L'air mi effrayé, mi effaré de sa meilleure amie, conduisit Sumire a prendre le portable. Elle le porta à son oreille au moment où un Ryo effectivement fou de rage disait :

- ... Et je vous conseille de relâcher Pi ou ça va mal se passer.

- Bonjour, Nishikido-san, fit-elle en japonais de son ton le plus froid. Pour commencer, nous n'avons pas enlevé Pi, alors menacer ne servira à rien. De plus, nous savons tout et il est hors de question que vous approchiez de lui.

Le silence, à l'autre bout de la ligne, fit comprendre à la jeune fille que son interlocuteur, gêné par la présence toute proche des autres News qui ignoraient tout, ne pouvait pas cracher les paroles qu'il avait certainement sur le bout de la langue. Forte de ce fait, Sumire décida de pousser son avantage et reprit :

- Maintenant vous allez tous reprendre l'avion et repartir au Japon.

- En vous laissant Pi ?! Tu rêve !

- Pi n'a pas la moindre envie de vous voir, Nishikido-san. Votre comportement est intolérable, même dicté par la jalousie. A mon avis, vous ne l'aimez pas. Parce que quand on aime quelqu'un, on ne lève pas la main sur lui.

Sur ces mots, elle raccrocha et éteignit son téléphone. Une telle indignation se peignait sur ses traits, que pendant un moment, son amie n'osa pas lui adresser la parole.

- Sumi, on fait quoi maintenant ? finit pourtant par demander Déborah quelques instants plus tard.

- Pour le moment... j'en sais rien, répondit la brune. Faut me laisser le temps de réfléchir à un plan. L'intervention live de Ryo était pas franchement prévue.

- Je m'en doute.

- Bon... le but c'est qu'à aucun prix il ne trouve Pi. Il a aucun moyen de savoir où il est, donc il faut que Pi-chan reste à l'abri jusqu'à ce qu'on ait réussi à... -j'aurais jamais cru dire ça un jour...- à faire repartir les News au Japon.

Un sifflement passa les lèvres de Déborah.

- Rien que ça ? Et tu compte faire ça comment au juste ?

- Aucune idée. Mes plans se construisent au feeling. On avisera.

- Admettons... Mais je te signale que Pi est sensé être ton correspondant, donc supposé aller au lycée avec toi. S'il reste chez toi, tes parents et ton frère vont trouver ça louche.

- Merde, j'avais pas pensé à ça... Bon, pas grave. De toute façon, ils nous connaissent pas et savent rien, donc pour le moment, même s'il sort, c'est sans danger.

- D'ailleurs... on a une dissert' à faire pour demain et je l'ai pas commencée.

- Moi non plus. On va être obligées de mettre le problème RyoPi de côté.

Ce qui risquait d'être compliqué.

Les deux filles redescendirent donc et attrapèrent leurs affaires en se disant que travailler près des deux chanteurs ne donnerait pas à ces derniers l'impression qu'elles les excluaient. Pourtant, à peine dix minutes après qu'elles se soient installées sur la table du salon, la voix de Massu s'éleva doucement :

- Tomo et moi on a l'impression que vous nous cachez quelque chose.

- On était là quand vous avez reçu le « code rouge », poursuivit Yamashita, et vous n'en avez pas reparlé depuis.

- C'est louche quand on est aussi fan que vous semblez l'être.

La brune et la châtain se regardèrent, stupéfaites. Elles n'avaient pas pensé qu'ils étaient si observateurs.

- On en a pas reparlé parce qu'il y a rien de plus à dire pour le moment, répondit Sumire en tentant d'avoir le cerveau à la fois avec Platon et le MassuPi.

Ce qui ne paraissait pas gagné malgré la faculté bien connue des femmes à pouvoir faire plusieurs choses à la fois.

Respectant leurs études, les deux chanteurs ne posèrent pas davantage de questions et les adolescentes purent se concentrer. Malheureusement, il était dit qu'ils n'obtiendraient pas immédiatement de réponse, car la famille rentra et il leur fallu à tous quatre jouer le rôle qui leur avait été attribué.

Ce n'est qu'une fois hors de portée des oreilles de Massu, que Yamapi osa revenir sur le sujet.

- Sumire-chan, que s'est-il passé pendant que vous étiez seules ?

- Ryo a pris le portable de notre amie Sonia et a exigé qu'on vous relâche. Il croyait qu'on vous avait enlevés.

- Et tu as répondu quoi ? demanda la nippon, inquiet.

- Qu'il t'approcherait pas.

Le soulagement fut visible sur les magnifiques traits du chanteur, mais il laissa vite place à l'angoisse la plus vive.

- Mais qu'est ce qui va se passer maintenant ?

A la façon dont sa voix tremblait en posant cette question bien légitime, la jeune fille comprit que sa maîtrise était en train de le lâcher. Poussée par l'affection qu'elle lui portait, Sumire le prit gentiment dans ses bras.

- Déjà, on va pas paniquer. Il n'a aucun moyen de savoir qui on est, ni où on est, donc tu as rien à craindre, alors calmes-toi, tout va bien aller.

En réalité, elle n'en savait bien sûr rien, mais sa préoccupation première était de le rassurer par tous les moyens.

- Tiens, j'ai une idée, tu vas prendre un bon bain, ça va te détendre, ne, ajouta-t-elle en le sentant trembler contre elle.

- Hai...

- Allez, Pi-chan, va.

Hochant la tête, le chanteur se dirigea vers la salle de bain, la tête et les épaules si basse, qu'on aurait dit que toute la misère du monde pesait sur ses épaules bien découplées.

Une demi heure plus tard, il fut contraint de sortir de la bienfaisante eau chaude en entendant la mère de sa « correspondante » les appeler pour le dîner. Rapidement, il se sécha et se rhabilla, puis rejoignit son amie en souriant. Le bain l'avait détendu.

- Allez, « Tomohiro », haut-les-coeurs ! l'encouragea-t-elle en prenant son bras avec une affection fraternelle.

Ce repas fut gai, Grégoire racontant toutes les anecdotes qui lui étaient arrivées et qui étaient pour la plupart difficiles à croire. Cela eut le mérite de dérider tout à fait Yamashita et c'est presque joyeux qu'il prit congé des parents et du frère de l'adolescente pour la nuit.

Le lendemain matin, Sumire qui avait eu beaucoup de difficultés à s'endormir, se leva sans aucun enthousiasme et traîna les pieds en bâillant jusqu'à la porte de son ami, à laquelle elle frappa.

- Tomohiro, l'appela-t-elle comme elle en avait pris l'habitude.

La tête hirsute de Pi apparut dans l'encadrement et elle en reçut un coup au coeur. S'habituerait-elle un jour à cette vision aussi matinale qu'adorable d'un Yamapi à peine réveillé ? Rien n'était moins sûr.

- Prend la salle de bain, lui dit-elle en baillant de nouveau, tout en se frottant les cheveux d'une main.

- Hai,répondit-il.

Etant donné le peu d'heures de sommeil qu'elle avait eu, elle sentait assez mal l'interro d'anglais que sa classe devait subir en troisième heure, pourtant, elle y fit face de son mieux.

A la récréation, le groupe de filles se forma autour des deux japonais et leurs amies, mais personne n'évoqua le problème épineux, toutes se contentaient de discuter. C'est lorsque le petit groupe sortit pour la pause déjeuner, que le problème en question pointa le bout de son nez. des quatre autres nez même.

- Les filles ! s'exclama Sonia en les rejoignant. C'est... Désolée, j'ai pas pu les empêcher !

Pensant qu'elle parlait du coup de téléphone de la veille, Sumire sourit pour la rassurer.

- C'est bon, t'inquiète, je l'ai remis à sa place.

- C'est pas ça... Ils... Ils m'ont suivie ce matin, Sumire. Ils sont derrière moi !

Tout en parlant, elle indiquait le coin de la rue dont elle arrivait et d'où ne tardèrent pas à émerger quatre silhouettes bien reconnaissables.

- Merde... Là on est mal... commenta sobrement la jeune fille qui n'avait pas envisagé cette éventualité.

En quelques instants, Koya, Shige, Tesshi et Ryo les rejoignirent.

- Pi ! Massu ! Vous allez bien ?! demanda Keiichiro, visiblement inquiet.

- Salut les gars, les salua Yamashita en s'efforçant de ne pas regarder son bourreau qui le fusllait du regard. Ouais ça va.

Il ne put ajouter autre chose, car Ryo se dirigeant vers lui, Sumire fit signe aux autres filles, qui formèrent immédiatement un cercle défensif autour du chanteur. Un cercle frêle et guère effrayant malgré l'air décidé de celles qui le composaient, mais un cercle tout de même. Prenant son courage à deux mains, Sumire fit face à l'agresseur de son « petit grand frère » nippon et le fixa, tentant de ne pas flancher devant le regard mauvais de l'aîné.

- Laisse-le tranquille, Nishikido-kun ! s'exlama-t-elle en abandonnant le vouvoiement.

- Sumire-chan... commença doucement Pi. Ce n'est...

- Chut, laisse parler onee-san, l'interrompit celle-ci d'un ton protecteur.

- Alors, Pi-chan, tu te fais défendre par des ados maintenant ? se moqua ouvertement Ryo sans tenir aucun compte de sa jeune interlocutrice.

- Oh hé ! On t'as jamais appris la politesse ? Je te parle !

- Sumi, zen, lui souffla alors Déborah qui, entre temps, avait temporairement réussi à éloigner Massu en l'envoyant acheter quelque chose. Il faut que tu reste calme devant lui, sinon...

- Hum... (elle inspira) Nihikido-kun, je peux te parler ?

- J'ai rien à dire à une gamine, même si elle s'y croit, rétorqua l'interellé. Maintenant dégage, ajouta-t-il grossièrement en la poussant sur le côté.

La réaction fut immédiate. En un éclair, l'adolescentese saisit du poignet du chanteur, faisant comprendre à son amie ce qui allait se passer.

- Sumi, non ! tenta Déborah pour l'arrêter.

En vain, car le mouvement était amorcé et rien ne pouvait plus le stopper

Avant d'avoir eu le temps de dire ouf et sous les yeux ébahis du groupe qui ne comprenait rien à la situation, Ryo se retrouva sur le dos, maîtrisé par une jeune fille faisant la moitié de son poids et ayant environ dix ans de moins.

- Alors premièrement, tu te calme, fit Sumire, folle de suis pasun chien, alors tu me parle sur un autre ton. deuxièmement, moi vivante, tu approchera plus Pi.

C'est alors qu'elle s'apperçut qu'un silence de mort régnait. Interdits, Sige, Tegoshi et Koyama cherchaient à comprendre la raison de cett scène hallucinante sans y pavenir. Tous les regards étaient encore braqués sur un Nishikido à terre et une Sumire fulminante, lorsque Massu revint.

- Déborah-chan, j'ai... commença-t-il d'un ton enjoué avant de voir la même chose que les autres. Qu'est ce qui se passe ici ?

Son regard passa de Ryo à ses amis, pour se poser sur son compagnon, toujours au milieu des filles.

- Tomo ? Qu'est ce qui se passe ? répéta-t-il sans comprendre.

- Oui Tomo, qu'est ce qui se passe ? minauda Nishikido en se relevant, foudroyant la jeune fille du regard avant de fixer sa victime.

Le réflexe de Yamashita, sous le feu de ce regard, fut de se protéger le visage comme il l'avait déjà fait plusieurs qui stupéfia les News qui ne savaient rien.

- Woh, minute, intervint finalement Keiichiro. C'et quoi le délire ? Pi, depuis quand t'as peur de Ryo ?

- Depuis qu'il a commencé à le frapper, répondit Sumire à la place de l'intéressé.

- HEEEEEEEEEEEEEEEEEE ?! firent alors en coeur Koya, Massu, Shige et Tesshi.