Chapitre IX :
C'est un piège
Minerva McGonagall était folle de rage et seule la maîtrise absolue de son pouvoir magique empêchait que les innombrables objets du bureau du Directeur de Poudlard n'explosent.
- Quelqu'un peut me dire, ce qui, par Merlin, se passe dans cette école ? tonna-t-elle dès que le professeur de potion eut achevé de lancer les plus impénétrables sortilèges d'intimité de son répertoire.
Ni Filius, ni Pomona, ni Severus, ni le grand Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore ne répondirent à son injonction. Par conséquent la rage de Minerva McGonagall augmenta d'un cran.
- Personne ne peut m'expliquer comment un troll est amené dans l'enceinte du château ? Pourquoi une multitude d'élèves parviennent tout à coup à s'introduire dans l'antre du cerbère ? Et par l'enfer, comment un mage noire réussit à pénétrer Poudlard sans se faire prendre et ensorcelle un Nimbus 2000 dont j'avais moi-même ajouté une panoplie de charme protecteur ?!
- C'est certainement l'oeuvre d'un puissant sorcier, offrit le Directeur, l'habituel pétillement dans ses yeux toujours présent.
Minerva aurait voulu lui jeter un maléfice cuisant dont elle avait le secret. À la place, elle se contenta de prendre une voix encore plus sévère.
- Ça suffit Albus ! J'ai accepté que nous gardions la Pierre Philosophale pour rendre service à Nicolas Flamel qui a déjà accueilli quelques uns de nos plus brillants étudiants comme apprentis mais c'en est assez ! Je refuse que vous continuez à manigancer je ne sais quoi derrière nos dos, alors que nous nous étions mis d'accord avant la rentrée pour que cela demeure un secret absolu. Vous allez nous révéler maintenant quel est le but de cette mascarade et pourquoi des élèves sont subitement pris pour cibles.
Le visage de l'éminent mage se fit plus grave et la colère du professeur de métamorphose reflua quelque peu. Elle l'observa scruter un à un les quatre Têtes de Maison et se fit alors la réflexion qu'ils l'avaient tous eu comme enseignant. Ils avaient tous combattu à ses côtés, depuis même plus d'un demi siècle en ce qui concernait Filius. Ils étaient liés comme seul des guerriers qui avaient bataillé ensemble pouvaient l'être. Lorsqu'Albus croisa son regard, Minerva abaissa complètement ses barrières mentales : Tu peux nous révéler la vérité. Il n'y avait que dans l'intimité de ses pensées qu'elle se permettait de tutoyer son mentor et ami. Les prunelles outremer du vieil homme perdirent leur éclat de malice.
- Que ne nous dîtes-vous pas Albus ? questionna posément Pomona Chourave quand le silence s'étira trop longtemps.
- C'est un piège, murmura le vénérable sorcier, et il fonctionne admirablement bien.
- Des précisions, exigea Severus Rogue, le regard sombre.
Albus Dumbledore mit tellement de temps à répondre que Minerva sut qu'il pesait mûrement les mots qu'il allait prononcer.
- Il y a quelques années, des rumeurs inquiétantes se sont portées à mon oreille et j'ai fait nombreux voyages pour tenter de les vérifier, sans grands succès malheureusement. Pourtant, une affaire troublante durant le mois de juin m'a permis d'élaborer un plan pour écarter tout doute possible.
- La tentative de cambriolage chez Nicolas Flamel, conjectura Filius Flitwick, les doigts entrecroisés et les pouces joints.
- Précisément. Vous savez comme moi à quel point Nicolas est très secret sur son lieu de résidence et lorsque nous envoyons un apprenti, ils sont baladés dans toute l'Europe avant d'atterrir dans son laboratoire. En tout état de cause, le seul fait qu'on ait réussi à trouver sa maison demeure un exploit, même si cette personne n'a rien pu dérober. Plusieurs indices lui ont permis de soupçonner l'identité du voleur et ce qu'il convoitait. J'ai moi même de fortes suspicions quant au commanditaire de ce méfait. Comme il était capital pour moi de découvrir le lieu de sa retraite, j'ai prié Nicolas de me rendre un service.
- C'est vous qui avez demandé à Flamel de cacher la Pierre Philosophale à Poudlard, accusa Pomona Chourave, les sourcils froncés.
Dumbledore inclina la tête, la mine inflexible.
- Vous essayez d'attirer le voleur dans votre fief pour pouvoir le capturer et l'interroger, conclu le plus jeune et le plus sombre d'entre eux.
- Exactement, approuva le vainqueur de Grindelwald sans sourire.
- Mais c'est totalement inconscient de votre part ! gronda le professeur de botanique. Nous parlons d'un sorcier capable de passer outre les défenses de Gringott, de localiser des lieux incartables et Merlin sait quoi d'autre. Ne croyez vous pas que les élèves sont en danger face à cet individu ? Qu'il pourrait prendre en otage des étudiants pour vous forcer à lui donner la Pierre !
Minerva ne pouvait être plus d'accord, il suffisait de se remémorer la débâcle du match de Quidditch de la mâtiné.
- C'est bien pour cela que nous avons élaboré cette série d'épreuve et que j'ai annoncé en début d'année où en était l'accès. Ainsi chaque résident de Poudlard un temps soit peu curieux va vouloir y jeter un œil. Les professeurs comprendront qu'il faudrait être plusieurs pour désactiver les divers pièges que nous avons élaboré, tandis que les élèves pourront les affronter et gagner d'apprendre l'un des secrets de Poudlard. Seul ceux qui savent que je détiens la Pierre Philosophale se douteront peut être que le vrai but de ce parcours est de la protéger.
- J'aurais dû me douter que c'était vous qui aviez modifié mon sortilège de fermeture pour le rendre accessible à des cinquièmes année, grommela dans sa barbichette le petit professeur d'enchantement.
- Cette idée m'a paru bien meilleure que la précédente, se justifia le Directeur.
- Avec votre plan, la Pierre est encore plus difficile d'accès, apprécia Severus. Il faudrait d'abord trouver un moment où personne n'est dans le couloir interdit, puis franchir toutes les étapes et ensuite déceler l'endroit où elle est cachée...
- Et c'est à ce moment là que mon dernier piège se déclenche et que le voleur est pris la main dans le sac.
- Cela signifie que le but de tout ceci et de capturer le voleur pour l'interroger et découvrir où se terre son mystérieux employeur, résuma Pomona. Après un hochement de tête de son supérieur, elle poursuivit avec précaution. Mais la Pierre Philosophale est un artefact précieux et dangereux, n'est-il pas trop risqué de la mettre en jeu pour coincer cet individu, aussi indispensable soit-il...
N'est-il pas inconscient d'avoir déroulé ce traquenard avec tous nos étudiant autour ? compléta dans son esprit le professeur de métamorphose.
- Une grande proie nécessite un grand appât, philosopha tranquillement le vieil homme.
Minerva se pétrifia, depuis le début de la conversation, un doute s'insinuait en elle progressivement. D'abord les dernières attaques survenues au sein même de Poudlard, maintenant, cette manière retorse d'agir. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose et oh, comme elle redoutait la réponse à sa prochaine question...
- Qui croyez-vous être le commanditaire Albus ? interrogea-t-elle d'une voix faible.
Le silence s'étira pendant de longues secondes avant que le mage ne consente à lâcher :
- Voldemort.
Et tous les occupants de cette pièce eurent envie de hurler. Non, pas encore... Les rumeurs étaient donc vrais, le Lord Noir avait trouvé un moyen de se rendre immortel. Son âme était demeurée sur cette Terre, expliquant pourquoi la Marque des Ténèbres ne s'était pas vraiment effacée, pourquoi le Directeur de Poudlard n'avait jamais relâché vraiment son attention, pourquoi son cœur à elle n'avait pu guérir après la Guerre. Minerva imaginait parfaitement ce que ferait Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom avec l'Artefact de Transfiguration Éternel. Il se recréerait un corps à la mesure de sa puissance et reviendrait plus cruel et destructeur que jamais après ses dix années de paix. Il ne fallait absolument pas qu'il réussisse à mettre la main dessus, jamais. Alors s'ils pouvaient le localiser alors qu'il était encore faible... Ils se devaient de saisir cette chance pour le détruire définitivement !
- Potter, grogna le Maître des Potion. Voilà pourquoi l'hypothétique voleur s'en est pris à eux au risque de se faire démasquer. Cela n'avait rien à voir avec la Pierre.
Le pétillement dans les prunelles du vénérable sorcier revint en force, quant à Minerva, elle avait mal au ventre tant les implications de cette révélation allaient être lourdes de conséquences.
- Il serait opportun de me raconter en détail les événements du dernier match de Quidditch, s'enquit-il.
Minerva vit Pomona, qui n'était pas présente ce matin au stade, reprendre assez contenance pour écouter le conte-rendu de Filius. Les trois professeurs présents n'avaient pas tout de suite remarqués que quelque chose clochait avec le balai de la jeune Gryffondor, ce n'est que lorsque la foule s'était mise à la désigner qu'ils avaient agis. Filius Flitwick s'était chargé de ralentir la future chute, Minerva de métamorphoser une aire de réception et Severus Rogue de tenter de régler le problème à sa source.
- C'était de la magie noire, affirma ce dernier. Un maléfice plus astucieux que puissant qui a permis de détraquer le Nimbus 2000 pour qu'il se transforme en une version beaucoup plus meurtrière du Rodéo Sorcier.
- Avez-vous pu discerner une signature magique distincte ?
- À part celle de Potter, ironisa le responsable de Serpentard.
- Comment cela ? Il ne m'est pas apparu que Miss Potter était en possession de sa baguette et avait lutté contre l'attaque.
- Pas elle, l'autre, grogna-t-il.
- Expliquez-vous, ordonna le Directeur, intrigué.
- Quand j'ai étendu mes perceptions magique, la première chose que j'ai repéré c'était le bouclier qui entourait férocement votre Gryffondor. Il était trop complexe et élaboré pour un premier année, pourtant c'était bien la magie de Potter mâle qui l'alimentait. Quoiqu'il en soit, ce bouclier la protégeait des attaques visant à la faire tomber avec tellement de densité, qu'il masquait presque entièrement la seconde offensive qui détraquait le balai. A cause de la magie de Potter, j'ai mis plus de temps que nécessaire à saisir assez la teneur du maléfice pour lancer le contre-sort. Mais même là, ce satané gamin a, j'ignore comment, saboté mon travail. Une partie de la magie du bouclier s'est détournée pour copier sommairement mon contre-sort, ce qui, comme n'importe quel cornichon le sait, est l'action la plus stupide à faire. Au lieu de simplement me concentrer sur la menace, j'ai dû user de toute ma dextérité pour éviter que la magie brouillonne de Potter explose le Nimbus, tout en contrecarrant le maléfice.
- Eh bien Severus, vos compétences ont encore permis de sauver une vie. Vous avez mes plus sincères remerciements, déclara Albus.
- Ce n'est pas grâce à moi que Potter femelle a pu se rétablir, grommela-t-il. J'ai été distrait par ma cape qui prenait feu. Le temps que je règle ce problème, elle était déjà en train d'atterrir et de recracher le Vif d'or.
Les occupants du bureaux ne prononcèrent pas un mot, tous impressionnés à l'idée qu'un première année élevé par des moldus ait copié -certes approximativement- un sortilège élaboré sans connaître ni la formule, ni son résultat, tout en maintenant une protection assez solide pour repousser un sorcier adulte. Si la plupart avait remarqué le curieux pendentif que portait la fillette, aucun n'aurait imaginé que la magie d'un premier année était capable de l'alimenter à sa pleine puissance. Cette histoire démontrait encore une fois le pouvoir magique hors norme d'Harry Potter.
- Vous pensez que c'est monsieur Potter qui a finalement réussi ? questionna le petit professeur d'enchantement.
- Pas forcément, contredit le Directeur de Poudlard. Nous pourrions aussi assumer que l'assaillant était présent dans le même gradin que vous.
- Ou encore qu'il ou elle ait profité de la confusion générale pour s'éclipser discrètement. Après tout, même si son maléfice avait fonctionné, Filius ou bien Minerva auraient tout de même rattrapé Potter femelle. Je pense que cette attaque n'a pas été préméditée. Cela ressemble plus à une pulsion incontrôlable d'un servant du Seigneur des Ténèbres qu'à un plan élaboré.
Minerva se lamenta intérieurement, cela voulait dire que le voleur pouvait être n'importe qui. Lors des rencontres sportives, en plus des professeurs et des élèves, la famille des étudiants étaient invitées à venir. Même si elle avait la liste des personnes en question -puisqu'il fallait s'y inscrire pour pouvoir entrer- elle était assez lucide pour savoir que quelqu'un d'un minimum doué aurait pu aisément se faufiler dans le domaine.
- Que faisons nous alors ? interrogea-t-elle.
- Je craint qu'excepté une surveillance accrue sur les jeunes Potter, rien de concluant.
Evidemment, songea-t-elle. L'idée était que le voleur réussisse à s'emparer de la Pierre.
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Lila Potter était assise sur le canapé du salon du quatrième étage, son frère blottit sur ses genoux, son regard tourné vers la fenêtre de la pièce. Cela avait été une journée étrange, décida-t-elle. Curieusement, elle n'arrivait pas à réaliser que quelqu'un avait tenté de la faire tomber de son balai. Tout ce qui lui restait de la matinée, c'était l'horrible sensation d'être vide, d'être privée de la moitié de son essence et de se sentir atrocement seule. Ce n'était qu'une fois Harry absent, qu'elle avait véritablement compris qu'il y avait toujours une partie d'elle qui était reliée à lui. Ce n'était pas cette faculté de partager leurs pensées ou leurs sentiments, ce n'était pas quelque chose de physique non plus, c'était... indescriptible, littéralement. C'était juste là, Harry, son frère, son jumeau, Harry.
La jeune Gryffondor fronça le nez, si elle n'était pas traumatisée outre mesure, son frère l'était certainement et il était déterminé à trouver une solution à ce problème. Bien sûr, il n'avait pas fallu beaucoup d'effort pour la motiver. Si c'était elle la vraie cible de l'ennemi, il ne faudrait pas longtemps pour que cette personne comprenne que le meilleur moyen de l'atteindre était de s'en prendre à Harry. Mais si c'était le contraire et que le but était de faire souffrir son frère, alors dans ce cas là...
De toute façon, juste après la fin du match, Hermione était venue les trouver pour leur raconter qu'elle avait vu Rogue tenir sa baguette et fixer sans ciller le balai de l'attrapeuse tout en marmonnant des formules magiques à voix basse. Afin de protéger son amie, la première année s'était précipitée dans le gradin du professeur pour mettre le feu à sa cape et effectivement, une seconde plus tard, Lila avait pu se rétablir et redescendre sur la terre ferme. Hermione et les autres Gryffondor de leur classe étaient persuadés que c'était lui qui avait ensorcelé le balai pour l'empêcher de gagner la partie. Harry n'avait rien rétorqué à cela et l'avait enjoint d'un geste à aller prendre sa douche. Une fois cela fait, elle avait chipée de la nourriture et s'était discrètement éclipsée de la fête organisée en l'honneur de leur victoire, pour rejoindre son frère dans le salon du siècle dernier. Là-bas, ils s'étaient étreints longuement pour se remettre de leurs émotions fortes et avaient partagé mentalement, chacun leur tour, l'expérience vécue de leur point de vue. Puis Harry avait mangé ce qu'elle avait apporté et s'était endormi presque aussitôt. Lila, elle, continuait jusqu'à présent à cogiter sur les nouvelles informations qu'elle possédait.
Pour elle, cela avait été très rapide, son Nimbus était devenu incontrôlable, sa trachée était obstruée à cause du Vif d'or, son pendentif avait chauffé contre sa peau et son corps était entouré par la magie de son frère. Puis son balai avait cessé de bouger n'importe comment, elle avait réussi à atterrir en urgence pour cracher la balle dorée et elle n'avait même pas eu le temps de se réjouir que brusquement, Harry avait disparu de toutes les manières possibles. Heureusement qu'elle avait juste eu à lever les yeux pour le repérer dans les tribunes, sans quoi, elle aurait certainement perdue tout semblant de calme.
Par contre, pour son frère, cela avait été complètement différent. Une nouvelle fois, il avait cherché à la protéger d'un danger avec sa magie. D'ailleurs, elle trouvait cela profondément injuste qu'elle ait un collier défensive autour du cou alors que son jumeau non, mais là n'était pas la question. Harry avait réussi à manipuler son énergie pour augmenter ses perceptions magiques et ainsi différencier les magies alliée et ennemie. Et c'était quelque chose de diablement intéressant pour Lila. Jusque là, il y avait l'énergie de Poudlard et celle de son frère et les deux étaient évidentes d'une manière totalement distinctes pour elle. Celle d'Harry était familière, comme un écho de la sienne, elle avait toujours était là, en lui. Elle s'écoulait comme un fleuve paisible lorsque tout allait bien et se déchaînait et devenait sauvage lorsqu'il était hors de lui. Cela avait toujours été parfaitement perceptible pour Lila. C'était comme ça qu'elle avait réellement compris pourquoi les Dursley les traitaient de monstre, il y avait vraiment un truc anormal chez eux.
Tandis que pour Poudlard, cela avait été une conscience écrasante de l'entité du château au moment exact où ils avaient franchis les frontières du domaine. C'était comme pénétrer dans un cocon, quitter l'atmosphère dans laquelle ils étaient nés pour entrer dans une nouvelle beaucoup plus chaleureuse et vivante. Mais au contraire des fluctuations de la magie de son jumeau, cette sensation était demeurée constante et elle s'y était habituée assez rapidement. Elle était toujours présente, mais plus comme l'odeur associée à un endroit qu'autre chose.
Maintenant qu'elle y réfléchissait profondément, elle ne sentait pas vraiment non plus la magie d'Harry lorsqu'il lançait un sort en cours. Il n'y avait eu que devant le chien à trois tête -un cerbère d'après ses recherches- où elle avait perçu les vibrations de son sortilège pour fermer la porte. Mais n'était-ce pas plutôt l'agitation qu'éprouvait son frère qu'elle avait ressentie ? En tout cas, ce qui demeurait certain c'était qu'Harry était parvenu à percevoir et même à différencier deux sortes de puissances à l'oeuvre. Mais alors, était-il possible pour eux de retrouver les titulaires de ses magies avec un peu d'effort ? Chaque sorcier avait-il sa signature magique personnelle -comme une empreinte digitale- et pouvait-elle les distinguer avec un peu d'entraînement ? Clairement, ce n'était pas quelque chose de naturel, dans le sens où il avait fallu qu'Harry se concentre sur son entourage -à elle- pour les saisir. Est-ce-que cela fonctionnait comme un autre sens ? Au lieu de se focaliser sur les bruits qui provenaient de l'étage du haut à Privet Drive pour entendre si la voie était libre, il fallait s'axer sur la magie environnante ? C'était quelque chose qui méritait des expériences, statua-t-elle.
Aussi, un peu plus tard dans cette journée du samedi, lorsque son frère se réveilla, Lila lui demanda de lancer le sortilège de lévitation sur une plume et de le maintenir. Ils maîtrisaient cet exercice depuis deux semaines et l'idée était de voir si elle parvenait "à sentir" quelque chose. Malheureusement, lorsqu'elle chercha à se focaliser sur la magie, c'était celle de Poudlard qui lui sautait aux yeux. Elle avait beau se concentrer de toutes ses forces, rien ne venait effleurer sa conscience que l'habituel présence d'Harry et la magnificence écrasante du château.
- Peut être que tu devrais essayer de faire voler la plume sans baguette pour voir, suggéra la Gryffondor, légèrement frustrée.
Harry haussa les épaules, encore plus maussade que sa sœur. Lui, tout ce qu'il voulait c'était débuter les recherches sur les scolarités alternatives, mais Lila avait insisté sur l'importance d'identifier leur ennemi et malgré lui, il avait été convaincu par ses arguments. Du coup, sans se donner trop de mal, il tendit son indexe sur la plume, exécuta les mouvements comme si son doigt était une baguette et prononça :
- Wingardium Leviosa !
Bien sûr, rien ne se produisit et il regarda sa jumelle avec ennui. Celle-ci leva les yeux au ciel, un brin exaspérée par l'humeur de son frère.
- Tu sais très bien que ça ne fonctionne pas comme ça !
- Très bien Petite Fleur, je suis à tes ordres après tout, ironisa-t-il.
Harry ferma les yeux et se concentra sur sa magie. Il avait tellement jeté le sort lors de cette dernière heure qu'il avait identifié tous les mécanismes pour soulever cette foutue plume. En prononçant la bonne formule et en pratiquant le bon geste, son énergie se modulait de telle manière que lorsqu'elle traversait sa baguette pour atteindre sa cible, la plume lévitait. Plus les jours à Poudlard défilaient, plus il en apprenait sur les différentes façon d'utiliser cette puissance qui tourbillonnait en lui. S'ils étaient encore à Privet Drive et qu'ils s'adonnaient à ce genre d'exercice, le jeune garçon aurait simplement souhaité de toutes ses forces que l'objet flotte dans l'air. Et ça aurait échoué neuf fois sur dix. Là-bas, leurs expériences étaient rarement concluantes, même si quand ils en avaient vraiment besoin, leurs magies répondaient toujours à l'appel.
Quoiqu'il en soit, maintenant qu'il étudiait à Poudlard depuis deux mois, il en savait un peu plus sur ce pouvoir qu'il possédait. Alors, toujours à l'écoute de sa magie, il visualisa la plume qui était à un mètre de lui et souhaita qu'elle se soulève, que sa magie la porte à hauteur de son visage. Cependant, sans sa baguette, il était extrêmement difficile de reproduire la même modulation, la même finesse qui permettait une lente et harmonieuse lévitation. Mais surtout, constata Harry en ouvrant les yeux, il était encore plus ardu de viser la plume sans l'artefact pour condenser sa magie.
- Je la sens ! s'exclama pourtant Lila.
- Hein ? fit-il fort peu intelligemment, la fatigue le regagnant tout à coup. J'ai à peine réussi à faire bouger la plume.
- C'est normal que je n'arrivais à rien depuis tout à l'heure, je me concentrais au mauvais endroit ! poursuivit-elle sans lui prêter attention.
La jeune fille secouait la tête, un grand sourire sur les lèvres. Elle attrapa le bras de son frère et plongea son regard dans les prunelles émeraudes identiques aux siennes. Comme elle ne trouvait pas les mots pour expliquer sa découverte, elle préférait la partager de manière plus viscérale. Poudlard et Harry dégageaient quelque chose en continu, et elle pensait que c'était ça la magie, que c'était en se focalisant sur cette émanation qu'elle pourrait sentir les sortilèges. Mais pas du tout en fait ! C'était comme tenter de renifler quelque chose avec ses oreilles, inutile et absurde. Elle avait compris son erreur quand Harry avait essayé de faire léviter la plume sans sa baguette.
La euh... chose qui émanait de lui s'était distendue et échappée de lui en créant une onde distincte dans l'atmosphère qui devait sûrement être la magie. Cette onde n'était pas du tout sur la même fréquence que la chose qui émanait du château ou de son frère. Comme elle l'avait évoquée, la "chose" s'apparenterait plus à une émanation, alors que l'onde à un flux bref et éphémère, du coup il fallait se concentrer différemment pour la percevoir.
- Maintenant, je crois savoir comment faire. Réessaies avec ta baguette s'il te plaît.
Le jeune Serpentard, galvanisé par l'enthousiasme de sa jumelle lança une nouvelle fois le charme de lévitation et le maintint jusqu'à ce que Lila lui demanda de réaliser celui qui expulsait de l'air chaud.
- Oui je la vois, s'extasia la jeune Gryffondor, les prunelles brillantes.
- La voir ? J'avais plus l'impression que c'était lié à l'ouïe plutôt qu'à la vue...
- Pour toi peut être, mais pas pour moi, c'est ce qui m'a induite en erreur d'ailleurs. Maintenant, je sais ce qu'il nous reste à faire, déclara-t-elle, déterminée.
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Harry et Lila Potter se tenaient à l'affût, les membres tremblants d'impatience. Ils avaient travaillé durement toute la semaine, au point qu'ils s'étaient presque mis à dos leurs camarades qu'ils avaient sollicité pour identifier les signatures magiques. Pourtant, leur entraînement avait payé et ils étaient aussi prêt qu'ils puissent l'être en ce vendredi matin. Le professeur Rogue avait enfin fini son explication sur la méthode de préparation de la potion du jour et il était maintenant l'heure de passer à la pratique. Un mélange d'excitation et de fatigue courant dans leurs veines, ils ouvrirent grand leurs esprits l'un à l'autre et entamèrent la potion pour guérir un rhume. Ils la préparèrent pendant les cinq premières minutes, puis subtilement, Lila se mit légèrement en arrière, serra sa baguette dans son poing gauche et laissa Harry s'occuper de l'incorporation des racines de magnolia.
Elle se concentra comme elle l'avait fait toute la semaine, d'abord en localisant sa magie, l'endroit où elle pulsait, l'endroit d'où partait chacun de ses sortilèges, puis lorsqu'elle fut certaine d'y être parvenue elle l'appela vers elle, et plus particulièrement vers ses yeux. Son objectif était de voir la magie, d'identifier le rayon de lumière invisible et de l'attribuer à un sorcier. Pour cela, il ne suffisait pas de percevoir le monde visible, ses yeux devaient se focaliser sur les perturbations spatiales que causaient l'utilisation d'une baguette magique. Quand elle sentit les sons autour d'elle s'assourdirent et les odeurs devenir moins fortes, Lila sut, même si elle ne voyait toujours rien, qu'elle avait réussi à se plonger dans le bon état. Harry s'étant fait très discret dans son esprit, elle fut légèrement déstabilisée quand il lui indiqua à quel stade ils en étaient dans l'élaboration de la Pimentine.
Sans que personne ne remarque le changement, Harry cessa de se préoccuper de l'exercice en cours et se plongea en lui même pour activer sa magie. Au contraire de sa sœur qui l'axait sur sa vue, ils avaient compris au cours de cette semaine que lui repérait plus facilement les sons que provoquait la magie lorsqu'elle était expulsée d'une baguette. Du coup, c'était vers son ouïe qu'il devait diriger sa magie. Il mit un peu plus de temps que Lila, mais finalement, avec la communion de leur pensées, ils purent tous deux augmenter leurs perceptions. Maintenant, il fallait prier pour qu'un élève fasse exploser son chaudron et que Rogue intervienne. De toute façon, si ça n'arrivait pas dans les cinq prochaines minutes, c'était Harry qui devait s'en charger, quitte à recevoir une énième punition. Mais pour une fois, la chance était de leur côté puisque la potion de Crabbe et de Goyle se mit à fumer de manière inquiétante.
Harry et Lila oublièrent complètement leur préparation et se focalisèrent sur Rogue qui tendait sa baguette d'un geste sec. D'un sortilège informulé, il vida le chaudron et tempêta sur ses deux cornichons qui n'avaient pas écoutés ses recommandations. Lila perçu parfaitement la couleur de l'onde mais c'est Harry qui reconnut la magie alliée. C'était le maître des potions qui l'avait aidé à sauver Lila ! L'immense reconnaissance qu'il éprouva à cet instant fut vite ensevelie par le rappel de qui était Severus Rogue. Ce qui n'était pas franchement encourageant. La seule personne qui les avait soutenus les détestait cordialement. Ça n'allait pas les aider bien longtemps, il aurait été bien plus facile pour eux s'ils avaient identifié la menace. Au moins avec le professeur de Potion ils savaient à quoi s'en tenir, maintenant c'était comme s'ils revenaient au point de départ dans leur quête de sécurité. Qui avait donc voulu faire du mal à Lila ? Ils ignoraient encore la réponse.
Ainsi, décidés à ne pas rester passif et à agir, Harry se dirigea vers la section droit de la bibliothèque de Poudlard, le week-end qui suivit, tandis que Lila se focalisa sur les différentes éducations sorcière à travers le Royaume-Uni et l'Europe. Honnêtement, après une semaine relativement normale à Poudlard, les deux ne voulait plus vraiment quitter à tout prix le pensionnat mais à cause de l'insistance du Serpentard, elle consentit à faire des recherches sur les scolarités alternatives. Après tout, il était toujours rassurant d'avoir un plan de secours.
Harry, se plongea donc dans un livre qui traitait des droits des mineurs dans le Royaume-uni magique. Cela pouvait paraître obscur pour un premier année, mais en fait il avait déjà fait ce type de recherche sur l'ordinateur de son école primaire. Il savait par exemple que dans le monde moldu, lui et Lila pouvaient s'émanciper des Dursley à partir de quinze ans, s'ils étaient -en gros- déclarés suffisamment indépendants et matures. Avec sa jumelle, ils avaient en quelque sorte prévu de travailler officiellement une quinzaine d'heure dès leurs treize ans -ils savaient déjà où- après les classes et le week-end et ainsi économiser assez pour se payer (avec les aides sociales) un petit logement bien à eux loin des Dursley. Pour être honnête, avant même qu'ils ne sachent ce qu'étaient les services sociaux, les Potter s'était plaint un jour à leur maîtresse des traitements que leur infligeait leur famille pour se voir accusé d'être des horribles menteurs ingrats de la bonté des Dursley. Bien sûr, ils avaient retenu la punition qu'ils avaient reçu et si Lila avait peut être abandonné l'idée de quitter leur oncle et tante avant de longues années via cette méthode, ce n'avait pas été le cas d'Harry qui s'était renseigné. Cependant, il avait rapidement compris que s'ils leur seraient relativement aisés de quitter les Dursley, rien ne leur garantissait de tomber sur une famille d'accueil meilleure qu'eux. Et pour Harry, il était hors de question qu'il laisse le hasard décider de la sécurité de Lila. Il avait été déterminé à gagner son indépendance le plus vite possible, mais ceci était avant la découverte du monde magique et du fait qu'ils étaient accessoirement riche en réalité.
Dorénavant, ils n'avaient plus à penser à un moyen de payer un loyer et leur nourriture. D'après les gobelins, ils avaient à leur disposition dix milles galions, ce qui équivalait à trente milles livres sterling ce qui était largement suffisant pour se payer quelque chose de correct dans le nord de l'Angleterre. Harry le savait parfaitement puisque l'un de ses passe temps favoris avec Lila lorsqu'ils de retrouvaient seul chez les Dursley était d'écumer les annonces immobilières sur l'ordinateur de Dudley. Combien de fois la fratrie s'était-elle imaginée une vie très loin d'eux ? Planifiant les prochaines années pour quitter leur famille et vivre librement ? Quoiqu'il en soit, maintenant qu'ils avaient découvert le monde des sorciers, Harry avait un nouvel espoir pour quitter définitivement Privet Drive beaucoup plus tôt que prévu.
Ils passèrent ainsi quelques jours à se documenter, discutant innocemment avec leurs camarades de classes pour en apprendre plus. Le jeudi, une fois leur cours de vol terminé, ils décidèrent de faire une synthèse de toute leurs découvertes dans la bibliothèque pour avoir les livres à proximité. Ils s'assirent à l'écart des autres élèves, à quelques tables d'une septième ou sixième année qui ne portait pas son uniforme. Ils savaient que les grands de l'école pouvaient jeter des sortilèges d'insonorisation, alors les Potter ne craignirent pas de la déranger avec leurs bavardages. Ce fut Lila qui commença à partager ses notes :
- Alors avant la guerre, le Royaume-Uni comptait environ quatre-vingt-dix école de magie pour les enfants de notre âge, mais beaucoup ont dû fermer à cause du manque d'effectif et maintenant il n'y en a plus qu'une soixantaine. Dix sont des pensionnats privés comme Poudlard bien que moins réputés et le reste sont des écoles classiques où les élèves rentrent chez eux le soir ou le week-end. Ensuite, les parents peuvent faire le choix de scolariser leurs enfants à domicile et dans ce cas là, soit ils enseignent eux-même, soit ils engagent des précepteurs.
- Tu sais si beaucoup de famille font ce choix là ?
- D'après la mère de Katalina, un pour-cent des enfants vont à Poudlard, deux suivent des cours à domicile et le reste vont dans les autres écoles.
Le jeune Serpentard hocha la tête, pensif.
- Tu sais combien coûte un professeur particulier ?
- D'après le bouquin qui traitait de ce sujet, un précepteur agrégé par le ministère coûte environ cent gallions par mois.
Harry écarquilla les yeux de surprise.
- C'est peu pour un enseignement à domicile, non ? McGonagall nous a dit que notre école coûte trois cents par mois.
- En faite, d'après ce que j'ai compris, Poudlard est l'école la plus chère d'Europe mais malgré cela, la liste d'attente pour y entrer est tellement longue que la plupart des parents y inscrivent leurs enfants à leurs naissances pour espérer avoir une place.
Le frère et la sœur se fixèrent du regard, comprenant que c'était là encore une preuve concrète du soucis de leur parents pour eux. Oncle Vernon et Tante Pétunia leur avaient vraiment mentis sur toute la ligne. La Gryffondor s'éclaircit la gorge et demanda :
- Et toi, qu'as-tu trouvé ?
- Eh bien, comme dans le monde moldu l'émancipation est à partir de quinze ans mais paraît s'obtenir plus facilement pour les jeunes qui n'ont pas de famille sorcière comme nous.
Harry expliqua ensuite qu'il avait longuement discuté avec Hannah Abbot et Susan Bones, deux Poufsouffle de leur année avec qui il partageait ses cours de Métamorphose, Botanique, Enchantement et Histoire de la Magie. Lila reconnut aisément les filles qu'elle ne voyaient qu'en Astronomie et en Défense contre les Forces du Mal. Elle savait que Susan était une orpheline élevée par sa tante comme eux et qu'Hannah avait perdue sa mère à cause de la Guerre. Les deux filles étaient tout le temps ensembles et une fois qu'elles avaient dépassé leurs rougissements et bégaiements à chaque fois qu'Harry leur adressait la parole, il s'avéra qu'elles étaient des camarades assez sympas. Du coup, le Serpentard raconta à sa jumelle que la tante de Susan occupait un poste assez élevé dans le Département de la Justice Magique et qu'elle connaissait de ce fait beaucoup de monde au sein du Ministère, ce qui pouvait éventuellement faciliter leur demande d'émancipation.
- Mais le plus important, c'est le boulot du père d'Hannah. Il est le directeur de la plus grande agence immobilière du pays et figure toi qu'Hannah est incollable sur le sujet. Elle m'a expliqué qu'il fallait être majeur pour acheter une maison, mais qu'un mineur pouvait en être le propriétaire, ce qui signifie que nous pouvons engager un avocat sorcier et lui demander d'acheter ou de louer un endroit pour nous avant notre émancipation.
Les prunelles de la petite sorcière brune se mirent à briller.
- Et combien coûte une maison dans le monde sorcier ? interrogea-t-elle avidement.
- Hannah dit que ça dépend le genre de prestation que veut le client. Un simple studio dans un village du nord de l'Angleterre peut coûter plus chère qu'une villa dans le centre de Londres s'il est bardé de sortilèges protecteur et d'agrandissement. Elle m'a aussi dit qu'une "maison magique" était plus chère dans une zone moldu que dans une zone sorcière. Elle s'est aussi ventée du fait que l'agence de son père était l'une des seules à collaborer avec des agences immobilières moldues et qu'ils se chargeaient de toute la partie administrative de sorte à ce que les clients ne soient pas embêté par le changement de monnaie et tout.
- Wahou, Hannah Abbot t'as dit tout ça ?
Lila était impressionnée, la Hannah qu'elle connaissait se réfugiait constamment derrière ses longs cheveux blonds et laissait souvent Susan s'exprimer à sa place.
- Et encore, je te résume là Petite Fleur. Lorsqu'elle parle du travail de son père, elle oublie toute sa timidité et devient passionnée et sûre d'elle. C'était vraiment rafraîchissant de la voir ainsi, j'avais l'impression de rencontrer une nouvelle personne.
La Gryffondor secoua la tête et se re-concentra sur le sujet en cours.
- Donc au final, combien nous coûterait le plus basique des appartements ?
- Toujours d'après Hannah, nous pouvons louer une maison tout confort pour le prix que nous coûte Poudlard chaque mois. Sinon, avec l'argent que nous avons à disposition, ce serait un peu juste pour s'acheter quelque chose et vivre sans revenus ensuite.
Lila fixa son jumeau intensément.
- Tu as une idée derrière la tête toi.
- Ecoute, notre coffre à Gringott reçoit des virements de six cents gallions tous les mois, soit ce que vaut Poudlard. Si nous quittons l'école, nous pouvons engager un avocat avec le capital que nous avons dans notre coffre qui fera en sorte que nous puissions louer un appartement plus que convenable avec maximum quatre cents gallions. Nous engageons ensuite un précepteur pour cent gallions par mois et il nous en restera cent pour nous nourrir quotidiennement. Je ne sais pas du tout combien vaut un kilogramme de pâtes dans le monde sorcier mais toi comme moi savons que trois cents livres sterling sont largement suffisantes pour vivre à deux sans trop se serrer la ceinture. Et puis au pire du pire, c'est l'affaire de six ans jusqu'à ce que nous soyons majeurs et que nous puissions toucher notre héritage ou bien trouver un travail. Même si c'est ric rac tous les mois, nous avons assez de marge pour tenir avec l'argent qu'il y a dans notre compte.
- Ou sinon, nous pouvons louer une maison près d'une des écoles gratuite du ministère et ainsi nous n'aurons même pas à payer de percepteur.
L'excitation afflua dans le sang d'Harry, il avait craint que sa sœur ne souhaite pas quitter Poudlard, mais elle semblait tout à fait ouverte aux alternatives qui se présentaient. Il ouvrit la bouche pour rebondir sur son idée quand un soupir excédé et un livre brutalement fermé le fit tourner la tête vers la fille installée à trois tables d'eux.
- Ceci, est la conversation la plus stupide que je n'ai jamais entendue, s'agaça-t-elle.
Elle se leva d'un mouvement souple et s'approcha des deux premières année, tout en prononça nonchalamment la formule qui permettait de s'isoler dans une bulle de silence hermétique. Instantanément, Harry se mit sur ses gardes et effleura la main de Lila pour la prévenir. Il avait trop vu les membres de sa maison agir ainsi pour ignorer que c'était synonyme de conversation importante. Même Drago Malfoy avait quelque chose qui lui permettait d'avoir des discussions intimes en plein milieu de la Grande Salle s'il se grattait le torse d'une certaine façon.
- Vous êtes des Potter par Merlin, héritiers d'une Noble et Très Ancienne Maison. Toutes les lois que vous avez trouvés ne s'appliquent pas à vous. Bon sang, vous n'avez même pas à payer les taxes immobilières qu'impose le ministère. Elle ancra son regard dans celui du Serpentard. Sans compter que tu as la possibilité de revendiquer ton titre de Lord dès tes treize ans et de ce fait, devenir majeur et être émancipé de toute tutelle. Avec cela, tu auras accès à tous les coffres de ta famille ainsi que toutes les propriétés des Potter. Alors inutile de te dire qu'il vous ait complètement vain de vous tracasser au sujet d'un futur lieu de résidence.
Les deux enfants l'observèrent bouche bée continuer son laïus cinglant.
- Mais ce qui est encore plus révoltant, c'est de vous écouter prévoir quitter Poudlard. Quelle sorte d'ignorants êtes vous ? Vous avez la chance d'étudier dans la plus prestigieuse école du monde et avez l'intention de gâcher ce privilège ? Des familles sont prêtes à s'endetter pour y mettre leurs enfants. Êtes vous même conscient que les écoles du ministère n'ont pas la prétention de prodiguer quinze pour-cent du savoir qui est transmis ici ? Que Poudlard à la bibliothèque la plus fournie d'Europe ? Que chaque enseignant ici est un maître dans sa matière ? Que cette école propose d'étudier des branches de la magie présente nulle part ailleurs ! Qu'elle produit depuis plus d'un millénaire l'élite de la société sorcière ! Que ce lieu est tellement magique que tout le monde s'accordent à dire qu'il renforce le noyau de chaque personne vivant ici ! finit-elle en criant presque.
Les yeux de Lila se plissèrent, même si les propos de la jeune fille étaient censés. Elle n'appréciait que moyennement de se faire réprimander ainsi.
- Poudlard est peut être tout cela, mais en attendant c'est aussi une école où des trolls des montagnes et des chiens à trois têtes rôdent dans les couloirs.
- Sans compter les sorciers qui souhaitent faire tomber une première année de son balai, renchérit son frère.
L'adolescente plus âgée haussa les épaules, la mine condescendante.
- Allons, vous croyez sérieusement que Quirrell à vraiment vu un troll dans le château ? Tout le monde sait qu'il a abusé des potions hallucinogènes cette nuit. Comme si un être aussi stupide pouvait franchir les barrières du château. Quant au cerbère, je ne sais pas quel discussion vous avez espionné, mais je vous rassure, vous ne tomberez jamais sur cette bête accidentellement.
Les jumeaux masquèrent difficilement leur surprise. Vraiment personne n'était au courant pour le troll ? Ils avaient bien remarqués que leurs amis pensaient qu'ils avaient fait une mauvaise chute et ce n'était pas leurs genres de leur raconter leur mésaventure, mais tout de même. Comment une créature aussi imposante qu'un troll avait pu passer inaperçue ? Surtout avec les tableaux et les fantômes qui étaient les premiers à commérer sur tout et n'importe quoi.
- En ce qui concerne ta mésaventure au Quidditch, informa-t-elle en fixant la Gryffondor, même si tu étais tombée de ton balai, tu n'aurais subi aucune blessure. D'après mes amis, les professeurs McGonagall et Flitwick se tenaient prêt à te rattraper. Ce n'est pas pour rien que Poudlard se vante d'avoir le meilleur personnel dans tous le Royaume-Uni et que ses élèves y sont en sécurité.
Le fille croisa les bras et attendit que les deux enfants en face d'elle réagissent, mais ils se contentèrent de la fixer, le visage bizarrement neutre. Légèrement calmée, elle demanda :
- Et puis de toute façon, pourquoi cherchez-vous à quitter Poudlard ?
Sans se concerter, les Potter ne répondirent pas et la harponnèrent de leurs iris émeraudes, jusqu'à ce que la fille ne puisse plus détacher son regard d'eux.
- Qui es-tu...
- ...et pourquoi t'intéresses-tu à nous ? la questionnèrent-ils à voix basse.
- Je m'appelle Minelauva Tonks, élève de septième année à Serdaigle. Je m'intéresse à vous car vos auras sont absolument fascinantes, avoua-t-elle sans réfléchir.
Elle cligna trois fois des yeux avant de marmonner des jurons silencieusement. Par Merlin, que lui avait fait ces foutus gosses ?! Elle ne se présentait avec son horrible prénom en entier que si c'était absolument nécessaire et par dessus tout, ne parlait jamais de son don de voir les auras. Les personnes au courant de son aptitude se comptait sur les doigts, comment avait-elle pu lâcher cette information si facilement ? Elle les fusilla du regard, songeant pendant une seconde à leur effacer la mémoire.
L'esprit d'Harry fonctionnait à toute allure, cette Serdaigle pouvait voir les auras ! La semaine d'avant, ils avaient fait quelques recherches sur le sujet pour les guider dans leur quête d'identifier la signature magique ennemie. D'après le peu qu'il en avait appris, il savait que les deux étaient liés, bien qu'assez différents puisqu'avec de l'entraînement tout le monde pouvait percevoir la magie, alors que voir les auras était un don assez rare. Il n'avait rien compris à l'utilité de cela ou même ce qu'était une aura en soit, mais n'était pas idiot au point d'ignorer qu'il venait d'apprendre un secret extrêmement juteux. Présentement, son cerveau carburait pour trouver un moyen de tirer un avantage de ce savoir.
Visiblement, la septième année ne voulait pas que son aptitude se sachent, ce qui signifiait qu'ils pouvaient obtenir quelque chose d'elle en retour de leur silence. Et n'avaient-ils pas pensé avec Lila que ce serait une bonne idée de s'entraîner avec un élève plus âgé ? Quitter Poudlard était une solution extrême qui nécessiterait de la préparation et une connaissance plus approfondi du monde magique. En attendant de mûrir cette décision, n'avaient-ils pas là une occasion en or d'obtenir ce qu'ils souhaitaient au fond : devenir plus fort pour ne plus être à la merci de n'importe qui ou n'importe quoi.
D'un geste imperceptible, il exigea de Lila qu'elle le laisse mener la danse et cette dernière acquiesça d'un clignement de paupière. D'habitude, c'était elle qui traitait avec les inconnus et Harry restait la plupart du temps en arrière la laissant gérer. Mais la Gryffondor ne pouvait pas avoir rater son excitation et avait probablement deviné qu'il avait une idée derrière la tête. Alors à la place de son rôle habituelle, elle focalisa toute son attention sur la Serdaigle pour analyser son comportement.
- Enchanté Minelauva. Comme tu le sais, je suis Harry Potter et voici ma sœur Leïla. Nous sommes en première année et tu vois déjà à quelle maison nous appartenons.
En effet, ils portaient tous les deux leurs uniformes.
- L'idée de quitter Poudlard n'était pas franchement sérieuse, mentit-il facilement. Nous avons été élevé par des moldus et ne connaissons pas grand chose de ce monde. Tout ce que nous voulons c'est en apprendre plus sur la magie et sur les lois qui gouverne cette société.
Minelauva Tonks songea alors à la possibilité que son secret n'ait pas été découvert par ces deux enfants ignorants et se détendit quelque peu. Peut être même qu'ils n'avaient pas fait exprès de l'envoûter.
- Cependant, tu as tort en ce qui concerne la sécurité de l'école et c'est pour cela que nous cherchons actuellement une personne pour nous enseigner des techniques de défense magique. Tu es en septième année et tu parais connaître aussi beaucoup de chose sur les Nobles et Anciennes Familles...
Voyant où le gosse voulait en venir, la Serdaigle le coupa :
- Pourquoi diable aurais-je envie de perdre mon temps avec vous, alors que c'est ma dernière année ici ?
Presque malgré lui, le jeune Serpentard imita les membres de sa Maison quand ils parvenaient à leur fin et fit un sourire suffisant.
- Peut être pour ne pas que ta capacité à voir les auras ne soit révélé à tous.
Minelauva plissa les yeux, outrée qu'un nabot de Serpentard -tout Survivant qu'il était- tente d'user d'un chantage aussi grossier sur elle. Cependant, elle n'eut pas l'occasion de remettre cet impertinent à sa place, que sa jumelle prenait la parole.
- Naturellement, si tu acceptes de nous donner des cours, en plus de notre promesse de ne jamais rien dire, tu seras payée pour chaque heure passée avec nous.
Avec cette proposition, Harry comprit que Lila jugeait que cette fille -malgré son air hautain- ne méritait pas que son secret soit étalé devant tout le monde. Une autre alternative lui vint alors immédiatement à l'esprit.
- Mais si vraiment cela te dérange, tu peux nous aider à trouver un autre élève qui serait disposé à le faire et en échange, nous garderons ton secret.
- Comment puis-je être sûre que vous ne direz jamais rien ? questionna finalement la Serdaigle. Je pourrais aussi très bien effacer de votre mémoire cette dernière demi-heure et alors je ne vous devrais plus rien.
Minelauva avait dit cela uniquement pour observer leur réaction. Elle ne songeait plus vraiment à le faire et avait une autre idée bien plus intéressante pour ses intérêts.
Harry fronça les sourcils, dépité de ne pas avoir une seule seconde pensé à cette menace. Comment pouvait-il les sortir du guêpier dans lequel il les avait fourré ? Elle avait dix-sept ans et eux seulement onze et dix ans, ils étaient isolés dans la bibliothèque et elle pouvait faire ce qu'elle voulait. Bon sang, Harry n'était même pas au courant qu'il existait un sort pour effacer la mémoire de quelqu'un !
- Moi aussi je peux voir les auras, prononça calmement la Gryffondor.
- Leïla ! s'écria immédiatement son jumeau, furieux et horrifié.
Elle l'ignora et poursuivit :
- Maintenant, tu possèdes l'un de nos secrets et nous possédons l'un des tiens. Tu as la garantie que nous ne dirons rien puisque tu pourrais te venger en faisant la même chose. Il est donc inutile de nous effacer la mémoire, exposa-t-elle prudemment.
A leur totale stupéfaction, la Serdaigle éclata d'un grand rire clair. Les jumeaux se regardèrent, perplexe. Euuh..?
- D'accord, prononça-t-elle en gloussant encore un peu. J'accepte votre marché. Rendez-vous samedi devant la Grande Salle juste après le déjeuner pour votre premier cours.
Elle agita sa baguette, faisant éclater la bulle de silence et sortit de la bibliothèque en continuant à rire sous cape. Okaaaay... Harry se tourna vers Lila.
- Tu crois qu'elle a compris que c'était du bluff ? demanda-t-il.
Après tout, il avait réagit quasi instantanément au plan de Lila de lui faire gober qu'elle aussi avait ce don. Elle haussa les épaules.
- L'important, c'est que nous avons conservé tous nos souvenirs et qu'en plus de cela nous avons réussi à obtenir des leçons d'une septième année, fit-elle remarquer.
Ils sourirent tous les deux à cela, effectivement c'était plutôt un bon score pour eux.
