Nom de dieu. Ça fait si longtemps que ça que je n'ai pas fait de mises à jour sur ce site et cette fiction ? Ah oui,c'est vrai que j'ai une vie aussi. Et comme je fais une crise d'insomnie actuellement, j'en profite pour écrire à mes heures perdues tiens. Je crevais d'envie de continuer cette histoire, car je sais très bien comment elle se terminera dans ma tête et cela depuis longtemps... en espérant que je n'ai pas perdu ma capacité d'écrire car ce n'est pas dans mon cursus universitaire que je peux pratiquer la littérature hahaha ! So I'm back. Sinon, bonne année (en retard) et bonne lecture au passage ! On verra si les lecteurs me sont toujours aussi fidèles depuis tout ce temps. ;)
Chapitre 9
Carlisle Cullen ne rentra chez lui qu'aux environs de deux heures du matin, après une longue journée de travail. Occuper le poste de directeur d'un aussi grand hôpital demandait des responsabilités. Des fois, il se disait qu'il aurait pu s'en passer et que sa situation n'était pas plus mal lorsqu'il n'était qu'un simple médecin généraliste. Anna Giani commençait à lui causer de sérieux problèmes. Il s'était senti bien bête lorsqu'il avait dû inventer un mensonge trop gros pour être crédible devant l'assemblée de médecins pour expliquer ce cas extraordinairement miraculeux. Il s'était arrangé pour la faire partir et ne voulait plus jamais revoir cette Volturi opportuniste dans son établissement. Elle l'exaspérait au plus haut point. Déposant son trench coat de couleur noir sur un porte-manteaux situé à côté de la porte d'entrée, ses pas le menèrent automatiquement au salon. Il éprouvait le besoin de jouer du piano. Comme à chaque fois qu'il revenait du travail. Il ne prit pas la peine d'allumer la lumière dans la pièce spacieuse. Il se confortait dans l'obscurité ambiante. Il laissa ses mains glisser le long des touches glacées de l'instrument avant de s'installer devant. Ses doigts commencèrent à se mouver avec grâce pour jouer un morceau. Naturellement, ce fut le sonate du clair de lune de Beethoven. C'était une musique touchante, dotées de notes à l'aspect sombre et mélancolique, avec un rythme lent. Il avait toujours apprécié ce morceau, dont il connaissait la partition par coeur depuis des années. Quand il jouait cette mélodie, il ne pouvait s'empêcher de repenser à certains moments passés de sa vie d'immortel. C'était notre morceau, pensa-t-il avec une certaine amertume.
Il ne jouait pas ce morceau par hasard. De douloureuses réminiscences s'emparèrent de son esprit à cet instant. Cela était fréquent. Il avait aimé une femme, autrefois, qui adorait le sonate de Beethoven. Il n'avait pas oublié son sourire empli de ravissement lorsqu'elle l'avait vu l'interpréter, la première fois. Par la suite, à chaque fois qu'elle était venue le voir, elle lui avait demandé de jouer cette musique pour elle. Le sonate du clair de lune avait fini par symboliser leur union.
Et qu'était devenue cette femme depuis ce temps ? Elle était morte. La vie l'avait quittée, alors qu'elle était jeune. Si jeune. A l'évocation de cette pensée, le coin de la lèvre supérieure de Carlisle se mit à tressaillir. Il continua à jouer, ses doigts s'agitant de manière plus violente sur le piano. Oui, il avait aimé une femme. Une humaine. Jeune. Belle. Il aurait tellement souhaité la faire sienne... mais la mort en avait décidé autrement. Anna Osaki était décédée dans des conditions tragiques. Son corps avait été retrouvé en grande partie carbonisé à la suite d'un accident de voiture, causé par une conduite en état d'ivresse. Quand il avait appris la nouvelle, il avait refusé d'y croire. Ils s'étaient séparés peu de temps avant, la blessure était encore fraîche pour lui. Et puis, cela lui avait paru tellement irréel ! Ce ne fut que quand les parents de la victime confirmèrent que c'était bel et bien son corps qu'il avait senti le monde s'écrouler autour de lui. Lentement. Le détruisant à petit feu. Carlisle avait assisté à l'enterrement de son ancienne amante, seul. Ses enfants avaient refusé de s'y rendre, considérant qu'elle n'avait été qu'une traîtresse en causant le suicide de leur mère adoptive Esmé. Ils n'avaient pas pardonné à Carlisle cette relation adultère avec celle qu'ils avaient considérée comme une amie quand elle était en cours avec eux.
L'homme se souvenait parfaitement de l'enterrement. Tout l'évènement lui apparaissait de manière claire et précise dans son esprit. Comme si cela s'était passé hier. Je n'oublierai jamais. Le temps avait été exécrable ce jour-là. Il pleuvait violemment des cordes, et cela avait gâché les nombreuses floraisons destinées à orner la tombe de la défunte. Tout n'avait été que larmes et désolation parmi les personnes présentes. Il avait éprouvé une immense compassion pour les parents, qui venaient de perdre leur fille unique. Mais la douleur qui l'avait envahi n'était pas moindre de son côté, parce que lui, il avait perdu l'amour de sa vie. Il y a des choses qui font que, dans la vie, que l'on soit mortel ou pas, on ne peut pas tout contrôler, pas même ses sentiments. Et Carlisle avait beau avoir été marié auparavant, il n'avait jamais éprouvé un amour pareil pour une femme, encore plus intense que celui qu'il croyait avoir pour son épouse. Il n'avait jamais pu expliquer cet étrange phénomène, similaire à ce que l'on pourrait appeler un "coup de foudre". Voir le cercueil d'Anna avait été quelque chose d'épouvantable pour lui. Rien que le fait de se dire que son corps pourrirait dedans, destiné à retourner à l'état de poussière, en sachant qu'il ne connaîtrait plus jamais la sensation merveilleuse de sentir ce parfum unique, ou même cette douce chair contre la sienne... c'était intolérable. En voyant le cercueil disparaître sous la terre, il avait éprouvé une violente envie de s'y enterrer avec pour l'éternité. Il se serait laissé dépérir autant de temps qu'il le faudrait pour rejoindre sa bien-aimée dans l'au-delà. Il faut bien que les vampires meurent un jour ou l'autre.
S'il n'avait pas commis cet acte, ce fut bien parce qu'il avait pensé à ses enfants à ce moment-là. Il n'aurait jamais pu se permettre de les abandonner parce qu'il savait qu'ils avaient besoin de lui, malgré tout. Il aurait été tellement égoïste de sa part de les laisser pour s'enterrer avec une morte. Mais depuis cet instant-là, Carlisle ne vivait plus vraiment. Il n'était plus lui-même. Pendant un an, il s'était pris une année sabbatique et s'était cloîtré dans une pièce de sa maison à pleurer toutes les larmes de son corps, durant des journées entières, refusant de se nourrir. Et puis, au fil des années, il avait fini par devenir une coquille vide, dénuée d'émotions, ne vivant que pour son travail. Il ne connaissait plus que ce mot, d'ailleurs. Il s'était éloigné de ses enfants, qui avaient décidé de mener chacun leur vie aux quatre coins du monde : Edward et Bella étaient retournés à Fork avec Renesmée pour lui permettre de voir Jacob, Rosalie et Emmett vivaient en Russie, tandis qu'Alice et Jasper avaient décidé de s'exiler en Nouvelle-Zélande. Bref. Carlisle menait une existence d'ermite depuis un bon moment, désormais. Et il était bien décidé à le rester malgré son travail prenant.
Seize ans, qu'elle est morte. Il ne put retenir davantage ses émotions, versant quelques larmes écarlates sur les touches immaculées de son piano. Il n'avait jamais pu aimer quelqu'un d'autre que Anna depuis son décès, malgré plusieurs tentatives désastreuses de la part de certaines humaines qui avaient croisé son chemin entre-temps. Il n'aimerait plus personne. Sa capacité à aimer s'était volatilisée, Anna l'avait emportée avec elle dans sa tombe. Cependant, cela ne l'empêchait pas - et cela depuis seize ans - de venir déposer une gerbe de fleurs sur sa tombe à New York, le jour de son anniversaire. Il était le seul à entretenir cette jolie stèle, un peu tombée à l'abandon depuis quelques temps. Il n'avait aucune idée de ce qu'étaient devenus les parents d'Anna car ils ne semblaient pas s'en occuper. Mais peu lui importait. Pour lui, c'était le seul moyen de se dire qu'il resterait fidèle à cette femme même si la mort les avait séparé.
Le jeune médecin s'arrêta de jouer et émit un profond soupir. Même après autant d'années, il se sentait toujours aussi dépressif, tout en s'efforçant de le cacher en public. Sa vie n'était plus que néant depuis seize ans. Il était plongé dans une misère affective et psychologique. Un chagrin constant. C'était encore une nuit à broyer du noir. Comme toutes les autres nuits... nuits interminables dans l'obscurité de sa vie qui n'avait plus vraiment de sens à ses yeux. Travailler pour sauver des vies était devenu un mécanisme. Il estimait encore que des gens nécessitaient ses compétences et ses soins pour guérir, continuer à vivre. Le docteur Carlisle Cullen était d'un précieux secours quand il s'agissait de sauver des vies à l'hôpital. Quand on a besoin de moi, on sait me trouver, pensa-t-il avec cynisme. Mais lui, qui viendrait le sauver ? A quoi bon faire comme si rien ne s'était passé, en sachant que l'on ne pouvait plus rien faire pour remédier à son malheur. Il se sentait condamné à rester dans cet état semi-léthargique et à se morfondre pour l'éternité. Peut-être était-ce cela, son châtiment. Il avait été châtié pour adultère par une quelconque entité divine. Sauf qu'il avait perdu la foi en Dieu depuis longtemps. Il ne trouvait plus aucun intérêt de prier pour un dieu qui ne faisait rien pour résoudre ses problèmes. Son père autrefois pasteur l'en aurait blâmé. Mais ce sont des choses qui arrivent, n'est-ce pas ? Tout le monde n'a pas de la chance. Comme disait le philosophe allemand Schopenhauer : il n'y a qu'une erreur innée, c'est celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux.
De son côté, Anna broyait du noir. Elle repensait à son suicide raté. Comment est-ce possible de même rater sa mort ? Elle avait du manquer une étape sur la manière dont les vampires meurent véritablement. Elle fulminait, encore plus à l'idée d'être passée pour une idiote aux yeux du docteur Cullen, qui n'avait pas manqué de la remettre à sa place. Ce dernier l'avait fait sortir en douce dans la soirée et lui avait fait comprendre de ne plus mettre les pieds dans son établissement et de se faire discrète à l'avenir. Bah tiens, comme si je lui avais foutu la honte, à cet abruti. La jeune femme avait donc poursuivi la soirée dans le bois de Boulogne à chasser de la bonne chair pour évacuer sa colère, en s'attaquant à des prostituées et des proxénètes, se moquant bien évidemment des conséquences qui suivraient. Après tout, la police pourrait bien croire à un règlement de comptes, et l'enquête serait rapidement close. Anna ne risquait rien. Elle eut l'effroyable surprise de découvrir Démétri dans son appartement lorsqu'elle revint de sa chasse. Elle émit un grognement, lui lançant un regard noir. De quel droit pouvait-il se permettre de s'introduire chez elle, sans qu'elle ne soit prévenue en plus ? Elle n'appréciait pas du tout cela. Ses instincts agressifs commencèrent à bouillonner en elle. Son ancien mentor fut le premier à prendre la parole.
- C'est joli chez toi, dis donc. Tu as bon goût en matière de décoration.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Tu croyais que je ne te retrouverais pas ?
- Je pensais surtout que tu ne t'obstinerais pas à me suivre ainsi.
- Tu me sous-estimes ma belle, ce n'est pas bien, répliqua-t-il en ricanant. Alors comme ça, on sympathise avec le docteur Cullen ?
Ses propos éveillèrent les soupçons chez Anna. Comment connaissait-il le docteur Cullen ? Est-ce qu'il l'espionnait depuis un moment sans qu'elle s'en rende compte ou le monde était-il si petit au point que tous les vampires se connaissaient entre eux ? En tout cas, le fait que Demetri fasse allusion à ce bouffeur d'animaux l'irrita. Elle n'avait pas un bon souvenir de lui, compte tenu de ce qu'il s'était passé à l'hôpital après sa tentative de suicide pitoyable. Elle leva les yeux au ciel.
- Je ne suis pas son amie. Et puis, je ne vois pas en quoi ça te regarderait dans ce cas-là.
Il se rapprocha d'elle, un sourire aux lèvres, la saisissant ensuite par le cou pour la projeter brutalement contre un mur. Cela ne fit ni chaud ni froid à la jeune femme ; elle avait toujours été habituée aux accès de violence de sa part. Elle sentait son souffle brûlant et menaçant sur son visage, tandis que ses doigts maintenaient une pression sur sa gorge.
- Ça me regarde, justement, petite garce. Ce type est loin d'être un de nos amis, crois-moi. Il vaudrait mieux pour toi de ne pas le fréquenter.
- Ouh. Attention, monsieur est jaloux, fit Anna en émettant un rictus narquois.
- Je ne veux pas te voir avec lui, c'est tout. Les Cullen sont nos ennemis, alors NE T'EN APPROCHE PAS, compris ?
- Je fais ce que je veux, connard ! Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire, c'est fini, je ne suis plus sous ta responsabilité ! Quand est-ce que tu vas le comprendre, bordel ? Je ne veux plus avoir affaire aux Volturi ! Alors, CASSE-TOI !
Elle lui cracha à la figure et lui asséna un coup de poing, ce qu'elle regretta par la suite lorsqu'elle le vit riposter en lui administrant une gifle monumentale, sans qu'elle ait eu le temps d'esquiver. A ce moment-là, Démétri ne sut pas qu'il venait de faire une grossière erreur ; Anna ne supportait pas le fait d'être giflée. Elle se sentait comme déshonorée. Et son orgueil venait d'en prendre un coup. Alors comme ça, il voulait la bagarre ? Elle n'hésiterait pas à le tuer et à le dépecer comme il faudrait s'il se montrait tenace. Espèce de salaud, je vais t'arracher tes membres un par un avant de m'en prendre à ta tête pour ensuite l'empaler et la faire griller dans la cheminée de mon salon. Prise d'un accès de rage, elle se jeta sur lui et le plaqua au sol, en s'emparant de ses bras. Elle commença par en briser un dans un craquement sourd, lui arrachant un cri de douleur. Elle sentait sa force de vampire nouveau-né se décupler. Probablement le coup de l'adrénaline, comme chez les humains. Elle voyait très bien que Demetri avait du mal à lutter contre elle. Ils avaient beau s'être battus de nombreuses fois pour sa formation de traqueuse auparavant, il n'avait jamais fait preuve de faiblesse jusqu'à présent. C'était un signe. Anna savait qu'elle avait gagné en puissance et elle s'en réjouissait délicieusement.
- Que comptes-tu faire maintenant ? Me tuer ? demanda Demetri, une lueur flamboyante dans ses yeux maléfiques.
- Ce serait trop facile. Mais vois-tu, même si j'en crève d'envie, je ne le ferais pas. Je ne tiens pas à me prendre Aro, Caïus et Marcus sur le dos pour ton meurtre. Du coup, je vais juste te demander quelque chose : pars, et ne reviens jamais, tu m'entends ? Laisse-moi faire ma vie. Sinon, la prochaine fois, je te tuerai pour de bon en te faisant souffrir le plus possible et je m'arrangerai pour que cela ne se sache pas.
- C'est comme ça que je t'apprécie Anna, féroce et redoutable, sans aucune limite dans ta cruauté.
- Pour te servir, chéri, fit Anna avec ironie. Maintenant, dégage.
Elle s'écarta de lui et le tira par le col de son manteau, le forçant à se lever. Elle n'hésiterait pas à mettre sa menace à exécution s'il n'obéissait pas.
- Très bien, je m'en vais. Mais je te préviens une dernière fois : méfie-toi des Cullen. Je ne veux pas te revoir à Volterra pour pleurer auprès d'Aro si jamais il t'arrive quelque chose.
- Qu'est-ce que ça peut me foutre ? Je suis assez grande pour gérer mes problèmes, merci bien.
- Bien sûr. Il faudra bien que tu te débrouilles seule puisque tu ne veux plus compter sur moi.
Il avait dit cela sur un ton moqueur. Il ouvrit la fenêtre du salon et s'éclipsa en peu de temps. Anna soupira. Elle s'affala dans un fauteuil et s'alluma une cigarette pour se calmer. Rien que le fait d'avoir vu Demetri l'avait mis hors d'elle. Elle se demanda comment elle avait pu le supporter tant d'années avec son arrogance et sa sale tronche. Et puis, elle ne savait pas s'il fallait vraiment le croire à propos de ce qu'il avait dit sur Carlisle Cullen, ou bien ne pas s'en formaliser. Dans le fond, son côté Volturi n'était pas mort. Elle était toujours aussi méfiante envers ce médecin et ses habitudes douteuses, et si Demetri l'avait mise en garde, c'est qu'il devait bien y avoir anguille sous roche. Ce type cachait des choses. Mais elle ne pouvait pas en être complètement sûre, car elle ne le connaissait pas suffisamment. Demetri avait également parlé de plusieurs Cullen ; elle supposa qu'ils étaient donc tout un clan. Ils pouvaient être potentiellement dangereux, en effet. Avaient-ils eu des querelles avec les Volturi auparavant pour qu'ils se détestent mutuellement ? Anna se souvenait très bien de cette fois-là où Carlisle lui avait parlé de la grande famille italienne avec mépris. Elle était curieuse d'en savoir plus. Elle se mit en tête d'élaborer quelques plans pour faire cracher le morceau auprès du docteur Cullen. La jeune femme jeta un coup d'oeil par la fenêtre encore ouverte: il pleuvait des cordes et l'orage grondait en projetant de temps à autre des éclairs. Un petit sourire s'afficha sur son visage pâle. J'aime Paris.
