WAOUH ! Comment vous dire, vous montrer quelle joie vos commentaires et vos encouragements m'ont fait ?! Merci, merci et merci mille fois
Peut-être est-ce la saison 3 qui a motivé de nouveaux lecteurs mais j'ai reçu pas mal de critiques positives sur cette traduction et rien ne pouvait me faire plus plaisir ! Malheureusement, je ne sais pas comment répondre à chacun d'entre vous directement, contrairement à l'autre site où cette FF est publiée (AO3), si ce n'est par message privé. Ce qui n'est étrangement pas toujours possible. Je vous lis et je souris bêtement devant mon écran !

Parmi vous se cachait la brillante Mrs Sirius BlackG, que je ne pourrais jamais assez remercier pour ses remarques et ses messages adorablement constructifs et encourageants. Et devinez quoi ? Elle vient de traduire deux délicieux chapitres de cette histoire, plus vite que l'éclair et de façon très agréable à lire. Ils devraient être publiés après le chapitre 11, qui sortira... quand il sortira (Je ne promets plus rien puisque je failli à chaque engagement que je prends !). Elle est douée, n'hésitez pas à aller faire un tour lire ses propres FF !

Un énorme MERCI encore, pour ton aide, ton soutien, tes messages et ta plume !


Le soleil commençait sa lente descente lorsqu'ils payèrent l'addition et ramassèrent leurs affaires. Alec tint la porte pour Ellie et ils quittèrent la brasserie. Malgré l'air frisquet, Alec avait plus chaud que lorsqu'il était rentré dans le pub, et l'attribuait au verre de vin qu'ils avaient bu. Ellie était si occupée à envoyer des messages depuis son téléphone qu'elle percuta presque une voiture stationnée en marchant. Levant les yeux au ciel, Alec se plaça derrière elle et, les mains sur ses épaules, la guida à travers le parking. Ellie ne le remarqua même pas.

« Vous écrivez à la conseillère immobilier ? » demanda-t-il avec curiosité. Il avait presque oublié leur rendez-vous. Ellie s'arrêta brusquement et Alec la percuta de plein fouet. Au lieu de reculer, il en profita pour regarder par-dessus l'épaule d'Ellie l'écran du téléphone. Ellie n'écrivait pas à la vendeuse, mais à Lucy.

« Votre sœur pense que vous êtes avec Geoffrey en ce moment, » en déduit-il.

Ellie sursauta et laissa presque tomber le téléphone sur la chaussée. De toute évidence, elle n'avait pas pris conscience de la proximité d'Alec, ni du fait qu'il portait toujours ses lunettes qu'il avait enfilées pour payer l'addition et qui lui permettaient de lorgner sur son écran.

« Je me demandais bien pourquoi vous vous étiez soudainement réconciliées et pourquoi elle s'était portée volontaire pour garder Fred et Tom ce week-end, » songea-t-il tout haut alors qu'elle se tournait lentement vers lui.

« Elle voulait m'accompagner, mais elle n'est pas douée pour ce genre de choses, » se défendit Ellie en fronçant les sourcils devant son écran. Lucy lui avait déjà répondu.

« Elle veut que vous restiez à Broadchurch, n'est-ce pas ? » présuma Alec. Ellie s'immobilisa en fermant les poings sur son téléphone. « C'est pour ça qu'elle vous a collé Geoffrey ? Parce qu'après tant d'années passées à voyager, il cherche à s'installer dans un endroit plus calme ? C'est pour ça que vous lui avez menti en lui disant que vous étiez avec lui aujourd'hui ? »

« Je n'ai pas menti, » protesta Ellie avec véhémence. « Elle m'a mal comprise, mais ce n'est pas ses affaires, pas plus que les vôtres. » Elle le bouscula pour continuer son chemin et Alec s'adossa contre leur voiture. Il l'observa s'éloigner, fulminante, et ne put retenir un sourire.

« Miller ! » hurla-t-il alors qu'elle était loin dans le parking.

« Richardson ! C'est Richardson ! » cria-t-elle en retour, évitant de peu la voiture qu'elle avait failli percuter un peu plus tôt. Alec ricana.

« Vous trouvez ça drôle ?! » demanda-t-elle, en revenant sur ses pas.

« Non, bien sûr que non, » mentit-il, luttant contre l'envie de rire. « Mais je pense que vous oubliez quelque chose. » Il s'éclaircit la gorge et fit un geste vers leur voiture.

Ellie porta sa main à son front en jurant grossièrement. Alec rit et elle combla la distance qui les séparait en un rien de temps. Il se redressa, mais elle le poussait déjà contre la voiture.

« J'ai presque envie de vous laisser planté là, » siffla Ellie.

« Allez-y, » la défia-t-il. « Je sais où nous sommes. »

« Menteur, » l'accusa-t-elle en le poussant si fort qu'il en avait mal. Ou peut-être était-ce seulement la vérité qui lui était douloureuse.

« Sandbrook n'est pas loin d'ici. »

Ellie trébucha en arrière comme s'il l'avait réellement refoulée. Parfois, il espérait uniquement être capable de la fermer, mais lorsqu'il était près d'elle, sa langue se déliait. Il rendait toujours les situations pires qu'elles n'étaient, c'est l'impression qu'il avait à chaque fois qu'il voyait la peine qu'il lui infligeait. Alec retira ses lunettes et frotta ses yeux.

« Où est la prochaine maison, Miller ? »

Ellie ne pris pas la peine de le corriger cette fois-ci. Elle attrapa son téléphone avec lourdeur, y retrouva l'adresse et la lut à haute voix.

« Mais nous ne sommes pas obligés d'y aller. Nous avons déjà raté le rendez-vous, » se rétracta-t-elle.

« Pardon ? Répétez, » dit Alec en redressant vivement la tête.

« Nous avons loupé le rendez-vous, » recommença Ellie plus lentement, mais il ne l'écoutait plus.

En s'écartant de la voiture, il prit le téléphone des mains d'Ellie et remis ses lunettes. La conseillère avait envoyé une photo de la maison ainsi que son adresse en lettres majuscules. Il n'avait pas vu cette maison depuis quelques années, mais elle n'avait pas changée.

« Il n'y a pas que Sandbrook qui soit près… » observa Ellie, le propulsant hors de ses pensées. Elle ne prêtait pas attention à la photo, mais était concentrée sur lui. « Où est votre fille en ce moment ? »

« Pas loin, » admit-il à contrecœur. « Mais nous n'irons pas la voir aujourd'hui. »

« Alec… »

« Venez, si on part maintenant, nous pourrons y arriver avant la tombée de la nuit, » dit-il en contournant la voiture pour s'installer côté passager.

Ils s'assirent et démarrèrent. Alec tenait le portable d'Ellie à la main et la guidait partiellement grâce au GPS et beaucoup de mémoire. Il leur économisa une bonne dizaine de minutes et ils arrivèrent juste au moment où le soleil se couchait. Alec avait détaché sa ceinture et fila hors de la voiture avant même que le moteur ne soit éteint.

Sur la photo, la maison paraissait la même. Pourtant de là où il se tenait, à moins de 3 mètres, elle semblait avoir rapetissé et vieilli. Où bien était-ce lui qui s'était tassé et avait pris de l'âge ? Une légère brise se leva, bruissant entre les branches des arbres de la cour. Alec ferma les yeux. Il avait emmené Keira dans cette bâtisse une multitude de fois au cours de ses jeunes années mais était venu seul lors de sa dernière visite.

Il ne l'était pas aujourd'hui. Une main effleura son dos et Alec ouvrit les yeux pour les plonger dans ceux d'Ellie.

« Est-ce que vous allez bien ? » s'inquiéta-t-elle dans un murmure. Alec hocha la tête.

Il posa maladroitement un bras autour de ses épaules, davantage pour se rassurer lui-même qu'autre chose. Après quelques secondes, elle répondit en passant sa main autour de sa taille et ensemble, ils se tirent droit sur le trottoir, en silence, les yeux rivés sur la maison.

« Quand Keira avait deux ans de moins que Fred, Vicky – mon ex-femme – et moi avons commencé à nous disputer, » dit-il enfin. Ellie s'écarta doucement mais Alec ressera son bras autour d'elle, le regard toujours devant lui. « Parfois, les conflits étaient si violentes que Vicky s'envolait pendant des heures, voire même des jours, emportant quelque fois Keira avec elle. »

Ellie posa une main sur le torse d'Alec, qui prit une profonde inspiration.

« Je ne savais jamais où elle l'emmenait dans ces moments-là, mais j'étais terrifié à l'idée qu'un jour elles ne reviennent jamais. Une fois, après que Vicky se soit en allée seule, j'ai mis Keira dans la voiture et nous avons roulé jusqu'à se retrouver ici. »

Il s'éclaircit la gorge et indiqua le bas de la rue de l'index.

« Il y a une petite aire de jeux, là-bas, juste à côté d'une école. Keira avait cinq ans et c'était le paradis pour elle, » dit-il en souriant devant un tableau invisible aux yeux des autres. « Je lui ai dit que si Vicky nous quittait un jour, nous pourrions vivre ici. Keira est vite devenue trop grande pour le parc mais quand les choses allaient mal, nous revenions là. » Il fit un geste vague vers la maison devant lui.

Alec pressa l'épaule d'Ellie avant de la lâcher, abandonnant la sécurité du trottoir et celle d'Ellie, pour aller redresser le panneau A VENDRE planté dans le jardinet devant la maison. Il continua à avancer jusqu'à atteindre les escaliers du perron, pour s'asseoir dessus. Ellie le suivit, jetant des coups d'œil plus ou moins discrets à travers les fenêtres pour s'assurer que la maison était bien vide. Il laissa pendre ses mains entre ses deux genoux et Ellie se rapprocha de lui jusqu'à ce que leurs épaules se frôlent.

« Vicky a repris le travail juste avant les huit ans de Keira, et nos deux carrières ont décollé. Les disputent se sont arrêtées et j'ai cessé d'avoir peur de perdre ma fille. Bon sang, j'étais tellement stupide, » regretta-t-il amèrement. « Jamais, jamais je n'aurais pu croire que c'est moi qui l'abandonnerait. »

Ellie se laissa aller contre lui et ils observèrent le soleil plonger à travers la ligne d'horizon. Il n'y avait presque plus de lumière lorsqu'Ellie toucha avec hésitation le genou d'Alec.

« Où est votre fille à présent ? » demanda-t-elle à nouveau. « Elle n'est plus à Sandbrook, n'est-ce pas ? »

Alec secoua la tête et baissa les yeux vers ses mains. Il grattait l'endroit sur sa main gauche où il portait son alliance… autrefois. Il ne cessait d'être étonné par l'absence de trace ou de pâleur qui auraient pu indiquer les quatorze années où il avait fidèlement porté son anneau.

« Une semaine après le scandale de Sandbrook, Vicky a demandé le divorce et sa mutation. Un jour, la presse s'est pointée à la sortie de classe de Keira. Vicky l'a faite changer d'école et a emménagé ailleurs, suffisamment loin de là, avec son amant. D'après ce que je sais, ils y sont toujours. »

Alec attrapa le portable d'Ellie dans une des poches de son manteau, où il l'avait déposé sans réfléchir. Il ouvrit l'application GPS et se déplaça pour qu'ils puissent tous les deux voir l'écran. Il passa sur leur présente location et fit défiler la carte sous leurs yeux. De son index, il traça la route principale qui le menait à Keira.

« Si on continue d'aller vers l'Est, après Sandbrook… »

Il avait mémorisé le chemin et son doigt suivit les routes colorées dessinées sur l'écran en même temps qu'il les parcourait dans son esprit. Il y avait été tant de fois, mais celle où il avait réussi à voir Keira se comptaient sur les doigts d'une main. Quand elle se sentait coupable, Vicky lui envoyait un email, ou un SMS avec des photos de leur fille, et parfois, essentiellement lorsqu'elle avait besoin d'argent, elle l'appelait pour lui dire comment allait Keira. Pourtant Alec ne voulait pas l'entendre de la bouche de Vicky. Il n'avait qu'un seul souhait, voir Keira, et il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir écouter sa voix.

Son doigt s'arrêta et flotta au-dessus de l'écran si longtemps que le GPS se mit à calculer automatiquement le trajet le plus rapide pour y parvenir.

« Ca n'est pas loin d'ici, » observa Ellie, provoquant son sursaut. Il avait oublié sa présence et sa proximité. « On pourrait y aller aujourd'hui, » proposa-t-elle alors qu'il se tournait vers elle.

Les derniers rayons du soleil caressaient son visage et Alec sentit l'envie irrésistible de le prendre entre ses mains. Elle était disposée à le conduire sur tous ces kilomètres juste pour qu'il voie sa fille, et Alec souhaitait si fort accepter cette proposition qu'il en souffrait physiquement.

Au lieu de quoi il secoua la tête et lui tendit silencieusement le portable. Ellie attrapa sa main entre les siennes.

« Pourquoi pas ? » insista-t-elle.

« Vicky pourrait me faire arrêter, » répondit Alec, omettant volontairement de lui dire que son ordonnance de restriction avait expiré et la peur de Vicky qu'il ne la dénonce et récupère Keira largement dépassée. Ellie n'avait pas l'air convaincue, alors Alec lui révéla avec plus d'honnêteté : « Ou pire, Keira pourrait me dire qu'elle me déteste, qu'elle ne veut plus jamais me voir. »

« Alec, c'est une jeune fille de quinze ans, » lui rappela-t-elle avec douceur. « Quand j'avais quinze ans, j'ai probablement dit cent fois à mes parents que je les détestais aussi. »

« Elle a seize ans à présent, » la corrigea-t-il. Ellie soupira profondément et repris son téléphone. Elle pianota sur l'appareil pendant une minute, écrivant probablement à sa sœur, ou bien à Geoffrey, ou peut-être même à l'infâme Brian. Elle glissa le portable dans sa poche avant qu'Alec ne puisse le déduire.

« Vous devez lui parler, Alec, » dit-elle.

« Pas aujourd'hui. » Il se redressa et traversa le carré de pelouse. Ellie bondit sur ses pieds pour le talonner.

« Vous ne pouvez pas continuer à repousser cette échéance ! »

« Ce n'est pas ce que je fais ! » répliqua Alec alors qu'Ellie le rattrapa.

« Foutaises ! » lâcha-t-elle.

Alec pivota pour lui faire face.

« Vous avez-peur, » l'accusa-t-elle. « C'est la seule raison pour laquelle vous l'évitez. »

« Bien sûr que j'ai peur, » riposta-t-il, serrant les poings. « J'ai tout abandonné pour la protéger et je l'ai finalement perdue. Savez-vous seulement ce que je donnerai pour la voir une dernière fois ? » Il écarta largement les bras. « Mais je n'ai plus rien à donner ! »

« Ce n'est pas vrai, » commença Ellie, mais Alec se précipita en avant et la saisit par les épaules.

« Elle me déteste. Je ne pense pas que vous le compreniez ! » siffla-t-il. La force de sa colère le propulsa un peu plus de l'avant jusqu'à ce qu'Ellie percute le mur de la maison. « J'ai ruiné toute sa vie quand Vicky et Sandbrook ont détruit la mienne. Mon cœur battait normalement jusqu'à ce putain de bordel, et à présent je ne suis même sûr d'être capable de voir ma propre fille. Parce que si elle me dit qu'elle me déteste encore une fois, après tout ce temps, tout ce que j'ai dû affronté, et tout ce qu'elle a dû affronté, je ne pense pas… je ne pense pas pouvoir le supporter… »

Il relâcha Ellie et fit quelques pas avant de devoir prendre appui sur le mur pour ne pas s'effondrer. Il se laissa aller contre le crépit, sa main droite fouillant déjà dans son manteau. Il entendit le craquement du plastique et avala deux des petites pilules blanches. Puis il glissa le long de la paroi jusqu'à s'assoir sur le sol glacé.

Quand il rouvrit les yeux, Ellie était penchée au-dessus de lui, les mains posées sur son visage. Dans la lumière du couchant, il put voir son visage pâle et les rides dessinées sur son visage, qu'il remarquait uniquement lorsqu'il la poussait à bout. Certaines d'entre elles servaient de chemins à ses larmes.

« Arrêtez, » dit-il en levant ses bras pour saisir les mains d'Ellie dans les siennes. « Je vais bien. »

« Vous n'allez pas bien, » chuchota-t-elle. Alec lâcha doucement prise pour effacer les perles d'eau des yeux d'Ellie, elle renifla. Effleurant le visage d'Alec, elle essuya de sa manche les larmes qui y coulaient. Il n'avait même pas réalisé qu'il pleurait.

« Je ne parlerai plus de Keira, » promit-elle.

« Je ne crois pas, » contra-t-il, présentant un rictus léger à la femme obstinée qui lui faisait face. Un sourire mouillé traversa le visage d'Ellie, et Alec le cartographia en détail.

« Je ne suis pas d'accord avec la moitié de ce que vous avez dit, vous savez, » dit Ellie, prudemment. Elle posa une main sur son d'Alec. « Vous ne l'avez pas encore perdue, Alec, mais c'est ce qui se passera si vous ne lui parlez pas. Je pense que vous et moi savons que ce sera plus dur si vous attendez encore et encore pour lui avouer la vérité. »

Alec ouvrit la bouche pour répondre mais Ellie leva la main.

« Je ne pense pas non plus que vous n'ayez plus rien à donner. Vous en avez encore tant, ici, » murmura-t-elle en posant la main sur son cœur malade. « J'aurais seulement souhaité que vous le compreniez, alors peut-être vous envisageriez que le risque en vaut le coup… »

Alec déglutit difficilement, un nœud dans la gorge.

« Parfois le risque nous fait perdre tellement plus, » hésita-t-il. Le soleil avait disparu, emportant avec lui les derniers rais de lumière, mais il crut voir une étincelle dans le regard d'Ellie.

« Je pensais que vous n'aviez plus rien à donner » dit-elle en écho à ses paroles précédentes, les mains posées sur son manteau.

« C'était le cas, » répondit Alec. « Et puis j'ai rencontré cette foutue lieutenant qui m'a poussé au-delà de ce que je croyais être mes limites et m'a presque rendu fou. »

« Ça devait être au même moment où cette tête de nœud d'écossais grognon est tombé du ciel et a piqué ma foutue promotion. »

Alec rit et Ellie sourit. La brise les enveloppa et emporta leurs rires. Levant une main, il repoussa une des boucles qui tombait dans les yeux d'Ellie. Elle frissonna alors que sa main s'attardait sur sa tempe, et Alec sentit immédiatement l'atmosphère changer entre eux.

« On devrait y aller avant que quelqu'un appelle la police pour signaler des intrus, » suggéra-t-il faiblement en retirant sa main.

« Alec, nous sommes la police, » le corrigea Ellie.

« Plus maintenant, » maugréa-t-il.

« Ils ne sont pas obligés de le savoir, » pointa Ellie, un sourire malicieux aux lèvres.

Elle lui tendit les bras et ils s'aidèrent mutuellement à se relever. Alec se sentit immédiatement étourdi, mais pour la première fois il ne sut honnêtement pas dire si c'était un effet indésirable de son arythmie ou si c'était à cause de la femme devant lui. Ellie l'équilibra en posant une main sur son dos et Alec passa un bras par-dessus ses épaules. Alors qu'ils marchaient vers la voiture, un vieil homme âgé sortit de la maison de l'autre côté de la rue. Ellie sourit en agitant sa main, et Alec la serra davantage contre lui.

« Vous avez toujours votre badge sur vous ? » demanda-t-il à voix basse.

« Par chance, oui, » chuchota-t-elle en retour alors que l'homme les regardait, suspicieux.

« Et vos menottes ? » se demanda Alec tout haut, se souvenant de la dernière menace d'Ellie.

« Vous voulez vraiment le découvrir ? » avertit-elle, mais lorsque leurs yeux se croisèrent, ils réalisèrent tous deux l'ambiguïté de cette phrase et prirent leurs distances physiquement. Il jura avoir vu le visage d'Ellie rougir lorsqu'ils montèrent dans la voiture. Il savait que le sien était cramoisi.

« Alec. »

Alec fut tiré de son sommeil en sursaut et se cogna la tête contre la fenêtre. En berçant son crâne, il regarda par la vitre pour voir le centre de la ville de ses cauchemars. Il faisait nuit à présent, et il réalisa qu'il avait dû s'assoupir pendant le long trajet du retour. Il se couvrit les yeux des mains pour éviter la vue et serra l'autre sur sa cuisse.

« Alec, » l'appela de nouveau Ellie en se penchant vers lui pour frotter son bras. « Vous allez bien ? »

« « Bien sûr que je vais bien, » marmonna-t-il groggy, balayant son inquétude d'un geste. « Conduisez donc, » la pressa-t-il.

Ellie soupira et la voiture s'élança de nouveau. Un peu plus loin, elle s'arrêta. Alec entendit le son de la clé tournant sur le contact puis ce fut le silence. Il jeta un coup d'œil entre ses doigts, reconnaissant la maison d'Ellie, puis abaissa sa main et desserra l'autre poing. Aucun d'entre eux ne fit de mouvement pour détacher sa ceinture ou sortir de la voiture.

« Vous n'aimez pas ma conduite ou vous détestez juste cet endroit ? » demanda Ellie, l'étudiant point par point depuis le siège conducteur. Son visage était éclairé par l'ampoule extérieure de la maison, qu'elle avait laissée allumée pour compenser l'absence de lampadaires sur le chemin.

« Ca n'est pas votre conduite, » lui assura-t-il, quand bien même elle les avait presque fracassés contre une autre voiture un peu plus tôt. Essentiellement par sa faute. « Rien que de traverser ce village me pousse à bout. Je ne sais vraiment pas comment vous le supportez. »

« C'est chez moi, » répondit Ellie, jetant un regard vers la maison.

« Plus pour longtemps, » lui rappela-t-il en détachant sa ceinture.

Les clés cliquetèrent lorsqu'elle les retira du contact mais au lieu de quitter le siège, elle se pencha sur le volant. Alec toucha son épaule. Elle se tourna vers lui mais évita son regard. Sa main quitta son épaule et il l'observa, perplexe.

« Vous avez changé d'avis, » dit-il, incrédule.

« Alec, » commença-t-elle, mais Alec lui coupa la parole.

« J'y crois pas ! Miller, vous m'avez traîné dans quatre maisons différentes et m'avez fait subir trois visites. On y a perdu un jour entier ! »

« Je ne vous ai forcé qu'à en voir trois, » argumenta Ellie. « Et vous avez passé les deux premières visites à bouder près de la voiture parce que la vendeuse flirtait avec vous. »

« Je n'ai pas flirté avec elle ! » s'étrangla-t-il.

« Bien sûr que non, ça vous aurait demandé une vraie conversation. Mais vous auriez dû lui dire quelque chose lors de la première visite. Ca m'aurait évité de supporter ses gloussements et l'entendre vous demander si vous vouliez tester la chambre ou vérifier l'état du jardin avec elle. »

« La première maison n'avait même pas de jardin, » se rappela-t-il en fronçant les sourcils.

« Je sais, Alec ! Bon sang vous êtes tellement borné ! » gémit-elle, en posant le front sur le volant.

« Si ça vous ennuyait tant que ça, pourquoi ne lui avez-vous pas simplement dit que nous étions mariés, comme vous l'avez fait avec l'autre, plutôt que d'exposer votre situation de mère célibataire et de lui donner la notice d'instruction pour vous rouler dans la farine, » ironisa Alec.

Ellie se redressa et leva les yeux au ciel.

« Pour la dernière fois, je n'ai suggéré à personne que nous étions mariés. Vous si, » grogna-t-elle, lançant un doigt dans sa direction. « Et comment étais-je censée deviner que vous n'alliez pas faire d'attaque si quelqu'un nous prenait pour un couple marié ! »

Alec ouvrit la bouche puis la referma vivement. S'il n'avait pas été si déterminé à ne pas la bouleverser, cette phrase l'aurait probablement terrifié. Battant des doigts sur la console de la voiture, il se figea alors qu'une possibilité encore plus effrayante traçait son chemin dans son esprit.

« Est-ce que vous emménagez chez votre petit ami ? »

« Son nom est Geoffrey et ça n'est pas mon petit ami ! » claqua-t-elle.

« Deux semaines plus tôt, vous lui avez sucé la face juste devant moi, et au vu de vos SMS, votre sœur est convaincue que vous êtes partie à la chasse à la maison avec lui aujourd'hui. Avec une partie de jambe en l'air à la clé pour ce soir excusez-moi si j'ai du mal à croire qu'il n'est pas votre petit ami, » cracha-t-il. Ellie le fixa longuement.

Il sortit de la voiture en claquant violemment la portière. Après un moment interminable, Ellie en fit de même. Alec s'assit sur le parechoc arrière et se referma sur lui-même en cherchant son téléphone dans son manteau. Il entendit Ellie le maudire et le bruit de porte de la maison se fermant retentir.

Il plissa les yeux vers la bicoque. La lumière de la cuisine s'alluma, l'ombre d'Ellie passa devant la fenêtre. Elle éteignit délibérément la lampe extérieure, seule source d'éclairage pour Alec. Par chance, il avait cette fois son manteau et la nuit était plus clémente que la fois précédente, où il s'était accidentellement enfermé dehors. Repérant son téléphone au toucher, il le saisit pour appeler un taxi. L'écran vira rapidement au noir, non sans avoir signalé une batterie faible.

Alec jura et jeta le portable sur le coffre. Laissant tomber sa tête dans ses longues mains, il compta à rebours en partant de cent. Loin de l'aider, cela ne fit que lui rappeler la dernière fois qu'il avait utilisé cette technique, et comme sa respiration et son rythme cardiaque avaient pris le tempo de ceux d'Ellie. Il persista jusqu'à quarante-deux avant d'abandonner.

Récupérant son mobile, il marcha jusqu'à la maison et frappa à la porte. Quelques secondes plus tard, Ellie l'ouvrit en grand.

« Donnez-moi une seule bonne raison de vous laisser entrer ! »

« Mon portable est mort. » Alec le lui tendit pour preuve.

Ellie secoua la tête et s'apprêta à lui fermer la porte au nez, mais Alec glissa son pied dans l'encadrure et l'en empêcha avant qu'elle ne lui explose l'arcade sourcilière.

« Vous me devez toujours un service pour avoir gardé vos enfants, » lui rappela-t-il, saisissant cette opportunité de dette même si elle ne lui importait pas. « Laissez-moi charger mon téléphone, pour que je puisse appeler un taxi, et nous serons quitte. »

« Nos chargeurs ne sont pas les mêmes, » répondit-elle, ses yeux se rétrécissant

« Je sais, mais j'ai laissé le mien ici samedi dernier, » admit-il.

Ellie haussa les sourcils mais Alec s'était déjà introduit dans la maison. Il se dirigea droit vers les escaliers, Ellie sur les talons.

« Où pensez-vous aller comme ça ? » s'indigna-t-elle en attrapant le dos de son manteau. Alec s'arrêta et résista à l'envie de se frapper la tête contre le mur, avec force, de manière répétée, sachant ce qui l'attendait à présent.

« Le chargeur est branché derrière votre lit, » l'informa-t-il à contrecœur.

Choquée, Ellie relâcha sa veste et il se hâta dans sa chambre. Débranchant l'objet, il était presque à la porte de la pièce lorsqu'Ellie lui barra le passage, les bras grands ouverts.

« Espèce de petit merdeux ! Je savais que vous n'aviez pas dormi sur le canapé le weekend dernier, » croassa-t-elle, triomphante.

« J'ai essayé, vraiment, je vous assure, » se défendit-il, frottant sa nuque. « Mais le plancher est plus confortable que cette chose en bas qui se prend pour un meuble. Si je gagne au loto je vous jure, Miller, que la première chose que je ferai sera de vous acheter un vrai canapé. »

Ellie le dévisagea comme s'il avait perdu la tête, puis bascula la tête en arrière en éclatant d'un grand rire. Alec s'assit sur le bord du lit, incapable de comprendre la femme déroutante qui se tenait devant lui. Dix secondes auparavant, elle souhaitait le tuer et à présent, elle riait à gorge déployée.

Ellie se laissa tomber à côté de lui, cherchant à reprendre son souffle.

« Je n'arrive pas à y croire ! » s'exclama-t-elle. « Vous m'accusez d'être un genre de catin parce que j'ai embrassé un type, ma sœur fait des suppositions sur la nature de mes relations avec lui, et pourtant… »

« Je ne vous ai jamais appelée comme ça ! » protesta vivement Alec. De plus, plus personne n'utilisait ce mot.

« Alec, ça suintait de tous vos pores, » dit-elle en rejetant ses objections d'un geste vague de la main. « J'ai déjà oublié, mais c'est amusant que vous vous offensiez de la manière dont j'ai agi avec Geoffrey alors que c'est vous qui avez dormi dans mon lit à trois occasions différentes. »

« Je n'ai pas… » La mâchoire d'Alec se serra, Ellie ayant parfaitement raison. « Vous aviez volé mon manteau, » finit-il par se défendre mollement.

« Une seule fois, et vous auriez pu facilement me réveiller, » répondit-elle en levant les yeux au ciel. Elle s'appuya sur ses coudes pour se redresser mais Alec se pencha sur elle avant qu'elle ne puisse se lever.

« Je ne vous ai jamais traitée de catin, et je n'ai jamais voulu le laisser entendre, » clarifia-f-il, plongeant ses yeux dans les siens en espérant qu'elle le comprenne. « Et je suis désolé de ne pas avoir dormi sur un autre meuble inconfortable, ou dans la douche, ou sur le sol comme un… un gentleman, » s'excusa-t-il, grinçant devant ce terme. « Je ne suis pas ce genre d'homme, mais Ellie, vous devez comprendre que je ne dirais jamais… »

« Je sais, Alec, » le coupa Ellie, lui épargnant un certain embarras. Elle le repoussa et s'assit à côté de lui. Soupirant, elle posa une main sur sa jambe. « Vous n'êtes pas parfait, Alec, mais vous êtes meilleur que vous ne le pensez. »

« Vous me connaissez à peine, » laissa échapper Alec, une fois encore étourdi par la confiance aveugle qu'elle lui témoignait.

« Alec, j'ai dormi avec un meurtrier pédophile pendant quatorze ans sans jamais le remarquer, » glissa-t-elle. « Ça me fait peur de l'avouer, mais je vous connais probablement mieux que je ne connaissais mon propre mari. »

Leurs regards restèrent vérouillés un long moment et même s'il en mourait d'envie, il ne pouvait pas contrer cet argument.

« Venez, » le pressa-t-elle en se levant. « Je veux vous montrer quelque chose. »

Alec la suivit et le chargeur de téléphone tomba sur le sol dans son sillage, une nouvelle fois oublié.