Chapitre 10 :

Après les révélations faites par le commissaire, Kévin ne se sent de rentrer chez lui, de passer sa soirée tranquillement sur le canapé devant la télé et d'aller se coucher bien sagement sous sa couette, essayent de passer une bonne nuit, comme-ci de rien n'était. Bien sûr ils savent maintenant qui est Yann, ils connaissent son nom de famille et même son métier. Mais Kévin sait que ce n'est pas suffisant, surtout pour Yann. Toutes les réponses n'ont pas été encore mises à jour. Ils ne savent toujours pas depuis quand Yann est si … léger et surtout pour quelle raison. Ni une, ni deux, c'est à peine assis au volant de sa voiture que Kévin démarre et prend la route.

Yann le regarde faire et en voyant son visage, il n'a même pas besoin de poser la question à voix haute. Il commence à connaître Kévin et à reconnaître certaines expressions. Expressions qu'il a aussi parfois. En voyant celle que Kévin à sur le visage à cet instant et la lueur dans ses yeux bleus, il sait qu'ils ne rentrent pas au loft mais qu'ils se dirigent directement vers l'hôpital dont a parlé le Commissaire un peu plus tôt. Evidement, ils sont en pleine heures de pointes et pour le coup, pas facile de rouler dans Paris avec cette circulation. Que ce soit à l'intérieur ou bien par la périphérie de la ville, tout est bouché. Yann commence à ressentir la nervosité qui le gagne peu à peu, il n'aimait déjà pas ça quand il pouvait encore conduire. Il se demande d'ailleurs comment Kévin fait pour rester aussi calme dans ce genre de situation, lui qui, d'après ce qu'il a cru comprendre, n'est pas d'ici.

Après trois quart d'heure de bouchons et des détours interminables, ils arrivent enfin sur le parking de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Trois tours de parking plus tard, Kévin trouve finalement une place et s'y gare à la hâte. En entrant dans l'enceinte de l'hôpital, tous deux sont aussi nerveux l'un que l'autre mais chacun fait tout pour ne pas le montrer. Kévin se présente à l'accueil et expose son cas à l'infirmière de garde qui, au vue de sa réaction, sait parfaitement de quoi et surtout de qui il parle …

Inf : Vous venez pour … le Capitaine Berthier ?

K : Oui c'est ça Yann Berthier oui.

I : Ah … euh, je peux vous faire patienter un moment ? Je vais me renseigner.

Y : J'aime pas le ton de sa voix …

K : Quoi ? Quel ton ?

Y : Le ton qu'on emploi la plupart du temps quand on veut que ce soit quelqu'un d'autre qui annonce la mort de votre ami …

I : Excusez-moi Monsieur mais … euh… je vais devoir vous demander d'aller directement au 2e étage, au bureau des infirmières où on vous donnera plus de renseignements.

Kévin et Yann prennent donc l'ascenseur et s'arrête comme convenus au 2e étage. Arrivée au bureau des infirmières, Kévin est accueilli par le médecin de garde du service…

Dr : Monsieur Laporte …

K : Oui, bonjour.

Dr : Dr Anne Simon … Vous venez prendre des nouvelles du Capitaine Berthier c'est ça ?

K : Oui effectivement … vous pouvez m'en dire plus à son sujet ?

Dr : Avant toute chose il faut que je sache quels sont vos liens avec lui

Y : Dis-lui que t'es mon copain …

K : …

Y : Tu sais très bien que si elle n'ai pas sûr qu'on est proche, elle te dira rien…

K : Je suis son … colocataire.

Dr : Colocataire …

K : Et ami … proche. Très proche …

Dr : Je vois … mais …

K : Son petit ami si vous préférée !

Dr : J'avais déjà compris le sens du mot « proche », mais … enfin je ne vous avez jamais vu auparavant et …

K : J'ai dû partir … un bon moment …

Dr : Donc vous n'êtes pas au courant pour son accident ?

K : Un accident ? Non, je …

Y : Oh merde … Kévin … j'me souviens ! Ca à été si … soudain.

Dr : L'accident s'est produit il y a environ trois mois. Un accident de moto, le choc à été très violent.

K : Trois mois … c'est … horrible, je …

Yann se sent tout à coup comme happé par l'espace. Sans même le vouloir, son corps tout entier se déplace voluptueusement, suivant le long couloir peu accueillant et se dirige vers une porte fermée devant laquelle il se stop quelques infimes secondes avant de continuer son chemin pour se retrouver dans la chambre, devant un lit. Ce lit dans lequel son corps charnel git, entubé, l'air paisiblement endormis. La stupéfaction se lit sur son visage. Se voyant allongé là, tel un légume, il ne peut retenir un haut le cœur.

Kévin, qui continu de discuter avec le Médecin, n'a pourtant rien perdu de la scène que Yann vient de lui joué. Le médecin lui indique la chambre du Capitaine et lui demande d'être fort et de ne pas se laisser impressionner. Kévin traverse le couloir à son tour et après avoir pris une bonne inspiration, pousse la porte de la chambre qui lui dévoile une imagine des plus surprenante. Yann est là, se tenant devant le lit médicalisé, se tenant devant … lui-même …

K : Mais comment t'as fait ça ? On avait l'impression que tu flottais dans les airs !

Y : …

K : Oh Yann … Alors c'est toi ? C'est bien toi. Tu vois, t'es pas mort. T'es bien vivant !

Y : Oui je sais, mais j'suis dans le coma … je sais pas si c'est beaucoup mieux.

K : Evidement que c'est mieux ! Regarde, ça à l'air d'aller … t'a aucune cicatrice … Et puis t'es plutôt sexy dans ton genre…

Y (dans un léger sourire) : On s'en fou un peu de savoir à quoi je ressemble. Ca fait trois mois que j'suis dans le coma Kévin… c'est pas rien.

K : Ok mais maintenant qu'on est arrivé jusqu'ici, on va bien trouver un truc !

Y : Comme quoi ? Essayer de recoller les morceaux ?

K : Par exemple oui … essaie, on verra bien !

Y : Ok, j'le tente …

Yann s'allonge dans le lit et prend possession du corps, de son corps, essayant de trouver une quelconque connexion entre les deux parties de lui. Kévin à l'impression qu'un changement s'opère sur les machines qui le maintienne en vie. Yann relève la tête une seconde mais s'aperçoit qu'il est toujours décollé de lui-même et repart à l'assaut de son corps végétatif. Kévin lui intime de rester calme, de se détendre et de rester concentré afin de maximiser ses chances. Mais rien à faire, la magie n'opère pas, Yann se résigne et se remet debout à côté du lit. Il à comme la sensation de ne plus être relié à son propre corps.

Kévin est tout aussi perdu que lui, mais tente de dédramatiser la situation en cherchant d'autres solutions possibles. Il essaie d'apaiser un peu Yann qu'il sent à bout de nerfs …

K : Retourne-toi.

Y : Quoi ?

K : J'vais essayer un truc.

Yann obtempère et sans plus attendre tourne le dos à Kévin et à son corps. Kévin se penche vers le lit et sans savoir pourquoi il à eu cette folle idée, il prend délicatement la main gauche de ce corps dans les siennes, dans une douceur infinie. La réaction ne se fait pas attendre et Yann se met à fixer sa propre main gauche, surpris …

K : Alors ? T'as ressenti quelque chose ?

Y : C'est comme des petits picotements.

K : Tu vois que t'es toujours relié à ton corps sinon t'aurais rien senti !

Y : Mais c'est pas ce que les machines démontre …

K : Yann ! T'es pas médecin ! Et les machines ne savent pas tout !

Dr (ouvrant la porte) : Monsieur Laporte, je suis désolé mais je vais devoir vous demander de partir. Les heures de visites sont déjà finies depuis un moment et …

K : Oui très bien, je comprends. Je peux avoir encore une minute avec lui, le temps de … lui dire au revoir… s'il vous plaît ?

Dr : Bien sûr allez-y.

Y : Je me demande qui à bien pu apporter tout ca ici ? Probablement ma sœur…

K : Sympa cette photo … c'est ta sœur avec toi là je suppose ?

Y : Oui … c'est cette photo qui se trouvait sur la commode dans ma chambre.

K : T'es super sur là-dessus. Dit-il alors que leurs regards se croisent.

Y : Et regarde moi maintenant … un vrai légume …

K : Je … je vais devoir quitter la chambre …

Y : Oui c'est vrai

K : Tu veux que j't'attende dehors ou …

Y : Non, c'est gentil. Tu peux y aller, soit tranquille. J'vais rester ici… Merci de m'avoir aidé…

K : Ca m'a pas autant déranger que ça … Mais t'es sûr que tu ne veux pas rentrer avec moi, après tout c'est ton loft alors … enfin ça me gêne pas …

Y : Bah maintenant que j'ai « retrouvé » mon corps, je me vois mal me laisser enfin tu vois…

K : Ouai c'est sûr, j'comprends. C'est juste que ça fais bizarre de te laisser ici tout seul.

Y : J'ai pas d'autre endroit où aller de toute façon…

Dr (revenant) : Monsieur Laporte, il est vraiment temps de partir maintenant, j'suis désolé.

K : oui, j'arrive … (il se tourne une dernière fois vers lui) … Au revoir Yann …

Kévin détourne le regard et sort de la chambre accompagné du Médecin…

Y : Au revoir …