Merci pour vos reviews, voici la suite ;)
10. Recherches
Les jours suivants avaient été éprouvants et déroutants pour le Docteur Ogden. Il n'y avait pas la moindre trace de Jane, aucun dossier, aucun nom, aucun médecin prêt à confirmer l'internement de la jeune fille dans l'établissement.
-William, murmura Julia dans un sanglot alors qu'ils se trouvaient seuls dans son bureau, qu'est-ce qu'il m'arrive? Je l'ai vu, je lui ai parlé et…elle n'existe pas, elle…
Il s'était alors approché d'elle et il l'avait pris tendrement dans ses bras, déposant un baiser sur son front.
-Tu as été surmenée et fatiguée.
-Mais j'ai eu des hallucinations, c'est bien plus qu'un surmenage…je suis devenue folle, je…
-Je t'interdis de dire ça, la coupa William en posant son index sur ses lèvres, tu n'es pas folle.
-Alors comment explique-tu cela?
-Je ne l'explique pas.
Ils avaient échangés un regard avant que la porte ne s'ouvre brusquement, avant qu'ils ne soient dérangés par George, comme il l'avait fait si souvent par le passé. Le jeune homme s'était confondu en excuses, et William avait simplement déposé un baiser sur la joue de Julia. Elle l'avait rassuré par un simple regard et elle avait quitté le bureau sans se retourner, sans remarquer son époux la suivre des yeux jusqu'au moment où elle était hors de vue.
Le mois de septembre était déjà bien entamé. Les arbres se paraient de leurs plus belles couleurs. Le travail ne manquait pas au poste de police, ni même à l'asile. Cependant, Julia s'y trouvait bien moins souvent. Lorsqu'elle le faisait, elle ne pouvait s'empêcher de rejoindre le bâtiment reculé qu'elle avait fréquenté depuis des mois. Il lui arrivait de passer de longues et interminables minutes, perdue dans ses pensées, assise sur le lit de cette chambre vide et silencieuse. Julia gardait son regard perdu sur cette chaise se trouvant devant la fenêtre. Elle s'attendait à y voir Jane assise d'une seconde à l'autre, mais depuis des semaines la jeune fille n'avait pas réapparu. Depuis le jour où elle avait voulu la présenter à William, depuis le jour où elle avait compris qu'elle n'avait jamais existée, depuis ce jour, elle ne l'avait pas revu. Pas une seule fois. Pourtant, le Docteur Ogden attendait des réponses, inlassablement, au point d'avoir inquiété ses collègues sur son état. Elle ne prenait plus en charge le moindre patient depuis ce jour là, depuis qu'elle avait informé sa hiérarchie de sa grossesse. Julia savait qu'elle allait devoir prendre son mal en patience, que jusqu'à l'accouchement, quatre mois plus tard, elle allait trouver le temps long.
L'Inspecteur Murdoch était rentré chez lui épuisé d'une longue enquête qui avait tenu le poste en haleine pendant des jours. C'est d'un pas lourd qu'il monta les trois petites marches en bois conduisant à la porte d'entrée, il s'engouffra dans la maison en enlevant son chapeau qu'il accrocha aussitôt au porte manteau dans l'entrée. Puis, il retira sa veste et fit un rapide tour dans la maison pour y trouver son épouse. Il fronça les sourcils en arrivant dans le salon, remarquant le désordre qui y régnait. Des papiers griffonnés, des crayons, une tasse de thé vide, une théière, une couverture dépliée au sol et les coussins du canapé éparpillés tout autour.
-Julia? Dit-il en quittant la pièce rapidement.
Il jeta un autre regard dans la cuisine et la salle à manger avant de monter à l'étage. Il s'engouffra dans leur chambre et vit les vêtements de son épouse négligemment posés sur le lit. Ses yeux se posèrent sur la porte de la salle de bains adjacente, à peine entrouverte, et il s'y dirigea aussitôt.
-Julia, tu es là? Demanda-t-il doucement en entrant.
Il la vit allongée dans la baignoire, les yeux clos, les bras sur les montants. Il ne put s'empêcher de sourire tout en avançant vers elle et Julia ouvrit les yeux en lui souriant.
-Bonsoir Inspecteur, dit-elle d'une voix charmeuse.
-Bonsoir Docteur, répondit William en s'asseyant sur le rebord de la baignoire.
Il la regarda en détails et lorsque les doigts de Julia s'entrelacèrent aux siens, il se pencha vers elle pour l'embrasser tendrement.
-L'eau est encore tiède, murmura Julia en glissant ses doigts dans la nuque de William, que dirais-tu de venir me rejoindre?
-J'en meurs d'envie, la journée fut éprouvante mais…
-Mais?
-Je n'ai pas mangé depuis hier matin, je suis affamé.
-Moi aussi, grommela Julia avant de l'embrasser passionnément et avant qu'il ne sente la main de la jeune femme se glisser à un endroit bien trop sensible pour qu'il ne réagisse pas.
-Julia…dit-il à contre cœur en posant sa main sur la sienne, je suis vraiment fatigué ce soir.
-Je comprends, excuse-moi, dit-elle en s'éloignant.
Ils échangèrent encore un regard et elle se leva, quittant la baignoire rapidement alors que William n'avait pas bougé. Elle noua la ceinture de sa robe de chambre autour d'elle et lorsqu'elle voulut quitter la pièce, il lui prit la main et il l'attira contre lui. Bien trop surprise, Julia se laissa faire et atterri entre ses jambes. Il posa ses mains dans le creux de ses reins et leva les yeux vers elle.
-Si je n'étais pas à ce point fatigué, tu sais que je te ferai l'amour dans la seconde.
-N'est-ce pas plutôt car tu as peur de faire du mal au bébé? Rétorqua la jeune femme.
-Peut être, admit William en baissant les yeux vers son ventre.
-Tu ne le feras pas William, je le sais.
-Je ne veux prendre aucun risque.
-Alors nous allons devoir attendre encore quatre mois avant que tu n'acceptes d'être intime à nouveau avec moi?
Il croisa son regard et doucement ses doigts se glissèrent sous le tissu de la robe de chambre pour venir caresser sa peau.
-Non, bien sûr que non, je te désire bien trop pour attendre si longtemps, mais laisse-moi juste le temps de savoir ce que je peux faire sans risquer de le blesser.
-Il y a beaucoup de choses que tu peux faire, répondit Julia en souriant timidement, mais pas ce soir, ajouta-t-elle.
William plongea alors le visage vers son ventre et il l'embrassa tendrement pendant un long moment avant que Julia ne vienne déposer un baiser dans ses cheveux.
-Viens, je vais te préparer quelque chose à manger pour que tu puisse aller te coucher, dit-elle doucement en lui prenant la main pour l'entrainer hors de la pièce avec elle.
Une fois le repas prêt, Julia rejoignit William dans leur salon. Elle le vit le regard perdu sur les notes et les dessins qui jalonnaient le sol.
-Qu'est-ce que c'est? Demanda timidement l'Inspecteur.
-J'ai reproduis les dessins que Jane faisaient et…et je crois avoir trouvé mes réponses. William, regarde cette maison, regarde son emplacement, au bord d'un lac. Les fleurs qui poussent devant le mur, le porche en bois, cela ne te dit rien?
-Eh bien…
-La maison de mon père, au bord du lac, là où il est mort. Et là, regarde, dit-elle en lui montrant un autre dessin, une rose, et une rose morte. Les roses étaient les fleurs préférées de ma mère, elle portait toujours un parfum sur elle. Et le dessin avec les silhouettes, il représente deux jeunes filles, un homme, une femme et un loup, nous avions un loup que mon père avait domestiqué. Il y a ceci aussi.
Elle s'éloigna de lui pour se pencher sur la table basse et lui présenter un pendentif.
-Jane ne le quittait jamais, elle me l'a remis un jour et j'ai fouillé mes coffres à bijoux, ce pendentif est l'exacte réplique.
-Julia tu…
-Jane est environ âgée de quinze ans, elle sait tout cela sur ma famille, et elle est apparue la première fois alors que j'étais déjà enceinte mais j'ignorais que s'en était le cas. Le seul mot qu'elle ait prononcé était « maman ».
-Tu crois qu'elle est…ta mère?
-Pas ma mère, ma fille. L'enfant que j'ai porté aurait quinze ans aujourd'hui et son père ainsi que moi-même avons les yeux bleus et les cheveux blonds et…
-Julia, lança William en lui prenant les mains, pourquoi verrais-tu cette enfant? Comment peut -elle connaitre des choses sur toi avant même que tu ne tombes enceinte la première fois? Et pourquoi après tant d'années?
-Je t'ai toujours dit que je ne regrettais pas ce que j'ai fait lorsque j'ai avorté. Et dans un sens c'est le cas, mais dans un autre, je l'ai regretté William. J'ai failli te perdre pour cela, je…j'ai commis un acte qui aurait pu ne jamais te donner un enfant. Et pire que tout, je l'ai empêché de vivre.
-Les circonstances étaient compliquées.
-Peut être bien, mais si mon inconscient me torturait de la sorte? Et si, maintenant que je m'apprêtais à donner la vie une fois encore, cette enfant que je n'ai pas eu est venue me tourmenter?
-Tu n'as plus revue cette jeune fille depuis des semaines déjà.
-Mais cela ne veut pas dire qu'elle ne reviendra pas, elle reviendra, parce que je veux que se soit le cas, je veux savoir William. Je veux lui parler, même si elle n'est que dans mon esprit, j'ai besoin de le faire, pour comprendre et être e paix avec moi-même.
-Je comprends, acquiesça son époux, et je serai là pour t'épauler.
-Tu ne veux pas m'en empêcher?
-Je te connais assez pour savoir que je ne peux t'empêcher de faire quoique se soit.
Ils se sourirent timidement et Julia se lova dans ses bras pour une tendre étreinte. Son regard voyagea vers la porte du salon, vers cette silhouette qu'elle connaissait bien et qui s'y trouvait dans l'embrassure, celle d'une jeune fille de quinze ans aux longues boucles blondes et au regard d'acier. Celle qui la regardait intensément et dont un long sourire se dessinait sur ses fines lèvres à peines rosies.
à suivre...
