Max était devant la porte.
Elle hésitait à sonner, ou frapper…
Ils avaient vécus leur lot de souffrance. Elle s'en voulait d'avoir ainsi coupé les ponts, alors qu'elle avait ce remède miracle à la perte d'Alex. Son fils, son miracle, sa merveille. Dans un sens, elle avait l'impression de les avoir abandonnés… Et il fallait qu'elle répare…
Elle frappa, légèrement.
C'est Philippe qui vint ouvrir.
Il ne s'était pas vu depuis le procès. Elle n'avait pas été là pour le sortir de prison. Et brusquement elle eu honte d'être là. Il comprit, et la pris dans ses bras. Elle ne s'y attendait pas une seconde et se figea. Avant de se laisser aller à son étreinte.
« Je suis désolée Philippe »
« Surement pas. Tu avais autre chose à gérer. »
Ils échangèrent un regard. Ils savaient chacun bien plus que ce qu'ils ne révèleraient jamais.
Carole était dans la cuisine, et lorsqu'ils passèrent le seuil, elle mit sa main sur ses lèvres, les larmes perlant au bord des cils. Elles s'étreignirent brièvement, et ils partirent s'installer dans le salon.
« C'est étrange d'être là, je ne sais pas par où commencer… »
« Tu nous le montre ? »
Les deux femmes échangèrent un sourire, et Max pris son téléphone pour montrer les photos et les vidéos de son fils, qui ne la quittaient jamais. C'était le portrait craché de son père.
Un instant, ils eurent l'impression d'être une famille. Une famille normale, qui se retrouve enfin, après de longs mois, qui s'extasie devant le petit dernier.
C'est à ce moment que Pauline est entrée dans la pièce, en lançant un « Bonsoir ! » qui resta coincé dans sa gorge.
La colère pris instantanément le pas sur la surprise, et elle se dirigea telle une furie vers le canapé où ils étaient installés. C'est la voix de son père qui la stoppa net.
Dans les vidéos qui ne quittaient jamais Max, il y avait ce message skype. Ce dernier message de l'homme qu'elle aimait et qui lui permettait de vivre chaque jour. Et il s'était lancé automatiquement à la suite de la vidéo précédente.
« J'en reviens pas de te laisser un message comme ça. C'est de la science fiction pour moi tu sais… Mais, je voulais te dire, j'avais besoin de te parler. C'est Carole qui m'a raccompagné ce soir, et j'ai parlé avec elle, je lui ai parlé de toi, de nous. Chevalier et Joy qui veulent que je sois le parrain de leur fils, j'ai réalisé chérie. Le coma, tout ça, c'est derrière moi. De ne pas avoir vu grandir ma fille, j'ai tellement raté de choses, ce vide… Je me dis qu'en regardant pousser leur fils, avec toi à mes côtés, je peux changer tout ça, faire sortir quelque chose de beau de tout ça… J'ai tellement envie de vivre, Max. La mort c'est fini. Je veux vivre chérie, vivre avec toi, vieillir avec toi. Tu m'as sauvé. Tout ce temps, c'est toi à mes côtés. Je veux qu'on soit heureux. Tu es mon miracle. Je t'aime chérie. Appelle-moi. Rentre vite. »
Pauline est tombée à genoux, en larmes.
Maxine s'est précipité et l'a prise dans ses bras. Elles ont continuées à pleurer enlacées sur le tapis pendant de longues minutes, puis chacun a repris sa place, Philippe leur a servi un verre de vin, et ils ont repris doucement le cours de leurs vies non pas où ils l'avaient laissé, mais là où Alex aurait aimé les voir…
Lorsqu'elle gara la moto un peu plus tard sur le parvis de l'immeuble qui abritait la chaine de télé, elle se sentait épuisée. Epuisée, mais plus légère. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle envisageait l'avenir différemment.
« Alors ?
« Ça va.
Ils descendent tous à Aix demain matin chez mes parents, pour le week-end, pour voir minilui. Ça me rassure en même temps, avec tout ça, le temps qu'on boucle… »
« Tu es sûre ? »
« Positive !
On est parti chouchou. On y va ! Feu ! »
Tout avait été parfaitement organisé.
Elle allait passer en direct au 20h00.
Elle avait rencontré la journaliste, et le naturel avait repris le dessus.
Elle avait fait ça tellement souvent…
Passer à la télé, pas servir de cible à un maniaque. Enfin… Ça aussi… Mais bon, ce n'était pas vraiment le sujet…. Elle avait besoin de faire le vide. Elle s'est enfermée dans la loge qu'on lui avait attribuée.
Elle repassait les étapes une à une.
Les enfants étaient en sécurité avec Jess.
Thomas était avec Adèle, sous la protection du GIGN.
Hippo et Eva gérait toute la surveillance numérique. Ils avaient constitué une équipe en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Images, appels, internet… Tout. Quand elle leur avait demandé de faire appel à des hackers du dark web, ils avaient tiqués quoi ? 10 secondes ? Elle aussi s'en moquait. Elle voulait la fin, elle se donnait les moyens.
L'abîme avait regardé de nombreuse fois au fond d'elle. Et à chaque fois, cela avait laissé une trace, une ombre… Mais à chaque fois elle l'avait chassé. A chaque fois elle avait vaincu. Et cette fois encore. Elle allait jouer son rôle, il allait sortir en pleine lumière, et ce serait fini.
Pour elle, parce qu'elle devait réparer, pour ses amis, anciens et nouveaux, parce qu'elle en avait assez de fuir, parce que sa famille était ici, et qu'elle devait le faire.
Romain tapa légèrement à sa porte, et l'entrouvrit.
« C'est l'heure »
Elle était prête.
Elle portait un costume d'homme Stella McCartney gris anthracite over size et très souple, avec un col roulé noir et de hauts talons. Elle avait une coiffure et un maquillage extrêmement sophistiqués. Elle avait surtout ce regard. Ce regard noir que Romain connaissait bien. Cette détermination, cette rage froide au fond d'elle.
Il ne comprenait pas vraiment pourquoi elle réagissait comme cela, maintenant, pour des gens qu'elle connaissait à peine. Mais si elle y allait, il suivait. Pas de question.
Thomas était assis prés d'Adèle, ils étaient adossés aux coussins face au poste de télé. Ils étaient inquiets, tous les deux, auraient voulus être avec leurs amis, mais comprenaient pourquoi ils ne pouvaient pas. Cela ne les empêchait pas de mal vivre cette mise à l'écart. Et lorsque le générique laissa place à la présentatrice bien connue du 20h, présentant les titres, Thomas ne pu s'empêcher de prendre la main d'Adèle dans la sienne, serrant plus fort encore, lorsque la journaliste annonça son invitée :
« Et enfin ce soir, de passage exceptionnel à Paris après près de 2 ans d'absence, l'experte en criminologie mondialement connu et auteur à succès Maxine Laveau Dupré, accepte de répondre à nos questions sur le plus gros scandale judiciaire de ces 10 dernières années. Elle nous donnera son point de vue d'expert sur le Juge Nicole Marceau et les répercussions de cette affaire sur l'ensemble de la justice française. »
Jessica avait envoyé les enfants jouer dans l'immense salon sous la garde de Lucas, et elle faisait les 100 pas devant le poste de télévision de la cuisine. Elle se moquait complètement de l'actualité, et trompait difficilement son impatience en attendant l'intervention de Max. Le stress et les hormones rendaient encore plus hasardeux ses choix alimentaires et même elle, ignorait comment elle arrivait à avaler des chips au paprika trempées dans du fluff d'une main et des cornichons de l'autre…
L'équipe mise en place par Max était d'une extrême discrétion, et pourtant, elle se sentait en parfaite sécurité. Mais cette attente, ce dénouement qui avait été orchestré, la rongeait.
« Elle vient nous donner son avis d'experte sur le séisme qui bouleverse la Justice Française. Avant d'entrer dans le vif du sujet dans quelques instants, portrait avec Laurent Dulac et Didier Deschamps, de celle que l'on appelle parfois la serial catcher … ».
Romain ne quittait pas la jeune femme des yeux, et suivait à travers son oreillette les moindres mouvements et remarques de l'équipe qui surveillait le plateau. Même si Max pensait qu'il ne réagirait pas tout de suite, il craignait que l'effet d'annonce de son intervention n'ait amené Derco à d'ores et déjà être moins prudent et à approcher de plus prés la criminologue.
« Bonsoir Maxine Laveau, et merci d'être avec nous ce soir. »
« Bonsoir Laurence, et merci à vous de m'accueillir »
« Une première question, un peu brutale, mais qui a son importance, comment doit-on vous appeler ? L'un de vos collaborateurs nous a laissé entendre que lorsque l'on vous appelait Madame, vous répondiez qu'il s'agissait de votre mère. C'est vrai ?
Maxine réagit à la question avec un immense sourire, digne d'une star d'Hollywood.
« Oui, c'est exact. Je préfère Max. J'ai travaillé avec énormément de gens différents, de pays, de corps différents, et il est plus simple pour moi d'être considérée comme un consultant. Quelqu'un que l'on va solliciter pour un avis, un peu comme lorsque vous posez une question à Siri, par exemple. Sauf que là c'est plutôt : Dis Max, qui est le grand méchant de l'histoire ? »
Hippo, était mal à l'aise. Il avait l'impression qu'elle était dans sa tête, même à distance. Elle lui en voulait vraiment pour le « Madame ». Elle allait lui faire payer… Et comme elle avait passée toute sa vie à étudier des types qui avait transformé en vocation l'art et la manière de faire disparaître un corps, il était sûr qu'elle n'avait même pas besoin de réfléchir à un comment ou un alibi. Il était foutu…
« Vous avez collaboré à un grand nombre d'affaires, on le sait, à des négociations de prises d'otages, collaboré avec les plus grands - et là je pense surtout à Micki Pistorius - à l'établissement de profils afin de traquer toute sorte de criminels… Qu'est-ce qui aujourd'hui, vous motive dans votre travail, et surtout êtes-vous de retour parmi nous pour une affaire particulière ? »
Elle avança ses mains croisées sur la table devant elle, et son visage pris une expression plus grave.
« Ce qui m'anime aujourd'hui, c'est ce qui m'a toujours animé Laurence.
La recherche de la vérité.
Je suis venue à Paris pour des raisons personnelles, mais bien entendu, l'affaire Marceau a immédiatement attirée mon attention. D'autant plus lorsque les conséquences de la mauvaise gestion de ce dossier ont conduit à aggraver encore plus la situation.
Alors oui, on peut dire que je suis sur une nouvelle affaire.»
« Vous parlez d'une mauvaise gestion du dossier. Je suis obligée de vous poser la question : Que s'est-il passé de si grave pour que l'on vous mette sur l'affaire ? »
« Ne pas prendre en considération l'aspect psychologique de cette affaire, le profil particulièrement pervers de cette femme, et surtout, mettre à la tête de la cellule une personne sans aucune compétence.
Voilà ce qui m'a conduit à demander à travailler à la réelle résolution de ces dossiers.
Soyons clairs, la justice n'est pas à blâmer dans cette affaire, si ce n'est de ne pas avoir pris en compte que le meilleurs intérêt de l'enfant qu'était Nicole Marceau était de ne pas retourner chez son père biologique.
Par contre, avoir confié un dossier aussi lourd à une personne qui n'était pas qualifiée pour le traiter, qui s'est juste placée là dans un souci de progression de carrière, était une grave erreur. Les personnalités comme celles du juge Marceau sont contagieuse, et ce Monsieur, aujourd'hui recherché par l'ensemble des forces de police du territoire je tiens à le préciser, s'est laissé griser par le pouvoir de cette femme. A titre posthume. De son vivant, je pense même qu'elle se serait follement amusée avec lui si elle l'avait connu. Le disciple rêvé. Faible, d'une intelligence limité, facilement impressionnable, une marionnette qu'elle aurait pris plaisir à torturer. »
Et voilà, c'était parti… Le compte à rebours venait de démarrer…
