa requête, poussé par une envie qu'il ne chercha pas plus que cela à s'expliquer. Tendant la main vers son visage, l'homme cala ses quatre doigts sous son menton, laissant son pouce caresser sa joue jusqu'à ce que la trace disparaisse, parfaitement conscient de son regard définitivement focalisé sur lui. Son intensité était telle, qu'il pouvait presque deviner où il était placé sur sa peau blafarde. Il ne voulut pas non plus relever le fait que tout le poids de sa tête pesa contre ses doigts, se penchant légèrement dessus pour profiter davantage de leurs contacts. S'attardant encore quelques secondes, Severus finit toutefois par ôter sa main de son doux visage, laissant également ses yeux retrouver les siens.
L'ambre qui les teintait s'était obscurci, lui faisant penser à la couleur entêtante de son précieux whisky-pur-feu. Cloués sur lui, il eut le loisir d'y entrevoir cette lueur flamboyante qui les animait, prenant au passage soin de dilater ses pupilles. Et à en juger par la fine coloration de ses joues qui n'échappa pas à son examen visuel, Severus comprit qu'elle avait apprécié son rapide contact. Aussi volatil qu'il fut, elle s'était vraisemblablement imprégnée de chacune des sensations qu'il était parvenu à développer chez elle. Juste avec une caresse. Son esprit se mit à imaginer ce qu'il pourrait provoquer s'il la touchait plus franchement, plus longuement…
Oh Merlin.
Il était désormais clair, pour elle comme pour lui, qu'ils s'étaient embarqués dans une aventure dont le Serpentard ne pouvait présager l'issue. Son imagination, en revanche, lui soumit volontiers des propositions toutes aussi alléchantes les unes que les autres. Severus s'efforça de penser à autre chose, lorsqu'il sentit son bassin répondre trop favorable à ces élucubrations. Quittant finalement ce regard magnétique, l'homme s'essuya le pouce couvert de ce jus de crevette avant de boire une gorgée de vin, désireux d'apaiser son esprit échaudé. Il commença ensuite à manger, attrapant une pince de crabe pour en savourer la chair extrêmement tendre et délicieuse, tandis que les conversations battaient leur plein juste à côté d'eux. Mais ils n'en avaient cure. Malgré les voix qui se firent de plus en plus fortes, entraînantes et les quelques éclats de rire qui survenaient parfois ; les deux sorciers ne s'en préoccupaient nullement. Leurs attentions étaient pleinement dédiées à l'autre, échangeant des coups d'œil furtifs, des frôlements pas si accidentels que cela, le tout dans un silence des plus perturbants.
C'était comme s'ils se redécouvraient, voyant l'autre d'une toute nouvelle manière. Et pour une fois, ils étaient bel et bien sur la même longueur d'ondes. Leur plateau commençant à se vider, tout comme leurs verres, Severus finit par retrouver l'usage de la parole après avoir avalé un énième bulot.
- Est-ce que tu aimes ? S'enquit-il en cherchant son regard baissé sur les carcasses de moules, crevettes et langoustines qui s'entassaient dans son assiette.
- Oui, c'est plutôt bon, répondit-elle en levant la tête.
La Lionne s'essuya les mains, avant d'attraper son verre pour boire une lampée de vin, ne quittant pas des yeux le visage de son ancien professeur.
- Bois avec modération cette fois…, le conseilla-t-il d'une voix toutefois rude.
- Pourquoi ? Tu ne voudrais plus me porter pour rentrer ? Se renseigna-t-elle avec amusement.
- Moi je t'aiderais à te porter Hermione, s'il le faut…, intervint inopinément Louis en se glissant dans leur conversation.
Le sang de Severus ne fit qu'un tour. D'où débarquait-il celui-là ?! Et de quel droit se permettait-il de les interrompre de la sorte ? Surtout pour formuler une telle proposition. L'aider à la porter. Mais oui, certainement. Sentant une colère s'insinuer sournoisement avec lenteur dans chacune de ses cellules, le Serpentard tenta de se tempérer en mâchant énergiquement dans la langoustine qu'il tenait en main. Son sombre regard ne relâcha pas Louis, qui ne sembla pas avoir remarqué son état puisqu'il était trop occupé à observer Granger. Quelle sale petite tête à claques celui-là. Il n'avait qu'une envie : le balancer à la mer. Ou alors, lui jeter ses restes de crustacés en pleine face, histoire qu'il se défasse de son maudit sourire de Dom Juan prétentieux.
Ses deux prunelles furent brutalement arrachées à leur contemplation lorsqu'une petite main entra dans son champ de vision. En se tournant vers elle, Severus s'aperçut qu'il s'agissait de celle de la brune, se posant sur le bras de son cousin, alors qu'elle était pleinement tournée vers son interlocuteur. Que faisait-elle par Merlin ?! Ses mains se crispèrent sur sa langoustine et son regard resta braqué sur eux, guettant la suite.
- C'est très gentil à toi Louis…, commença-t-elle avec tant de douceur que le professeur eut envie de la secouer pour qu'elle y mette plus de poigne, …Mais ce droit est réservé à Severus. D'autant plus, qu'il n'y a que lui qui sache précisément de quelle manière j'aime être portée…
Par les quatre Fondateurs !
Severus fut si surpris par sa dernière réplique, qu'il en laissa tomber son reste de langoustine dans son assiette. Ses yeux demeurèrent pleinement ouverts, fixant avec confusion cette jeune intrépide. Elle venait de faire référence à la vision qu'il avait vue la veille, n'est-ce pas ? Celle où Granger se faisait rudement coller contre une porte, tandis qu'un homme maintenait ses cuisses étroitement serrées autour de sa taille ? Nom d'un Pitiponk. Cette Lionne n'avait pas froid aux yeux. Un constat qu'il finit par apprécier, alors qu'il reprenait lentement contenance. L'homme s'avança un peu plus sur ce banc en bois, tentant d'atténuer son enthousiasme qui essayait de déformer son pantalon. Du coin de l'œil, il remarqua également que Louis avait abandonné sa tentative de rester dans leur échange, comprenant sûrement l'insinuation déplacée que venait de faire Hermione. Il dut se sentir de trop face au caractère bien trop personnel de ces propos.
Elle avait de la répartie, il l'avait de suite découvert lorsqu'elle était venue se présenter à son manoir. Mais là, l'ancien espion eut le loisir d'apprendre par la même occasion que son ancienne élève était pleine de ressources. Un détail qui lui valut de remonter dans son estime, son intérêt pour elle n'allant que croissant. Reprenant sa langoustine en main, Severus finit par relever la tête vers sa prétendue compagne. Celle-ci l'observait toujours, une jubilation incontestable faisant pétiller son regard, alors que ses lèvres étaient largement étirées sur ses joues.
Cela l'amusait, bien évidemment. Piqué dans son orgueil, le Serpentard qu'il était ne pu retenir un commentaire.
- Fais néanmoins attention à ce que tu…désires, Hermione, lui précisa-t-il d'une voix mesurée.
- C'est une menace ? Enchaîna-t-elle sans se débiner.
- Un avertissement, rectifia-t-il consciencieusement. Et il n'y en aura pas d'autre…
La voilà avertie. Elle ne pouvait pas lui sortir ce genre de choses en toute impunité, il était nécessaire qu'elle sache que cela pouvait…l'affecter, au cas où elle en douterait encore. Et à en croire le voile d'incertitudes qui plana quelques secondes devant ses yeux, Granger venait bel et bien de se rendre compte de l'impact qu'elle avait sur lui. Que croyait-elle ? Qu'il était eunuque ? Asexué ? Incapable de ressentir quoique se soit face aux charmes d'une jeune sorcière ? Pfff, certainement pas. Bien au contraire. Si cette Lionne continuait ses assiduités, elle s'apercevrait bien vite qu'avant d'être son ancien professeur, il était surtout un homme. Désormais prévenue, elle agirait en connaissance de cause.
Severus lui accorda un dernier coup d'œil avant de reporter son attention sur le reste de la tablée, histoire de feindre un minimum d'intérêt pour ce qu'ils étaient en train de raconter. Mais malgré sa tête résolument tournée vers sa famille, ses pensées restèrent concentrées sur la Gryffondor assise en face de lui, qu'il pouvait encore apercevoir à l'extrémité de son champ de vision.
À vrai dire, durant tout le reste de l'après-midi l'ancien Mangemort resta assez pensif, perdu dans des contrées dont il était le seul maître. Même lorsqu'ils allèrent tous visiter Gruissan, il s'enferma dans sa taciturnité. Le sorcier resta néanmoins conscient du corps de la Rouge & Or qui se mouvait constamment à ses côtés lors de leur ballade, de son bras qui enserrait le sien, de ses nombreux sourires et regards. Sa propre main allait se glisser quelques fois distraitement dans le dos d'Hermione, jusqu'à descendre sur ses reins. Mais il ne parla que lorsqu'on lui posait des questions, se contentant du strict nécessaire et évitant tout dialogue inutile avec la brune.
Jamais il n'aurait imaginé se retrouver dans une pareille situation, avec Granger. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu pour ses vacances. En fait, tout ce qu'il avait pu envisager était parti en fumée dès que cette sorcière avait sonné à sa porte. Ne supportant plus ces éternels changements imprévus, il fallut tout le reste de la journée et une bonne nuit de sommeil à Severus pour s'acclimater des derniers échanges qu'il avait eus avec elle.
Allô Houston ? Mmh. Nous avons un problème : on vient de perdre Severus !
Le pauvre, il lui a fallu 10 chapitres pour comprendre les motivations de son ancienne élève (motivations qu'elle n'a pas encore confirmées héhé). Alors laissons lui un petit moment pour se retrouver un peu seul avec lui-même, il en a besoin.
Dans le prochain chapitre, Severus y reviendra en pleine forme. Mais Hermione lui fera aussi comprendre qu'elle en a marre qu'il joue au yo-yo avec elle. Vous verrez bien ce que ce mélange peut donner...
Merci d'être venus lire, en espérant que cela vous a plu. Passez une bonne semaine, jusqu'au week-end prochain pour la suite ! Et après, promis, je publierai beaucoup plus souvent ;p
