Titre : Hangyaku (Rébellion).
Auteur : Black RKS.
Base : Nao et Sakito.
Genre : UA.
Déclaration de Rukyoshû : La reprise des cours m'a fait complètement oublier ce chapitre, pardonnez-moi.
Bonne lecture !
Chapitre X
A bout de souffle, Nao finit par débouler dans le chantier et appela son amant. Il n'y eut pas de réponses. Seul un énorme sentiment malsain le prit à la gorge, étouffant comme un étau, ou un orage qui refuse d'éclater. Alors il s'avança vers leur maison, mais stoppa brutalement. En lettres rouges, devant ses yeux, le juste mot de ses erreurs lui explosa au visage. Posant une main sur sa bouche, Nao eut un haut-le-cœur jusqu'à ce que son regard ne descende, encore et encore. Et il poussa un hurlement de panique en le voyant. Non, non, il n'avait pas le droit ! Il n'avait pas le droit de recommencer, il n'avait pas le droit !
« Sakito ! s'écria-t-il en se jetant près de lui, les larmes prêtes à lui couler sur le visage. Sakito, réponds-moi ! »
Il tapota ses joues devenues si pâles et commença à retirer ses affaires à la hâte. Me laisse pas, me laisse pas !
Une chaleur agréable l'enveloppait soudain, comme un baume apaisant autour de son cœur. Mais son corps semblait si lourd et si douloureux qu'il lutta pour entrouvrir à peine les paupières, laissant un souffle irrégulier franchir ses lèvres. Qui essayait de le sauver ?
« Dis-moi que tu m'entends Sakito, je t'en prie ! »
Essayant de calmer sa panique, Nao renouvela l'opération qui lui avait permis de sauver la vie de son amant, la première fois. Son t-shirt ne fit pas long feu et servit bien vite à endiguer le flot de sang qui coulait. Pourquoi ? !
Fronçant les sourcils, il tenta vainement d'ouvrir les yeux. Il était si fatigué.
« N… a… o… »
« Je vais te ramener à la maison, souffla-t-il rapidement. Je vais te soigner. »
Pourquoi il était parti… Pourquoi Sakito était ici ?
Incapable de rester conscient plus longtemps, son esprit se déconnecta à nouveau et son corps se relâcha. Il était arrivé au bout de ses limites.
Nao le prit alors dans ses bras, accorda un regard épouvanté à la marque laissée sur le mur et amena Sakito chez lui. Peu importe qu'on les voit, peu importe qu'ils attirent les regards, il avait besoin de soin ! A bout de souffle, il finit par arriver et, une fois entré, il partit installer Sakito dans son lit, le temps d'aller chercher la trousse à pharmacie dans la salle de bain. Tout d'abord, stopper l'écoulement !
Du plus profond de son inconscience, Sakito avait l'impression que son cœur battait fort mais très peu, comme une montre déréglée ou cassée. Plus rien d'autre ne lui parvenait que ce son régulier et espacé, hypnotisant. Nao était là et devait sans doute prendre soin de lui, et il s'en voulut de ne pas avoir attendu quelques heures de plus. Être arrivé en retard faisait-il de Nao un menteur, finalement ?
Prenant tout ce qui était susceptible d'aider à soigner, Nao mit tout dans un sac et remplit une bassine à moitié d'eau chaude savonneuse pour nettoyer les plaies. Ainsi prêt, il retourna à la chambre et déposa le tout prêt de Sakito. Il était vraiment pâle…
« Tiens le coup d'accord ? Je m'occupe de tes poignets. »
Heureusement qu'il n'avait qu'un t-shirt, le lavage n'en serait que facilité.
Gémissant, il bougea un peu ses bras pour ôter la brûlure qu'il ressentait le long de ses blessures et finit par rouler sur le côté pour se mettre en boule. Il avait faim, soif et était réellement fatigué.
« Sakito, bouge pas, souffla Nao en se penchant au-dessus de lui. »
Il allait se faire mal et perdre encore plus de sang s'il continuait.
Entrouvrant les yeux sans réellement reprendre conscience, il poussa un soupir en fronçant les sourcils.
« Na… o… »
Il avait du mal à analyser la situation.
Essayant de ne pas craquer, Nao l'attrapa par les épaules et le força à se remettre sur le dos pour avoir accès à ses poignets.
« C'est presque fait, laisse-moi finir, fit-il d'un ton qu'il voulait ferme. »
Même si intérieurement, il n'en menait pas large. Il termina brièvement de laver ses poignets blessés, puis commença à les entourer de gaze pour stopper le sang.
Les paupières de nouveau closes, il respira un peu plus vite alors que son cœur retrouvait un rythme normal petit à petit. La vie recommençait à couler dans ses veines doucement à mesure que ses poignets étaient soignés. Et, sans réellement s'y attendre, la pensée qu'il était un menteur également le traversa. Il avait promis qu'il ne recommencerait plus à faire de bêtises mais il avait trahi sa promesse simplement en ne voyant pas Nao arriver. Il ne valait guère mieux.
« Voilà, c'est bon, finit Nao en mettant le dernier pansement pour faire tenir le tout. Je vais aller te chercher quelque chose à boire et à manger, ça ira mieux comme ça. »
Et il se redressa pour quitter le lit, les mains plus tremblantes qu'il ne l'aurait cru.
Sakito dénia de la tête en sentant son amant s'éloigner.
« Nao… appela-t-il dans un souffle. »
Il ne voulait pas qu'il s'en aille loin de lui.
« Sakito… T'es tout faible. »
Il l'avait bien senti en le portant, aucune résistance et plus aucune force.
La tête lui tournait méchamment et sa vue se brouilla alors qu'il sombrait à nouveau, la faiblesse de son corps étant plus forte que sa volonté. Il n'était plus qu'une loque, sans Nao.
Profitant de l'occasion, malgré ses remords de laisser Sakito tout seul, Nao descendit rapidement à la cuisine pour ramener de quoi boire et manger et remonta illico. Son amant semblait s'être évanoui une fois de plus. Il s'assit sur le bord du lit et posa une main sur son visage. Sa joue était toute froide.
Sakito colla son visage contre cette paume chaude et agréable, roulant sur le côté pour se lover contre le corps de Nao au complet.
« Tu devrais boire un peu, ça te ferait du bien. »
A défaut de manger, boire serait plus simple. Il avait besoin de se réhydrater vraiment.
Il hocha la tête sans se redresser pour autant, se resserrant contre lui en reprenant petit à petit des forces pour pouvoir ensuite s'asseoir et manger sans s'étouffer. Et il savait qu'ensuite une discussion aurait lieu, sans doute ponctuée de cris et de reproches.
Nao passa sa main dans ses cheveux, puis dans son cou, pour lui témoigner sa présence. Peu à peu, la peur s'évaporait pour laisser place à une espèce de calme diffus, et très certainement éphémère. Mais qu'importe. Sakito était vivant et ils étaient ensemble après trois jours de séparation. Ou plus, finalement.
Combien de temps passa avant qu'il n'ouvre finalement et entièrement les yeux avec difficulté, il n'en avait aucune idée. Une heure, peut-être moins, peut-être plus. Mais il lança un regard trouble à Nao alors qu'il tentait de s'asseoir pour boire un peu et nourrir son corps affamé et affaibli. Il devait reprendre des forces avant qu'ils ne s'expliquent.
Il entoura la taille de son ami d'un bras pour l'aider à se stabiliser, puis se pencha pour lui préparer un verre de jus de fruits. Ça lui apporterait plus d'énergie que de l'eau seule et ça l'aiderait peut-être à se réveiller.
Prenant le verre entre ses mains tremblantes, il le porta à ses lèvres et but lentement son contenu, s'appuyant contre Nao. Avait-il encore le droit de dire « amant » ?
« Ça passe ? demanda-t-il avec prévenance. »
Plus tôt il retrouverait son équilibre, et plus tôt tout irait mieux. Il y avait trop de tensions et de non dits entre eux ces derniers temps.
Il hocha la tête, sachant que s'il prononçait le moindre mot pour le moment, il fondrait en larmes. Seulement, il en avait plus qu'assez de ne faire que pleurer sans cesse, comme un gamin. Il fuyait toutes ses responsabilités de cette manière et il n'en pouvait plus. Il fallait qu'il soit plus fort.
« OK. »
Il jeta un œil un peu anxieux à ses poignets, mais ne rajouta rien. Fixer ses blessures ne les ferait pas guérir plus vite. Comment ils avaient pu en arriver là ? Ils avaient promis que ça n'arriverait plus…
Sakito sentit bien son regard et détourna la tête, posant les yeux sur la nourriture. Tendant un bras douloureux vers le paquet de biscuits, il ne grimaça même pas en le ramenant vers lui. Que valait cette douleur par rapport à celle de son âme ?
Toute cette tension lui mettait les nerfs à fleurs de peau. Soudain, il poussa un profond soupir et posa une main sur son visage.
« Je t'en prie, dis quelque chose, n'importe quoi, mais ne reste pas aussi silencieux… »
Le silence qu'ils échangeaient depuis quelques semaines l'oppressait.
Baissant la tête, il inspira calmement en tripotant les paquets entre ses mains.
« J'ai mal de cette situation. Tu m'as poussé à retrouver mon frère en me promettant d'être toujours là et tu as menti. Je t'avais promis de ne pas recommencer et je t'ai trahi. Nous vivons en ce moment dans le mensonge et je ne sais pas sur quoi reporter la faute. »
Il tentait désespérément de ne pas verser de larmes. Ça ne servirait à rien.
Ses doigts se resserrèrent sur la taille de son ami.
« Le pire, c'est que tu as raison, admit-il dans un souffle. C'est moi qui t'ai poussé à renouer des liens avec ton petit frère. Mais chaque jour je te voyais partir et revenir de moins en moins souvent. Je n'avais qu'à m'en prendre à moi-même ou alors te dire franchement les choses au lieu d'attendre. »
Toute cette attente lui ressemblait si peu. Il y a quelques mois, ce qu'il voulait il l'obtenait en un claquement de doigt. Un geste et il agissait.
« Pourquoi tu es revenu, alors ? Pourquoi subitement ? »
Il serra les dents et détourna la tête.
« Parce que c'était trop égoïste de ma part, fit-il. Je n'avais pas le droit de te laisser seul, même si tu voulais passer plus de temps avec ton frère. »
« Depuis trois jours, j'attends que tu reviennes dans notre maison. Je n'ai pas bougé une seule fois et n'ai rien avalé depuis que j'y suis. Heureusement, j'avais une bouteille d'eau, sinon je me serais sans doute déshydraté radicalement. J'ai passé trois jours à me dire que tu me détestais et que tu regrettais de m'avoir sauvé. J'ai couru dans la ville complète aujourd'hui simplement pour te retrouver, j'ai réveillé ta mère qui m'a dit que tu devais être avec des amis du lycée. »
Fermant les yeux, il sentit son cœur se serrer de plus en plus.
« J'ai cru que tu m'avais remplacé, que tu avais trouvé d'autres personnes plus stables et plus intéressantes. J'aurais voulu te détester de m'avoir abandonné mais je n'ai réussi qu'à t'aimer davantage d'avoir enfin eu l'audace de choisir quelqu'un de mieux qu'un ancien drogué. »
Une larme roula sur sa joue et il la chassa de suite.
« J'étais enfin prêt à mourir ce soir, parce que j'étais libéré. Tu ne voulais plus de moi et mon frère ne me détestait plus. Mais j'avais mal aussi. J'avais mal comme jamais de savoir que tu pouvais m'avoir remplacé si facilement, comme si je n'avais jamais été important pour toi, que tout ce que tu m'avais dit n'était que des paroles en l'air. Je me suis senti souillé et trahi. Je t'ai traité de menteur en le criant dans le chantier, comme si ça te ferait revenir. Mais j'étais toujours seul et faible. Alors les deux côtés de moi m'ont poussé à rouvrir chaque plaie plus profondément pour ne laisser derrière qu'une coque de chair. »
Nao sentit son cœur tomber en chute libre dans sa poitrine et son estomac faire des nœuds désagréables. Leur relation s'était-elle brisée définitivement en aussi peu de temps ? Était-ce seulement possible ?
« Alors… tu crois que j'aurais pu te remplacer comme ça ? Que du jour au lendemain, j'aurais décidé de retourner au lycée et de me dire "tiens, ceux-là ont l'air cool, si j'allais leur parler ?" ? »
Il reprit son souffle en sentant sa gorge le tirailler.
« J'ai toujours menti à ma mère pour le lycée, elle ne sait pas que je sèche depuis des mois. Je lui ai fait croire que j'étais un gosse normal, avec des amis avec qui je faisais des sorties. Elle ne sait rien du vrai Nao. Et peut-être qu'il vaut mieux, finalement… »
Un menteur.
Il posa ses mains sur son visage pour cacher ses yeux rougis des larmes retenues.
« Tu sais, trois jours, ça peut te paraître ridiculement court. Mais à t'attendre assis dans la maison habituelle, sans rien faire d'autre qu'angoisser sur ta disparition soudaine de ma vie, ils m'ont paru une éternité pendant laquelle toutes les pensées qui me traversaient étaient décortiquées et analysées. Tu ne t'imagines pas ce qu'elles sont devenues. »
Il dénia de la tête sans ôter ses mains.
« Je suis sans doute un lâche d'avoir voulu fuir ainsi, je suis un menteur également, un imposteur et peut-être même un profiteur, mais que devais-je faire d'autre ? Attendre de mourir de faim sans que tu ne reviennes jamais ? »
« Arrête. »
Il n'en pouvait plus de ces mots, de cette situation. Il voulait passer l'éponge sur ces trois derniers jours, les effacer de sa vie, les oublier définitivement.
« Je suis revenu. Et je ne repartirai pas, même si ce genre de promesse doit paraître vraiment bancale, venant de moi… »
Il appuya plus fort ses paumes contre sa peau.
« Je crève d'envie de te faire confiance mais… En ai-je seulement la possibilité ? »
Il se courba vers l'avant alors que les larmes et sanglots l'assaillaient brutalement.
« Comment savoir si tu ne craqueras pas à nouveau quand j'irai voir Ryo ? articula-t-il difficilement. Comment je peux… me convaincre que… tu reviendras toujours me chercher… maintenant ? »
« Je veux venir avec toi, fit-il alors en le prenant contre lui. »
S'il ne voulait qu'ils deviennent fous d'angoisse et bien il ne fallait pas qu'ils se séparent.
Sans plus pouvoir se retenir, il se mit à sangloter comme un petit garçon. Il pleurait souvent, il en avait conscience, mais il s'agissait davantage de pleurnicherie que d'autres choses. Pourtant, à cette instant, il y mettait toute sa peur, sa douleur et sa tristesse. Que pouvait-il faire d'autre sinon étouffer de tous ces sentiments ?
« Pleure pas Sakito s'il te plaît… balbutia-t-il. Laisse-moi venir avec toi s'il te plaît. J'ai pas envie de faire les mêmes conneries… »
Il ne supportait plus de voir son amant pleurer, encore plus du fait que c'était de sa faute.
Sanglotant de plus belle, il s'accrocha aux épaules de Nao en cachant son visage contre son torse, tentant tant bien que mal de ne pas se noyer et de respirer convenablement.
« Na… o, hoqueta-t-il. »
Il toussa un peu, enroué par trop de larmes.
« Ça va aller, je suis là maintenant… souffla-t-il en le serrant délicatement entre ses bras. C'est fini. »
Il ne savait plus quoi faire pour l'aider, si ce n'est le garder contre lui.
Il hocha la tête en relevant le visage.
« Tu… tu ne m'as pas… embrassé… pour me dire… bonjour, bégaya-t-il. »
Nao eut un maigre sourire.
« Désolé Sakito, souffla-t-il en posant ses mains sur ses joues. Excuse-moi. »
Et il posa ses lèvres contre les siennes. Il avait peur de mal faire, même à cet instant.
Si les larmes perlaient encore à ses cils, ses pleurs cessèrent à l'instant même où leurs lèvres se rejoignirent. Toutes les réponses étaient là, dans ce baiser. C'était l'amour qu'ils se portaient qui lui donnerait la confiance, c'était la douceur dont il voulait toujours faire preuve envers Nao qui le garderait près de lui, c'était la tendresse que son amant avait pour lui qui panserait ses blessures et c'était le temps qui s'occuperait de leur faire oublier. Plus jamais ils ne se sépareraient.
Sans avoir besoin de se concerter, Nao approfondit le baiser avec douceur, entraînant la langue de Sakito dans un ballet délicat, empli d'excuses. C'était si doux de retrouver un tel contact. Il avait l'impression que c'était la première fois qu'ils osaient franchir le pas, comme après des mois d'attente.
Il avait mal à la tête mais il n'aurait jamais arrêté ce baiser. Il avait la sensation d'être retourné sur le chantier plusieurs mois plus tôt, quand Nao l'avait embrassé pour la première fois. La même émotion de découverte et de délicatesse, le cœur qui battait trop vite et trop fort. Il crispa ses doigts sur ses épaules alors qu'il avait l'impression de n'être plus qu'une poupée de chiffon. Son corps, à bout, était en train de s'effondrer.
Pour éviter toute fatigue inutile à son amant, Nao finit par se décoller de ses lèvres et le fit s'allonger sur son lit. Sakito faisait vraiment vulnérable ainsi.
« Je t'aime, souffla-t-il à son oreille, la voix basse et presque éteinte. »
Personne d'autre que lui ne devait l'entendre.
Tremblant, il opina simplement du chef pour dire que lui aussi. Il était si mal subitement, si faible.
« Dors maintenant, ordonna-t-il doucement. Je reste là. »
Et pour bien lui prouver, il se lova à ses côtés et emprisonnant sa taille de ses bras.
« Hm… gâteau, marmotta-t-il en se serrant contre lui. »
Il pouffa légèrement.
« Dors bien petit chat. Sois sage, je te surveille. »
Sans réellement en prendre conscience, il attrapa la main de Nao pour mordiller ses doigts. Quand il était petit et avait peur de quelque chose, il mâchouillait les oreilles de ses peluches pour se rassurer, il voulait juste reproduire le même schéma. Il avait besoin de son amant.
Rassuré, Nao ferma les yeux en se resserrant contre lui et émit un petit soupir de soulagement. Tout irait pour le mieux maintenant qu'ils s'étaient retrouvés. Ils pouvaient dormir en paix, ils étaient ensemble.
Cependant, le repos de Sakito ne fut pas réellement reposant. Son estomac vide le faisait souffrir, réclamant nourriture, et le fait d'avoir bu un jus de fruit n'avait fait qu'éveiller sa faim et sa soif. Geignant, il se roula en boule, serrant ses genoux contre lui pour tenter de faire taire ses grognements et d'ignorer la douleur que ça engendrait.
Plein milieu de la nuit, Nao dormait profondément. Les émotions des jours précédents l'avaient éreinté et il avait grand besoin de sommeil. Mais il sentit Sakito bouger à ses côtés, de manière trop poussée pour que ce soit juste dû au sommeil. Peut-être que son état l'avait réveillé, la douleur sûrement… Resserrant ses doigts pour vérifier que ceux de son amant y étaient toujours, il poussa un petit soupir.
« Sakito ? »
« Hm, soupira-t-il douloureusement. »
Il pressa leurs doigts entremêlés contre ses lèvres puis les posa sur sa joue. Il avait presque aussi mal que pendant ses périodes de manque.
« Ça va, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il d'une voix un peu ensommeillée. »
Intrigué, il se redressa un peu sur le coude, en attente.
« C'est tes poignets ? »
Il dénia de la tête en se resserrant davantage sur lui-même.
« Mal… au ventre, articula-t-il. »
« Tu as faim ? »
C'est vrai, ça faisait trois jours qu'il l'attendait…
« Je vais aller te chercher quelque chose, fit-il en s'asseyant. »
Il crispa ses doigts sur les siens.
« Pars… pas ! »
Le paquet de gâteau devait être posé quelque part à proximité.
Il aurait dû s'en douter.
« OK, je reste, assura-t-il. Mais promets-moi que tout à l'heure, on descendra manger un vrai repas, d'accord ? »
Puis il s'empara des gâteaux ramenés tout à l'heure, en ouvrit un et le tendit à son amant avec douceur.
Il hocha la tête en se redressant légèrement, prit le gâteau gentiment offert et le mangea calmement, gardant son regard rivé sur Nao, comme s'il avait peur de le voir disparaître subitement.
Trop vif Nao… Ça fait trois jours qu'il attend, repartir maintenant, c'est le top de la brutalité. Pour ne pas se perdre dans des pensées de ce genre, il se réinstalla près de son amant, le paquet entre eux et prit un gâteau à son tour. Puis il tendit le bras pour frôler avec douceur le ventre de Sakito.
Souriant légèrement, il posa sa tête sur son épaule et attrapa un autre gâteau. Lui qui avait toujours faim, du moins quand il ne prenait pas ses cachets, il avait l'impression qu'il pourrait manger n'importe quoi.
« Tout à l'heure, je ferai des croissants pour le goûter, ça te dit ? sourit-il en flattant toujours son ventre du bout des doigts. »
Et du chocolat, cela va s'en dire. Sans oublier un repas consistant pour le midi.
Il acquiesça doucement en se resserrant contre lui, entamant un nouveau gâteau. Il avait envie de se noyer dans la présence de Nao, ayant l'impression d'être trop loin de lui.
Avec un léger rire, Nao se rapprocha de lui et passa cette fois-ci sa main sous le t-shirt de Sakito. Sa peau avait toujours été très douce à cet endroit et savoir que c'était douloureux le mettait mal à l'aise.
« Ça passe un peu ? chuchota-t-il en taquinant légèrement sa peau. »
« Hm. »
Hésitant un moment, savourant les caresses de Nao, il finit cependant par bouger pour s'installer à califourchon sur les cuisses de son ami, se lovant contre son torse, le cœur battant à tout rompre. Il avait besoin de manger mais également de se rassurer.
Immédiatement, il passa ses bras autour de sa taille et posa un baiser dans son cou.
« Tu veux un câlin ? proposa-t-il en le sentant un peu tendu. »
Sakito avait toujours aimé rester sur lui de cette manière depuis le début.
Il approuva d'un vif signe de tête. Sentir Nao tout contre lui de cette façon, son cœur pulser contre le sien, c'était vraiment agréable et Sakito poussa un petit soupir.
« Dis… tu partiras plus… jamais, jamais ? demanda-t-il avec maladresse. »
« Plus jamais, jamais, assura-t-il en le serrant contre lui. Plus jamais tu m'attendras, parce que je te lâcherai plus… »
Et pour l'en assurer, il posa sa tête contre son épaule, passant ses doigts à même la peau pour être au plus proche de lui.
« Hm, c'est… c'est bien, souffla-t-il en s'affaissant légèrement contre lui. »
Il avait faim, soif et était tellement fatigué, se sentant faible et sans force. Il voulait juste rester contre lui et ne plus bouger avant un long moment.
Nao soupira dans son cou et ferma les yeux. Il avait l'impression de retourner au début de leur rencontre, quand Sakito s'était endormi sur lui de cette façon. Dire qu'il l'avait engueulé au réveil…
« On peut pas dire que j'ai toujours été très délicat… avoua-t-il à voix basse. Tu te rappelles, les premiers jours ? »
« Hm, tu voulais me tuer la première fois. »
Il eut un petit sourire.
« Tu aurais eu raison, je n'aurais pas dû te voler et te faire tourner en rond dans la ville. »
« On peut dire que tu m'auras souvent fait courir, sourit-il. Mais tu avais tes raisons. J'ai toujours été trop brutal. Tu sais, c'était un peu des menaces en l'air… »
Certes, il lui aurait certainement cassé la figure. Mais de là à le tuer, il y avait un pas…
Il pouffa.
« De toute façon, c'est moi qui t'ai mis au tapis avant de m'enfuir. »
Il se redressa légèrement pour le regarder.
« Tu avais eu fort mal ? »
Nao plongea son regard dans le sien.
« Comme un direct dans l'estomac. »
En pire.
« T'es le premier à me mettre à terre sans même me toucher. »
« J'aime pas faire preuve de violence mais tu me faisais peur. »
Il posa un léger baiser contre ses lèvres.
« Mais la deuxième fois, tu m'as sauvé la vie malgré tout. »
« T'es flippant aussi dans ton genre, quelquefois. »
Il l'embrassa à son tour.
« Je laisse pas mourir les gens. Et puis t'avais pas l'air dangereux finalement. Juste un peu agaçant, fit-il avec un sourire en coin. »
« Je venais d'avoir affaire à Niya, j'étais en manque, j'avais les poignets en sang, bien sûr que je faisais peur. »
Il baissa les yeux.
« Et je suis désolé d'avoir été agaçant, mais je voulais vraiment que tu restes ou que tu reviennes. »
« C'est fait maintenant. Et je te trouve plus agaçant. »
Ses lèvres rencontrèrent les siennes une nouvelle fois, un peu plus fort et un peu plus longtemps.
« Plus du tout, bien au contraire. »
Se resserrant davantage contre lui, il posa ses mains sur ses joues avant de l'embrasser timidement mais profondément. Ces échanges lui avaient manqué durant ces derniers jours et tout son être réclamait celui de Nao.
L'esprit à l'envers, il entrouvrit les lèvres pour participer pleinement à l'échange. Celles de Sakito lui avaient vraiment manqué, comme tout le reste. Pressant sa langue contre la sienne avec langueur et douceur à la fois, il profita de leur proximité pour lui caresser le dos et le détendre.
Glissant une main dans son cou et l'autre dans ses cheveux, il apprécia grandement ce baiser, malgré sa faim toujours présente. La présence de Nao avait quelque chose d'apaisant, comme un baume réparateur. Peut-être parce qu'il était le premier à l'avoir vu, ou simplement parce qu'il lui transmettait l'amour qu'il lui vouait. En tous les cas, ça faisait énormément de bien.
Nao prolongea leur étreinte jusqu'à sa dernière limite avant de reculer, à bout de souffle mais un léger sourire sur son visage fatigué. Il voulait pouvoir toujours témoigner son affection – son amour – à son amant, en toutes circonstances.
« Ça va mieux ? Demanda-t-il. »
Il acquiesça d'un signe de tête avant de grimacer sous un rappel de son ventre, posant son front contre l'épaule de Nao. La douleur de ses poignets était largement dépassée par celle de son ventre gargouillant.
« Je crois que ton estomac a besoin de quelque chose de plus consistant qu'un baiser, tu ne crois pas ? »
Il y avait bien un truc ou deux dans le frigo, même si ça faisait quelques jours qu'il n'avait pas fait de plats d'avance.
« Hmpf. »
Pas décidé pour autant à bouger, il enroula ses bras autour du cou de Nao et referma ses doigts dans son dos pour être certain qu'il ne s'éloigne pas.
« Je crois que je vais devoir utiliser les grands moyens alors… »
Serrant ses bras autour du corps de Sakito pour ne pas qu'il tombe, Nao quitta le lit et attrapa son sac pour se diriger vers le couloir. Aux grands maux les grands remèdes.
Miaulement, il entoura sa taille de ses jambes pour être un peu plus stable et se laissa entraîner sans résistance. Tant qu'il était avec Nao, peu importait l'endroit où ils allaient.
Une fois dans la cuisine, il déposa son sac dans un coin, puis s'approcha du frigo en quête de quelque chose à faire pour Sakito. Il trouva un reste de poulet impeccablement décortiqué, ce serait parfait avec des pâtes. Son amant avait besoin d'un plat qui cale son estomac.
« Je crois que j'ai ce qu'il faut, fit-il en sortant sa trouvaille et en refermant la porte pour ne pas donner froid à son protégé. »
« Hm, je te fais confiance. »
Il n'était pas difficile, tant qu'il pouvait manger. Relâchant la taille de Nao pour le libérer et faciliter ses mouvements, il s'extrada délicatement de leur étreinte, vacilla un peu et alla s'asseoir sur une chaise. Il allait devoir se reposer un bon moment pour retrouver un peu de forces.
« Si tu as froid, tu peux prendre la couverture dans mon sac, signala Nao en s'attelant à sa préparation. »
Il ne l'avait pas amené ici pour qu'il prenne froid.
« Hm. »
Il se releva, se dirigea vers le sac en se retenant aux murs, prit le sac pour le ramener près de la table et se réinstalla sur la chaise avant de s'emballer dans la couverture. C'était plus agréable et elle avait l'odeur de Nao.
Pendant ce temps, Nao fit chauffer l'eau pour les pâtes, prépara le paquet et retourna vers le reste de la préparation. Il n'exagéra pas les doses, même affamé, ils étaient en plein milieu de la nuit. Et puis, ils auraient l'occasion de bien manger demain, mieux valait ne pas brutaliser l'estomac de Sakito.
Bâillant largement, Sakito appuya sa tête sur ses bras repliés sur la table, essayant d'oublier son estomac capricieux. Le repas était en pleine préparation, un peu de patience bon sang !
« T'endors pas, pouffa Nao en laissant cuire. Tu veux boire en attendant ? »
Ça le ferait patienter un peu, il restait près de dix minutes de cuisson.
« Miu. »
Il se redressa un peu, resserra la couverture contre lui et acquiesça d'un signe de tête. Autant satisfaire sa soif en même temps.
« Eau ou jus de fruits ? demanda-t-il en se mettant à la recherche d'un verre. »
« Ce que tu veux. »
Il n'avait pas envie de réfléchir.
« OK. »
Optant pour le plus simple vu l'heure, il lui versa un verre d'eau, puis repartit surveiller ses casseroles. Il ne manquerait plus qu'il mette le carnage dans la cuisine en pleine nuit.
Buvant calmement son eau, Sakito s'affaissa un peu sur sa chaise et riva son regard sur Nao pour ne pas s'endormir en sursaut. Il était réellement à bout de force.
Les dix minutes finirent par passer à une vitesse d'escargot et Nao se pressa de servir Sakito avant qu'il ne se rendorme.
« Voilà, mange pas trop vite. Et tu n'es pas obligé de finir si tu n'as plus faim. »
« Hm, merci, sourit-il. »
Il se redressa, attrapa ses couverts et commença à manger calmement.
« C'est bon, complimenta-t-il entre deux bouchées. »
Et ça faisait un bien fou.
« C'est l'essentiel alors. Au moins tu dormiras mieux. »
Du moins, il l'espérait.
« Hm. »
Relevant la tête à un moment, il tendit la fourchette à Nao sans rien dire, le regardant juste fixement.
Interdit, il finit par s'asseoir près de Sakito, puis posa une main sur la fourchette.
« Tu veux vraiment ? »
C'était plus lui qui avait besoin de manger.
Il hocha la tête sans le quitter des yeux.
Un peu hésitant, Nao finit par flancher et goûta à ce qu'il avait préparé, un peu gêné toutefois. Il avait plus l'habitude de s'occuper de Sakito que l'inverse.
Souriant, il chatouilla sa joue du bout des doigts. Il était tout mignon, gêné ainsi.
« Allez, mange et t'occupe pas de moi, bredouilla Nao en se sentant rougir. Sinon tu vas t'endormir. »
Il avait vraiment l'air fatigué.
Lui lançant un regard malicieux, Sakito entrouvrit les lèvres mais cacha ses mains sous la table. Il était trop fatigué pour être gêné de faire un tel caprice.
Soupirant faussement, Nao s'empara finalement de la fourchette, puis la tendit à Sakito.
« Tu n'imagines pas ce que tu me fais faire… »
Nourrir quelqu'un… Être l'esclave de Sakito. Ce ne devait pas être si mal.
Souriant en prenant la fourchette entre ses lèvres, il savoura ensuite la nourriture en clignant plusieurs fois des yeux pour rester éveillé.
« C'est bon j'espère. Que monsieur prenne garde à ne pas s'endormir, ironisa-t-il. »
On aurait dit qu'il pourrait se rendormir en sursaut…
« Vi, c'est bon. Mais chu fatigué. »
Et pour le prouver, il bâilla largement, une main devant la bouche.
« Alors on va retourner dormir, fit Nao en reposant la fourchette. »
« Mais j'ai faim, bouda-t-il. »
Son estomac commençait à peine à ne plus protester.
Bon sang, il priait pour ne pas avoir d'enfants avant longtemps.
« Ouvre la bouche, bébé, souffla-t-il en lui tendant une autre bouchée. »
Il n'était pas doué pour ça, pourtant…
Obéissant sagement, il se laissa nourrir joyeusement jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien dans l'assiette. Il bâilla ensuite un long moment en s'affaissant dangereusement sur sa chaise.
« Maintenant, dodo, fit Nao en partant mettre l'assiette dans l'évier. »
Puis il s'approcha de Sakito et le prit immédiatement dans ses bras, façon princesse, avant de quitter la cuisine.
Posant sa tête sur l'épaule de Nao, il resserra la couverture contre lui et s'endormit en sursaut, trop fatigué pour lutter davantage contre le sommeil.
Et il en fut ainsi pendant les quelques jours suivants. En bonne âme dévouée et aimante – bien qu'il n'aurait jamais pensé l'être un jour – Nao s'occupa de panser les plaies de son amant et de le nourrir. Les poignets cicatrisaient plutôt bien et il espérait que ce serait bien la dernière fois où il devrait s'en soucier de cette manière. Mais maintenant qu'ils étaient ensemble de nouveau, Sakito semblait avoir abandonné toute idée suicidaire, même s'il avait l'air pensif de temps à autre. Petit à petit, il reprenait des forces, Nao veillant à ce qu'il mange bien à chaque repas. Cela faisait quatre jours qu'il n'avait pas parlé de son petit frère. Mais Nao doutait que Sakito ait cessé d'y penser…
Alors qu'ils prenaient tranquillement leur repas de midi ensemble – une pizza, pour changer – Sakito songea que c'était le moment ou jamais. Alors, prenant une profonde inspiration, il baissa ensuite la tête pour ne pas regarder Nao avant de parler.
« J'aimerais bien aller voir Ryo. »
Il ne l'avait pas vu depuis plus d'une semaine sans explication et il avait peur que son frère l'abandonne à nouveau.
« Ah. »
Ce fut la seule chose qu'il put dire en reposant ses couverts. Mais il avait promis.
« Quand ça ? »
La question elle-même lui semblait idiote. Le plus tôt possible, certainement.
« Pourquoi pas cet après-midi ou demain ? demanda-t-il sans relever les yeux. »
Il n'aimait pas cette sensation d'avoir à choisir entre son frère et la bonne entente de son couple, bien qu'il ait encore un peu de mal à parler de Nao comme étant son amant depuis qu'ils s'étaient retrouvés.
« Comme tu veux, on a pas spécialement de choses prévues… souffla-t-il en triturant ses restes du bout de la fourchette. »
Il savait que Sakito ne le regardait pas et lui-même ne s'en sentait pas la force non plus. « Menteur » s'était encré en tâches de sang dans son cœur.
Relâchant presque brutalement ses couverts, Sakito se leva et vint enlacer tendrement Nao.
« On ira pas si tu veux pas y aller. Je… je veux pas que ça t'éloigne de moi. »
Il avait déjà manqué de le perdre, il ne voulait pas que ça recommence.
Bon sang, paraissait-il aussi horrible que ça dans ces moments-là ?
« Eh, t'inquiète pas, souffla-t-il. On peut y aller aujourd'hui si tu veux. Si je suis avec toi, je ne pourrai pas repartir, d'accord ? »
De toute manière, il avait fait assez de bêtises comme ça.
« Hm. »
Mais il resserra son étreinte à la place de retourner à sa place.
« Sakito, je ne vais pas repartir, jura-t-il. »
Il se sentait mal à l'idée que toute la confiance qu'ils avaient instaurée depuis le début se soit évaporée comme neige au soleil.
« Tu… tu m'aimes toujours… hein ? »
Cette question lui brûlait les lèvres depuis quatre jours et elle était finalement sortie.
« Quoi ? »
Il se retourna vivement pour regarder Sakito droit dans les yeux. C'était quoi cette question ?
« Bien sûr ! s'exclama-t-il. »
« Tout pareil qu'avant ? »
Il avait tellement peur que rien ne soit plus comme avant entre eux.
« Sakito… »
Incapable de se retenir, il passa ses bras autour de sa taille et le serra fort.
« Plus encore que ça. »
« Je suis désolé, souffla-t-il en se lovant contre lui. »
Il ne voulait plus jamais être séparé de lui.
« On ira tout à l'heure d'accord ? »
Qu'il ait le temps de se préparer mentalement.
« Tu penses qu'il va en penser quoi ? »
« Que tu viennes avec moi ? »
« Hm. »
Incruste ? Brute ? Enfoiré ? Lâche ? Menteur ?
« Je ne sais pas. Mais je pense qu'il ne dira rien, parce qu'il a été pire que toi. Tu es revenu au bout de trois jours, lui n'est jamais réellement venu. »
« Peut-être. On verra bien… »
Même s'il n'avait pas spécialement envie d'y être, il ne lâcherait pas Sakito d'une semelle.
« Oui. »
Se redressant brutalement, il attrapa la main de Nao et le traîna à sa suite jusque la salle de bain. Ils étaient tous les deux extrêmement tendus et une douche chaude leur ferait du bien. De plus, ça leur permettrait de passer un moment calme à deux et de chasser tous les doutes qui les encombraient.
« Eh, tu fais quoi ? demanda-t-il, interloqué. »
Décidément, il ne comprendrait jamais toutes les subtilités de son comportement.
« Je profite de toi, pouffa-t-il en refermant la porte derrière eux. »
Et il se tourna vers lui pour l'embrasser amoureusement.
Mais ce gamin était vraiment complètement fou. Cependant, si ça devait se passer comme ça, il laisserait Sakito profiter de lui avec complaisance. Ses mains gagnèrent rapidement les hanches de son vis-à-vis et il ne tarda pas à lui rendre son baiser avec passion.
Son cœur s'emballa joyeusement dans sa poitrine et il se boudina contre le corps chaud de Nao, séparant leurs lèvres pour reprendre son souffle.
« Mon idée te déplaît ? bouda-t-il ensuite. »
« Non. Ça m'a juste… surpris. »
Il pouvait difficilement s'attendre à ce genre de revirement de situation.
Lui offrant un large sourire, il lui ôta souplement son t-shirt et chatouilla sa taille mise à nue. Il se sentait soulagé, presque libéré d'un poids qui compressait son âme quelques minutes auparavant encore.
« Hey, tu profites vraiment ! protesta-t-il faussement sans reculer pour autant. »
C'était rare que son amant prenne réellement les devants.
« Bah vi, répondit-il en le regardant avec de grands yeux. »
Et il intensifia ses petits chatouillis.
« Explique-moi comment quelqu'un qui a une bouille d'ange comme la tienne peut profiter de quelqu'un ? soupira-t-il avec un sourire en coin. »
Ses chatouilles le rendaient à fleur de peau.
Il n'en fallut pas plus pour qu'il rougisse violemment, se cachant derrière ses mains.
« C'est seulement parce que c'est toi, bafouilla-t-il malgré tout. »
« Je te donne envie ? le taquina-t-il au creux de l'oreille. »
Ses mains partirent à leur tour tripoter le t-shirt de Sakito. Il lui mettait la tête à l'envers.
« Vi, c'est pas bien ? s'inquiéta-t-il en écartant les doigts pour le regarder. »
« Au contraire, lui souffla-t-il en le regardant dans les yeux. »
Il se pencha pour lui embrasser le cou et commencer à relever son t-shirt.
« Et c'est réciproque. »
Frissonnant, il rabaissa ses bras en le laissant faire. Il avait l'impression que la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvé ainsi remontait à des siècles.
« Un bain te ferait-il autant envie ? demanda-t-il en lui retirant délicatement son t-shirt. »
Ça pourrait être agréable et il ne connaissait rien de mieux pour se détendre.
Hochant la tête, il se sépara de lui pour faire couler l'eau, réglant la température. Ils auraient tout le temps de se déshabiller pendant que la baignoire se remplissait.
« T'es vraiment quelqu'un d'attentionné, fit remarquer Nao en souriant. »
Il ferait des efforts pour lui rendre la pareille.
« Tu trouves ? s'étonna-t-il en revenant vers lui. »
Il ne se pensait pas si attentionné que ça, pourtant. Il se donnait même l'effet d'être un profiteur parfois.
« Oh que oui, dit-il en passant ses bras autour de son cou. Mon petit ange dévoué. »
Et il devenait mielleux en plus de ça.
Sakito pouffa et posa un petit baiser sur ses lèvres.
« C'est parce que je t'aime. »
Il avait l'impression désagréable de ne pas lui avoir dit depuis bien trop longtemps.
« Moi aussi je t'aime. Même si je suis une brute et un menteur, je t'aime. »
Après tout, Sakito était celui qui avait brisé son monde de violence quotidienne.
Sakito perdit son sourire et posa une main sur les lèvres de Nao.
« Ne dis pas ça, supplia-t-il presque. »
Il se sentait terriblement mal d'avoir écrit ça sur le mur.
« Hm, fit-il en baissant les yeux. »
Ces lettres en rouge, il aurait du mal à les oublier quand même.
« Désolé. »
« C'est moi qui suis désolé, je n'aurais jamais dû faire ça. »
Surtout qu'il avait menti également.
Il y a des gestes sur lesquelles il valait mieux ne pas revenir.
« Oublie ça, souffla-t-il en l'embrassant brièvement. »
Puis il partit éteindre l'eau qui menaçait de déborder.
« Le bain nous attend, sourit-il en s'asseyant sur le bord. »
Il hocha la tête et, lui envoyant un sourire un peu timide, il ôta lentement son pantalon, essayant d'être aussi sensuel que possible. Il se sentait ridicule.
Un sourcil haussé, Nao croisa les jambes sans manquer une miette du spectacle. Sa timidité et ses gestes faisaient un ensemble aussi attendrissant qu'attirant.
Quand il se fut débarrassé du vêtement, il entreprit de faire la même chose avec son boxer, rougissant légèrement. Il avait pleinement conscience du regard de Nao fixé sur sa personne, c'était légèrement embarrassant.
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sans même qu'il ne le réalise. Bien qu'un peu maigre, Sakito était vraiment délicieux à regarder, encore plus quand il essayait de plaire, malgré sa gêne.
Envoyant finalement le morceau de tissu un peu plus loin, il rejoignit Nao en quelques pas et se baissa pour l'embrasser chastement.
« Le spectacle t'a plu ? demanda-t-il avec un sourire rougissant. »
« Énormément, sourit-il, tu es adorable. »
Et diablement plaisant.
Il eut un petit rire gêné.
« Merci. Je suis content. »
Puis il glissa ses mains le long des flancs de Nao pour atteindre la bordure du pantalon.
« Mais si tu restes comme ça, l'eau va être froide avant qu'on y soit entré. »
« Tu crois ? fit-il avec un sourire mutin. »
« Oui, puis c'est pas juste sinon. »
Et il glissa quelques doigts à l'intérieur du pantalon.
« J'avoue. »
Nao se releva pour faire face à son amant.
« Remettons les choses dans l'ordre alors. »
Lui souriant tendrement, Sakito fit lentement passer ses mains sur le devant pour déboucler sa ceinture et déboutonner son pantalon avec lenteur.
Posant un baiser sur son front, Nao le laissa faire, le laissant découvrir par lui-même. Qu'ils se redécouvrent après l'épisode qui avait bien failli les séparer pour de bon, ne laissant derrière lui que des regrets et un goût amer dans la bouche.
Quand ce fut fait, il attrapa lentement les bords du vêtement et le fit glisser le long des jambes douces de Nao, caressant ses cuisses au passage. Les joues brûlantes – il le sentait parfaitement – il posa un baiser sur son épaule avant de s'attaquer au boxer de son amant. Penser ce mot lui fit un bien fou et il se rapprocha sensiblement de lui.
Tout à son bonheur, Nao eut un sourire irrépressible sous les mains de Sakito. Il avait l'impression que cela faisait des lustres qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de profiter des joies de la vie de couple. Mais en même temps, ce n'était pas si courant que ça que son amant décide de diriger – pour un temps du moins. Soupirant, Nao lui caressa les cheveux et les épaules pour l'inciter à continuer.
Sakito ôta finalement le sous-vêtement de son amant avec autant de sensualité qu'il put. Il ne pouvait s'empêcher de se montrer doux et tendre.
Il était mignon quand il essayait de jouer les « Sakito fatal », néanmoins Nao se sentit attendri. Avec délicatesse, il lui caressa la joue puis entra dans l'eau chaude, avant de lui tendre la main telle une invitation. Il mourrait d'envie de le serrer contre lui.
A suivre
Déclaration de Black Cherry : Finalement, on dirait bien que rien ne pourrait séparer ces deux-là. Un moment d'angoisse, des retrouvailles et de l'amour pour cicatriser. Mais est-ce que cela évitera pour autant la rechute ? Ryo est toujours d'actualité dans l'esprit de chacun et les doutes flottent encore... Mais peut-être que la salle de bain, symbole de douceur et d'union mettra un terme à tous ces points négatifs. Sakito se dénude... Autant le corps que le cœur ? Nao succombera-t-il encore ? Et Ryo ? Vous le saurez... un jour, quand le chapitre suivant sera assez mûr pour s'envoler.
