Son cœur battait à un rythme effréné, si bien qu'elle crut qu'il allait imploser et que sa poitrine allait se déchirer. Elle ne pouvait se mouvoir, prisonnière de ces liens qui lui lacéraient la chair jusqu'aux muscles. Son souffle semblait ne jamais pouvoir se calmer tant il était fort et précipité. Jamais depuis son plus jeune âge, elle n'avait ressenti une peur mélangée à une panique aussi intense. Ces deux émotions rassemblées formaient une étrange réaction, celle notamment de l'instinct de survie ou peut-être était-ce plutôt, un mince espoir de parvenir à se libérer alors qu'il était impossible pour elle de se défaire de ses liens.
L'obscurité morbide avait englouti Kitten et seul son esprit demeurait. Du moins, c'était l'impression qu'elle en avait. Cela semblait faire une éternité qu'elle remuait désespérément, espérant trouver une faille qu'elle pourra agrandir afin de libérer ne serait-ce qu'une jambe, ou même un bras. Elle usait de ses forces pour rien, elle s'épuisait physiquement. Alors, elle se décida enfin à hurler, tenter d'interpeller quelqu'un à l'extérieur but nobody came. Elle ignorait si cela était un cauchemar, ou bien la réalité. Les sensations n'étaient pas floues comme dans un songe, mais distinctes et son corps les ressentait clairement. Kitten ne put croire à autre chose qu'à la réalité. Désespérément, elle se contorsionna pour espérer se délivrer mais rien n'y fit. L'humaine s'obstina puis finit par abandonner de nouveau. C'était peine perdue.
Une douleur fulgurante la prit subrepticement à la poitrine. Cette douleur l'étouffait, emplissait ses poumons, remontait jusqu'à sa gorge. Elle ne parvenait plus à respirer. Son cœur redoubla d'efforts, ses doigts se resserrèrent. Elle cherchait de l'air, cherchait à se sauver mais cette souffrance commençait à traverser l'ensemble de son corps. Sa gorge fut obstruée, ses bras refusaient de lui répondre, puis ce furent ses jambes. Frisk sentit sa poitrine qui peinait à se soulever, elle se cambra, paniquée. Chaque geste, chaque mouvement du corps était inutile mais la peur avait envahi son esprit, elle ne réfléchissait plus. Elle allait mourir.
De l'obscurité, surgit une main. Une main gigantesque qui se rapprochait d'elle. Celle-ci désirait lui saisir la gorge, les doigts écartés, la paume en évidence. Kitten se débattit encore et encore, le regard rivé sur cette main meurtrière. Tout devenait flou, confus, sa vision se brouillait et pourtant, elle écarquillait les yeux de terreur. Son coeur battait la chamade. Les battements se répercutaient, résonnaient dans ses tympans. Elle la saisit.
Don G jeta son journal sur la table, le menton appuyé contre le revers de sa main. Le sommeil ne parvenait pas à le gagner depuis qu'il avait lu ces journaux. Quatre se trouvaient sur la table, se jouxtaient à côté de deux verres vides et une bouteille d'alcool. G ne pensait pas en apprendre autant en l'espace de quelques heures, surtout dans des morceaux de papiers imprimés. Son regard se posa une nouvelle fois sur le gros titre, suivis de plusieurs photographies d'une qualité moindre. "Les vestiges d'une exploitation en laboratoire", disait le gros titre. Un article intéressant, qu'il avait lu et relu avec une grande attention. Il en avait fait de même pour ceux des autres journaux.
Il saisit la bouteille, versa une petite partie du contenu dans l'un des verres avant d'en boire une maigre gorgée. "Expérimentation d'humains dans un laboratoire ?", affichait un journal. "Corps d'enfants humains retrouvés", affichait un autre. Méprisable, ignoble, abject. C'étaient les seuls mots qui traversaient l'esprit de G lorsqu'il lisait ces titres. Il savait pertinemment que les gens étaient loin d'être des saints, que les âmes qui vivaient ici bas étaient capables de tous les crimes possibles, même les plus atroces voire inimaginables. "Un lien possible avec la mort de ces enfants ?". G reposa son verre, ne détacha pas son regard des journaux. Son Consigliere, Kitten provenait sûrement de ces laboratoires d'expérimentation. Elle était une humaine, balafrée sur l'ensemble du corps et dont l'âme avait été renforcée par les nombreuses expérimentations subies, laissant des séquelles à vie.
Le Don fut tiré de sa réflexion par l'agitation du sujet de ses pensées. Il l'entendit remuer, pousser des cris étouffés. Intrigué, G se leva pour aller rejoindre la chambre à coucher de la femme. Il ne s'en trouvait qu'à quelques mètres, tout au plus.
Kitten se réveilla, la main qui serrait le bas de son vêtement. Ses yeux étaient rivés sur le plafond sombre. Son cœur battait la chamade, peinait à se calmer. Ce ne fut qu'au bout de quelques secondes, qu'elle finit par s'apercevoir que cela n'avait été qu'un cauchemar. Elle se redressa dans un soupir, à moitié chancelante puis se frotta le front de son main. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu à faire face à des souvenirs. Elle parvint à s'en remettre, demeura dans la même position pendant une minute de plus jusqu'à recouvrer son souffle, son esprit rationnel. Ses jambes remuèrent sous les draps, elle retira sa main de son visage et fut intriguée, voire surprise de découvrir Don G appuyé contre le chambranle de la chambre, les bras croisés. Sa pupille blanche ressortait de l'obscurité, venait de se poser sur elle. Elle sentit le poids de son regard.
Il sortit un cigare allumé, expulsa une bouffée puis se mit à marcher dans la pièce. Son regard ne la quittait pas. Kitten ne baissa pas le sien non plus, tandis qu'il contournait le lit. Que venait-il faire ici à une heure si tardive ? Il était soupçonneux, insatisfait de quelque chose ? L'expression qu'il arborait ne la rassurait point. Ils se soutinrent du regard. La fumée de son cigare s'élevait jusqu'au plafond avant de se disperser, puis de disparaître dans la pièce. Frisk finit par détourner les yeux, sa main se resserra sur son drap. G fit glisser sa main sur la commode et la lampe qui se trouvait dessus éclaira la pièce. Kitten fut éblouie, habituée à l'obscurité de la chambre. Il affichait une expression tout autre, ce qui détendit quelque peu l'atmosphère pesante qui régnait.
« Je t'ai entendu depuis le hall, dit-il. Du mal à dormir ? »
Elle semblait confuse et cela se voyait sur son visage. Frisk ne comprenait pas la raison de sa présence ici. Pourquoi s'être déplacé pour un mauvais rêve ? Cela arrivait fréquemment, ce n'était pas quelque chose de nouveau, ou bien était-ce seulement pour la taquiner.
« Besoin d'histoires du coucher ? poursuivit-il. Navré, je suis mauvais à cela. Essaye de te rendormir, il reste encore quelques heures avant la matinée. »
Sur ces mots, G s'assit au bord du lit après avoir expulsé une bouffée de fumée. Kitten n'appréciait pas vraiment cela, quoiqu'elle ne pouvait le refuser.
« Rendors-toi. »
Elle le fit, laissa retomber sa tête sur l'oreiller d'un air ennuyé. Don G demeura silencieux, termina son cigare. Il avait fini par comprendre que la femme ne parvenait pas à trouver le sommeil sans une présence de confiance à ses côtés. Peut-être à cause de la crainte de sa vulnérabilité durant son repos ? Il ignorait s'il était réellement une personne de confiance aux yeux de Frisk ou quelqu'un de réconfortant, mais cela lui importait peu.
Il esquissa un rictus lorsque des souvenirs refirent surface. Une vieille mélodie qu'il lui était si lointaine mais pourtant toujours aussi distincte malgré les trente années où elle était restée dans un coin de sa mémoire. G se demandait s'il s'en souvenait encore alors, d'une voix basse et calme, il se mit à fredonner l'air. Il n'éleva pas la voix, resta sur ce ton doux comme il le faisait avec son cadet lorsque celui-ci allait se coucher. G!Papyrus, lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, peinait à s'endormir et réclamait toujours la présence de son aîné, affirmant qu'il ne pouvait s'endormir sans lui à ses côtés. G s'installait donc à son chevet, le couvrait puis se mettait à fredonner doucement. Son cadet adorait l'écouter avant de tomber de fatigue.
A l'époque, G consacrait toute son attention à son frère car il était celui qui méritait de vivre, celui qui méritait un meilleur avenir. Les années consacrées à celui-ci, la fatigue accumulée et les efforts perpétuels avaient épuisé le grand squelette des semaines, des mois entiers. Il avait effectué chaque geste quotidien machinalement en espérant que son cadet ne remarquerait rien, afin qu'il ne se soucie pas des problèmes que son aîné rencontrait. Malgré toutes ces précautions, la réalité avait pris le dessus et G!Papyrus avait fini par s'apercevoir que chaque morceau de nourriture donné, chaque vêtement acheté, chaque litre d'eau apporté, chaque billet gagné, avait requis un sacrifice, un travail incommensurable de la part de son frère. G avait culpabilisé tant d'années de ne pouvoir être en mesure d'offrir une vie meilleure à son cadet. Il avait effectué les pires travaux, ceux où sa vie avait été mise en jeu plus d'une fois pour ne serait-ce qu'une liasse de billets miteuse, jusqu'à entrer dans le cartel.
Il poursuivit sa mélodie. Il ne pouvait s'arrêter de la chanter, plus distinctement cette fois. Elle était agréable et apaisante. G finit par reporter son regard sur Kitten. Elle s'était endormie de nouveau, les yeux clos et la poitrine se soulevant à un rythme régulier. Il se redressa, fredonnant toujours sa mélodie puis d'un geste délicat, referma la porte de la chambre derrière lui.
Don G s'enfonça dans son siège, expulsa une bouffée de son cigare puis accorda son attention à Punchbag et Clam Guy qui se tenaient droit face à lui, les bras derrière le dos. Ils affichaient une expression inquiète, semblaient nerveux. Le Parrain ne s'attendait pas à recevoir des bonnes nouvelles, surtout depuis que Kitten était partie à la chasse aux traîtres le matin-même. Elle allait aussi se charger des formalités, des quelques fauteurs de troubles qui pouvaient potentiellement venir s'immiscer dans les affaires de la mafia. Il devait être le milieu de l'après-midi et la femme n'avait pas encore terminé son travail. Cela pouvait lui prendre des jours.
« Qu'y a-t-il ? Vous m'avez l'air secoué, hasarda Don G en expulsant un nuage grisâtre.
- Nous avons eu le rapport de Kitten, commença Clam Guy. Il est récent, nous avons eu ces informations il y a moins de deux heures. Elle pense avoir trouvé le responsable de cette tentative d'assassinat, la soirée dernière.
- Poursuivez, dit-il, sa curiosité attisée.
- Le responsable de cette tentative d'assassinat pourrait être Don Dreemurr, poursuivit Punchbag. Mais nous considérons cette possibilité... Invraisemblable. Kitten nous a confié être soupçonneuse par rapport à Mr Grant. Elle est encore à la recherche d'informations à son sujet afin d'élargir les pistes. »
G refusait de croire qu'Asgore avait pu prévoir une telle chose. Lui, planifier une tentative d'assassinat envers son propre ami, c'était impensable. Il était un homme humble avec des valeurs, des principes. Il était respectueux et devait, par conséquent, avoir ce respect en retour. A moins que le squelette ne représente un danger pour lui, ou même sa mafia, Don Dreemurr n'avait aucune raison de l'éliminer. En revanche, il ne pouvait écarter les soupçons de son Consigliere par rapport à Mr Grant, cet homme qui désirait conclure une affaire avec lui. Il songeait à annuler l'entretien. Ce serait dommage, se dit-il. G pourrait analyser le personnage, éventuellement le cerner et découvrir ses véritables intentions.
« Vous devriez refuser, hasarda Clam Guy. Ce serait plus prudent.
- Ne vous inquiétez pas. »
Ils disposèrent lorsque le Don le leur indiqua d'un mouvement de la main. Ils refermèrent la porte derrière eux. G expulsa une dernière bouffée de son cigare, l'écrasa dans le cendrier puis poussa un soupir. Mr Grant désirait l'assassiner. Ce n'était pas étonnant, Don G savait que la pègre avait pour objectif de faire tomber le pilier pour faire régner la confusion. Malheureusement, en l'espace de vingt-cinq années, le Parrain avait appris bien plus que n'importe qui d'autre. Il était rare qu'il soit pris au dépourvu par un incident, un événement. Il prévoyait tout, absolument tout. Même les choses improbables car après tout, nous n'étions jamais trop prudent.
Quelques heures plus tard, G quitta son bureau après des visites diverses pour rejoindre - accompagné de quelques de ses hommes - une pièce assez étroite où se trouvaient une large table, ainsi que des chaises. La salle était décorée avec bon goût, quoiqu'un peu sombre malgré le lustre qui pendait au plafond. Sur la table, des bouteilles de vin et un peu de nourriture mais surtout, un monstre avec une carrure imposante, des épaules larges et de longues cornes, installé à l'un des chaises. A ses côtés, Mr Grant devant un verre de vin rempli à demi. Asgore Dreemurr et son associé étaient bel et bien venus, comme convenu. Derrière Don Dreemurr se tenait une autre personne, le buste relevé et la tête droite. Elle avait une peau couverte d'écailles bleues qui reflétaient la lumière du lustre, des nageoires en guise d'oreilles, des cheveux rouges remontés en une coiffure simpliste, un grand œil jaune perçant et l'autre dissimulé sous un cache noir. Son Consigliere, Undyne. Kitten était présente, fort heureusement et adressa un regard à Don G qui s'installa. Il fit signe à ses hommes de quitter la pièce.
« Giovanni, je suis content de te voir ici, débuta Asgore de sa voix forte et grave. Peut-être veux-tu que nous passions toutes ces futilités pour en venir au sujet de cet entretien ?
- Ce serait préférable, répondit le concerné. »
Undyne ne quittait pas du regard Kitten. Elle semblait curieuse, s'apercevoir de quelque chose à propos d'elle. Frisk le remarqua, fit mine de l'ignorer afin de ne pas attiser davantage les soupçons du Consigliere. Mr Grant but une gorgée de son vin.
« J'aimerai avant parler d'autre chose, dit l'homme. Si vous n'y voyez pas d'inconvénients, Don G.
- Allez-y.
- Une fois que nous aurons conclu cet accord, j'aimerai que vous assuriez la protection de mon organisation. Cela va sans dire qu'une fois que nous collaborerons, une partie de la pègre cherchera à me descendre et je tiens à éviter cela. Nous ne voudrions pas que notre trafic périclite.
- Personne ne le souhaite mais malheureusement, cet accord ne me plaît plus. »
Asgore afficha un air surpris. Kitten serra les poings. Mr Grant qui posa son verre de vin avec précaution. L'atmosphère devint tendue. Don G passait son regard sur les trois personnes en face de lui, les coudes sur la table, les mains jointes et près de la bouche. Il respirait lentement, observait ses invités avec attention.
« Giovanni, je ne suis pas sûr de comprendre, hasarda l'imposant monstre. Jusqu'ici, tu semblais impliqué.
- Des événements récents m'ont fait changer d'avis, j'en suis navré. Je veux prendre une sage décision et refuser me semble être la meilleure. Un autre jour, peut-être, pourrons-nous conclure un différent accord.
- Vraiment ? manifesta Mr Grant. Ces récents événements ne seraient pas les meurtres de mes hommes par votre Consigliere ? Ce n'est qu'une simple supposition. »
Don Dreemurr était confus. Undyne garda le silence. Kitten remuait ses mains derrière son dos, le regard posé sur Don G qui affichait un air sérieux. Un silence de mort régna en maître dans la pièce pendant des secondes qui parurent une éternité. G finit par le briser d'une voix morne et froide :
« Je crains ne pas avoir compris. »
Joyeux Noël ! J'espère que vous avez passé un bon réveillon !
Un chapitre court où il ne se passe pas grand chose. C'est la période des fêtes donc je suis occupée et je ne tenais pas à écrire un truc trop déprimant, surtout avec la suite que j'ai réservé, ahah. Enfin, je ne suis pas encore sûre de l'écrire vu que j'ai l'impression que ça risque un peu de casser l'AU mais on verra. Rien n'est encore décidé.
Sur ce, je vous souhaite une bonne année 2017, en espérant que cette année-là sera meilleure que 2016 qui a vraiment été... Enfin, elle a été ce qu'elle a été. Merci encore à ceux qui me suivent, bonnes fins de vacances et rendez-vous au chapitre prochain !
