Chapitre 10 – Avril 1897

Nul ne peut se vanter de partir à la découverte des secrets de la Forêt Interdite.

C'est dans ce labyrinthe de verdure et de ténèbres que se cachent des créatures que la Communauté Magique ostracise par peur. Par conséquent, ces créatures fuient la présence des hommes et hantent la Forêt par nécessité.

On a souvent peur de ce qu'on ne connaît pas.

AUGUSTUS ABERNATHY - Les Sombres Secrets de la Forêt sans Retour – 1888 (première édition)

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- Mr Twitter ! Êtes-vous avec nous ?

Archibald sursauta, surpris d'entendre son nom prononcé. Tel un hibou, il cligna des yeux et rougit sous le regard perçant du professeur Têtenjoy. Les mains sur les hanches, elle ne semblait pas très heureuse de le savoir ailleurs.

- Excusez-moi, professeur, dit-il en baissant la tête, honteux.

Il trempa sa plume dans l'encrier et recopia sur le parchemin la leçon du jour inscrite sur le tableau.

Il ne pouvait le nier : il n'arrivait pas à se concentrer depuis son retour à Poudlard quelques jours auparavant. La mort de son père l'avait plus affecté qu'il ne l'avait pensé... Il avait dans son cœur un trou, une sensation de vide, qu'il n'arrivait pas à refermer.

Il secoua la tête et chassa ses sombres pensées pour se concentrer de nouveau sur le cours. Les cinquièmes années étudiaient les esprits surnaturels, tels que les fantômes, les dames blanches et les gytrashs.

- Qui peut me dire ce que sont les Gytrashs ? demanda Têtenjoy de sa voix désagréable.

Quelques mains se levèrent timidement, et elle choisit Brutus pour répondre.

- Des chiens spectraux qui hantent particulièrement les forêts pour égarer les visiteurs perdus.

- Très bien, Mr Malefoy, cinq points pour Serpentard. Les Gytrashs, ou cynospectres – dont l'étymologie se découpe en « Cyno » qui veut dire chien – se nourrissent surtout d'ombres. Ils n'ont donc guère l'habitude de la lumière et cela les fait fuir.

Le professeur passa ensuite des images ternies sur l'un des murs, de ce qui semblait être un grand chien à poil long et aux yeux rouges.

Le poing enfoncé dans sa joue, Archibald regarda sans passion les images se succéder, l'esprit ailleurs.

- Professeur, demanda alors Hamilton en levant la main, est-il vrai que l'on pourrait trouver des Gytrashs dans la Forêt Interdite ?

L'intérêt d'Archibald se réveilla aussitôt.

La Forêt Interdite ! Avec tous ces événements, il en avait oublié sa quête de retrouver le Tombeau de Merlin.

C'était exactement ce qu'il lui fallait pour se changer les idées, pour se sortir de cette espèce de torpeur. Il ressentit en lui le besoin de se prouver quelque chose. Il ne prêta aucune attention à la réponse de Têtenjoy et se tourna vers Hamilton pour lui parler de leur projet d'escapade.

Mais, au dernier moment, quelque chose l'en empêcha. Une vague d'égoïsme le saisit : c'était seul qu'il avait résolu l'emplacement du Tombeau, ce serait donc seul qu'il se rendrait dans la Forêt Interdite.

Il se renferma alors dans le silence, et dressa dans sa tête tout ce dont il aurait besoin pour son expédition.

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Archibald ne dit rien de ses activités à personne, même pas à Hamilton et encore moins à Brutus. Patiemment, discrètement, il rassembla dans un sac une couverture, des vivres pour plusieurs jours, quelques onguents et potions en cas de pépin. Il n'oublia pas non plus le carnet de McCarthy et le livre de la Réserve sur la Forêt Interdite.

Il décida d'y aller au petit matin du prochain week-end : il n'était pas assez fou pour songer à s'y aventurer de nuit. Deux jours lui semblaient suffisants pour tenter d'atteindre le cœur même de la forêt, et il pria pour ne rencontrer aucune bête angoissante durant le trajet.

Pas une seule fois il ne songea que son aventure était risquée.

La veille de son départ, il évoqua un mal de tête pour se retirer plus tôt dans son dortoir et se mit au lit de bonne heure. Bastet se colla à lui et il la caressa d'un air songeur. Il pensa à son père qui sommeillait pour toujours : qu'aurait-il pensé s'il avait su que son fils unique se lançait à corps perdu dans une telle aventure ?

- Archibald, tu dors ?

Le murmure d'Hamilton perça le silence. Archibald ne lui répondit pas. Il l'écouta se mettre en pyjama à la lueur vacillante que projetait sa baguette, et il se glissa sous son édredon. Le silence les enveloppa, seulement interrompu par le ronronnement de Bastet.

Ce fut une vive lueur qui réveilla Archibald quelques heures plus tard. Devant ses yeux dansaient des serpentins dorés provenant de sa baguette. Il resta un moment allongé dans son lit, à se remettre les idées en place. Par sa fenêtre, il vit que l'aube se levait à peine. Il se leva et s'habilla à la hâte et en silence. Puis, il glissa sur ses épaules son sac et quitta le dortoir sur la pointe des pieds, non sans avoir laissé sur son lit un parchemin à l'attention de Hamilton pour lui dire où il était.

Il ne croisa personne dans les couloirs de l'école : ni fantômes, ni gardienne, ni professeurs. Il veilla cependant à ne pas faire de bruit tandis qu'il parcourait le chemin menant à la grande porte. Il y régnait une atmosphère inquiétante, où le moindre bruit était décuplé.

Il arriva sans encombre à la porte, mais il eut un instant de doute : et si un sortilège avait été posé dessus pour empêcher tout élève de sortir ? Il rechignait cependant à faire le grand tour pour passer par les serres de botanique et perdre ainsi plus de temps que nécessaire.

« Tant pis, advienne que pourra », songea-t-il. Il poussa la porte, sans qu'une quelconque alarme ne s'enclenche. L'air froid du petit matin s'engouffra dans sa cape. Il resserra les sangles de son sac et marcha en direction de la Forêt interdite.

Poudlard au petit matin était un spectacle éblouissant à voir. Le soleil se levait derrière les hautes tours. La journée promettait d'être belle et ensoleillée. Il ne mit pas longtemps à rejoindre la lisière de la Forêt, qui s'étendait devant lui à perte de vue.

Il marcha droit devant lui sans s'arrêter, empruntant l'un des petits sentiers couverts de mousse et d'arbrisseaux. Il respira à plein poumon l'odeur fraîche de la terre mouillée, des feuilles et de la rosée du matin.

Au début, il n'eut pas besoin de sa baguette : une douce clarté traversait les branches des arbres. Les oiseaux commençaient à pépier dans leurs nids et il aperçut un renard jaillissant d'un fourré. Il marcha ainsi pendant une trentaine de minutes, appréciant le calme et la sérénité de la forêt.

Cependant, plus il s'enfonçait et plus les arbres devenaient touffus, jusqu'à ne plus voir le ciel. Les oiseaux se turent et un silence pesant plomba l'atmosphère.

Archibald serra un peu plus sa baguette entre ses doigts, sentant les prémices d'un danger roder autour de lui.

Au bout d'un moment, son ventre grogna de faim. Il avisa la souche d'un arbre un peu plus loin et s'installa dessus. Il fouilla dans son sac et sortit une pomme et un paquet de patacitrouille qu'il grignota seul, avant de se remettre en marche.

Les ténèbres l'enveloppèrent à mesure qu'il s'enfonçait. Les yeux rivés au sol, il était bien décidé à ne pas s'écarter du sentier qu'il suivait. Parfois, il invoquait le sortilège de Pointaunordà sa baguette pour savoir s'il était toujours dans la bonne direction.

Il éclaira la montre en or de son père qu'il avait pensé à emporter avec lui : les aiguilles lui indiquèrent neuf heures. Cela faisait déjà deux heures qu'il était parti. Hamilton avait dû lire sa lettre depuis longtemps et peut-être prévenu Brutus.

Il commença à progresser plus lentement, trébuchant sur des racines et des grosses souches invisibles jusqu'au dernier moment. Sa cape s'accrochait sans cesse aux buissons d'épines.

Soudain, il perdit l'équilibre et chuta tête la première sur le sol. C'était malheureusement une pente douce : il glissa un temps, s'écorchant les mains et le visage sur des morceaux de pierre aiguisés. Il se releva tant bien que mal, la tête lui tournant. Dieu merci, il n'avait pas lâché sa baguette.

Une fois qu'il eut repris ses esprits, il se rendit compte qu'il avait perdu de vue le sentier. Il eut beau tourner en rond, remonter la pente, la terreur le saisit : il s'était perdu.

Son souffle se figea dans sa poitrine et la panique s'insinua en lui. Les ténèbres l'entouraient et la sensation étouffante des arbres renforçait son angoisse : il s'obligea à respirer profondément pour dissiper sa peur.

Il n'était pas perdu. Qu'importe la direction qu'il prenait, il sortirait de cette forêt. Son père avait l'habitude de dire qu'il y avait un début et une fin à toute chose, que rien n'était infini. De plus, il était un sorcier et il avait comme allié la magie : il avait commencé son expédition en prenant la route du nord, c'est par là qu'il continuerait, sentier ou non.

- Pointaunord !

Sur sa paume, sa baguette dansa un instant avant de se stabiliser sur sa gauche. Archibald souffla un bon coup et poursuivit son chemin.

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Il n'y avait que le silence et les ténèbres. Archibald ne put dire si c'était la chance ou le hasard de ne rien avoir croisé sur son chemin, nul monstre sanguinaire ou animal fantastique. Peut-être que tout ceci n'était qu'un mythe et qu'en vérité, rien ne peuplait la Forêt Interdite...

Il marcha encore longtemps, les jambes lourdes. La fatigue commençait à se faire ressentir, mais il s'osa s'arrêter pour se reposer.

Il entendit soudain du bruit à sa droite. Archibald stoppa net et éteignit prestement la lueur de sa baguette magique avant d'aviser le fourré le plus proche. Il se jeta dedans, les épines égratignant sa peau, et il ne bougea plus, retenant à grande peine sa respiration.

Un bruit de sabot frappa le sol, passant tout près de lui.

- Où est le petit d'homme ? dit alors une voix profonde.

De là où il se tenait, Archibald vit le centaure humer l'air autour de lui. Il tenait à sa main un arc en bois et dans son dos pendait un carquois rempli de flèche.

- Il était ici, marmonna-t-il. Klerios !

Un deuxième centaure le rejoignit au galop, faisant trembler la terre sous lui. Archibald sua à grosses gouttes.

- Que veux-tu, Lirion ? grogna le dénommé Klerios.

- Le petit d'homme, celui que Mars a vu... Il est ici, je le sens. Appelle la troupe, nous devons le capturer.

- Pourquoi ? Qu'il se perde et qu'il se fasse dévorer par la meute. Nous n'avons pas à nous mêler de son destin.

Lirion lui jeta un regard mauvais :

- Parce qu'il est à la recherche de Celui-qu'on-ne-voit-pas. Et qu'il enfreint nos lois sacrées en pénétrant sans notre consentement dans cette Forêt.

Klerios haussa un sourcil :

- À t'entendre, on dirait que tu en fais une affaire personnelle. Cela ne te ressemble pas, Lirion.

Le centaure poussa un grognement et frappa le sol de la pointe de son sabot :

- Rameute la troupe, répéta-t-il. Nous devons le retrouver avant qu'il ne soit trop tard.

Un puissant hennissement résonna et Klerios s'éloigna terrorisé, Archibald vit Lirion s'approcher de là où il se tenait, tous ses sens en aguets. Le centaure resta un moment pensif, avant de faire brusquement demi-tour et de suivre son congénère.

Archibald poussa un long soupir, à la fois soulagé et inquiet : si une horde était à sa poursuite, ce n'était pas bon.

Archibald décida néanmoins de poursuivre son chemin, et prit soin de prendre la direction opposée de celle empruntée par les deux centaures, marchant le plus rapidement possible pour mettre le plus de distance.

Mal lui en prit, car il s'écarta pour de bon du nord. Il eut beau tourner dans tous les sens, tous les arbres se ressemblaient et aucun sentier ne se détachait.

- Tu n'es pas perdu, gronda-t-il. Pointaunord !

Sa baguette tourna légèrement sur sa droite. Mais, pendant un court instant, Archibald hésita à poursuivre son chemin. Il pouvait encore faire demi-tour et rentrer à Poudlard...

Il chassa l'idée de sa tête. Il avait faim et il était fatigué, voilà tout. Il avisa un gros rocher et s'y adossa, poussant un bref soupir de soulagement. D'un geste las, il sortit de son sac une miche de pain enveloppée dans un mouchoir, un gros morceau de fromage et quelques fruits qu'il avait discrètement détournés la veille pendant le dîner.

Dans un silence angoissant, il mangea.

Il regretta l'absence de Hamilton. Ensemble, ils se seraient donnés du courage et ils auraient pu discuter de tout et de rien.

Dans son dos, le tas de pierres commença à s'affaisser un peu.

Archibald se leva d'un bond, surpris : si en plus de ça il faisait face à un éboulement !

Pourtant, sous ses yeux ahuris, le tas de pierres bougea, se leva, s'étira, s'agrandit.

Ce n'était pas un rocher, mais le dos d'un géant !

Archibald déglutit, les jambes figées au sol. Le géant était aussi grand que les tribunes du stade de Quidditch et son petit doigt aussi épais que le tronc d'un chêne. Il n'avait pas encore remarqué la présence du jeune sorcier, mais ce n'était qu'une question de temps : au moment où il bougerait, le géant l'entendrait. Pourtant, Archibald ne pouvait rester ainsi au risque de se faire écraser.

Avec une infinie lenteur, il se baissa pour ramasser son sac à dos gisant à ses pieds, sans quitter des yeux le monstre. Trop tard : le géant se retourna au même instant et baissa ses petits yeux sur lui, presque surpris de le voir.

L'instant d'après, il abattit son poing à l'endroit où se tenait Archibald, qui eut tout juste le temps de rouler sur le côté. Le géant poussa un rugissement furieux, faisant trembler la terre et frappa de nouveau le sol à plusieurs reprises. Archibald tomba au sol à cause des secousses engendrées et abandonna l'idée de récupérer son sac. Il prit alors ses jambes à son cou et courut le plus vite possible, autant que lui permettait le terrain accidenté, le géant à ses trousses, mécontent de voir sa proie s'enfuir.

Archibald se déplaçait à l'aveuglette, droit devant lui, persuadé maintenant que son expédition n'était qu'un tissu de bêtises sans nom. Il trébucha une nouvelle fois sur un tronc noueux qui sortait de terre et s'étala de tout son long

Sous lui, il sentit la terre trembler et s'imagina déjà se faire écraser par le pied du géant, qui ne sentirait même pas sa présence...

Il chercha à se relever, mais un corps massif se jeta sur lui, l'empêchant de bouger. Archibald voulut crier, mais une main rêche et sale se posa sur sa bouche pour l'intimer au silence.

L'inconnu tâtonna dans la poche de sa veste trouée et sortit sa baguette : à voix basse, il invoqua le sortilège du Patronus : un filet argenté jaillit de son extrémité et prit la forme d'un loup qui se posta face au géant pour accaparer son attention, avant de s'enfoncer dans les bois.

Le bruit s'amenuisa et le silence revint.

L'inconnu se releva en grommelant et épousseta sa veste. Archibald fit de même et examina son sauveur : d'une stature imposante, il portait des cheveux et une barbe longue et hirsute. Il possédait également des yeux bleus très clair, presque hypnotisant.

- Ne restons pas là, dit le sorcier d'une voix bourrue. Cet idiot de géant pourrait revenir.

Puis, sans attendre Archibald, il s'éloigna.

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Ils marchèrent un moment, sans qu'une parole ne soit échangée. Le sorcier connaissait parfaitement la forêt : pas une seule fois il ne leva les yeux au ciel pour savoir où il se dirigeait.

À quelques pas derrière lui, Archibald sentit son ventre se nouer : l'inconnu lui avait certes sauvé la vie, mais pouvait-il lui faire confiance ? Qui était-il, que faisait-il ici ?

Ils arrivèrent enfin dans une espèce de clairière : en son centre, un cabanon de bois à l'aspect miteux se dressait, un peu bancal, comme soutenu par la magie. L'homme entra en poussant la porte qui grinça sur ses gonds, mais Archibald rechigna à le suivre.

La voix du sorcier s'éleva de l'intérieur :

- Reste pas planté là, petit, ou tu vas te faire bouffer par le premier venu.

Archibald frissonna et le suivit.

L'intérieur n'était composé que d'une seule et unique pièce, et ne comprenait qu'un vieux lit avec un édredon troué par endroit, une table rongée par les mites, deux chaises branlantes. Une odeur rance flottait dans les airs, soulevant les cœurs. Archibald resta sur le pas de la porte, n'osant s'aventurer plus loin.

Le sorcier s'affaira près de la cheminée d'où flambait un bon feu, avant de poser sur la table une tasse en fer cabossée, d'où s'échappaient de légères fumerolles.

- Tu dois avoir froid, gamin. Bois ça, ça te réchauffera.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Archibald, soupçonneux.

- Du thé. Je vais pas te bouffer, gamin, c'est pas encore la pleine lune.

Archibald eut un frisson, et une horrible pensée s'insinua en lui. Il s'avança néanmoins jusqu'à la table. Qui était cet homme, qui vivait seul dans la Forêt Interdite ?

- C'est moi qui pose les questions, gamin.

- Vous êtes Légilimens ?

- Non...mais je peux lire sur ton visage comme dans un livre ouvert.

Il poussa d'un coup de pied une chaise et s'installa lourdement dessus, étudiant Archibald des pieds à la tête, qui se réfugia, gêné, dans sa tasse de thé.

- Alors... Que fait un gosse de Poudlard ici ? T'essayes de fuguer ?

- Non, dit Archibald en rougissant.

- Mais encore ?

Archibald baissa les yeux, honteux. Il n'avait pas envie de raconter son lamentable échec à un inconnu – même si ledit inconnu lui avait sauvé la vie. Mais le sorcier le regardait avec une telle intensité dans le regard qu'Archibald sut que mentir lui était impossible.

- Je... je suis à la recherche de quelque chose, avoua-t-il à demi-mot. Le Tombeau de Merlin.

Le sorcier éclata d'un rire tonitruant qui ébranla les murs du cabanon.

- Celle-là, elle est bien bonne ! C'est bien la première fois qu'on me la sort... Le Tombeau de Merlin ? Qu'est-ce qui te fait croire qu'il se situe ici ?

Archibald haussa les épaules, boudeur.

- Et pourquoi pas ? rétorqua-t-il. Et vous alors ? Que fabriquez-vous ici, loin de la civilisation ?

Le sorcier continua de ricaner, croisant devant lui ses longues jambes sanglées dans des bottes qui avaient connu des jours meilleurs. D'un geste de la tête, il désigna son modeste intérieur.

- T'as pas encore deviné, gamin ? Je me cache.

Archibald sentit son cœur se serrer. De pitié ou de peur, il n'aurait su le dire.

- Vous... Vous êtes un loup-garou, n'est-ce pas ?

- T'es pas idiot, sourit l'homme. Ouais, j'en suis un (il lui tendit une main) : Augustus Abernathy, à ton service.

- Archibald Twitter. Merci de m'avoir sauvé la vie, Mr Abernathy. Et désolé du dérangement.

Il haussa les épaules :

- Ça me change du quotidien.

Il jeta un regard vers l'extérieur, pensif.

- Tu devrais rester là pour cette nuit, gamin. Je sais pas pourquoi, mais un vent de panique souffle dans le coin... J'ai jamais vu les centaures aussi irritables... Tu seras en sécurité ici. Et demain, je te raccompagne à Poudlard.

- Non ! s'exclama Archibald.

Abernathy leva un sourcil, étonné.

- Là, il, va falloir m'expliquer gamin. T'as pas compris ce que j'ai dit ? La forêt est dangereuse pour ceux qui ne la connaissent pas. Ça fait neuf ans que je suis ici, et je connais par cœur ses émotions... Le vent dans les arbres, le chuchotement de l'eau, ce genre de chose...

- Je suis ici pour retrouver le Tombeau de Merlin, s'entêta Archibald. Et je ne partirai pas d'ici sans l'avoir vu de mes yeux.

Le sorcier lui lança un drôle de regard, hésitant à se moquer de lui.

- Désolé de te décevoir, gamin, mais y'a aucun tombeau dans le coin. Ton Merlin n'a jamais été enterré ici.

Ce fut comme recevoir un coup dans le creux de l'estomac. Archibald se redressa vivement, soudain pâle :

- Bien sûr que si ! s'étrangla-t-il. Les légendes disent que Merlin est venu dans cette Forêt et qu'il a ramené une branche d'aubépine pour en faire sa baguette ! Et les ruines de la Tour de Vortigern ! Elles sont forcément ici !

- Non, reprit Abernathy. J'ai foulé chaque recoin de cette forêt, mais j'ai jamais trouvé la moindre pierre sur mon chemin, que ce soit d'un tombeau ou d'une tour.

La tête lui tourna : le sorcier lui mentait, il en était certain. C'était une évidence que Merlin soit ici !

- Dans le carnet de McCarthy, il est noté que...

Sa voix faiblit : il se souvint que son sac gisait quelque part dans la Forêt Interdite. Et dedans, le carnet de McCarthy et le grimoire sur la Forêt Interdite, qui n'avait pas servi à grand-chose finalement.

- J'irai te récupérer tes affaires, gamin, grommela Abernathy en voyant son air contrit. En attendant, tu restes ici.

Abernathy se leva et sortit de la cabane, laissant derrière lui un Archibald seul et désemparé.

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Archibald fit un cauchemar : il rêva qu'il courrait dans une Forêt de ténèbres, poursuivi par une nuée de statues de pierre, qui avaient emprunté les traits de Brutus et de Hamilton.

Il se réveilla en sursaut, tremblant de sueur, et repoussa d'un geste la couverture mangée par les mites. Il s'était endormi à même le sol devant la cheminée, négligeant le lit de bois qui le répugnait.

Il était seul dans la cabane, et la nuit était déjà bien avancée. Abernathy était parti, seul Merlin savait où. Archibald alla se poster à l'unique fenêtre grossièrement taillée dans le bois dur du cabanon et regarda d'un air absent l'orée de la clairière.

Il n'aurait jamais dû entreprendre ce voyage. Il avait eu la bêtise de croire qu'il avait les épaules assez larges pour mener à bien cette quête, mais c'était à un mur qu'il s'était heurté, lui laissant un goût amer dans la bouche.

Il n'était finalement qu'Archibald Twitter, fils de plus personne, qui se prenait pour un archéomage.

Abernathy revint au petit matin, et trouva Archibald recroquevillé au sol, endormi. Il le réveilla en lui tapant sur l'épaule et attendit qu'il se réveille tout à fait, avant de lui tendre son sac, sans un mot. Archibald glissa aussitôt sa main à l'intérieur et trouva avec le carnet de McCarthy, mais pas le grimoire.

Son cœur manqua un battement : un livre de la Réserve ! Qui gisait désormais dans la boue et la poussière !

- Où t'as eu ça gamin ?

Abernathy sortit de la poche de sa veste le grimoire et Archibald poussa un profond soupir de soulagement.

- À la bibliothèque de l'école... Mais pour ce que ça m'a servi !

Le sorcier fronça les sourcils et refusa de donner le livre que la main d'Archibald réclamait.

- Pourrais-je l'avoir ? Si on apprend sa disparition, je serais écorché vif...

Abertnathy ne fit aucun geste et la logique d'Archibald fit le lien : il regarda alternativement le grimoire et Abernathy.

- C'est vous qui avez écrit ce livre ?

- Ouais... et je pensais pas qu'un stupide gamin le lirait !

- Qui êtes-vous ? demanda une nouvelle fois Archibald, les yeux plissés.

Abernathy poussa un soupir et, gêné, finit par lui avouer sa vérité :

- J'étais jeune et je sortais de Poudlard... Je ne savais pas quoi faire de ma vie, alors je suis entré au Ministère de la Magie. J'ai travaillé un temps au département des jeux et sports, mais ce n'était pas ce qui me convenait. Un poste au département de contrôles et régulations des créatures s'est libéré, et j'ai postulé. Ils cherchaient quelqu'un un brin aventureux et j'ai accepté. Ils voulaient que je recense les animaux de la Forêt Interdite. J'y suis allé, comme un bleu que j'étais. J'ai tout cartographié, tout retranscrit sur un carnet. J'ai pas fait gaffe et un garou m'a mordu, là, au bras. J'ai été expédié à Ste Mangouste et j'ai profité de ma convalescence pour écrire ce fichu bouquin, pensant que je serais accueilli comme un héros. Mais, quand j'ai voulu reprendre mon poste, le Ministère n'a pas voulu de moi. C'est la honte et l'amertume qui m'ont poussé à venir m'installer ici. Donc gamin, quand je te dis que je connais cette forêt par cœur, c'est en connaissance de cause. Et maintenant, assez de questions, je te ramène au bercail.

Archibald savait que ça ne servirait à rien de discuter. La tête basse, la rage au cœur, il rassembla ses affaires.

- Je suis prêt, marmonna-t-il, furieux de voir son aventure s'achever ici.

Mais Abernathy ne fit pas un geste pour sortir et Archibald attendit patiemment.

- Il y a un problème ?

Le sorcier semblait en proie à un dilemme : les sourcils froncés, il dévisagea Archibald tout en tirant le bout de sa barbe.

- Y' p'têt un endroit qu'aurait visité Merlin. C'est pas loin d'ici, finit-il par dire.

Archibald fit de son mieux pour ne pas s'emballer.

- Et c'est quoi ?

- Un massif d'aubépine. Je peux t'y emmener si tu veux, gamin.

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Le chemin ne fut pas long : au bout d'une demi-heure de marche, les deux sorciers atteignirent une petite clairière bordée d'arbres si hauts qu'on ne voyait pas le ciel. Le manque de lumière n'empêchait pourtant pas un arbuste de pousser en son milieu, recouvert d'une multitude de petites fleurs blanches à l'odeur enivrante. Surpris, Archibald s'en approcha, étonné d'une telle prouesse. Pas un rayon de soleil ne venait frapper l'arbuste qui pourtant resplendissait.

- De l'aubépine, souffla-t-il, émerveillé. Selon... selon la légende, Merlin est venu ici, dans la Forêt Interdite. Il en est ressorti neuf jours plus tard, un morceau de bois d'aubépine à la main. C'est ce qui a servi à confectionner sa baguette. Il était là, il s'est tenu ici ! Merlin lui-même !

Archibald sortit de son sac le carnet de McCarthy et un petit crayon qu'il avait pensé à emporter. Sur une page, il croqua l'arbuste pour garder une image de sa découverte. Il avisa au sol une branche d'aubépine : presque religieusement, il se baissa et le ramassa aussi grand que son bras, mince comme son petit doigt. Il nota alors une série de pierres enfouies à même le sol, dans un cercle parfait. Il chercha à nouveau dans le carnet de McCarthy et retrouva le poème qu'il lut à voix haute :

- « Légende d'un temps, enterrée sous la terre, sous le ciel étoilé, dans une prison d'air, esclave d'une fée dans un cercle d'amour » ... C'est là ! Merlin est enterré ici ! Quant à l'aubépine, c'est avec cet arbre que la Fée Viviane a réussi à l'enfermer ! Je l'ai trouvé !

Il se tourna vers Abernathy, un large sourire aux lèvres – ce dernier secoua la tête.

- J'en doute, gamin.

- Et moi, je vous dis que si.

- Et tu vas faire quoi maintenant ? Creuser jusqu'à trouver quelque chose ?

- Et pourquoi pas ?

- Tu trouveras rien, gamin, je te le garan...

Abernathy leva brusquement le nez et huma longuement l'air.

- Derrière moi, gamin.

Pressentant le danger, Archibald se rangea au côté du sorcier, serrant le bois d'aubépine dans la main. L 'instant d'après, un troupeau de centaures franchit les buissons, tous armés et très en colère.

Abernathy gronda aussitôt et força Archibald à se ranger derrière sa haute stature pour le soustraire de leurs vues.

- Donne-nous le petit d'homme, Cœur-de-loup ! gronda Lirion.

- Non, grommela Abernathy. Le gamin est innocent.

- Il veut réveiller Celui-qu'on-ne-voit-pas !

Les centaures s'ébrouèrent, faisant claquer leurs sabots sur le sol dans un tonnerre de fureur.

- Nous te permettons de vivre dans cette forêt, Cœur-de-loup, ne nous le fais pas regretter !

- Quelle bonté ! railla Abernathy. Dois-je baiser le bout de vos sabots pour vous remercier de votre générosité ?

Archibald songea qu'il n'était pas prudent d'irriter plus que de raison une bande de centaures sanguinaires, mais ne dit rien, frissonnant devant le danger palpable. De plus, il sentait la Bête en Abernathy, prête à bondir.

- Ne nous oblige pas à le répéter, Cœur-de-loup ! Donne-nous le petit d'homme !

- Non.

- Fort bien. Tu l'auras voulu. Emparez-vous de lui.

Le temps sembla alors se figer : un cri terrible fut lancé, un nuage de poussière de leva, et dans un maelstrom de crocs et de griffes, Abernathy se transforma en un loup monstrueux. Archibald le regarda, médusé : en plus d'être un garou, le sorcier était également un animagus !

Les centaures ne craignirent pourtant pas sa vue et se jetèrent à corps perdu dans la bagarre, lançant des cris de guerre, brandissant leurs arcs au-dessus de leur tête. Le loup gronda, sauta, mordit ses agresseurs : ils étaient cependant bien plus nombreux.

Archibald ne manquait pas de courage, mais il se sentait impuissant et ridicule face à ces forces de la nature. Mais, quand l'un des centaures – qu'il reconnut comme étant Klerios - aperçut qu'il se tenait à l'écart de la mêlée, il galopa jusqu'à lui, débordant de colère. Dans un instant de confusion, Archibald leva la branche d'aubépine et hurla le premier sort qui lui vint à l'esprit :

- Stupéfix !

Le sortilège atteignit de plein fouet le centaure. Archibald remonta alors ses manches, prêt à se battre, les tambours de la guerre lui battant aux tempes. Il lança une série de sortilèges pour se défaire des centaures qui s'attaquaient à lui et au loup, sans se rendre compte qu'il n'utilisait pas sa propre baguette magique, mais une branche d'aubépine...

- Expulso ! cria-t-il.

Dans une formidable détonation, les centaures se retrouvèrent propulsés à l'autre bout de la clairière. Archibald eut un sourire, mais son tempérament belliqueux ne plut pas à Abernathy : il claqua ses mâchoires à son encontre pour lui montrer son mécontentement, puis lui intima silencieusement de monter sur son dos. Archibald grimaça, mais enfourcha l'animal. La seconde d'après, loup et sorcier fuyaient à travers la Forêt.

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Le loup n'avait pas l'habitude de porter un poids sur son dos : malgré sa robustesse, il haletait sous l'effort. Derrière eux, les sabots des centaures se rapprochaient dangereusement. Le loup n'avait qu'une idée en tête : atteindre la lisière de la Forêt. De là, les centaures ne pourraient plus les suivre sans outrepasser les limites de leur satané territoire.

À califourchon sur le loup, Archibald serrait les dents. La branche basse d'un arbre le fouetta en plein visage, et il se retint de justesse à la fourrure de l'animal quand ils bondirent par-dessus les taillis.

Archibald brandit la baguette d'aubépine derrière son dos, lançant au hasard des sortilèges, et parfois, le cri de douleur d'un centaure s'échappait.

Au bout d'un moment, les arbres s'éclaircirent et Archibald sut qu'ils étaient presque revenus à Poudlard. À son grand étonnement, Abernathy rejeta sa puissante tête en arrière et poussa un hurlement effrayant. Et bientôt, d'autres hurlements lui répondirent.

Ils bondirent une nouvelle fois par-dessus un arbre déraciné et ils se retrouvèrent au milieu d'un cercle de gytrashs aux babines retroussées. Abernathy fit un grand tour et se mit en position d'attaque, grondant et claquant des mâchoires. Archibald tint serrer sa baguette. C'était impressionnant de voir des chiens aux allures spectrales, qui avait répondu à l'appel de la nature.

Les centaures ne tardèrent pas à arriver, mais stoppèrent net en voyant cette meute qui ne pouvait pas mourir et qui osait protéger le petit d'homme.

- Tu ne perds rien pour attendre, gronda Lirion furieux d'avoir été berné. Les murs du château ne te protégeront pas éternellement. Sois maudit, Archibald Twitter !

Un dernier cri de ralliement, et les centaures virevoltèrent et repartirent se terrer dans la Forêt. Archibald poussa un long soupir et descendit du dos du loup.

- Merci infiniment, dit-il d'une voix hésitante.

Les gytrashs, curieux de l'aspect du jeune Serdaigle, s'avancèrent prudemment pour renifler son odeur, sans qu'aucun ne leur fît de mal. Archibald constata alors que les quelques rayons du soleil qui filtrait les rendaient presque transparents, mais qu'ils ne craignaient aucunement la lumière. La tête que Têtenjoy ferait quand il la contredirait sur ce point !

Abernathy fit claquer ses mâchoires pour chasser la meute de gytrashs, qui s'enfuit. Il reprit enfin sa forme humaine, à genoux et pantelant. Archibald se sentit un instant embarrassé et il se précipita à ses côtés pour lui prêter secours. Le sorcier porta tout son poids sur son épaule, et une nouvelle fois, Archibald se sentit écrasé par sa haute stature et son regard gris.

- Tu seras en sécurité au château, dit Abernathy en désignant de la tête les hautes tours de Poudlard. Mais un conseil, gamin, ne t'approche plus jamais de la Forêt. Je ne sais pas ce que tu comptes faire, et je m'en fiche comme d'une guigne, mais tu as mis les centaures dans une rage folle.

- Ils vont vous faire du mal ?

- Non. Ils ont bien trop peur de moi.

Archibald ne sut s'il mentait pour ne pas l'inquiéter.

- Est- ce que je peux faire quelque chose pour vous ? En guise de remerciement pour tout ce que vous avez fait.

- Ouais. Ne jamais te revoir. Maintenant, va. Et oublie-moi. Tu m'as jamais vu, et tu ne me connais pas, compris ?

Archibald le lui jura. Puis, peiné, il vit l'ombre d'Abernathy tourner les talons et regagner les ténèbres de la Forêt Interdite. Il revit dans sa tête le cabanon branlant et l'extrême pauvreté dans laquelle vivait le sorcier, et Archibald se jura de lui envoyer par hibou de quoi survivre au moins jusqu'à la fin de sa vie.

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Il fut heureux et soulagé de retrouver les murs de l'école de sorcellerie. Il eut presque la surprise de constater que l'après-midi touchait presque à sa fin : il avait perdu toute notion de temps dans la Forêt Interdite. Il se rendit également compte qu'il mourrait de faim et de fatigue. À pas pressés, il rejoignit les portes de l'école qu'il poussa.

- VOUS VOILÀ ENFIN !

Le cri se répercuta jusqu'aux voûtes du hall, faisant trembler les murs. Archibald stoppa net et fit face à la terrible Grace Perkins, fulminante de rage. En deux pas, elle fut sur lui, lui empoignant férocement le bras, de peur qu'il ne s'échappe.

- Et je peux savoir où vous êtes allé comme ça ?

Archibald essaya de se dégager, mais Perkins le secoua comme un prunier, sous le regard ahuri d'un groupe de Poufsouffle qui passait par là.

- Vous me faites mal ! gronda Archibald, la fusillant du regard.

- Oh, mais j'espère bien mon petit bonhomme ! Ça vous mettra un peu de plomb dans la cervelle !

Elle le relâcha brutalement et il manqua de tomber au sol. D'un geste rageur, il se frotta le bras avec une grimace, tout en levant haut un menton volontaire, pour bien lui faire comprendre qu'il ne la craignait pas.

- Inutile de me regarder comme ça, sale avorton ! cracha-t-elle. Vous allez au bureau du directeur ! Maintenant !

Archibald avait sincèrement espéré que sa petite escapade serait passée inaperçue. Hélas, il semblait que quelqu'un n'avait pas tenu sa langue.

Assis devant le bureau du directeur, pâle comme la mort, mais le dos droit, Archibald se fit passer la pire semonce de sa vie par Phineas Black, qui hurlait de colère contre lui.

Était également présente sa directrice de maison, le professeur Ashbrow, qui semblait déçue par son comportement, Grace Perkins qui n'en finissait plus de marmonner dans sa barbe, l'inspecteur Pinkerton qui le dévisageait avec intensité et, pire que tout, sa tante Cornelia, qui attendait avec une impatience non feinte de pouvoir avilir Archibald à son tour.

Une centaine de points fut retiré à sa maison pour conduite inacceptable, et il eut un mois complet de punition.

Entendant sa sentence, Archibald ne dit rien, ne broncha pas.

- Mais enfin, Archibald, pourquoi es-tu parti seul dans la Forêt Interdite ? s'écria sa tante, incapable de se taire. Quelle folie t'a pris ?

Là encore, les adultes firent face à son mutisme désarmant... Jusqu'à ce que Pinkerton décolle du mur où il s'était adossé et fit quelque pas vers lui.

- C-ça à un r-r-rapp-port avec le T-tombeau de M-Merlin, n'est ce p-pas ?

Son regard le trahit et Pinkerton eut un sourire de triomphe, le même qu'il avait arboré dans la chambre de la princesse quand il avait trouvé le pendentif.

- Le tombeau de Merlin ? C'est quoi cette histoire ? grommela Cornelia en fronçant les sourcils.

Avec lenteur, Pinkerton sortit du tabac à priser de sa poche qu'il renifla dans chaque narine. Tous les regards étaient tournés vers lui.

- Une b-bien b-belle histoire. Celle d'un pseud-do bibliothécaire assassiné qui ch-cherchait la t-tombe supposément p-perdu de M-M-Merlin. Le hasard a voulu que notre archéomage en herb-be – il désigna Archibald – t-tombe sur ses re-recherches et ne décide par lui-même de le t-trouver à son t-tour. J'imagine que c'est v-votre intuition q-qui v-vous a mené dans la F-Forêt Interdite ?

Archibald finit par maugréer un « oui » contraint. Un long silence accueillit sa modeste confession, jusqu'à ce que sa tante ne hurle :

- C'est ridicule !

Pinkerton avança sa main vers Archibald, sans se départir de son sourire :

- P-pui-je avoir c-connaissance des r-recherches de Mr M-McCarthy ?

Tremblant de colère, Archibald fouilla dans son sac et sortit le petit carnet pour le lui donner.

- M-Merci, Mr T-Twitter, dit Pinkerton en rangeant le carnet dans sa poche.

- Cela vous permettra-t-il de confondre enfin le meurtrier ? demanda Black, irrité.

- N-n'ayez crainte. J'ai d-désormais t-toutes les p-preuves.

Il salua l'assistance et sortit du bureau de Black, les mains dans les poches. Les regards se tournèrent de nouveau vers Archibald.

- Vous nous décevez beaucoup, Mr Twitter, finit par dire le directeur, les sourcils froncés. Vous étiez un élève prometteur et réaliste, en qui nous pouvions placer notre confiance. Le professeur Ashbrow m'a annoncé toute la peine qu'elle avait eue en apprenant que vous aviez refusé le poste de préfet.

- TU AS QUOI ? tonna Cornelia, hors d'elle.

Black lui lança un regard noir, n'appréciant pas d'être interrompu. D'ailleurs, cet entretien commençait à l'agacer, Archibald pouvait le voir à son front qui se ridait de plus en plus

- Miss Ashbrow, raccompagnez Mr Twitter à sa Salle Commune. Vous pouvez disposer.

Archibald ne se le fit pas dire deux fois : il se leva d'un bond, pressé de quitter le regard enflammé de sa tante.

Mais ce fut pire d'être en compagnie du professeur Ashbrow, qui laissa à son tour éclater sa colère : dans son discours, le Serdaigle discerna les mots « honte » et « scandale ».

Il avait hâte d'arriver à son dortoir pour ne plus entendre cette cacophonie intempestive.

Elle le laissa à l'entrée de la Tour des Serdaigles. Dans la Salle Commune, les élèves présents le dévisagèrent avec curiosité, murmurant entre eux, le pointant du doigt. Archibald prit soin de les foudroyer du regard et traversa la salle la tête haute.

Il ne trouva la paix que dans son dortoir, où Bastet se frotta contre ses jambes en miaulant, tout à son bonheur de retrouver son maître.

- Archibald ? l'appela une voix derrière les tentures d'un lit.

Il se hérissa à la vue de Hamilton, qui paraissait à la fois soulagé et terrifié de le voir. Sans dire un mot, Archibald lui tourna résolument le dos et posa son sac en piteux état sur son lit, retirant sa cape et son écharpe d'un geste las.

- Je suis content de te revoir, mon vieux. Tu m'as filé une belle frousse et...

- Tu leur as dit ! s'exclama Archibald, outré. Tu leurs a dit où j'étais ! Je t'avais expressément demandé dans la lettre de ne rien faire !

Hamilton ouvrit et ferma la bouche, choqué.

- Attends... tu crois que je... Mais je n'ai rien dit, j'ai tenu ma langue ! Même Brutus n'a rien su, je lui ai dit que tu étais malade, que tu avais gardé le lit !

- Alors pourquoi ai-je eu un comité d'accueil à mon retour ? Et pourq... Oh !

Stupéfait, il dévisagea Hamilton, qui venait de penser à la même chose :

- La Princesse ! grinça Archibald. C'est cette vipère qui m'a dénoncé ! Elle a dû se rendre compte que j'avais récupéré le carnet, elle savait ce que je préparais !

Soulagé de voir la colère de son ami s'estomper, Hamilton prit place sur son lit et caressa machinalement Bastet :

- Ashbrow est venue me voir hier soir, il était assez tard, raconta-t-il d'un air sombre. Elle m'a demandé où tu étais passé. Je lui ai dit que je ne t'avais pas vu de la journée. Mais elle savait que je mentais. Elle m'a forcé à avouer la vérité et j'ai fini par lui montrer ta lettre. Elle est aussitôt entrée dans une colère noire. Je crois qu'ils avaient l'intention d'envoyer une brigade d'Aurors à ta recherche, mais Pinkerton était assuré de te voir revenir à Poudlard.

Archibald l'écouta, tout en faisant les cent pas.

- Bon sang ! s'exclama-t-il en abattant son poing dans la paume de sa main. Cette maudite princesse a rudement bien mené son coup !

- Tu... tu as trouvé quelque chose là-bas ? demanda Hamilton, plein d'espoir.

Archibald soupira et se laissa tomber à ses côtés.

- Rien. Mis à part l'aubépine de Merlin. Son Tombeau n'était pas dans la Forêt. J'ai cru que... J'ai dû me tromper quelque part. Et sans carnet, je n'ai plus de piste à suivre.

Archibald décida de garder pour lui les vertus magiques de la branche d'aubépine qu'il avait ramassé dans la clairière, et ne dit rien non plus sur sa rencontre avec Abernathy.

Il sentit juste la main d'Hamilton sur son épaule, compatissant : Archibald était revenu à Poudlard sain et sauf, et c'était tout ce qui comptait.


Voilà pour ce chapitre 10, j'espère que vous l'avez apprécié!

Et que ne craindrez pas à l'avenir d'aller vous aventurer dans la Forêt Interdite...

Le chapitre 11 sera posté le 20 juillet (déjà?) et la fin de ce premier livre se rapproche inexorablement. Je vous annoncerais très prochainement de l'agenda d'Archibald et aussi celui de Wylan Sharpe...

Un grand merci à tout les lecteurs de poursuivre cette aventure avec moi, ainsi qu'à toutes les personnes laissant un commentaire (je vous répondrais sous peu). Et que ne ferais-je sans AppleCherry Pie? Encore aujourd'hui, je me le demande!

Bon week-end ensoleillé!

Votre Citrouille