Chapitre 10... qui m'a donné pas mal de fil à retordre. C'est le plus long que j'ai publié.
J'espère que le résultat vous conviendra, n'hésitez pas à donner votre avis (snifff très peu de review pour les derniers chapitres... mais cela ne m'empêche pas de poster vite pour une fois ^^)
Merci à Topitop. ( Même si je ne pensais pas ce chapitre aussi stressant en tout cas celui-ci est plus tranquille :p )
Bonne lecture.
Chapitre 9
This is the day - Craberries
[Vendredi 4 décembre au matin.
Cachots]
Elle arriva en avance en potion, le premier cour de la journée des vert et argent. Pas suffisamment hélas pour obtenir l'une de ses places de prédilection, le long du mur et donc assez proche des maraudeurs pour que leurs commentaires même s'ils ne lui étaient pas destinés viennent égayer ce cours qui était loin d'être une de ses matières préférées.
Althéa déposa donc ses affaires où elle le put, en l'occurrence au troisième rang, coté couloir.
Horace Slughorn, le volumineux directeur des Serpentards était en train d'inscrire magiquement au tableau les ingrédients et indications nécessaires à la réalisation d'une potion de conservation et Althéa comme la plupart de ses condisciples déjà présents effectuait des aller-retours jusqu'à l'armoire pour en ramener des fournitures.
Elle se tenait maintenant à coté de sa table, affairée à sortir son livre quand la sonnerie annonçant le début officiel du cours retentit. Presque simultanément, un groupe d'élèves se précipita bruyamment dans la classe. L'un d'entre eux la heurta violemment dans sa hâte de retrouver sa place avant d'être accusé de retard.
Althéa releva la tête, fusillant d'avance du regard le maladroit et se figea en découvrant un Sirius hilare. Il s'immobilisa à son tour, semblant réaliser dans qui il avait foncé, lui lança une œillade qu'elle ne sut comment interpréter et s'en alla rejoindre le reste du quatuor sans même un mot d'excuse.
Tout en massant ses côtes endolories, la jeune fille s'assit alors que leur professeur débutait la partie théorique du cours. Que venait-il de se passer … elle n'en savait fichtre rien. Une semaine s'était écoulée depuis l'épisode de l'agression. En une semaine, enfin en une soirée plutôt, l'histoire avait fait le tour de l'école, et si elle lui avait fait gagner quelques rares regards admiratifs à Serpentard, le reste de l'école semblait maintenant considérer dangereux de se trouver à moins de dix mètres d'elle. Seuls les plus hardis Griffondors lui avaient ouvertement lancé regards assassins et piques meurtrières. Elle n'avait pas parlé à Sirius depuis, et si elle était la première à apprécier le fait qu'il ne lui fasse pas de clin d'œil appuyé ou autres signes tout aussi peu discrets à chaque rencontres son comportement était véritablement … convainquant. Pour un peu elle aurait juré qu'il la détestait vraiment.
Alth roulait machinalement sa baguette entre ses doigts, se demandant si sous l'influence des autres élèves Sirius avait pu changer d'avis et lui en voulait maintenant pour l'incident qui lui avait tout de même valut trois jours à l'infirmerie. Elle même s'en était sorti sans même une heure de retenue, les cinq futurs mangemorts ayant, sous la menace d'Althéa, juré à qui voulait l'entendre que la jeune fille était avec eux dans la salle commune à l'heure de l'agression. Ce rare exemple de solidarité chez les serpents, ainsi que les quelques allusions à du polynectar et aux nombreuses filles qui devaient avoir des raisons d'en vouloir à Sirius avaient suffit à éloigner la menace de sanction de la part du corps professoral mais pas à convaincre les élèves.
Préoccupée mais ne trouvant aucune réponse lui convenant, elle roulait toujours sa baguette sur son bureau, provoquant un léger bruit répétitif. Sa voisine, une grande serpentard au visage chevalin lui fit comprendre son exaspération d'un regard noir, et Alth se décida à ranger sa baguette dans la poche de sa robe et à suivre plus attentivement le cours.
Sa main rencontra un bout de papier plié dans sa poche. Surement un emballage de bonbon, qu'un elfe peu attentif avait oublié de retirer avant de laver sa robe.
Parce qu'elle s'ennuyait, et que Slughorn faisait une de ses innombrables digressions sur un de ses anciens élèves devenu célèbres grâce à lui, elle sortit et examina le papier.
Il s'agissait d'un morceau de parchemin, jauni et taché. Rien de bien notable si ce n'est les mots inscrits d'une écriture masculine familière, à la fois brouillonne et dynamique.
21 décembre. 9H devant la poste. Hastings, Sussex.
S.
- Miss Buttler un problème ?
Absorbée par les perspectives que lui ouvraient les quelques mots griffonnés, elle avait provisoirement délaissé et sa plume et le cours, son esprit étant parti bien loin de la lugubre salle de potion et son ventripotent et bavard enseignant n'était plus qu'un bruit de fond agaçant. Le comportement de Sirius était expliqué, justifié, et mieux que tout il n'avait pas changé d'avis.
Néanmoins Althéa dut quitter l'état d'euphorie discrète qui l'enveloppait depuis quelques minutes et maintenant répondre la question de l'enseignant.
- Absolument pas professeur.
- Vous pourrez donc nous dire que quoi nous parlions?
- Bien sur. Elle repoussa ses cheveux d'un air légèrement condescendant.
Vous alliez citer les cinq exceptions aux lois de Gamp, elle s'interrompit le sourire aux lèvres puis repris le voyant ouvrir la bouche, qui sont au cas où vous le demanderiez l'argent, l'information, la vie, l'amour et bien sur la nourriture. D'où l'importance de la potion de conservation des aliments que vous vous apprêtez à nous enseigner.
Devant ce savant mélange d'ironie et de flatterie, le professeur Slughorn sembla un instant décontenancé. Il opta pour un sourire satisfait et retourna près du tableau non sans avoir d'abord articulé :
-Très bien, très bien cinq points pour Griffon...Serpentard.
Les deux classes fusillèrent le malheureux professeur à ce lapsus qui n'amusa apparemment qu'Althéa qui de toute manière était maintenant d'une très bonne humeur.
Les deux semaines les séparant des vacances de Noël s'étaient éternisée en un supplice délicieux. Supplice car elle mourait d'y être, elle était littéralement malade d'impatience.Délicieux, car si elle s'en tenait à ses projets, cette journée serait la seule. Et elle la savourait à l'avance avec une joie teintée d'amertume.
Lucius, depuis l'attaque de Sirius, n'avait pas tenté de l'approcher. Le préfet était assez intelligent pour savoir que les capacités d'Althéa en sortilège pouvaient se retourner contre lui très facilement. Sagement il attendait que le temps passe. Il ne s'affichait avec personne d'autre, laissant à Althéa le statut officiel de « petite-amie de Lucius Malfoy ».
Les attaques des Serpentards avaient perdu de leur piquant, et devenaient répétitives. Alth ne mangeait presque plus, était vite écœurée, les cours devenaient fades, ce jour prochain des vacances faisant office de carapace, de repas, de jardin secret.
Elle atténuait tout.
Sa seule limite, celle de la discrétion. Elle voulait éviter d'attirer l'attention par un changement d'attitude. Sa répartie était donc toujours aussi cinglante pour qui la méritait.
Mais elle passait la plupart de son temps seule, même au milieu de la foule, un sourire moqueur aux lèvres qui faisait parti de sa façade bien rodée. Derrière cette apparence, elle pouvait penser à ce qu'elle voulait. En l'occurrence, à celui qu'elle voulait.
Enfin, la fin des cours arriva.
Le lendemain elle prendrait, ainsi que la plupart de ses condisciples, le Poudlard Express qui les ramènerait chez eux pour deux semaines. Mais surtout, dans trois jours, lundi 21 décembre elle passerait l'entière journée avec Sirius.
Elle se passa une fois encore de diner, ayant pour une fois une raison à peu près valable de le faire. Althéa avait choisis de profiter du dortoir provisoirement désertée pour faire sa malle. L'ambiance festive de Noël avait atténué les tensions entre ses nouvelles camarades et elle, mais Althéa n'en préférait pas moins cette pièce lorsqu'elle était vide.
Sa valise fut vite remplie (elle ne serait absente que deux semaines après tout) et avant même le retour des autres Serpentards Althéa s'était couché, espérant sans trop y croire s'endormir très vite pour être plus rapidement à lundi.
Elle se trouvait ridicule, pathétique, mais pour la première fois depuis longtemps Alth' était bien, et dissimulée par les lourdes tentures vert émeraude elle ne retenait pas un sourire rayonnant.
[Dimanche 20 décembre
Chambre d'Althéa]
Elle n'était même pas de retour depuis 48h et pourtant s'il n'y avait eu Sirius et la perspective de leur rendez-vous le lendemain, Althéa serait retournée sans la moindre hésitation à Poudlard.
N'allez pas croire qu'elle n'aimait pas ses parents. Bien sur qu'elle les aimait, mais trop de choses s'étaient passé au cours des quatre derniers moins. Des choses dont ils étaient inconscients. Et Althéa même avec la meilleure volonté du monde ne parvenait à redevenir leur bébé, la petite fille qu'elle était encore aux dernières vacances d'été.
La bienveillance protectrice de sa mère l'irritait. Elle étouffait quand celle-ci cherchait à lui tirer les vers à propos d'un éventuel petit-ami, car qu'elle autre raison aurait pu pousser sa chère fille à changer de maison si ce n'est un homme? Quant à l'éternel sourire en coin de son père, semblant signifier « Même si tu ne le dis pas, je sais ce que tu fais », il la rendait malade.
Non, il ne savait pas, sinon ce sourire aurait disparu plus vite que neige au soleil.
Elle ne se sentait plus à sa place, ce constat lui sautait au visage depuis son arrivée la veille . Mais où était-elle sa place maintenant? A Poudlard, honnie par son ancienne maison, et considérée comme une arriviste dans la nouvelle ? Elle en doutait. Mais sa place n'était pas non plus dans sa confortable chambre, au sein de la maison de son enfance, qui ne lui renvoyait que l'image d'une gamine qu'elle n'était plus.
La pièce était pourtant chaleureuse, sans rien d'infantile. Nulles peluches ne la dévisageaient depuis son lit. Nulles starlettes souriants depuis un poster. Les murs, peints d'un jaune vif procurait la lumière que le capricieux soleil anglais oubliait parfois de fournir. Une petite banquette orange aux multiples cousins bigarrés parvenait difficilement à se nicher entre son grand lit , un bureau cylindre en bois et une psyché ovale piquetée de taches.
Le paysage avoisinant, une campagne vallonnée à peine troublée par quelques constructions, visible par la large porte-fenêtre pouvait s'avérer assez morne par temps gris, mais des voilages perlés rouges en dissimulait la majeure partie.
Quelques bougies, photographies animées et autres souvenirs venaient égayer les murs.
Elle avait refait sa chambre il y a trois ans, et avait reprit plus ou moins consciemment les couleurs de Gryffondor. Et depuis, elle s'y était toujours senti bien.
Maintenant elle étouffait, là comme ailleurs dans la maison de son enfance.
Littéralement.
Ramassant l'un des plaids de son canapé, elle entrebâilla un battant de la fenêtre, le laissant entrouvert pour bénéficier de plus de lumière. L'air nocturne glacé ne la dérangea pas pour une fois, sa frilosité en veille. Elle fit quelques pas dans l'herbe mouillé qui l'amenèrent auprès du portique de son enfance. Althéa, enfant unique et très indépendante avait passé de nombreuses heures ici, ses pensées s'envolant au même rythme que son corps. Ses petites tracasseries étaient bénignes à l'époque et plus d'une fois elle en avait trouvé la solution en se balançant sous les étoiles. C'est naturellement qu'elle retrouva sa place sur un siège à peine plus étroit que dans ses souvenirs.
-Tu devrais rentrer, tu vas prendre froid.
Althéa était chaudement emmitouflé dans son plaid, une jambe repliée sous elle, alors que de l'autre elle se balançait négligemment sur la balançoire, les yeux levés depuis bien trop longtemps vers une étoile au nom étrangement familier. Elle ne s'était pas retournée en entendant des pas, leur légèreté l'informant déjà qu'il s'agissait de sa mère.
-Je vais bien, ne t'en fais pas.
Sa mère eut un petit rire et murmura :
-Toujours aussi têtue mais j'aurais essayée au moins. Prends ça alors.
Elle lui tendit une tasse de thé brulante. Althéa extirpa péniblement une main de la couverture à carreaux pour attraper le mug qu'elle serra contre elle tel une bouillotte le temps que le tout refroidisse légèrement.
La jeune fille se retourna pour remercier sa mère alors que celle-ci se posait sur l'autre balançoire du portique. Elle lui ressemblait, beaucoup même. Meredith Buttler était juste légèrement plus petite que sa fille, et ses cheveux bien qu'ayant longtemps eut la longueur de ceux d'Althéa s'étaient avec le temps mués en un carré dynamique. Physiquement elles étaient proches, même si son caractère lui venait plutôt de la branche paternelle.
Althéa s'en voulut de penser cela, mais sa mère était une adorable girouette qui vivait par procuration à travers sa fille une adolescence depuis longtemps révolue. Enfin, qui tentait de la revivre serait plus exact car Althéa n'était que très rarement loquace à ce sujet.
Puisque tu m'as fait sortir, parle moi de lui.
Althéa hésita à lui rappeler qu'elle n'avait absolument rien demandé, mais sa mère ne renoncerait pas à cette conversation. Autant s'en débarrasser le plus rapidement possible.
-Qui?
Enfin, elle pouvait bien la laisser mariner quelques instant tout de même.
-Celui avec qui tu sors, celui qui met des étoiles dans tes yeux.
Comme sa mère ne pouvait vu son orientation voir son visage, Althéa s'autorisa une grimace. Il s'agit là de deux personnes différentes maman, mais la formulation est tout à fait adéquate...La simple idée d'expliquer à sa mère la situation dans laquelle elle s'était emmêlée pour d'obscures raisons de fierté et de conviction politique était risible. A la candeur de sa mère se mélangeait une réelle volonté de ne pas se préoccuper de tout de qui pouvait être considéré comme sérieux ou grave, tout ce qui devait soit disant concerner les adultes. A sa décharge, Mérédith venait d'une famille sorcière aisée où son grand-père en véritable patriarche avait toujours déchargé sa femme et ses trois filles de toutes responsabilités. Mais Althéa ne comprenait plus cette tendance marquée à faire l'autruche, pas plus que sa mère ne comprendrait ses raisons si elle les expliquait. Elle donna donc la seule réponse possible, une semi-défilade.
-Pas pour l'instant.
Ni le temps de réponse anormalement long ni le manque d'information ne découragèrent sa mère qui reprit :
-C'est sérieux?
-Oui, je suppose.
-C'est pour lui que tu as changé de maison?
Elle sourit et acquiesça. Pas de la manière dont sa mère l'imaginait, mais c'était bien cause de Sirius qu'elle était passé à Serpentard.
Je ne peux même pas avoir un nom? Sa mère avait adoptée une voix de petite fille déçue et Althéa ne put retenir un sourire et rentra dans son jeu.
-Non. Plus tard peut-être, si tu as été bien sage, faudra négocier ça avec le père Noël. D'ailleurs, à propos de cadeau de Noël anticipé, elle n'avait pas encore informé ses parents de son absence prochaine ce qu'elle s'empressa de corriger. Sans rapport Maman mais demain je vois une amie, je resterais probablement dormir chez elle.
Une note d'espoir traversa la voix de Meredith quand elle se renseigna, dubitative :
-Une amie, vraiment?
Althéa soupira faussement exaspérée.
-Oui, Maman, juste une amie. Rien de croustillant là-dedans.
-Bon, tant pis. Sa mère, bonne joueuse, se releva dans un bruit de maillons métalliques et posa la main sur l'épaule de sa fille quelques secondes avant qu'Althéa n'entende ses pas décroitre.
Ne reste pas dehors trop tard. A demain.
[Lundi 21 décembre.
Chambre d'Althéa. 8h25]
Se renseigner sur la quartier magique de Hasting n'avait pas été bien difficile, la bibliothèque de Poudlard étant une source inépuisable de renseignement quand on savait où chercher. Justement King Walk, la principale ruelle sorcière débouchait juste à côté de la poste moldue, Sirius devait bien connaître la ville.
Althéa revissait mentalement la carte, pas question qu'elle se perde et qu'elle arrive en retard!Elle serait ponctuelle, pile à l'heure, en un mot irréprochable. Car il n'était bien sur pas question non plus qu'elle arrive en avance, il ne devait pas savoir à quel point ce jour était important à ses yeux.
C'est pourquoi Althéa tournait en rond dans sa chambre, déjà prête depuis un moment mais ayant encore une demi-heure à tuer avant de transplanter.
Au bout du douzième aller-retour, son miroir se permit une réflexion.
-Tu ne veux pas t'asseoir? Ou changer de tenue, il n'est pas encore trop tard.
Un regard noir le fit taire.
-Tu ne vas pas t'y remettre! On voit bien que ce n'est pas toi qui va passer la journée dehors par ce temps! Si Black veut des jupettes ce n'est pas moi qu'il fallait inviter, je dois suffisamment porter de jupe à Poudlard pour pouvoir me permettre un jean confortable quand je suis ici! Et ce pull est très bien.
-Si tu le dis, persiffla la voix féminine émanant de la psyché.
La jeune brune leva les yeux aux ciel, exaspérée par l'objet. C'était un cadeau d'anniversaire de ses parents pour son sixième anniversaire, et aussi loin qu'elle s'en souvienne il avait toujours eu un caractère exécrable. Pas étonnant qu'avec une telle présence en permanence dans sa chambre la jeune fille ait développé un certain sens de la répartie. Elle s'y était habituée avec le temps mais elle espérait au moins que ses parents avaient une remise quand ils l'avaient acheté.
Et sa tenue était tout à fait correcte. Sur un jean noir elle avait passé un pull blanc et moelleux dont le large col formait un rabais. Son décolleté n'était certes pas très avantageux mais il mettait en valeur la finesse de sa taille. Et surtout, elle se sentait bien dedans, alors qu'importait l'opinion d'un vieux miroir râleur.
De toute manière, le tout serait la plupart du temps dissimulé par une ses capes, qui ne devrait pas trop déparer au milieux des « manteaux » moldus alors elle n'avait décidément pas à s'inquiéter à ce sujet.
Enfin,au bout d'un temps indécemment long, il fut l'heure de partir. Sa mère l'accompagna jusqu'au portail et lui souhaita une « très bonne journée » d'un air complice. Dans un tournoiement de cape et une pression au ventre qui ne tenait pas seulement à son moyen de locomotion elle se retrouva au milieu de la ruelle sorcière sorcière de Hastings. Les maisons anciennes avec leur colombage la cernaient de part et d'autre. Sans se préoccuper de la nouvelle arrivée, la communauté sorcière s'affairait dans un bel ensemble aux derniers achats de Noël. Le temps de trouver ses repères Althéa prit la direction de la librairie qui marquait la séparation d'avec la ville non sorcière.
Le rue étaient encore plus bondée de ce coté, et la jeune fille craint un instant de ne pouvoir retrouver Sirius au milieu de cette foule. Mais le bâtiment en brique au fronton triangulaire qu'était la poste dominait la rue de quelques marches qu'elle franchit bientôt. D'ici, elle le verrait arriver, car bien sur il n'était pas encore là.
Elle prit place à coté de l'un des piliers de brique et attendit.
L'horloge encastrée dans le fronton du bâtiment, avec ses aiguilles démesurées, semblait la narguer. 9h05...9h10...Sirius que fais-tu, ce n'est pas drôle...Sirius s'il te plait.
Au bout d'un quart d'heure de retard sa confiance vacilla. Et s'il ne venait pas, si c'était juste une de ses blagues, une petite vengeance. Ne disait-on pas que les meilleures se mangeaient froides... La jeune fille ferma les yeux, juste quelques secondes le temps de se reprendre. Elle se sentait glacée et vacillante et dut prendre appui sur la colonne de brique pour ne pas perdre l'équilibre. Le nœud qu'elle avait au ventre se resserrait chaque seconde d'avantage. Les arguments rationnels fondaient à vue d'œil maintenant qu'elle les examinait, qu'importe qu'il ait accepté de tomber dans un piège pour elle, c'était avant, il avait eut amplement le temps de changer d'avis, de réaliser qu'il ne lui devait rien. Elle était seule, une fois de plus, et elle avait peur, peur de le rester.
Puis soudain, un mouvement agita la foule, et il apparut, sa longue cape flottant autours de lui alors qu'il montait les marches.
-Je suis … désolé. Il haletait, encore essoufflé mais affichant déjà ce sourire navré qui lui faudrait il le savait bien tous les pardons.
Sans chercher à dissimuler son soulagement, Althéa lui sauta au coup, l'enserrant dans une profonde étreinte.
Il la serra dans ses bras quelques instants avant de rire.
Peur que je ne vienne pas? Un Black tient toujours ses promesses.
Son cœur s'était remis lui semblait-il à fonctionner et le sang à alimenter tout son corps, y compris sa langue.
-Les promesses peut-être mais la ponctualité ne semble pas être leur point fort... A moins que cela ne te soit propre.
Elle fit un pas en arrière pour le voir dans son ensemble, ses yeux gris rieurs contrastant avec la mine contrite qu'il tentait d'adopter.
Il y eut un moment de flottement, l'étreinte avait été spontanée mais maintenant qu'Althéa s'était reculée comment devait-elle se comporter ? Ils ne sortaient pas ensembles et avaient plus l'habitude de s'envoyer des piques que des mots doux.
Sirius prit les choses en main avant qu'elle ne puisse se tracasser d'avantage à ce sujet. Il passa son bras par dessus l'épaule de la jeune fille et l'attira vers lui. Le poids de son bras, la proximité rendirent la scène plus réelle. Rejoignant la main sur sa propre épaule, elle entrelaça ses fins doigts avec ceux plus puissants du jeune homme. Cela semblait si …naturel.
De toute évidence, c'était aussi l'avis de Sirius qui reprit comme si de rien n'était, bien qu'une note de satisfaction perce dans son timbre grave.
-Je te propose que nous restions du côté moldu, c'est plus prudent.
-Oh, elle était narquoise, ne lui ayant pas encore tout à fait pardonné son retard et les inquiétudes allant de paire, et depuis quand la prudence est-elle une des qualités du grand Sirius Black?
Il lui lança un regard amusé la laissant trouver la réponse par elle-même.
Pour que personne ne nous voit ensemble et ne pas m'attirer d'ennuis.
Elle avait articulé la réponse à mi-voix avant d'hausser les épaules, bonne perdante.
L'un contre l'autre, ils rejoignirent le flot de piétons, se laissant porter par la marée humaine le long des vitrines.
Les importantes chutes de neige annoncées toute la semaine avaient enfin eut lieux, transformant les rues et les maisons en village de pain d'épice saupoudrés de sucre glace.
Un blanc encore immaculé couvrait les toits, sur lesquels se détachait avec netteté les couleurs vives des décorations de Noël. C'était un rêve, un rêve éveillé. Mais comme dans tous les rêves il ne durerait pas éternellement, et au réveil il faudrait revenir à la réalité.
Mais pour l'instant, Althéa était ravissante. Les joues rougies par le froid, ses grands yeux bleus pétillants de bonheur.
Éclatante d'innocence, de cette candeur à laquelle elle ne se laissait pas aller d'ordinaire. Son bonnet de laine ne parvenait pas à contenir toutes ses boucles sombres. Et il aurait fallut plus que ses gants blancs pour la réchauffer totalement, aussi Sirius s'arrêtait-il fréquemment pour la prendre dans ses bras, embrasser ses mains, juste pour ne pas qu'elle gèle prétendait-il.
Le reste du temps, ils se tenaient par la taille, éclatant à intervalles réguliers de rire.
Cela aurait du être leur vie, tout le temps, tous les jours, et non pas juste une journée en cachette. Mais l'heure n'était pas aux regrets, elle aurait tous les autres jours pour les regrets.
Aujourd'hui c'était leur journée.
Quand la cohue des acheteurs les lassa, Sirius les avaient guidés à travers quelques petites rues. Ils s'éloignaient du centre, mais refusait de répondre aux questions d'Althéa quant à leur destination. La réponse vint d'elle même, par l'intermédiaire d'une infinie surface houleuse et mouvante qui s'ouvrit soudain devant eux. La mer venait lécher les rochers dans un grondement grandiose.
-Tu veux marcher?
Elle avait simplement hoché la tête, ne prononçant pas le futile « J'adore la mer » qu'il pouvait deviner néanmoins rien qu'à l'éclat de ses yeux.
Ils avaient marchés sur la plage, les galets rendus glissants par la neige fondue roulaient sous leur pieds, manquant plus d'un fois de les faire chuter. Le vent était vif, et à la surface de la mer des vagues d'écumes blanches venaient troubler le bleu sombre de la Manche. Sous les bourrasques, Althéa avait du faire deux tours complets avec son chaud foulard en laine pour ne pas risquer de le perdre, ce qui ne laissait plus paraître que la pointe de son nez et ses prunelles dans son visage rosi par le grand air. Mais même sans distinguer sa bouche, Sirius savait qu'elle souriait, les minuscules plis aux coins de ses yeux le renseignant à ce sujet. Le jeune homme avait pour sa part renoncé à son écharpe, et l'étoffe dépassait dangereusement de sa poche. Il riait, ses cheveux noirs encadrant son visage telle une crinière, ne paraissant nullement souffrir du froid qui glaçait sa compagne.
La marche contre le vent devint vite un calvaire, et c'est avec soulagement qu'elle accepta de s'arrêter un peu. Le jeune homme se laissa tomber souplement, juste assez loin de l'eau pour ne pas risquer d'être éclaboussé. Althéa resta debout un moment, lançant de petites pierre dans l'eau jusqu'à ce qu'une vague plus importante que les autres ne la fasse battre en retraite. La jeune fille se posa aux cotés de Sirius, son bras contre le sien et dégagea son visage de l'étoffe chaude qui le recouvrait à moitié.
-Qu'est ce que cela ?
Sirius avait sorti un petit paquet de sa poche, et d'un geste de baguette avait allumé la fine tige.
Il aspira une bouffée de fumé avec un plaisir évident, lui sourit lèvres closes, le fin bâtonnet blanc coincé nonchalamment entre son index et son majeur avant de recracher des volutes grises en sa direction, divine incarnation de la décontraction.
-Probablement la meilleure chose inventée par les moldus. Une cigarette, plus souvent nommée clope. Tu le saurais si tu avais choisis ce cours.
-En somme, tu fais des travaux pratiques, comme c'est charmant. Les coins de ses lèvres étaient à peine relevés en un demi-sourire moqueur.
Je peux ?
La question était purement rhétorique, elle avait déjà ôté son gant droit et s'était saisie de la cigarette à demi consumée, mettant le frisson qu'elle venait d'éprouver sur le compte du froid plutôt que de la peau de Sirius rapidement effleurée.
Il la laissa faire, un léger sourire donnant à son beau visage un éclat insolent. Le fin poignet blanc qui émergeait des épaisseurs de tissus n'étaient plus qu'à quelques centimètres des lèvres d'Althéa quand il la mit en garde.
-Je te préviens, c'est plutôt addictif.
Les prunelles d'Althéa délaissèrent la cigarette rougeoyante pour s'ancrer dans celle grises de Sirius, son cœur battant douloureusement à l'intérieur de sa cage thoracique. A cette distance, chaque cils se découpait précisément, ourlant l'anthracite d'une nuance plus sombre tempérée néanmoins par un éclat inhabituel. Elle longea l'arrête droite du nez, caressant du regard la peau marmoréenne jusqu'aux lèvres fines et pâles distendues en un sourire qui laissait percevoir ses dents régulières.
Elle laissa fuser un rire presque silencieux qui se perdit dans les bourrasques, sans pour autant rompre le contact visuel.
-Les addictions je connais.
Elle se rapprocha un peu, son cœur toujours aussi emballé mais emplie d'une sereine certitude sur ce qui allait suivre.
Avec une lenteur prémédité, le visage de Sirius s'inclina vers le sien, ses lèvres parcoururent la délicate courbe de sa mâchoire avant de s'égarer dans son cou. Retenant instinctivement sa respiration, Alth sentit son corps la trahir et un frisson la parcourut qui ne devait rien à la température de l'air. La bouche recourbée en un fin sourire railleur, Sirius ralentit encore le mouvement, ses caresses se faisant plus légères et fugaces. Dans un grognement frustré, elle passa sa main qui tenait toujours la cigarette dans les mèches brunes du jeune homme, le forçant à relever la tête et plaqua ses lèvres contre les siennes, scellant ainsi un baiser qui murissait depuis des mois.
Ses lèvres avaient le goût du tabac...Avec une lueur de triomphe dans la rétine, il l'attira d'avantage vers lui, calant sa main dans le creux de ses reins. Leurs baisers avaient l'attrait de l'attente trop longue, une impatience néfaste qu'ils tentaient de dominer en s'apprivoisant petit à petit dans une langueur factice qui ne parvenait pas à leur faire oublier que leur temps était compté.
La compétition n'était pas totalement oubliée, mais les arguments étaient désormais d'une suave douceur, suçant les piques et les moqueries avant même qu'ils ne soient pensés, à même les lèvres de l'autre.
Pressés l'un contre l'autre, leurs courbes s'emboitaient, peu soucieux de l'inconfort de leur position, agenouillés sur les galets mouvants. Althéa, d'un bras appuyé sur le sol, tentait de conserver un semblant d'équilibre, alors que sa main droite, toujours perdue dans sa chevelure noire, laissait sa cigarette se consumer toute seule dans le vent.
