Ouf ! Désolée de vous avoir fait attendre ! J'avais des examens et, dès que j'ai eu fini, j'ai d'abord terminé "Syn Moskve". Mais me revoilà donc avec le chapitre 10 ! Le chapitre est assez sombre, mais bon, je suppose que je n'ai pas besoin de vous prévenir. Si vous avez lu (et j'espère aimé) le précédent, celui-là est dans la même veine. Cependant, je ne vais pas vous laisser dans le mystère, sinon vous allez croire que toute ma fic va ressembler à ça ^^". Je vous dirai quelques trucs sur les chapitres à venir à la fin ! Bonne lecture !

Merci à Fofollenc, Alexia et Angeshekil pour leurs reviews !

Chanson: "Dark Star" de Tarja Turunen.


Living on the Radio

10. Dark Star

T'en rappelles-tu encore ?

Auparavant, le poids qui te tirait vers le bas

Te défiait de te relever

Une heure s'est écoulée depuis que Yelena est partie promener le chien, Hugo contemple sa montre et fronce les sourcils. La petite quitte rarement la maison plus d'une heure avec Youri. Il bâille, s'étend. Depuis qu'il s'occupe d'elle, il a décidément retrouvés ses instincts paternels. Cela fait longtemps qu'il n'a plus ressentit ce pincement au cœur en voyant que le poussin tarde à rentrer au nid. Il sourit. La petite a définitivement changé sa vie. Même si l'idée qu'elle se lance dans une carrière musicale le tracasse, il s'avoue heureux. Il se lève et... La sonnerie du téléphone brise un silence presque religieux.

- Qui peut bien téléphoner maintenant ?

Hugo décroche. La voix de Shaun, à l'autre bout du fil, monte dans les aigus à mesure que le jeune homme explique la situation.

- Des types... des types sont venus au bar hier soir ! Ils cherchaient Yelena ! On leur a dit qu'on ne la connaissait pas, puis ils nous ont demandé après Kai ! On a répondu la même chose ! Putain, ils avaient un sale accent russe à te filer des sueurs froides et leurs tronches, bordel, ils foutaient les jetons ! Fais gaffe ! Cache bien la petite, on ne sait pas où ils sont partis !

Le quarantenaire se sent comme pris d'un violent vertige.

- ... Hugo ? Hugo ? Répond, vieux ! Cette histoire ressemble à un putain de mauvais film ! Oh ! Hugo ? Hug...

Hugo laisse tomber le téléphone. Sans enfiler de veste, tenaillé par une peur innommable, il court, sort de la maison et s'élance sur la lande.

- Yelena ! Yelena ! YELENA !

Hurlant, pleurant, il trébuche dans la boue, se relève et ne ralentit sa course qu'à la vue, au loin sur le chemin de terre, d'un animal boitillant, au pelage blanc et roux maculé de sang et de terre. Le malamute tient à peine sur trois pattes et s'écroule, juste au moment où Hugo qui s'est précipité vers lui, tombe à genoux pour le rattraper. L'animal geint.

Promenant un regard sur la lande, Hugo sent son cœur s'émietter. Ses yeux parcourent le chemin boueux où se dessinent les ornières des traces de pneus, le pré humide qui jouxte ce chemin où l'on aperçoit comme des irrégularités dans l'herbe, des traces de course et de lutte. Une fois de plus, on lui a pris son enfant.

Quel est donc ce monde dans lequel on arrache un enfant à ceux qui l'aiment et qui prennent soin de lui ? Quel est donc ce monde où une figure toute puissante dicte la loi aux autres, les force à souffrir au nom d'un système absurde ? Yelena a été enlevée, et Dieu sait où ses ravisseurs l'entrainent ! En Russie certainement... auprès de son grand-père ? Possible. Il doit tenter quelque chose. Comment ? Comment se dresser seul face à une famille si puissante ? Il se fera tuer à coup sûr.

Hugo essuie rageusement ses larmes et prend le chien dans ses bras.

- Je vais t'amener chez le vétérinaire, mon grand. Tu t'es battu pour elle, je le sais, merci, on va la retrouver, t'inquiète pas, on va la ramener à la maison.

Oui, aussi faible qu'il soit, Hugo va tenter quelque chose. Et pour ça, il doit retrouver une autre personne qui s'est dressée contre les Hiwatari, une personne qui s'est dressée contre sa propre famille, une personne qui a des erreurs à réparer et des actes à se faire pardonner. Une personne qui ne pourra refuser.


Brûlant au loin, tu tombes

Et tu commences à t'effacer...

Autrefois, je connaissais un type qui répondais à tous les désastres par « Pas de chance » ou « C'est la vie, c'est comme ça ». Il croyait peut-être que le destin était écrit et toutes ces conneries, mais vous croyez vraiment que ces réponses me suffisent ? Je devrais subir toutes les perversités et douleurs qu'on m'inflige en me contentant de me dire que c'est mon destin et puis c'est tout ? Je déteste cette attitude. Ce n'est pas mon destin d'être un objet sexuel, un objet de torture, un morceau de viande qu'ils peuvent manipuler et modeler comme ils l'entendent... Si ?


Les pneus de la voiture crissent sur le gravier. Le portail sombre de la propriété grince en pivotant sur ses gonds et s'ouvre sur une large allée morne et bordée de grands arbres obscurs aux longues branches squelettiques se tendant vers le ciel comme des griffes. Des nappes de brouillard trainent ci et là dans la région, restes d'une nuit froide et humide. Après quelques instants, le manoir de la famille Hiwatari apparaît, comme un château fantôme sur la lande grise, et mon cœur se serre.

La voiture s'arrête devant l'imposante porte de bois. Le chauffeur coupe le moteur, la portière arrière s'ouvre. Boris sort et observe avec une grimace le majordome austère qui les attend sur le parvis. Se penchant, il m'attrape par le poignet et me tire de force hors de la voiture. Le chauffeur redémarre et part se garer à l'arrière pendant que Boris adresse la parole au vieillard.

- Monsieur Hiwatari ne tient pas à vous recevoir, monsieur Balkov, dit lentement le majordome.

- Mais il me recevra ! Tonne Boris. Dites-lui que j'ai un cadeau pour lui, le dernier membre de la famille Hiwatari !

Le majordome tressaillit à peine et s'efface pour nous laisser passer.

Boris n'a pas besoin d'être guidé, il connait le chemin qui mène jusqu'au bureau de mon grand-père. Trébuchant, titubant sur mes jambes qui consentent à peine à me porter, je me traine dans sa suite. Nous traversons un salon, puis deux, puis un long couloir, des escaliers, un autre couloir... Boris pousse une épaisse porte de chêne sculptée et vernie qui s'ouvre sur le vaste bureau de Voltaire Hiwatari.

Et il est là. Imposant, hostile, il relève les yeux de ses papiers et toise l'intrus d'un regard austère. Des cernes violettes pendent sous ses yeux, ses sourcils épais ne forment qu'une ligne convexe sur son front, les plis de son nez se creusent et les coins de ses paupières se plissent. Un lion. Il ne manquerait plus qu'il retrousse ses lèvres et darde ses crocs. Mais Voltaire Hiwatari n'en a pas besoin. Un regard. Un regard comme un éperon de glace.

L'espace étouffant se remplissait sans aucune grâce

Et je ne peux respirer

Sa puissante carrure s'ébranle, se redresse, droit et haut dans son siège de cuir, élevé, dans toute sa puissance. L'âge lui-même ne sait l'éroder.

Boris ouvra la bouche, mais Voltaire prend les devants.

- Que fais-tu ici, Balkov ? Ne t'avais-je donc pas déjà renvoyé ? Sa voix tonne comme des pierres qui se heurtent et explosent.

Boris serre mon poignet, me balance sans ménagements devant lui. Comme une poupée de chiffon, je m'écroule devant le bureau de mon grand-père. Je n'essaye même pas de me relever, je reste là, prostrée, mes cheveux devant mon visage, misérable dans mes vêtements trop grands et déchirés.

- Je nous ai trouvé, cher Voltaire, un terrain d'entente, un marché à conclure pour que Hiwatari Entreprises continue à financer BEGA, ses projets de développement beyblade et de recherche sur les spectres.

Le vieil homme renifle, lève la tête, arque un sourcil.

- Eh bien, commence-t-il, agacé. Que vas-tu inventer cette fois ? Je suis fatigué de tes manigances de couard et de ta perfidie ! Qu'as-tu donc à me proposer ? Hein ?

Malgré son apparente assurance, Boris fait un pas en arrière. S'il y a bien un talent que j'ai toujours admiré chez Voltaire, c'est son autorité. Mais, à l'instant, je veux qu'il m'oublie, je veux disparaître ou mourir là, sur le tapis brodé, dans la maison où j'ai grandi, sans qu'on sache qui je suis. Malheureusement, Boris avance à nouveau et tend vers moi un index accusateur.

- Elle !

Voltaire se lève, contourne son bureau et observe avec curiosité la créature malingre agenouillée devant lui.

- Elle ?

D'un éclat de rire, Boris se penche, m'agrippe la tête par les cheveux et la tire violemment en arrière, révélant mon visage et tout le long de ma gorge. Voltaire a un mouvement de recul, ses yeux, miroirs des miens, sont plongés dans mes pupilles.

- Qu'est-ce que ça veut dire, Boris ? Explique-toi !

A cet instant, je voudrais ne jamais être née.

- Voici... Kai ! Ta... petite-fille !

Il renverse la tête en arrière dans un rire guttural et retentissant. Je sens le regard de mon grand-père, il me détaille de la tête aux pieds avant de se fixer sur mes iris. Une larme m'échappe, coule sur le galbe de ma joue et glisse, tiède, sur ma gorge. Il pose enfin son regard sur Boris, furieux.

- Qu'est-ce que tu as fait ? Gronde-t-il de sa voix la plus profonde.

- Une petite surprise ! Susurre Boris. Je la pensais morte, figure-toi, mais la petite a été retrouvée par cet Hugo Troyat qui lui a donné, par je ne sais quel moyen, une nouvelle identité. Officiellement, elle s'appelle Yelena Troyat. Mais, j'ai ici, pour te prouver, un test ADN fait à partir de cheveux retrouvés sur une brosse de Kai.

Il tire de sa poche une liasse de documents qu'il tend à Voltaire. Ce dernier s'en saisit et feuillette rapidement, jusqu'à s'arrêter sur une page en particulier. Il regarde la page, me regard, revient à la page, puis pose définitivement son regard sur moi. Il n'y croit pas.

- Kai ?

Sa voix est empreinte de quelque chose que j'aurais voulu entendre plus tôt. De l'inquiétude. Là, je n'ai pas envie de réagir, juste de disparaître. J'aimerais que ce soit un cauchemar et me réveiller au moment même dans mon lit, dans la maison d'Hugo, avec un mal de crâne après une soirée trop arrosée. Je voudrais même les entendre, Hugo, Shaun, Scarlet et Amy, m'appeler princesse à chaque fois qu'ils me voient. Je veux rentrer chez moi, dans mon vrai chez moi.

Incapable de soutenir son regard, je baisse les yeux. Mon ventre se tord alors que mes épaules s'affaissent sous le poids de ses yeux inquisiteurs.

Boris pousse un soupir irrité. D'une main, il m'attrape par les cheveux et me force à relever la tête, de l'autre il sort de sa veste un pistolet qu'il appuie sur ma tempe. Je croise le regard de mon grand-père qui écarquille les yeux, sous le choc. Sa voix résonne dans le bureau comme une menace.

- Mais qu'est-ce que tu as fait ? S'insurge-t-il contre Boris.

Celui qui me tient tressaillit, mais ne montre aucun signe de crainte. Il secoue son arme devant lui avant de la reposer sur ma tempe.

- Voilà le marché. Je laisse ta dernière descendante en vie et, en échange, vieux débris, tu continues à financer BEGA !

Voltaire frappe du poing sur la table. Il est comme un volcan. L'âge peut l'avoir usé physiquement, on peut le croire endormi pour de bon, mais il n'est jamais assoupi et la terre tremble quand sa voix s'élève.

- Lâche immédiatement cet enfant !

Boris fait un pas en arrière et sa poigne se desserre. Trop faible pour tenir debout, je tombe à genoux sur le plancher sombre du bureau. Je prend ma tête dans mes mains et, pendant que Boris et mon grand-père hurlent, je prie pour me réveiller. Je pense à Hugo et à la vie qu'il m'a offerte, à mes amis, ... Même en y mettant toute ma volonté, le cauchemar refuse de voler en éclats tant la réalité, dure et froide, me rappelle à elle.

Et pendant que je me lamente, les deux hommes qui contrôlent ma vie concluent leur entente à force de cris et d'insultes. Oui, Voltaire va encore financer BEGA. Non, il n'aura pas le droit de m'avoir à ses côtés. Oui, Boris va me garder cachée. Oui, il le peux. Non, Voltaire n'a pas le droit d'intervenir ou Boris révélera ses trafics avec la mafia aux autorités. Des cris, des injures, des menaces et, enfin, une signature en bas d'un contrat. Cette signature aurait tout aussi bien pu être mon arrêt de mort.

Boris m'attrape par le bras et me traine hors du manoir avant de me jeter à l'arrière d'une voiture noire aux vitre teintées. Depuis la fenêtre de son bureau, mon grand-père regarde la berline démarrer en trombe sur le gravier, passer le grand portail de fer forgé et disparaître au loin, peut-être pour toujours. Il sait,en me voyant ainsi enlevée à lui, ce qui va m'arriver. Nous savons, tous deux. Il n'y a que deux options possibles : la mort ou... la fin, lente et douloureuse, être consommée et sombrer petit à petit, de la façon la plus vicieuse qui soit.

Assis à côté du conducteur, mon geôlier et bourreau se tourne vers moi et m'observe avec un sourire en coin. Recroquevillée sur le siège passager, calée contre la portière, j'ai ramené mes jambes pliées contre moi et, le front sur les genoux, je tiens ma tête entre mes mains, tressaillant à chaque heurt de l'automobile, les yeux fermés, enfermée dans l'étau de ma propre peur. Là, maintenant, je voudrais choisir l'option de la mort. Il peut s'amuser une dernière fois avec moi, tant qu'il me met ensuite une balle entre les deux yeux et fait couler mon corps dans la Volga avec du lest. Je veux tout oublier et être oubliée. Mon vœu serait d'effacer mon existence, pour qu'on ne vienne pas fouiner dans mon passé, pour que Hugo, Shaun et les autres ne souffrent pas de ma disparition, pour que le monde du beyblade soit plus sain, sans des fous écorchés vifs tels que moi.

Portant la couronne d'illusions que tu as créée

Tu ne sauras jamais ce que ça fait de briller

A l'avant du véhicule, le conducteur demande à Boris s'il doit prendre la direction de l'Abbaye. Mais mon kidnapper secoue la tête et lui indique le quartier chaud du centre ville. Je ne peux réprimer un soubresaut. Sans retenue, un long gémissement s'échappe de ma gorge. Toujours renfermée sur moi-même, je suis trop pétrifiée pour lever la tête. Je me terre dans mon coin dans l'espoir de me fondre dans l'obscurité.

Il tourne vers moi sa face de démon en me murmurant qu'il est un homme de promesse et qu'il a fait le serment à mon grand-père de me garder en vie. Pourtant, il sait pertinemment qu'on finit toujours par en mourir. Pour moi, ce sera donc « la fin, lente et douloureuse, être consommée et sombrer petit à petit, de la façon la plus vicieuse qui soit ». De sa voix doucereuse, il me raconte qu'il va me présenter à des amis, que je devrai être une gentille fille, docile et muette, et que tout se passera bien, qu'il viendra lui-même voir comment je me sens et si je travaille bien, ...

La voiture s'arrête, le chauffeur coupe le moteur. Boris lui souffle quelques mots, lui tend quelques billets avant de sortir. Ma portière s'ouvre. Il m'empoigne par le bras et me tire hors du véhicule. Comme je n'ai pas le courage de marcher, il se voit obligé de me trainer dans la rue jusqu'à l'établissement où je creuserai ma tombe. Mon corps engourdi heurte le pavé, ma peau s'érafle sur la pierre. D'un coup de pied, il pousse une porte.

- Sergeï ! J'ai quelque chose pour toi ! Crie-t-il en entrant.

Ca sent le parfum, très fort, mais ça ne couvre pas assez l'odeur de fumée, de pisse et d'homme.

Une quarantenaire barbu arrive, un cigare à la bouche. Boris me laisse tomber et je m'étale de tout mon long sur le tapis rose fuchsia. Le type, qui doit être la patron, me désigne du menton.

- Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse ?

- Fais-la travailler avec les autres. Elle est jeune et belle. On dirait une vierge, même si je t'assure qu'elle n'en est plus une depuis longtemps.

Sergeï s'accroupit et, alors que j'essaye de me redresser, me souffle la fumée de son cigare dans la figure. Je tousse.

- Ouais, elle est mignonne. Ca me va.

Il tire son porte-feuille de sa poche et tend une liasse de billets à Boris qui s'en empare. Mon esprit analyse vaguement la situation. Changement de propriétaire, changement de geôlier. Avant de partir, Boris me gratifie d'un dernier coup d'oeil et demande à mon nouveau bourreau de me garder en vie, qu'un deal important en dépend.

Une fois Boris parti, Sergeï passe un bras velu autour de mon buste et me traine de la sorte le long d'un couloir aux lumières tamisées et entre dans une pièce plus éclairée. Il siffle.

- Ruby ! Joanna ! Eva ! Crie-t-il.

Trois femmes en hauts talons se présentent à son ordre. Ayant constamment la tête baissée sur le tapis rose-rouge, je ne vois que leurs chaussures et leurs bas résille.

- Voilà une nouvelle, faites-en sorte qu'elle soit présentable.

Il me pose dans un fauteuil et part sans un mot, me laissant aux soins des trois inconnues. Sans attendre, elles me prennent dans leurs bras, me soufflent des mots de réconfort avec une telle tendresse et une telle compassion que je sens mon silence céder comme un barrage. Entre larmes, hurlements et sanglots, je me perd dans les noirs méandres de mon court avenir.

Tu es le maître dans ton propre esprit

Mais un esclave aux yeux de tous

Tu es une étoile noire


Fin du chapitre 10 !

Alors, comme promis, quelques infos sur la suite ! Dans les chapitres qui viennent, Kai/Yelena va revoir gens qu'elle connait et son futur sera un peu plus sympathique. Je n'en dis pas plus !

A la prochaine ! Merci d'avoir lu ce chapitre et n'hésitez pas à laisser une (gentille) review si vous avez aimé =D.