I tried so hard
And got so far
But in the end
It doesn't even matter
In The End – Linkin Park

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Demanda Lily à Sirius. »

Le maraudeur, un sourire narquois figé sur le visage, lui lança un regard malin. La réunion de l'Ordre était presque terminée, et Lily l'avait entendu se pencher vers son meilleur ami pour lui proposer d'aller boire un verre avec eux aux Trois Balais juste après. James avait bien évidemment accepté sans hésiter. Elle ne l'avait jamais entendu dire non à Sirius.

« Mais parce que vous ne sortez pas encore ensemble, lui répondit-il simplement.
- Quand est-ce que tu vas arrêter de te mêler de mes histoires ? Soupira Lily.
- Quand vous serez mariés, lâcha t-il du tac-au-tac en se balançant sur sa chaise. »

Elle arqua un sourcil, soupira, et reporta son attention sur le professeur Dumbledore, à l'autre bout de la table. Elle arrivait à peine à enregistrer ce qu'il disait. Elle sentait un regard peser sur elle, et lorsque sa tête pivota légèrement, elle constata qu'il s'agissait de celui d'Emmeline Vance, qui lui adressait un sourire amical.

Lily se sentit profondément mal à l'aise quand elle réalisa qu'elle avait probablement entendu sa conversation avec Sirius. Elle se racla nerveusement la gorge, et s'efforça de se retourner vers le directeur de Poudlard qui énonçait les derniers résultats de mission, positifs et négatifs. Quelques enfants de moldus avaient été libérés dans une planque de mangemorts, non loin de Pré-au-Lard, mais Dedalus Diggle, un membre de l'Ordre, avait été blessé pendant le processus. Sa vie était hors de danger, mais il allait passer un certain temps à Sainte-Mangouste pour récupérer.

Quelques minutes plus tard, Alice, Mary, et Marlène se postèrent devant elle. Elles discutèrent un bon moment pendant que Sirius et James attendaient impatiemment Lily devant la porte du quartier général, jetant des regards appuyés vers leur montre dès que ses yeux verts déviaient dans leur direction.

« Je suis désolée les filles, mais Sirius risque de mettre des bombabouses dans mon lit si je ne me dépêche pas...
- Il fait toujours ce genre de blague ? S'étonna Mary.
- Je n'en suis pas sûre, mais je ne préfère pas le découvrir, répondit Lily après les avoir chacune enlacées. »

Elle se dirigea vers la chaise sur laquelle elle avait laissé son sac, et elle sursauta quand elle se retourna et qu'elle se retrouva nez à nez avec la belle Emmeline Vance. Elle resta figée devant elle, se remémorant la discussion qu'elle avait eue avec Sirius un peu plus tôt, et elle jeta un coup d'oeil vers les garçons.

Peter et Rémus s'étaient ajoutés au groupe, et Sirius ne semblait plus trop accorder d'attention à l'heure. James, lui, avait les yeux braqués sur elle. Ou sur Emmeline. Elle ne savait pas vraiment, et peu lui importait. Il avait juste cette expression indéchiffrable sur son visage qui fit battre son cœur un peu plus vite.

« Ce n'est encore pas aujourd'hui que nous allons pouvoir passer du temps ensemble, n'est-ce pas ? Lui demanda Emmeline en suivant son regard vers les garçons.
- Je suis désolée, Sirius a eu une journée pénible au boulot, je lui ai promis que nous irions boire un verre aux Trois Balais, commença Lily avant de s'interrompre, embarrassée. Je t'inviterais bien, mais je ne sais pas si...
- James serait mal à l'aise, la coupa Emmeline en secouant rapidement la tête de droite à gauche pour décliner l'offre. Mais c'est gentil d'y avoir pensé. D'autant que d'après ce que j'ai compris, ce soir devrait être LE soir.
- Oh Merlin, Emmeline, je suis navrée que tu aies entendu cette discussion, Sirius plaisantait, s'excusa Lily, mortifiée.
- Hé, Lily, ça va. James et moi, on a rompu d'un commun accord. »

Elle avait éclaté d'un rire cristallin devant l'expression horrifiée de Lily et lui avait posé la main sur l'épaule. Évidemment. Emmeline Vance était la perfection incarnée, et la perfection incarnée pardonnait tout. Lily eut brutalement envie de la prendre dans ses bras, mais elle n'en fit rien, elle se contenta de la fixer curieusement comme la personne bizarre qu'elle était. Merlin, elle ne lui arriverait jamais à la cheville.

« Fais attention à lui, s'il te plaît, reprit-elle d'un air grave que Lily n'avait jamais vu sur son visage angélique. Je sais que j'ai l'air gentille, mais si tu lui fais du mal, je te casserai une jambe. Et Sirius te cassera sûrement l'autre, ajouta t-elle à voix basse. »

Cette fois-ci, les yeux de Lily s'agrandirent devant la menace et elle bafouilla légèrement quelques mots inaudibles avant de retrouver toute sa tête.

« James a l'air de pouvoir se défendre tout seul, répliqua t-elle sans une once de méchanceté. »

Emmeline plissa légèrement les yeux et lâcha un rire ironique, le même que James quelques jours plus tôt, quand elle lui avait demandé ce qui était compliqué pour Emmeline dans leur relation et qu'il n'avait pas répondu.

« Il peut, devant une armée de mangemorts, sans problème, mais devant toi, c'est une autre histoire, répondit-elle en lui lançant cette fois, un sourire compréhensif.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? L'interrogea Lily en fronçant les sourcils, perdue.
- Disons juste que c'est très compliqué de vivre dans ton ombre. Bonne soirée Lily, et si un jour tu veux passer à la maison, n'hésite pas. J'habite sur Victoria Grove. Je t'offrirai un thé. »

Elle avait agité sa main devant son visage perplexe et s'était volatilisée presque instantanément. Ou alors, Lily avait mis un peu trop de temps à enregistrer ses paroles et à revenir à la réalité. Quand elle se retrouva seule avec son sac sur l'épaule et que ses yeux trouvèrent encore ceux de James, ce fut comme si toutes les pièces du puzzle s'assemblaient. « Merlin, Lily, tu ne sais pas à quel point c'était compliqué pour elle. » « Disons juste que c'est très compliqué de vivre dans ton ombre. ».

Emmeline Vance, la parfaite Emmeline Vance l'enviait, ou l'avait enviée, mais ce n'était pas la conclusion la plus importante de l'histoire. La conclusion la plus importante était que James Potter avait pensé à elle tout ce temps, quand elle pensait à lui, qu'elle était seule et qu'il n'y avait plus rien d'autre qui comptait que son souvenir pourtant lointain.

Le cœur à la fois étonnement lourd et léger, elle se dirigea vers les quatre garçons. Le regard de James ne dévia pas une seule fois de son visage, mais quand Sirius passa un bras autour de ses épaules, elle détourna le sien pour accorder un sourire radieux à son meilleur ami qui s'était bruyamment exclamé « Enfin ! Rosmerta, j'arrive ! », la faisant pouffer.

« Alors Lily, que donne ta recherche de travail ? La questionna Rémus quand ils furent assis autour d'un whisky-pur-feu.
- Pas grand chose. Je désespère... Répondit-elle en soupirant bruyamment.
- Quelqu'un va finir par te répondre, la rassura Peter en lui tapotant l'épaule pendant que Sirius et James étaient tous les deux en train de baratiner Rosmerta.
- C'est gentil Peter, mais... Je ne sais pas. Il y a trois ans, je n'aurais jamais pensé en être rendue là. Je veux dire, tout le monde me prédisait un avenir brillant et j'y croyais... Je ne pensais pas que les choses tourneraient de cette façon.
- On ne sait jamais ce qu'il va nous arriver, c'est tout l'attrait de la vie, commenta Rémus en lui adressant un sourire réconfortant.
- Tu trouves ça attrayant, toi ?
- Hé, ce ne sera pas toujours aussi difficile, lui répondit-il. »

Elle espérait sincèrement qu'il avait raison, mais elle ne préférait pas trop y croire. Jusque là, la vie l'avait déçue, vraiment déçue. Elle était bien consciente qu'il y avait des gens à qui elle souriait, mais ce n'était pas encore son cas. Elle devait encore lutter contre le manque de toutes les substances qu'elle avait prises pour essayer d'oublier qu'elle avait raté le train qui était censé l'amener vers un avenir sûr et confortable, et ses échecs constants dans sa recherche d'emploi.

« Deux mornilles sur Sirius, entendit-elle Peter dire à Rémus.
- J'ai déjà dit que j'arrêtais les paris là dessus, vieux, répliqua son meilleur ami en jetant un coup d'oeil vers les deux autres maraudeurs, accoudés sur le bar, toujours en train de discuter avec Rosmerta.
- Vous êtes sérieux ? Vous prenez des paris sur qui réussira à coucher avec elle ? Les interrogea Lily, essayant de réfréner ses élans de jalousie avant de lever les yeux au ciel devant l'expression de culpabilité évidente que Peter affichait.
- Ce n'est pas comme s'ils avaient parié avec nous... Lui répondit-il toutefois.
- Encore heureux, je n'imagine même pas si...
- Mademoiselle ? »

Elle fut interrompue par un serveur qui déposa un nouveau verre de whisky devant elle en lui indiquant un jeune homme brun au sourire éblouissant à quelques tables d'eux.

« C'est de la part de ce jeune homme, lui indiqua le serveur avant de pousser un peu plus le whisky-pur-feu vers elle. »

Elle devint écarlate quand la personne en question lui adressa un signe de la main et que Rémus et Peter se retournèrent tous les deux pour l'apercevoir, puis pivotèrent de nouveau vers elle, chacun avec un sourire narquois sur le visage.

« Cinq mornilles qu'elle va rentrer avec ce gars là, chuchota Peter à Rémus.
- Merlin, Peter, est-ce que tu écoutes au moins ce que je dis ?! Chuchota rapidement Lily, dépitée et rouge de honte.
- Attendez, c'est Bertram Aubrey ! S'exclama Rémus avant d'éclater de rire. Tu te rappelles quand Sirius et James lui ont fait gonfler la tête comme un ballon ? Demanda t-il à Peter qui jeta un nouveau coup d'oeil derrière lui avant d'acquiescer et de glousser aussi. »

Lily osa, elle aussi, un énième regard vers le jeune homme en question et s'aperçut que Rémus avait visé juste. Il s'agissait bien de Bertram Aubrey. Elle se demanda comment elle avait pu ne pas le reconnaître avant, il n'avait pas vraiment changé. Elle avait travaillé de temps en temps avec lui à la bibliothèque de Poudlard, elle aimait son esprit et sa compagnie, et elle l'avait toujours trouvé beau garçon, ce qui ne gâchait rien au plaisir de s'exercer en sortilèges à ses côtés, et ils avaient fini par sortir brièvement ensemble sans toutefois s'afficher aux yeux de tous. Ça n'avait pas duré très longtemps, trois mois tout au plus.

Il était aussi batteur dans l'équipe de Serdaigle, à l'époque. Elle se souvenait d'un match pendant lequel il avait envoyé un cognard sur Sirius. Le maraudeur l'avait reçu droit dans les côtes. Il n'y avait aucune faute, mais les garçons s'étaient vengés quelques jours plus tard en jetant à Bertram un maléfice qui avait doublé la taille de sa tête. L'incident s'était terminé dans le bureau du professeur Dumbledore, et les points de Gryffondor avaient largement diminué par la suite.

« C'est Stebbins avec lui, non ?
- Celui qui a triché aux ASPIC ? Demanda Peter.
- C'était aux BUSE, et il n'a pas triché, répondit rapidement Lily. Il a simplement continué d'écrire alors que l'épreuve était terminée.
- J'appelle ça de la triche, reprit Peter en lui jetant un regard perplexe.
- Oh remets toi, Queudver, ça fait des années, lui dit Rémus en riant et en lui tapotant l'épaule. Et en plus, il me semble qu'il avait juste eu un Acceptable.
- On devrait aller leur dire bonjour, non ? Les interrogea Lily.
- Hé, ils ne nous ont pas offert un verre à nous, lui fit remarquer Peter en marmonnant. »

Elle leva les yeux au ciel, soupira, et se hissa hors de sa banquette pour traverser le pub. En passant devant le comptoir, elle constata que Sirius et James étaient toujours en train de faire les yeux doux à Rosmerta et elle eut envie de leur jeter un maléfice à chacun. A James plus qu'à Sirius, pour être parfaitement honnête, mais elle continua son chemin jusqu'à la table de Stebbins et Aubrey en essayant de ne pas avoir l'air aussi amère qu'elle l'était.

« Salut ! Lâcha t-elle en s'arrêtant devant eux, un sourire discret sur le visage.
- Evans ! Stebbins n'était pas sûr que ce soit toi, mais je te reconnaîtrais entre mille !
- J'espère bien, après le temps qu'on a passé à la bibliothèque ensemble.
- Mais qu'est-ce que tu fichais chez Gryffondor ? Intervint Stebbins alors qu'Aubrey lui faisait une place à côté de lui. »

Elle lâcha un rire et haussa les épaules avant de s'asseoir avec eux. Ces quelques mois avec Sirius lui avaient ôté l'appréhension de revoir des gens qui la connaissaient à Poudlard. Elle avait reprit confiance en elle et quand elle croisait son reflet dans le miroir, maintenant, elle se reconnaissait. Elle n'était plus exactement la même qu'avant, mais elle se retrouvait peu à peu.

Elle resta à la table d'Aubrey et Stebbins une petite heure, à discuter de tout et de rien, plus particulièrement de ce qu'ils étaient devenus pendant qu'elle évitait de parler d'elle. Elle éclata de rire quand Bertram évoqua la fois où ils s'étaient tous les deux fait exclure de la bibliothèque parce qu'ils avaient, sans le faire exprès, jeté un maléfice d'explosion sur une étagère de livres alors que leur première intention était en fait de la ranger.

Dans l'euphorie du moment, en plein fou rire, elle avait posé la main sur l'épaule de Bertram pour se soutenir pendant qu'il imitait la voix de la bibliothécaire qui les avait fichu dehors, et ce fut à ce moment précis que son regard accrocha celui de James, à quelques mètres de là. Il avait une drôle d'expression sur le visage. Il s'était redressé pendant que Sirius essayait toujours de charmer Rosmerta qui rougissait de plus en plus à ses avances en jetant des coups d'oeil appuyés vers James dont le visage s'était durci.

Lily l'ignora, mais elle tapota quand même l'épaule d'Aubrey en le remerciant pour le verre qu'il lui avait offert, et le salua d'un signe de main avant de retourner vers la table où Peter et Rémus discutaient toujours. Elle les entendit évoquer Dedalus Diggle, elle s'apprêtait à leur demander s'ils avaient eu de ses nouvelles lorsqu'elle vit, du coin de l'oeil, James quitter le pub, la main de Rosmerta emprisonnée dans la sienne.

La jeune femme blonde semblait ne pas avoir la moindre idée d'où le maraudeur l'entraînait, mais elle n'émettait aucune objection, faisant juste signe à un serveur de passer derrière le bar à sa place pendant que Sirius revenait vers la table où Lily, Peter, et Rémus étaient assis, dépité. Au moment même où il se posa à côté d'elle, Lily se leva comme un ressort et le bouscula légèrement pour se ruer vers la sortie.

Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle allait faire, ni ce qu'elle allait dire, mais son cœur battait à toute allure et sa tête lui martelait qu'elle ne pouvait pas laisser James partir avec Rosmerta. Elle déboula dehors et se retrouva face à une rue déserte. Elle tourna la tête de tous les côtés, désespérée, avant d'entendre un gloussement dans une rue adjacente.

Elle s'y précipita et s'arrêta net quand elle les trouva enfin, et plus précisément, quand elle le vit embrasser fougueusement Rosmerta contre un mur en briques. Elle demeura immobile pendant une ou deux secondes avec la nette sensation qu'on venait de lui arracher le cœur, de le jeter par terre, et de le marteler de coups, de sorts en tout genre.

Elle ouvrit la bouche en espérant en faire sortir un son qui pourrait l'arrêter, en cherchant l'insulte qu'elle ne voulait pourtant pas lui lancer, mais finalement, ce fut un sanglot qui attira son attention, et juste quand il tourna les yeux vers elle, une avalanche de larmes dévala ses joues et elle transplana au premier endroit auquel elle put songer.

Elle se retrouva au milieu d'un bordel inimaginable. Son ancien appartement semblait avoir été dévalisé, mais Lily s'en fichait éperdument. Les vapeurs des potions qu'elle avait concoctées ici emplissaient ses narines comme si elles ne les avaient jamais quittées, lui octroyant un sentiment de honte masqué par un profond réconfort sur lequel elle se focalisa.

Elle ne savait pas vraiment ce qu'il s'était passé aux Trois Balais. Elle n'avait pas compris, et plus elle y réfléchissait, plus elle songeait qu'elle n'avait décidément rien compris depuis le début. Elle avait cru qu'il y avait quelque chose. Ils ne s'étaient rien avoués, rien promis, mais elle avait cru qu'il ressentait pour elle ce qu'elle ressentait pour lui. Pendant un moment, elle l'avait vraiment pensé, elle avait vraiment eu l'espoir.

Elle avait cru qu'elle s'en sortirait. Tout allait bien. Elle ne pensait plus beaucoup aux potions, elle pensait à lui, se focalisait sur lui, certainement trop, et la chute était brutale. Elle sentait des bleus sur tout son corps sans qu'ils n'y soient. Les tremblements avaient repris, le manque s'était réinstallé dans sa tête, sournois, il avait profité du choc pour la hanter encore.

Et tout était devenu soudainement plus fort qu'elle. Elle avait tourné et retourné chaque coussin, matelas, avait passé au peigne fin tous ses placards, avait même vérifié son frigo duquel se dégageait des odeurs nauséabondes d'ingrédients de potion en décomposition, et puis elle avait enfin trouvé ce qu'elle cherchait.

A l'abri, soigneusement dissimulé derrière une brique mouvante de la cheminée, se cachait une petite fiole à l'intérieur de laquelle un liquide immaculé dormait depuis probablement plusieurs années. Elle l'agita un instant et l'observa attentivement. Il n'avait pas l'air très net, mais les larmes obstruaient sa vue et la peine obstruait sa raison, alors elle fit sauter le bouchon et engloutit le philtre de paix d'une seule traite.

Et puis elle s'avachit sur le canapé, attendant que la potion fasse son effet, avec la nette impression de sentir des poignards transpercer son corps à chaque fois qu'elle revoyait James embrasser Rosmerta. Il l'avait faite espérer. S'en était-il seulement rendu compte ? Avait-il réalisé que dans chacune de ses paroles, elle avait trouvé une raison de s'accrocher à lui, à l'espoir insensé qu'il puisse vouloir d'elle ?

Elle avait totalement écarté de son esprit tout ce que Sirius lui avait raconté, tout ce qu'Emmeline Vance lui avait révélé, et elle s'était laissée aller à l'évidence. Elle s'était imaginée des choses, comme elle l'avait toujours fait quand il s'agissait de lui, comme elle l'avait fait à Poudlard à chaque fois qu'il était passé devant elle en la regardant un peu plus longtemps que la normale, comme elle l'avait fait quand elle avait passé cinq heures dans les toilettes avec lui et qu'il lui avait accordé des sourires qu'elle ne l'avait jamais vu accorder à qui que ce soit.

Merlin il était fort. Il était bon. Il était vraiment doué à ce jeu là. Capable de faire tomber n'importe quelle fille. Elle aurait dû parier sur lui avec Peter. Sirius était vraiment beau, mais James avait un tel charme qu'il aurait pu rendre une harpie folle d'amour pour lui. C'était comme s'il savait exactement quel mot prononcer à quel moment, quel geste faire à quel moment, et quel regard lancer à quel moment.

Il y arrivait toujours. Elle ne savait pas pourquoi elle ne l'avait pas compris avant. C'était tellement évident. Depuis Poudlard, il avait toujours eu la fille qu'il avait voulu avoir. Personne ne lui disait non. Il n'en avait pas abusé, mais il avait toujours obtenu exactement ce qu'il avait souhaité, et à la fin, il n'avait jamais été celui qui souffrait.

Elle pleurait encore quand elle commença à se sentir d'avantage fatiguée qu'apaisée. Le philtre de paix n'avait jamais eu ce genre d'effet sur elle. D'habitude, c'était rapide. En cinq minutes, un sentiment profond de béatitude l'envahissait et la laissait en plein extase. Ce ne fut pas le cas, ce soir là.

Elle sentit son regard devenir trouble, et lentement, sa tête tomba sur le bras du canapé alors qu'elle se rappelait de l'aspect étrange du liquide. Elle se souvint trop tard d'un cours de potion du professeur Slughorn datant de sa cinquième année, celui où il leur avait appris à concocter un philtre de paix. Les mots de l'homme lui revinrent subitement en tête « Si la potion est trouble, c'est que les dosages sont mauvais, et si les dosages sont mauvais, vous risquez de vous endormir pendant une bonne partie de votre vie. »

« Elle est là ! Entendit-elle. »

C'était la voix de Sirius, elle était rassurante. Elle vit une ombre s'arrêter devant elle et s'agenouiller, puis une deuxième, debout, un peu en retrait, et elle sentit une main se poser sur sa joue puis la quitter pour attraper la fiole logée dans sa main devenue molle.

« Philtre de paix, lut Sirius à haute voix.
- Ça ne devrait pas faire ça. »

Cette fois, ce fut la voix de James qu'elle entendit. Elle lui brisa le cœur. Elle ne le voulait pas là. Elle le voulait partout, sauf près d'elle. Si elle avait pu, elle le lui aurait hurlé, mais elle arrivait à peine à garder les yeux entrouverts.

« Merde. Est-ce qu'elle fait une mauvaise réaction ?
- Je n'en sais rien, répondit James, et Lily put clairement entendre de la panique dans sa voix.
- Qu'est-ce qu'on fait ? Si on l'emmène à Sainte-Mangouste, ils vont faire des analyses et poser des questions et appeler la brigade d'auror quand ils vont se rendre compte qu'elle n'en est pas à sa première dose et...
- Slughorn, le coupa James.
- Quoi ?
- On transplane chez Slughorn.
- Tu veux aller chez notre vieux professeur de potion en plein milieu de la nuit ?
- Il aide l'Ordre fréquemment, et là, il s'agit de Lily. Il fera ce qu'il pourra, c'est sûr. Tu vois une meilleure solution pour lui éviter de se retrouver à Azkaban, ou pire ? »

Elle n'entendit plus rien, mais elle sentit les bras de Sirius passer derrière ses genoux et sa nuque, puis il la souleva et quelques instants plus tard, ils transplanaient. Elle sombrait de plus en plus dans un sommeil profond, et bientôt, elle n'entendit même plus leurs voix, ne ressentit plus aucune peine, et tout ressembla étrangement à la fin. Plus rien n'avait d'importance. Elle avait fait tout ce qu'elle avait pu, elle s'était battue, et elle n'avait pas gagné.