Chapitre 10
Le rebond de son corps sur mon matelas m'éveilla en sursaut. A cause d'un vieux reflex, ma main chercha machinalement mon arc.
- Doucement, ce n'est que moi, murmura-t-il d'une voix fatiguée.
Je le voyais mal dans la demi-clarté du petit jour mais l'odeur omniprésente de pain frais et de cannelle suffit à calmer l'affolement de mon cœur.
- Tu as besoin d'une douche, grognai-je en distinguant les traces blanches de farine qui couvrait son visage à quelques centimètres du mien.
En guise de réponse, il approcha son visage plus près et frotta sa joue contre la mienne.
- Voilà, comme ça, on est deux.
Je ris doucement.
- Viens-là, sois gentille, je suis épuisé, chuchota-t-il en m'ouvrant ses bras.
J'allais m'y lover. Il n'avait même pas pris la peine de se déshabiller, le contact de sa chemise enfarinée me dérangea. Je voulais sa peau, j'attendais le moment d'être contre lui depuis qu'il m'avait quittée un peu après minuit pour aller boulanger. Mes doigts déboutonnèrent maladroitement le vêtement, ensuite j'en écartais les pans pour les laisser courir sur son torse et son ventre nus. J'enfuis mon visage dans son cou pour inspirer l'odeur de sa peau mélangée à celle du feu de bois et d'une pointe de cannelle. Un soupire de plaisir s'échappa simultanément de nos lèvres.
- Quelle heure est-il ?
- Aux alentours de 5 heures du matin, répondit-il la voix lasse.
Dans un peu moins de deux heures, il se relèverait, et après une douche rapide, il irait vendre le pain qu'il avait cuit la nuit durant comme il l'avait fait chaque jour depuis qu'il avait rouvert la boulangerie de ses parents. C'est à peine si je le croisai depuis ces trois dernières semaines et si nous n'avions pas partagé le même lit pour les brèves heures de sommeil qu'il s'accordait, j'en aurais été réduite à aller acheter mon pain pour pouvoir lui adresser la parole.
Il y avait pourtant de nombreux mots que j'aurai souhaité lui dire… Peeta me connaissait mieux que personne et il n'avait donc jamais essayé de forcer mes confidences. De mon côté, j'avais bien des difficultés à réunir le courage nécessaire pour lui parler de ce que je ressentais et les brefs moments que nous partagions n'étaient propices à aucune forme de confession.
Nous étions réellement revenus à la case départ de notre relation ambigüe. Notre plus grand problème étant que je n'arrivai à prendre aucune initiative et que de son côté Peeta ne semblait vouloir en prendre aucune.
- Tu travailles trop. Tu vas te rendre malade, dis-je dans une tentative maladroite de lui faire comprendre que j'avais besoin de sa présence plus qu'il ne le pensait.
Je sentis sa respiration se bloquer. Il avait compris. Même après plusieurs mois de séparation et dans les pires moments de la rébellion, je n'avais jamais réussi à lui dire qu'il m'avait manqué.
- Je vais trouver quelqu'un pour m'aider à faire tourner la boulangerie, promit-il.
Sa bouche chercha la mienne. Je priais de toute mon âme pour qu'il fasse un pas vers moi, mais ses lèvres ne firent qu'effleurer les miennes, comme par erreur, avant de se poser au coin de ma bouche et de se détourner. Il m'aurait suffi de tourner légèrement la tête pour l'embrasser, mais je n'en avais rien fait. Je l'avais pourtant embrassé des dizaines de fois, mais le faire ici, dans mon lit, c'était m'offrir à lui, c'était lui dire que je l'aimais avec sincérité et sans la protection que m'avait toujours offerte notre comédie amoureuse.
Un moment passa où je ne pus me rendormir, obsédée par l'idée de l'embrasser. Agacée de ne pouvoir trouver le sommeil, je redressai légèrement la tête et dans un élan de courage, je posai ma bouche sur la sienne. C'était délicat et délicieux. Ses lèvres étaient chaudes contre les miennes. Il n'eut aucune réaction. J'écoutais sa respiration régulière, la bouche toujours posée sur la sienne. Exténué, il s'était endormi. Je me laissai retomber sur le matelas, dépitée.
OoOoOoO
Lorsque je me réveillais le lendemain matin, la place à côté de moi dans le lit était froide depuis longtemps. Seul le linge sale dans le panier de la salle de bain témoignait du passage de Peeta ici cette nuit. Je me surpris à respirer l'odeur de sa chemise avant de la reposer brutalement dans le panier. Je devenais ridicule. Je passai sous la douche en me traitant d'idiote.
Sur la table de la cuisine, une tasse de café fumante préparée par Sae m'attendait à côté de deux petits pains au fromage emballés dans du papier kraft. Je les déballais et je m'apprêtais à les beurrer quand quelques mots écrits sur le papier attirèrent mon attention « Toi aussi, tu me manques. P. » Peeta avait donc compris ma déclaration maladroite de cette nuit. Je rougis malgré moi et je cachais le papier dans la poche de ma robe avant que Sae qui était au jardin ne revienne.
- Il faut traire la chèvre et les fraises seront gâtées si on ne les cueille pas rapidement, m'annonça-t-elle en guise de bonjour.
- Bien, répondis-je trop perturbée pour protester.
- J'ai croisé Peeta ce matin…
Sa phrase sonnait comme une accusation.
- Ah, oui ?
Je feignis l'innocence et bu une gorgée de café pour me donner de la contenance.
- Il a dit qu'il ferait des tartes avec les fraises si tu lui apportais…
- Parfait !
Je quittais la pièce avant qu'elle ne se lance dans une diatribe contre la présence de Peeta dans mon lit. Je sentais que cela la chatouillait de me dire sa façon de penser sur nos activités nocturnes.
OoOoOoO
Je poussais la porte de la boulangerie. Malgré l'annonce du carillon signalant la présence d'un client, la boutique était vide.
- Peeta ?
Aucune réponse.
Je posai le panier de fraises sur le comptoir et me dirigeait vers l'arrière-boutique et l'atelier.
- Peeta, tu es là ?
Je m'engageai à tâtons dans la pénombre de l'arrière-boutique. Un sentiment de panique s'empara peu à peu de moi. Cela ne ressemblait pas à Peeta d'abandonner sa boutique sans même prendre le temps de fermer la porte, et s'il lui était arrivé quelque chose ? Mon pied butta sur une forme molle et je poussai un cri d'effroi.
- Humph, protesta une voix pâteuse.
- Peeta ?!
- Katniss ?
- Mais qu'est-ce que tu fabriques ?
- Je… Je crois que je me suis … endormi…
Mes yeux s'étaient habitués à la pénombre désormais et je le distinguais mieux, allongé sur le sol, la tête appuyée sur un sac de farine.
- Je voulais juste me reposer quelques minutes, je pensais que le carillon me réveillerai, soupira-t-il en passant une main sur son visage fatigué.
- Tu ne peux pas continuer à faire tourner la boulangerie seul, c'est trop fatiguant, tu dors à peine quelques heures par nuit !
- Que veux-tu que je fasse ?! J'ai besoin de ça, Katniss ! C'est ma manière d'aller de l'avant !
Je sentais de la colère dans sa voix et je ne souhaitais pas me disputer avec lui, je choisis donc de ne pas en dire plus. Il se remit debout et épousseta son pantalon.
- J'y retourne, excuse-moi, dit-il en me contournant.
Je le retins par le poignet. Il ne se dégagea pas.
- Donne-moi ton tablier.
- Pardon ?
- Donne-moi ton tablier. Tu as besoin d'aide, je vais t'aider…
- Je ne suis pas sûr que tenir la boutique soit un job pour toi…
- Pourquoi pas ? Je peux être la plus charmante des vendeuses, dis-je en entourant sa taille de mes bras pour dénouer son tablier dans son dos.
- Oui, tu es charmante… quand tu t'en donnes la peine, répondit-il.
Je décidai de prendre sa remarque avec humour car je savais pertinemment qu'il avait raison.
- J'ai tout ce qu'il faut pour me montrer charmante, répliquai-je en tirant sur le tissu de ma robe pour qu'elle soit plus décolletée.
Sa salive se bloqua dans sa gorge alors que son regard plongeait dans le col de ma robe. Il sembla avoir quelques difficultés à trouver ses mots. Bien fait, œil pour œil, dent pour dent.
- Vu sous cet angle, c'est convainquant…
- Laisse-toi convaincre, tu tombes de sommeil. Je saurai très bien tenir la boutique…
- Et faire fuir tous mes clients ?
Je tirai un peu plus le col de ma robe.
- OK ! Ne sois pas trop charmante, non plus…
Il posa ses mains sur ma poitrine et fit remonter le tissu de ma robe pour que mon décolleté redevienne décent.
- Hé, protestai-je en lui mettant une claque sur la main. Mes arguments commerciaux !
- Psss ! Tu ne risques pas de convaincre les ménagères avec ça!
Il me prit son tablier des mains et l'entoura de ses bras pour le nouer autour de mes hanches. Je sentis ses mains s'attarder sur mes fesses après avoir fait le nœud.
- Monsieur, on regarde mais on ne touche pas !
Ma voix était étrangement rauque et j'avais bien du mal à ne pas être troublée.
- Mademoiselle, c'est ce qu'on gagne à jouer les allumeuses.
Bien, je l'avais troublé et il me le faisait payer… Voulait-il vraiment jouer à ce jeu-là?
Il me poussa dans la boutique et m'expliqua le B-A-BA.
- Je ne réalise pas que je suis en train de faire ça, dit-il sur le pas de porte, prêt à partir.
- Tu ne me fais pas confiance ?
- Bien sûr que si… C'est juste que je ne t'imaginais pas tenir la boutique…
- J'ai fait pire pour toi… Et puis, c'est ce qu'on fait, non ? S'entraider…
- C'est vrai, merci.
Il se pencha légèrement vers moi.
« S'il se penche pour t'embrasser sur la joue, détourne la tête et embrasse-le » pensais-je.
Il se redressa.
- A ce soir ?
- Oui, à ce soir. Repose-toi bien…
Il partit. Je me fustigeais de ne pas m'être penchée vers lui également, mais le défilé des clientes auxquelles j'avais promis de sourire m'empêcha de ruminer en pensant à cette chance de plus que j'avais laissée passer.
Fin
Bon allez, quelques excuses pour commencer… Vous n'avez pas entendu parler de moi des vacances, mais c'était à prévoir. Comme chaque année, pas une seconde à moi, j'ai mené une vie de folle mais j'ai vécu 2000 trucs extraordinaires… Je crois que j'ai appris quelques trucs sur moi-même aussi durant ces deux mois… Impossible de vous écrire quoi que ce soit car c'est à peine si j'ai eu le temps de dormir, et à la rentrée, il a fallu retrouver du travail, préparer les nouvelles leçons, pour les nouvelles classes, de la pure folie aussi, si vous voulez mon opinion. Me revoilà, heureuse et épanouie comme j'ai l'impression de ne l'avoir jamais été… Ce qui est super positif car j'ai plein d'idées et j'ai eu un max de temps pour mûrir cette histoire et je crois que cela va vous plaire… Merci de votre patience et dites-moi si elle en valut la peine… Perso, je pense que oui…
