Concrètement je devais publier demain mais ma chérie a voulu ce chapitre tout de suite. Et ses désirs sont des ordres 8D
Sakura Honda = Nyo Japon
Alfred n'en menait pas large. Il se tenait face à son paternel, essayant de rester droit et neutre, et gérant à la fois la douleur dans ses hanches due au moment passé avec Ivan la veille et la fatigue malvenue qui laissait jusqu'à des marques sous ses yeux. Arthur le jugeait d'un air sévère, bien apprêté mais le dos courbé et appuyé contre la table, témoignant de sa vieillesse trop précoce.
Le paternel tendit son bras d'un geste désinvolte vers la troisième personne présente dans la pièce. Une jeune fille qui ne semblait pas avoir plus de seize ans, aux traits de visage asiatiques, aux longs cheveux noirs sévèrement attachés. Et Alfred sentit immédiatement que la suite n'allait pas lui plaire.
« Fils, je te présente Sakura Honda, le meilleur parti espéré pour toi. Une alliance entre nos deux familles serait la bienvenue, son père dirige une entreprise semblable à la nôtre aux Pays-Bas*.
Alfred avait l'impression que son père lui présentait une nouvelle invention agricole qu'il avait vue dans un salon à Paris. Il mit un peu de temps à répondre, balbutiant un peu et cherchant ses mots.
- Je, heu… C'est inattendu, Père. Je ne sais pas si…
- Alfred. Ce n'était pas une proposition mais une obligation. Le mariage sera organisé avant la fin du mois.
- Euh… Quoi ?!
- Je vous laisse faire connaissance. Je suis sûr que vous avez beaucoup de choses en commun. Trouve un sujet de conversation, Alfred, je ne vais pas tout faire tout seul. Il est temps que tu deviennes un adulte mature et responsable. »
Alfred rougit de colère, se sentant humilié par les critiques de son père, mais ne répondit pas et se contenta d'obtempérer. Ce fut seulement au moment où Arthur quitta la pièce que Sakura releva la tête. Elle semblait tout aussi confuse que lui, et pas vraiment contente d'être ici.
Le dialogue ne vint pas tout de suite. Il y eut un moment de flottement où les deux jeunes gens se regardèrent dans le blanc des yeux. Le silence devenait de plus en plus pesant et désagréable pour Alfred qui se décida enfin à réagir, se raclant la gorge, faisant sursauter la jeune fille.
« Erhm… Tu veux du thé ?
- Oui, je vous remercie monsieur, répondit-il d'une toute petite voix.
- Tu peux m'appeler Alfred et me tutoyer, au point où on en est.
- Non, je suis désolée, mais je ne préfère pas. Je n'y parviens pas. Et puis ce ne serait pas correct envers vous.
- Comme tu veux. »
Il sortit le beau service à thé en porcelaine de son père, et s'empressa de servir deux tasses de thé noir, l'invitant à s'asseoir à la grande table du salon. Il se tritura nerveusement les doigts, ne sachant pas par où continuer.
« Bon et bien… Le mieux c'est qu'on apprenne à se connaître, j'imagine.
- Ce n'est pas la peine de vous forcer. J'ai bien compris que vous étiez contre l'idée de ce mariage.
- C'est-à-dire que j'aime déjà quelqu'un d'autre. Je me refuse d'offrir mon cœur, mon âme et mon corps à une autre personne que celle-ci.
- Moi aussi… Et mon amour est d'une classe sociale malheureusement bien inférieure à la mienne…
Alfred haussa un sourcil, surpris et déjà beaucoup plus impliqué. Peut-être qu'Arthur avait raison, finalement. Ils avaient beaucoup plus de points communs que ce qu'il voulait bien croire.
- Dis-m'en plus, le pressa-t-elle, alors qu'elle s'était muée dans le silence en pensant l'avoir offusqué ou déçu.
- Et bien… Nous nous fréquentons depuis quelques temps maintenant. Plus souvent depuis que l'un de ses colocataires est mort et l'autre souvent absent. Mais… En ce moment, il ne va pas bien. Depuis hier, en fait. Vous le connaissez je pense, il fait beaucoup parler de lui. Il dirigeait le parti socialiste.
- Ne me dis pas que… »
Alfred en fut tellement bouche bée que si sa mâchoire s'était décrochée pour tomber par terre, il ne s'en serait pas étonné. Yao Wang qui fréquentait une noble japonaise ? Et ce depuis bien avant qu'il se sépare d'Ivan ? D'ailleurs, Sakura ne semblait même pas au courant que son amant s'envoyait en l'air avec un homme. Cette histoire commençait à lui prendre la tête.
Il décida de garder tout ce qu'il savait pour lui et ne pas mettre Sakura dans la confidence. Il ne lui faisait pas assez confiance pour lui dévoiler ses propres états d'âme et mettait trop ses propres intérêts en danger. Il prit ses mains dans les siennes, la faisant instantanément sursauter, affichant un grand sourire qu'il espérait rassurant.
« Je vois de qui tu parles. Il faut impérativement empêcher ce mariage… Et pour cela, il faut que tu m'aides.
- J'ai déjà une solution. Ou du moins, Bismarck en a une**.
- Le premier ministre ? Qu'est-ce qu'il a à voir avec ton amant ?
- Vous n'avez pas lu le journal, ce matin, Alfred-san ? »
Le blond fronça les sourcils. Non, il ne l'avait pas vu. Qu'est-ce qu'il avait bien pu rater de si important ?
Conciliante, Sakura fouilla son sac et lui tendit l'exemplaire plié en deux du Deutsche Zeitung. Alfred pâlit rien qu'en lisant les gros titres, sur la première page. Il jeta soudainement le journal sur la table comme s'il s'était brûlé.
« Tout va bien… ? Sakura sembla vraiment s'inquiéter. Vous êtes tout pâle.
- O… oui, tout va bien ! Il se leva brusquement de sa chaise, sentant qu'il allait se rendre malade s'il restait assis sans bouger. Tu veux des gâteaux pour accompagner le thé ?
- Je euh…
La japonaise sembla hésiter. Quelque chose n'allait pas et elle le sentait, étant loin d'être bête. Mais, au grand soulagement d'Alfred, elle entra dans son jeu.
- Oui je veux bien, merci. »
« Si tu es venu pour pleurnicher parce que je t'ai piqué ta place, tu peux repartir tout de suite, Yao, Lâcha sèchement Ivan, peaufinant son dernier discours.
- Euh c… C'est pas Yao camarade. Mais il te cherche, il est au laboratoire…
Le russe leva la tête vers le nouveau venu, tout de suite beaucoup plus accueillant. Il laissa son travail de côté, lui faisant signe de s'asseoir en face de lui.
- Oui, désolé. Assied-toi donc, Toris, je t'écoute. Je rejoindrais Yao plus tard, ce n'est pas pressé.
Le lituanien avait l'air au bord de l'évanouissement mais il obéit tirant une chaise et s'asseyant en face d'Ivan. Il était tremblant et en sueur, comme à chaque fois qu'il lui adressait la parole. Ivan commençait vraiment à se demander ce qu'il avait de si impressionnant pour que le balte soit aussi effrayé par lui.
- On a des mauvaises nouvelles venues du gouvernement, murmura Toris, bégayant presque.
- Comment ça ? Je pensais que l'empereur soutenait notre cause.
- C… C'est le cas ! Mais Bismarck menaçait de faire passer ses lois et elle sont entrées en vigueur ce matin. C'est à la une de tous les journaux.
Ivan blêmit, sentant son sang se figer dans ses veines. Ce n'était pas une bonne nouvelle, ça. Pas bonne du tout…
- Les lois anti-socialistes ? Ça veut dire que le parti est désormais interdit ?
- O… Oui, exactement.
- Tu sais ce que ça signifie pour nous, Toris ?
- …
Ivan froissa son discours dans sa main et sortit une nouvelle feuille, trempant sa plume dans l'encre avec empressement. Il ne savait pas trop ce qu'il allait dire aux autres mais étant donné l'étendue de la gravité de la situation, il allait être forcé d'improviser.
- Ça veut dire qu'on va devoir quitter l'Allemagne. Très vite. »
* : les Pays-Bas ont toujours eu des liens étroits avec le Japon, notamment commerciaux
** : Bismarck était le chancelier (premier ministre). Il a promulgué les lois anti-socialistes en 1878 et interdit le parti.
