CHAPITRE 10 : Action commando
La première semaine d'octobre fut donc ponctuée de l'annonce de deux grands évènements. En premier lieu, la première sortie à Pré-Au-Lard pour les élèves de troisième année ou plus fut annoncée pour le week-end suivant. Et en second lieu, était programmé le premier match de Quidditch de la saison, prévu pour Halloween.
« Gryffondor contre Serdaigle, lut tout haut Sam. Si j'avais été pris dans l'équipe, j'aurais été en plein dans les entraînements là. »
Bien qu'il assurait ne pas être déçu de ne pas jouer, ses deux amis sentaient constamment comme une pointe de tristesse dans son ton quand il parlait de l'équipe de Quidditch de leur maison. Mais Jesse n'osait pas lui en faire la remarque, Sam et lui n'étant qu'à peine réconciliés depuis peu. Il avait déjà beaucoup pris sur lui en passant outre les évènements et en se rassurant lui-même, sa petite sœur ne sortait finalement pas avec Sam et avait l'air de n'avoir aucun garçon en particulier en vue. Un soir, dans la Grande Salle, il l'avait même vue échanger des vêtements de poupée Witchies avec l'une de ses amies et il en avait été parfaitement rassuré : elle était et resterait encore pour un moment une petite fille.
« La première sortie à lieu samedi, souligna Jesse. Et on n'est pas prêt pour ton plan, Ted.
_ Je sais, répondit ce dernier peut-être un peu trop agressivement. Mais on peut encore le faire. D'ailleurs je suggère que l'on passe à la première phase ce soir. »
Avec le cours nocturne d'astronomie, l'instant lui semblait parfait. Tout au long de la journée, il eut quelques difficultés à suivre les leçons. Le cours d'histoire fut probablement le plus difficile et le temps que le professeur Binns explique en long, en large et en travers et le tout avec un ton le plus monocorde possible la mise en place de la loi sur le secret magique, il se refit mentalement son plan à plusieurs reprises. Malheureusement, force lui fut de constater qu'il arrivait très souvent à une fin tragique allant de la simple retenue au renvoi voire même à Azkaban.
En cours de sortilèges, le professeur Bulstrode perdit patience.
« Monsieur Lupin ! Je ne sais pas où vous avez la tête mais vous n'êtes certainement pas avec nous ! »
Ils étaient en train d'apprendre les subtilités de l'alohomora même si beaucoup d'élèves l'avaient déjà vu avec leurs parents. Pour ce faire, ils avaient chacun un coffret verrouillé par un cadenas et il leur fallait l'ouvrir uniquement par la baguette. Mais effectivement, Teddy n'était pas à ce qu'il faisait et son cadenas était maintenant en train de se dandiner comme pour le narguer. Les autres élèves se tournant vers lui comme chaque fois qu'il se faisait disputer se mirent à rire.
Teddy rougit et baissa les yeux.
« J'enlève cinq points à Gryffondor pour votre manque de concentration. On n'est qu'au début de l'année, monsieur Lupin, et si vous ne voulez pas être le premier élève de l'histoire à redoubler, vous feriez mieux de passer à la vitesse supérieure question travail. »
Pour le forcer à se concentrer, elle le fit donc venir au-devant de la classe et l'installa sur son propre bureau où il pratiqua son sortilège en silence jusqu'à la fin de l'heure. Lorsque la sonnerie retentit enfin, le libérant de sa honte d'être ainsi affiché, il avait tout de même réussi à ouvrir son cadenas plusieurs fois d'affilée.
Mais sa concentration ne dura pas longtemps et le cours de potions fut à peu près aussi catastrophique que celui de sortilèges. Il fit même tomber dans son chaudron la plume qu'il utilisait pour prendre des notes. Celle-ci se dissout dans un chuintement et une fumée âcre s'éleva dans la pièce. Le professeur Pollus accourut depuis le bout de la classe, un air paniqué figé sur le visage.
« Mais… mais qu'avez-vous fait de votre philtre de force monsieur Lupin ? Vous devriez avoir une odeur de fraise sur une couleur de mûre, comme les autres ! »
Teddy déglutit. Il n'était pas le seul à ne pas avoir réussi sa potion mais il était clairement le seul à en avoir une qui cherchait à s'enfuir de son chaudron.
« Je… je suis désolé professeur, j'ai fait tomber ma plume dedans. »
Le professeur leva les yeux au ciel en soupirant et d'un geste de sa baguette vida le chaudron, laissant Teddy dépité devant les quarante-cinq minutes de travail qu'il venait d'accomplir qui partaient ainsi en fumée.
« Il faut de la précision, monsieur Lupin, sans quoi vous allez rater toutes vos potions. C'est une matière très importante. Qu'est-ce que vous avez l'intention de faire comme métier ? »
Teddy se tassa sur lui-même avec l'envie soudaine de disparaître dans un trou de souris. Malheureusement, ses dons de métamorphomagie n'allaient pas jusque-là.
« Je… Auror, professeur.
_ Eh bien sachez que les Aurors doivent maîtriser l'art des potions. C'est une discipline que l'on retrouvera dans presque tous les corps de métiers allant de la médicomagie évidemment à la botanique et l'alchimie. »
Cette fois-ci, il ne s'adressait plus qu'à Teddy mais à toute la classe.
« Un bon sorcier se doit de maîtriser l'alliance des éléments et des ingrédients. La magie ce n'est pas seulement tenir une baguette dans ses mains et l'agiter pour faire quelques sortilèges qui vont vous éviter de vous fatiguer. »
Certains élèves rirent, mais ils n'étaient pas en majorité.
« La magie, continua le professeur, c'est agir sur votre environnement par le biais de quelque chose que vous tirez de vous-mêmes. »
Il accompagna ses paroles d'un geste allant de sa poitrine vers l'extérieur, donnant ainsi l'impression qu'il tirait réellement quelque chose de son propre corps.
« Vous auriez dû l'assimiler depuis votre première année. Je veux que vous sortiez tous un parchemin et que vous notiez cette définition de la magie. Vous l'apprendrez par cœur et demain je choisirai au hasard trois élèves qui devront me la réciter. Celui ou celle qui ne la saura pas sera pénalisé de dix points et se retrouvera avec des devoirs supplémentaires. »
Teddy fouilla dans son sac pour trouver une plume neuve et un morceau de parchemin. Malheureusement, après un mois à peine d'école, il ne lui restait plus que quelques pliées ou au bout abîmé. Celle qu'il avait fait plonger dans son chaudron était la dernière intacte qui lui restait. Il en trouva néanmoins une en pas trop mauvais état bien que le bout pendouillât et que la pointe était fendue en deux.
« La magie, dicta le professeur d'un ton traînant pour qu'ils aient le temps de bien prendre des notes, est l'art et la manière, je répète, l'art et la manière… »
Sur son parchemin, Sam barra en soupirant les mots « je répète ». Concentré sur ce que disait le professeur, il n'avait pas compris tout de suite qu'il ne devait pas l'écrire.
« L'art et la manière d'agir sur son environnement, son envi-ro-nne-ment, par le biais, le biais monsieur Lampridge, pas le niais, par le biais, b-i-a-i-s, d'une force tirée de soi-même. Une force tirée de soi-même. »
La fin du cours fut marquée par plusieurs regards de colère envers Teddy. La définition à apprendre n'était pas très longue mais ça restait toujours du travail en plus et Jane Dunlop, qui était chez les Gryffondor, le traita même de pauvre type en passant auprès de lui.
Pendant le cours de vol, le jeune garçon n'eut pas le temps de rêvasser à son opération commando du soir. Avec son nouveau balai flambant neuf, Jesse fut le centre de l'attraction. Même le professeur Nottenberg demanda à faire un tour avec. Fier de lui, le garçon ne cessait de se passer les mains dans les cheveux et de fanfaronner. Il dit que sa mère avait payé une fortune pour l'avoir mais qu'elle avait d'excellentes relations et avait réussi à l'obtenir à moitié prix.
Le cours d'astronomie fut définitivement le plus long et le plus pénible à supporter et étant donné que le professeur Starlight était la directrice adjointe et l'une des plus sévères de l'école, il était hors de question de se laisser aller à ses pensées. A plusieurs reprises cependant, il se sentit piquer du nez. Il bâilla plus que de raison et consulta sa montre au moins cinquante fois. Etant donné l'heure tardive, il n'y eut pas de sonnerie mais le professeur Starlight finit par poser sa baguette sur son bureau et rallumer les lumières, ce qui rendit le ciel presque invisible. Ils notèrent leurs devoirs à faire pour la semaine suivante et quittèrent la tour d'astronomie.
« Je suis lessivé, dit Jesse en bâillant. Je crois que je vais dormir avant même de toucher mon lit.
_ Dommage, dit Teddy, parce qu'on ne revient pas tout de suite au dortoir. »
Jesse écarquilla les yeux. Il avait complètement oublié.
« Oh Teddy, on ne peut pas remettre ça à demain ?
_ Non ! Et d'ailleurs c'est le bon moment. Allons-y. »
Effectivement, c'était le moment idéal s'ils voulaient s'éclipser discrètement. Rapidement, ils tournèrent au coin d'un couloir. Le cœur battant à tout rompre à l'idée de faire quelque chose qui allait très probablement lui attirer des ennuis, Teddy se rendit compte qu'il affectionnait de se mettre dans des situations délicates. Là où la plupart des gens préférait que les choses se passent tranquillement et sans anicroches, lui aimait lorsqu'il y avait un peu de danger et surtout aucune monotonie. Ils se cachèrent dans une alcôve, se serrant à trois derrière la tenture d'un gnome assis sur un champignon. La place était très limitée et Teddy avait un coude dans les reins et un pied coincé derrière lui.
« Je ne suis pas sûr que…
_ Chuuuut, souffla-t-il en faisant ainsi taire Sam. Ziaye ne doit pas nous entendre. »
Ils restèrent immobiles et silencieux durant ce qui leur sembla une éternité puis, n'y tenant plus, Sam les poussa et émergea dans le couloir. Il se mit à sautiller sur place pour dissiper les fourmis qu'il avait dans les jambes.
« Tout le monde est parti dans les salles communes maintenant. Je suis même sûr qu'ils sont déjà tous au lit… les veinards. »
Il avait ajouté les deux derniers mots après à peine une demi-seconde de silence.
« Allez, on se dépêche un peu qu'on en finisse. »
Plutôt d'accord avec l'idée de ne pas traîner, Teddy et Jesse s'extirpèrent de leur cachette et les trois garçons filèrent dans les couloirs en prenant bien soin de ne pas courir ni marcher trop vite pour ne pas que leurs souliers fassent trop de bruit sur les dalles. Il était minuit passé et ils n'osèrent pas allumer leurs baguettes de peur d'attirer l'attention mais, la nuit, dans l'obscurité, le château semblait différent et ils se perdirent à plusieurs reprises.
« Zut, s'écria Teddy en constatant qu'ils étaient maintenant devant la salle d'étude des moldus au troisième étage. J'étais pourtant persuadé qu'il fallait tourner à gauche après le la statue de Merlin.
_ On ne va jamais y arriver. Il est de plus en plus tard et demain matin on a cours. Il faudrait faire une carte un jour pour nous aider.
_ Poudlard est un lieu incartable, répondit Jesse un brin agressivement. On ne peut pas en faire des cartes.
_ Ah oui ? »
Et pour prouver ses dires, Sam tira de son sac une plume et un parchemin vierge et se mit à tracer toutes sortes de traits.
« Et ça ? C'est quoi alors ? »
Ses deux amis se penchèrent et durent plisser les yeux pour percer les ombres.
« C'est… dit Teddy, un genre de gribouillage. Mais rien n'indique que c'est Poudlard. »
Sam perdit patience et rangea le tout négligemment dans son sac.
« Vous savez quoi ? Puisque vous savez toujours tout mieux que les autres, faites votre truc sans moi. Je retourne dans notre dortoir et si vous n'êtes pas dans le bureau de Stone d'ici-là, à tout à l'heure. »
Il suspendit son sac à son épaule et se moquant bien des appels de ses amis, le plus bas possible tout de même, il remonta le couloir en sens inverse, bien décidé à aller se coucher. Après son départ, le silence tomba entre les deux garçons qui restaient.
« Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Jesse.
_ Comment ça qu'est-ce qu'on fait ? On continue bien sûr.
_ Tu es sûr ?
_ Hors de question d'abandonner. Tu peux aller te coucher aussi si tu veux mais moi je continue. »
Teddy se remit en route. Jesse hésita. Il regarda le couloir où venait de disparaître Sam puis celui que prenait actuellement Teddy puis, avec un soupir dépité et un juron qu'il s'adressa à lui-même, il suivit le métamorphomage, sûr qu'il allait au-devant de terribles ennuis.
Après avoir tourné pendant près d'une demi-heure dans les méandres enténébrées de Poudlard, ils finirent par arriver à destination. Devant eux, se trouvait maintenant une lourde porte de chêne à deux battants équipée d'une plaque dorée sur laquelle on pouvait lire « Infirmerie, prière de faire silence ». Teddy inspira profondément, laissa son sac à la porte et, le plus délicatement possible, poussa l'un des battants en prenant bien soin de ne pas le faire grincer.
L'infirmerie était presque déserte. Les rideaux qui ornaient les gigantesques fenêtres du fond avaient été tirés, plongeant la pièce dans une obscurité quasi-totale. Alignés le long des murs, les lits avaient l'air de soldats au garde à vous, comme figés, attendant de pouvoir, enfin, remplir leur office. Seul l'un d'entre eux était utilisé par un garçon de première année au visage couvert de bandages. Les cheveux en bataille, il se redressa sur le lit et se frotta les yeux.
« Qu'est-ce que vous faîtes ? »
Teddy plaqua son index en travers de ses lèvres et s'approcha de lui.
« Chut. On ne reste pas longtemps. Tu sais où sont l'infirmière et son assistante ?
_ Dans leur bureau je crois. Vous voulez que je les appelle…
_ Non, ça ira. Fais comme si tu ne nous avais pas vus. »
Teddy s'avança vers le fond de la pièce et alors que l'enfant étouffait un bâillement, Jesse s'approcha de lui et se força à avoir l'air le plus menaçant possible.
« Et si jamais on te pose la question, tu n'as rien vu ce soir. Ok ?
_ Euh… ok oui.
_ Rendors-toi maintenant.
_ D'accord. »
Le garçon se rallongea, pas bien sûr de ce qui venait de se passer. Jesse rejoignit Teddy en trottinant. Ce dernier était déjà arrivé tout au bout de la pièce, devant la grande armoire à produits de Mademoiselle Pomfresh. Celle-ci était fermée par un cadenas.
C'était le moment idéal de pratiquer l'alohomora qu'ils avaient vu en cours, sauf que Teddy n'était pas sûr du tout de savoir maîtriser ce sort. Et ils manquaient de temps. Bien qu'il fût près d'une heure du matin, un rai de lumière passait sous la porte du bureau de l'infirmière, preuve qu'elle n'était pas encore au lit. S'il lui venait l'idée d'aller voir comment se portait son malade alors elle tomberait assurément sur les deux Gryffondor et la punition serait terrible. Il était formellement interdit d'errer dans les couloirs après l'heure du couvre-feu. La seule exception faisait état du retour des cours d'astronomie qui aurait dû être terminé depuis longtemps. Ils n'avaient aucune excuse. Et qui plus est, ils venaient voler des potions. S'ils se faisaient prendre, ils étaient bons pour le renvoi immédiat.
Les mains un peu tremblantes, il tira sa baguette de sa poche mais lorsqu'il la pointa sur le cadenas, son cœur s'emballa. Il perdit toute confiance en lui.
« Toi, fais-le. »
Jesse ouvrit l'armoire en un éclair. Il avait compris dès le début le principe du sortilège et le maîtrisait déjà à la perfection, ce qui lui avait valu quinze points en plus pour sa maison pour la plus grande jalousie des Serdaigle. Ils fouillèrent l'armoire.
« Il fait trop sombre, se plaignit Teddy à voix basse. Je ne vois pas les étiquettes. »
Il attrapa une bouteille oblongue comportant un liquide vraisemblablement transparent. L'étiquette était blanche et il put lire « sans rêve » mais pas le mot avant, il la glissa dans sa poche.
Quelque chose tomba dans le bureau de Mademoiselle Pomfresh. Les deux garçons sursautèrent et, sans demander leur reste ni même refermer l'armoire, prirent leurs jambes à leur cou. Mais dans la précipitation, Teddy se prit les pieds dans l'une des portes et tout le meuble en fut violemment ébranlé. Il trembla sur place avant de basculer en avant. Il se précipita en avant pour la rattraper avant qu'elle ne tombe, plaqua ses mains sur le battant. Le meuble reprit sa place initiale mais dans une secousse si forte que plusieurs flacons tombèrent au sol et s'y fracassèrent dans un terrible vacarme.
Dans son lit, le garçon aux bandages se redressa d'un coup sec. Teddy et Jesse n'attendirent pas plus longtemps, sans même se consulter, ils déguerpirent. Ils venaient de ramasser leurs sacs à la porte lorsqu'ils entendirent l'infirmière s'écrier : « mais qu'est-ce qui se passe ici ? »
Ils s'enfuirent en courant. Durant les minutes qui suivirent, ils se moquèrent éperdument du bruit qu'ils firent. Ils coururent aussi vite que possible, remontant les couloirs et grimpant les escaliers. Lorsqu'ils arrivèrent enfin dans leur dortoir, à bout de souffle, ils se laissèrent tomber dans leurs lits. Sam, déjà en pyjama, les avait néanmoins attendus avant de se laisser gagner par le sommeil.
« Alors ? Comment est-ce que ça s'est passé ?
_ On a failli se faire choper ! dit Jesse. On a ruiné l'armoire à potions de Pomfresh. Mais on a ce qu'il nous faut. »
Il marqua une seconde de silence et, inquiet, se tourna vers son ami que la course avait rendu écarlate.
« On l'a, n'est-ce pas Teddy ? »
Celui-ci tâtonna sa poche et en tira la bouteille. Sam sortit du lit pour la lui prendre des mains.
« C'est un philtre de sommeil sans rêve, je connais, ma mère a pris ça pendant des années. Elle disait que c'était la seule chose qui lui permettait de dormir sans penser à mon père.
_ Et tu as déjà essayé, toi ? demanda Teddy en se redressant tant bien que mal.
_ Une fois.
_ Et ?
_ Ben je me souviens pas. J'étais petit. J'ai dormi je crois. »
