Chapitre 10 : L'Elu

Il pénétra dans le bureau à la suite de son professeur de Magie Noire et se laissa tomber sur une chaise comme un automate.

"Vous êtes le plus grand imbécile que j'ai jamais connu, Black" explosa soudain Lennart en faisant retomber ses poings sur son bureau.

Arès se tassa sur sa chaise, hanté par une voix au fond de lui qui riait, riait…

Je crois qu'il a déjà dû te sortir cette phrase une dizaine de fois, ricana la voix.

Un sentiment de honte et de culpabilité envahit soudain Arès. Il baissa le regard, et, le cœur lourd, réalisa que tout avait été de sa faute. Il était impardonnable. Il avait perdu Dhyste et il avait failli perdre également Ludwig. Ses amis n'étaient que des enfants et il les avait entraînés dans une véritable bataille.

Dhyste… Son cœur se serra soudain en pensant à son amie. Qu'avait-il fait ? Elle était… Non, il ne pouvait pas le dire, impossible, il ne pouvait même pas y penser…

"Qu'est-ce qui vous a pris d'aller au Ministère de la Magie londonien ?" vociféra Lennart.

Arès releva la tête et cligna des yeux, étonné. Ça lui fit oublier pendant quelques secondes sa principale préoccupation. Comment son professeur était-il au courant ? Il avait pourtant pris toutes les précautions possibles pour être bien déguisé…

"Oui, je sais ce qu'il s'est passé ! Ne me regardez pas comme ça et expliquez-moi pourquoi vous avez cru bon d'aller courir autant de risques devant le Seigneur des Ténèbres et Albus Dumbledore !"

"Vous êtes un Mangemort, n'est-ce pas ?" observa-t-il. "Vous y étiez, c'est comme ça que vous êtes au courant et puis c'est aussi pour ça que vous étiez déjà levé et que vous êtes venu tout de suite quand l'infirmière vous a appelé…"

Lennart lui lança un regard mauvais. "Non, pour la dernière fois, je ne suis pas un Mangemort, Black. Mettez-vous ça dans la tête. Il y a d'autres façons de savoir ce qui se passe dans le monde sorcier."

Peu convaincu, Arès fit la moue. Il essayait de réfléchir au cas Lennart, ça l'empêchait à penser à autre chose. "Je suis sûr que vous êtes un Mangemort."

Son professeur plissa les yeux et adopta un ton de voix polaire. "Le monde ne se sépare pas en Mangemorts et Membres de l'Ordre du Phénix, petit impertinent. Tu ferais mieux de te taire et de parler puisque tu ne connais rien de la guerre qui est en marche."

Arès fulmina. Sa colère lui revint à la vitesse d'un Hippogriffe au galop. "Ah oui ? Et vous voulez savoir quoi, au juste ?"

"Comment cette idée ridicule t'es venue à l'esprit serait un bon début. Je n'en reviens pas - un gamin qui se croit capable d'aller ôter la prophétie à la barbe de tous ! Avez-vous seulement conscience des dangers que vous courriez, Black ?"

"Et alors ? Il fallait bien que je sache ce à quoi j'étais prédestiné ! Puisque personne ne veut me parler !"

"Cessez votre numéro de diva et ouvrez les yeux, bon sang ! Qu'avez-vous appris de si utile ce soir, humm ? Qui en valait la peine ?"

"Que tous les sorciers, Lumière et Ténèbres confondus, sont de véritables pourritures !" cracha Arès.

Mais toi aussi, mon petit ange…

Il ignora la voix et l'envoya balader mentalement aux confins de son esprit. "Je vous hais !" siffla-t-il.

"Ma parole, vous êtes particulièrement instable, ce soir… Auriez-vous des scrupules ?" demanda Lennart d'un ton mauvais.

Arès hésita. "Je… je crois que j'ai fait une erreur monumentale…"

Lennart se radoucit considérablement. "Racontez-moi tout."

Et Arès s'exécuta. Il lui parla des mois et des mois passés à s'entraîner, à planifier et à se renseigner sur les moindres détails ; il lui parla de la confection du Polynectar dans le secret du Foyer d'Odin ; il lui raconta comment il avait été obsédé par la prophétie à chaque instant du jour et de la nuit depuis Halloween et comment il avait entraîné ses amis là-dedans. Enfin, il lui raconta comment il avait réussi à prendre des poils de Mangemorts et à s'infiltrer au Ministère en toute discrétion. Il lui détailla le déroulement de l'expédition, comment ils s'étaient séparés et comment les Mangemorts les avaient ensuite pourchassés. Puis comment ils s'étaient fait passer pour des membres de l'Elite de Voldemort et avaient combattu l'Ordre du Phénix et les Aurors. Il s'interrompit à ce moment, la gorge serrée. Il ne pouvait poursuivre son récit.

"C'est un véritable coup de maître" s'émerveilla Lennart après un temps de silence. "Vous aviez vraiment tout prévu - hormis peut-être que l'Ordre du Phénix espionnait aussi l'entrée du Département des Mystères." Devant le regard interrogateur d'Arès, il ajouta : "l'un d'entre eux était posté devant la porte sous une cape d'invisibilité. Les Mangemorts surveillaient de près l'étage tout entier et un groupe mené par Lucius Malfoy a accouru dès que votre présence a été révélée. Comme vous l'aviez deviné, après l'article de la Gazette le Seigneur des Ténèbres et Dumbledore s'attendaient à voir Harry Potter surgir pour récupérer la prophétie. Et vous avez très bien su faire face à la situation qui se présentait à vous. Peu de jeunes sorciers de votre âge auraient été capables de s'insérer ainsi dans une bataille ou auraient eu le culot de mener une telle imposture. Vous avez risqué gros mais vous l'avez fait avec la tête froide."

Arès baissa les yeux, honteux. "Non" souffla-t-il à mi-voix.

"Pardon ?"

"J'ai échoué. La prophétie est perdue et Dhyste…" Incapable de finir sa phrase, il se tourna vers le mur et fixa un objet décoratif représentant un serpent se mordant la queue.

"J'ai appris que Miss Nicolau avait passé le Voile. Cette arcade était utilisée lorsque l'on condamnait les criminels à mort. Il n'y a aucun moyen de la faire revenir. Je suis désolé. "

Arès eut brusquement envie de frapper son professeur. Il lui lança un regard noir. "Et ça change quoi que vous soyez désolé ?"

"Rien, en effet. Mais tu n'as pas à te blâmer pour son décès, Black. Tu n'aurais pas pu prévoir…"

"J'AURAIS DU !" explosa Arès. "VOUS NE VOYEZ DONC PAS QUE TOUT EST DE MA FAUTE ?"

"Ça ne sert à rien de regretter…"

"VOUS AVEZ BEAU RÔLE, VOUS ! CE N'EST PAS VOUS QUI AVEZ TUE CELLE QUI… CELLE QUI…" il bafouilla et les mots moururent dans sa gorge. Celle qui venait de vous dire qu'elle vous aimait.

"Elle est vengée, Arès" dit soudain quelqu'un dans son dos, à l'entrée de la pièce. "C'est fini."

Il se figea en entendant la voix de Regulus. Il sentit son père s'approcher et s'accroupir à côté de lui de façon à avoir leurs visages au même niveau. Il avait l'air fatigué, si fatigué.

"Rien n'est de ta faute. Tu as fait du mieux que tu as pu et c'est l'essentiel."

Arès renifla en détournant le regard. Il ne pouvait plus supporter tout ça, c'était trop, il en avait assez vu pour cette nuit et pour tout le reste de sa vie, d'ailleurs.

"C'était de la très belle magie, d'ailleurs, Mr Black" lui fit remarquer Lennart. "Si je puis me permettre, je dirai…"

"Ça n'a servi à rien" le coupa sèchement Arès. "De se venger. De la venger. Ça ne l'a pas fait revenir."

"En effet" répondit simplement Lennart.

Mais si c'était à refaire, il ferait exactement pareil. Pour qui se prenaient-ils, ceux-là, de toute façon ? Ils n'avaient même pas été capables de se rendre compte que leurs ennemis n'avaient que quatorze ans ! Ils avaient continué à se déchaîner de façon aveugle sur les deux jeunes filles. Il pesta intérieurement contre les mages blancs, soi-disant les défenseurs du Bien, qui n'hésitaient pas à tuer impunément des enfants.

Ça y est. Il l'avait dit. Dhyste avait été tuée. Elle était morte. Décédée. Disparue dans un voile… Il ne la reverrait plus jamais. Elle, toujours un peu effacée mais loyale. Elle, au cœur si bon. En quatre ans, jamais elle ne s'était mal comportée. C'était une fille exemplaire comme on en rencontre peu. C'était… Elle. Si belle, si douce, si gentille… si modeste aussi. Son cœur se serra et il sentit ses yeux le piquer. Il se ressaisit. 'Je ne vais quand même pas pleurer devant Lennart !'

"Comment te sens-tu ?" lui demanda gentiment Regulus en prenant ses épaules.

"Bien" répondit Arès d'une voix blanche.

Pas dupe une seule seconde, son père insista. "Ecoute, Arès, il faut que tu parles. Tu as vu des choses atroces ce soir, tu en as commises toi-même et tu as appris le contenu de la prophétie. Dis-moi comment tu te sens, je suis là pour toi."

Arès lança un regard noir à Lennart, lui intimant silencieusement de partir. Il refusait de paraître faible devant son professeur, ils n'avaient pas élevé les Niffleurs ensemble à ce qu'il savait. Celui-ci en savait déjà bien trop sur lui pour que ça soit sain…

Mais il ne bougea pas. "Vous n'avez qu'à faire comme si je n'étais pas là, Black" proposa Lennart, un sourire en coin. Arès eut de nouveau envie de le frapper mais son père le maintenait par les épaules et il ne pouvait pas s'échapper.

"Arès" l'appela doucement Regulus.

Il se tourna vers lui et soutint son regard. Son père avait visiblement envie de l'aider. Cependant…

"Je ne peux pas parler" dit Arès. "Il n'y a rien à dire."

Regulus afficha un air inquiet et Lennart soupira. "Non, en effet" commença ce dernier. "Vous venez de voir une de vos amies se faire tuer, vous avez participé à une bataille et tué deux mages blancs, de façon plutôt cruelle soit dit en passant, ensuite Voldemort vous a dérobé la prophétie et l'a dévoilée à tout un petit groupe de personnes faisant partie des deux camps. Pour finir, vous avez mis en danger tout le reste de vos amis et vous avez échappé de peu à la mort tout en prétendant être un Mangemort d'Elite."

"FERMEZ-LA" hurla Arès. "VOUS NE SAVEZ RIEN !"

Il se débattit pour que son père le lâche mais celui-ci le maintenait fermement.

"Chut, calme-toi. Chaque problème a sa solution."

"DHYSTE EST MORTE PAR MA FAUTE ! EST-CE QU'IL Y A UNE SOLUTION A CELA ? NON ! ALORS LAISSEZ-MOI TRANQUILLE ET ARRETEZ DE FAIRE COMME SI VOUS SAVIEZ, PARCE QU'IL EN EST RIEN !" Il repoussa son père et se leva, toisant les deux sorciers d'un air méprisant. "Vous ne savez pas ce que ça fait de tuer un homme, de lui arracher les membres et les entrailles et d'AIMER ÇA !"

Et c'était vrai. Il ne regrettait pas une seule seconde ses actes de ce soir. Il frissonna en repensant à la façon dont il s'était sentit en tuant le membre de l'Ordre du Phénix aux cheveux de paille - ça avait été tellement grisant, tellement… excitant, que ça l'effrayait. Il était sans cœur. Il avait charcuté deux sorciers et il en redemandait. Ça lui donna la nausée. Il ne savait même pas s'il pourrait de nouveau se regarder dans une glace.

"Tu n'es pas un monstre, Arès ! Tu n'as rien à te reprocher, tu as agi comme tu pouvais le faire et au final tu ne t'en es pas si mal tiré…"

"Oh que si" ricana-t-il. "Je ne vaux pas mieux que Voldemort, non ?" Les deux sorciers sursautèrent en entendant le nom interdit, ce qui fit sourire méchamment Arès. "Je suis un monstre, et vous le savez tous les deux ! Je ne vaux pas mieux qu'un vulgaire Mangemort !"

Regulus pâlit et Arès regretta immédiatement ses paroles. Mais Lennart l'interrompit avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit.

"Vous vous trompez, Black. Vous valez mille fois mieux que le Seigneur des Ténèbres. Vous n'avez fait que vous défendre et venger vos amis ; ce sont des motifs admirables. Ça n'a rien à voir avec la soif de sang de Lord Voldemort."

Arès renifla, peu convaincu. Puis il se tourna vers son père, étrangement silencieux et blafard. "Je suis désolé père. Je ne voulais pas vous manquer de respect, et encore moins vous offenser."

Il avait enfin retrouvé un ton de voix plus maîtrisé. Soulagé, il s'enhardit et continua. "Je trouve que vous vous battez vraiment bien." Le vouvoiement lui avait paru plus approprié au vu de la situation mais lorsque la phrase quitta sa bouche et plana entre eux il la regretta. Certaines choses devraient rester silencieuses…

Regulus sourit à cette dernière remarque. "Toi aussi, toi aussi. J'ai vu comment tu as réussi face à Sirius, c'est vraiment admirable."

Arès sentit le rouge lui monter aux joues. Il ne savait pas si c'était parce qu'il se sentait fier ou honteux. Trop de choses tournaient dans son crâne pour qu'il puisse y mettre de l'ordre.

Tu veux de l'aide ? demanda sarcastiquement la voix. Après tout, je suis sûrement le mieux placé pour…

'Tais-toi.'

La voix lui obéit. Il retint un sourire de satisfaction et se tourna de nouveau vers Lennart.

"Quant à la prophétie…"

"Je l'ai entendue" répondit-il.

"Elle dit vraiment que je suis le seul à pouvoir tuer Voldemort ?" demanda Arès, bien qu'il connût déjà la réponse à sa question.

Ce n'était pas vraiment compliqué et il y avait pensé entretemps. Il était né le trente-et-un juillet, 'lorsque le septième mois mourût', et ses parents s'étaient battus contre Voldemort. Il avait une marque faite par le mage noir lui-même - sa cicatrice. Ce qui l'intriguait plus en revanche était la fin de la prophétie : 'l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit'. Cela ne voulait rien dire.

"De façon générale, oui" acquiesça Lennart. "Tu es l'Elu du monde sorcier. Du point de vue des mages blancs, en tout cas."

"Mais, je suis un mage noir !" protesta Arès. Il ne pouvait pas le nier après ce qu'il avait fait quelques heures plus tôt.

"Il ne fait aucun doute que vous n'avez rien à voir avec l'Ordre du Phénix" confirma-t-il. "En réalité, vous êtes plus proche d'être leur ennemi que leur allié…"

Arès fut saisi par l'ironie de la situation. Le seul camp auquel il pouvait décemment se rallier, au vu de ses capacités et de son inclination naturelle pour les Arts de la magie noire, était celui de Voldemort, meurtrier de ses parents et leader tyrannique et mégalomane. Mais il n'avait aucune envie de devenir Mangemort, si c'était pour servir cet affreux Lord. En fait, sa place "naturelle" dans la guerre, celle qu'on lui avait allouée avant même qu'il naisse, était celle du sauveur des mages blancs, de l'exterminateur de Voldemort. S'il voulait endosser ce rôle, ce qui était déjà presque impossible comme il était un mage noir, il devrait lutter contre sa famille adoptive, contre ses amis et contre ses semblables, les mages noirs. Grosso modo, il était posé au milieu d'une guerre où on lui avait donné un rôle central mais où il ne pouvait rentrer dans aucune des "cases" disponibles. Il était seul.

Il éclata de rire, d'un rire hystérique et incontrôlable. Il était fichu.

Son père s'avança vers lui, le front ridé d'inquiétude. Arès recula d'un pas, son rire mourant brutalement et laissant place à une colère mêlée de frustration. Il se tourna vers Lennart.

"Si vous n'étiez pas venu me chercher chez les Dursley, rien de tout cela ne serait arrivé ! Tout aurait été plus simple ! J'aurais été élevé avec les mages blancs à Poudlard et Dumbledore m'aurait aidé !"

Lennart ricana. "Oui, c'est une certitude. Vous seriez un gentil petit garçon bien élevé et prêt à se sacrifier pour sauver le monde. Mais nous ne sommes pas là pour refaire l'histoire…"

"Ah bon ? Vous n'avez même pas l'audace d'avouer vos erreurs ?"

"Je n'étais qu'un messager" répondit-il en prenant une voix plus douce. "Je n'ai jamais voulu te mentir…"

Un horrible soupçon naquit en Arès. Il se rappela de sa première discussion avec Lennart en terrasse à Amsterdam et comment celui-ci lui avait fait comprendre qu'il était "l'icône de la Lumière".

"Vous saviez, n'est-ce pas ?" fit Arès d'une voix sifflante. "Dès le début, vous connaissiez le contenu de la prophétie !"

Lennart soupira. "J'en connaissais les grandes lignes, oui."

La mâchoire d'Arès se décrocha sous l'aveu. "Et vous me l'aviez cachée ? Et toi aussi ?" continua-t-il en se tournant vers son père. "C'est pour ça que Lucius Malfoy a demandé que je sois accepté à Durmstrang, c'est pour ça que tu m'as adopté ? Pour me mettre dans votre poche et que votre Maître ne soit pas mis en danger ?"

Lennart rit. "N'importe quoi, Black ! Je ne comprends même pas comment de telles idioties ont pu naître dans votre cerveau ! Assurément, Lucius Malfoy ne connaissait pas la prophétie, ni votre père d'ailleurs. Le premier avait reconnu un puissant mage noir en vous et a voulu vous donner les moyens de développer vos capacités en venant ici et il avait parfaitement raison. Quant à votre père, je n'arrive pas à croire que vous doutiez encore de ses motivations, après…"

"C'est bon, Jonatan" dit doucement Regulus. "Laisse Arès tranquille, il a passé une nuit difficile, ce n'est pas le moment de l'embêter."

Lennart obéit et Arès ricana devant l'expression froissée de son professeur. Il ne put s'empêcher de se pencher en avant et de murmurer : "et quel est votre camp à vous, Professeur ? Vous devez bien avoir donné votre loyauté à quelqu'un, humm ?"

Il reçut un regard noir en réponse. "Ce que je fais de ma vie ne vous regarde en rien, petit imbécile. Vous ne connaissez rien au monde autour de vous et à la façon dont il fonctionne, je ne m'attendrais même pas à ce que vous compreniez un mot de ce que je dis."

Regulus soupira, ce qui fit se taire brusquement le professeur de Magie noire. "Tu as pris beaucoup trop de risques" dit-il à Arès. "J'ai eu tellement peur. Je ne pouvais rien faire, de risque de te trahir. S'il te plaît, la prochaine fois qu'il te vient l'idée de faire une chose de ce genre, viens me demander mon aide. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour t'aider à trouver ta place dans le monde sorcier."

Les yeux d'Arès se remirent à le piquer et il dissimula son émotion en se rasseyant sur la chaise à côté de son père. Lorsqu'il eut retrouvé sa façade de neutralité il se tourna à nouveau vers son père. "Merci" dit-il simplement.

Ayant retrouvé son sang-froid, il posa la question qui l'embêtait depuis le début de la conversation. "Et pour Dhyste ? Qu'est-ce que je vais pouvoir faire ? Il faut que je rencontre ses parents ?"

Regulus sursauta. "C'est hors de question. Tu ne sais rien, tu n'as rien vu et tes amis non plus."

"Quoi ?!" s'exclama Arès, indigné. "Tu veux qu'on fasse comme si rien ne s'était passé ? Alors que c'est de ma faute, en plus ?"

"On ne peut pas se permettre de dire que tu étais là-bas, Arès" répondit doucement son père. "C'est dur mais c'est comme ça. Officiellement, elle sera portée disparue."

Arès tremblait de rage. Il était scandalisé ; ça ne pouvait pas se terminer comme ça ! Rien qu'en souvenir de Dhyste… Sa gorge se serra de nouveau. "C'est horrible" croassa-t-il.

"Imagine les ennuis que tu aurais si on apprenait que tu as traîné un groupe d'étudiants à Londres" rationnalisa Regulus. "Déjà tu serais renvoyé et tes amis aussi, mais en plus tout le monde comprendrait que tu es Harry Potter."

Arès renifla. A ce moment, il s'en fichait royalement qu'on pense qu'il soit le Survivant ou pas. "Et alors ?" fit-il, excédé.

"Et alors, si ton identité est révélée, tout le monde va se battre pour t'avoir" cracha Lennart. "Regulus sera puni voire éliminé par Voldemort pour lui avoir occulté la vérité. Tes amis seront torturés pour révéler des informations sur toi. Tu ne comprends donc pas tous les enjeux qui t'entourent ?! Tu seras entraîné de force dans la guerre et tu ne pourras rien choisir !"

"C'est déjà le cas, n'est-ce pas ?" aboya Arès. "Je n'ai pas le choix, quoi qu'il arrive je dois participer à la guerre !"

"C'est entièrement différent" dit doucement Regulus en posant une main apaisante sur son épaule. "Il y a un gouffre entre subir une pression extérieure et choisir toi-même quand et où tu iras."

Arès détourna les yeux, essayant de maîtriser sa colère. Depuis la dernière heure, il passait sans arrêt d'un état d'esprit à un autre et ça commençait à le fatiguer.

"J'en ai assez" lâcha-t-il en se levant. "Je n'en veux plus, de cette vie. Laissez-moi tranquille et faites comme bon vous semble, j'en ai rien à faire."

Les deux adultes ne le retinrent pas, sûrement conscients que s'ils le faisaient il exploserait de nouveau. Sa tête lui semblait si pleine qu'il doutait venir un jour à bout de toutes les interrogations et de tous les doutes qui l'assaillaient. Il marcha lentement vers la porte, les jambes courbatues. Il n'avait pas réalisé à quel point il était fatigué.

"Arès ?" l'appela Regulus. "Ne me dis pas que tu as subi un Doloris ?"

Il se retourna vers son père et hocha la tête.

"Oh par Morgane !" jura son père. "Tu aurais dû le dire ! Ça doit être douloureux, non ? Assieds-toi de nouveau, je vais te chercher une potion dans mes appartements…"

A contrecoeur, il obéit. Il se retrouva seul face à Lennart, à son grand désespoir. Il tenta d'ignorer tant bien que mal son professeur, mais c'était plutôt dur car celui-ci le fixait sans même cligner des yeux.

"Quoi ?" cracha-t-il, exaspéré.

Lennart fit un sourire mauvais. "Vous avez une retenue avec moi tous les soirs de la semaine jusqu'aux vacances, ce même pendant vos examens de fin d'année."

"Merlin !" soupira Arès. "Vous êtes un affreux bonhomme !"

Son sourire s'agrandit, creusant la longue cicatrice qui entaillait sa joue gauche. "Et vous êtes un gamin insupportablement impertinent. Nous sommes quittes. En plus, ces retenues répétées nous donnent une excuse formidable pour parfaire votre entraînement."

La mâchoire d'Arès se décrocha de surprise. "Comment ça ?" souffla-t-il, éberlué.

"Oh, vous savez très bien de quoi je parle" expliqua Lennart. "Des sessions d'entraînement privées, rien que vous et moi. Vous avez réussi à vous en tirer hier soir mais vous avez eu beaucoup de chance. Vous manquez d'expérience et on va y remédier."

Arès haussa les épaules. "Comme vous voulez, vieil homme."

Il ne l'avouerait pour rien au monde mais il était impatient d'être à ces fameuses séances. L'année passée à s'exercer seul dans son coin lui avait paru interminable. Et en plus, Lennart était un mage noir talentueux et puissant qui avait l'expérience du combat, comme en témoignait sa cicatrice. Peu importe les choix qu'il ferait ensuite, ça ne pouvait être qu'une bonne chose.

Son père revint avec trois fioles de potions différentes. "Tiens, bois-ça. Ça te fera du bien."

Lorsqu'il sortit du bureau de son professeur de Magie noire, quelques minutes plus tard, il se sentait comme neuf. Il était de nouveau capable de maintenir ses boucliers d'Occlumancie. Quelques heures de sommeil et il serait en pleine forme. Il traversa la cour de Durmstrang, regardant au loin le paysage qui s'offrait à lui. Toute la longue vallée boisée était recouverte d'un léger manteau de brume dorée sous le soleil rouge. Une impression étrangère lui tordit les entrailles face à cette aube dorée qui n'en finissait pas, qui durait toute la nuit, remuant des sentiments qui lui étaient inconnus. Il s'arrêta face à la vallée, sur la pelouse du château, la tête légère comme dans un rêve.

Un souvenir surgit de nulle part dans son esprit. Il était face à un paysage similaire, il y a très longtemps... ses bras musclés étaient couverts de lourds bijoux dorés et un grand dragon qui ne ressemblait en rien aux espèces qu'il connaissait se tenait à ses côtés. Debout sur une falaise, il regardait une forêt s'étirer paresseusement à l'aurore sous un soleil rouge.

Il secoua la tête. Il devenait fou, à présent. Jamais il n'avait vécu un moment pareil, n'est-ce pas ?

-OoO-

Lorsqu'il entra dans le hall d'entrée de son foyer, il fut étonné de voir que l'horloge indiquait six heures du matin. Déjà deux élèves de huitième année travaillaient dans la grande salle d'études, ce qui ne surprit aucunement Arès. A Durmstrang, on ne rigolait pas avec les études et les dernières années étaient particulièrement corsées.

Il monta au premier étage et parcourut le couloir en direction de sa chambre. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant que quelqu'un l'attendait devant sa porte. Lyra était assise par terre et entourait ses genoux de ses bras. Elle releva la tête quand elle entendit Arès approcher et il vit alors que ses yeux étaient rouges, comme si elle avait beaucoup pleuré. Elle avait l'air tellement perdue… Il se laissa tomber à côté d'elle et la serra dans ses bras. Elle enfouit silencieusement sa tête dans son cou et se raccrocha à lui comme à une bouée de sauvetage.

Finalement ça rassura Arès, de savoir que Lyra était là, bien vivante. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes sans parler, profitant de la présence réconfortante de l'autre. Au bout d'un moment il se redressa, les jambes ankylosées par la position inconfortable qu'il avait adoptée.

"Viens, allons dans le petit salon."

Il la soutint pendant le trajet. Elle avait l'air fatiguée. Visiblement, elle n'avait pas dormi ni pris de potions et elle n'avait aucune force. Il l'installa dans un canapé et s'assit à côté d'elle, passant son bras autour de ses épaules. Quelques charmes de Discrétion plus tard sur la porte de la pièce, il se retourna vers elle.

"Veux-tu parler ?"

"Je suis tellement soulagée de voir que tu vas bien. Mais… Dhyste… ?" demanda-t-elle d'une voix rauque.

Ce n'était pas vraiment une question. Mais même si elle connaissait déjà la réponse, elle avait peut-être besoin qu'Arès la lui dise à voix haute. Il rassembla son courage à deux mains.

"Elle est morte."

Lyra grimaça et Arès eut peur qu'elle se remette à pleurer devant lui. Incertain sur la manière dont il devait se comporter, il lui caressa doucement l'épaule alors que son esprit vagabondait.

Il avait l'impression de devenir sans cœur. Déjà, sa mort le laissait presque indifférent au point qu'il puisse en parler. Il essaya de se rassurer en se disant qu'après tout, il avait tellement de sources de préoccupation qu'il ne pouvait même pas savoir ce qu'il ressentait exactement. D'un coup, son monde s'était transformé en un véritable chaos et il n'arrivait pas à le reconstruire.

"Et cet homme ?" demanda encore Lyra d'une voix blanche.

Arès se rappela l'expression choquée de Lyra après qu'il ait tué le sorcier aux cheveux de paille. Elle l'avait regardée comme si elle était effrayée par lui, comme s'il était un monstre. Ça lui fit l'effet d'un poignard au cœur.

"Tu l'as tué, pas vrai ? Il y avait tellement de sang…"

"Oui" dit simplement Arès. "Je suis désolé, je ne voulais pas te faire peur…"

Lyra fronça les sourcils. "Je n'ai pas eu peur de toi, Arès. J'ai eu peur pour toi. Tu avais l'air à moitié fou, comme si tu étais possédé…" Elle semblait chercher ses mots. "Comme si tu étais quelqu'un d'autre…"

Il fit claquer sa langue contre son palais. "Je reconnais que je n'étais pas dans mon état normal."

La jeune sorcière semblait avoir retrouvé son calme. Elle se détendait petit à petit. "Et la magie que tu as faite ? C'était la même qu'en première année, non ? Quand tu avais repoussé le dragon ?"

Il hocha la tête. Il lui raconta comment il avait appris à maîtriser sa magie accidentelle quand il était plus jeune, puis comment il avait découvert que c'était une forme de magie très rare et comment il s'était exercé pendant des mois et des mois pour avoir plus de contrôle dessus. Enfin, il lui dit qu'elle s'était débloquée. A ce moment, il hésita. Lyra se doutait qu'il lui cachait quelque chose mais il ne savait pas trop s'il devait lui dire comment et pourquoi sa magie avait été débloquée.

Finalement, il lui révéla tout. Le sacrifice de sa mère qui avait créé une protection, son lien avec Voldemort… Lyra parut effrayée.

"Et tu as gardé tout ça pour toi pendant si longtemps ?" demanda-t-elle doucement. "Comment fais-tu pour vivre avec un lien mental avec le Seigneur des Ténèbres ?!"

Il chassa la question d'un geste de la main. "Ce qui m'inquiète c'est d'être influencé malgré moi par lui. J'ai l'impression… tu ne te moques pas de moi, hein ? J'ai l'impression de devenir quelqu'un de mauvais."

"Mais qu'est-ce qui te fait dire une bêtise pareille ?" s'étonna Lyra d'une voix faible. "Je te connais, tu es gentil et généreux et…"

"J'ai tué ma tante Marge quand j'avais dix ans" la coupa-t-il. Les yeux de son amie s'agrandirent. "Je ne sais pas comment c'est possible mais en tout cas tout le monde le croit. Ça ne me fait rien du tout de voir Voldemort assassiner ou tuer des gens. Et avant que… avant qu'on se retrouve près de l'arcade, j'ai tué un Auror. Et puis j'ai tué le sorcier de l'Ordre du Phénix. Et le pire… J'ai aimé ça."

C'était à son tour à elle de le réconforter. Elle lui sourit gentiment et l'attira plus près de lui dans une étreinte apaisante. "Ce n'est pas grave, Arès" dit-elle de sa voix douce. "Tu es juste confus, c'est normal. Après que Dhyste… enfin, il s'est passé tellement de choses cette nuit que ça peut se comprendre si tes sentiments se sont embrouillés. Je pense que tu as vu trop de choses trop jeunes ; tu n'étais qu'un bébé quand tu as vu la mort pour la première fois… Ce n'est pas pour autant que tu te transformes en méchant bonhomme." Elle prit son menton et le releva pour qu'il la regarde droit dans les yeux. "Moi je te fais entièrement confiance. Tu es mon meilleur ami et je sais que tu es capable d'aimer et de donner autour de toi. Ne fais pas attention au reste. Tant que tu restes toi-même et fidèle à tes amis, tout le reste n'a aucune importance."

Emu, il la serra plus fort contre lui. A entendre Lyra, tout était simple, vraiment. Après tout, ça pouvait être simple tout le temps s'il le choisissait.

Il choisit donc de ne plus se poser de questions à présent. Il ferait ce qu'il pensait être juste et il protègerait ceux qu'ils aiment. La catastrophe de cette nuit ne se reproduirait plus, jura-t-il.

"Et la prophétie ?" demanda Lyra après quelques minutes de silence.

Arès renifla dédaigneusement. "Je m'en fiche. Pour l'instant, elle n'a aucune importance."

"Mais pourtant elle te désigne comme l'ennemi numéro un du Seigneur des Ténèbres…"

"Oui, peut-être. En tout cas il est sûr et certain qu'il fera tout pour me tuer plus que jamais. Mais il ne peut pas me trouver à Durmstrang, non ?"

Lyra acquiesça.

Ils passèrent encore une petite heure ensemble, à parler de choses et d'autres. Lyra était très intriguée par sa magie sans baguette et il lui fit une petite démonstration en faisant apparaître un petit oiseau chanteur de nulle part. Enchantée, son amie insista pour assister à un de ses entraînements. Arès retint un soupir. Maintenant qu'il avait tout raconté à Lyra, il ne serait jamais tranquille…

-OoO-

Après quelques maigres heures de sommeil, il se leva en grognant. Face à son miroir il examina attentivement son visage. 'Voici à quoi ressemble un meurtrier' se disait-il en se jaugeant lui-même du regard.

Avec le temps, ses traits devenaient de plus en plus fins. Son nez droit ressemblait de plus en plus à celui de Regulus, en un peu moins pointu peut-être. Ses yeux en amande verts s'assombrissaient au fil des années et ses cheveux avaient poussé. Il avait adopté la coupe qui seyait à un adolescent de Sang-pur : jusqu'aux épaules avec quelques mèches plus courtes encadrant son visage. Il avait grandi et n'était plus tout petit au milieu des autres, il était beaucoup plus grand que la plupart des filles de son année même s'il n'était pas non plus un géant à côté de ses camarades masculins. A vrai dire, il savait qu'il était devenu assez séduisant. Il savait qu'il avait 'hérité' de Sirius et de Regulus - d'ailleurs, c'était un trait commun à tous les Black - il avait hérité de cette élégance naturelle et de ce maintien de Sang-pur. Sans se vanter, il était un des garçons de son année les plus beaux.

Mais derrière ce beau visage se cachait un être sombre et mauvais qui avait tué avec une cruauté exemplaire deux personnes et avait adoré ça. Il était étonné que ça ne se voie pas à l'extérieur. Il se sentait si horrible à l'intérieur, pourquoi son apparence était-elle impeccable ? Pourquoi le sang n'avait pas taché sa peau ? Pourquoi le rouge ne s'était pas infiltré insidieusement sous sa peau ?

Il repensa à tout le sang et à tout le gore qui avaient tapissé la salle circulaire au Département des Mystères et il aurait eu envie d'être dégoûté, d'avoir la nausée ou même de se mettre à pleurer à chaudes larmes plutôt que de ressentir ça. Cette impression de contentement.

Il se pencha vers le miroir et scruta ses yeux, y cherchant quelque chose, n'importe quoi. Même une minuscule lueur de peur aurait suffi à le rassurer. Mais son reflet était désespérément égal à lui-même : impassible. Qu'était-il devenu ?

Les paroles de Lyra lui revinrent en mémoire et il étouffa un ricanement désabusé. Tout le monde s'attendait à ce qu'il continue à vivre comme si de rien n'était ; tout le monde attendait qu'il soit fort et se taise et aille de l'avant. Lui, le Sauveur du monde sorcier, la nemesis de Voldemort. Le ricanement franchit la barrière de ses lèvres et raisonna dans le silence lourd qui l'entourait.

Ainsi, la prophétie était telle que la Gazette l'avait dit. N'était-ce pas ironique ? Il avait passé les derniers mois à éviter d'y penser, obsédé par l'idée de la consulter par lui-même dans l'espoir que la journaliste se soit trompée. Et finalement elle dépassait ses pires soupçons. Il n'était pas seulement prophétisé comme le seul à pouvoir tuer Voldemort, non ; il était aussi apparemment obligé de l'éliminer car "aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit".

Il sursauta quand quelqu'un frappa à la porte. Il se dépêcha d'enfiler une robe de sorcier pour aller ouvrir à la personne qui attendait dehors.

Il fut plutôt surpris de constater que c'était son père, tenant un journal sous le bras. C'était la première fois qu'il voyait un professeur dans le Foyer. Il le fit entrer et l'invita à s'asseoir sur le bord de son lit avant de prendre place à ses côtés.

"Tu dois te demander pourquoi je viens te chercher jusqu'ici. Il y a du nouveau. Tiens, lis, c'est le Sorcier du Dimanche."

Un peu angoissé, Arès se saisit du journal et parcourut la première page du regard. Un article assez succin mentionnait une attaque de Mangemorts au Ministère de la Magie, sans rien préciser. Mais ce qui attira son regard fut un encadré un peu plus bas.

"Lettre ouverte à Harry Potter, par Mr le Ministre Rufus Scrimgeour.

Mr Potter,

Nous avons conscience de vous avoir traité avec peu de tact en laissant la Gazette du Sorcier lancer de telles rumeurs sur vous en fin d'année dernière. Nous nous en excusons sincèrement.

Nous voudrions nous racheter et avoir une occasion de témoigner de nos meilleurs sentiments à votre égard. C'est pourquoi nous vous invitons à contacter le Ministère en vous adressant directement à moi-même ; nous vous accorderons une entrevue dans les meilleurs délais et en toute discrétion.

Veuillez agréer, Mr Potter, l'expression de notre profond respect."

Arès n'en croyait pas ses yeux. Le Ministre faisait fort ! Il faisait comme si la prophétie n'existait pas pour rassurer les foules tout en essayant de l'attirer dans ses filets. Mais il ne laissait pas manipuler si facilement. Il repoussa le journal.

"Ce n'est pas tout" poursuivit Regulus. "Le Directeur Karkaroff m'a convoqué tout à l'heure pour m'annoncer que Dumbledore avait pris contact avec lui dans la matinée. Apparemment il soupçonne Durmstrang d'abriter Harry Potter."

"QUOI ?"

"Il n'a pas donné de raisons officielles mais suite aux évènements de la nuit dernière il a dû reconstruire quelques pièces du puzzle. Il a vu qu'Harry Potter était accompagné d'un groupe de jeunes sorciers tous entraînés au duel et à la magie noire alors que c'est un type d'éducation plutôt rare dans les écoles. Non seulement il a compris ou on lui a rapporté que tu faisais de la Magie noire, mais en plus il a vu avec quelle facilité déconcertante vous vous êtes faits passer pour des Mangemorts. Des indices qui pointent tous vers Durmstrang."

"Mais de toute façon il ne peut pas me trouver, n'est-ce pas ? Les charmes de protection…"

"Oui" acquiesça son père. "Il ne peut rien faire et personne ne peut te trahir. Il faut juste être prudent et éviter Dumbledore maintenant."

"Comme si j'allais me balader sous son nez" souffla Arès.

Il réussit à tirer un sourire de son père et ça le fit sourire à son tour.

-OoO-

Il passa la journée au Foyer, à lire un traité de magie noire. Lyra lui demanda le soir pourquoi il n'était pas allé voir Ludwig à l'infirmerie. En vérité il n'osait pas y aller. Il se sentait coupable de la situation et il n'avait pas la force de faire face à ses amis.

"Vas-y, Arès" insista-t-elle le lendemain midi pendant le repas. "Je sais exactement ce que tu penses et je t'assure que ce n'est qu'un ramassis d'idioties. Tu n'as pas à t'en vouloir, ton plan était formidable et chacun d'entre nous a commis des erreurs. Morgane soit louée, si tu n'avais pas été là, nous y aurions tous laissé notre peau !"

Il pencha la tête en signe d'assentiment d'un geste peu convaincu. Malgré tout il se promit d'y aller entre son dernier cours et la 'retenue' avec Lennart - il n'aurait qu'à utiliser son Retourneur de temps pour être à l'heure à sa retenue.

Pendant toute la journée il fut mal à l'aise à chaque fois que les professeurs demandaient où était Miss Nicolau et que personne ne répondait. Même Lennart joua le jeu et posa la question comme s'il ne connaissait pas le sort qu'avait subi Dhyste.

A la fin de l'après-midi il prit comme prévu, son malaise grandissant de minute en minute, le chemin de l'infirmerie en compagnie de Lyra et des autres, à qui il n'avait pas encore eu l'occasion de parler. Ludwig était toujours alité mais il était moins pâle que lorsqu'Arès l'avait vu pour la dernière fois et en plus il était assis contre la tête de lit. Il releva la tête d'un épais volume et lui adressa un grand sourire.

"Je suis content que tu sois venu."

La gêne d'Arès se dissolvait un peu. "Je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé. Tout est de ma faute."

"Ce n'est pas grave" le rassura Ludwig. "Tu as fait tout ce que tu pouvais. D'ailleurs, heureusement que tu étais là sinon… j'y serai passé aussi."

Anvald tendit une bourse en cuir à Arès. "Elle est vide" déclara-t-il. "Il en restait juste assez."

"Au moins, elle aura été utile" sourit Arès.

Lorsqu'il quitta l'infirmerie une heure plus tard il avait le cœur beaucoup plus léger. Ses amis ne lui en voulaient pas et avaient même cherché à le réconforter pour la mort de Dhyste. Finalement, il n'était pas si maudit que ça.

Il effectua un tour de Retourneur de Temps et se rendit pile à temps pour sa 'retenue' avec Lennart. Il passa les deux heures suivantes à parler de techniques de duel avec son professeur ; celui-ci avait jugé qu'il fallait qu'il se ménage car il avait passé un week-end éprouvant. Frustré et vexé d'être traité comme un enfant, Arès fit tout pour se montrer le plus désagréable possible. C'était puéril mais ça lui fit du bien. Son professeur lui répondit avec des piques acerbes et se montra indulgent ; finalement, quand ils se quittèrent il lui sembla même qu'il souriait en coin. Décidément, ce vieil homme était louche.

-OoO-

La vie avait repris son cours, bien qu'elle semblait se dérouler beaucoup plus doucement. A la fin de la semaine Rosabella Conti, la capitaine de l'équipe de Quidditch d'Odin, vint le trouver et lui passa un savon pour s'être débrouillé pour avoir des retenues jusqu'à la fin de l'année et louper tous les entraînements. Ils parvinrent à un accord quand elle décida de faire un entraînement les dimanches matins.

Finalement ses 'retenues' avec Lennart devinrent plus sérieuses. Ce qui était censé être des séances d'entraînement devinrent en réalité des séquences de duel acharné. Pour la peine, ils utilisèrent la salle spéciale de duel située dans les cachots du château dans une immense pièce rectangulaire entourée de gradins ; cette salle n'était en générale utilisée qu'à partir de la cinquième année ou pour des tournois à l'échelle de l'école.

Son professeur ne se retenait pas et il faisait un adversaire coriace. Pour l'instant, ils ne s'entraînaient qu'avec la baguette magique dans la main droite et l'épée dans la main gauche. Il l'informa que d'ici quelques semaines il essayerait d'y inclure la magie sans baguette dans le cas d'Arès. En attendant, cela l'obligeait à développer son adresse d'escrimeur et à utiliser un répertoire de sortilèges de plus en plus étendu. Contrairement à ce qu'aurait pu croire Arès, Lennart se montra très ouvert et l'encouragea à apprendre aussi des sorts de magie blanche légère afin de pouvoir s'adapter à toutes les situations imaginables.

Le reste de son temps, il le passait avec ses amis. Personne ne semblait le blâmer pour la tragédie du Département des Mystères et en fait, Arès se sentait beaucoup mieux en leur présence. Tout devenait simple et il oubliait la guerre.

Fin mai eut lieu le match contre Baldr. Arès lutta au coude à coude contre Krum mais ne réussit pas à attraper le Vif avant lui. L'équipe ne le blâma pas pour leur défaite car après tout, qui pouvait vaincre Krum trois fois d'affilée ? Celui-ci manifesta de nouveau sa joie d'avoir joué contre Arès et puis lorsque Rosabella compta les points qu'ils avaient eu lors de cette saison et les informa qu'ils avaient gagné la Coupe ils firent la fête pendant la nuit entière au Foyer.

Après deux semaines sans nouvelles de Dhyste, les professeurs cessèrent d'appeler son nom et personne n'en parla plus à Durmstrang. Les élèves qui ne savaient pas la vérité se contentèrent d'ignorer son absence. D'après son père, le directeur l'avait tout simplement portée disparue et après des recherches infructueuses sur l'île avait laissé le problème en suspens.

Tout était revenu à la normale

Quelque chose avait changé, cependant. Il mit du temps à s'en rendre compte, plusieurs jours en fait, mais il comprit bien vite que ses camarades avaient développé une sorte d'admiration envers lui. Ce qui était plutôt perturbant. A chaque fois qu'il parlait ils l'écoutaient avec une attention inhabituellement démesurée et quand il ne parlait pas ils lui jetaient fréquemment des coups d'œil en coin, sollicitant silencieusement sa participation ou guettant son avis sur la discussion en cours.

Cela gênait énormément Arès ; il faisait comme si de rien n'était mais il avait souvent envie de leur crier qu'il ne méritait pas autant d'attentions.

Toutefois, cela lui fit penser à Dimitri Krol. Le garçon lui avait dit qu'il avait ses propres partisans, à la manière de Voldemort et de Dumbledore, et il pensait avoir assez de pouvoir et d'influence pour être indépendant dans la guerre. Perplexe, Arès avait laissé cet élément de côté. Maintenant que ça lui revenait à l'esprit… et bien, il devait avouer que c'était une excellente idée.

Bien sûr, il n'avait pas l'ambition de se prétendre assez puissant pour être indépendant. Il savait qu'il était idiot de penser que des adolescents pourraient faire face à des Mangemorts ou l'Ordre du Phénix, entraînés et expérimentés. Cependant, quelque part, en entraînant à chaque fois ses amis avec lui dans ses aventures, que ça soit pour explorer un souterrain interdit ou voler une prophétie, il avait agi exactement comme Dimitri. Sans même qu'il ne s'en rende compte, il les avait 'utilisés' pour mener à bien ses propres buts. Autant en seconde année ils avaient vraiment agi en groupe et tout le monde avait participé à la planification, cette fois-ci c'était différent. Il leur avait imposé un plan et les avait commandés et aucun d'eux n'avait protesté. Ils semblaient plutôt contents, en réalité, comme en témoignait leur changement d'attitude.

Finalement les dires de Dimitri étaient censés. La meilleure façon de se protéger pour Arès n'était-elle pas d'avoir le plus de pouvoir possible ?

A la mi-juin, après les examens de fin d'année, il se décida à aborder le garçon.

"Krol, je peux te parler deux minutes ?" lui demanda-t-il en l'attirant dans un des salons du Foyer.

Une fois qu'ils furent seuls, Arès lança la bombe. "Tu avais proposé qu'on soit alliés. Je t'écoute."

Le visage de Dimitri s'éclaira. "Je vois que tu as enfin mûri. Il t'en a fallu du temps."

"Epargne-moi ton mépris et dis-moi ce que tu proposes."

Dimitri s'installa plus confortablement dans son fauteuil, le fixant d'un regard étrange. "Je m'intéresse à toi depuis très longtemps. Tu as réussi quelque chose d'incroyable quand tu étais bébé, prouvant que tu allais devenir un sorcier très puissant."

Les enchantements dus à l'adoption magique l'empêchaient de parler de façon claire mais Arès comprit sans trop de difficultés qu'il faisait allusion à la défaite de Voldemort. Il choisit de ne pas le contredire - un mythe le précédait et il comptait bien en profiter dans ce cas précis.

Dimitri poursuivit, une lueur amusée dans le regard. "Tu es un mage noir, moi aussi ; tu es l'ennemi de Voldemort, moi aussi. Soyons alliés."

Arès cacha sa surprise. "Comment ça, tu es l'ennemi de Voldemort ?"

L'autre rit. "Tu croyais vraiment que tous les mages noirs d'Europe seraient ses partisans ? C'est loin d'être le cas. Nous sommes nombreux à vouloir autre chose qu'un fou mégalomane pour diriger les Forces du mal. Je suis juste celui qui va prendre le contrôle de ces gens."

Les yeux d'Arès se réduisirent à des fentes. "Qui es-tu ?"

Dimitri croisa nonchalamment ses bras derrière sa nuque et croisa ses jambes, un petit sourire supérieur aux lèvres. "Exactement ce que je viens de dire. Je vais devenir le plus grand Seigneur des Ténèbres d'Europe."

Arès mit quelques secondes à réaliser ce qu'il avait entendu. Il éclata de rire. "Tu crois sérieusement pouvoir défier Voldemort ? Non, Krol, je crois que tu te méprends." Arès se pencha en avant, les yeux allumés d'un véritable feu. "Face à lui, tu n'as aucune chance. Tu n'as pas idée de sa puissance. Tu ne le connais pas comme je le connais. Tu ne sais pas à quel point il ne montre aucune pitié, à quel point il est prêt à tout pour atteindre ses buts. C'est un génie, Krol. Et il a des centaines et des centaines de sorciers à son service, sans compter les créatures magiques qui se sont alliées à lui. Il te réduira en poussière avant même que tu aies levé ta baguette !"

Le sourire de Dimitri s'effaça. "Tu n'es pas l'ennemi de Voldemort, n'est-ce pas ?"

Arès chassa la remarque d'un geste de la main. "Ce n'est pas là le problème. Le problème, c'est qu'il faut vraiment que tu sois prêt à l'affronter avant de le faire sinon ça te coûtera cher."

"Je suis flatté que tu t'inquiètes pour moi mais ce n'est vraiment pas la peine" lui répondit-il. "Quand je disais que j'avais beaucoup de pouvoir et d'influence sur les mages noirs d'Europe, j'étais très sérieux. Dès que je sortirai de cette école j'aurais des centaines de sorciers et de sorcières de tous les âges pour me soutenir. Toute l'Europe des mages noirs sera derrière moi. Et qu'est-ce que Voldemort aura, lui ? Quelques Mangemorts et une poignée de Détraqueurs ? Dans le pire des cas il aura conquis le Royaume-Uni et je devrai le récupérer. Ce n'est pas si difficile."

"Tu es vraiment, vraiment fou. Je le savais avant mais à ce point… Comment peux-tu imaginer une seule seconde que tes rêves deviendront réalité ?"

"Mais ce ne sont pas des rêves, Black. Tout cela est bien réel. Ça a déjà commencé et tu le sais."

Quelque chose revint soudain en tête à Arès. "Quel est le vieil homme qui t'entraîne ?"

"Tu vois," ricana Krol, "tu comprends vite. Les adultes me prennent très au sérieux."

Sachant qu'il l'en dévoilerait pas plus, Arès laissa tomber. "Et tu veux que je devienne un de tes partisans ?"

"Je ne te ferai pas cet affront" protesta Dimitri. "Tu vaux bien plus que ça. Non, je voulais simplement te proposer mon aide - si tu m'offres la tienne en retour bien entendu. Nous pouvons unir nos forces pour mener les mages noirs."

Le visage d'Arès se ferma. "Je ne sais pas encore quel camp supporter dans la guerre."

"Crée ton propre camp, alors" suggéra Dimitri, un sourire en coin. "Et allies-toi à moi, comme ça on sera assez puissants pour que même Voldemort nous prenne au sérieux."

Il haussa les épaules. "Je ne sais même pas si je dois être contre Voldemort."

"Ce n'est pas grave" le rassura l'autre. "En attendant de faire ton choix, nous pourrions en profiter pour nous entraîner ensemble, au moins. Enfin, réfléchis et revient me voir en septembre."

Quelque chose disait à Arès que Dimitri était persuadé qu'il ne rejoindrait jamais les rangs de Voldemort.

-OoO-

Il sentait une sorte d'urgence pour choisir le chemin qu'il emprunterait. Cette prophétie… devait-il en tenir compte ou pas ? La condamnait-il à pourchasser Voldemort pour le reste de sa vie ?

Lors du dernier cours de Divination, Daniela Simon, le professeur, mentionna brièvement les prophéties.

"Nous parlerons des prophéties l'année prochaine, à un niveau d'études bien supérieur à celui des livres sur le sujet. Vous verrez, c'est un sujet passionnant."

A la fin du cours, Arès s'attarda. Lorsque les quatre autres élèves eurent quitté la salle il aborda le professeur. Malgré tous ses efforts, son regard resta fixé sur l'énorme verrue qu'elle avait sur le nez. De près, celle-ci paraissait encore plus grosse.

"Professeur, excusez-moi de vous déranger…"

"Oh, mais rassurez-vous Mr Black, il n'en est rien. Qu'avez-vous à me demander ?"

"Je voulais savoir si vous pouviez m'en dire plus sur les prophéties ?"

Le visage du professeur devint tout à coup très sérieux. "Que voulez-vous savoir ?"

"Je voulais savoir si les prophéties se réalisaient toujours, s'il n'y avait pas un moyen de les contourner."

Daniela Simon s'appuya sur son bureau, le dévisageant avec une expression indescriptible. "Il faut avoir conscience, Mr Black, que les prophéties sont toujours vraies. Elles ne peuvent être contournées et si on les ignore, elles se réalisent tout de même." Arès lui jeta un regard dépité. "Mais ce n'est pas tout. Si elles sont toujours vraies, elles ne sont qu'un pan de la vérité. Les choses sont toujours beaucoup plus complexes en réalité. C'est pourquoi leur interprétation est si difficile. Il n'y a aucun moyen de savoir ce qu'elles veulent dire exactement."

"Mais…" protesta Arès.

"Dans le cas qui vous intéresse, c'est différent" poursuivit la femme. "Cette prophétie a été formulée de façon très habile pour ne montrer qu'une facette de la vérité, peu importe les interprétations qui peuvent en être faites."

"De quoi parlez-vous ?" demanda Arès en fronçant les sourcils.

"La prophétie faite par Sybille Trelawney au sujet d'Harry Potter ne propose qu'un chemin. Ne soyez pas étonné, mon enfant, bien sûr que je connais cette prophétie. Je suis une voyante, après tout… Et donc cette prophétie n'a aucune ouverture qui permet de l'éviter, contrairement aux prophéties normales. Elle semble inéluctable et les faits qu'elle décrit semblent figés à jamais."

"Comment ça ?"

"Réfléchissez, voyons, réfléchissez !" proféra-t-elle en agitant les bras en l'air. "Elle prédit un seul avenir possible. Ce n'est pas normal."

A présent, Arès était confus.

"Ne faites pas cette tête, mon enfant. Ça veut simplement dire que cette prophétie ne dit pas tout."

"Et ? Qu'est-ce qu'elle ne dit pas ?"

Elle fit bouger son nez et sa verrue se mit à danser. "Toutes les prophéties sont ouvertes, mais pas celle-là. Ça veut dire qu'elle est incomplète et donc qu'on ne peut s'y fier. Peut-être qu'il existe quelque chose pour la compléter, peut-être même qu'il y a une prophétie qui est censée aller avec celle-là."

"Qu'est-ce que ça veut dire ?"

"Mon enfant, cette prophétie, personne ne doit l'écouter ! Elle ne sert à rien, elle n'apprend rien !"

"Mais c'est une prophétie ! Et le début s'est déjà réalisé !"

Daniela Simon souffla. "Elle ne dit pas tout. Donc, il ne faut pas y faire attention. Les choses ne sont jamais figées, tout est possible. Si vous croyez en cette prophétie, vous la ferez se réaliser, même si vous luttez contre elle. Si au contraire vous ne lui accordez aucune attention, elle n'aura aucun sens."

Arès réfléchit à ce qu'il venait d'apprendre. Ainsi, cette prophétie était soi-disant incomplète. Le destin qu'elle lui programmait pouvait être ignoré, d'après son professeur. Mais le problème était qu'il n'était pas seul.

"Et si le parti opposé continue à croire en la prophétie ?"

Car si Voldemort était persuadé qu'il pouvait le vaincre, il ne le laisserait jamais en paix, ça Arès en était certain.

"Ça n'a pas d'importance" répondit le professeur. "Seuls les choix d'Harry Potter importent."

Il la remercia et prit congé avec de nouvelles pensées en tête.

-OoO-

Le soir même, à la Cérémonie de remise des médailles, il confia à Lyra tout ce qu'il avait appris de la bouche de son professeur à mi-voix, en attendant que le Directeur arrive. Dimitri, assis en face d'eux, leur jetait des regards soupçonneux.

"Et alors, tu crois vraiment qu'il y a une autre prophétie ?" demanda Lyra.

"C'est possible. En tout cas je suis sûr qu'elle n'est pas au Ministère anglais." Il l'aurait remarquée, sinon. Il avait lu que les prophéties étaient conservées par les autorités du pays dans lequel elles étaient faites. Sybille Trelawney était, de toute évidence, une voyante anglaise. Cette autre prophétie devait provenir d'un autre pays.

Entretemps, le directeur Karkaroff avait fait son arrivée. Le silence se fit en l'attente des résultats de cette nouvelle année.

Quelques élèves à qui Arès n'avait jamais parlé furent récompensés. Ludwig, comme d'habitude, rafla la plupart des médailles. Dimitri reçut une médaille en Métamorphose. Finalement Arès fut appelé pour une récompense en Magie noire.

Satisfait, il consulta le parchemin où étaient inscrits tous ses résultats. Ils étaient assez bons, malgré l'agitation des derniers mois. Il était débout au milieu des élèves quand Karkaroff l'appela.

"Black ! Je voudrais vous voir cinq minutes, s'il vous plait."

Il le suivit dans le bureau directorial, la pièce la plus richement décorée du château (ce qui ne voulait pas dire grand-chose en fait).

"Je voulais savoir si tout s'était bien passé, cette année ?" lui demanda Karkaroff. "Vous avez réussi à gérer votre emploi du temps ?"

"Je crois, Monsieur le Directeur" répondit poliment Arès.

"J'ai remarqué que vos résultats scolaires étaient largement plus bas que les années précédentes. Je pense que vous devriez abandonner une matière ou deux afin de pouvoir vous focaliser sur ce qui vous intéresse le plus."

"Monsieur, sauf votre respect, je préfère garder toutes mes options."

Le directeur lui rappela alors le déroulement des études à Durmstrang. Les options qu'il avait actuellement étaient pour des classes entre la Quatrième et la Sixième année incluses. Au-delà de la Sixième, il devrait choisir entre une et trois options parmi celles qu'il avait prises et parmi les cours qui étaient à ce moment son tronc commun. Pendant deux années il préparerait une Maîtrise dans une à trois matières avec la possibilité de suivre des cours dans de nouvelles matières comme la Nécromancie ou les Techniques de Duel et de Combats Avancées. Ceux qui préparaient une Maîtrise étudiaient la matière à un niveau beaucoup plus avancé qui tenait plus de la recherche, en réalité. A Durmstrang il existait des unités de recherche en Magie Noire, Métamorphose, etc., qui avançaient toujours plus loin dans l'élaboration de nouveaux sortilèges et la connaissance d'anciens. Mais pour être accepté dans une Maîtrise il fallait avoir d'excellents résultats.

"Etes-vous toujours décidé à suivre autant d'options ? Vous vous dispersez et vous risquez d'avoir peu de choix pour vos Maîtrises…"

"… je pourrais abandonner la Divination" choisit Arès. Après l'histoire de la prophétie, il ne voulait plus rien avoir à faire avec cette matière de fous.

"Bien, c'est une sage décision. Cependant, vous avez toujours plus de quatre options, vous devez donc conserver le Retourneur de temps… Faites attention à l'utiliser avec prudence et sagesse" recommanda Karkaroff avant de le laisser partir.

-OoO-

Avec le retour des vacances il passa de nouveau du temps avec son père. Cet été, il comptait bien profiter du calme du château.

Mais ce n'était pas réellement des vacances. Lennart avait décidé d'augmenter la durée de leurs sessions à trois heures dans l'après-midi et lui donnait des tas de lectures en Magie noire, en techniques de défense et d'offensives, ce qui faisait qu'Arès ne pouvait pas réellement se reposer. Il ne protestait pas, bien au contraire.

"Cher Draco,

Que dis-tu de se retrouver début août avec Lyra pour faire nos courses à Amsterdam ? Sans les parents, ça serait parfait.

Elle m'a dit qu'il pleuvait depuis deux semaines en Angleterre. Et bien… il fait plus beau en Norvège !

Répond vite. Arès.

Ps : Oui, oui, je parle météo."

Arès, assis sur son rocher dans sa clairière, contemplait ses pensées en se nimbant de sa magie sans baguette. Deux mois auparavant, jour pour jour, Dhyste était passée au-delà du voile. Comme à chaque fois qu'il pensait à elle, son cœur se serra.

Il se remémora la déclaration qu'elle lui avait faite et la façon dont elle l'avait embrassé désespérément. Elle l'avait aimé. Lui ne savait pas trop ce qu'il ressentait. Il l'avait toujours appréciée et il avait ressenti quelque chose quand leurs lèvres étaient rentrées en contact. Etait-ce ça, l'amour ?

En tout cas, c'était injuste. Ils n'avaient même eu le temps de le vivre. Il n'avait même pas eu le temps de lui répondre. Elle était morte tellement jeune ! La bouffée de haine qu'il ressentait envers son assassin s'apaisa quand il se repassa la scène où il l'achevait avec cruauté. Seul ça lui avait permis de continuer à vivre. S'il ne s'était pas vengé… il n'imaginait même pas l'état de folie dans lequel il aurait été plongé.

Finalement, les Aurors et les partisans de Dumbledore n'utilisaient pas des méthodes bien différentes de celles des Mangemorts. Ils utilisaient même des Impardonnables, qui étaient de la Magie Noire ! Quel manque flagrant d'intégrité ! Visiblement, en temps de guerre, les deux camps pensaient que la fin justifiait les moyens…

Arès pensa avec un intérêt renouvelé à la proposition de Dimitri. Qu'avait-il à perdre ? Rien. De nouveaux plans naquirent dans son esprit. Il deviendrait puissant. Dumbledore et Voldemort le considéreraient non pas comme un pantin mais comme une force à part entière. Il ne serait pas regardé comme une arme.

Il se figura les étapes qu'il aurait à franchir. D'abord s'entraîner, créer son camp et regrouper des partisans. Puis forger des alliances. Enfin, continuer à s'entraîner et rentrer dans la guerre en position de force. Un sourire étira ses lèvres, exprimant toute son envie d'aller de l'avant et de gagner en puissance. Oh, qu'il était impatient !