Chapitre 10 : Pardonner ?
Il ouvrit la porte sur des 6ème années de Gryffondor et Serpentards trop fatigués en cette heure matinale pour avoir la force de se lancer dans une énième joute verbale.
Le premier cours de la journée... Il fallait que ce soit celui-là...
Il leur fit signe d'entrer mais ne resta pas pour refermer la porte. Il voulait éviter de se retrouver à proximité d'elle. Il ne voulait pas lui infliger ça.
Il alla se rasseoir et entreprit de faire un petit tas soigné des copies qu'il avait à leur rendre. Il se plongea dans la tache jusqu'à ce qu'il entende le dernier élève s'installer et le silence retomber. Pas un seul millimètre de parchemin ne dépassait de la pile...
« Bien...J'ai ici vos devoirs d'il y a deux semaines. Inutile de vous dire que c'est un désastre. Enfin...Ce n'est pas comme si je fondais un quelconque espoir dans vos cervelles de moineaux ! Quand j'appellerai votre nom, vous viendrez chercher vos...torchons. »
Cela lui coûtait presque de parler ainsi. Ce matin il n'avait pas envie d'enchaîner remarques cyniques et regards assassins. Mais c'était devenu tellement habituel...
« Malfoy ! »
« Thomas ! »
« Finnigan ! »
« Goyle ! »
Cependant il ne faisait pas de commentaires,n'annonçait pas les notes catastrophiques.
« Weasley ! »
Il savait que cela allait arriver.
« Parkinson ! »
Plus le tas rapetissait,plus sa tension montait.
« Brown ! »
Enfin...
« Granger... »
Il entendit une chaise. Il entendit des pas. Il vit une petite main tendue s'avancer. Il fut surpris de constater que cette main n'était pas tremblante. Alors, pour la première fois depuis le début du cours,il leva les yeux. Et eut un choc.
Elle le fixait, là, debout, vêtue de sa robe noire, contrastant terriblement avec la pâleur cadavérique de son teint, le regard vide,éteint.
Un fantôme.
Ce n'était pas l'expression qu'il avait redoutée. C'était pire.
Il eut un serrement au cœur mais maintint son regard. Elle ne détourna pas le sien. Il lui tendit lentement son devoir. Elle s'en saisit et retourna à sa place, rompant leur troublant contact visuel. Elle rangea le parchemin dans son sac sans y jeter le moindre coup d'œil.
S'apercevant qu'il l'observait avec la bouche légèrement entrouverte, Severus tenta de se redonner une contenance en se raclant la gorge.
« Londubat !Bon...c'est...euh...prometteur, Londubat... » dit-il d'un ton très vague
Un grand sourire apparut sur le visage de Neville, mais il le perdit en voyant qu'il avait obtenu un D et que les notes en rouge dans la marge ne reflétaient pas énormément de promesses...
Le cours se déroula ensuite dans le plus grand calme, les élèves dépités par leurs résultats et Severus leur ayant donné une quinzaine de pages de leur manuel à lire. Enfin, le plus grand calme, c'était beaucoup dire. Il y avait bien Brown et Patil qui chuchotaient activement, Weasley qui tournait ses pages beaucoup trop bruyamment et Londubat qui reniflait d'une façon insupportable, mais Severus n'avait pas le cœur d'enlever encore des points à Gryffondor ce jour-là...
Le cœur...
Son attention se porta malgré lui sur Hermione. Elle était plongée dans le livre de potions. Il pensa en souriant intérieurement qu'elle avait déjà dû le lire au moins dix fois.
Puis son regard se voilà. Non, il n'avait plus le droit de sourire quand il pensait à elle. Plus jamais.
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La journée passa excessivement vite. Pour la première fois en quinze ans il ne retira aucun point à aucune maison.
A 19h55 , il était assis derrière son bureau, immobile, les yeux dans le vide.
Cinq minutes. Cinq petites minutes et le cachot sombre et froid allait être illuminé de sa présence. Mais était-elle encore seulement capable de briller ? Il l'avait trouvé si éteinte. Ce regard...presque mort...Il l'avait peut-être carrément tuée...
Ses traits se crispèrent. Non. Il n'allait pas la laisser mourir. Pour une raison obscure, elle avait voulu revenir. Toute la semaine. Et bien soit. Il avait une semaine pour la ramener à la vie. Si elle voulait l'être...
TOC-TOC
20h00. Il fixa la porte. Cette porte contre laquelle il avait pleuré de longues minutes sa haine de lui-même avant de se reprendre,mais tout en continuant à se maudire. Il commença à se lever, mais se ravisa, préférant garder une certaine distance entre son ancienne victime et lui.
« Entrez... »
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Elle était devant la porte. Elle hésita. Cinq secondes. Cinq secondes durant lesquelles lui revinrent en mémoire toutes les images de la nuit précédente. Elle frissonna. Puis celles du matin. Le désespoir, les remords du professeur,sa douleur. Rien de comparable à la sienne,mais...
Elle soupira. Elle pouvait encore faire marche arrière. Retourner dans son dortoir. Dormir d'un sommeil sans rêve. Eviter d'y penser. Vivre avec.
Ou elle pouvait frapper à la porte. Aller s'asseoir. Parler. Lâcher tout ce qu'il lui restait sur le cœur. Retrouver l'homme qu'elle avait entraperçu derrière le monstre. Comprendre. Pour oublier. Peut-être.
Elle leva le poing. Le rabaissa.
J'ai un cœur...
Elle frappa.
« Entrez... »
Ce n'était pas un ordre. Cela ressemblait à une supplique...
Elle poussa timidement la lourde porte de bois et avança dans l'embrasure. Il la regarda un instant depuis son bureau puis détourna les yeux.
« Bonsoir,Miss Granger... »
Elle ne répondit pas. Elle voulut refermer derrière elle,mais :
« Vous pouvez laisser ouvert...si vous préférez... »
Elle serra la poignée quelques secondes, puis la lâcha.
« Merci. – murmura-t-elle
'Venez vous asseoir,Mi...Hermione. »
Il lui désigna un fauteuil à l'aspect confortable en face de lui. Elle ne l'avait jamais remarqué. Sans doute l'avait-il fait apparaître spécialement pour elle. Elle s'exécuta, en prenant bien soin de ne pas jeter un regard vers le mur de gauche. Il dut s'apercevoir de son port de tête un peu trop fixe, car il regarda lui-même sur sa droite et fit une grimace qu'elle ne sut pas interpréter. Elle s'installa dans le fauteuil moelleux et baissa la tête. Elle ne savait pas par où commencer. En fait, elle ne savait même pas quoi dire...
« Hermione... »
Elle leva les yeux sur lui. Elle retrouva le regard triste et désemparé qu'elle avait vu le matin-même. Elle reconnut aussi l'expression déchirée.
Mais elle se sentit défaillir. Comment avait-elle pu croire que ce serait aussi simple ? Qu'elle pourrait revenir ici tranquillement alors que 24 heures plus tôt...
Ses mains se crispèrent sur les accoudoirs. Elle ne pouvait détacher son regard de celui du professeur. Elle voyait son reflet dans les pupilles noires, terriblement net , comme si elle était vraiment à l'intérieur de ces yeux, comme si elle faisait partie intégrante de l'homme qui était en face d'elle. Beaucoup trop près...
Elle ressentit une sensation d'étouffement.
« Hermione... »
Elle se leva brusquement et partit en courant. Elle ne s'arrêta qu'une fois devant l'entrée de la salle commune. Elle reprit son souffle, prononça le mot de passe, et monta directement dans son dortoir, ignorant les sifflements admiratifs de Ron et Harry (dix minutes de retenue seulement, c'était le nouveau record de Pourdlard) et l'air suspicieux de Ginny.
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Il ne fit pas un geste pour la retenir. Au moment où elle était entrée, il savait que ça se passerait ainsi. Qu'avait-il crû ? Elle n'était pas prête. Comment aurait-elle pu ?
Il posa ses coudes sur le bureau, et son front sur ses mains.Elle ne reviendrait pas cette fois. Il imaginait combien ce devait être dur pour elle de se retrouver dans cette pièce. Cela l'était déjà assez pour lui. Cette pièce maudite !
Il prit la première chose qui lui tomba sous la main, un vieux livre de potions, et le jeta violemment contre un mur.Le mur. Il le fixa un moment, puis son regard glissa sur le livre qui gisait au sol.
Froissé. Déchiré. A moitié détruit.
Non, elle ne reviendrait pas.
ooo
Le lendemain, il ne la croisa pas, ayant passé la journée entre son bureau et sa salle de cours. Il ne s'était évidemment pas rendu dans la Grande Salle. Il passa la soirée à corriger des copies de 1ère années. Il se contentait d'adjuger les notes, sans ajouter aucun commentaire moqueur ou réprobateur.A 20h00, il ne put s'empêcher de lancer un regard plein d'espoir et de tendre une oreille attentive vers le couloir, mais en vain. Il soupira et se replongea dans son travail.
Mais, cinq minutes plus tard...
TOC TOC
Il sursauta. 20h05. Se pouvait-il que finalement...
« Euh...Entrez... »
La porte s'ouvrit doucement, très doucement. Alors, elle était venue... Il essaya d'afficher un sourire bienveillant. Mais il l'effaça aussitôt. Ce n'était pas Hermione.
« Miss Weasley ? »
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Hermione avait passé la journée seule, s'installant au fond de la salle à chaque cours et évitant du mieux qu'elle pouvait ses amis. Ceux-ci ne comprenaient pas son attitude mais ne s'en formalisaient pas outre mesure, mettant cela sur le compte du mystère et de la complexité de la gent féminine.
Après les cours, elle s'était rendue à la bibliothèque pour travailler sur un essai d'Histoire de la Magie. A 20h00, elle avait plié ses affaires, trop perturbée pour écrire quoique ce soit, et avait décidé de remonter chez les Gryffondors.
Mais, alors qu'elle était perdue dans des pensées concernant Rogue, ses pas l'avaient conduite dans les cachots.
S'en rendant compte, elle s'arrêta, stupéfaite. Non, elle ne voulait pas, pas si vite. Elle s'apprêta à rebrousser chemin, mais à ce moment, la porte du bureau du maître des potions s'ouvrit brusquement et, avant qu'Hermione ait pu esquisser le moindre geste, Ginny Weasley, qui venait de débouler dans le couloir, la bouscula sans la voir et, sans cesser de jurer et pester, s'en alla d'un pas vif.
Hermione, déconcertée, voulut la suivre,mais :
« MISS WEAS...Oh ! Miss Granger... Vous êtes là... Euh... Vous vouliez entrer ? »
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« Miss Weasley ?
'Bonsoir Professeur.
'Que me vaut l'honneur de cette visite tardive et impromptue ? – demanda-t-il sarcastiquement, ayant vite repris contenance
'Je suis venue parler d'Hermione. Hermione Granger. »
Severus essaya de cacher sa surprise. La cadette des Weasley avait un air farouchement déterminé et une voix forte et froide. Savait-elle quelque chose ?
« Miss Granger, vous dites ? Eh bien sachez jeune fille que mon bureau n'est pas un salon de thé et que si vous voulez parler de votre camarade, certaines de vos condisciples de Gryffondor seront bien plus aptes que moi à répandre des commérages ! Maintenant veuillez débarrasser le plancher !
'Vous savez très bien de quoi je veux parler ! »
Elle avait traversé la pièce brusquement et posé des poings rageurs sur le bureau de Severus. Celui-ci se leva et la menaça de toute sa hauteur.
« Modérez votre ton, Miss Weasley ! Je vous rappelle que je suis votre professeur ! Cinq points...
'...retirés à Gryffondor ! – singea-t-elle – On commence à connaître ! Pourquoi est-ce-que vous vous êtes acharné sur elle comme ça ?
'Miss Weasley ! Je... - commença-t-il à répliquer
'Et qu'est-ce que vous lui avez fait lundi soir ! – cria-t-elle
'Dix points, Weasley ! Maintenant vous allez vous calmer et...
'NON ! Je veux savoir ! Elle ne parle plus depuis deux jours, elle nous évite tous ! Elle ne veut rien nous dire ! QU'EST-CE QUE VOUS LUI AVEZ FAIT ?
'Miss Weasley cessez de crier ou je vous emmène chez le directeur ! Cela suffit maintenant ! Comment osez-vous accuser votre professeur de l'état d'une de vos camarades ? Je ne pense pas avoir quoi que ce soit...
'VOUS MENTEZ !
'S'en est trop, Weasley ! Suivez-moi chez le directeur ! » siffla-t-il
Mais Ginny lui lança un regard furieux et s'en alla en ouvrant la porte à la volée. Il la suivit, les bras raidis le long du corps, les poings serrés.
« MISS WEAS...Oh ! »
Elle était là, l'air ahuri, son regard allant de la tornade rousse qui s'éloignait en grognant à lui qui était là à la regarder bêtement. Il ne put que balbutier.
« Miss Granger... Vous êtes là... Euh... Vous vouliez enter ?
'Euh...qu'est-ce que... Ginny...
'Oui,elle... enfin... je vais vous expliquer. Entrez, je vous en prie.
'Je ne sais pas.
'Oh...Hermione,je... Oui, bien sûr. Nous pouvons parler ici – dit-il en désignant le couloir
'Non...C'est bon... » soupira-t-elle
Il s'effaça pour la laisser passer. Elle s'installa directement dans le fauteuil. Il commença à fermer la porte, mais, après réflexion, la laissa grande ouverte. Il prit le temps de se remettre de ses émotions de la soirée et alla s'asseoir. Elle demanda aussitôt :
« Ginny...Qu'est-ce qu'elle faisait ici ?
'Votre amie voulait s'entretenir avec moi...à votre sujet.
'Oh !Je vois...
'Alors vous n'en avez parlé à personne ?
'Vous croyez que j'en retire une quelconque fierté ! »
Elle lui lança un regard noir. Severus le prit de plein fouet. Non, bien sûr qu'elle ne pouvait pas en parler. Il se demanda comment il avait pu en douter.
« Excusez-moi, ce n'est pas ce que j'insinuais.
'Et vous, que lui avez-vous dit ?
'Rien.Rien. D'où son état de fureur...
'Bien. C'est mieux ainsi.
'Hermione...Ecoutez...J'ai pensé... Si vous ne vouliez plus assister à mes cours, il serait tout à fait possible de...
'Non ! Ça susciterait trop de questions !
'Ces questions, il faudra bien que vous y répondiez un jour... »
Elle le regarda, intriguée. Il savait, et l'intrusion de Ginny Weasley venait de le lui rappeler, qu'elle ne pourrait pas garder cela pour elle très longtemps. Il ne le voulait pas. Pour elle. Et si le moyen de lui faciliter la tâche était de partir...
« Vos amis s'inquiètent, Hermione. – poursuivit-il – Un jour vous devrez leur dire ce qui vous pèse. Je regrette terriblement d'être la cause de ce poids, mais je suis prêt à assumer les conséquences de mes actes. Un seul mot de votre part et je démissionnerai sur le champ !
'Ne soyez pas stupide !
'Pardon ? – demanda-t-il, stupéfait
'Vous êtes un des piliers de cette école, avec les professeurs Dumbledore et MacGonagall. Si l'un de vous s'en va, elle s'effondre. Et puis... vous êtes irremplaçable en potions, n'est-ce pas ?
'Hermione... Pourquoi agissez-vous comme ça ?
'Comme quoi ?
'Comme s'il ne s'était rien passé...
'Je...Ecoutez,je n'ai pas envie de parler de...ça.
'Je comprend. Mais il faudra bien que...
'C'EST A MOI DE DECIDER QUOI FAIRE !
'Oui, bien sûr. Bien sûr.
'Je ferais mieux de partir, je ne sais même pas ce que je fais ici !
'Bien... »
Il était allé trop vite. C'était bien trop présent. Il la laissa s'en aller, mais avant qu'elle ne disparaisse :
« Est-ce que vous viendrez demain ?
'Je ne sais pas encore...
'Rien ne vous y oblige...
'Je sais. »
De sa baguette, il referma la porte derrière elle. Il alla ramasser le vieux livre usé qui traînait toujours par terre, l'épousseta précautionneusement et le reposa sur le bureau.
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Hermione déboula comme une furie dans la chambre des 5ème années.
« VIRGINIA WEASLEY ! »
L'avisée se figea sous ses draps.
« Ma...Maman ?
'Non,pire ! Hermione ! Viens ici tout de suite !
'Euh...Je te sens énervée là...ça peut pas attendre demain ?
'GINNY !MAINTENANT !
'Bon,bon ! »
Ginny émergea de ses ouvertures et suivit une Hermione hors d'elle sous les regards terrifiés de ses compagnes de chambre. Elles descendirent dans la salle commune, qui se trouvait être déserte.
« J'attends tes explications !
'De...de quoi tu parles,'Mione ? – répondit Ginny avec un grand sourire innocent
'NE TE FOUS PAS DE MOI ! Pourquoi tu es allée voir Rogue ?
'Oh,ça...Ben...Tu vois, il m'a mis un D au dernier devoir,et...
'GINNY !Il m'a dit que tu lui avais parlé de moi ! Je t'avais dit que tout allait bien, alors qu'est-ce que tu es allée chercher ? »
Ginny perdit soudain le peu qu'elle possédait de sang froid.
« BIEN ? JE TE SIGNALE QUE C'EST LA PREMIERE EN DEUX JOURS QUE TU ME DECOCHES PLUS DE DEUX PHRASES A LA SUITE ! TU NE PARLES PLUS, TU NE RIS PLUS , TU NE MANGES PLUS ! ET CE DEPUIS L'AUTRE SOIR ! Alors ne me fais pas croire...
'CA N'A RIEN A VOIR,D'ACCORD ! Et de toute façon ça ne te regarde pas !
'Oh ! Bien, je croyais être ton amie, et donc pouvoir me poser des questions quand tu allais mal ! Mais si pour toi je ne suis que la sœur de Ron !
'Ginny...
'Non, c'est moi qui parle ! Depuis deux ans je pensais que nous étions proches,tu vois ! Je m'étais même prise à t'aimer comme un sœur, Hermione ! Et j'ai eu la prétention de penser que c'était réciproque ! Mais non, la grande Hermione Granger est trop bien pour s'abaisser à confier ses problèmes à la petite Weas...AÏE ! »
Hermione venait de gifler Ginny. Les yeux des deux jeunes filles étaient embués de larmes. Hermione regardait alternativement sa main et la joue rougie de son amie.
« Ginny...Euh...Excuse-moi ! Mais...tu te trompes complètement...Bien sûr que tu es plus que la sœur de Ron ! Mais...Mais...s'il-te-plaît... ne cherche pas à savoir...c'est...snif...c'est... »
Hermione s'écroula soudainement sur les genoux, le visage dans ses mains, et se mit à pleurer bruyamment. Ginny, qui se frottait toujours la joue, la regarda un moment, hébétée, puis s'agenouilla et la prit maladroitement dans ses bras.Hermione s'agrippa à elle.
« Excuse-moi...snif...c'est nerveux...
'Hermione...Parle-moi, je t'en prie...
'Je...ne peux pas...
'Bien sûr que si,il suffit de le vouloir.
'Non...Il y a...beaucoup trop de choses en jeu...
'Quelles choses ?
'Ginny...
'Hermione, si tu ne dis rien ça va aller de pire en pire.
'Je sais,mais...Ce n'est pas facile... »
Ginny n'insista pas. Hermione ne savait plus si elle devait parler ou se taire. Rogue et Ginny avait raison : elle ne pourrait pas le garder bien longtemps.
Bizarrement, à la pensée du professeur, ses sanglots s'atténuèrent légèrement. Il était prêt à quitter son poste...A disparaître de sa vie. Et elle l'en avait dissuadé ! Elle ne comprenait pas ! Elle aurait dû s'en réjouir.
Elle aurait dû le haïr.
Mais non. Elle s'en voulait de lui laisser...une seconde chance. Sans savoir pourquoi. Alors que parallèlement, elle restait bloquée en face de lui, elle ne pouvait exprimer ce qu'elle ressentait, que ce soit de bien ou de mal.
Elle se sentait faible.
Et c'était peut-être ce qui provoquait ses pleurs. Elle qui savait se tirer de n'importe quelle situation se retrouvait là devant un mur.Derrière elle, le renfermement sur soi,le silence et la douleur. Devant, le dialogue et la guérison. Mais entre, il y avait cette barrière qu'elle ne savait comment franchir.
Alors elle décida de stagner encore quelques temps. Séchant ses larmes, elle s'écarta de sa camarade.
« Ginny...Merci de t'inquiéter pour moi, mais...je vais essayer de m'en sortir toute seule...
'Hermione !
'Non,écoute ! J'ai dit essayer.Si je n'y arrive pas,je te promet...que je t'en parlerai.Mais en attendant, ne me pose plus de questions. S'il-te-plaît.
'Bon, si c'est vraiment ce que tu veux.Mais tu te rappelleras que tu as promis !
'Oui.Bien sûr. De toute façon, tu aurais été la première personne à qui j'aurais pensé.
'Oh...merci.
'Non,merci à toi. »
Hermione lui sourit faiblement et la serra une dernière fois dans ses bras avant de se relever. Elles remontèrent silencieusement les escaliers. Mais alors qu'Hermione allait ouvrir la porte de son dortoir :
« Hermione, dis-moi juste une chose s'il-te-plaît.
'Quoi ?
'Est-ce que ça à un rapport avec Rogue ? »
Hermione la fixa un instant sans rien dire.
« Non...Bien sûr que non... »
Elle l'embrassa brièvement et s'engouffra rapidement dans la chambre, la gorge serrée. Ginny regagna la sienne, peu convaincue.
