Stannis n'arrivait pas à trouver le sommeil et fut contraint de tirer la couverture afin de sortir du lit, grincheux. Ses pieds touchèrent la tiédeur du parquet, alors que le feu dans la cheminée s'était éteint depuis un moment déjà. Il s'étira, grognant sous ses muscles tendus, alors que son dos engourdi, craquait douloureusement. Le roi amena un léger tissu à ses épaules afin de les couvrir, ne souhaitant afficher son corps. Et pourtant il était seul en ses appartements, mais il ne pouvait apprécier la propre vision de son être depuis la bataille de Port Réal. D'une démarche lente, il se dirigea jusqu'à sa coupe vide qu'il rempli de vin pour la boire d'une traite et terminer en un long gémissement, satisfait de se désaltérer. Sa barbe était drue et davantage blanche, ses yeux fatigués restaient cernés et il n'arrivait à améliorer cet aspect. Le Cerf eut une mince pensée pour Robert, se trouvant ridicule à côté de celui qui, avait possédé un fort attrait. Mais Stannis avait ses qualités dans un commandement militaire accru, et n'en restait pas moins une figure exemplaire. L'homme grimaça lorsque le tissu glissa pour tomber au sol, affichant ses épaules dont les crevasses désormais refermées, lui laissaient un dégoût constant. Il ne possédait pas une carrure protectrice, rêvée de toutes. Son corps était sec et fin, et son torse glabre, où venait se dessiner des muscles discrets, mêlés aux cicatrices de batailles. Pourtant, l'homme n'avait jamais été aussi redouté qu'en ce jour et sa fougue profondément ancrée lui laissait un air indompté.

Après un long soupir, il ouvrit une large bouche pour bailler et réussi à se convaincre de retrouver son lit. Alors, de sa moue habituelle, il s'y coucha confortablement et ramena la couverture jusqu'à son cou. Toutefois, le seigneur ne pu, à nouveau s'endormir et grogna de lassitude, fixant le plafond d'un regard effronté. Les heures défilèrent et il resta ainsi, immobile. Qu'il était préoccupé, pour ne pouvoir s'endormir rapidement, cependant, il avait souvent eu du mal à trouver ses aises et se décontracter, se laissant emporter par la fatigue. Le roi se tourna d'un côté puis de l'autre, et s'obligea tout de même à fermer les yeux, mais les images qui vinrent occuper son esprit l'obligèrent à les ouvrir soudainement. La respiration haletante, Stannis sursauta avant de se rendre compte qu'aucune présence ne venait perturber sa nuit. Mais sa méfiance était persistante. L'obscurité prenait doucement place dans sa chambre et des ombres se reflétaient sur les murs. Le Cerf se souvint alors de ses nombreux cauchemars durant sa jeunesse, alors qu'il ne supportait pas le noir. Parfois, lorsque ses peurs se faisaient trop effrayantes, il se ruait dans les quartiers de Robert pour y trouver une sécurité familiale.

Malgré ses doutes, ses paupières finirent par se fermer et il vit Steffon. Ce dernier venait régulièrement occuper ses songes, lui laissant l'agréable sensation de retrouver sa chair le temps d'un rêve. L'enfant souriait face à celui qu'il considérait comme son père, même si le roi en était persuadé, il ne devait pas se souvenir de lui. L'héritier avait quitté la capitale alors qu'il n'était encore qu'un enfant, se tenant maladroitement sur ses jambes, il ne pouvait alors se souvenir de son entourage. Mais Stannis se rassura en se rappelant que peut-être la femme rouge lui avait parlé de lui, peut-être même se faisait-elle passer pour sa véritable mère. Toutefois, il semblait heureux de voir son parent et témoignait de son humeur en riant aux éclats. Ses yeux attendrissants réussirent à serrer son cœur, les rêves étant connus pour déployer une sensibilité, pourtant inexistante au réveil. L'affection du petit lui laissa la sensation d'un doux rêve, enveloppé dans une saveur rouge éclatante. Car elle était là, elle était toujours là. Parfois il pouvait la voir mais la plupart du temps, elle était invincible, ne sentant que sa présence. Ce songe nocturne se trouvait toutefois particulier car son fils avait soudainement arrêté de rire, pour se tourner vers la femme. Ainsi, il pu la voir distinctement, ses longs cheveux rouges entourant son visage pâle en forme de cœur. Et lorsqu'elle ouvrit la bouche, l'homme se paralysa:

« Réveillez-vous mon roi, vous devez vous réveiller ! »

Le Cerf fut incapable de comprendre ses dires, se trouvant dans une situation agréable dans laquelle il souhaitait rester. Mais le regard, empli d'effroi qu'elle lui lança le détourna de son être et il fut séparé de son fils en un claquement de doigt. Cette scène le fit sursauter et Stannis ouvrit les yeux, se réveillant doucement, mais quand sa méfiance passée reprit le dessus, il comprit aussitôt, qu'il n'était pas seul dans la chambre.

Le roi attendit que l'ombre s'approche pour se pencher avec la plus grande des discrétions. Il sentit son souffle sur sa nuque et sut que l'intrus se tenait à quelques centimètres de son visage. En premier lieu, l'homme pensa à Margaery mais ce ne pouvait être elle, la jeune femme l'aurait prévenu auparavant. Ainsi il attendit quelques secondes, attendant le moment opportun, et lorsqu'il s'encouragea à affronter l'adversaire, le seigneur élança vivement son bras dont la main vint immédiatement trouver la gorge de l'assaillant. D'un bond, Stannis se rua sur la femme, qui n'était autre qu'Obara Sand, l'une des Aspics des Sables remplissant sa macabre mission. En un geste précis, il la poussa violemment jusqu'au mur pour maîtriser ses mouvements. Elle lâcha sa lance et se trouva désarmée. Puis, alors qu'il plaquait son corps enragé contre le sien en serrant un peu plus sa poigne autour de son cou, l'homme la regarda furieux, témoignant de l'intransigeance à son égard:

« Tu es l'une des nièces de Doran Martell et tu viens aussi pour me tuer ! Mais je suis le roi et je ne laisserai personne s'en prendre à moi d'une façon si lâche et odieuse ! Gardes ! Gardes ! »

Ces derniers, sur ordre du roi ne veillaient pas continuellement devant ses appartements. L'homme pudique, n'avait souhaité se savoir écouté dans cette intime pièce. Les Épées exécutaient donc des rondes régulières autour de ses quartiers, et s'il avait besoin de leur aide, il n'avait qu'à crier la demande.

Alors qu'elle se débattait, cherchant avec détresse un secours pouvant la sortir de ce calvaire, elle se rendit soudainement compte de la forte promiscuité avec le roi, et profita de ce corps à corps pour balancer en hurlant, sa jambe en dessous de sa ceinture. Le souverain poussa un rugissement et s'écarta sauvagement en desserrant l'étreinte, ce qui permit à la jeune femme de se dégager, en prenant soin de sortir un couteau, glissé dans les replis de sa tunique:

« Garce ! »

Ses yeux sombres affichaient désormais une folie meurtrière, alors qu'il se redressait difficilement, sentant ses jambes commencer à flancher. Le Cerf la dévisagea avec écœurement alors qu'elle lui lançait un geste, lui intimant de s'approcher. Mais il n'était pas armé. Sa main appuyée contre sa cuisse durcie sous l'effort le laissa planté face à la femme, qui s'impatientait. Obara se tenait courbée vers l'avant, son poignard dirigé dans sa direction, prête à trancher son corps au moindre mouvement. Alors qu'elle remuait de façon rythmée, prenant appuie sur ses jambes, qui ne faisaient qu'un avec le sol, l'Aspic des Sables jongla avec la lame avant de lancer dédaigneuse:

« Vous ne souhaitez plus danser mon roi ? Approchez et nous verrons qui remportera la victoire ! »

Stannis en eut le souffle coupé, voyant la toisant d'un regard dangereux, cette Dornienne intrépide qui n'avait peur de rien. Il se demanda comment l'on pouvait être si acharné, devinant que cette réaction aurait été légitime si elle était venue directement de Doran:

« Cessez de sourire femme, car je vous promets votre mort prochaine.. Je vais vous tuer ! Gardes ! Gardes ! »

Mais le seigneur ne pouvait se résoudre à se lancer pleinement dans le combat, sachant qu'il ne pourrait gagner. D'un coup d'œil rapide, il se rapprocha doucement, boitant amèrement, pour voir près de lui, la carafe qu'il avait utilisé quelques heures auparavant. L'homme se redressa fièrement et renifla, avant de brandir les bras vers les cieux, s'avouant vaincu. Obara éclata d'un rire grossier:

« Je ne vous pensais pas si faible ! »

Il ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase, le Cerf attrapa brusquement l'objet qu'il balança au visage de l'ennemie, pour profiter de ce moment d'inattention, en se ruant sur elle. Ses mains trouvèrent une nouvelle fois sa gorge et il se promit de terminer rapidement ce conflit. Sa poigne puissante serrait fortement, sentant sa peau mouillée glisser sous ses doigts. Ainsi, Stannis accentua la pression, voyant la Dornienne suffoquer un peu plus. Sous l'épuisante action, son visage se crispa alors qu'il vit en ses yeux injectés de sang, la vie s'envoler lentement:

« Où est ton Dieu maintenant ? »

Le Cerf planta un regard nauséeux en le sien, approchant son visage et appréciant sa vengeance. Elle avait osé s'en prendre au roi, le châtiment se trouvait tout aussi juste. L'homme resta immobile, sentant les palpitations sous sa forte poigne, et alors qu'Obara agonisait sous son geste, il réitéra la question:

« Où est ton Dieu maintenant ? »

Mais la femme ne répondit pas et son dernier souffle vint se perdre dans l'obscurité de la pièce. Stannis perdait son regard en celui de l'ennemie, ayant la désagréable impression de sonder son âme, alors qu'il voyaient dans ses yeux, se refléter une image familière. Après sa défaite à Blackwater, la prêtresse avait subi le même sort et s'était vu la respiration coupée sous la colère de son roi. Il avait voulu lui montrer que son Dieu n'était présent et qu'il était incapable de lui porter véritablement secours. La sensation de sentir Melisandre sous ses doigts hargneux le fit planer un moment, le visage tendu sous le délire, il murmura, l'esprit loin:

« Où est ton Dieu.. ? »

Les gardes avaient fait irruption dans la chambre quelques secondes avant cette vision rouge et ils restèrent inquiets devant leur souverain, n'ayant entendu leur arrivée fracassante. Il semblait absorbé, son esprit se trouvant dissociée de son corps. Alors, maladroitement, l'un des hommes osa prendre la parole:

« Majesté, elle est morte.. »

Mais le Cerf mit quelques instant avant de réagir et lorsqu'il lâcha Obara, qui vint s'écrouler au sol, il gronda gravement en toisant le corps. Son regard paru revenir à la normale et il passa une main tremblante dans ses cheveux, avant de répondre aux hommes armés, la mine éreintée:

« Ces femmes paieront pour leur crime.. »

Désabusé, il massa sa nuque, avant de se précipiter dans le couloir, l'estomac noué. Alors, d'une démarche volontaire, il se dirigea vers les appartements de Margaery. La figure sévèrement abîmée sous le choc, il se présenta la voix faible:

« Stannis ? »

La fille à la Rose ouvrit la porte et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur devant l'homme essoufflé. Elle sembla profondément marquée par la vision et l'inquiétude qui brilla en ses yeux le poussa à franchir le pas et entrer dans la pièce:

« Ma présence vous dérange t-elle ? Étiez-vous en train de dormir ? »

« Votre présence ne me dérangera jamais mon roi »

La jeune femme attrapa une couverture qu'elle posa sur ses épaules dénudées et lui proposa de s'asseoir. Là, elle s'empressa de lui servir de l'eau et lui tendit la coupe pleine:

« Je vous remercie ma lady »

« Que vous arrive t-il Stannis ? »

Cependant, le Cerf ne répondit pas et fixa avec amertume le gobelet. Alors elle releva son menton d'un geste tendre pour l'obliger à parler. Sa mâchoire était serrée et ses yeux atrocement tristes:

« Cela vous arrive t-il souvent de partager vos nuits d'insomnies avec votre Cour ? »

« Parfois »

Margaery afficha un sourire amusé et versa à nouveau, l'eau fraîche dans sa coupe. Effectivement, le roi passait du temps avec Davos quand le sommeil n'était présent et durant ces longues nuits, ils discutaient du Royaume et de leurs ambitions communes:

« Voulez-vous rester ici jusqu'au levée du jour ? »

« Non ma lady, je suis seulement venu pour vous parler.. »

A ce moment, la fille à la Rose se sentit fortement mal et elle le dévisagea incertaine. La bouche ouverte suite à l'incompréhension, elle douta un instant, pensant avoir commis une faute:

« Parlez Stannis, car mon cœur est emprunt d'une effroyable peur.. »

La figure du seigneur se déforma suite à ces paroles et il gratta nerveusement sa joue. Puis, alors qu'il allait briser le silence, il se surprit à revoir Obara. Elle devait avoir le même âge que Margaery et à cette pensée, il eut un vertige. L'homme n'aimait pas violenter le sexe opposé, mais il avait été obligé, sous peine de mourir assassiné:

« J'ai tué une femme.. »

Elle se leva brusquement, effrayée et l'interrogea davantage en plantant un regard apeuré dans le sien:

« Cette nuit, l'on a intenté à ma vie, et j'ai riposté, mais j'ai tué cette femme.. Je crois ne m'en être même pas rendu compte.. Je ne pouvais contrôler la situation, mais j'en étais forcé.. Seulement j'aurai préféré qu'elle soit jugée.. »

La fille à la Rose se calma doucement et vint se tenir près de l'homme, qu'elle enlaça telle une mère. Margaery pu sentir son cœur affolé se détendre petit à petit. Alors, elle comprit la raison de cet aveu et tenta de le rassurer, de sa voix douce:

« Vous avez fait votre devoir, un roi doit protéger son Royaume et se protéger lui-même ! Cette personne avait mûrement réfléchi son acte, vous avez bien agis Stannis, je vous prie de me croire.. »

« Vous avez raison, mais je ne pourrai laisser passer cet outrage.. Les Aspics des Sables seront punies pour cet odieux crime ! »

« Et vous vous vengerez mon roi, cependant, ne soyez si directe et laissez vous la nuit pour réfléchir.. Car la nuit porte conseil.. »

Il acquiesça d'un léger mouvement de tête et laissa son visage plongé dans son cou. Le Cerf resta ainsi un moment, avant de retrouver ses appartements, l'âme chargée de représailles.


Le lendemain, le roi se pressa de réunir sa Cour. Il prit place sur le Trône de Fer, cette assise pointue qui avait vu nombre de ses occupants mourir. Le Cerf attendit un instant, se remémorant les difficiles faits de la veille, puis il prit la parole, d'une voix sévère:

« Nous savons tous que le quotidien de Westeros est mouvementé et dangereux, toutefois, j'ai persévéré pour installer une paix durable après des années de souffrance et de conflits ! »

« Où voulez-vous en venir mon roi ? »

« Sachez Tysho Nestoris que par deux fois l'on a cherché à me supprimer cette semaine ! »

A ce moment, il dévisagea d'un regard assassin Doran, qui, convaincu de son innocence, le supporta vaillamment. Alors, le Dornien s'avança la tête haute:

« Et votre vengeance sera la décision légitime d'un roi Majesté, je n'aurai à contester vos dires, car mon honneur est noble ! »

Stannis fut surpris et paru déstabilisé devant ce Prince à la prestance imposante. Tysho observa à tour de rôle les deux hommes, attendant avec impatience une nouvelle réaction. Mais le Cerf garda le silence pour continuer son monologue:

« Je ne suis pas un roi exemplaire, car nul ne peut l'être, seulement je souhaite le meilleur pour mon Royaume car tel est mon devoir. Je n'accepte aucun affront, aucune hostilité et aucune menace ! Alors je vous annonce en ce jour la nomination d'une garde personnelle »

Le seigneur eut une pensée pour Davos, qu'il avait sèchement banni de la capitale. Pour son excès de colère, le pauvre contrebandier avait été victime d'injustice, mais jamais il ne s'excuserait. Ainsi, Stannis ne voulant se rabaisser le premier et le rappeler, devrait improviser quant à trouver des Épées de confiance:

« Ser Justin Massey et lord Randyll Tarly, vous constituez deux fines lames féroces et j'aime à penser que vous pourriez protéger votre roi en le suivant dans ses déplacements. Vous assisterez à ses Conseils et vous tiendrez devant ses appartements lorsqu'il s'y trouvera.. »

« Quel prestige que vous m'accordez Majesté ! Ma lame vous est dévouée ! »

« J'accepte avec honneur mon roi ! »

Les deux hommes plièrent le genoux et saluèrent le Cerf avec une distinction remarquable. Cependant, même s'il venait de former une garde rapprochée, le seigneur dû se montrer honnête avec sa Cour:

« Aussi, ai-je autre chose à vous annoncer.. Prochainement, mes nouvelles noces avec lady Margaery seront organisées, Tysho, en tant que Grand argentier, je vous charge de cette organisation. Pressez vous de préparer cette cérémonie ! »

Le Prince de Dorne afficha une mine surprise mais il n'articula pas. Puis, alors qu'il passait une main précieuse dans ses cheveux sombres, réalisa que jamais, il ne pourrait réellement défier son roi, et quitta la salle du trône:

« Ser Justin Massey ! Je vous avez chargé d'enquêter sur les agissements des Greyjoy.. Je vous écoute.. »

« Bien Majesté, je souhaitais justement vous parler de toute urgence, mais n'osais vous déranger.. Euron Greyjoy a pris il y a peu, le contrôle de Castral Rock, nous n'avons aucune nouvelle de la forteresse.. »