Port de Las Camp.
Sohalia remua en percevant de la musique et des cris qui venaient troubler son précieux sommeil. En soupirant, elle se retourna et attrapa son oreiller pour l'abattre sur sa tête. Acte totalement inutile, elle entendait encore le raffut que les pirates et autres fugitifs faisaient. Pendant un instant, elle tenta de replonger dans les dernières brumes de sommeil qui lui restaient. La Shizen s'assit vivement et le regretta rapidement. La pièce se mit à tourner, un sifflement strident retentit dans ses oreilles. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas été dans un tel état. Il était urgent qu'elle retrouve sa forme.
Attendant patiemment le contrecoup de son mouvement trop brusque, elle observa la pièce où elle se trouvait. Ses yeux mirent un certain temps à s'adapter à l'obscurité. Elle hocha lentement la tête en découvrant sans grand étonnement que les pirates l'avaient installé à l'infirmerie. L'odeur désagréable des médicaments lui picota les narines. Elle éternua, et une vive douleur au torse lui coupa le souffle. Elle souleva son haut et vit, sans grand étonnement, un épais bandage juste en dessous de sa poitrine. Elle soupira tout en maudissant Teach et Jef, une fois de plus. Elle se rappela son entaille à la tête et passa une main sur ses cheveux, doucement. Sa peau rencontra rapidement le tissu rugueux. Elle devait être chouette avec son bandage lui entourant la tête.
Les vertiges disparus, Sohalia se leva, faisant attention à ne pas aller trop vite afin d'éviter qu'elle n'ait, à nouveau, la nausée. Elle avait affreusement mal au dos. Se doutant que la rencontre avec la paroi du volcan et la dureté des matelas de l'infirmerie y étaient pour beaucoup, elle poussa un grognement de douleur et s'avança jusqu'au miroir au-dessus du lavabo. La Shizen débuta sa petite inspection tout en grimaçant.
Quelques bleus et égratignures étaient visibles sur son visage, ses bras et ses jambes. Ses vêtements étaient tâchés de sang et déchirés par endroit. Elle aurait aimé se laver avant de se changer, mais la jeune femme souhaitait d'abord parler avec le médecin pour connaître l'ampleur des dégâts.
Elle sortit de l'infirmerie et frissonna lorsqu'un vent frais s'abattit sur elle. Sohalia fila en vitesse vers le dortoir de la cinquième division. Elle descendit avec lenteur les escaliers pour ne pas avoir une raison de plus pour rester cloîtrée à l'infirmerie. Elle se dirigea vers son lit et chercha vivement dans son tiroir un short et un t-shirt de rechange. Mais rien. Les derniers qu'elle possédait, elle les portait en ce moment-même.
Avec horreur, elle sortit une robe blanche et la retourna dans tous les sens. Bon, maintenant elle était certaine qu'un Dieu de la poisse s'amusait avec elle. Tout en grommelant diverses injures, elle se changea rapidement, ne voulant pas être vu par des hommes de sa division, tout en usant de mille et une précautions pour ne pas que ses côtes blessées ne la rappellent à l'ordre.
Il n'y avait personne sur le navire. Sohalia s'aida du tapage que faisaient les hors-la-loi pour les trouver. Elle n'eut pas à chercher bien loin. La fête se déroulait au port et semblait battre son plein. Elle alla les rejoindre et chercha du regard un visage qu'elle connaissait. Comment avaient-ils réussi à sortir du volcan ?! Elle n'en savait strictement rien. Elle avait également besoin de parler avec l'un des médecins de bord, pour connaître son état de santé. La Shizen avait aussi hâte de jeter un œil à la carte.
Repenser à la carte lui rappela inévitablement la révélation de Jef. Sohalia se figea au milieu des pirates ivres qui riaient. Comment Teach avait appris l'existence d'un tel fruit ? Est-ce que Jef lui en avait parlé ? La Shizen ne comprenait rien à cette situation. Le fruit des ténèbres était un fruit bien trop dangereux, qui avait été détruit depuis des siècles. Est-ce que Jef avait réussi à en créer un autre ? Non, impossible. Seule la Lignée des Yami pouvait en fabriquer un nouveau et ces derniers avaient disparu depuis bien longtemps. Est-ce que l'un des fruits avait pu échapper à la destruction ? C'était la seule explication possible.
La jeune femme frissonna et sentit son sang quitter son visage, déjà d'une pâleur inquiétante. Thatch était mort par sa faute. Sous souffle s'accéléra tandis qu'elle commençait à comprendre. Elle se souvint de toutes les après-midi qu'elle avait passés avec Jef. De ses longues discussions où la Shizen lui racontait sa vie sur le Moby Dick. Elle ne passait pas une journée sans prononcer le prénom de l'homme qu'elle considérait comme son frère. Elle se remémora d'une après-midi en question où Jef s'était énervé en insultant Thatch. Le Mentaru haïssait les personnes du dehors. Il les tenait responsable de leur exil sur cette île. Il n'aimait pas le fait que Sohalia apprécie et fréquente des humains. Il voulait lui montrer à quel point ils leur étaient inférieurs. Thatch avait été son premier exemple. La Shizen était certaine qu'il ne serait pas le dernier.
« Sohalia ! » s'exclama Vista en la secouant vivement.
La jeune femme cligna plusieurs fois les yeux, reprenant peu à peu pied dans la réalité. Vista était penché sur elle, inquiet. Ses mains enserraient ses épaules avec force.
« Tu vas bien ? Je t'ai appelé à plusieurs reprises, mais tu ne répondais pas, et tu es si pâle, remarqua-t-il en fronçant un peu plus ses épais sourcils. Tu ferais mieux de t'asseoir avant de nous refaire un second malaise, déclara-t-il en l'entraînant vers un coin isolé du port.
- Je vais bien, marmonna-t-elle.
- Mais bien sûr, répliqua-t-il en souriant, amusé par son piètre mensonge. Ne bouge pas, je vais te chercher un verre d'eau », la prévint-il en commençant à s'éloigner.
Où voulait-il qu'elle aille ?! Elle ne se sentait même pas capable de remonter sur le navire. Son estomac se manifesta. Depuis combien de temps n'avait-elle pas mangé ? Elle leva la tête et observa la Lune. L'astre était déjà bien haut dans le ciel. L'heure du repas devait être passée depuis un moment déjà, elle doutait que les pirates lui aient laissé une petite part.
Sohalia aperçus son commandant revenir, un verre d'eau dans une main et une assiette pleine dans l'autre. Avait-il lu dans ses pensées ?! Il s'installa à ses côtés et lui tendit le verre plein, qu'elle prit en haussant un sourcil et en fronçant le second. Sa déception fut bien grande lorsqu'elle le vit prendre la fourchette et piquer dans une patate. Son ventre cria une nouvelle fois famine, faisant rire Vista. La Shizen l'ignora et bu son verre d'un trait.
« Tu te sens mieux ? demanda le commandant de la cinquième, après un moment de silence.
- Un peu. Après une bonne nuit de sommeil et sûrement quelques médicaments ça ira bien mieux, répondit-elle en attrapant la fourchette de l'homme et piquant une pomme de terre, quoi ? s'écria-t-elle devant le regard insistant de son commandant.
- Rien, je m'inquiète, dit-il tout en tentant de l'empêcher de voler à nouveau son repas.
- Il n'y a pas de raison, grogna-t-elle en se tortillant dans tous les sens pour lui rafler un morceau de viande.
- Bien, si tu le dis, soupira-t-il en lui tendant son assiette.
- Raconte-moi plutôt ce qui s'est passé pendant que je jouais la belle au bois dormant, marmonna-t-elle en mordant enfin dans son morceau de viande tant attendu.
- On s'est d'abord occupé d'Ace et de toi. On vous a donné les premiers soins. Mais le médecin, Chopper, s'inquiétait que tu es un éventuel traumatisme crânien. Père a demandé à Marco de te ramener au bateau. Ce qu'il s'est empressé de faire, narra-t-il après un instant d'hilarité. On est remonté avec l'aide de différents pouvoirs du fruit du démon. Le retour a été plus simple que l'aller.
- Pas de vol plané ? s'enquit-elle en riant.
- Non, heureusement, rit-il. En revenant, on a fait un tour au village. Père tenait à les prévenir qu'il n'y avait plus de danger et qu'un de nos alliés, McGuy, viendrait pour s'assurer de leur protection, la renseigna-t-il en regardant son assiette se vider.
- Il n'est toujours pas là ? s'inquiéta la jeune femme en terminant son dîner dans un soupir.
- Ils ont dû essuyer une tempête, ils seront là tôt demain matin. On lèvera l'ancre dès qu'ils seront établis, lui apprit-il en se relevant et tendant sa main pour récupérer les couverts.
- Merci, dit-elle en le suivant. Tu ne sais pas où est le médecin de bord ? Ou le Paternel ? interrogea-t-elle en cherchant les intéressés du regard.
- Pour le médecin, je ne sais pas, mais le Paternel est un peu plus loin, droit devant. Repose-toi Sohalia, tu en as assez fait pour aujourd'hui », lui conseilla-t-il en lui tapotant légèrement la tête.
Sohalia le remercia avant de se diriger vers son capitaine. Elle chercherait le médecin plus tard. Elle voulait absolument étudier cette carte de plus près. Robin la salua chaleureusement lorsqu'elles se croisèrent. Elle esquiva habilement un Dom bien plus qu'ivre qui tenait à la serrer dans ses bras. Jouant des coudes, elle arriva, enfin, à rejoindre Barbe Blanche qui détaillait la carte en fronçant des sourcils, Marco à ses côtés. Shanks était assis un peu plus loin, riant et buvant avec les membres de son équipage. Apparemment, il avait également décidé de profiter de la fête.
« Bonsoir, les salua-t-elle en souriant timidement.
- Ah, Sohalia, répondit le Paternel en enroulant la carte, comment te sens-tu ?
- Beaucoup mieux Père, affirma-t-elle en s'asseyant et ignorant de son mieux les regards des deux hommes qui la détaillaient pour confirmer ses dires.
- Qu'est-ce qui t'amène ma fille ? demanda-t-il en souriant.
- Je voulais juste savoir si je pouvais jeter un coup d'œil à la carte ?
- Bien sûr. »
Barbe Blanche lui donna le morceau de papier. Sohalia le déroula et l'observa. Dès le premier coup d'œil, elle remarqua quelque chose d'étrange. Seulement deux îles étaient dessinées sur le parchemin. La première était celle où ils étaient. Une croix rouge marquait leur emplacement. La seconde était la prochaine île.
« Le Royaume de Saint Urea ? lut-elle à voix haute.
- Oui. Comme tu le vois, la carte nous indique un endroit précis sur l'île, répondit le Paternel.
- Mais ça ne nous indique pas les autres îles, contra Marco.
- Je pense que lorsqu'on sera arrivé à Saint Urea, la prochaine se dessinera, avoua la jeune femme sans lever ses yeux de la carte.
- Si tu nous expliquais ce que nous cherchons exactement et comment utiliser les objets qu'on trouvera, s'enquit le capitaine en tapotant un siège à ses côtés alors que Marco s'asseyait à la droite du siège vide.
- Bien sûr, accepta-t-elle en s'installant entre le commandant de la première et Barbe Blanche. Comme vous avez pu le remarquer, la puissance de mon pouvoir est liée à mon énergie vitale. Plus j'utilise mon pouvoir, plus je perds mes forces. Pour Jef, c'est la même chose, expliqua-t-elle.
- Pourtant, il contrôle tout le temps ces marines, remarqua Marco.
- C'est bien ça le nœud du problème. Jef doit avoir une aide. Et d'après le sage de la Lignée des Senrigan, il existe un objet qui booste tout le temps votre énergie. C'est quelque chose de très dangereux et d'interdit sur mon île natale, narra la jeune femme.
- Donc, les objets, qu'on doit récupérer, vont nous aider à détruire cette chose, supposa le Paternel.
- Oui, le sage m'a dit que ces objets ont la forme d'une clé. Et que cette chose qui lui donne cette énergie ressemble à une immense sphère, les informa Sohalia.
- Il faut trouver ces clés, et les utiliser pour détruire la sphère. Il sera alors affaibli et on aura plus de chance de le vaincre », déclara Barbe Blanche en récupérant la carte.
Le capitaine se leva de son immense siège et salua ses enfants avant de remonter sur le Moby Dick. Marco et Sohalia le suivirent des yeux. Lorsqu'ils le perdirent de vue, le phénix se releva et tendit sa main à la Shizen pour l'aider à se mettre debout. Ils marchèrent en silence le long du port. Ils ne prononcèrent aucun mot pendant un long moment. Fatiguée, Sohalia s'assit sur un ponton, enleva ses chaussures et laissa l'eau lui masser les pieds. Elle soupira d'aise et ferma les yeux pour profiter de cet instant de paix.
« Longue journée, hein ? déclara Marco en s'installant à ses côtés.
- Ça, tu peux le dire, marmonna-t-elle en retirant l'un de ses pieds pour le masser avec ses mains.
- Ace est plutôt sur les nerfs, la prévint-il en regardant le ciel.
- Tu m'étonnes, s'exclama la Shizen, il ne peut pas venger son ami et on lui balance une sacrée nouvelle que personne ne s'est donné la peine de lui expliquer, il y a de quoi être en rogne.
- Il risque d'être insupportable, supposa le phénix en détaillant la jeune femme qui n'avait plus rien de la petite fille qu'il avait connue.
- Ça ne va pas changer grand-chose », rétorqua-t-elle en balayant son inquiétude d'un geste agacé de la main.
Que pouvait-il répondre à cela ? Elle ne semblait pas s'inquiéter plus que ça de sa prochaine rencontre avec Ace, qui serait à coup sûr explosive. Marco soupira en repensant à la crise qu'avait faite l'homme de feu lorsqu'il avait vu Sohalia allongée dans un lit de l'infirmerie, inconsciente. C'était normal qu'il se mette en colère. Mais son courroux ne devrait pas s'abattre sur la jeune femme. Après tout, c'était eux qui avaient gardé le silence sur son prédécesseur.
Il la contempla en silence. Observant comment le vent jouait avec ses longs cheveux blonds ondulés. La brise vient s'emmêler dans les pans de sa robe blanche, soulevant légèrement le tissu couvrant ses cuisses. Le phénix détourna rapidement le regard. Qu'est-ce qui lui prenait de la détailler ainsi ?
« Blondinette ! » s'époumona le commandant de la seconde division en fonçant vers eux.
Adieu calme et paix, bonjour Ace l'emmerdeur professionnel. Sohalia soupira d'exaspération. Elle savait très bien qu'elle n'aurait pas pu échapper à cette confrontation, mais elle avait espéré avoir un peu de temps devant elle. Elle fronça des sourcils en se retournant. Elle tomba nez à nez avec une paire de jambes, plantée dans des rangers fermement posés sur le ponton.
« Ça fait deux fois que tu m'appelles comme ça, rétorqua-t-elle en le toisant, tu sais que j'ai maintenant une excellente raison de t'en coller une ?
- J'aimerais bien voir ça, railla-t-il, son regard dur et froid posé sur elle.
- Que veux-tu par cette charmante soirée ? demanda-t-elle, ignorant sa réplique, elle savait pertinemment qu'elle n'avait pas la force de le battre, du moins pas ce soir-là.
- Est-ce vrai que tu étais le commandant de la seconde division avant moi ? lança-t-il sans plus de cérémonie.
- Oh, tu as enfin lu le journal de bord, se moqua-t-elle en remarquant qu'ils avaient quelques spectateurs, il me semble que tu as déjà eu ta réponse, non ? Alors va voir ailleurs si j'y suis. Je ne suis pas d'humeur à me chamailler avec toi, grogna-t-elle en se relevant.
- Tu n'iras nulle part tant que je n'aurais pas de réponse à mes questions, menaça-t-il en la retenant par le bras.
- Si tu veux des réponses, pose-les aux bonnes personnes ! s'énerva-t-elle.
- Pardon ?! s'exclama-t-il, surpris.
- Quoi ?! Tu croyais que je leur avais demandé de ne rien dire à mon propos ?! Tu te trompes, Portgas », cracha-t-elle en tentant de se défaire de l'emprise de l'homme.
La Shizen sentait tous ses doutes revenir. Elle voulait également savoir pourquoi l'équipage n'avait rien dit sur elle. Mais elle avait peur de connaître la raison. Sohalia était effrayée de comprendre toute la douleur qu'elle avait causée à sa famille adoptive en disparaissant. Bien sûr, elle n'avait jamais voulu quitter l'équipage. On l'y avait forcé, mais cela, ses frères ne le savaient pas. Marco détailla la jeune femme qui se débattait comme une diablesse.
Ace semblait mettre du temps à encaisser cette révélation. Pourquoi son équipage, ses amis, ses frères lui avaient caché quelque chose d'aussi important ?! Le commandant de la seconde fixa le phénix en quête de réponses.
« Ace, commença Marco en se relevant, lâche-la. Elle a raison. Elle n'y est pour rien. On aurait dû te le dire mais c'était compliqué, tenta-t-il d'expliquer sans blesser l'un ou l'autre.
- Compliqué ?! répéta-t-il, ses yeux devenant deux fentes. Je ne vois pas en quoi ! répliqua-t-il en relâchant la jeune femme.
- Père m'a nommé commandant de la seconde division lorsque j'ai atteint mes quinze ans, déclara Sohalia après avoir réussi à se construire un visage impassible. Ça faisait dix ans que j'étais membre de l'équipage. Six mois après ma nomination, j'ai disparu. La marine a cru que j'étais morte et l'équipage aussi.
- Emballé, c'est pesé, marmonna Izo en offrant un petit sourire encourageant à la jeune femme.
- Pourquoi tu ne les as pas prévenus ? interrogea Ace, perplexe.
- Si j'avais pu, je l'aurais fait, éluda-t-elle en remettant ses chaussures.
- Et pourquoi personne ne me l'a dit ? s'écria-t-il regardant les pirates qui les entouraient.
- Excellente question, marmonna la Shizen, légèrement effrayée.
- Tu n'as jamais posé la question, répondit le commandant de la seizième division en s'avançant pour poser une main rassurante sur l'épaule de Sohalia.
- Ce n'est pas une raison, rétorqua-t-il.
- Thatch ne savait pas comment aborder le sujet, dit Marco en fixant la seule femme de la cinquième division. Ta disparition l'a profondément touché et il avait du mal à en parler », termina le phénix sans se rendre compte qu'il achevait la jeune femme.
Elle le savait parfaitement. Mais l'entendre était une autre chose. Elle hocha la tête, profitant du mouvement de tête pour cacher son visage à l'aide de ses cheveux. Sohalia serra ses poings, tentant de prendre sur elle. Seul le bruit des vagues venait briser le silence qui s'était installé sur le groupe. La jeune femme sentait les regards des autres peser sur elle. La main d'Izo serra un peu plus fort son épaule pour lui montrer son soutien.
« Sohalia, Ace, hurla un homme qui jouait des coudes pour s'approcher des deux intéressés, vous m'expliquez ce que vous faites ici tous les deux ? » demanda-t-il en croisant ses bras sur son torse et soulevant un sourcil.
Il était plus grand qu'Ace et semblait être plus âgé que le commandant de la seconde. Ce dernier se raidit en le voyant. L'homme portait des vêtements uniquement de couleur blanche, contrastant à merveille avec sa peau hâlée. Ses yeux noirs qui brillaient de colère fixaient tour à tour les deux interpellés. Le vent vient ébouriffer ses cheveux de jais déjà bien décoiffés.
« J'avais faim, plaida Portgas en levant les mains en l'air pour apaiser le médecin.
- Je vous cherchais, répondit Sohalia, perplexe, se demandant où était passé le vieux barbu qui était auparavant le chef des médecins du navire.
- Ce n'est pas une raison. Retournez immédiatement à l'infirmerie », les congédia-t-il en agitant ses bras vers le Moby Dick.
Éberluée, Sohalia obéit sagement, Ace fila en direction du navire. Ils rentrèrent dans la pièce et la Shizen fut immédiatement envahie par l'odeur des médicaments. Depuis toute petite, elle détestait cette senteur. Elle éternua, retenant un grognement de douleur lorsque ses muscles se contractèrent pendant le spasme. Elle s'installa sur le lit qu'elle occupait un peu plus tôt. Elle jeta un coup d'œil à son successeur. Les bras croisés derrière la tête, il observait le plafond, semblant perdu dans ses pensées. Sohalia se demanda brièvement à quoi il réfléchissait avant de soupirer.
Le silence se brisa lorsque le nouveau médecin de bord en chef pénétra dans la pièce, et découvrit avec satisfaction que ses deux patients étaient sagement dans leur lit. Il s'approcha d'Ace et lui changea quelques pansements. Lui donnant quelques médicaments, il l'informa qu'il pourrait sortir de la salle le lendemain matin. Délaissant le commandant de la seconde, le docteur s'assit sur un tabouret et commença à l'ausculter. Il palpa doucement les côtes de la jeune femme. Elle retint un cri de douleur et toisa l'homme vêtu de blanc.
« Hum, toi, tu vas rester un peu plus longtemps avec moi, décida-t-il en examinant sa tête.
- Génial, grogna-t-elle tandis qu'il touchait l'entaille du bout des doigts.
- Je vais te réveiller toutes les deux heures cette nuit, simple vérification. Je suis légèrement perfectionniste, expliqua-t-il en tendant un verre d'eau avec quelques comprimés dans la main tout en lui offrant un sourire rassurant.
- Paranoïaque serait un mot plus juste, rectifia Ace en tentant de trouver une position confortable afin de dormir.
- Tais-toi et dors Portgas, marmonna le médecin en se dirigeant vers son bureau.
- Excusez-moi, commença la Shizen, vous n'étiez pas là il y a sept ans, n'est-ce pas ?
- C'est exact, je suis médecin sur ce navire depuis plus de trois ans, répondit-il en notant l'évolution de ses patients sur un cahier.
- Sans vouloir vous déranger, je pourrais connaître votre nom ? demanda-t-elle, un sourire collé sur ses lèvres qui tanguait entre l'amusement et la gêne.
- Bien sûr, je suis Yori, médecin de bord en chef, se présenta-t-il en la détaillant. J'ai entendu beaucoup de choses sur vous, à qui ai-je donc l'honneur ? s'enquit-il en exécutant une courbette ridicule qui fit sourire la jeune femme.
- Sohalia Shizen, ancien commandant de la seconde division de Barbe Blanche et maintenant membre de la cinquième division, annonça-t-elle tout en surveillant la réaction de l'homme feu.
- Shizen, hein ? »
Izo venait de rentrer discrètement dans l'infirmerie. Sohalia lui sourit tandis qu'il s'asseyait sur le lit du commandant de la seconde. Marco le suivait avec dans l'une de ses mains une assiette remplie d'un steak et de pomme de terre, et dans l'autre un bol de mousse au chocolat. Il tendit l'assiette à son ami en ignorant le regard noir du médecin.
« Oui, c'est mon nom de famille, répondit-elle en prenant la mousse que lui présentait le phénix.
- Ça va bien avec ton pouvoir ! s'amusa l'homme travesti.
- Ne restez pas trop longtemps, les prévint Yori en rangeant ses affaires, s'il y a quoique ce soit, je suis à l'étage inférieur, précisa-t-il en sortant de la pièce.
- Dis-moi, débuta Izo en se penchant vers la jeune femme.
- Quoi ? répliqua-t-elle en prenant une autre cuiller de chocolat.
- Est-ce qu'il y a d'autre Shizen ? Demanda-t-il.
- Oui, j'ai une adorable cousine, Maiya, elle a quinze ans. Elle est calme, polie, réservée, intelligente, narra-t-elle avec un petit sourire. Ma mère avait une sœur, Emi Shizen. Ma tante est gentille, douce, maternelle et a un sacré caractère. Elle est mariée à Hachiro. Il impose immédiatement le respect. C'est un homme calme, réservé, il sait toujours donner les bons conseils, finit-elle en même temps que son bol.
- Ta mère et ton père ? interrogea le commandant de la seizième division en s'installant à côté d'elle et caressant doucement ses cheveux.
- Je ne m'en souviens toujours pas. Je sais à quoi ils ressemblent grâce à des photos, mais je n'arrive pas à me rappeler des moments que j'aurais passés avec eux », souffla-t-elle tout en observant le bol qui restait désespérément vide.
Izo ne posa plus de questions. Il continua à lui caresser les cheveux. Le commandant de la seizième s'en alla peu de temps après leur conversation. Marco resta un moment, discutant discrètement avec Ace. Il rejoignit sa cabine après les avoir salués. Sohalia soupira et commença à chercher une position confortable pour dormir. Se retournant vers le lit d'Ace, elle remarqua qu'il la détaillait.
« Je peux te poser encore quelques questions ? demanda-t-il, la surprenant encore avec son étrange politesse.
- Oui, si tu veux. De toute façon avec des matelas pareils, je vais mettre un bon moment avant de m'endormir, pesta-t-elle en frappant la couche dure et inconfortable.
- Tu étais proche de Thatch ? s'enquit-il en regardant le plafond à nouveau.
- Il m'a sauvé la vie. Si Père ne lui avait pas demandé de venir sur cette île, je serais morte brûlée, de faim ou de soif. Il était le grand frère que je n'aurais jamais. Drôle, protecteur, toujours de bon conseil, compréhensif, un peu gamin, un excellent escrimeur et..., elle ne termina pas sa phrase et se mit également à fixer le plafond, en proie à une violente émotion.
- Le jour où tu es revenue, tu as disparu avec Marco pendant un long moment... commença-t-il.
- Il m'a appris la mort de Thatch », avoua-t-elle en mettant son bras sur ses yeux.
Ace se tut, l'observant en silence. Sohalia apprécia ce moment de répit pour se remettre de ses émotions. Elle se retourna et vit avec étonnement le commandant de la seconde en train de dormir. Un puissant ronflant brisa le silence. Elle soupira, blasée. Ce type s'amusait-il à détruire tout ce qu'elle pensait qu'il était ?
La Shizen observa un long moment la Lune pleine, ronde et toujours si belle. Le temps avait beau passer, il y avait toujours certaines choses qui ne changeaient pas. L'astre en était un bel exemple. Le satellite de la Terre éclairait le Moby Dick. Ce navire où elle avait passé dix ans de sa vie.
Sohalia se leva le plus silencieusement possible et sortit de l'infirmerie. Elle s'appuya sur le bastingage et regarda la Lune se refléter dans l'immensité de la mer. Son esprit était comme l'océan en cet instant. Ses doutes, ses peurs, ses questions revenaient les unes après les autres à la surface. Pouvait-elle tout raconter au Paternel ? Si elle lui expliquait tout, elle prendrait le risque d'être exclue de l'île. Après cette mission, elle aurait prouvé à son île, et surtout au Roi qu'elle était digne de confiance. Elle aurait donc d'autres occasions de retrouver les pirates de Barbe Blanche. Quoique rien n'était moins sûr avec ce vieil imbécile. Il pourrait également la cloîtrer dans le palais. Autant avoir un coup d'avance sur lui. S'il n'acceptait pas, elle serait au moins exclue et resterait pour toujours avec ses frères.
Souriante, elle se releva et offrit son visage à la brise. Sohalia se dirigea vivement vers la cabine du capitaine. Elle frappa à la porte, bien décidée à tout raconter à son Père.
MAJ : 17/12/2017
