Auteur : Youyoulita
Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirer de Stephanie Meyer.
Résumé : Kurt dix-sept ans, décide de quitter l'Arizona ensoleillé où il vivait avec sa mère, pour s'installer chez son père. Il croit renoncer à tout ce qu'il aime, certain qu'il ne s'habituera jamais ni à la pluie, ni à Forks où L'anonymat est interdit. Mais il rencontre Blaine, lycéen de son âge, d'une beauté inquiétante. Quels mystères et quels dangers cache cet être insaisissable, aux humeurs si changeante ? A la fois attirant et hors d'atteinte, Blaine Anderson n'est pas humain. Il est plus que cela. Kurt en est certain…
Rating :T pour être sûre ^^
Note : Un grand merci pour les reviews je suis contente que l'histoire vous plaise ^^
Chapitre 9
— Tu m'autorises une dernière petite question ? quémandai-je.
Blaine roulait bien trop vite et de manière bien trop décontractée le long des rues silencieuses.
— Une seule alors, soupira-t-il, l'air soucieux et les lèvres pincées.
— Comment as-tu deviné que je n'étais pas entré dans la librairie mais que j'étais partie vers le sud ?
Délibérément, il détourna la tête.
— Je croyais que nous étions d'accord pour être francs, objectai-je.
— Tu l'auras voulu, bougonna-t-il avec un sourire réticent. Je t'ai flairé.
Il se concentra sur le pare-brise, me laissant le temps de me ressaisir. J'avais beau être pantois, je stockai cette information dans un coin de mon cerveau afin d'y réfléchir plus tard et poursuivis mes investigations – s'il daignait enfin s'expliquer, j'avais l'intention d'en profiter.
— Tu n'as toujours pas répondu à ma première question, lui rappelai-je, impitoyable.
— Laquelle ? gronda-t-il.
— Comment tu arrives à lire dans les pensées des autres. Ça marche avec tout le monde ? N'importe où ? Tu t'y prends de quelle façon ? Est-ce que tes frères et sœurs...
Je me sentais un peu bête d'exiger des explications rationnelles à ces chimères.
— Ça fait beaucoup de questions, tout ça.
Croisant les doigts, j'attendis en le couvant des yeux.
— Non. Je suis le seul. Ça ne réussit pas toujours, et je dois être assez près des gens. Plus la « voix » m'est familière, plus je la capte de loin. Mais dans un rayon de quelques kilomètres seulement. (Pause méditative.) C'est un peu comme si tu étais dans un grand hall bondé où tout le monde parlerait en même temps. Je ne perçois qu'un bourdonnement, un brouhaha, jusqu'à ce que je me focalise sur une voix. Alors, ce que pense la personne devient clair. En général, j'évite l'exercice, parce qu'il est assez perturbant. Et puis, il est tellement plus facile de paraître... normal (froncement de sourcils) en répondant aux paroles de quelqu'un plutôt qu'à ses réflexions.
— À ton avis, pourquoi est-ce que tu ne m'entends pas, moi ?
— Je n'en sais rien, avoua-t-il en me lançant un regard énigmatique. J'imagine que ton esprit ne fonctionne pas de la même manière que celui des autres. Disons que tu émettrais sur ondes courtes alors que je serais branché sur les grandes.
Cette comparaison le fit sourire. Je m'insurgeai.
— Mon esprit est détraqué, c'est ça ? Je suis dingue ?
J'étais plus embêté que de raison, sans doute parce qu'il avait touché un point sensible. J'avais toujours soupçonné ma différence, et j'étais gêné qu'il la confirmât.
— C'est moi qui décrypte les cerveaux des autres, et c'est toi qui te crois fou ! s'esclaffa Blaine. Ne t'inquiète pas, il s'agit juste d'une théorie... Ce qui nous ramène à toi, ajouta-t-il en se fermant soudain.
Je poussai un soupir. Par où commencer ?
— Franchise, franchise, chantonna-t-il.
Je m'arrachai à la contemplation de son visage afin de trouver mes mots. C'est alors que je remarquai le compteur de vitesse.
— Nom d'un chien ! hurlai-je. Moins vite !
— Qu'y a-t-il ?
Il avait sursauté, sans pour autant lever le pied.
— Tu roules à cent soixante kilomètres heure !
Affolé, je jetai un coup d'oeil dehors, mais il faisait trop sombre pour y voir. Seule la clarté bleuâtre des phares illuminait la route. La forêt qui s'élevait de part et d'autre ressemblait à deux murs aveugles, deux murs sur lesquels nous irions nous fracasser si Blaine perdait le contrôle du véhicule à cette vitesse.
— Du calme, Kurt !
— Tu veux notre mort ou quoi ?
— Pas de panique !
— Tu as une urgence ?
— J'aime bien conduire vite, rigola-t-il en me servant son sourire en coin.
— Regarde où tu vas !
— Je n'ai jamais eu d'accident, Kurt. Ni d'amende. J'ai un radar intégré, pouffa-t-il en se tapant le front.
— Très drôle. Burt est flic, je te signale. On m'a appris à respecter les lois. Je sais bien que si jamais tu enroulais ta Volvo autour d'un arbre, tu t'en sortirais sans une égratignure...
— Mais pas toi, admit-il.
C'est avec soulagement que je vis l'aiguille du compteur retomber peu à peu à cent trente.
— Content ? maugréa-t-il.
— Presque.
— Je déteste rouler lentement.
— Parce que tu trouves ça lent ?
— J'en ai assez de tes commentaires ! aboya-t-il. Raconte-moi ta théorie, plutôt.
Je me mordis les lèvres, hésitant. Il me regarda. Ses pupilles couleur miel étaient étonnamment tendres.
— Je ne rirai pas, promit-il.
— J'ai plus peur de ta colère.
— C'est si délirant que ça ?
— Pas mal, oui.
Il attendit. Je me mis à détailler mes mains afin de ne pas le voir.
— Vas-y, insista-t-il, serein.
— Je ne sais pas trop par quoi commencer.
— Par le début... Tu m'as dit que tu n'avais pas inventé ta théorie tout seul.
— Non.
— Qu'est-ce qui t'a mis sur cette voie ? Un livre ? Un film ?
— Non. Ça s'est passé samedi, au bord de la mer. (Un coup d'œil dans sa direction, il semblait surpris.) Je suis tombé sur un vieil ami de la famille. Elliott Gilbert. Son père et Burt se connaissent depuis que je suis petit. (Blaine était toujours aussi perdu.) Son père est un des Anciens de la tribu des Quileute. (Il se figea.) Nous nous sommes promenés (inutile de signaler que j'avais préparé mon coup), et il m'a raconté quelques-unes de leurs vieilles légendes, histoire de me faire peur. L'une d'elles... portait sur les vampires.
Je m'aperçus que je chuchotais. Je vis ses jointures blanchir autour du volant.
— Et tu as aussitôt songé à moi ? répondit-il d'une voix pourtant calme.
— Non. C'est lui qui... a mentionné ta famille.
Il ne releva pas, concentré sur la route. Tout à coup, je m'inquiétai pour Elliott.
— Il estime que ce sont des superstitions idiotes, m'empressai-je de préciser. Apparemment, il n'escomptait pas que je les prendrais au sérieux. (Hum, un peu faiblard. J'allais être forcé d'avouer.) C'est ma faute, en fait. Je l'ai amené à m'en parler, exprès.
— Pourquoi ?
— Lauren a fait une allusion à toi. Pour me provoquer. Et un Indien plus âgé a rétorqué que ta famille ne mettait pas les pieds dans la réserve. Sa phrase paraissait être à double sens, alors j'ai réussi à isoler Elliott et je l'ai manipulé.
Je n'étais pas très fière de moi.
— Comment t'y es-tu pris ?
— Je l'ai dragué. Enfin, j'ai essayé. Ça a fonctionné au-delà de mes espérances, d'ailleurs.
Ce dont je ne revenais toujours pas.
— J'aurais voulu voir ça, ricana Blaine, acide. Et tu oses m'accuser d'éblouir les gens. Pauvre Elliott Gilbert !
Je piquai un fard et me tortillai sur mon siège.
— Et ensuite ?
— J'ai fait des recherches sur l'Internet.
— Et ça t'a convaincue ?
L'air à peine intéressé, ce que démentaient ses mains toujours aussi crispées sur le volant.
— Non. Rien ne correspond. La plupart de ce que j'ai trouvé était stupide. Et après...
— Quoi ?
— J'ai décidé que ça n'avait pas d'importance.
— Pardon ?
Son incrédulité me fit lever la tête. J'étais parvenu à briser son flegme soigneusement étudié. Il avait l'air un peu furieux aussi, comme je l'avais craint.
— Non, murmurai-je. Ce que tu es n'a pas d'importance.
— Que je sois un monstre inhumain te serait égal ?
Sa voix avait pris des accents moqueurs et cruels.
— Oui.
Il garda le silence. De nouveau, il regardait droit devant lui. Ses traits étaient froids et tristes.
— Tu es en colère, soupirai-je. J'aurais mieux fait de me taire.
— Non, objecta-t-il d'un ton aussi dur que son visage. Je préfère connaître ton opinion, même si elle me met en rogne.
— Je me serais donc trompé une fois de plus ?
— Ce n'est pas ça, fulmina-t-il. C'est ton attitude si désinvolte.
— Alors, j'ai raison ? hoquetai-je.
— Parce que ça aurait de l'importance, hein ?
— Pas vraiment, reconnus-je après avoir respiré un bon coup. Mais je suis curieux.
J'eus la satisfaction de constater que mon ton restait ferme.
— Curieux de quoi ? demanda-t-il, soudain résigné.
— Quel âge as-tu ?
La réponse fusa.
— Dix-sept ans.
— Et... depuis combien de temps ?
— Un bon moment, admit-il, amusé.
Je me contentai de cette dérobade tant j'étais heureux qu'il fût honnête avec moi. Il me jaugea prudemment, comme s'il craignait que je ne fus choqué. Je lui adressai un sourire encourageant, il grimaça.
— Ne rigole pas, mais comment se fait-il que tu sortes en plein jour ? repris-je.
Il rit quand même.
— C'est un mythe.
— Le soleil qui vous réduit en cendres ?
— Mythe.
— Vous dormez dans des cercueils ?
— Mythe... Je ne dors pas, ajouta-t-il après une brève hésitation.
Je mis un temps à digérer cette nouvelle.
— Pas du tout ?
— Jamais.
Cette fois, il avait été à peine audible. Une expression mélancolique se dessina sur son visage. Ses yeux dorés plongèrent dans les miens, et je me sentis chavirer. Malgré tout, je réussis à tenir jusqu'à ce qu'il se détourne.
— Tu as oublié le plus important, lança-t-il.
De nouveau, il était tendu et froid.
— Quoi ?
— Mon régime alimentaire, persifla-t-il.
— Oh, ça...
— Oui, ça. Tu n'as pas envie de savoir si je bois du sang ?
Je tressaillis.
— Elliott a dit quelque chose à ce propos.
— Et qu'a dit Elliott ?
— Que vous ne... chassiez plus les humains. Que ta famille n'était pas censée représenter un danger parce qu'elle se nourrissait seulement d'animaux.
— Il a dit que nous n'étions pas dangereux ?
— Pas exactement. Juste que vous n'étiez pas censés l'être. Même si les Quileute ne veulent pas de vous sur leur territoire, des fois que...
Il se pencha en avant, mais je ne sus si c'était pour regarder la route ou non.
— Alors, il a raison ? insistai-je en tâchant de contrôler ma peur. Vous ne chassez plus les humains ?
— Les Quileute ont bonne mémoire, murmura-t-il.
Je décidai de prendre ça pour une confirmation.
— Ne te réjouis pas trop vite, tempéra-t-il. Ils ont raison de garder leurs distances. Nous restons une menace.
— Comment ça ?
— Nous faisons des efforts. D'ordinaire, nous sommes très doués pour tout ce que nous entreprenons. Il arrive cependant que nous commettions des erreurs. Ainsi, quand je m'autorise à rester seul avec toi.
— C'est une erreur ?
Mes accents de tristesse me frappèrent. J'ignore s'il les perçut lui aussi.
— Une erreur redoutable, marmonna-t-il.
Le silence s'installa. J'observais les phares épouser les courbes de la route. Nous roulions trop vite. Ça avait l'air irréel, comme un jeu vidéo. J'avais conscience que le temps m'était compté, et j'étais terrorisé à l'idée de ne plus avoir l'occasion de connaître ce genre de moments avec lui – confiants, sans murs pour nous séparer. Ses derniers mots le laissaient supposer, une perspective qui m'horrifiait. Il n'était pas question de gaspiller la moindre minute qu'il m'était accordé de passer en sa compagnie.
— Dis-m'en plus, le suppliai-je soudain.
Je me moquais de ce qu'il pouvait raconter pourvu que j'entendisse sa voix. Il me regarda brièvement, surpris par mon changement de ton.
— Que veux-tu savoir ?
— Pourquoi vous chassez les animaux plutôt que les hommes, par exemple.
La détresse qui s'était emparé de moi ne s'estompait pas, et je m'aperçus que j'étais au bord des larmes. Je tentai de contenir le chagrin qui menaçait de me submerger.
— Je ne veux pas être un monstre, chuchota-t-il.
— Pourtant, les animaux ne sont qu'un pis-aller...
— C'est une comparaison un peu hasardeuse, mais disons que ce serait comme vivre de tofu et de lait de soja pour toi. Nous nous traitons parfois de végétariens en guise de petite plaisanterie familiale. Notre régime ne comble jamais vraiment notre faim – notre soif, plutôt, même s'il nous donne la force de résister. En général. Il arrive que ce soit dur, cependant. Ces derniers mots prononcés sur un ton des plus menaçants.
— C'est très difficile pour toi, en ce moment ?
— Oui, admit-il en soupirant.
— Alors que tu n'as même pas faim, affirmai-je avec confiance.
— Qu'en sais-tu ?
— Tes yeux. J'ai remarqué que les gens, les hommes surtout, étaient plus bougons quand ils étaient affamés.
— Très observateur, hein ? se moqua-t-il.
Je ne répondis rien, me contentant d'écouter le son de son rire, de l'apprendre par cœur.
— Tu étais parti chasser, ce week-end avec Finn ? demandai-je quand il se fut calmé.
— Oui.
Il se tut une seconde, comme s'il hésitait à m'en confier plus.
— Je n'en avais pas envie, mais c'était nécessaire. Il m'est un peu plus aisé de te fréquenter quand je n'ai pas soif.
— Pourquoi ne voulais-tu pas y aller ?
— Ça me rend... anxieux... d'être loin de toi.
Ses yeux étaient doux, mais leur intensité liquéfia mes os.
— Je ne plaisantais pas, jeudi dernier, lorsque je t'ai prié de ne pas tomber à l'eau ou d'éviter de te faire écraser. J'avais la tête ailleurs tant je m'inquiétais pour toi. Et après ce qui s'est passé ce soir, je suis surpris que tu sois sortie indemne de ces deux jours. Enfin, ajouta-t-il en secouant la tête, presque indemne.
— Comment ça ?
— Tes mains.
Je baissai les yeux sur mes paumes égratignées, presque guéries maintenant. Rien ne lui échappait.
— Je suis tombé, reconnus-je.
— J'ai eu cette impression. Mais bon, avec toi, ça aurait pu être pire. Et ça m'a torturé tout le temps où j'étais loin de toi. Ces trois jours m'ont paru une éternité. J'ai vraiment tapé sur le système de Finn, avoua-t-il, malheureux.
— Trois jours ? Tu n'es pas rentré aujourd'hui ?
— Non, dimanche.
— Alors, pourquoi n'étais-tu pas au lycée ?
J'étais presque furieux que son absence m'eût tant déçu.
— Tu m'as demandé si je craignais de sortir au grand jour, et je t'ai répondu que non. Néanmoins, mieux vaut que j'évite le plein soleil. Du moins, en public.
— Pourquoi ?
— Je te montrerai, un jour.
Je méditai cette promesse quelques instants.
— Tu aurais pu m'appeler, repris-je.
— Il n'y avait pas de raison, s'étonna-t-il. Je savais que tu allais bien.
— Certes, mais moi, j'ignorais où tu étais. Je...
— Oui ?
Une fois encore, son irrésistible voix de velours.
— Je n'ai pas aimé. Ne pas te voir. Moi aussi, je suis anxieux quand tu n'es pas là.
Cette confession m'enflamma les joues. Comme il ne réagissait pas, je lui jetai un coup d'œil timide. Il avait l'air peiné.
— Ah, ronchonna-t-il, ça ne va pas du tout.
Les raisons de son mécontentement m'échappèrent.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Tu ne comprends donc pas, Kurt ? Que je me rende malheureux est une chose, mais je refuse de t'impliquer. Je ne veux plus t'entendre dire pareilles balivernes, ajouta-t-il en reportant ses yeux angoissés sur la route. C'est malsain, dangereux. Je pourrais te faire du mal, Kurt, il faut que tu en aies conscience.
J'eus le sentiment qu'il me lacérait le cœur.
— Je m'en fiche ! protestai-je, tel un gamin boudeur.
— Je suis sérieux.
— Moi aussi. Je te le répète, je me moque de ce que tu es. Il est trop tard, de toute façon.
— Tais-toi !
Je me mordis la bouche. Heureusement, il ne savait pas à quel point il me blessait. Je reportai mon attention sur la route. Nous ne devions plus être très loin, maintenant. Il conduisait toujours trop vite.
— À quoi penses-tu ? demanda-t-il tout à coup.
Je secouai la tête, incapable de lui répondre. Je sentis qu'il me regardait, refusai de me tourner vers lui.
— Tu pleures ? s'exclama-t-il, ébahi.
À mon insu, mes larmes avaient débordé. Je passai rapidement ma main sur mes joues – les traîtresses étaient bien là, elles m'avaient vendue.
— Absolument pas, répliquai-je d'une voix tremblante.
Sa main se tendit vers moi, hésitante, avant de se reposer lentement sur le volant.
— Je suis désolé.
Je devinai qu'il ne s'excusait pas seulement pour ses paroles. Un silence lourd s'installa dans l'habitacle, qu'il finit par rompre.
— Dis-moi... commença-t-il d'un ton qu'il voulait léger.
— Oui ?
— Qu'avais-tu en tête, ce soir, juste avant que je n'arrive ? Je n'ai pas bien compris ton expression. Tu n'avais pas l'air tellement effrayé. Plutôt très concentré.
— Je m'efforçais de me rappeler comment on liquide un agresseur, les techniques d'autodéfense. Je m'apprêtais à lui enfoncer le nez dans le cerveau.
La seule pensée du type aux cheveux bruns me remplit de haine.
— Quoi ? Tu voulais te battre ? s'emporta-t-il. Au lieu de t'enfuir ?
— Je me casse la figure dès que j'essaye de courir.
— Tu n'as pas songé à appeler au secours ?
— J'allais le faire.
— Tu avais raison, ronchonna-t-il. Te garder en vie est un vrai défi lancé au destin.
Je soupirai. Nous avions ralenti, ayant atteint les faubourgs de Forks. Le trajet nous avait pris moins de vingt minutes.
— Je te vois demain ? risquai-je.
— Oui, j'ai un devoir à rendre. Je te garde une place à la cantine, ajouta-t-il avec un sourire.
Aussi absurde cela fût-il après nos confessions de ce soir, cette petite promesse déclencha des palpitations dans ma poitrine.
Nous étions devant la maison de Burt. Les lumières brillaient, ma camionnette était garée à sa place, tout était parfaitement normal. J'eus l'impression de quitter un rêve. Blaine coupa le contact, mais je ne bronchai pas.
— Me jures-tu d'être là demain ?
— Oui.
Je méditai sa réponse pendant une minute, puis acquiesçai. Je retirai sa veste, non sans en avoir humé une dernière fois l'odeur.
— Garde-la, tu en auras besoin.
Je la lui rendis quand même.
— Je ne veux pas devoir expliquer ça à Burt.
— Ah, j'avais oublié, rigola-t-il.
J'hésitai, la main sur la poignée de la portière, tâchant de prolonger ce moment.
— Kurt ? demanda-t-il d'un ton différent, grave.
— Oui ?
— Promets-moi quelque chose à ton tour.
— Oui ?
Ce que je regrettai aussitôt. Et s'il exigeait que je garde mes distances ? C'était là un engagement que je serais incapable de respecter.
— Ne t'aventure pas dans les bois tout seul.
Surpris, je le dévisageai.
— Pourquoi ?
— Disons que je ne suis pas la créature la plus dangereuse des environs, expliqua-t-il en plissant les yeux. C'est tout.
Je frémis tant il y avait de tristesse contenue dans ces paroles, mais j'étais soulagé. Voilà une parole que je n'aurais pas à trahir.
— D'accord.
— À demain.
Il poussa un soupir, et je compris qu'il souhaitait que je m'en aille, à présent.
— À demain.
J'ouvris ma portière de mauvaise grâce.
— Kurt ?
Je me retournai. Il se penchait vers moi, son magnifique visage d'albâtre à quelques centimètres du mien seulement. Mon cœur eut un raté.
— Dors bien.
Son haleine m'effleura, m'étourdissant. C'était, en plus concentré, la même odeur exquise que celle de sa veste. Je clignai des paupières, subjugué. Il se recula. Je dus attendre que mon cerveau se remette à fonctionner pour bouger. Alors seulement, je m'extirpai maladroitement de la voiture. Je fus obligé de m'accrocher à la carrosserie et je crus bien l'entendre réprimer un rire, mais le son était trop étouffé pour que j'en sois certain.
Il attendit que j'eus titubé jusqu'à la porte d'entrée pour démarrer. Je me retournai et vis la Volvo argent disparaître au coin de la rue. Je me rendis compte qu'il faisait très froid. Mécaniquement, j'attrapai ma clé dans mon sac, déverrouillai la porte et entrai. Du salon, Burt me héla.
— Kurt ?
— Oui, papa, c'est moi, répondis-je en m'approchant.
Il regardait un match de base-ball.
— Tu es là tôt.
— Ah bon ?
— Il n'est pas encore huit heures. Vous vous êtes bien amusés ?
— Beaucoup.
Je fus pris de vertige quand je me souvins de la soirée entre filles que j'avais projeté et de celle que j'avais finalement passée.
— Quinn et Tina ont trouvé leurs robes sans problème.
— Ça va ?
— Je suis fatigué, c'est tout. J'ai pas mal marché.
— File au lit, alors.
Burt paraissait soucieux, et je me demandai quelle tête j'avais.
— Il faut d'abord que j'appelle Quinn.
— Tu ne viens pas de la quitter ?
— Si, mais j'ai oublié mon coupe-vent dans sa voiture. Je veux juste m'assurer qu'elle ne l'oubliera pas demain matin.
— Laisse-lui quand même le temps de rentrer chez elle.
— Tu as raison.
Je me dirigeai dans la cuisine et m'affalai sur une chaise, épuisé. J'étais vraiment à deux doigts de m'évanouir, maintenant. Était-ce le fameux contrecoup ? Soudain, le téléphone sonna, et je sursautai. Je décrochai vivement.
— Allô ?
— Kurt ?
— Salut, Quinn. J'allais te passer un coup de fil, figure-toi.
— Tu es bien rentré ?
Elle semblait soulagée et... surprise.
— Oui. J'ai laissé mon coupe-vent dans ta voiture. Ça t'embêterait de l'apporter au lycée ?
— Bien sûr que non. Allez, raconte-moi !
— Euh... demain. En maths, d'accord ?
— Oh, ton père est dans les parages ?
— Oui.
— Je comprends. On se parle demain. Salut !
Son impatience était perceptible.
— Salut, Quinn.
Je montai lentement les escaliers, comme alourdie par une espèce de stupeur. J'effectuai mes préparatifs nocturnes sans prêter attention à mes gestes. Ce ne fut qu'une fois sous la douche, alors que l'eau bouillante me brûlait la peau, que je pris conscience que j'étais gelé. Je frissonnai violemment pendant plusieurs minutes avant que la vapeur chaude ne réussisse à détendre mes muscles contractés. Je restai sous le jet, trop lasse pour bouger, jusqu'à ce que j'aie presque vidé le ballon.
Ensuite, je m'enveloppai étroitement dans une serviette pour retenir un peu de la chaleur de la douche et enfilai rapidement mon pyjama avant de me glisser sous la couette, roulé en boule, serré dans mes bras. Des images incompréhensibles s'entrechoquaient dans mon esprit, et j'en écartai la plupart. Au fur et à mesure que je sombrais dans l'inconscience, quelques vérités m'apparurent cependant.
J'étais à peu près certain de trois choses. Un, Blaine était un vampire ; deux, une part de lui – dont j'ignorais la puissance – désirait s'abreuver de mon sang ; et trois, j'étais follement et irrévocablement amoureux de lui.
Alors ? ça vous plait toujours ? ^^ à demain pour la suite
