Heyyyy!

Et ouep, c'est le chapitre 9!

Merci à toutes les reviews, vous êtes magiques!

News: J'ai un compte twitter maintenant! Au pseudo de HippiqueAndYDeaLD, ou je préviens de l'avancée de mes chapitres/OS. Certaines m'avaient demandé si j'avais un compte twitter ou facebook, et bah voilà, j'en ai un ! :D

zowiaki: Et oui, il a mangé le pauvre x) ... Ne me parlez plus de GOT, cela ravive les profondes blessures de mon coeur... :'( Bah là c'était plus philo que français pour tout t'avouer xD Mais je l'ai eu !:D Bon bah nickel alors ^^ Faut que je lise Daniel Pennac, j'en ai beaucoup entendu parler! -Discussions de L bonjour.- Peut-être, peut-être... on ne sait jamais ce que nous réserve la vie... livre de dépressif psycho philosophie sûrement XD (J'espère que t'aimeras toujours dans ce cas :D) Je suis pas mal lançée dans la photo aussi, j'ai plein de projets, donc photographe/écrivaine me conviendrait parfaitement! :D Moza *w* Oh coupine d'âge! Ca fait du bien de se dire que les ados de 15 ans sont pas toutes... comment dire... des gros clichés? xD Haha non je suis pas si sadique :p Petite lueur d'espoir pour le Matoine effectivement! Vous verrez bien niark niark. J'aime bien la mère d'Antoine aussi :D C'était pour faire la démarcation avec la mère de Mat', total opposé. Bonne lecture! :)

lea89: Coucou! J'ai vu ton compte twitter, c'est cool que t'en ai un :D Haha t'es pas pressés, génial ça me suffit :p Bah... J'ai eu mon brevet! :D Français ça va, maths je pense aussi... J'ai foiré l'histoire grave XD J'ai mit que c'était en 2006 la chanson et que c'était le partie de Sarkozy... j'ai pas eu les notes précises en fait! Bref, passons ça XD Je suis sûr que t'as réussis! :) Et bien je suis super contente que ça te plaise toujours autant. Et merci à toi. Parce que tu es l'une des lectrices les plus anciennes, et tu postes une review à chaque chapitre qui sort... et pour ça, je te remercie infiniment :') Ton soutien est énorme! Je te souhaite une très bonne lecture ^^

Miritamoku: Coucou! Tout le monde adore la mère à Antoine Daniel XD Pas triste? Meh. T_T Psychopathe! ... Bah... c'est le Patron quoi xD Ca lui pèse pas trop sur la conscience je pense :p Ma nouvelle maison est... sympa. Disons qu'il fait frais. Et ça c'est pas négligeable *_* Mais ça changevachement de mon ancienne quoi ^^ Effectivement je suis en vacances, donc je peux à présent écrire tranquille sans problème! J'ai un peu plus d'inspiration et un peu plus le temps quoi ^^ Et bien la suite est là, j'espère qu'elle te plaira! Bonne lecture! :)

Rainbow Chawbaca : Je l'ai eu. Et oui, les miracles existent. J'ai pas les notes précises mais bon, OSEF xD SLG c'est la vie *w* What The Cut c'est la vie aussi mais... la vie un peu en dessous XD Bah moi tu vois, je préférais les WTC d'avant ^^ Et je n'arrive pas à caser Samuel et Richard dans une fic xD On attend le Fanmade sur le Panda héhé! (On lançe une pétition pour qui veut écrire cette fanfic?) Et oui, approfondissement et psycho sont au rendez-vous. ... Tu as perçé mon secret. JE SUIS UNE PRINCESSE. (Effectivement, je suis comparable à Perona de One Piece... Et si tu connais pas c'est forcément pas drôle xD) MAIS C'EST TELLEMENT CA! C'est quand t'es fatiguée et que tu dois absolument faire un truc que l'inspiration vient. Je ne spoilerais pas, vous ne serais jamais si c'est une bad end ou une happy end XD -Tant d'amour entre lectrice et auteur, c'est beau *w*- Leger se prononçe à l'américaine oui! Fin je le prononçe comme ça aussi XD Mais je ne pense pas au Joker, t'es bizarre toi dis donc! Alors non Mat' va plus à l'hopital parce que c'est Leger qui s'occupait de son cas et que comme il était menacé il a dit "c'est bon vous pouvez y aller et sortez plus tot que prévu." Et oui, ça aurait pu être un peu métaphorique d'un sens. YOUPI! L'ascenseur émotionnel XD La dépression c'est la vie, et biensûr que le Patron est un habitué xD Le PanGeek reste mignon, héoui, et le Hippie... bref. La mère d'Antoine a plû, à ce que je vois! Heu... hum hum. Comment dire, la question des vêtements ne m'a absolument jamais traversée l'esprit? Disons qu'ils étaient tous habillés en noir ok? u_u Tu l'attends Alexis? Haha, t'inquiète il va arriver! C'était une batte de baseball qu'il avait dans la voiture ! :p Tout le monde a pensé à ça, moi la première quand je l'ai écris XD Oh mon diiieu tu m'as fait mourire de rire XD Agression par un sextoy quoi. Non effectivement, je pars du principe que si j'aurais continué en faisant vivre Leger, il n'aurait jamais rien dit. Donc il est mort pour rien. C'est bête. Décharge toi vas-y, mais casse pas tout xD Hurle intérieurement au pire! ... JON SNOOWW POURQWAAAAA? (C'est vrai, il est intéressant quelque part ce personnage, surtout avec Sansa et sa récente évolution!) Ca va ma nouvelle chambre m'inspire ! ;) Bien que c'est la merde internet en ce moment T_T Le nouveau chapitre est là, et j'espère qu'il te plaira! Bonne lecture ! :D

Pandangle: Hey, salut ! :D J'espère que ce chapitre te plaira ^^ Bonne lecture!

Et je m'excuse envers celles à qui je n'ai pas répondu tout de suite au review, mais bien longtemps après! Je m'explique: De 1: Le site beug, ce qui fait que je reçois certaines reviews des heures après qu'elles soient posté, et je suis apparemment pas la seule à qui ça le fait. De 2: Un abruti a arraché les câbles électriques devant chez moi, avec un tracteur, donc plus de téléphones et plus d'internet pendant quelques jours. Et il arraché toutes les plantes, et toutes les fleurs qui étaient là.. - Pour "faire beau." Et c'est sans doute ce qui m'a le plus énervée. Mais bref! J'ai récupéré internet, j'ai pu écrire, et ça c'est l'important! Même si ça rame incroyablement!

ET J'AI EU MON BREVET! Oh my gash, on n'y croyait plus.

Disclamer : Aucun personnage ne m'appartient à part Marion et le docteur Leger. Les personnalités sont à Mathieu. Mathieu Sommet est à Mathieu Sommet. Antoine Daniel est à Antoine Daniel. Alexis Lloyd est à Alexis Lloyd.

(Et pour les infos sur les prochains chapitres/OS, vaut mieux vraiment suivre sur twitter en fait. Je sais que c'est compliqué avec toutes nos conneries entre deux tweets mais... Essayez au moins XD)

Je suis vraiment fatiguée, encore désolé pour les fautes. Et vous ne pouvez pas savoir comment ma co beug, et comment ça a ramé pour poster T_T Bref.

Enjoy.

(Celui ou celle qui me trouve la série en référence en début de chapitre avec Mathieu, je l'épouse.)


"Rira bien qui sait rire encore." -Les Cartons.


Chapitre 9: Ce qui ne nous tue pas...

L'eau brûlante coulait sur sa peau. Traçait délicatement le contour de ses reins, suivant la ligne de son torse imberbe et fin.

Il passa une main dans ses cheveux châtains, les yeux fermés, une musique de Nirvana en fond.

Son sourcil tressauta nerveusement. Un rire mal assuré franchit discrètement ses lèvres.

Il éteignit l'eau. Attrapa une serviette qu'il noua autour de sa taille.

Il leva la tête vers le miroir.

'Come as you are, as you were

As I want you to be

As a friend, as a friend, as an old enemy

Take your time, hurry up

The choice is yours, don't be late

Take a rest, as a friend, as an old memoria

Memoria'

Il ressemblait à un cadavre.

Ses doigts tracèrent le contour de son visage réfléchi dans la glace, se demandant réellement comment il pouvait encore se regarder dedans.

Il resta devant, pensant à tout, les yeux dans le vague. La musique se termina.

Une seule tomba. Puis Mathieu fondit en larmes.

Il resta là sur le sol, à pleurer.

Ça allait lui passer. Ça passait toujours. Au bout de cinq, dix, vingt minutes. Des crises de paniques, de stress, post-traumatiques. Des conneries.

Sa vie entière était une connerie.

Les médocs qu'il prenait chaque jour n'arrangeaient rien. Il aurait arrêté depuis bien longtemps si le Prof ne l'avait pas sermonné mille fois, le menaçant par tous les moyens s'il ne respectait pas les doses indiquées.

Et ils atténuaient un peu la douleur. Celle à l'épaule, ce n'était rien. La tête allait mieux. Mais celle à la jambe...

Heureusement, il avait une capacité de guérison assez performante. Assez pour lui donner l'espoir de remarcher dans deux ou trois semaines.

Il se força à inspirer profondément, laissant le maximum d'air envahir ses poumons. Se concentrer sur autre chose, plutôt que sur cette impression de crever à petit feu. Cette putain d'impression qui lui éclatait les poumons.

"Ce n'est pas de ta faute. Ce n'est pas de ta faute."

Non. Ça ne l'était pas.

Tout le monde était tellement plus heureux comme ça, n'est-ce pas? Ça se voyait. Comme le nez au milieu de la figure. Ils respiraient la joie et la bonne humeur.

A travers des larmes sèches et amères, Mathieu sourit noir.

Il n'avait pas le droit d'être mal. Ce n'était pas à lui, de flancher.

Au bout de quelques secondes, il toucha d'un air mal assuré une de ses joues, cherchant confirmation dans son cœur. La peine s'était atténuée. Un peu. Les larmes ne coulaient plus.

Sa tête vint se poser sur la surface lisse et froide de la douche.

Il faudrait sortir. Affronter le regard brun d'Antoine.

Le soutenir.

Du bout des doigts, il effleura son crâne. Une cicatrice de l'accident était restée. De taille moyenne, et toujours un peu douloureuse. Rose. A l'arrière du crâne. Si laide. Une plaie qu'il devrait supporter toute sa vie. Comme une trace indélébile de sa honte.

Et de la faiblesse qui en suivait.

De sa faiblesse à lui. Il n'était pas un homme. Il était un gamin qui ne voulait pas qu'on lui retire son seul amour. Quitte à se faire du mal.

Quitte à faire du mal à Antoine.

Peut-être qu'il le détruisait, à l'aimer, finalement. Peut-être qu'Antoine en mourrait.

Mais ce n'était toujours pas assez fort, pour empêcher le torrent ardent d'une multitude de sentiments, qui l'étreignait à chaque fois qu'il croisait les deux yeux chocolat.

C'était le prix à payer. De ne plus rire, de ne plus sourire. Son visage le brûlait à chaque fois qu'il tentait un sourire. Comme si le simple fait d'hausser les lèvres était un immense effort qui lui tirait la peau jusqu'à la pointe des pieds.

L'impression d'être dans une barque en train de couler... une barque en dérive au plein milieu de l'océan. Ces voix dans sa tête qui le tiraient vers le bas.

Et devant, sur une autre barque, Antoine. Antoine à qui il n'était pas sûr de pouvoir tenir sa promesse. Est-ce qu'il pourrait réellement le sauver, s'il tombait à l'eau?

Parce qu'il y'avait aussi sa famille. Chacune de ses personnalités. Et entre Antoine et sa famille, le choix n'était même pas à réfléchir.

Mais ils étaient tous si loin... et pourtant, il lui semblait pouvoir les atteindre rien qu'en tendant la main...

Mais elle ne voulait pas, comme si elle allait s'y brûler.

Pourquoi? Il était à sa place, avec le reste de ce qu'il considérait autant comme ses frères que ses enfants. Et jamais, jamais, il n'y serait plus à sa place.

Ils avaient beau se casser la gueule, dégringoler dans une spirale malsaine de secrets, de colère et de destruction, mais si ils le faisaient, ce serait toujours ensembles.

Jamais un par un. Ensemble.

Et pourtant, Mathieu ressentait de plus en plus une ombre de peur qui planait sur lui. Une menace qui n'existait pas avant. Plus personne n'en était au même point. Certain dégringolait plus vite que les autres, et il n'arriverait pas à tous les rattraper.

Il n'avait pas la réponse. Il avançait sur sa barque avec une rame brisée, sur des eaux noires et dangereuses, sans boussole ni repères. Avec la peur de se noyer à tout moment...

Il n'avait ni bras qui le soutenaient, ni main tendue vers lui.

Comme sur un fil... un fil qui lui écorchait les pieds...

Cette étrange réflexion avait un goût de déjà-vu qui lui laissa une sensation étrange dans la bouche. Était-ce bien vrai? Peut-être était-il déjà tombé, après tout. Et qu'il ne s'en rendrait compte qu'une fois au sol.

Une fois au sol, avec tout le monde autour de toi. Ceux qui auront chuté avant.

Un frisson remonta le long de son dos humide. Et il ferma très fort les yeux pour freiner un nouvel excès de panique.

"Ce n'est pas de ta faute. Ce n'est pas de ta faute."

Si ça se terminerait comme ça, peu importe à qui était la faute.

Néanmoins, il se força à reprendre son calme.

Il n'était pas dans un film. Les choses se dérouleraient comme elles avaient à se dérouler. Tout le monde... tout le monde irait mieux. S'il ne se raccrochait pas à cette certitude, il n'y aurait plus rien à quoi se raccrocher.

Antoine et lui continueraient le chemin main dans la main. Peut-être comme des amis. Peut-être comme un couple.

Tout dépendait du brun. Lui était prêt. Prêt depuis toujours, sûrement depuis l'instant où il l'avait vu. Peut-être même par ce premier message facebook que le plus jeune lui avait envoyé, alors que des internautes criaient au plagiat de son émission.

Quand il avait commencé à l'aimer, il ne saurait le dire. Il l'avait toujours su, quelque part, au fond. Il avait peut-être eu besoin d'un psy pour s'en rendre compte, mais ça datait de bien plus longtemps.

Et quand avait-il commencé à assez l'aimer pour vendre son âme au diable? Pour enterrer sa morale sous des tonnes de sable que rien ni personne ne semblait pouvoir creuser?

Depuis toujours aussi, peut-être.

Cette pensée aurait dû l'effrayer, mais elle n'en fit rien. Il avait pourtant tout le temps, et toutes les raisons, d'avoir peur. Mais pour une fois, il se sentit étrangement calme, ses crises passées.

Il se rappelait pourquoi il faisait tout ça. Pour eux tous. Pour maintenir un équilibre déjà précaire.

Il se leva, se portant faiblement sur ses deux jambes tremblantes. La droite lui faisait un mal de chien, et il dut appuyer tout son poids sur la gauche pour ne pas retomber par terre.

Le miroir lui renvoya son reflet décharné. Les souvenirs dans ses yeux pâles, et les éclats restants. Les éclats d'une vie qui lui semblait bien lointaine.

Il eut un rictus amer.

"Ça me réussit pas, la dépression..."

Et une nouvelle fois, il avisa la cicatrice sur le haut de son crâne, qu'il toucha du bout du doigts. Il pouvait la sentir. Elle formait un trou dans son crâne.

Il n'avait pas l'habitude des cicatrices visibles, et il n'aimait pas vraiment ça. Surtout pas celle-là.

Non, surtout pas celle-là.

Sa main vint d'elle-même ouvrir la petite porte vitrée du placard surélevé vissé au mur, pour y attraper une boîte en carton lourde.

Il sortit l'objet, y emboîta le fil, puis se baissa pour le brancher à la seule prise disponible.

Elle était la marque de sa faiblesse. De sa honte. D'un secret.

Il actionna la tondeuse, et rasa à blanc la première mèche de cheveux, jusqu'à l'arrière du crâne.

C'est pour ça qu'elle serait mise à nue.


_T'es sûr que ça vous dérange pas?

_Dis pas n'importe quoi.

La Fille sourit chaleureusement, rabattant machinalement le coin du lit. Couverture bleue, oreillers et drap blancs, aucun signe distinctif. Aucune marque personnelle.

Et pourtant, Antoine s'y sentit bien. A la vue de cette simple démonstration d'affection de la blonde, et de cette chambre qui lui était destinée.

Et tout le monde avait bien insisté, "le temps qu'il voulait."

Il y'avait déjà dormi, ces quelques derniers jours. Mais c'était différent. Il avait l'impression de se sentir plus chez lui, cette fois-ci.

_Ça fait quelques jours que tu dors ici... hésite pas à prendre tes marques, surtout.

_Merci. Merci pour tout.

Il y'eu une légère faiblesse dans le sourire si grand du travesti, et une étincelle de tristesse qui y brilla. Le brun la vit, mais ne fit pas de commentaires. Il se doutait qu'ils n'allaient pas tous être sûrs de comment agir avec lui.

Mais étonnement, la Fille s'en sortait plutôt bien. C'était peut-être la personnalité de Mathieu avec qui il se sentait la plus proche. Peut-être parce que c'était quelque part une femme. En fait non, c'était, une femme. Est-ce que inconsciemment, elle lui rappelait...

_C'est normal, Antoine.

Sa voix douce résonna dans la chambre, et dans le silence ambiant.

_On est là pour toi. Tous. Si tu as besoin de quoi que ce soit, et je ne parle pas seulement de quelque chose de matériel, tu sais que tu peux nous en parler quand tu veux.

Elle lâcha un espèce de soupir de frustration étrange.

_Et c'est pas... une saloperie de discours que je répète à tous ceux qui veulent bien l'entendre. Je le pense sincèrement. Et c'est pour ça que tu es là avec nous.

Un instant, le brun, à travers les mots qui percutaient son crâne dans un mélange violent et tendre, ne sût quoi dire.

Son cœur en fût touché. Son être entier. Et pour ça, il ne pouvait que la remercier.

Ça lui faisait du bien, de ressentir autre chose que de la tristesse et de la colère.

Alors il se contenta de sourire, ému. Il ne savait pas si elle avait remarqué ses yeux qu'il sentait devenir brillants.

_Allez Antoine, te prives pas de pleurer, ici.

Il faillit craquer, une seconde.

Mais réussit à ravaler les quelques larmes qui menaçaient de couler, et à relever la tête. Entre temps, la blonde s'était rapproché, et avait placé une main sur son épaule.

Une réaction qu'aurait eu une sœur, une amie, ou une mère. Et il se rendit compte à cet instant que la Fille n'était décidément jamais prise à sa juste valeur.

_Ça va aller je crois. J'ai assez pleuré. Je sais que ça va être dur mais... je tiens le cap.

_C'est une bonne chose. C'est la chose à faire.

Antoine acquiesça d'un mouvement de tête, avant qu'un deuxième sourire n'apparaisse sur le visage de la blonde. Comme si tout ça n'était qu'une mauvaise passe. Comme si tout pourrait s'effacer d'un sourire. Comme la gomme magique effaçant les traces d'un dessin trop noir. Des traces que les larmes ne feront que répandre et diluer.

_On descend? On va voir ce qui se passe dans la cuisine. Promis, je te laisse t'installer après.

Le son d'un rire faible mais sincère retentit.

Le brun sentit son cœur s'arrêter. Pour rebattre aussitôt, comme dans une nouvelle lancée, presque bestiale.

Son rire était comme le début d'un nouveau chapitre.

Un nouveau chapitre peut-être plus joyeux.

Ils l'espéraient tous les deux.

.

La Fille cuisinait bien. Ce fut la deuxième chose qu'il découvrit en ce jour. Ce n'était rien, un plat tout simple. Des carbonara. Mais l'odeur alléchante venue de la cuisine suffisait à se le dire.

La blonde était décidément pleine de surprises.

Mais encore une fois, il ne put s'empêcher de penser à Marion. Elle aussi cuisinait.

Il n'eut pas le temps d'y penser plus longtemps, il entendit une voix venue de l'autre côté de la pièce.

_C'est prêt!

Souriant un peu tristement, malgré la faim qui le tiraillait. Antoine prit place à la table de la cuisine. Quand il se rendit compte d'une chose.

_Tu ne manges pas?

La compagne du Prof attrapa la poêle fumante, et en déversa tout le contenu dans une assiette, avant d'y rajouter une fourchette.

_Non. J'ai déjà mangé, puis je fais attention à ma ligne.

Elle fronça les sourcils légèrement, examinant le plat.

_Même si je dois reconnaître que ces pâtes me font pas mal envie. C'est ça, d'être une femme.

Elle lui déposa l'assiette en porcelaine devant lui, le fixant avec un demi-sourire, avant de s'installer sur la chaise opposée, attendant visiblement qu'il lui donne son avis.

Néanmoins, Antoine ne put s'empêcher de se figer quelques secondes.

Il... il n'imaginait pas vraiment la Fille ainsi. A lui faire la cuisine, uniquement à lui. Il l'imaginait plutôt à s'insurger devant les tâches ménagères imposées aux femmes.

Encore une preuve qu'il ne la connaissait décidément que très peu.

_Profites en, ça n'arrivera pas souvent.

La femme à barbe avait dit ça comme si elle avait lu dans ses pensées. Ou plus probablement dans ses yeux légèrement écarquillés posés sur les pâtes. Et ne semblait absolument pas vexée par son cheminement intérieur.

_Disons que tu es notre invitée, et qu'il n'y ai aucun de mes frères dans le coin. Je pense que tous auraient fait de même. Enfin, presque tous.

_Et bien… merci.

Elle laissa échapper un petit éclat de rire. Et une fois de plus, Antoine s'en sentit troublé. Ce n'était pas son rire stupide habituel. C'était quelque chose de bien plus mature, qui se cachait derrière.

_Pas besoin de dire merci à chaque fois qu'on dit quelque chose. N'importe qui ou presque t'accueillerait ainsi, Antoine. C'est normal. Mais je te le répète, profites-en. Mes frères savent que je ne suis pas vraiment une adepte de la cuisine et du ménage, bien que Mathieu veille plus ou moins à un partage équitable des tâches dans toute la maison. Je fais plutôt la lessive, en général. La cuisine, c'est Mathieu, ou le Panda. Il tient à ce qu'on mange tous ensemble, c'est une des règles.

Elle lui parlait comme elle parlerait à n'importe qui. Et rien que pour ça, le vidéaste le remerciait mille fois. Il n'avait pas besoin de pitié, ou de condescendance. Surtout pas. Il avait simplement besoin de gens qui agissaient normalement. Et qui souriait comme elle.

Des sourires francs et une épaule sur laquelle s'appuyer. Des mots sincères, et une conversation légère et normale. Tout ce que lui apportait ce qu'il pourrait peut-être, dans quelques temps, définir comme une amie.

C'était une belle leçon, qu'il avait là. De ne pas juger sur les apparences.

Ou peut-être qu'elle n'avait pas toujours caché son jeu. Qu'avant, elle était telle qu'elle en avait l'air devant tout le monde, et que tous les récents évènements l'avaient forcés à mûrir, à grandir contre son gré.

Le Prof et elle étaient ensembles depuis peu, de plus.

_Alors, tu me les goûtes ces pâtes? J'aimerais savoir si mes talents de cuisinière n'ont pas faibli avec le temps.

_C'est parti.

_Fais-toi plaisir.

Il fit tourner sa fourchette pour enrouler les longues pâtes blanches autour, avant de les enfourner dans sa bouche.

Ça faisait des jours qu'il n'avait rien avalé. Et il y'avait une différence colossale entre avoir faim, et avoir envie de manger. Néanmoins, le vertige qu'il avait eu en début de matinée avait suffi à le raisonner, ainsi que les mots de sa mère. Ne pas manger ne résoudrait rien. Ne ramènerait rien.

Surtout pas Marion.

Antoine ferma les yeux. Et sentit encore une fois son estomac se contracter violemment. Il ne pouvait rien y faire. Tout se collait toujours à sa copine.

Ex copine. Son ex copine.

_Alors?

Il se rappela brutalement de la présence de la personnalité de son ami. Et soudain, ce fut comme si il redécouvrait un monde nouveau. Celui du goût d'un bon aliment dans sa bouche affamée. Le goût de la sauce et la texture des pâtes et des lardons.

C'était excellent. Et ce n'était pas seulement parce que son corps avait faim.

Il finit sa bouchée, et releva les yeux vers la Fille.

_C'est succulent.

Elle haussa légèrement les sourcils. Soit parce qu'elle était surprise par la franchise du commentaire, soit par le mot qu'avait employé le brun.

_C'est vrai? Eh bien, je ne pensais pas. Ça fait un petit bout de temps que j'avais pas remis la main à la pâte, même avec un plat aussi basique.

_Tu devrais t'y mettre plus souvent.

Antoine lui sourit doucement. Elle vit toujours cette note de tristesse au fond du regard, qui ne disparaîtrait sûrement pas avant très longtemps.

Elle espérait seulement que l'océan de douceur et de force autour se renforcerait jusqu'à la noyer à l'intérieur.

_J'essaierai.

Alors qu'il reprenait une deuxième bouchée, le claquement de deux béquilles se firent entendre dans l'escalier.

La Fille leva légèrement les yeux au ciel, mais un fin sourire s'étira sur ses lèvres.

_J'te jure qu'un jour il se fera mal à tout vouloir faire tout seul...

Elle se leva de sa chaise, suivie calmement des yeux par Antoine, avant que celui-ci ne les écarquille, se figeant devant le visage stupéfait de la blonde. Peut-être un peu teinté d'horreur.

Il crût tout de suite à un problème, et faillit se lever de sa chaise, avant que la personnalité ne cligne des yeux, et secoua la tête de droite à gauche.

_C'est une blague?

_Bah quoi?

La voix de Mathieu résonna de derrière le mur. Une voix calme, fatiguée, et peut-être un peu... hésitante?

_Pourquoi t'as fait ça?

_Je trouve ça beau, j'avais envie de changer.

_Sérieusement? Comment ils vont faire les garçons pour l'émission maintenant?

Le châtain sembla beuger quelques secondes, comme si cette question ne lui était absolument jamais passée par la tête. Antoine entendit un long soupir retentir.

_Ils feront pareil.

_Le Patron voudra jamais.

_J'emmerde le Patron.

Sa voix était encore plus calme. Il n'y avait aucune hésitation dans ces mots. Le brun n'avait jamais entendu Mathieu parler ainsi d'une de ses personnalités, même du criminel. Il y'avait l'air d'y avoir un sacré problème, entre eux deux.

Et pourtant, Antoine pouvait observait une sorte de lien qu'il avait avec l'homme en noir, mais qu'il n'avait pas l'air d'avoir avec les autres.

Comme si le criminel était à part, dans le cœur de Mathieu. Qu'il occupait une autre place. Sûrement pas moins importante, mais simplement... différente.

Un lien que personne ne pourrait sans aucun doute jamais comprendre.

Il entendit le claquement des béquilles sur le sol se rapprocher, et le présentateur de What The Cut oublia vite les toutes sortes de réflexions qu'il avait pu avoir ces dernières minutes.

Il laissa retomber la fourchette dans l'assiette, choqué.

Mathieu s'était entièrement rasé la tête. La boule à zéro, littéralement. Il n'y avait plus aucuns cheveux.

Antoine avait l'impression d'avoir devant lui une autre personne. Ce qui était peut-être le cas.

Il se racla la gorge, conscient du regard du châtain sur lui, avant de prendre la parole, toujours un peu sous le choc.

_C'est... whow. Bizarre.

_Ça te plaît?

Antoine prit la question comme elle était, un ami qui demande à un ami des avis sur sa nouvelle coupe de cheveux.

Rien de plus. Rien de moins.

_C'est... étrange. Laisse-moi un peu de temps, je te dirais ça.

_C'est moche!

Les mots de la Fille rendirent le brun un peu mal à l'aise. Comme si Mathieu allait croire que c'était ce qu'il pensait, et qu'il n'osait pas lui dire.

Ce qui n'était pas vraiment le cas.

_Merci de ta sincérité.

Le plus vieux prit place sur la chaise que venait de quitter la blonde, et observa quelques minutes Antoine. Ils entendirent la seule femme de la maison quitter le salon, leur criant vaguement qu'elle allait rejoindre le Prof.

_Ça ne te plaît pas?

Pas vraiment. Ce n'était pas que ça ne lui plaisait pas. C'était... déplacé. Peut-être propice aux événements pour le châtain, mais pas pour lui.

C'était un changement supplémentaire dans sa vie déjà si chamboulée. Une façon supplémentaire de lui rappeler que rien ne serait plus comme avant.

Ça repoussait, pourtant, des cheveux. Mais voir Mathieu ainsi lui prenait désagréablement la gorge. Comme si il avait perdu son ami, quelque part.

C'était le résultat de ses nerfs à fleurs de peau. Se sentir ainsi pour une coupe de cheveux. Dans quelques semaines, il aurait le même visage qu'il avait toujours connu...

Mais ce ne serait plus le même. De toute manière. Qu'il ne change rien de lui, ou qu'il change du tout au tout physiquement. Mathieu ne serait plus jamais Mathieu.

Et c'était effrayant. Ça avait un goût de non-retour qui ne plaisait pas à Antoine. Qui ne lui avait jamais plu. Comme lorsqu'on quitte une maison à laquelle on s'était attachée, et qu'on sait qu'on ne la reverra plus. Comme le dernier jour d'une école dans laquelle on ne mettra plus les pieds.

Tout ça, mais en pire. En douloureux.

Soudain, il fut conscient que Mathieu attendait une réponse. Contrairement à comment il avait pu regarder la Fille, il ne semblait pas anxieux.

Comme si son avis à lui ne comptait pas tant que ça.

Son crâne chauve prenait soudain tout l'espace. Il ne pouvait plus se concentrer que sur ça.

Ce n'était pas laid, non. C'était différent.

_Si. Disons que ça ne te change pas tellement.

Il opta pour la voix de la sûreté. Il n'avait ni la force ni l'envie de s'expliquer à Mathieu. C'était trop long. Trop compliqué. Le cheminement de ses pensées était un grand labyrinthe. Lui se perdait déjà, et il n'avait pas envie d'y rajouter une personne.

_Tant mieux, alors.

_Pourquoi tu l'as fait?

Heureusement, sa voix ne parût pas trop agressive, ni trop inquisitrice. Une simple question normale.

_J'en sais rien.

Étonnement, il décela un peu de vérité, dans les yeux de son ami. Même une étincelle de réalisation. Comme si il prenait soudainement conscience de ce qu'il avait fait. Et qu'il l'avait fait dans un état second, sans savoir pourquoi.

Antoine eu peur que ce fut le cas, mais il se calma en voyant les épaules de Mat' se détendre.

_Je crois que j'avais besoin de changement.

Le brun dût user de tout son Self-Control pour ne pas éclater de rire dans son assiette de pâtes, sûrement froides, maintenant. Un grand éclat de rire du fond des tripes.

L'autre ne remarqua rien, les yeux sur le mur opposé.

_Puis... c'est plus pratique, pour la cicatrice. Ça lui permet de guérir plus vite. Les cheveux c'est pas super hygiénique.

Cette fois, il décela du mensonge. Il eut presque l'impression que Mathieu ne faisait d'ailleurs pas grand effort, pour mentir. Trop fatigué, lui aussi. Comme si il savait que l'autre n'allait rien dire, et que ça n'avait pas grande importance, dans le fond. C'était là qu'il se trompait. Pour Antoine, ça en avait. Ça en avait beaucoup.

_Tu devrais manger.

Deuxième fois qu'on le lui rappelait.

Antoine hocha la tête, plongea le couvert à fourches dans ses pâtes, avant de relever le regard.

_Et toi? Tu as mangé?

Il vit le châtain se tendre, et il sentit une boule désagréable se former dans son ventre.

Une boule qui le renvoya des semaines en arrière, à une époque qui lui semblait à des décennies. Lorsque Mathieu et lui s'étaient retrouvés dans sa chambre. Lorsqu'il avait remarqué pour la première fois le corps maigre et décharné de son ami, ses grands yeux vides et creusés. Son état de santé chaotique. Un état qu'il lui avait caché.

Lorsqu'il avait découvert son ami malade. Une maladie qui avait un nom, et qu'il n'osait prononcer en sa présence.

_Tu...

_Tout va bien de ce côté-là.

Mathieu mentit encore, mais cette fois, Antoine n'en vit rien. Il le crût. Encore bien trop naïf.

Le châtain n'osait lui dire qu'il n'avait presque rien mangé depuis sa sortie de l'hôpital. Depuis trois jours. Et même avant. Dans le dos de tout le monde, il se précipitait aux toilettes pour vomir ces repas, encore et encore. Comme une répétition fatale, qu'il était condamné à subir.

Son anorexie et sa boulimie n'étaient pas guéries. Il avait même l'impression qu'elles avaient empiré. La vue du repas d'Antoine ne faisait que lui confirmer, alors qu'une sensation douloureuse et bien familière remontait le long de sa gorge.

Mais il n'avait pas envie d'ajouter un problème de plus à l'autre, alors lui sourit faiblement, tellement faussement qu'il s'étonna que l'autre ne remarque rien, et à la place, se servit un grand verre d'eau. Il avait la bouche sèche. Comme si la simple vue de l'homme qui l'aimait lui était soudainement autant vitale qu'insupportable.

Il savait que son meilleur ami avait ce souvenir précis de leur dispute en tête. Ce jour où il lui avait avoué être malade. Et la discussion qui avait précédée. Une discussion dont il se souvenait parfaitement.

Lorsqu'Antoine lui avait avoué avoir remarqué son attirance. Et que lui n'avait rien su dire, bouillonnant de peine et de colère. Ces souvenirs étaient en train de remonter inexorablement à la surface, et Antoine faisait comme si de rien n'était.

Il venait de perdre sa copine. Mais lui... lui attendait depuis trop longtemps.

Ses mots, à la limite de sortir, furent coupés par le bruit de la sonnette.

Mathieu haussa les sourcils, surpris. Ils n'attendaient personne, à sa connaissance. Antoine lui jeta le même regard, avec un haussement d'épaule fatigué.

_Je vais voir, bouge pas.

Il attrapa ses béquilles, se levant péniblement de sa chaise. Antoine n'osa pas faire un geste, il n'était pas chez lui, après tout. A la place, il fixa le dos de Mathieu s'éloigner en direction de l'entrée.

Mathieu tourna la poignée, déposant ses béquilles sur le côté, se tenant sur une jambe, avant d'ouvrir la porte en grand.

_Alexis?

_Hé Mathieu! Comment tu vas? Wow, nouvelle coupe de cheveux.

Le schizophrène fût un peu surpris de le voir là, arriver sans prévenir. Il aimait bien Alexis, mais la dernière chose dont il avait envie était de voir ses potes plus ou moins proches débarquer un par un.

"A part Kriss. Putain, il faut absolument que j'appelle Kriss."

En première réponse, il sourit un peu, plus pour être poli qu'autre chose, s'approchant pour lui faire la bise. Lorsqu'il sentit les lèvres du plus grand lui frôler la joue, il sentit un léger frisson lui remonter le long du dos. Et étrangement, il sentit le même effet chez l'autre.

Troublé. Il se sentait troublé. Comme si le geste n'était pas si anodin qu'il y paraissait.

Il se détacha de lui, ses yeux bleus plongés dans ceux presque tout aussi bleus de l'ingénieur du son.

Il se souvint de tout ce que ses doubles lui avaient dit. Alexis était venu le voir étrangement très souvent, paraissant inquiet au possible.

C'était sûrement un homme qui prenait son rôle d'ami très à cœur.

Sûrement.

_C'est tout récent, j'ai fait ça tout à l'heure.

_Ça te va très bien.

Il sourit encore. Une alarme s'alluma instantanément dans l'esprit de Mathieu. Une alarme un peu amusée, mais un peu méfiante.

_Merci.

_Comment vont tes blessures?

_Ça va. Ma jambe a un peu du mal à suivre, mais on s'y fait. J'ai des béquilles.

Se retournant légèrement, il désigna de la tête les deux longues perches blanches et bleues appuyées contre le mur.

_Si tu vas bien, c'est le principal.

L'alarme sonna un peu plus fort.

_Merci Alexis. Sinon... tu voulais quelque chose de particulier?

Le brun sourit doucement, une drôle de lueur dans les yeux. Il parût même un peu gêné, comme s'il s'attendait à la question de Mathieu, mais qu'il n'avait pas réfléchi à la réponse.

_Euh... j'aurais aimé savoir si..

Mathieu sentit l'autre réfléchir rapidement à une réponse. Et à ce changement de caractère soudain, il sentit une pointe de lassitude le traverser.

_Enfin, pour SLG. Comment on faisait, du coup.

Peut-être qu'il avait inventé une réponse à la seconde, mais ce n'était pas si stupide. Il n'avait pas réfléchi au cas de son émission ces derniers jours, ce qui pourtant les faisait tous vivre s'il ne comptait pas un peu sur l'aide du Patron.

_Je ne sais pas. Je pense sortir rapidement l'épisode 86. Je peux pas laisser les internautes en plan trop longtemps, surtout pas après la fin de la saison quatre.

_D'accord, mais dans ton état...

_Je suis capable de choisir quelques vidéos, d'écrire un script, et de faire un montage. Pour les tournages, j'ai l'aide de mes personnalités.

_Ok... Je voulais pas paraître insultant, je suis désolé.

_C'est rien, t'en fais pas. Mais j'aurais sûrement besoin de toi. Et j'ai un nouveau projet aussi, je t'en parlerai.

L'autre hocha la tête. Un léger silence s'installa, de l'entrée à la cuisine. Quand Mathieu percuta quelque chose.

_Euh... tu veux rentrer?

Alexis allait prendre la parole, semblant retrouver sa bonne humeur, mais le schizophrène le devança sans même s'en rendre compte.

_Antoine est là, aussi. Si tu veux venir le voir.

Soudainement, comme si ces mots lui avaient fait l'effet d'une douche froide, le musicien perdit son sourire enjoué, lançant un regard en arrière.

Quelqu'un d'attentif aurait même pu percuter une lueur un peu déçue.

_Je... -Il baisse la voix, ne voulant pas que l'autre l'entende.- J'ai des choses à faire, je viens de me rappeler.

Il fit mine de ne pas l'avoir vu, assis dans la salle à manger, et se gratta l'arrière de la tête.

_Je suis un peu pressé. J'passais juste voir si tout allait bien.

_Oh, d'accord. A plus tard dans ce cas, bonne journée mec.

_Bonne journée Mathieu, appelle-moi pour SLG.

Le plus petit remarqua la légère hésitation qu'il y'avait eu entre "Appelle-moi" et "Pour SLG", mais il ne dit rien, le saluant une seconde fois.

Il regarda partir sa grande silhouette musclée, avec toujours la même impression bizarre.

"Bizarre. J'ai pas d'autre mot."

Il rattrapa ses béquilles, mais ne les utilisa pas pour revenir jusqu'à la table. A la place, il se posta devant un Antoine silencieux.

_C'était Alexis. Celui qui m'aide pour...

_Je sais qui c'est. Il est venu te voir souvent, là-bas.

Tous deux savaient très bien ce qu'était "là-bas." Un épisode de leur vie qui n'aurait jamais dû exister. Un monde à part qui continuait sa route pour n'y répandre que le malheur.

C'était ça, là-bas.

Mathieu effaça les souvenirs de murs blancs et d'un long sommeil rêveur pour les yeux de son ami.

_T'as un problème avec lui?

_Non.

Oui. Et Antoine n'avait aucune idée de pourquoi. Il n'aimait ni son visage, ni ses manières, ni ses mots. Comme un animal face à un autre animal qu'il estimait dangereux pour sa sécurité. Néfaste pour son confort.

Ou pour ce qu'il restait des deux.

Les regards s'empoignèrent, menteurs des deux côtés.

Comme d'habitude.

Mathieu sentit son cœur se serrer violemment. Il ne fallait pas que le brun le regarde avec de tels yeux. Surtout pas. Pas maintenant.

L'ambiance tendue retomba. Le plus grand finissait son assiette, mâchouillant les dernières bouchées, jetant de vagues coups d'œil au regard perdu du châtain.

Le tiraillement était là. Le déchirement, toujours plus fort, toujours plus intense.

L'image de Marion ne le quittait pas, quoi qu'il fasse. Collée derrière ses deux paupières.

Et celle de Mathieu non plus. Elle s'était faite plus restreinte, plus effacée, comme diluée par les larmes de sa peine. Mais toujours là.

_Tu veux regarder un film?

L'autre brisa le silence gênant. Antoine s'en foutait. Il aurait pu être gênant, tendu, haineux... son visage pâle et ses grands cheveux blonds ne voulait plus partir de son esprit, maintenant. Clouée sur chaque face de son esprit, du coin le plus reculée au plus proche.

Il aurait tant voulu dormir.

Mais il sourit à Mathieu. Le remerciant rapidement.

Se leva pour débarrasser, et entendit le châtain se diriger vers l'armoire ou il rangeait les DVD. Il posa le tout dans l'évier, ou il fixa quelques secondes son reflet dans l'eau.

Ses cheveux retombaient sur eux-mêmes, monstrueusement épais et emmêlés. Ses grands yeux cernés lui donnait l'air d'un nounours usé, oublié dans la cave poussiéreuse d'une vieille maison.

_Antoine!

Un doudou qui appelait désespérément, mais silencieux comme la mort, sa vieille maîtresse, qui avait grandi maintenant. Qui ne se souvenait plus de lui. Qui l'avait remplacé.

_Mec?

Et il resterait ainsi dans cette cave. Jusqu'à ce que quelqu'un, dans très longtemps, décide de se débarrasser de cette peluche décousue, sale, à l'air si triste.

_Antoine.

Une main sur son épaule le fit sursauter. Un courant électrique le traversa entièrement.

Mathieu le regardait en fronçant les sourcils, l'air inquiet.

_Ça va?

Il reprit ses esprits, quittant les deux yeux bleus.

_Oui oui, t'inquiète. Bon alors, tu le mets ce film?

_Justement, je voulais te demander ce que tu voulais regarder.

_Un Disney.

Il avait dit la réponse sans vraiment réfléchir. Quelque chose de simple. De doux. Sans prise de tête. Et l'autre le comprit.

Mathieu leva la tête vers le haut de l'armoire. Ils avaient chacun leur "collection films", et il fouilla quelques instants dans celle du Geek, évitant soigneusement des yeux celle du Patron.

Antoine, pendant ce temps, s'assit sur le canapé, et attrapa la télécommande. Il alluma la télévision, ne prêtant que peu d'attention aux voix qui s'activaient à travers le petit écran.

_Le Livre De La Jungle? Ça te dit?

_Parfait.

"..De cette catastrophe météorologique entraînant plusieurs blessés, et des millions d'euros de réparations..."

Il soupira, allant pour baisser le son, quand le brune à l'écran désigna une autre image, affichée derrière elle.

"_Nous allons maintenant parler de cet accident, ayant causé un décès, s'étant déroulé hier sur une route parisienne peu empruntée..."

Mathieu revint tout de suite, le boîtier à la main.

Mais se figea brutalement, à l'entente des mots qui suivirent ceux de la journaliste.

"_D'après les enquêteurs, la victime, un homme de 51 ans du nom de Richard Leger, aurait malencontreusement dévié la trajectoire de sa voiture pour atterrir dans le fossé droit. Il aurait sûrement perdu connaissance, avant que la voiture ne s'embrase. Nous avons décidé de ne pas vous communiquer les images de l'accident..."

Il y'eu un silence de mort dans le salon. La reporter continuait de parler, inlassablement. Mais les deux hommes n'écoutaient plus que d'une oreille, abasourdis.

Mathieu sentit une pierre lui tomber dans l'estomac. Une colère monstrueuse enfler en lui.

Il retint de justesse le grincement qu'il avait au bout des lèvres, ce surnom qui lui apportait tant de problèmes, qu'il en viendrait presque à le haïr. Rien que le temps d'une minute. Rien que le temps que l'information passe si difficilement.

Le Patron avait tué Leger. Cet homme qui avait protégé leur secret, face aux menaces du criminel.

Cet homme qui aurait pu les trahir. Mais qui aurait pu se taire, et continuer sa vie en oubliant tout ça.

La pierre coula, de plus en plus profond dans ses entrailles. En parallèle, comme deux ascenseurs l'un à côté de l'autre, qui, sous la pression, le rendait fiévreux, la colère continua de grimper.

Il en aurait presque eu les larmes aux yeux, mais se mordit très fort la lèvre, assez pour empêcher une énième marque de faiblesse.

Trois. Le chiffre frappait dans sa tête. C'était sa seule obsession. Trois.

Trois morts. Trois cadavres que le Patron lui balançait sur les épaules. Parce qu'il n'y avait aucun moyen pour que ce ne soit qu'un simple accident. Absolument aucun.

Une part de lui avait souhaité les deux premiers. Une très, très sombre part, qu'il accordait au criminel en noir, encore une fois. Et cette part-là avait aussi voulu celle du chirurgien.

Il avait eu peur, bien-sûr, que Leger en dise trop. Et peut-être que si l'autre aurait trop parlé, il aurait autorisé le Patron à faire le sale boulot. Aurait fermé les yeux.

Mais Leger n'aurait pas parlé. Il avait trop peur. C'était si évident, maintenant.

Mathieu ne dit rien, pas un mot. Les yeux fixés sur l'écran et sur les mots qui en sortaient toujours. Il ne lança même pas un regard à Antoine, derrière lui, la tête entre les mains.

Il se laissa retomber sur le canapé avec un bruit sourd, les yeux fixés obstinément au sol.

Il ne se douta pas que le brun devait être dans le même état. Mais lui ne savait pas pourquoi. Lui croyait à un accident. Lui n'avait pas toutes ces morts sur la conscience.

Le souvenir revint, amplifia dans son esprit jusqu'à y prendre totalement part, alors qu'il fermait les yeux.

C'était trop facile, de se laisser envahir par la haine envers sa plus sombre personnalité. Mais il s'était trop battu, pour ne plus baisser les bras.

Il n'allait pas se battre pour quelqu'un qui ne voulait pas de son aide.

Pour un homme qui lui mentait. Pour un homme qui détruisait sa famille. Pour un homme qui n'en faisait sûrement même plus parti. Cet homme dont il avait pourtant, au fond de lui, tant besoin.

Il revint quelques jours en arrière, alors que le Patron poussait la porte de sa chambre d'hôpital.

.

Le criminel n'avait pas toqué. N'avait pas attendu en ouvrant la porte. Il était simplement entré, de ses pas lourds et toujours menaçants. De sa démarche droite et féline.

Mathieu n'était plus impressionné. Il y'avait bien longtemps que le Patron ne lui faisait plus peur.

Il y'avait un silence de mort. Uniquement troublé par les bruits réguliers et stridents de l'écran, relié au respirateur et au cœur du vidéaste. Un silence grave qui ne plaisait ni à l'un, ni à l'autre, mais dont ils avaient l'habitude.

_Il m'a dit que tu voulais me voir.

Il avait un sourire dans la voix. Un sourire que Mathieu eu envie d'arracher. Mais l'expression du criminel était froide, sans émotions aucunes.

_Je voulais te parler.

_Pourquoi?

La question n'attendit pas. Claquant dans l'air. Et avec une stupéfaction toute nouvelle, Mathieu réalisa, soudainement, que le criminel était mal-à-l'aise. Comme gêné de se retrouver là, dans cette chambre, avec son créateur.

_Assis-toi.

Il entendit le raclement de la chaise sur le parquet, et le criminel s'asseoir, le fixant derrière ses lunettes. Il joignit ses deux mains sur ses genoux, courbant un peu le dos pour se rapprocher de son créateur.

_Je pensais pas que tu t'en sortirais.

Étrangement, Mathieu fût presque reconnaissant d'une telle franchise. Comme si c'était une manière bien à lui de lui faire comprendre qu'il était soulagé de le retrouver.

_Et bien me voilà.

_Pourquoi?

_Parce que tu me l'as demandé, je...

_Pourquoi t'as fait ça?

Le criminel ne répondit pas. Réfléchissant lentement au sens de ses paroles. Comprenant petit à petit que le médecin lui avait parlé de leur petit arrangement.

Finalement, il finit par soupirer, arrachant son regard à celui de Mathieu pour le poser sur les deux grandes fenêtres.

_Tu le sais très bien. Si ton pote l'aurait su, il se serait déjà barré. Ou il serait p't'être mort. On l'aurait retrouvé pendu...

_La ferme! Tu étais au courant de sa grossesse, et t'as menacé un médecin!

_Qu'est-ce que ça peut bien te foutre?

Ils tressaillirent tous les deux. Voilà bien longtemps, qu'ils ne s'étaient plus parlé comme ça. A se regarder en chien de faïence. A sentir l'amour fraternel et la colère qu'ils ressentaient l'un pour l'autre les déchirer de l'intérieur. Surtout Mathieu, si perdu Mathieu.

_Comment t'as pu prendre cette décision à ma place? Comment tu peux m'imposer ça? Tu es conscient de ce que t'as fait? Comment je vais pouvoir regarder Antoine dans les yeux maintenant?

_Tu pourras.

Silence.

_Tu y arriveras, Mathieu. Bien-sûr que tu y arriveras. Tu te souviens? Tu m'as créé.

Est-ce que c'était une pointe de tristesse, qu'il ressentait dans la voix du Patron?

_C'est à cause de toi, et de seulement toi que je suis là. On m'a inventé une vie à travers les dédalles de nos cerveaux, jusqu'à ce que j'apparaisse devant toi comme par magie. Je suis une partie de toi, comme les autres. Tout ce que j'ai en moi, tu l'as en toi. Ose me dire qu'une partie de ton âme et de ton cœur n'est pas satisfait de ce que je peux faire pour toi?

Le châtain n'osa rien dire.

_Tout ce que tu ne peux pas faire, à cause de ce que tu es, à cause de tous les autres, tout ce que les limites et les barrières sociales et morales t'interdisent de faire, moi, je le fais. C'est à ça que je sers Gamin. C'est pour ça, que je suis là. Si j'ai caché un tel truc, c'est parce qu'une part de toi voulait le cacher aussi. Et c'est pareil pour tous les autres.

Mathieu observa le criminel comme si il le voyait pour la première fois. Il ne lui avait jamais parlé ainsi. Ils avaient eu de grandes discussions. Violentes, douloureuses à en crever, il y'a très longtemps. Mais il avait crû ça terminé, révolu.

_Je le sais.

Il se pinça les lèvres, d'un odieux rictus.

_Mais tu ne dois pas prendre ces décisions à ma place. C'était convenu comme ça.

_On a rien convenu du tout.

_Quand tu es apparu, c'était le deal! On reste ensemble, on cohabite et on s'habitue l'un à l'autre. Parce qu'on en a besoin.

La vérité ressurgit dans leur cœur. Presque tristement.

_On en a besoin. J'ai besoin de vous tous à mes côtés. Mais pas si c'est pour me mettre dans de telles merdes. Tu as raison. Je vais peut-être pouvoir continuer à regarder en face Antoine et tous les autres. Mais je ne serais plus jamais le même.

_La vie et les expériences changent les gens. C'est comme ça.

_Tu ne dois pas choisir à ma putain de place!

_Je l'ai fait pour toi Mathieu! Putain c'est rien merde, tu lui sauves la vie à ton pote!

_Pourquoi l'avoir tué?

Mathieu avait serré le poing si fort à cette question que des traces rouges commençaient à apparaître sur sa paume. Savoir. Simplement savoir. Aussi par curiosité malsaine, quelque part.

Mais étrangement, le visage du Patron n'exprima rien de ce qu'il attendait.

Il se referma, et n'exprima plus rien. Un tableau noir sur lequel il ne pouvait plus écrire.

Et les mots lui firent l'effet d'une douche froide.

_Je ne l'ai pas tué.

...Il osait lui mentir? Le Patron en était donc arrivé à ce point, ou il n'osait même plus lui dire la vérité en face?

_Me mens pas. Elle n'est pas morte par accident. Je te connais. Elle allait bien.

_C'est Leger qui t'as dit que je l'avais tué?

_Leger ne m'a rien dit du tout. Tout ce qu'il m'a avoué, c'est que vous avez caché sa grossesse à Antoine. Il ne sait pas que tu l'as tué, et je pense qu'il ne vaut mieux pas qu'il sache.

_Pourquoi tu crois que c'est moi Mathieu? Pourquoi tu ne crois pas que c'est seulement un accident?

_Je te connais Patron. Je sais reconnaître quand tu mens.

Le silence fut glacial. Les lèvres du Patron se rehaussèrent, dans un sourire mesquin.

_Tu devrais aller te reposer gamin.

_Arrête tes conneries, tout ce que je veux c'est que tu me dises la vérité.

_La vérité c'est à toi de la voir.

Il se releva, sous le regard de Mathieu. Deux yeux qui n'exprimaient qu'un dégoût et une peine énorme. Et des mots du même acabit.

_Tu me déçois.

Silence.

_T'as pas intérêt à faire de mal à Leger.

_Ça c'est que tu dis maintenant.

Et le Patron s'était retourné, pour le fixer droit dans les yeux.

_C'est certainement pas ce que tu te dis au fond de toi.

Il avait claqué la porte, laissant Mathieu réfléchir à ses paroles.

.

Le Patron ne respectait plus rien de ce qu'il lui disait. Alors qu'il était son créateur. Il était devenu un électron libre n'en faisant qu'à sa tête. Une âme en dérision que l'arrogance et la luxure recouvraient entièrement.

Il avait osé lui mentir pour Marion. Il avait tué le médecin. Il avait tué un enfant.

Et Mathieu ne croyait plus en ces paroles. Ce n'était pas pour lui qu'il l'avait fait. C'était pour son unique plaisir. Une manière de montrer qu'il était le plus fort.

Peut-être se prenait-il pour un dieu, à se permettre d'ôter les vies ainsi.

_Mathieu...

La voix d'Antoine le fit revenir sur Terre violemment. Il se retourna vers lui, et put constater son teint pâle, et ses yeux vides.

Il sourit le plus tristement du monde.

_Ça part vraiment en couilles hein?

Son meilleur ami ne trouva rien à redire.

Ils restèrent ainsi sur le canapé, les yeux fixés dans le vide.

Tout disparaissait. Tout changeait. Comme une roue qui tournait trop vite.

Oui. Comme une roue qui tournait trop vite.


Un hurlement.

Il suffit d'un hurlement, pour que toute la grande maison ne sursaute. Pour que tous comprennent que quelque chose, cette fois-ci, n'allait réellement pas.

Un cri rempli de désespoir. De souffrance. De rage et de peur. De tous les sentiments négatifs que pouvait porter un homme.

Il réveilla Mathieu comme on réveille un mort, lui faisant relever la tête, écarquiller les yeux sous la terreur, vite suivi par Antoine.

Ce fut le Geek, qui réagit le premier. Peut-être car, dans les bras du Panda, il reconnut tout de suite d'où il provenait.

Les amants s'élancèrent à travers les escaliers à toute vitesse, tandis qu'à leur passage, la porte d'une autre chambre s'ouvrit, laissant passer les visages affolés de la Fille et du Prof.

Un hurlement qui laissa place à un silence encore plus terrifiant.

Mathieu et Antoine se levèrent directement. Les doubles du plus vieux apparurent en même temps dans le salon, dans une harmonie qui ne faisait pas sourire.

Un autre cri. Plus fort que le précédent. Un hurlement de panique. Peur. Il y'avait de la peur.

Mathieu avisa toutes ses personnalités. Absolument personne ne fit attention à ses cheveux châtains disparus.

Le Patron était parti ce matin.

Une. Il en manquait une.

Les quatre personnalités coururent dehors, laissant Mathieu hurler et maudire ses blessures, bien vite aidé par le grand châtain.

Une fois dehors, Mathieu sentit loin, très loin mais si proche, son cœur se briser.

Eclater dans sa poitrine. Une fêlure qui lui fit monter une nausée qui lui aurait fait vomir ses tripes.

L'aboiement paniqué de Capsule de Bière raisonna dans son crâne. Et comme au ralentit, dans un mauvais cauchemar, il vit le Geek, si voyant dans son T-shirt rouge, se précipiter vers son frère.

Et le Hippie hurlait.

Ce n'était pas un cri comme on pouvait en entendre souvent. C'était un hurlement inhumain, strident et rauque à la fois. Ce n'était même pas un hurlement, c'était la douleur même. Une matérialisation de la peur qui paraissait trop monstrueuse pour exister réellement dans ce monde.

Mathieu Sommet assista au spectacle, impuissant. Incapable même de faire un pas, tant ses jambes paraissaient paralysées. Il n'y avait plus rien dans son esprit, plus rien à quoi penser. Il n'y avait que le Hippie.

Le Geek ne réfléchissait pas.

Il ne sût pas quelle fût cette force qui le poussa, mais elle balaya tout. La peur qu'il avait pu ressentir à l'entente de son frère. L'immense douleur de le voir ainsi.

Il ne resta plus que la force, qui le soutenait lui. Qui pouvait soutenir le Hippie.

Alors il se jeta sur lui, empoignant ses deux mains.

Et sous le premier hurlement de la Fille, le Hippie lui donna un brusque coup de coude, qu'il réceptionna dans le ventre avec une violence qui lui fit courber l'échine.

Mais il ne lâcha pas ses poignets.

Les lunettes du camé étaient tombées à terre, laissant apparaitre ses yeux si grands. Un grand lac bleu de désespoir. De peur.

Surtout de peur.

Tout comprirent soudainement qu'il était en plein bad trip. Et tout le monde se rendit compte qu'ils ne savaient absolument pas quoi faire.

_Hippie... Hippie calme toi!

Un autre cri. Le camé lui lâcha brusquement les mains, comme si ce simple contact les lui avait brûlé. Il se tint la tête, tombant à genoux dans l'herbe pour hurler encore.

Cette longue plainte leur déchira les entrailles. Leur empoigna le cœur avec une telle force qu'ils crûrent qu'il allait en exploser.

Des sanglots le brisèrent en deux. Semblant le casser un peu plus. Le camé frappait par terre, les poings dans la boue. Il releva soudain la tête, les yeux écarquillés, pour fixer un point devant lui. Il ouvrit la bouche, l'air terrifié.

Même le Prof sentit les larmes lui monter aux yeux.

Les hallucinations du pacifiste semblaient le figer jusqu'au plus profond de son âme.

Le Geek lui toucha le dos, serrant de sa main gauche celle du Panda qui regardait la scène, abasourdi.

_Hippie? Hippie... c'est moi, c'est le Geek. Hé... retour à la réalité, Ok?

D'autres sanglots. D'autres sanglots qui étaient des milliers de petites aiguilles enfoncées dans son palpitant. Il se pencha prudemment jusqu'à son oreille, ignorant la douleur dans son ventre qui l'empêchait toujours de bien respirer.

Mais sa souffrance n'était rien. Tellement rien face à celle de son frère.

_Gaëtan... C'est moi. C'est Lucas...

Ces mots le firent légèrement tressaillir.

Un retour d'une seconde à un monde parallèle à son état. Un retour que le Geek vit, et dont il profita, la bouche toujours au creux de son oreille.

_Il faut que tu reviennes d'accord? Je sais que c'est dur, pour tout le monde, et surtout pour toi... mais...

Les yeux du gamer se brouillèrent de larmes, tandis qu'il sentait les barrières autour de son cœur céder doucement.

_Tout va bien se passer. Tout va rentrer dans l'ordre. Fais-moi confiance.

"Fais-moi confiance. Ne meurt pas. Je t'en prie. Ne meurs pas."

Parce qu'ils le savaient. Tous, mais personne ne s'en rendait plus compte que le Geek à cet instant précis. S'il lâchait le Hippie, celui-ci ne se relèverait pas.

Il en mourrait.

Le gamer ne savait pas pourquoi, ne savait pas d'où venait tant de souffrance. Et ce n'était pas l'heure de le savoir. Tout ce qu'il fallait faire, c'était le relever de ce sol humide où trônaient les cailloux tranchants et les herbes folles. Le mettre dans un lit, veiller sur lui, et surtout, l'écouter.

C'était tout ce que devait demander le Hippie. De l'attention.

Le camé continuait de pleurer, au sol. Le Prof et la Fille avaient cessé de respirer, des larmes pleins les yeux. Mathieu, quelques mètres derrière, ne bougeait plus, paralysé, accroché à un Antoine tout aussi ébahi.

Finalement, après quelques secondes, dans le faux calme revenu, le schizophrène s'approcha doucement, tanguant sur une jambe, trébuchant, essuyant d'une main une larme qui avait coulé sur sa joue.

Il tenta de se baisser à la hauteur de son double, pour approcher une main qu'il espérait réconfortante.

_Hippie? Tu...

Un nouveau cri, qui les fit tous sursauter.

Un cri qui ne les fit pas entendre le bruit d'un moteur s'approchant, et le crissement de pneus un peu plus loin.

Le Hippie se releva d'un bond. Les bras serrés autour du corps comme une couverture le protégeant du monde extérieur. Ses grands yeux hagards brouillés fixaient maintenant Mathieu.

Il prit sa tête entre ses mains, ferma ses paupières, le dos se voûtant comme si un poids trop lourd y était posé. Sa respiration était chaotique, paniquée, désordonnée. Une respiration aigue et profonde qui pouvait le faire s'effondrer à tout moment.

_Mais qu'est-ce qu'on fait putain?!

Le cri du Panda réveilla tout le monde. Personne ne savait quoi faire, personne ne pouvait plus bouger. Le Hippie hurlait à chaque fois que quelqu'un l'approchait. Frappait dès qu'une paume se posait sur lui. Comme perdu au milieu d'un monde trop grand. Comme si ils n'étaient plus qu'étrangers.

Le Geek posa une main sur son épaule. Une main qu'il repoussa brusquement, les yeux dans ceux du ciel.

Mathieu observa la scène, impuissant. Se sentant chuter de l'intérieur. D'une vertigineuse falaise, dépassant les nuages.

Juste avant que des pas se fassent entendre, et qu'un grand éclair noir n'apparaisse dans le dos du Hippie, pour l'enlacer de des deux bras.

Un coup partit tout seul, le camé hurla, d'un cri silencieux, agrippé au bras du criminel pour s'en éloigner. Mais l'étreinte du plus fort était trop solide pour qu'il ne s'en dégage.

Sa voix rauque se fit entendre. Comme un éclair percutant le brouillard de leur cerveau.

_Surtout, que personne ne se bouge le cul.

C'était sans doute de la colère, qui paraissait dans sa voix. Une colère qu'ils n'auraient jamais cru entendre.

Il tint toujours le camé contre lui. Camé dont les sanglots continuaient de raisonner dans le silence de plomb. Et doucement, très doucement, ses bras se baissèrent, ses jambes flanchèrent, et son corps ne fut plus retenu que par le torse et les bras de l'homme en noir.

Il lui murmura à l'oreille des mots que personne n'entendirent. Les yeux du camé et son rictus étaient toujours des plaies de souffrances sur sa peau pâle et transpirante, mais comme atténués. Transformés par les mots guérisseurs, et par l'homme qui l'enlaçait.

Il pleurait toujours. De faibles gémissements. Comme le Prof et la Fille. Comme le Geek, et Mathieu qui semblait ne plus pouvoir respirer.

Les yeux du Panda et d'Antoine brillaient, leurs poings serrés. L'un de désespoir, l'autre de peine et de rage.

Après quelques minutes interminables, le Patron réussit à calmer suffisamment son frère pour qu'il ne soit plus qu'une poupée respirant chaotiquement, les yeux dans le vague, l'esprit hanté par de grands orbes vides que seul lui pouvait voir.

Le proxénète ne lui demanda pas s'il pouvait marcher. Le plus calmement du monde, avec une chaleur qu'il n'accordait plus qu'au camé, il agrippa sa taille d'un bras, passant l'autre sous ses jambes, avant de le soulever, et se diriger vers la porte de la maison. Le pas lent, ses bras serrant fortement le corps si frêle et si tremblant entre ses bras.

Ils finirent par disparaître tous les deux, engloutis par les murs de l'habitation.

Mathieu la fixa longtemps.

Il n'y avait que les sanglots de la Fille et du Geek.

Le silence de mort. La peur. La réalisation.

C'était à quoi on pourrait résumer sa famille.

La destruction.


Joie et bonheur.

Bon, j'ai, comment dire... galéré à le terminer. Pourquoi? Stress, stress, et encore crises de stress. A cause d'une personne en particulier. (N'EST-CE PAS, LAVI'LA BICHE? XD)

J'espère en tout cas qu'il vous à plu!

Une review me fait juste hyper plaisir, et m'encourage énormément! (Je le dis comme ça, en passant :p)

Le prochain chapitre sort pour le 22 juillet!

A la prochaine! :)

Peace and Love. 'HippiqueAndYDeaLD