Fragilité, ton nom est Andy

J'avais déjà vu Dubois torse nu par le passé.

Parfois durant l'été, lui et les frères Weasley s'entraînaient ainsi, provoquant les gloussements d'un tas de filles venues spécialement pour l'occasion. Je détestais les entendre glapir comme des poules dans une bassecour.

Voir Dubois torse nu ne m'avais jamais marqué, et je n'y avais jamais prêté attention.

Pourtant, à présent, pour une raison inconnue et exaspérante, il m'était difficile de remarquer autre chose.

Mon regard dériva sur les muscles saillants de son torse avant de s'attarder sur ses larges épaules et sur ses bras puissants. Ses abdominaux diablement bien sculptés bougeaient au rythme de sa respiration, et j'en vins à souhaiter qu'il oubli juste comment respirer.

De mon côté, je n'étais moi-même pas très couverte. Mon corps était drapé d'un pull XXL qui m'arrivait à mi-cuisse et dont le décolleté desserré dénudait mon épaule. Ce choix de pyjama n'avait rien de suggestif, c'était simplement pour moi la tenue la plus confortable.

- Donc..., commença-t-il, calmant immédiatement mes hormones en folie tandis que j'arrachais mon regard à la contemplation de son corps pour le plonger dans ses yeux ambrés.

- Donc, répondis-je d'un ton sec.

Son regard se voila et ses lèvres s'étirèrent dans un sourire sardonique alors qu'il contemplait ses maigres espoirs d'instaurer entre nous un climat moins hostile, le temps de cette horrible nuit, fondre comme neige au soleil.

Je comptais bien faire en sorte que cette nuit soit pour lui un véritable enfer.

Un silence tendu remplit la pièce alors que nous nous tenions chacun de notre côté sans savoir combien de temps nous serions coincés dans cet endroit.

Après quelques secondes, j'entendis un discret bruissement et me retournai pour voir Dubois se laisser glisser le long du mur en pierre jusqu'à s'assoir sur le sol poussiéreux, les jambes étendues de tout leur long devant lui et sa tête reposant paresseusement contre la paroi humide dans son dos. Je le dévisageai, profondément irritée : pourquoi avait-il l'air aussi résigné ?

Peut-être que la porte n'était pas bien solide et que l'on pourrait l'enfoncer ? Peut-être que les charnières étaient en mauvais état ou la serrure défectueuse ?

- Qu'est-ce que tu fous ?

- D'après toi ?

- Tu végètes… ou autre chose de tout aussi productif, répondis-je sèchement.

- Ouais, ça y ressemble, concéda-t-il.

Je levais les yeux au ciel avant de rétorquer :

- Bien ! Dans ce cas, je chercherais moi-même un moyen de sortir d'ici.

Il renifla et ferma les yeux comme s'il essayait de chasser de son esprit le fait qu'il était coincé dans cet endroit lugubre avec moi :

- Inutile de te tracasser avec ça chérie, j'ai déjà vérifié.

- Et bien je vais vérifier une seconde fois, répliquai-je obstinément, tournant sur moi-même pour observer les lieux scrupuleusement. Et je ne suis la chérie de personne Dubois, encore moins la tienne.

Dans mon dos, je pouvais sentir la propagation d'un sourire lent et paresseux sur ses lèvres tandis que je continuais d'arpenter la pièce. L'endroit était exigu, bordé d'étagères sur lesquelles des seaux et des boîtes étaient entreposés. La seule ouverture sur l'extérieur était une petite fenêtre rectangulaire à quelques centimètres du plafond de laquelle filtraient les pâles rayons de la lune.

En soupirant, je commençai à inspecter les différentes boîtes et leur contenu à la recherche de quelque chose d'utile comme des épingles, ou autre chose pouvant servir à crocheter la serrure. Un marteau aurait également pu se montrer utile. Je poursuivis mes recherches durant les cinq minutes qui suivirent jusqu'à ce que la voix de Dubois ne m'interrompe :

- Tu penses pouvoir faire encore plus de bruit ? me demanda-t-il paresseusement, les yeux toujours fermés.

Mes yeux se plissèrent de rage face à ses sarcasmes, et je balayai d'un revers de la main une étagère, faisant tomber seaux et produits d'entretien qui s'écrasèrent sur le sol dans un tintement métallique assourdissant.

- Oops.

J'imaginais parfaitement derrière moi ses yeux assombris par la colère m'observer, mais je ne pris pas la peine de me retourner, trop occupée à me reculer des étagères pour détailler avec précision les objets qui nous entouraient. Visiblement, rien d'utile ne se trouvait à portée de main.

- Tu penses trouver la force au fond de toi de me filer un coup de main ? demandai-je en indiquant d'un mouvement de la tête les étagères supérieures.

- Merlin Wiles, j'ai déjà regardé et il n'y a rien, répondit-il, irrité, sans prendre la peine d'ouvrir les yeux.

On aurait pu le penser en pleine méditation.

- Qu'est-ce que tu fais de toute façon ?

- J'essaie de me vider la tête.

- Ça ne devrait pas être trop difficile, sifflai-je.

Les yeux toujours clos, il prit néanmoins le temps de m'adresser un sourire amer :

- Ton charme se fait de plus en plus renversant chaque jour qui passe.

Me tournant vers lui, je lui adressai un sourire faussement mielleux :

- Que veut-tu que je te dise ? Ta présence est un soleil qui révèle décidément un tas de facettes de ma personnalité.

Son sourire sardonique s'élargit davantage face à mon regard noir, mais préférant l'ignorer afin de préserver le peu de maîtrise qu'il me restait, je pivotai sur moi-même pour revenir à mon premier sujet d'inquiétude : trouver quelque chose sur ces étagères pouvant nous faire quitter cet enfer.

Je regrettais que Rusard ne soit pas un psychopathe en puissance, si ça avait été le cas alors peut-être aurais-je trouvé autre chose que des chiffons et des balais défraichis dans cet endroit.

Un peu plus haut au-dessus de ma tête, je vis briller sous les rayons albâtre de la lune une tige métallique qui dépassait d'un carton. Je me mis sur la pointe des pieds, tentant désespérément de m'en saisir, mais celle-ci resta hors de portée. D'un air renfrogné, j'évaluais la distance qui me séparait du précieux objet. Il n'était pas si haut, avec un escabeau, je pourrais l'attraper. Sauf que mon escabeau était à moitié endormi et devait dangereusement s'approcher de sa phase de sommeil paradoxale.

J'ouvris la bouche, prête à le secouer, mais fus surprise de constater qu'il avait rouvert les yeux depuis, semble-t-il, un petit moment. Le regard dans le vague on aurait cru…

Il paraissait observer...

Ses yeux semblaient détailler mes jambes !

Mais cela ne dura qu'un bref instant. Une microseconde après s'être rendu compte que je l'observais, ses yeux rencontrèrent les miens avec la même animosité que d'habitude :

- Quelque chose ne va pas ? demanda t-il d'une voix traînante en arquant un sourcil.

Et dire qu'il avait le culot de se moquer de moi.

- Je… non… oui, bafouillai-je, toujours troublée.

- Quoi ? me pressa-t-il sans se départir de sa confiance habituelle.

- Je…

Je voudrais savoir pourquoi tu mates mes jambes.

- Je n'arrive pas à atteindre…

Il fronça les sourcils, visiblement amusé :

- Tu n'arrives pas à atteindre… ? répéta-t-il en me faisant signe de la main de poursuivre.

- La boîte, terminai-je en sortant de ma torpeur. Je n'arrive pas à atteindre la boîte qui se trouve sur l'étagère du haut.

Son regard suivit la direction que je lui indiquais avant de se poser sur l'objet de ma convoitise.

- Et tu crois que moi j'y arriverai ? C'est à au moins dix pieds et demi Wiles, a-t-il souligné d'un ton dédaigneux.

- Ouais, mais tes six pieds seront toujours mieux que mes cinq pieds et six pouces et demi, alors lèves-toi !

- Tu mesure seulement cinq pieds et six pouces ? demanda-t-il d'une voix traînante et horriblement agaçante.

- Cinq pieds et six pouces et demi ! Et pour ton information, c'est plutôt grand pour une fille, lui répondis-je sèchement en le fusillant du regard. Allez debout !

Il soupira et roula des yeux avant d'enchaîner bâillements feints et étirements inutiles dans le but manifeste de jouer avec mes nerfs.

Je lui tournais délibérément le dos, supportant difficilement sa paresse.

- Pour que ton dossier soit à jour, sache que je fais six pieds et deux pouces, précisa-t-il d'un ton nonchalant après s'être finalement levé pour me rejoindre tout en se massant distraitement la nuque.

- Deux pouces ne font pas une grande différence, murmurai-je en agitant la main comme pour balayer ses propos inutiles.

- Ouais, ton demi-pouce est clairement plus important.

- Nous n'avons simplement pas les mêmes priorités, mais ça, ce n'est pas un scoop, répondis-je vaguement en remarquant qu'il continuait de pétrir sa nuque. Bon, il suffit de AGH ! Qu'est-ce que tu… ?!

Avant que je n'aie eu le temps de compléter ma pseudo phrase, Dubois avait posé ses mains de part et d'autre de ma taille et me hissait sur ses épaules.

- Je te soulève, à quoi ça ressemble d'après toi ? rétorqua-t-il comme s'il s'agissait de la réponse la plus évidente du monde.

- Je… oui j'avais remarqué, mais…

Il me décala sur ses épaules, donnant à notre position un côté terriblement affriolant. Sentant mon instabilité, il posa une main ferme dans le bas de mon dos afin de me faire garder l'équilibre tandis que l'autre était posée sur mon genou, provoquant un frisson qui me parcouru de la tête aux pieds.

- Quoi ? Tu avais une autre idée peut-être ? demanda-t-il alors que je luttais pour rester stable tout en ignorant le contact chaud de ses mains sur moi.

- Je t'imaginais plutôt à genoux par terre, et je me serais servis de ton dos comme d'un escabeau, avouais-je, mal à l'aise à cause de mon manque d'équilibre et de notre trop grande proximité. Mais je suppose que ça fera l'affaire.

- Un simple « merci » aurait été plus que suffisant je t'assure, murmura-t-il sarcastique en se déplaçant dans la pièce avec une telle aisance qu'on aurait pu croire qu'il n'avait pas une fille de cent vingt-cinq livres sur les épaules.

Je vacillais d'avant en arrière, trouvant ridicule d'être capable de gérer un plongeon en piquet à cinq cent pieds du sol sur mon balai, mais d'être déstabilisée par les six pieds… pardon, six pieds et deux pouces de hauteur de Dubois.

Je raffermis ma prise sur ses bras… peut-être un peu trop puisqu'il émit un sifflement de douleur et m'adressa un regard noir :

- Penses-tu que tu pourrais éviter de me lacérer la peau avec tes ongles ?

- Et toi, penses-tu pouvoir arrêter de bouger dans tous les sens ? rétorquai-je, vexée que mon sens de l'équilibre soit remis en doute.

- Je ne bouge pas dans tous les sens.

- Mais bien sûr, c'est la pièce qui bouge alors ? Pourquoi ne pas dire que c'est moi tant que tu y es ?

- A peine…

- Bon sang Dubois, tu vas me faire tomber avec ton mouvement de balancier !

- Tu es attrapeur Wiles, je pense que tu es capable de gérer la situation non ?

Je me raidis un peu sur ses épaules et mon regard se fit glacial. Sentant les muscles de Dubois se tendre, je compris qu'il réalisait son erreur :

- Tu veux dire ex attrapeur je suppose ?

Il eut au moins le mérite de ne pas répondre à ma question (qui n'en était pas vraiment une). De toute manière, il n'y avait rien à dire. Nous savions tous les deux que cela ne ferait que relancer une énième dispute entre nous et ce n'était pas ce dont nous avions besoin en ce moment.

Il se contenta de se racler la gorge avant de faire un vague signe de tête vers la fameuse boîte.

Elle semblait toujours hors de portée, mais ça valait la peine d'essayer.

Je tendis le bras autant que possible, mais malgré mes efforts, mes doigts en effleurèrent à peine la surface lisse.

Après une seconde tentative qui se révéla aussi infructueuse que la première, je demandai :

- Tu peux m'approcher plus ?

- Tu es aussi proche que possible Wiles.

Je poussai un soupir irrité. Cette maudite boîte était si proche. Je pouvais la toucher, il ne me manquait que quelques centimètres pour l'atteindre, et avec elle la possibilité de quitter ce trou. Hors de question que je laisse passer cette chance. Défiant définitivement les lois de la gravité, je pris appui sur les épaules de Dubois avec mes genoux. Les mains de Dubois se déplacèrent rapidement jusqu'à mes mollets dans une tentative de m'aider à garder l'équilibre…

Tentative qui échoua lamentablement.

Je tanguais dangereusement, mais refusais d'abandonner. J'essayais de contrôler le mouvement de balancier de mon corps en me rattrapant à l'une des étagères, mais je réussis seulement à faire tomber le bric-à -brac qui y était entreposé :

- Merde Wiles ! se plaignit Dubois dont le pied avait visiblement été percuté par un objet non identifié

- Désolée, je… merde !

- Putain… !

Il trébucha sur l'un des nombreux objets qui jonchaient à présent le sol, nous renversant tous les deux en arrière dans un concert de jurons et de membres enchevêtrés.

Quelque part entre le début de notre chute et l'instant où nous percutâmes le sol dur et rocailleux, Dubois parvint à me faire descendre de ses épaules et me tira précipitamment contre son torse. Nous nous effondrâmes lourdement et laissâmes échapper tous les deux un gémissement de douleur. Mon impact fut considérablement amoindri par le fait que le corps de Dubois avait amorti ma chute, récoltant au passage un coup de coude dans l'estomac (totalement accidentel je le jure !).

Pendant un moment, nous restâmes immobiles, à bout de souffle. Sous mon corps, je sentais la poitrine de Dubois se soulever au rythme de sa respiration frénétique tandis que son bras protecteur était drapé autour de ma taille, et que son souffle brûlait la peau de ma nuque

Je pouvais sentir ses lèvres à quelques millimètres de mon épaule. Un simple mouvement aurait suffi pour qu'elles rencontrent ma peau dénudée. Un frisson parcouru mon corps alors qu'une étrange vague de chaleur montait en moi

Au bout d'interminables secondes, un gémissement sourd gronda dans sa gorge, provoquant d'infimes vibrations qui se répercutèrent dans tout mon être.

- Wiles ? demanda-t-il d'une voix rauque près de mon oreille.

- Mmmm ?

Les caprices de mon corps continuaient de m'intriguer. Ma raison me hurlait de m'éloigner de lui comme s'il avait été la peste en personne. Malgré cela, aucun de mes muscles n'amorça le moindre mouvement.

- Pourrais-tu trouver un autre endroit pour ton coude s'il-te-plaît ?

- Oh… oui, désolée pour ton estomac.

Il grogna douloureusement derrière moi :

- C'est un peu plus au sud de mon estomac, chérie.

Les yeux exorbités, ma bouche s'ouvrit d'horreur alors que mon corps retrouvait sa mobilité. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je roulai sur le côté et m'éloignai précipitamment :

- Je ne voulais pas… ce… ce n'était pas…

- Intentionnel ? maugréa t-il, le visage crispé. Je ne suis pas sûr de pouvoir te croire.

Ne saisissant pas au vol sa tentative d'humour, je secouai la tête avec véhémence tout en protestant :

- Non, je te jure que non ! Je veux dire, en temps normal, ça aurait pu être intentionnel, mais cette fois, je t'assure que c'était un accident. Pour tout te dire, tu fais d'ailleurs un piètre oreiller humain Dubois, tu es bien trop dur.

...

Merde.

A cet instant, je n'avais qu'une envie : creuser un trou pour m'y terrer pour disons… les dix prochaines années. Cette envie irrépressible me prenait chaque fois que je me trouvais dans une situation gênante. Un peu comme maintenant en fait.

- Je ne voulais pas dire…

- Tu ne voulais pas dire quoi ? s'enquit la voix traînante de Dubois.

J'étais vraiment désolée de voir que, malgré la douleur lancinante dans son corps, il trouvait toujours l'énergie pour se moquer de moi.

Plissant les yeux d'irritation, je parvins à trouver le courage d'affronter son regard.

Pendant un court instant, je fus saisi par l'expression qu'il arborait. Je dois dire que c'était la première fois que je pouvais le contempler d'aussi près.

Il avait un font large sur lequel quelques mèches sombres tombaient négligemment. Sur chaque côté de sa bouche se dessinaient deux petites fossettes qui se creusaient davantage lorsqu'il souriait. Ses yeux sombres, que j'avais toujours crus de la couleur des noisettes automnales, tiraient en fait légèrement sur le vert suivant la lumière, et ainsi éclairés par les lueurs de la lune, on y distinguait de légers reflets dorés. Son regard brillait habituellement de colère ou d'exaspération chaque fois qu'il se posait sur moi, mais à cet instant, c'était différent… il semblait suggestif.

J'imaginai que c'était uniquement dû à ma dernière phrase, après tout, Dubois n'était qu'un homme, et tout le monde sait avec quoi la gente masculine pense en premier lieu. Aussi décidai-je de remettre les choses au clair :

- Ne sois pas lourd Dubois. Tu sais bien que je ne faisais pas référence à… tu sais quoi.

- Non, je ne sais pas en fait, grogna-t-il en massant son ventre douloureux. Tu veux bien développer ?

Croisant les bras sur ma poitrine, j'évitais à nouveau son regard tandis qu'il s'étirait pour dénouer ses muscles endoloris.

- Pas vraiment.

- Tu sais, que tu as le droit de me remercier pour t'avoir sauver la vie ?

- Inutile d'être aussi mélodramatique, dis-je en faisant un vague geste de la main pour balayer ses paroles.

Il se pencha en arrière jusqu'à se reposer sur ses avant-bras tout en m'observant en souriant :

- Tu es une vraie teigne Wiles. A croire qu'un simple « merci » t'égorgerait.

- Ce n'est pas comme si j'avais de quoi te remercier, mentis-je. Peut-être que ça vient aussi du fait que je n'ai jamais eu matière à te remercier par le passé.

Néanmoins, je devais bien reconnaître au fond (très très fond) de moi qu'il avait quand même souffert d'une chute accentuée par le fait qu'il avait largement amortit la mienne. Ce qui, en soi, était vraiment étonnant car par le passé, on ne pouvait pas dire qu'il avait fait preuve de prévoyance envers moi. Le souvenir des exercices et entraînements draconiens qu'il m'avait fait faire depuis qu'il avait été nommé capitaine me revinrent en mémoire, mais je décidai de ne pas laisser ces souvenirs amers s'insinuer en moi. Le fait est que ce soir, il avait été plutôt attentionné et il me faudrait bien le remercier à un moment ou à un autre.

- Bien, et que fais-tu de ce soir-là, à l'observatoire, quand j'ai réglé le télescope pour toi ? demanda-t-il en arquant un sourcil critique.

- Tu fais référence au soir où tu m'as qualifié de : petite princesse capricieuse dont la seule chance de revenir dans l'équipe était que je repasse les essais et que même dans ce cas, c'était peu probable ?

- Très bien, il leva les mains en signe d'apaisement. Touché.

- C'est ce que je pensais.

Las, il porta une main à sa nuque qu'il massa en grimaçant :

- Tu sais, je ne comprends vraiment pas pourquoi je tente de discuter avec toi.

- En toute honnêteté, moi non plus.

- Ce n'était pas un compliment Wiles, précisa-t-il en verrouillant son regard dans le mien. Ce que j'entends par là, c'est qu'il faut toujours que tu vois ce que je dis ou fais du mauvais côté.

- Ouais… c'est sûr qu'il est difficile pour moi de voir mon renvoi de l'équipe du bon côté.

Mon ton rageur acheva totalement Dubois qui jeta l'éponge :

- Passons ! Voir le tableau dans son ensemble n'est décidément pas ton point fort.

- Et la création d'une argumentation solide n'est clairement pas le tien.

Rejetant la tête en arrière, il poussa un long gémissement :

- Je t'ai dit d'oublier Wiles. Laisse tomber.

- Ouais, c'est tellement plus facile de dire ça quand on sait qu'on perd la main, reniflai-je.

- Très bien, quoi que ce soit : très bien.

- Donc, tu admets que…

- Wiles, me coupa t-il d'une voix dure. Laisse tomber.

Nous restâmes là, à nous regarder l'un l'autre sans qu'aucun de nous ne souhaite détourner les yeux au risque de s'avouer vaincu. Je me mordais la langue pour m'empêcher de parler, voyant que visiblement Dubois ne plaisantait pas en me demandant de lâcher l'affaire.

- Merci, murmura t-il en inclinant la tête de gauche à droite comme s'il essayait de desserrer un nœud invisible dans sa nuque.

- De rien.

Je l'observais de loin, pétrir les muscles de son cou pendant un moment, sachant qu'il me fallait toujours le remercier d'une façon ou d'une autre avant que cette nuit ne touche à sa fin. Si ça pouvait au passage lui rabattre son foutu clapet en prouvant que j'étais parfaitement capable de dire merci comme n'importe quel individu qui se respecte, alors ça ferait d'une pierre deux coups.

Pourtant, ça restait difficile. Je savais combien ma réaction était immature mais… eh bien il s'agissait de Dubois et cela rendait la situation encore plus compliquées.

- Qu'est-ce que tu as au cou ? Demandai-je, finalement impatiente de mettre fin au silence pesant qui nous entourait.

- Disons simplement que je n'ai pas très bien dormi ces derniers temps, expliqua-t-il en grimaçant tandis qu'il venait de palper un endroit particulièrement douloureux. J'ai dû organiser les essais, penser à de nouvelles stratégies maintenant que tu… eh bien…

Il se tut, sentant la conversation dériver en terrain miné :

- Je ne dors pas bien.

Il hoqueta de douleur une fois de plus et cette énième grimace acheva de me convaincre. Levant les yeux au ciel, je pris une profonde inspiration pour me donner le courage nécessaire et je vins me placer derrière lui :

- Bouge, murmurai-je en lui assénant une petite tape sur l'épaule avant de m'asseoir derrière lui.

Il sembla surpris au début, et je percevais les muscles de son corps se contracter de méfiance. Mais lorsque mes mains se posèrent doucement sur ses épaules et que j'appliquai une légère pression de mes paumes, il commença à se détendre lentement sous mes doigts.

Il n'avait pas exagéré quant à l'état catastrophique de son dos. Le nombre impressionnant de nœuds accumulés aux fil des jours en faisait une véritable épave.

Mon front se plissa de concentration lorsque je centrai mes mouvements sur son cou, mes doigts trouvant naturellement les points de pression. Un gémissement à peine audible s'échappa de ses lèvres. Un sourire satisfait se dessina sur mes lèvres :

- Et tu prétends que je ne sais pas dire « merci ».

Il pencha la tête sur le côté, dévoilant un peu plus sa nuque que je continuais d'explorer de mes doigts, détendant un à un ses muscles. Tout en me focalisant sur les points de tension que je connaissais, j'apaisai la douleur lancinante de son dos.

- Où as-tu appris à faire des massages aussi divins Wiles ?

- Ça n'a rien à voir avec un massage, répondis-je en continuant de palper son cou. Il suffit simplement de savoir où se trouvent les points de pression. Ma mère enseigne la biologie, donc je connais parfaitement le corps humain.

- Je ne peux que t'approuver sur ce point-là, approuva-t-il sans qu'aucun de nous ne relève la connotation sexuelle que je venais de sortir. Donc, ta mère est moldu ?

Un sourire sincère s'accrocha sur mon visage alors que l'image de ma mère s'insinuait peu à peu dans mon esprit. La même chevelure sombre et indisciplinée, la même attitude impétueuse, la même aversion pour les chaussures à talons hauts… une vision de moi avec vingt cinq ans de plus.

- Il n'y a pas plus moldu qu'elle.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Eh bien, commençai-je en laissant mes mains descendre sur ses épaules. Elle est complètement à côté de la plaque pour tout ce qui concerne la magie. Bien sûr, elle sait que je suis une sorcière et elle l'accepte parfaitement, mais elle a une vision de la vie tellement scientifique qu'elle est simplement incapable de comprendre notre monde.

Lentement Dubois hocha la tête tout en m'écoutant.

- Et ton père ? Il est moldu aussi ?

- Non, pas du tout, répondis-je en abandonnant ses épaules pour m'occuper plus sérieusement de son dos. Je crois qu'il vient d'une famille de sang pur mais je n'en sais pas plus.

-Tu crois ? répéta-t-il d'une voix sceptique. Tu ne souhaites pas en savoir davantage ?

- Je ne le vois pas souvent, admis-je.

Je m'étonnais moi-même de me sentir aussi à l'aise pour confier à Dubois mes problèmes familiaux.

- Lui et ma mère n'étaient pas ensemble depuis très longtemps quand elle est tombée enceinte. Ils sont restés ensemble quelques mois de plus et puis… eh bien j'imagine qu'ils en étaient arrivés au point de ne plus se supporter.

- Ça a dû être dur.

- Pas vraiment, j'étais toute petite quand c'est arrivé. Bien sûr, j'aurais aimé grandir dans une famille unie avec mes deux parents sous le même toit, mais je n'ai rien connu d'autre. Et puis j'adore ma belle-mère. Je la vois plus souvent que mon propre père. Elle est le genre à prôner les valeurs de la famille et tout le reste. Je crois que si elle m'aime autant, c'est aussi parce qu'après la naissance de mon demi-frère, elle n'a pas pu avoir d'autres enfants. Elle aime prétendre que je suis un peu la fille qu'elle n'a jamais eue, expliquai-je.

Il hocha la tête lentement et s'apprêtait à dire quelque chose, mais un sifflement aigu le coupa dans son élan lorsque mes doigts tombèrent sur un nerf pincé.

- Par Merlin Dubois; est-ce que tu dors au moins dans un lit ?

- Un lit ? Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il d'un ton pince-sans-rire.

Me sentant soudain d'humeur maternelle, je continuais de masser le dos de Dubois, mes mains poursuivant leur chemin sous ses omoplates.

- Il faut vraiment que tu retrouves ton lit Dubois, ton dos est une épave.

- J'en sais rien, peut-être qu'il me suffirait d'être un peu plus souvent gentil avec toi, comme ça, tu deviendrais ma masseuse personnelle, proposa-t-il d'une voix traînante.

Je n'avais pas besoin de le voir pour deviner le sourire satisfait qu'il affichait.

- A ta place, je ne compterais pas là-dessus, lui répondis-je en augmentant la pression de mes doigts. Et puis, il y a une faille dans ton plan : le fait de te montre gentil.

- Oh, allez Wiles, je sais être sympa avec toi.

Je manquai de m'étouffer avec ma propre salive.

- Tu plaisantes non ?

-Non, je suis sérieux, affirma-t-il, indigné, en pivotant pour me faire face. Il y a eu un tas de moments où je me suis montré gentil avec toi.

Abandonnant définitivement son dos, je croisai les bras sur ma poitrine :

- Nommes-en un.

- Eh bien, a-t-il commencé avant de perdre une partie de son assurance. Il… je veux dire… il y a eu ce moment où… ou pas en fait. Attends une seconde…

- C'est ce que je pensais.

- Attends, tu m'as pris de cours, se défendit-il. Laisse-moi réfléchir.

Il fronça les sourcils d'un air pensif tandis que je l'observais, masquant difficilement ma satisfaction. Soudain, son regard s'illumina et il m'adressa un sourire triomphant :

- La troisième année.

Arquant un sourcil incrédule, je demandai :

- La troisième année ? Tu as dû remonter jusque-là pour te souvenir de la dernière et sans doute unique fois où tu as été sympa avec moi ? Ça ne te parait pas un peu désespérant ?

- Ce n'est pas la dernière fois où j'ai été sympa avec toi Wiles, c'est simplement le premier souvenir qui me sois revenu, rétorqua Dubois, légèrement irrité.

- Très bien, et qu'est-ce qu'il s'est passé en troisième année ?

Son sourire réapparu dans la seconde :

- Je t'ai aidé à te relever.

- Tu m'as aidé à me relever ? répétai-je confuse.

- Je t'ai aidé à te relever, opina-t-il.

- Je ne te suis pas là.

- J'étais en troisième année et toi en deuxième, et c'était notre premier entraînement de Quidditch. Tu étais le nouvel attrapeur de l'équipe, et tout en incarnant la grâce même et avec toute l'allégresse dont tu étais capable, tu es tombée sur les fesses au bout de cinq minutes. Et bien sûr, en parfait gentleman, je…

- Tu m'as tendu la main et m'a aidé à me relever, ai-je conclu en me rappelant vaguement le fameux moment auquel il faisait référence. Dubois, on ne se connaissait même pas.

- Exactement, acquiesça t-il. J'ignorais quel genre de vache bornée tu étais à ce moment-là.

- Ha ha, très drôle, grognai-je, énervée. Je suis pleine de surprises.

Dubois renifla et étouffa un rire en se mordant la lèvre inférieure. Son regard avait un petit quelque chose de condescendant qui m'intrigua :

- Quoi ?

Il reporta son attention sur moi, ses yeux brillants d'amusement comme s'il venait d'entendre une blague qu'il aurait été le seul à comprendre :

- Eh bien, commença t-il. C'est simplement que tu es l'une des personnes les plus prévisibles que je connaisse.

- Comment ça je suis prévisible ?

- Je veux bien te le dire, mais tu vas te fâcher.

- Non je ne me fâcherais pas, rétorquai-je alors que l'irritation montait de plus en plus en moi face à son ton si confiant.

- Laisse tomber Wiles, oublie.

- Non j'insiste. En quoi suis-je prévisible ?

Je savais intérieurement que rien de bon ne sortirait de cette conversation, mais ma curiosité, définitivement attisée, avait besoin d'être assouvie.

- Eh bien, tout d'abord, tu ne laisse rien passer, commença t-il en observant du coin de l'œil ma réaction.

Je m'apprêtais à rétorquer, mais je parvins à me retenir de justesse, contrôlant difficilement mon agacement.

- Ensuite, tu veux toujours avoir le dernier mot, a-t-il poursuivit en jubilant de me voir aussi excédée. Tu es aussi très facile à énerver dès l'instant que l'on sait quels sujets aborder.

- Quoi ?! Non ce n'est pas vrai, je…

- Viper a une meilleure feinte de Brislow que toi

- Tu te fous de moi ?! J'écrase ce sale petit merdeux dès que…

Immédiatement, les lèvres de Dubois se courbèrent en un sourire satisfait tout en arquant un sourcil moqueur.

Je pinçai mes lèvres de colère et pris une profonde inspiration pour me donner une certaine contenance. Je n'aimais définitivement pas ce petit jeu qui semblait tant distraire mon interlocuteur. Me raclant la gorge, j'essayais de garder mon sang froid lorsque, d'une voix exagérément polie, je répondis :

- Ce que je voulais dire, c'est que je ne suis pas d'accord avec ton raisonnement.

- Oui, bien sûr.

- De manière passive évidement.

- Évidement.

- Ouais.

- Alors c'est super.

- Mm-hmm

- Tu ne cherches pas à avoir le dernier mot par hasard ? demanda t-il, franchement amusé par la situation.

Je sentis un frisson indigné me parcourir le corps, hérissant au passage les poils de mes avant-bras :

- Je clos simplement cette discussion.

- Appelle ça comme tu veux.

Je dû me mordre la langue pour m'empêcher de rajouter quelque chose.

Après un bref silence, je repris :

- Alors c'est tout ? Parce que tu n'as strictement rien prouvé.

Son sourire s'accentua et il me scruta intensément :

- Eh bien, je sais que, pour une raison inconnue, tu es incapable d'accepter un compliment.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr que je suis capable d'accepter un compliment.

- Oh vraiment ?

- Vraiment.

- Tu as de très jolis yeux Wiles.

Dans l'instant, mon corps montra son mécontentement par un frisson désagréable qui n'échappa pas à Dubois dont le sourire satisfait commençait sérieusement à me taper sur le système.

- Je t'arrête tout de suite Dubois, je n'accepte que les compliments sincères.

- Qui a dit que je ne l'étais pas ?

Je lui jetai un regard noir qu'il se contenta d'ignorer alors qu'un nouvel exemple de ma prévisibilité lui revint à l'esprit :

- Oh ! Et quand tu es en colère, tu fais ce truc étrange avec ta bouche… je ne saurais pas le décrire mais… en fait tu le fais en ce moment même.

- Sans blague, marmonnai-je.

- Et tu n'as aucun sens de l'humour. Il faut toujours que tu prennes tout au premier degré. J'ai perdu le compte du nombre de fois où tu as explosé dans une colère noire alors que j'étais simplement en train de plaisanter, ajouta-t-il dans son élan, nullement préoccupé par le fait que je faisais craquer les phalanges de mes mains dans un sinistre bruit.

- Un reflet direct de l'humour horripilant qui te caractérise tant j'imagine.

- Et tu es toujours sarcastique, je suis pratiquement capable de prévoir chacune de tes réponses en ce moment même.

Sa condescendance, son petit air supérieur de Monsieur-je-te-connais-mieux-que-ta-propre-mère, m'horripilais tant et si bien que je retenais à grande peine mon poing de venir s'encastrer dans son joli minois.

- Oh, et tu es toujours d'une humeur massacrante le matin.

- Comment peux-tu savoir que…

- Et je ne te parle même pas de ton jeu sur le terrain, m'interrompit-il . Je peux prévoir chacun de tes mouvements Wiles.

Mon corps entier se crispa de rage. Lorsqu'il était encore mon capitaine, il pouvait se permettre d'émettre des critiques constructives à mon égard (bien qu'elles ne le soient jamais). Mais à présent qu'il m'avait gracieusement renvoyée, il n'avait plus aucun droit de venir me balancer ce genre de réflexion au visage. J'étais peut être un peu susceptible, mais le Quidditch était un sujet tabou en ce qui me concernait. Qualifier le jeu d'un joueur de prévisible était sans aucun doute la pire insulte qui soit.

- Ce n'est pas forcément le cas pour des autres joueurs. Mais dans mon cas, je lis dans ton jeu comme dans un livre ouvert, expliqua-t-il d'un ton désinvolte, ignorant totalement la foudre qui s'apprêtait à s'abattre sur lui s'il n'arrêtait pas immédiatement son monologue. Après quatre années à jouer dans la même équipe, tes manœuvres sont devenues faciles à deviner. Ton jeu peut se résumer en une phrase : risques élevés pour peu de résultats.

- Ouais, il est clair que mes manœuvres nous ont rarement fait gagner, crachai-je de colère.

- Oh, non, non Wiles, ne te méprend pas, me corrigea-t-il rapidement en levant les paumes de ses mains en signe d'apaisement. Je reconnais que tu nous as souvent sortis de situations délicates,… bien que j'ignore comment en tout honnêteté.

Je manquai de m'étouffer de rire. Il plaisantait là ? J'avais quelques réponses en réserve pouvant expliquer comment Diable je nous avais fait gagner un nombre impressionnant de matches au cours des dernières années. A commencer par mon talent ! Sans parler de mes compétences, ni encore des entraînements et des efforts que j'avais fournis depuis mon entrée dans l'équipe. Mais est-ce que Dubois, dans son arrogance, était capable de reconnaître ça ? La bonne blague !

- C'est étonnant que je m'en sorte toujours, n'est-ce pas ?

Il hocha vaguement la tête en signe d'accord, toujours pensif, n'ayant clairement pas saisi le sarcasme de mon commentaire.

- Tu te lance toujours dans des figures abracadabrantes et extrêmement risquées, et tu t'en tires toujours. Avoir autant de chance est assez inouï je trouve.

Il continuait de parler, ayant visiblement oublié le fait que je me tenais à côté de lui, dotée d'un cerveau et de deux oreilles parfaitement fonctionnelles, et que j'entendais chacune de ses paroles.

Avait-il vraiment qualifié mon talent de simple chance ? Est-ce qu'il avait la moindre idée du nombre d'heures que je consacrais en dehors du terrain à perfectionner ces techniques abracadabrantes ?

Tous les soirs, mes muscles hurlaient littéralement de douleur. Il m'avait fallu une quantité astronomique d'énergie, de sueur, de persévérance et de sang pour arriver à maîtriser ce qu'il considérait comme un simple coup de chance !

- Mais ce que je veux dire, c'est que même en dehors du terrain si on s'en tient aux entraînements, même là tu es prévisible, poursuivit-il. Tu arrives toujours avec cinq minutes de retard. Tu attaches tes cheveux pendant que j'explique les exercices à effectuer comme ça tu ne m'écoutes pas en pensant que je ne m'en rends pas compte. Et le plus dingue, c'est que même pendant les réunions stratégiques, il faut que tu trouves à un moment ou à un autre le moyen de me contredire juste pour me faire chier…

J'étais en train de bouillir de l'intérieur. Je rêvais ou il était en train de se victimiser alors que, depuis vingt minutes, il m'insultait littéralement sans le moindre respect ?

Ce sale petit veracrasse nous imposait des entraînements à six heures du matin, étés comme hivers, parce que soi-disant aucun espion à la solde des équipes adverses ne viendrait nous observer à une heure pareille. Il ne faisait preuve d'aucune pitié pour son équipe, et même pendant les examens, alors que nous enchaînions les cours et les devoirs, il n'hésitait pas à organiser ses stupides réunions stratégiques avant même que les premiers rayons du soleil n'aient percés !

- En conclusion, que ce soit avec moi, tes amis ou sur le terrain, tu es tout ce qu'il y a de plus prévisible Wiles. Je peux lire en toi comme dans un livre ouvert, se moqua-t-il. En fait, je te défi de faire quelque chose d'impré…

J'ignore ce qui venait de se rompre en moi. Peut-être était-ce son amusement combiné à la colère que j'avais refoulée ces derniers jours qui avaient provoqué un véritable cataclysme émotionnel. Toujours est-il qu'avant que Dubois ne finisse sa phrase, ma main entrait en collision avec sa joue, stoppant définitivement son argumentation.

- Et ça ? Tu l'avais prévu ? crachai-je en laissant ma rage trop longtemps contenue déferler en moi.

Rapidement, je me relevais pour m'éloigner au maximum de Dubois qui, de son côté, était toujours assit par terre, ne réalisant pas tout de suite ce qui venait d'arriver.

- Putain Wiles !

Il se releva vivement, et malgré l'obscurité qui nous entourait, je pouvais discerner ses yeux noirs de colère.

- Qu'est-ce qui te prend bon sang ?!

- Parce qu'il faut vraiment que je te réponde ? demandai-je vivement, choquée qu'il ose poser cette question. Tu es assis là, en train de passer chaque facette de ma personnalité au peigne fin en disant que je suis irrationnelle, immature, sans aucun sens de l'humour, une garce irresponsable et frivole, obtuse, avec un caractère de merde, et une joueuse de Quidditch tristement prévisible ce qui, soit-dit en passant, est la pire insulte que l'on puisse dire à un attrapeur. En fait, tu fais ce que tu as l'habitude de faire à mon égard.

- Et qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en frottant toujours sa joue qui avait pris une teinte rouge vif.

- Tu me rabaisses, répondis-je froidement. Pendant les entraînements, les matches, ou même pendant une simple conversation, tu trouves toujours le moyen de transformer mon travail ou mon mérite en quelque chose aussi insignifiant que de la « chance » par exemple.

Reconnaissant l'usage de ses propres mots, son visage se voila et il secoua rapidement la tête :

- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, je…

- Ce n'est pas la première fois Dubois, l'interrompis-je. Tu fais ça tout le temps, s'en est presque prévisible. Tu sais prévisible ? Ton nouveau mot préféré ? En fait, peut-être serait-il temps de t'analyser à ton tour pour que tu découvres à quel point tu es toi-même prévisible.

- Wiles…

- N'essayes même pas de m'interrompre Dubois ! le menaçai-je. C'est mon tour maintenant.

Il sembla hésiter, non confiant de la suite des événements. Et il n'avait encore rien vu.

- Chacune des piques que tu m'envoie sitôt qu'on se retrouve dans la même pièce est prévisible. Chacune de tes critiques est prévisible. Tu passes ta vie à vouloir contrôler tout et tout le monde.

Il fronça les sourcils, mais resta silencieux. Je crois que de toute façon j'étais tellement hors de moi à cet instant que rien ni personne n'aurait pu m'arrêter.

- Tu es obsédé par tes stratégies et ton plan de jeu. Tu ne supportes pas l'idée même qu'on s'en écarte quand bien même ça serait pour le bien de l'équipe. Tu refuses de reconnaître le mérite des autres s'ils ne s'en tiennent pas à tes petits plans que tu passes tes soirées à concocter puisque, visiblement, tu n'as rien de mieux à faire pour occuper ton temps.

-Wiles.

- Et tu sais quoi ? Ce petit jeu ne prend pas avec moi parce que contrairement à toi, je prends des risques ! Ce n'est peut-être pas toujours payant, mais au moins ma vie est bien plus trépidante que la tienne ! Et si tu crois que je n'ai pas remarqué à quel point tu me hais chaque fois que j'attrape le vif d'or d'une manière qui n'est pas gentiment gravé dans ton putain de carnet, c'est que tu es encore plus con que je ne le pensais, mais ça, ce n'est pas une nouveauté.

Ses yeux, plus sombres que d'habitude, rencontrèrent les miens, et nous restâmes là, à nous défier du regard durant d'interminables secondes. Les muscles de sa mâchoire se contractèrent, et je l'imaginais parfaitement en train de réduire sa langue en charpie à force de la mordre.

- As-tu fini ?

- Non ! m'écriai-je sans vraiment savoir ce que j'allais dire à présent. En fait, je suis loin d'avoir fini. Tu te prends trop au sérieux Dubois, et tu te donnes beaucoup trop d'importance. Tu traites les gens qui t'entourent avec beaucoup moins de respect qu'ils ne le méritent. Tu crois qu'en te montrant tyrannique et despotique, tu te comportes comme un vrai capitaine, mais c'est loin d'être le cas ! Tu veux que je te dise ? Un jour, quelque chose va t'arriver et tu n'auras aucun contrôle dessus, tu ne pourras pas t'en débarrasser d'un simple coup de pied et ce jour-là, tu comprendras que la vie n'est pas « le monde selon Olivier Dubois ».

La tension entre nous était à son comble, et l'air qui nous entourait était lourd et chargé d'amertume. Il n'y avait aucun bruit en dehors de ma respiration saccadée, et dans la pénombre, Dubois restait immobile. Le seul mouvement perceptible était celui de sa pomme d'Adam qui montait et descendait tandis qu'il avalait difficilement sa salive en même temps que mes paroles.

L'intensité qui régnait dans cette pièce était si forte et enivrante qu'il était difficile de ne pas se laisser aspirer par elle malgré notre mal-être.

Les yeux de Dubois, incandescents alors qu'il continuait de m'observer, brillaient d'un feu que je ne lui connaissais pas. Cela aurait pu s'apparenter aux flammes de sa colère contre moi, mais pour une raison inconnue, je devinais qu'il n'y avait pas que ça. Derrière ses prunelles sombres se cachait un autre sentiment indéfinissable. Il semblait plus… je ne sais pas. Simplement plus.

- Donc en conclusion Dubois, je crois pouvoir affirmer que tu es plus que prévisible, réussis-je à dire malgré le nœud qui s'était formé au fond de ma gorge. En fait, je te défis de faire quelque chose d'imprévisible, terminai-je en reprenant mot pour mot les paroles qu'il avait eu à mon encontre quelques instants plus tôt.

La vague de satisfaction qui me gagna lorsque j'achevais ma litanie était si forte que je pouvais presque la sentir déferler dans mes veines, se mêlant à mon sang pour arriver jusqu'à mon cœur.

Je continuai de dévisager Dubois en me demandant pourquoi il paraissait si troublé tout à coup. Après tout, je n'avais fait que reprendre ses propres paroles pour les lui renvoyer à la figure. Pourtant, il semblerait que j'ai touché un point sensible chez le jeune gardien, ce qui l'avait visiblement atteint plus que prévu.

Qu'est-ce qui n'allait pas ?

Il m'avait insulté sans la moindre considération pour moi ou mes sentiments, je m'étais juste contenté de faire la même chose, mais au lieu de me complaire dans le sentiment d'autosatisfaction qui m'avait dans un premier temps gagné, la culpabilité commença à poindre petit à petit avant de s'insinuer définitivement dans mon être.

Les montagnes russes émotionnelles dont j'étais victime depuis mon entrée dans ce placard m'avaient littéralement épuisée.

J'en avais plus qu'assez.

Après un moment qui sembla durer une éternité, il baissa le regard. Ses lèvres s'entrouvrirent et je cru pendant un instant qu'il allait dire quelque chose, mais il se ravisa rapidement. Étonnée par son brusque revirement de comportement, je m'apprêtais à lui demander ce qui lui prenait, mais il m'interrompit :

- Chut.

Il leva la main vers moi, m'intimant de garder le silence. Plissant les yeux, ma curiosité fut pourtant vite satisfaite :

-… ma douce, tu as trouvé l'une de ces bandes de mécréants n'est-ce pas ? Les étudiants de cette école ne sont que de la vermine Miss Teigne. De sales garnements avec lesquels je compte bien m'amuser à ma façon…

Un hoquet de stupeur m'échappa lorsque la voix reconnaissable de notre détraqué de concierge me parvint. Une puissante vague d'adrénaline s'abattit sur moi à l'idée que le sadique cracmol allait nous permettre de sortir de cet enfer.

- MERCI MERLIN, hmmphf!

Pour ce qui devait être la soixante quinzième fois de la soirée, je fusillai du regard Dubois dont la main venait de s'abattre fermement sur ma bouche pour étouffer le cri retentissant qui s'en échappait :

- Tu es dingue ou quoi ? Si Rusard nous trouve, on sera en retenue pour un mois au minimum, siffla t-il contre mon oreille.

D'un brusque mouvement de la tête, je réussis à libérer ma bouche de sa main et grondai :

- Au point où on en ait, ça ressemble au paradis comparé à une nuit entière avec toi.

Rejetant la tête en arrière, je pris une profonde inspiration, prête à m'époumoner jusqu'à ce que Rusard nous trouve, mais de nouveau, la main rugueuse de Dubois se plaqua contre mes lèvres, étouffant au fin fond de ma gorge mon cri d'alerte.

Cette fois, sa main resta fermement fixée sur ma bouche avec bien plus de vigueur alors que de sa main libre, il me tirait vivement contre lui, bloquant de ce fait les mouvements violents auxquels je comptais avoir recourt pour me libérer.

- Merde Wiles, tu ne comprends pas ? gronda t-il d'une voix basse mais non moins chargée de fureur. Je ne peux pas me coltiner un mois de retenue. Si ça arrive, je ne pourrais pas jouer le match contre Serpentards, et on aura aucune chance de les…

Avant qu'il n'ai eu le temps d'achever sa phrase, je lui assénais un coup de coude dans les côtes avec juste assez de force pour lui faire lâcher prise.

Au fond, je savais bien que c'était égoïste. Il n'avait pas tort en disant qu'il ne pourrait pas jouer contre Serpentard et quelles lourdes conséquences cela entraînerait pour l'équipe et notre maison. Mais à l'heure actuelle, je m'en contrefoutais ! Tout ce qui comptait pour moi était de sortir de ce placard de malheur.

- A L'AIDE ! ON…

Une fois de plus, avant que je ne puisse laisser ma voix gagner des sommets insoupçonnés, Dubois saisit mon poignet et m'attira fermement en arrière jusqu'à ce que mon dos s'écrase contre sa poitrine.

- Andy, tais-toi ! chuchota t-il sévèrement en me gardant pressée contre lui.

Il tenta de nouveau de me réduire au silence, mais j'esquivai sa main et m'écriai :

- ICI !

Saisissant mon menton, il fit basculer mon visage sur le côté jusqu'à ce que je rencontre son regard menaçant. Ce brusque mouvement me coupa dans mon élan. J'étais si surprise que je gardais le silence durant un court instant. Nos visages étaient dangereusement proches. Bien plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été. Encore plus proches que le jour où nous nous étions battus dans mon dortoir. Cette soudaine proximité fit s'accélérer les battements de mon cœur de manière inquiétante.

- Wiles…

- Si tu crois que je vais me taire, tu te mets ta baguette dans l'œil Dubois, le prévins-je. Je n'ai pas l'intention de rester une minute de plus ici !

Son regard vacilla légèrement avant de se replonger dans le mien :

-C'est bien au-dessus de toi et moi Andy. Je n'ai pas le temps de trouver un autre gardien, et le match a lieu la semaine prochaine.

J'étais sans doute égoïste et puérile, mais si nous en étions là, c'était entièrement de sa faute. Il méritait de payer pour ce qu'il m'avait fait :

- Je suis sûre qu'ils s'en sortiront sans toi Dubois.

Gonflant mes poumons, je repris avec une force inédite ma lutte pour me défaire de l'étreinte de fer de Dubois qui, de son côté, ne lâchait rien. Tous mes mouvements étaient contrés. Difficilement, certes, mais contrés tout de même. Au milieu de ce combat acharné, je croisais son regard.

Impulsif.

Dangereux.

- Tu sais quoi Wiles ? siffla t-il, livide, son visage si proche du mien que je pouvais sentir son haleine fraîche sur ma peau. Tu veux quelque chose d'imprévisible ?

En moi, sa menace résonna dangereusement. Sa fureur était telle que nous venions d'atteindre le point de non-retour.

- Et bien tu l'auras voulu.

Et tout aussi rapidement que ses mains encadrèrent mon visage, il plongea et ses lèvres capturèrent les miennes.


Je sais je sais ! C'est sadique n'est ce pas? Je vais vous laisser reprendre votre souffle et vous torturer un peu avant de poster la suite (en fait je vais surtout attendre de finir la traduction du chapitre 16 pour garder un peu d'avance sur vous...)

Sinon j'espère que ce chapitre (bien plus long que les autres) vous auras comblés. Moi je crois que ce fut pour l'heure celui que j'ai préféré traduire (en comptant le chapitre prochain mais vous vous doutez pourquoi).

Je tenais à remercier tous ceux qui on prit le temps de commenter cette fiction et de l'ajouter à leurs favoris et alertes.

Lilly Jolie : tes reviews m'ont vraiment touchés et bien fait rire. Alors je te dédicace tout spécialement ce chapitre. A la base je comptais poster le week end prochain mais j'ai eu pitié devant ton insistance (mais on ne m'y prendra plus ! )

R-J ; Rosie ; Angela ; Dilia : merci à vous 4 de me suivre et d'avoir pris le temps de commenter. J'espère que la suite des aventures de Andy vous plairont.

8Ginny8 : Merci pour tes compliments et pour cette review pleine de bonne humeur.

Merci à tous ce suivre avec tant d'attention Andy dans ses aventures. Je vous embrasse et vous dit à bientôt !

Votre délicieusement sucrée, douce et gourmande Minichoukette.