RAR à la fin du chapitre
Chapitre 10 : Ainsi tombent les puissants.
Ichigo n'a jamais expérimenté une souffrance comme celle qui est en train de se diffuser dans tout son être. C'est plus intense, plus incisif que la douleur qu'il a endurée quand Aizen l'a tatoué. C'est tellement plus fort que la douleur causée par la Soul Society et par ceux qu'il a cru ses amis.
Cette douleur-là est infinie. De la pire sorte qui soit. Du genre à vous déchirer l'âme.
C'est comme si le temps s'était arrêté, comme si tout s'était mis à bouger au ralenti, à l'instant où le bout de cette épée froide et ignoble a percé le torse de son amant aux cheveux roses.
Près de lui, il sent le malaise de Grimmjow. Lui-même est dépassé par le désespoir incommensurable qui l'envahit. L'angoisse, l'horreur et la rage se disputent dans les yeux des deux hommes.
La vision d'Ichigo devient rouge et il lui faut voir les vagues noires et pourpres face à ses yeux pour qu'il réalise que son reiatsu s'est matérialisé autour de lui, s'immisçant en lui, réclamant un passage à l'action. S'il pensait avoir été en colère jusque-là, ce n'est rien comparé à ce qu'il ressent là, tout de suite. Il voit le sang et en a le goût dans sa bouche. Un sang qui l'exhorte au combat.
Grimmjow s'est figé quelques minutes, mais désormais une envie de tuer déferle dans son esprit, le transformant en ce qu'il est, l'espada de la destruction. Il rejette la tête en arrière, expulsant un cri de fureur qui devient bien vite un rugissement se répercutant sur des kilomètres à la ronde. La haine va crescendo, créant des ondes de choc qui font trembler dans leur sillage les piliers et les dunes de sables.
Deux regards blêmes tombent sur Mayuri Kurotsuchi. La dernière chose que le fou parvient à voir est le regard brûlant aux iris marron et deux billes bleues, image parfaite de la folie meurtrière.
Car après ça, il n'a plus le temps de se défendre.
Il semble à Ichigo qu'il pleure souvent dernièrement.
Lorsqu'il jette son zanpakutô couvert de sang sur le sable, il sent de nouveau les larmes couler sur ses joues, comme elles ont coulées la nuit dernière. Les yeux fixés sur les traits livides de Szayel, son esprit se ferme à ce qui se passe autour de lui, l'emportant dans un monde coupé de la réalité et le plongeant dans un fossé obscur.
- « Szayel… Szayel, s'il te plait… allez… réveille-toi… »
La voix est rauque. Une main serre la paume que l'épée de Kurotsuchi a transpercée. Avec un soin d'une tendresse inouïe, ils ont enlevé Ashisogi Jizou, voulant évitant de faire plus de mal à leur amant. La blessure sur le torse est bien ouverte et laisse échapper de petits filets écarlates. Ils se sont empressés d'appuyer leurs mains sur la plaie, Ichigo allant jusqu'à déchirer un morceau de son shihakusho et le nouer sur la poitrine, dans une maigre tentative pour juguler l'écoulement de sang.
Ils n'ont aucune idée de la profondeur de la coupure, mais restent néanmoins paniqués. Ce d'autant que Szayel ne répond toujours pas. Un peu comme un coma, mais avec les yeux ouverts et vides, et sans qu'aucun de ses muscles ne bougent.
Et déjà le bandage de fortune est tâché de sang.
- « Szayel… s'il te plait… », reprend Ichigo, le regard brouillé.
Il passe une main à travers les mèches roses puis se penche pour déposer ses lèvres sur celles de l'homme qui gît. Elles sont froides.
Grimmjow s'est tu. Il se lève et brise l'épée qu'ils viennent de retirer de l'Octava. Les débris du zanpakutô tombent en pluie sur le sable enduit de cendre. Il s'avance et abaisse la garde, l'insérant sauvagement dans le front du capitaine de la douzième. Un crac immonde remplit l'air, probablement l'éclatement du crâne de l'homme, et du sang ainsi que des morceaux de cerveau jaillissent du trou. La tête était la seule chose qui restait intacte. Déconnectée du corps de son propriétaire, elle avait roulé à quelques pas du bleuté. Car le corps, il n'en reste rien, si ce n'est des morceaux sanguinolents d'os, de chair et d'organes.
Grimmjow rebrousse chemin, les griffes et la poitrine enduits de rouge, un mélange de son sang et celui de sa victime. Tout son être est remué par l'angoisse qu'il ressent de voir Ichigo tenter de réveiller en vain Szayel. Il a l'impression que même son cœur est en train de saigner. Un sentiment qu'il aurait préféré ne jamais expérimenter.
Il s'agenouille et tend sa main griffue avec le dos de laquelle il ferme les paupières aux iris dorés. Son visage porte une expression indéchiffrable, même si ses beaux yeux bleus trahissent chaque once de la souffrance qu'il ressent. Il enlace le corps mince de l'Octava sur le front duquel il dépose un baiser, incapable qu'il est de trouver la force d'émettre le moindre mot.
Lentement, il se remet debout, soulevant délicatement Szayel qu'il tient contre son torse. La résurrection de l'espada scintille autour de lui, avant de s'évaporer en particules blanches, pour ne laisser que sa forme humaine. Le corps redevenu normal retombe mollement entre les bras du Sexta.
- « Il faut le soigner… », murmure-t-il d'une voix rocailleuse.
Ichigo relève des yeux embués, qu'il plonge dans ceux de Grimmjow.
- « Ichi… va à la Soul Society », continue Grimmjow, en déglutissant avec difficulté.
Le rouquin reste silencieux un instant avant de réagir : « Mais, que fait-on… »
- « On s'en sortira. Je vais le conduire à l'intérieur. Une fois, qu'il ira… mieux… je te retrouverai. Il a besoin d'aide. Allez, va-y », insiste Grimmjow, le ton montant d'un cran.
Ichigo serre les poings, puis acquiesce d'un hochement de tête. Il réprime la colère qui coule toujours dans ses veines, tout en gardant les yeux fixés sur les iris bleus. Il maintient la connexion intense, après quoi il baisse les yeux sur la forme inconsciente de l'Octava. Il prend une grande inspiration, ferme les yeux et tourne les talons avant de s'éloigner à vive allure.
Grimmjow suit la silhouette d'Ichigo et resserre la prise sur Szayel. Avec une fulgurance incroyable, le mal étreint son cœur lorsqu'il songe à ses deux hommes. Il inspire et expire avec force pour calmer les battements frénétiques. Il s'élance alors dans un sonido désespéré vers Las Noches. Il regarde droit devant lui, et grâce à sa résurrection qui accroit son agilité et sa vitesse, il parvient à distinguer le dôme du palais, malgré les dunes de sable et les débris.
Son corps bouge comme s'il était le vent d'une tempête, son allure une tornade furieuse et son expression est dure, ses mâchoires serrées. Il enlace plus fermement le corps de Szayel, pour le protéger.
'T'as pas intérêt à nous laisser tomber. Szayel Apporo Grantz, t'avises pas de nous abandonner. Ichi et moi, on a besoin de toi.'
Le visage d'Ichigo est vide d'expression. Il s'arrête de marcher, le regard perdu dans le ciel noir. Son esprit est ébranlé, et face à la gravité de la situation que lui et Grimmjow doivent affronter, il résiste à vider le contenu de son estomac. Mettre Kurotsuchi en charpie n'a rien fait pour apaiser sa fureur, et la seule chose qu'il a en tête, c'est Szayel.
Il se mord la lèvre, se retenant pour ne pas éclater en sanglots. Il tend la main et se concentre sur son reiatsu pour le canaliser comme on lui a enseigné pendant son entrainement et le matérialiser devant lui. Ainsi fait, il créé un garganta. Le vide écrasant apparaît devant ses yeux, et avec lui un froid terrible.
Il ne fait aucun mouvement en avant. Non, il n'y arrive pas. Il est cloué au sol, incapable de marcher. Chaque pas l'éloignerait de ceux qu'il s'est juré de protéger.
Son nom crié le sort de ses pensées morbides.
- « Kurosaki-san ! »
- « Kurosaki ! »
- « Ichigo-kun ! »
Il ne fait aucun effort pour s'y intéresser.
Les appels se font plus forts, accompagnés du bruit de pas se rapprochant.
Il tourne lentement sa tête et face à lui, se tiennent nuls autres que les capitaines Unohana, Hitsugaya et Ukitake. Ils viennent vers lui et s'arrêtent à quelques mètres, un peu incertain quant à la conduite à tenir. Ce qui reste des gradés est à une bonne distance, les yeux scrutant le garganta, les espadas et Ichigo lui-même.
- « Allez-vous en » Le ton est calme mais clairement dirigé vers les trois capitaines. Rien ne laisse deviner dans sa voix le trop plein d'émotions qui explose en lui.
- « Undécimo ! »
Il ignore les appels de Nnoitra et Yammy et se contente de poser ses yeux marron sur les huit membres de sa famille et les vestiges du Gotei 13.
Les blessures dues à la bataille marquent les deux côtés, chaque personne ayant le corps parsemé de cicatrices et de marques rouges de sang.
- « Unohana-san », interpelle Ichigo après un moment de silence. Le ton est toujours vide d'émotions. Il dévisage la capitaine de la quatrième. Elle le regarde, sans que ses yeux bleus ne véhiculent le moindre jugement sur sa personne ou ses actions. Il ne voit que compréhension et bonté.
- « Oui, Kurosaki-san ? », demande-t-elle.
Ichigo verrouille son regard sur elle, puis sur les espadas et shinigamis rassemblés autour d'eux.
- « Si cela ne vous gêne pas trop, soignez tout le monde. Et après, quittez Las Noches. Je ne veux pas voir le Gotei 13 lorsque je reviendrai. »
Elle continue à le regarder, sans ciller un instant, avec seulement un air interrogateur sur le visage.
- « Où sont vos amis blessés ? »
Il déglutit, sachant pertinemment à qui elle fait allusion. Il sait qu'elle voit au-delà du masque d'indifférence qu'il essaye de maintenir tant bien que mal. Il serre encore les poings.
- « Ils sont à l'intérieur. Unohana-san… faites ce que vous pouvez pour lui », murmure-t-il.
D'une petite inclinaison de la tête, elle signifie qu'elle comprend. Quant à lui, il n'attend pas de réponse, et se retourne vers le passage, sans regarder en arrière. Alors que le vide continue de pulser dans l'air, il y pénètre.
Le passage se referme derrière lui.
Le silence assourdissant qui se répand juste après dans les plaines mortes, semble alourdir l'atmosphère. Des regards méfiants s'échangent entre les membres de l'espada et ceux du Gotei 13. Bien que les combats aient cessé, la haine exprimée sur les visages des uns et des autres, est aussi visible et laide que les plaies et les coupures suintantes qui entachent les corps.
Retsu Unohana conserve son air impassible, ses yeux focalisés sur la nuit noire où vient de se fermer le garganta dont la gueule béante a englouti l'adolescent aux cheveux orange. Elle se retourne et avance à grandes enjambées.
- « Isane », appelle-t-elle à la recherche de sa vice-capitaine.
Tremblant par anticipation, Isane Kotestu s'approche avec lenteur.
- « O-oui, capitaine ? », fait-elle sur un ton hésitant.
La femme-capitaine s'arrête face à elle. En premier lieu, elle jette un œil à ses collègues gradés blessés, puis ensuite, aux huit espadas qui se tiennent à l'opposé, dans une posture reflétant haine et suspicion.
- « Procède à la mise en place d'une barrière. Nous allons les soigner ici », déclare-t-elle doucement.
La lieutenante peine à déglutir, ses yeux gris empreints de nervosité face à la présence de leurs ennemis.
- « O-oui, capitaine. tout de suite », marmonne la jeune femme. Elle déplace la main qui était posée autour de sa taille blessée, et lève ses deux paumes, tout en égrenant le sort de kidô.
- « OI ! Putain tu fais quoi ? T'as pas intérêt à t'approcher d'nous avec ta merde ! »
L'attention est tournée vers Nnoitra. Ses yeux sont allumés de fureur et dirigés vers la jeune shinigami. Son air est dangereux lorsqu'il s'approche, luttant malgré lui pour ne pas trébucher à cause de ses jambes. Deux de ses six bras ont été sectionnés jusqu'à l'os par Zaraki pendant leur combat, et sa jambe droite ne tient que grâce à des lambeaux de cartilage.
Les yeux écarquillés par la terreur, Isane est tétanisée.
- « Nnoitra, le combat est terminé. Epargne-nous ton égo surdimensionné et permet-leur pendant quelques instants de nous apporter leur aide, peu importe à quel point ta fierté en souffrira », décrète Hallibel sur un ton énervé. Le Quinta la contourne, protestant au passage avec des gargarismes enragés.
La tercera se contente de lui envoyer un regard glacial avant de s'avancer.
- « J'apprécie votre aide », fait-elle à l'attention des deux gradés de la quatrième division.
Elle reçoit de faibles acquiescements en réponse.
- « Toutefois », poursuit-elle en plissant ses yeux bleu de mer, « ne vous méprenez pas sur le fait que j'accepte votre soudaine bonne volonté. Ni mes camarades, ni moi-même n'avons de sympathie pour vous autres, shinigamis. Vous nous soignez et vous quittez le Hueco Mundo, comme vous l'a indiqué Ichigo. Sinon, ce sera votre mort assurée, quelle que soit sa décision d'épargner vos vies. »
Ceux du Gotei 13 échangent des regards lourds de sens.
- « Bien sûr, madame », répond Unohana en inclinant la tête. Elle revient ensuite sur sa subalterne. « Isane, commence. Je serai de retour dans peu de temps. Je vais voir l'ami blessé de Kurosaki-san. »
Isane regarde sa supérieure avec nervosité, avant de s'affairer.
Unohana se retourne et s'en va en shunpo en direction de Las Noches, se fiant aux signatures des reiatsus des deux espadas qui sont désormais dans le palais. Elle ressent déjà que l'un des deux est en train de disparaitre. Elle accélère la cadence, car elle a compris qu'il y a urgence à agir.
A la seconde où le tunnel sombre s'ouvre pour révéler lumière et couleurs, Ichigo se rend compte combien c'est ironique que la Soul Society puisse être le lieu le plus éclatant et le plus beau qu'il ait jamais visité, tout en étant aussi le centre de la plus noire et la plus profonde haine.
L'air chaud aux senteurs d'un doux parfum floral, les grandes étendues vert mousse et brun couleur de terre des arbres, avec en arrière-plan une image vieux Japon impérial, se confrontent à lui à sa sortie du passage, l'obligeant à protéger ses yeux. Rapidement, il commence à cheminer à travers les rues du Seireitei.
Bien qu'il préfère ce changement de décor aux plaines stériles du Hueco Mundo, il ressent l'envie de s'en retourner à Las Noches. Au moins là-bas, les plaines baignées par la lune et le palais en forme de dôme n'ont rien à cacher, au contraire de la Soul Society qui vous accueille les bras ouverts mais avec des intentions mauvaises et cachées.
Chacun de ses pas lui fait fouler un chemin qu'il lui est familier le rendent tendu et étranger. Le poids de ses émotions le jette dans l'abysse vengeresse qu'est devenue son existence. Son corps et son esprit continuent d'être secoués par la rage et le désir de tuer. Surtout sachant que ses pensées sont torturées par l'état dans lequel se trouve Szayel et qu'à chaque instant, elles menacent de faire émerger un hurlement du fond de sa gorge. Cela exige de lui un maximum de self-control pour ne pas faire éclater son reiatsu. Ce d'autant qu'il doit l'économiser pour zigouiller le commandant, au nom de ses amants et de lui-même.
Dans la lumière dorée du soleil, une ombre imposante attire son attention au-dessus d'un érable fané, aux branches cassées. Ichigo lève la tête pour faire face à la hauteur vertigineuse de la colline du Sôkyoku, qui se dresse derrière les tours et les renforts blanchis du Seireitei.
Il a un sourire amer.
Encore une fois, quelle ironie de penser que la plus grande attraction de la Soul Society soit utilisée pour des exécutions impitoyables. Particulièrement dans un monde destiné à œuvrer pour la paix.
Le rouquin baisse les yeux et tombent sur les deux énormes portes en bois juste à côté. L'allée d'arbres qui s'étend devant lui se sépare devant de petites marches conduisant au bâtiment en forme de temple, dont la surface est recouverte par le logo peint en noir de la première division.
Hâtant le pas, Ichigo serre les poings.
- « Halte ! »
Il marque un arrêt à la moitié des marches. Ses yeux marron ne montrent aucune émotion aux deux shinigamis vêtus de blanc, postés à l'entrée et qui approchent, leurs lances en forme de trident pointées dans sa direction. Les gardes dévisagent Ichigo avec un mélange de crainte et de colère.
- « Laissez-moi passer », fait doucement le jeune homme.
Les deux hommes restent en position.
- « Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous là ? »
Ichigo fait un pas en avant.
- « Ecartez-vous. Je ne le redemanderai pas », prévient-il
Les shinigamis l'encerclent de leurs armes.
Ichigo plisse les yeux et libère une énorme quantité d'énergie spirituelle qui fait trembler les deux soldats, au point d'être à deux doigts de les jeter parterre sous le poids du pouvoir écrasant. Restant silencieux, le rouquin continue son chemin, jusqu'à parvenir à la voûte. Il pose ses mains contre les portes et les pousse, ouvrant les abattants sans grande difficulté.
En un coup d'œil circulaire autour de la vaste salle de réunion, Ichigo analyse l'endroit où les capitaines tiennent régulièrement leur conseil, s'arrêtant sur les tapisseries japonaises en soie et le sol lambrissé.
Les portes se referment et un bruit étouffé résonne sur les structures en bois. Seul debout au centre de la pièce se tient le commandant Genryusai Yamamoto. Apparemment, il l'attendait.
- « Il te manque toujours la dignité d'un shinigami », fait le vieux, la voix fatiguée. Il porte toujours les blessures de leur bref combat, la peau brûlée et son uniforme couvert de cendres.
Dégainant son zanpakutô, Ichigo lève la lame élégante de son bankai devant lui.
- « Peut-être. Mais selon vous, je ne suis plus un shinigami », fait remarquer le jeune. Sa voix tremble d'anticipation d'en découdre avec l'homme qui lui fait face. Il ferme les yeux pour mieux apaiser sa colère. Car il veut des faits. Il veut connaitre la vérité avant de tuer.
Yamamoto fixe le ventre d'Ichigo, là où se trouve le numéro.
- « En effet », gronde le vieux.
- « Puis-je poser une question ? »
Comme le commandant se tait, Ichigo prend cela comme une autorisation pour continuer.
- « Pourquoi avez-vous fait ça ? Me mettre de côté. Grâce à vous, je me suis senti comme une merde parce que je ne pouvais plus rien faire pour aider. »
- « C'était pour être sûr que vous restiez éloigné de Sosûke Aizen », finit-il par répondre.
- « Une sacrée bonne idée, n'est-ce pas ? Au final, c'est lui qui est venu vers moi », rétorque le rouquin en ricanant.
- « Nous avions compris qu'Aizen projetait de t'utiliser et que tes capacités pouvaient conduire à la destruction du Gotei 13. Tout ça en vue de gagner du temps pour utiliser le hogyoku pour pénétrer dans la division du roi. Maintenant, qu'il a été vaincu, le hogyoku a disparu avec lui. Cependant, il a quand même réussi. Et au bout du compte, nos tentatives pour t'éloigner ont échoué », explique le commandant. « Et le fait que tu aies de toi-même accepté l'invitation d'Aizen au Hueco Mundo a également emporté toutes les chances que nous ayons de te récupérer. Nous n'avions pas d'autre choix que de t'exécuter comme traitre. Il semble finalement que cela ne soit pas si éloigné de la vérité, puisque tu portes la marque de son armée personnelle. »
- « Je l'ai rejoint volontairement parce que vous m'aviez trahi. Vous avez même fait en sorte que mes amis me trahissent », réplique le jeune roux. « Je pensais qu'en allant au Hueco Mundo, je pourrais en quelques sortes gagner sa confiance. Et le tuer. Il a deviné, mais vous avez été le témoin de ce qui s'est passé. Sa destruction par l'espada. Nous avons pu apporter la preuve de ses mensonges. Cette marque est le résultat de la punition qu'Aizen m'a fait subir lorsqu'il l'a découvert. Il m'a tatoué, vieil homme. Il l'a fait sachant que vous me traqueriez pour le reste de ma vie. »
Les yeux de Yamamoto s'ouvrent légèrement.
- « Et malgré ça, tu le portes avec fierté, mon garçon. »
Les yeux d'Ichigo d'habitude marron deviennent rougeoyant sous l'effet de son reiatsu.
- « Et alors, même si c'est le cas ? Au début, je n'en étais pas fier, mais maintenant qu'il est parti, je peux ressentir une sorte d'acceptation de cette marque. C'est une partie de moi. Pendant mon séjour à Las Noches, j'en suis arrivé à apprendre que je dois à l'espada plus que ma vie. Ils ont été plus une famille pour moi que la Soul Society et le monde réel réunis. »
Yamamoto émet un autre grondement, avant de clore ses yeux.
- « Je vois », fait-il calmement.
- « J'ai une autre question », continue Ichigo. « Pourquoi bon sang avez-vous laissé le reste de vos capitaines là-bas, au moment où ils tombaient ? Votre soi-disant loyauté au Gotei 13 ne peut pas aller jusqu'à les fuir et les laisser se faire massacrer sur le champ de bataille. Ils étaient au bout du rouleau. »
Encore un grondement de la part du vieux commandant.
- « Tu n'es pas le seul à avoir des secrets et des regrets, Ichigo Kurosaki. »
Une fois de plus, Ichigo resserre la main sur la garde de Zangetsu et plisse les yeux.
- « Vous êtes vraiment pathétique », crache-t-il.
Yamamoto ne répond pas. Il reste planté là, à regarder le jeune humain. Ryujin Jakka est rengainé, enfermé sous sa forme de cane, qu'Ichigo fixe des yeux.
- « Sortez votre épée », invite-t-il, mais le commandant ne bouge pas d'un pouce.
Et Ichigo devient impatient.
- « C'est quoi le problème ? Vous êtes soudainement devenu un lâche au point de ne pas m'affronter ? BATTEZ-VOUS !, hurle Ichigo.
L'air las, Yamamoto se contente de soupirer et de baisser la tête.
- « Je ne peux pas. »
Les yeux d'Ichigo s'écarquillent sous l'effet de la surprise et de la rage.
- « Quoi ? »
Il sent le bourdonnement familier de son reiatsu l'envelopper, pénétrer à travers sa peau et accompagner la sensation pulsante de sa résurrection qui se rétracte et révèle les caractéristiques humaine de son corps. Il est assis, les bras posés sur ses cuisses et les doigts joints.
Anxieux, il regarde Szayel allongé sur le lit de l'infirmerie, près duquel un arrancar, qui ressemble le plus à ce qu'Ichigo appelle un docteur dans le monde réel, est en train de réunir des instruments médicaux et à faire son diagnostic.
A un autre moment, le bleuté aurait trouvé la situation ironique. Mais, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Son esprit est dans un tel état de noirceur qu'il lui est impossible de considérer rire ou repenser à quelque chose d'amusant. Seule l'inquiétude pour ses deux amants caractérise l'éclat de ses yeux bleus.
Il trouve périlleux qu'Ichigo se soit rendu seul à la Soul Society, surtout sachant que le vieux bonhomme contre qu'il s'est battu, est réputé pour être le plus puissant shinigami qui ait jamais existé. Et même s'il est certain qu'il n'y a aucun moyen pour que son rouquin échoue contre lui, il n'a qu'une envie, c'est d'aller le retrouver, peu importe comment. Car Grimmjow sait mieux que quiconque qu'un animal blessé et coincé est plus dangereux, plus désespéré et donc plus rusé que s'il était libre. Et le commandant est un peu comme un animal en cage, emprisonné dans la Soul Society.
D'un autre côté, l'état critique dans lequel est plongé Szayel, est en train de le ronger de l'intérieur, cœur et âme. Il se sent déchiré, affligé, en un mot incapable de penser clairement. Il en vient même à se trouver acculé comme la bête sauvage qu'il est. Ça le rend malade de se comparer à ce connard de shinigami, mais là maintenant, il est persuadé qu'il pourrait tout détruire et mettre en lambeaux parce que les deux moitiés de son monde risquent de disparaitre de ses yeux.
Il se mord la lèvre et serre ses poings.
Il suit du regard l'arrancar chargé d'analyser les données sur l'écran. Elle reste silencieuse, sa silhouette apaisée et concentrée sur les informations relevées.
Le silence ne fait qu'agiter un peu plus le Sexta, envoyant son esprit déjà turbulent en plein désarroi.
- « Alors ? », réussit à lâcher l'espada d'une voix rauque.
Alors qu'elle tremble légèrement, la jeune femme tourne la tête vers le bleuté et déglutit péniblement.
- « Ses… fonctions motrices ont été ralenties à un stade proche de la mort. Ses fonctions cérébrales fonctionnent comme d'habitude. Il semblerait qu'on lui ait injecté quelque chose capable de stimuler son état de conscience, au point qu'il perçoive les choses visuellement et auditivement à un rythme plus lent », explique-t-elle.
- « Combien de temps avant qu'il ne se réveille ? », demande Grimmjow en plissant les yeux. Il n'est pas d'humeur à accepter des informations non précises, et l'hésitation dont fait preuve la femme commence à sérieusement l'agacer.
La femme avale de nouveau de travers, évitant tout contact visuel en détournant la tête pour revenir sur l'Octava.
- « Ses blessures internes sont… sévères », répond-elle à voix très basse. Elle ferme les yeux, sentant la rage du Sexta se diffuser dans la pièce à cause de son reiatsu.
- « A quel point sévère ? », gronde Grimmjow.
- « Il a une hémorragie interne à cause de la blessure reçue aux poumons. Bien que la drogue qui a affecté son système nerveux ait réduit le temps de réaction de son corps par rapport aux dommages subis, je veux dire… ce qui lui a permis de tenir plus longtemps… son cœur est en train de lentement lâcher », murmure-t-elle.
Le silence qui suit est rempli d'une telle intensité qu'on pourrait entendre chaque battement de cœur entre les bips du moniteur.
Les jambes de la femme arrancar commence à trembler, menaçant à tout moment de la faire tomber. Elle s'efforce de ne pas regarder en direction du Sexta. L'air lui-même semble être saturé quand elle le respire.
- « Soigne-le. »
Le ton du Sexta est un ordre émis à voix basse et un faible cri s'échappe aussitôt des lèvres de l'arrancar. Elle s'embrouille et pose les mains à plat à proximité de plusieurs aiguilles.
- « G-Grimmjow-sama… je… je peux réaliser l'opération de base mais… mais… »
Elle lâche un autre cri lorsqu'elle distingue l'éclat dangereux dans les pupilles du Sexta.
- « Mais ? » Le ton du bleuté fait écho à ses pulsions meurtrière.
- « Quel que soit le poison utilisé pour affecter son système nerveux et moteur, ce n'est apparemment pas quelque chose que l'on peut combattre. J'ai observé les données et c'est une formule très complexe qui surpasse de loin mes compétences… », fait-elle sur un ton suppliant et effrayé.
Les yeux de Grimmjow s'embrasent.
- « C'était quoi ? » La somme de reiatsu qui irradie de lui est suffisante pour étourdir la tête de la femme. Elle s'agrippe au bord de la table, haletant pour reprendre son souffle. Elle est incapable de lever les yeux pour les poser sur le Sexta, à cause de sa fureur.
Elle en vient à tomber par terre.
- « S'il vous plait, espada-san. Je suis sûre que cela ne va pas aider votre ami blessé. »
Les yeux bleus s'écarquillent lorsqu'il tourne la tête vers la porte d'où cette voix délicate et féminine est provenue.
Debout au milieu de l'encadrement, sa silhouette à moitié masquée par l'ombre du couloir, se tient une femme en tenue de shinigami. Ses longs cheveux noirs sont tressés en une longue natte plate qui descend jusqu'à son ventre. Son visage porte des coupures de la bataille. Elle a toujours cet air gracieux et un léger sourire sur les lèvres lorsque son regard bleu se verrouille sur le bleuté.
'Putain mais qu'est qu'un shinigami fait là ?', songe Grimmjow en serrant les dents.
Alors que la femme approche, il s'emploie à maintenir son énergie pour préserver Szayel. Pour autant qu'il soit réticent à l'admettre, il est d'accord avec elle. Perdre le contrôle ne fera que causer plus de mal à son amant. Et ça, il ne le veut pas. Sa peau le pique, ses yeux sont comme fous.
- « Foutez le camp d'ici », gronde-t-il. Ses yeux sont devenus deux étendues noires de malice et ses mains tressaillent de pourvoir atteindre et faire un joli trou dans l'estomac de cette bonne femme. La Soul Society est leur ennemi, l'ennemi d'Ichigo. C'est la Soul Society qui a fait ça à son amant, qui maintenant se bat pour la vie. Il s'en fiche que les combats aient cessés. Grimmjow pourrait continuer à massacrer ceux du Gotei 13. Et il commencerait bien avec ce capitaine qui se trouve présentement juste en face de lui.
- « C'est Kurosaki-san qui m'a envoyé ici », répond doucement la gradée, le regard empreint de sincérité.
Choc et incrédulité se disputent la place dans les yeux bleus turquoise, remplaçant du même coup la colère qui les habitait. L'esprit de Grimmjow semble au point mort.
'Ichi… ? Pourquoi !? Ça n'a aucun sens.'
- « Pourquoi ? », fait-il sèchement.
A court de mots pendant un instant et à court de rage, les mots de la shinigami l'ayant quelque peu émoussé, il reste dans un état de confusion. Tant que le Gotei 13 n'a pas encore été complètement vaincu, Ichigo n'a aucune raison d'accepter de l'aide ou de la sympathie de la part de l'autre camp. Et surtout pas de demander l'aide de ceux qui ont menacé de le tuer.
Les sourcils du bleuté se froncent et ses mains se crispent. Il fixe la femme avec une profonde méfiance, la suivant lorsqu'elle s'approche du lit où repose Szayel. Elle se penche et aide l'arrancar toute tremblante à se relever.
Ça n'a tout simplement aucun sens.
Il se lève en grognant et, à grandes enjambées, se dirige vers le corps frêle de la capitaine. Il exige des réponses, et il obtiendra tout ce qu'il pourra de cette femme avant de lui arracher la tête et jeter son cadavre sur le sol.
Il est stoppé par un léger rire triste et féminin. Elle tourne la tête, affichant un regard compréhensif. Grimmjow sent la moutarde lui monter au nez. Il n'a nul besoin de la sympathie de cette salope.
- « Parce que je pense que Kurosaki-san sait que je suis la seule à pouvoir guérir votre ami espada du poison du capitaine Kurotsuchi », lui répond-elle.
S'ensuit un long silence.
Intérieurement, le cœur de Grimmjow bat fiévreusement dans sa poitrine, où la colère grandissante et les vagues d'espoir se battent la première place. Il plonge ses yeux dans les prunelles bleues de la capitaine shinigami. Son expression est indéchiffrable même si du regard, il cherche à savoir s'il va laisser la femme vivre.
- « Vous pouvez le faire ? » Le murmure est rauque et se répercute sur les murs de la pièce silencieuse.
Le capitaine hoche la tête puis presse les paumes de ses mains contre l'entaille sur le torse de l'Octava. Un petit sifflement sort des dents de Grimmjow qui n'apprécie que peu le contact physique non consenti entre la shinigami et son amant espada.
Une lueur vert tendre émane du bout des doigts de la capitaine de la quatrième division. Ses sourcils sont plissés, concentrée qu'elle est à utiliser le kidô pour remodeler les muscles et les organes de l'espada. Le bourdonnement significatif de la libération de reiatsu remplit l'air, tandis que les deux autres personnes présentes observent intensément la femme réparer les dommages.
Chaque seconde passée semble durer l'espace d'une vie. Chaque bip de l'écran semble constituer le rappel morbide à la réalité.
La coupure des chairs est profonde et les secondes nécessaires pour la résorber deviennent des minutes. L'air est chargé par l'anxiété et le front de la capitaine se plisse au fur et à mesure que les marmonnements de ses sorts continuent à s'imprégner dans leurs oreilles.
Ce n'est qu'après un long moment, que la première preuve de régénération de la peau vient casser l'ambiance tendue. D'ailleurs, Grimmjow ne s'aperçoit que vaguement qu'il avait retenu son souffle. Il regarde la peau pâle repousser autour de la plaie. La coupure en sang est nettoyée et s'éclaire jusqu'à reformer progressivement une chair douce. Un peu comme si Szayel n'avait jamais reçu une blessure qui a failli lui couter la vie.
Pourtant, il est loin d'être tiré d'affaires.
A l'heure actuelle, la shinigami déplace ses mains, emportant avec elles la faible lueur verte due au kidô. Et Grimmjow se trouve incapable de se débarrasser de son air ahuri face à la guérison de la blessure. Il déglutit difficilement.
- « Est-il… » Il n'arrive même pas à terminer ses phrases.
La femme soupire doucement avant d'expliquer avec calme, son regard bleu foncé verrouillé sur celui de Grimmjow : « Non, pas encore. Bien que les dommages internes aient été réparés, le poison se diffuse toujours à travers ses vaisseaux sanguins. J'ai pu identifier les composants utilisés par le capitaine Kurotsuchi dans sa drogue grâce à mon kidô. Espada-san, puis-je vous demander de le restreindre ? »
Suspicieux, Grimmjow plisse les yeux.
- « Le restreindre ? Bon sang, vous voulez faire quoi ? »
Le ton est effrayant, et pourtant Grimmjow s'en fiche. Son regard passe de son amant vers la shinigami face à lui, et peu à peu deviennent emplis d'un air dangereux. Son reiatsu s'envole en guise d'avertissement.
Imperturbable à la démonstration de force, le capitaine ne fait que soupirer doucement.
- « La prochaine étape du kidô curatif va servir à équilibrer les fluctuations que son corps expérimente, afin que tout redevienne normal », commence-t-elle, le regard sans faille, « cependant, en faisant cela, cela va intervertir l'état d'hyperactivité qu'il subit. Au moment où son système nerveux et moteur va retrouver son mode de fonctionnement normal, il va commencer à ressentir la douleur de ses blessures en une seule fois. Cette douleur sera multipliée par dix à cause du fait que son organisme va travailler plus rapidement pour revenir sous contrôle. Ce serait mieux si vous le restreignez pendant que je procède », explique-t-elle.
Grimmjow continue à fixer la femme en serrant les dents. Il repousse le sentiment de rejet pour les mots annonçant que son amant va encore souffrir, et il tend le bras pour agripper les épaules de Szayel et le coller au lit. Il envoie néanmoins un regard venimeux à la femme lorsqu'elle place ses doigts contre le torse de l'Octava, lui signifiant clairement qu'il n'a pas la moindre confiance en elle.
- « Vous avisez pas de le rendre plus mal… », crache-t-il.
Elle se borne à lui offrir un sourire d'excuse en réponse puis elle baisse les yeux sur le corps de son patient. Une lueur bleue pulsante émane de ses paumes et un bruit de ronflement s'intensifie dans la pièce où règne un silence de mort. Le kidô illumine la peau blanche de l'Octava, jetant une ombre noire au-dessus de son visage toujours aussi inexpressif et avec les yeux toujours fermés.
Les secondes passent dans ce doux ronronnement dû au sort. Puis le bruit d'un corps repoussé contre une surface douce se répercute contre les murs. Grimmjow serre les dents tandis qu'il bataille pour continuer à garder Szayel allongé. La difficulté qu'il ressent augmente au fur et à mesure que la forme inconsciente de Szayel se crispe violemment à cause du kidô qui combat le poison. Il voit sur les traits de son amant la souffrance. Son dos se soulève du lit, réagissant au fait que ses nerfs libère la douleur exponentielle des blessures reçues il y a une heure.
La gorge de l'espada lâche un faible son, quelque chose qui ressemble à un cri de souffrance.
Grimmjow doit prendre sur lui, baissant la tête et fermant ses yeux. Les geignements de son amant et son corps convulsant écartèlent son cœur.
'Je suis content qu'Ichi ne soit pas là… putain… j'arriverai pas à ça plus longtemps.'
Il serre les dents et réaffirme l'emprise sur les épaules de l'Octava lorsqu'on entend un cri de douleur plus fort. Szayel se soulève et retombe sur le lit, haletant et des mèches roses collées sur son front par la sueur.
Grimmjow se force à ouvrir les yeux qu'il pose avec inquiétude sur les traits délicats de son amant qui sont tordus et font penser à quelqu'un qui subit une torture.
'Putain, elle lui fait quoi ?! Elle essaie d'le tuer ?!'
Il enlève une main de son épaule, et vient la coller sur sa joue pour tenter de procurer un semblant de réconfort à l'homme en détresse.
- « La drogue a été neutralisée », déclare la capitaine.
Les mots de la shinigami restent sans effet sur le Sexta qui l'ignore, préférant contempler l'homme aux cheveux roses, comme pour le pousser à guérir plus vite, afin que tout ça soit derrière eux.
Un grognement significatif quitte les lèvres du bleuté. Il continue à serrer les dents car une fois de plus, Szayel halète et se tord sur le lit, finissant par retomber sur le matelas où il est maintenu tant bien que mal. Il ne cesse de se tortiller, rendant le travail de Grimmjow plus difficile. A bout de souffle, il n'a pas d'autres choix que de le plaquer doucement, ce qui le déchire de l'intérieur comme les cris d'agonie déchirent le silence autour d'eux.
- « A-allez… Szayel… faut que tu t'en sortes… », fait Grimmjow. Il pose ses coudes sur le torse sous lui et les appuie avec force. De chaque côté du cou du blessé, il bloque ses mains afin de maintenir sa tête sur l'oreiller et éviter que son corps ne se soulève de nouveau du lit.
- « S'il te plait… »
La supplique n'est qu'un murmure rauque et les yeux de Grimmjow sont tétanisés par la peur, surtout lorsqu'un cri faible franchit les lèvres pâles. La poitrine de Szayel se soulève et son front est recouvert de sueur. Il cesse alors ses mouvements. Ses gémissements diminuent et, après cette démonstration terrifiante, l'air devient étrangement paisible.
Le souffle de Grimmjow se fait plus fort tandis que le bourdonnement du kidô de la femme shinigami s'amenuise avec les mouvements de l'espada. La capitaine retire ses mains et s'éloigne du lit. La tête de Szayel retombe faiblement sur l'oreiller, son corps redevenant raide.
Unohana reste muette. Elle baisse la tête devant le Sexta puis glisse ses mains dans les manches de son haori.
- « Il a besoin de récupérer. Il va rester inconscient encore quelques heures. Je… suis vraiment désolée pour tout ce que la Soul Society vous a fait subir à vous, et à Kurosaki-san », fait-elle remarquer avec douceur. Après seulement, elle disparait du couloir.
Ses paroles restent dans la pièce silencieuse, s'attardant dans l'air.
Grimmjow ne dit rien et ne fait aucun signe pour montrer qu'il s'est aperçu du départ de la femme. Il entoure ses doigts autour de la main de l'Octava qui lentement, retrouve sa chaleur.
Il parvient à calmer son rythme cardiaque erratique, et à faire en sorte que son esprit ne s'emballe pas au regard de ce dont il vient d'être témoin. Il respire profondément et tente de se concentrer sur son amant et sa guérison. La poitrine de l'homme monte et descend, dans la même cadence que sa respiration. Finalement, ses joues commencent à reprendre des couleurs.
Le Sexta chasse quelques mèches de cheveux roses tombées sur la joue droite de l'Octava. Son front et son cou luisent encore de sueur. Ses traits sont détendus, le faisant paraitre comme quelqu'un en train de dormir. Il constate qu'il n'arrive à rien faire d'autre qu'observer son amant, tant son esprit est envahi par des émotions contradictoires. A tel point qu'il se sent dépassé.
'Il va bien maintenant. C'est ce qui compte le plus.'
Le bleuté laisse échapper un soupir de soulagement. Il ferme les yeux passant une main sur son visage. Sa colère s'est enfin apaisée. Pourtant, en dépit de l'état désormais stationnaire de Szayel, ça n'éloigne pas pour autant les émotions tumultueuses de son cœur. Il a l'impression qu'il est en train de se noyer dans un trou noir déprimant, aussi vide et impitoyable que le Hueco Mundo lui-même. L'angoisse qui l'a bouffée de l'intérieur toute cette journée, l'a presque poussé au bord de la folie.
Il inspire un grand coup pour forcer son cœur à ralentir les battements fébriles. Il rouvre les yeux et fixe le corps inconscient de Szayel. Il serre sa main autour de celle du blessé.
'Je vais aller à la Soul Society.'
Après avoir serré la main de son amant, Grimmjow s'apprête à se retirer. Il s'arrête net lorsqu'il sent ses doigts butter contre quelque chose que l'Octava tient serré dans sa main. Il plisse les yeux et se rapproche, glissant ses doigts contre ce qui ressemble à du plastique. Interloqué, il se penche en fronçant les sourcils et dénoue les doigts de son amant. Il découvre au centre de sa paume, un petit disque. Confus, il a un mouvement de recul, avant de saisir l'objet pour l'inspecter. Il constate que le boîtier a été écrasé.
Il revient à Szayel et se met à caresser distraitement la joue pâle de l'homme.
- « Qu'est-ce que tu as fait… ? », murmure-t-il.
Il détecte un mouvement derrière lui et voit la jeune femme arrancar traîner à proximité des moniteurs. S'apercevant du regard de Sexta sur elle, elle émet un petit cri et incline la tête avant de s'apprêter à partir.
- « Une minute ! »
La jeune femme se fige, ses épaules secouées par des tremblements de craintes.
- « O-Oui, Grimmjow-sama », répond-elle d'une voix chevrotante. Très lentement, elle parvient à focaliser son regard sur le bleuté, et ses yeux s'arrondissent de peur.
Grimmjow lui remet l'objet qu'elle se met aussitôt à regarder sous toutes les coutures.
- « Dis-moi ce que c'est », lui ordonne le Sexta.
Elle acquiesce avant de se diriger en toute hâte vers l'ordinateur. Elle glisse le CD sur un petit plateau et referme le lecteur, attendant que les données soient transmises au système. Une quinzaine de secondes s'écoulent et un bip sonore émane de la machine.
- « Et voilà… », annonce la femme.
Grimmjow s'approche, les yeux fixés attentivement sur les informations en cours d'enregistrement dans l'unité central. Il ignore la femme lorsque celle-ci fait une profonde révérence, avant de sortir de la pièce et de refermer la porte derrière elle.
Puis, il patiente jusqu'à ce que des messages de confirmation commencent à défiler en lettres vertes sur l'écran. Il n'en revient pas. Un autre bip résonne dans les enceintes. Les dernières données veinent d'être traitées par l'ordinateur et, après quelques secondes, les résultats finaux clignotent sur l'écran.
Il retient son souffle.
'Quoi ?!'
Il écarquille ses yeux bleus en lisant à nouveau les résultats et en reste abasourdi.
'A quel moment il… ?'
Il relit les informations, pour être sûr qu'il ne s'agit pas d'une erreur, et ensuite se penche pour observer le corps étendu de Szayel.
Il laisse passer un moment de silence.
Puis, malgré lui, un léger sourire vient orner le coin des lèvres de Grimmjow. Une expression d'incrédulité traverse son visage lorsqu'il regarde son amant aux cheveux roses. Se détournant de l'écran et marchant lentement vers le corps mince toujours allongé, le Sexta se permet un petit rire avant de secouer la tête. Il se penche pour embrasser délicatement les lèvres de l'Octava, heureux d'effleurer la bouche douce et rose comme un pétale. Il glisse sa langue le long de la lèvre inférieure, donne un dernier baiser chaste et, après un moment, s'éloigne.
- « Tu es un salaud sournois et ingénieux, Szayel Apporo Grantz. »
Dans une étreinte qui se veut rassurante, Grimmjow noue ses doigts à ceux de son amant et tend son autre main vers le visage de l'homme qu'il se met à contourner. Après un soupir, il se redresse et accourt vers la porte. Il lance un dernier regard à l'homme qu'il aime avant de quitter les lieux au pas de course à travers le couloir de marbre blanc.
Rapidement, ses pas se transforment en sonido. Son esprit est clair au moment où il sort du palais de Las Noches. Le monde des hollows s'ouvre devant lui comme une mer de sable, sans limite, surplombée d'un ciel de nuit et d'une lune millénaire.
Quand il s'arrête et lève la main pour matérialiser un garganta, il affiche un sourire sauvage. Pénétrant l'espace vide et froid qui a coupé le ciel au-dessus de lui, ainsi débute son voyage pour la Soul Society et le Seireitei.
'Ichi, je ne pense pas que le vieux bougre va t'donner du fil à retordre encore longtemps !'
Avec lenteur, Genryusai Yamamoto retire son zanpakutô de la cane en bois qui lui sert d'étui. Il le tient vers le bas, la pointe en métal de l'arme vers le sol, à leurs pieds, montrant à Ichigo que la lame est terne, sans vie. Même de là où il est à plusieurs mètres, le rouquin comprend qu'il y a un truc qui ne va pas.
- « Je ne peux pas me battre », répète le commandant. Malgré son état chancelant, la voix contient toujours ce ton impérieux.
Ichigo n'en croit pas ses oreilles. La rage ne cesse d'augmenter quand il regarde le vieil homme.
- « Qu'est-ce que vous faites BON SANG ?! »
- « Ichigo Kurosaki », l'interrompt Yamamoto sur un ton dur, « je ne peux pas libérer mon shikai. Les flammes de Ryujin Jakka ont été annihilées. C'est le cas depuis que j'ai quitté le champ de bataille de Las Noches. Il semblerait que tu doives remercier ton amant, le scientifique, pour cela. »
Ichigo se fige.
- « Szayel… ? », chuchote-t-il tellement bas que c'est comme s'il ne pouvait pas entendre sa propre voix.
'A quel moment est-ce qu'il… ?'
Tout à coup, la portée complète des mots de Yamamoto parvient à son cerveau. Et là, Ichigo plisse les yeux.
'Comment peut-il savoir que nous sommes amants ?'
- « Tu comprends maintenant, Ichigo Kurosaki, qu'il m'est impossible d'envisager de te vaincre dans mon état actuel. Même mon kidô n'est pas suffisant pour résister à ta ténacité. Si tu souhaites me battre, je te propose de le faire maintenant, de peur que je parvienne à reprendre le contrôle de mon zanpakutô et que j'efface de ce monde ta pénible existence », conclut le commandant dont les yeux brillent dangereusement derrière ses sourcils broussailleux.
Ichigo resserre la prise sur son épée. Il est plus déterminé que jamais, le regard résolu.
- « Très bien donc. »
Un coup, et tout sera fini.
Un coup, et il trouvera enfin la réponse en représailles de toutes les blessures et tortures morales auxquelles on l'a soumis. Il pourra enfin se libérer de sa vengeance sur ceux qui ont fait de sa vie un enfer.
Un coup, et il montrera au Gotei 13 tout son mépris pour ce qu'il lui a fait subir à lui, à sa famille, et plus important, à ses amants.
Juste un coup.
Il lève son épée. Et une explosion noire et pourpre déchire la salle de réunion de la première division.
Réponses aux reviews anonymes :
Anemone 33 : normal venant d'un mec qui n'est pas humain. D'ailleurs, à bien y réfléchir, je ne sais pas même ce qu'il est le Kurotsuchi. Un truc, ouais, c'est ça. C'est un truc.
Ayu : voui, car c'est une fiction et que ça ne serait plus un treesome !
Mama : notre chouchou rose ? Non, tu crois ? Bah, on va dire qu'Ichigo est notre doudou orange et Grimmjow, notre loulou bleu.
