- Janvier 1977, Salle commune de Serpentard -

Le soir venu, Beth passa son temps à travailler ses cours pour rester éveillée jusque minuit. Ce qui s'avéra difficile, d'une part parce qu'étant vendredi soir, les élèves des premières années faisaient beaucoup de bruit, et d'autre part, parce qu'au bout d'un moment, Beth n'avait plus rien à faire. Alors elle relut ses notes, ses livres de cours, ses dissertations… Elle eut aussi la visite d'Alicia et de sa nouvelle amie de deuxième année. Les filles demandaient parfois l'aide de Beth sur certains sujets de cours et la sixième année était ravie de pouvoir les aider. Enfin il fut presque minuit, et la salle commune se vida. Beth réunit ses affaires et monta les ranger dans sa chambre. Et puis elle redescendit, sortit de derrière le panneau de pierre et atterrit dans le couloir des cachots. Sirius n'était pas encore là. Elle tendit l'oreille. Tout était silencieux. Beth s'immobilisa et se demanda si ce n'était un peu trop risqué pour lui de descendre le château jusqu'ici. Un ronflement sonore raisonna d'un couloir lointain et la fit sursauter. Les armures provoquaient parfois ce genre de bruit. Et puis, tout à coup, quelque chose bougea juste devant elle.

À la place du mur de pierre, se tenait à présent Sirius, qui venait de relever la cape d'invisibilité au-dessus de sa tête. Beth fit un bon en arrière.

- Par Merlin ! murmura-t-elle en fermant les yeux.

Elle attrapa la main qu'il lui tendait et le rejoignit sous la cape.

- Où allons-nous ? demanda-t-elle dans un sourire, une main sur le torse de Sirius.

- Tu as des hypothèses ?

- Mmh, peut-être. Mais j'ai besoin d'indices. Passons-nous par Pré-au-lard ?

- Non, répondit-il en souriant. Ce soir, on ne sort pas du château.

- Oh. Alors, du moment qu'on ne reste pas dans un couloir lugubre comme celui-ci, je suis ouverte à tout !

Ils échangèrent un sourire et Sirius ouvrit la marche, comme l'horloge de l'école sonnait minuit. Ils grimpèrent, grimpèrent, grimpèrent encore des escaliers. Ils ne parlaient pas beaucoup, mais Beth aimait la proximité et la protection qu'offrait la cape d'invisibilité. Arrivés au troisième étage, Sirius sortit la carte du Maraudeur de sa poche et y jeta un œil, éclairé par sa baguette, tandis que Beth maintenait la cape serrée autour d'eux.

- Il y a Miss Teigne en haut de l'escalier du couloir. Viens, on va vers l'Est.

- Sirius, fit Beth après avoir atteint le quatrième étage, combien de temps ça vous a pris, de faire cette carte ? C'est un objet vraiment incroyable.

- Eh bien, on l'a commencé en deuxième année, et on continue tous les jours à y apporter des modifications. Par exemple, le mois dernier, on a découvert un passage secret derrière un miroir de cet étage. Au bout d'un court tunnel, il y a une salle, immense et vide. Ce sera très pratique pour s'y cacher en cas de besoin… Je me demande dans quel but elle a été construite.

Beth se rendit compte quelques minutes plus tard qu'ils approchaient la tour d'Astronomie.

- Tu m'emmènes voir les étoiles ? demanda-t-elle, comme ils se trouvaient au pied de l'escalier en colimaçon qui y menait.

Sirius enleva la cape d'invisibilité.

- Je t'emmène dormir chez elles !

Beth écarquilla les yeux, suivit le Gryffondor et atteignit le plancher de la pièce la plus haute du château. La salle d'Astronomie, où Beth n'avait plus mis les pieds depuis qu'elle avait passé ses BUSES, était grande, ronde, ouverte des deux côtés par des arches sans vitres qui donnaient sur l'extérieur, c'est à dire sur un vide de cinquante mètre. Il n'y avait jamais de courant d'air qui s'y engouffrait, sans doute grâce à un sortilège, mais la température était tout de même glaciale.

- Par ici, fit Sirius en avançant le premier.

Au fond de la salle se trouvait une autre pièce circulaire, plus petite, avec des tables, un tableau noir au mur, et une cheminée. Il y avait aussi la statue du buste de Léopold Dapsens, sorcier du dix neuvième siècle, qui avait incontestablement modernisé l'Astronomie. La cheminée était allumée, et quelque chose était posée près d'elle. Beth s'approcha. C'était un paquet cadeau.

- Joyeux anniversaire, annonça Sirius en souriant.

Beth leva la tête vers lui.

- Tu étais au courant ?

- Bien sûr.

- Je ne connais même pas le tien…

- C'est le 21 mars.

Le jour du printemps. Beth sourit de plus belle. Sirius montra le cadeau d'un mouvement de tête.

- Il ne risque pas de s'enfuir, mais j'avoue que je suis assez impatient que tu ouvres…

Beth s'approcha du feu et s'agenouilla devant l'âtre, bien confortablement assise sur les coussins qu'avait fait apparaître Sirius. Elle déchira le papier kraft, et découvrit une petite machine moldue qui ressemblait presque à quelque chose du monde sorcier.

- Est-ce que c'est une radio ? demanda-t-elle dans un sourire inquisiteur.

Sirius s'assit en tailleur à ses côtés.

- C'est un lecteur cassettes

Intriguée, Beth regarda à nouveau la machine. De couleur noir et orange, elle paraissait moderne. Quelque chose l'accompagnait : c'était la petite cassette que lui avait offert Theresa à Edimbourg.

- Par Merlin… Est-ce que…

Soudain passionnée, Beth chercha à tâtons un moyen d'ouvrir le lecteur. Il y avait la forme d'une ouverture qui avait la taille de la cassette. Elle passa ses ongles et tira, mais sans succès.

- Regarde, expliqua Sirius, il suffit d'appuyer sur ce bouton.

Beth s'exécuta. Le compartiment s'ouvrit alors en biais, et elle y inséra la cassette.

- Tu la mets à l'envers, intervint à nouveau Sirius en souriant. Il faut toujours que cette partie soit en haut.

Il inséra la cassette et referma le lecteur.

- Maintenant, appuie sur ce bouton pour lancer la lecture.

À nouveau, Beth s'exécuta, comme une enfant. A travers le plastique transparent de l'ouverture, elle vit que sa cassette s'était mise à tourner. Pour l'instant, seul un crépitement en sortait.

- C'est merveilleux Sirius. Où as-tu trouvé ça ?

- Le père de James me l'a fourni. C'était un objet moldu à la base, qui fonctionne à l'électricité. Je l'ai bidouillé pour qu'il puisse être alimenté par magie.

Beth leva les sourcils et s'esclaffa.

- Tu as fait ça ? C'est incroyable.

Soudain, la musique commença. Une musique que Beth se souvenait avoir entendu à Édimbourg.

- C'est génial ! s'exclama-t-elle soudain. Par Merlin, c'est incroyable ! Merci !

Soudain elle se tut, le cœur gonflé. Personne n'avait jamais fait ça pour elle. Elle regarda Sirius. Elle avait toujours considéré leur relation avec un point d'interrogation, sans vouloir jamais s'emporter dans de grands sentiments. Sans doute pour se préserver. Mais à cet instant très précis, sous le regard rieur de Léopold Dapsens, elle sentit que quelque part, au fin fond d'elle-même, Sirius venait de s'accrocher de manière irrévocable, peu importe ce qui se passerait entre eux. Elle lui sauta au cou, et ils tombèrent à la renverse sur les coussins en s'embrassant.


Le lendemain matin l'aube les réveilla, ce qui signifiait, pour un mois de janvier, qu'il était presque neuf heures. Ils descendirent tranquillement jusqu'à la Grande Salle. Comme Beth s'apprêtait à défier Sirius de venir manger à la table des Serpentard, au beau milieu d'un couloir du deuxième étage, le professeur Slughorn surgit soudain face à elle.

- Miss Ashtray ! Vous voilà enfin. Je vous ai faite chercher ce matin, mais sans succès. Veuillez me suivre, s'il vous plaît, le professeur McGonagall et moi-même avons deux mots à vous dire.

Il pivota sur ses talons et se dirigea au bout du couloir. Beth regarda Sirius en se demandant s'ils avaient été vus par quelqu'un. Visiblement, il devait se poser la même question. La jeune sorcière rejoignit Slughorn, et à deux ils prirent un escalier, passèrent sous une tapisserie, et s'arrêtèrent devant une porte que le sorcier ouvrit. Il s'agissait de la salle des professeurs, et jamais Beth n'y avait encore mis les pieds.

Lorsqu'ils eurent franchi les portes, elle découvrit une grande salle, parée d'une cheminée, remplie de quelques fauteuils cosys, et de plusieurs tables jonchées de papiers, de plumes et de pots d'encre. Au mur n'y étaient exposés que des tableaux représentant des paysages britanniques et divers animaux fantastiques. McGonagall se redressa d'une chaise, et aucun des deux professeurs ne proposa à Beth de s'asseoir quelques part. Ils préférèrent se planter face à elle, silencieux. Horace Slughorn n'était pas très grand, mais Minerva McGonagall dépassait Beth de quelques centimètres, mettant ainsi cette dernière mal à l'aise, et elle déglutit pour empêcher sa gorge de s'assécher par le stress.

- Par où commencer ? fit Slughorn en fronçant les sourcils. Le professeur McGonagall m'a rapporté un fait survenu dans sa classe, pas plus tard qu'hier.

Le visage de Beth tressaillit et elle lança un coup d'œil à son professeur de Métamorphose, qui restait les bras croisés, le regard pénétrant posé sur elle. Il y eu à nouveau un blanc et la jeune sorcière se sentit obligée de parler.

- Si vous faites allusion à ma conduite dissipée, professeur, sachez que je ne comptais pas recommencer...

Slughorn émit un petit rire et McGonagall se dérida.

- Vous ignorez vraiment le don que vous possédez, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.

Beth écarquilla les yeux et se demanda si ce n'était pas une blague.

- Pardon, Professeur, un don, vous avez dit ?

- Cela vous est-il déjà arrivé avant, reprit McGonagall, de brûler des choses sans user de votre baguette ?

Beth prit son temps avant de répondre. Ainsi était-il donc question de l'incident du papier que Sirius lui avait envoyé. Avait-elle quelque chose à se reprocher sur ce fait ? Lorsqu'elle fut bien certaine que non, elle répondit honnêtement.

- C'est déjà arrivé lorsque j'étais enfant, et deux fois depuis, malgré l'absence de ma baguette. La colère, l'auto-défense me guidaient, et hier, la gêne…

McGonagall garda le silence quelques secondes. Enfin, elle se tourna vers Slughorn, qui prit la parole.

- Le professeur Dumbledore nous a déjà fait part de l'incident qui s'est déroulé dans la forêt interdite, commença-t-il, et du possible usage de votre capacité. Nous nous étions alors posé quelques questions, sans pouvoir vérifier l'exactitude de vos dires.

- Mais hier, reprit McGonagall, j'ai eu la réponse sous mes yeux : vous avez la capacité, à l'instar des métamorphages, d'user d'une forme précise de magie sans baguette. Ce n'est pas à la portée de tous, c'est même très rare. Car ce pouvoir demande une grande maîtrise et des individus peuvent être blessés. Le feu, Miss Ashtray, est un élément difficile à contrôler, et particulièrement puissant.

Tout en l'écoutant, Beth hochait la tête, abasourdie par cette réflexion. Elle ignorait jusqu'ici que son pouvoir était unique. Comment aurait-elle pu le deviner ? Slughorn prit à son tour la parole.

- Cette forme de magie requiert le savoir de la métamorphose, Miss Ashtray. Le professeur McGonagall se propose donc de vous suivre de très près, et nous nous assurerons, ensemble, que vous soyez capable de ne plus en faire usage sous le coup de l'émotion… C'est extrêmement dangereux, le feu, et il vaut mieux au plus vite que vous le compreniez.

Beth se força à sourire. Au fond d'elle, elle se demandait si ses professeurs n'espéraient pas voir disparaître ce pouvoir. Et elle n'était pas certaine d'en avoir envie. Elle sentit en elle le besoin de se défendre.

- Je n'ai jamais mis personne en danger, Professeur, et je ne suis pas du genre à laisser mes émotions me submerger...

Le professeur McGonagall s'éclaircit la gorge.

- Miss Ashtray, nous vous avons comme élève depuis six ans, et nous vous croyons sur parole. Ce pouvoir mal utilisé pourrait néanmoins mettre en danger votre vie, et la vie d'autrui. Comprenez-vous ce que nous essayons de dire ?

- Oui, Professeur.

Beth déglutit à nouveau.

- Venez dans mon bureau lundi, après votre dernier cours, poursuivit McGonagall. Nous continuerons d'en discuter.

Lorsque Beth passa les portes de la Grande Salle quelques minutes plus tard, il n'y avait plus beaucoup d'élèves attablés à leur petit-déjeuner. Elle aperçut les Maraudeurs, et vit que Sirius la regardait et l'attendait. Beth s'avança et s'assit à ses côtés.

- Bonjour tout le monde, lança-t-elle à l'assemblée.

- Bienvenue à toi, fille Serpentard. C'est la première fois que tu viens à la table des Gryffondor, remarqua James en levant son nez de la Gazette du Sorcier. Ça doit te faire un sacré choc.

Beth étouffa un rire.

- Oh oui, fit-elle, votre majestueuse lumière me brûle et votre odeur d'ail me donne envie de retourner dans mon lit-cercueil...

Elle se servit un thé comme James, Remus et Peter s'esclaffaient. Sirius se contenta de sourire et se tourna vers elle.

- Tu as eu des ennuis ? demanda-t-il.

- Je ne suis pas sûre, mais rien qui te concerne... Je t'en reparlerais.

Elle vit que James les observait. Comme il replongeait dans son journal, Beth fut interpellée par le gros titre de la Gazette.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-elle en se tordant le cou, sourcils froncés.

Sirius émit un grognement et James referma le journal pour voir la première page.

- Ah, ça, fit-il. C'est juste les adultes qui s'ennuient. Ils ne savent plus à quoi jouer.

Le gros titre disait : Conflit sanglant sous le nez du Ministre de la Magie.

- Il y a eu des morts ? Qu'est-ce qui est arrivé ?

- Des Sangs purs faisaient propagande dans le hall du ministère, expliqua Sirius, la mine sombre. Ces types qui se font appelés les Mangemorts. Bien sûr, il y a tout un tas de nés-moldus qui travaillent là-bas, sans compter les traitres à leur sang, comme moi. Bref, il y a eu des accrochages, et ils ont fini par se battre au beau milieu du hall. Ça a dû faire un beau feu d'artifice. Mais personne n'est mort.

- Pas pour l'instant, commenta Remus en se servant de la confiture. Ça ne va sûrement pas s'arrêter là. Les Sangs purs n'ont jamais été si loin dans leurs idées, je ne pense pas qu'ils s'arrêteront.

Beth émit un murmure dubitatif. Elle se tourna vers Sirius.

- Tu crois que Lord Voldemort peut être derrière tout ça ?

- Il est probablement le grand manitou des Mangemorts, puisqu'aujourd'hui, il incarne le parti des Sangs Purs. Son nom est d'ailleurs évoqué dans l'article, mais aucune précision.

Beth but une gorgée de thé, et entreprit de se beurrer un toast.

- Son parti organise une « collecte » de fonds l'été prochain.

Elle avait sourit en parlant et les garçons se tournèrent vers elle.

- Une collecte pourquoi ? demanda Remus.

- Sûrement pas pour aider les centaures veufs et orphelins, commenta Sirius.

- Pour remplir leurs propres caisses, j'imagine. En tout cas, reprit Beth en soupirant, je vais sûrement recevoir une invitation à la réception.

Sirius écarquilla les yeux et James leva violemment la tête vers elle.

- Je savais que quelque part en toi se cachait une vraie Serpentard, avoua James.

- Tu vas accepter ? demanda Sirius.

Beth s'étrangla dans sa tasse, et se tourna vers lui en levant les sourcils.

- Bien sûr que non ! articula-t-elle.

- Mais tu dois accepter ! s'exclama Sirius.

Il y eut un blanc et tous les participants à la conversation regardèrent Sirius.

- Tu plaisantes, n'est-ce pas ? dit enfin Beth.

- Tu ne te rends pas compte de l'opportunité que c'est ? Je serais ton cavalier, bien entendu ! N'imagine pas que tu y ailles sans moi.

Beth soupira en fermant les yeux.

- J'ai compris. Un autre moyen de mettre la zizanie ?

James éclata de rire en regardant Sirius.

- J'aurais dû y penser…

- Pour ta gouverne, il est hors de question que j'y mette les pieds, reprit Beth. Hors de question que je revois ces peigne-culs qui ont hanté mon enfance. Tout ce qu'ils veulent, c'est me soutirer l'argent de mon grand-père.

James et Remus étouffèrent un rire en se regardant et Sirius porta un verre de jus de citrouille à sa bouche.

- Tu peux bien dire ce que tu veux, on ira quand même, dit-il avant de boire une gorgée.

Beth s'apprêtait à répondre, mais un hibou des marais, paré de grands cernes noirs, se posa devant Beth avec un regard pénétrant. C'était le hibou familial.

- Bonjour, Muninn, lança-t-elle gaiement.

Elle détacha la lettre attachée à sa patte et lui tendit un toast, que l'oiseau picora avant de repartir en renversant le verre de Pettigrow.

- Désolée, Peter, murmura distraitement Beth en ouvrant le courrier.

Il y avait deux choses dans l'enveloppe. Une lettre de Magdalen, et une deuxième enveloppe, fermée. Beth remarqua immédiatement que celle-ci était d'origine moldue, parce qu'on y avait accolé un timbre. Ses mains se mirent à trembler et elle figea son regard, ne sachant pas si elle devait continuer sous les yeux indiscrets des garçons. Elle finit par déplier la lettre de Magdalen. Elle lut les lignes à la verticale, jusqu'à atteindre le moment où la vieille sorcière parlait de la lettre, reçue la veille par la poste moldue. Magdalen ne l'avait pas ouverte mais espérait qu'elle apporterait de bonnes nouvelles. Le cœur de Beth battait la chamade. Elle regarda l'enveloppe. L'écriture était tremblante et petite. L'adresse au dos indiquait une ville que Beth ne connaissait pas. Elle s'éclaircit la gorge.

- Bonne fin de p'tit déj' à tous, dit-elle sans les regarder.

- Tu n'as pratiquement rien mangé, l'arrêta Sirius. Tu n'as même pas fini ton thé !

- Les filles, de nos jours, s'épuisent à faire attention à leur ligne, commenta James, sans quitter des yeux la page qui annonçait les derniers résultats du Quidditch.

Beth regarda Sirius.

- Quelqu'un a répondu à mon message sur la tombe, murmura-t-elle.

Elle attrapa son manteau et se dirigea vers la sortie. Elle entendit James sermonner Sirius sur l'inutilité de son régime à lui, comme ce dernier se dirigeait à la suite de Beth. Ils sortirent dehors et ajustèrent leurs écharpes. Ils échangèrent un regard, entamèrent une marche et Beth déchira l'enveloppe. Elle se rappela les doutes qu'avait émis Sirius, et se prépara à la possibilité qu'il s'agirait peut-être d'une farce de mauvais goût. Elle sortit la lettre et la déplia fébrilement. Quelqu'un avait maladroitement écrit sur un papier fin et quadrillé. Beth regarda immédiatement la signature mais ne reconnut pas le nom de famille de son père, Graham, celui qu'elle-même aurait dû porter. Ses yeux remontèrent et elle entama sa lecture.

Chère Elizabeth,

J'ai trouvé le mot sur la tombe de mon petit-fils Thomas. Je ne saurais dire la joie qui m'a envahie. Je ne pensais pas un jour avoir de tes nouvelles, ton grand-père ayant eu les droits sur ta garde, après la mort de ta pauvre mère. Je voudrais que tu viennes me voir à mon cottage, mes jambes ne me permettant pas les longs voyages. Je vis à quelques dizaines de kilomètres d'Édimbourg. Nous avons beaucoup de temps à rattraper... J'espère que tu viendras au plus vite.

Affectueusement,

Aileen Agatha Weir

Le regard de Beth glissa sur le chemin enneigé devant elle, puis sur le lac gelé. Elle tendit la lettre à Sirius et croisa les bras pour se réchauffer. Elle avait envie de pleurer, mais refoula ses larmes. Elle prit une profonde inspiration en se demandant quand est-ce qu'elle pourrait aller voir la vieille dame.

- Est-ce que tu peux me faire sortir de Poudlard demain ? demanda-t-elle, lorsque le garçon lui rendit sa lettre.

- Aucun problème, répondit-il en souriant. Mais comment vas-tu aller jusque chez elle ? Tu ne peux pas prendre le Magicobus, c'est trop risqué.

Beth leva le menton vers lui. Il marquait un point.

- Je prendrais les transports moldus, s'il le faut. Peu m'importe ce que ça coûtera. Au moins personne ne m'ennuiera.

- Tu es sûre ? Vu ta connaissance du téléphone, j'ai peur que tu ne débarques en France avant d'avoir compris quoique ce soit.

- Je me documenterais. Arrête d'insister...

Le Gryffondor poussa un long soupir.

- J'ai déjà pu constater à quel point tu as du mal avec le monde moldu, je veux juste m'assurer que tu arriveras chez cette personne en un seul morceau.

- Je suis majeure maintenant, précisa Beth avec un regard malicieux. Si quelque chose m'ennuie, je pourrais user de ma baguette comme il me plaira ! J'ai demandé à passer mon permis de transplaner la semaine prochaine, ajouta-t-elle en regardant dans le vide. Mais comme je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville, ou ce village, je ne peux pas visualiser ma destination, donc ça ne me servira à rien…

Sirius émit un murmure approbateur.

- Si on peut déjà atteindre Édimbourg comme ça… murmura-t-il pour lui-même.

Beth leva la tête vers lui.

- On ?

- Laisse-moi me sentir chevaleresque. Je t'accompagne. Et puis, du moment que je peux enfreindre quelques règlements, ça ne m'embête absolument pas.

Il lui envoya un clin d'œil et passa un bras par-dessus son épaule.

- Au fait, que voulait te dire Slughorn ?

- Ah, ça… Ils pensent qu'un pouvoir de pyromancie se cache en moi.

- Pyromancie ?

Sirius avait levé un sourcil et paraissait ne rien comprendre.

- McGonagall m'a vue brûler ton message sans baguette. Et dans la forêt interdite, l'année dernière, j'avais dit à Dumbledore que j'avais pu me libérer des chaînes en faisant fondre le métal par ma volonté. Je croyais simplement...

Beth chercha ses mots.

- Je croyais qu'il m'arrivait ce qui nous arrive quand on est enfant, et qu'on produit de la magie sans baguette. Mais ils ont comparé ça aux métamorphages. Et visiblement, tout le monde n'en est pas capable...

La sorcière se sentit un peu gênée et détourna la tête vers le lac.

- Ils semblaient avoir peur que j'en fasse une mauvaise utilisation, ajouta-t-elle.

Sirius ne répondit pas tout de suite.

- Et toi, qu'en penses-tu ? demanda-t-il enfin.

- Eh bien, je ne suis pas certaine de pouvoir jamais le maîtriser. Il me parait faible, et je le ressens seulement comme un pan de mon pouvoir qui m'échappe.

- Ça ne coûte rien d'essayer de t'entraîner, insista Sirius.

Il fouilla quelques secondes dans ses poches.

- Regarde ça, dit-il en montrant un bout de parchemin plié. Concentre-toi bien, au calme, et imagine-le prendre feu.

Beth secoua la tête.

- Sirius, c'est idiot, je n'ai pas la tête à ça…

- Et si je te disais que j'ai trouvé ce papier hier dans mon livre, et qu'à l'intérieur les filles de cinquième année de Gryffondor me dépeignent un portrait horrible de toi ?

- Quoi ? s'écria Beth. Donne-moi ça !

Elle tenta de l'attraper mais Sirius fut plus rapide qu'elle et l'esquiva en riant. Beth sortit sa baguette et pensa Accio parchemin, et aussitôt le papier atterrit dans sa main. Elle le déplia. Il était vierge.

- Pourquoi inventes-tu des horreurs pareilles ?

- Parce que c'est vraiment arrivé, mais je n'ai pas eu besoin de toi pour le détruire devant elles.

Beth arrêta sa marche et se tourna complètement vers lui.

- Ces... ces filles n'arrêteront donc jamais ? Est-ce que je vais vraiment devoir subir ça jusqu'à la fin de ma scolarisation ?

Elle se massa les tympans en soupirant.

- Inutile de te mettre dans cet état-là, crois-moi, intervint Sirius. Après ce que je leur ai dit, elles ne s'intéresseront plus jamais à toi. Ni à moi, d'ailleurs.

Beth leva la tête vers Sirius. Il souriait d'un air serein.

- Que leur as-tu dit ?

Un sourire éclatant illumina le visage du garçon.

- Des menaces en tout genre... J'en ai peut-être mis certaines à exécution...

Beth baissa les yeux sur la neige qui les entourait et sourit. Elle attrapa la main de Sirius et ils reprirent leur marche, l'esprit tranquille.


Il était un peu plus de dix heures du matin et le bus s'arrêta à l'heure prévue devant un abris sans couleur au village d'Elie. Deux jeunes mères y attendaient avec leurs poussettes, mais ce n'était pas leur bus qui venait de s'arrêtait, alors elles restèrent assises en continuant de bavarder. Ce bus là, c'était la ligne soixante. Elizabeth en descendit la première, et Sirius à sa suite. Elle avait réussi à transplaner en l'escortant dans le cimetière de ses parents, à Edimbourg, sans laisser de morceaux d'eux à Pré-Au-Lard, ce qui n'était pas une mince affaire. Le bus avait roulé pendant environ deux heures avant d'atteindre sa destination. Beth avait fini par s'endormir sur l'épaule de Sirius, et maintenant elle se sentait un peu lessivée. Elle regarda autour d'elle. Il y avait une vieille église devant eux, entourée de vieilles pierres tombales et d'un joli muret ancien. Le soleil était au beau fixe ce dimanche-là, et la neige avait à présent complètement fondu.

- Excusez-moi, demanda Sirius à un vieux passant qui marchait lentement. Pourriez-vous me dire où se trouve la South Street ?

- Bien sûr garçon, répondit l'homme avec l'accent écossais dans la gorge. Vers le sud, bien entendu ! Vous tournez là, à gauche, et c'est la première à droite. Vous pouvez pas vous trompez, parce que si vous continuez, vous finissez à l'eau !

Et le moldu reprit tranquillement son chemin avec un petit rire. Beth et Sirius traversèrent la route et atteignirent une rue qui semblait en effet plonger dans la mer, que le soleil rendait étonnamment turquoise. Un câble téléphonique passait au-dessus de leur tête et une corneille s'y reposait tranquillement. Ils descendirent la rue, et finirent par atteindre la South Street.

- C'est au bout de ce chemin, dit Beth en regardant les numéros.

Ils continuèrent en longeant quelques maisons. Arrivés à l'intersection de la South Street et de la Fountain Road, une plage de sable fin et des touffes d'oyats s'offrirent à eux, leur donnant une vue à couper le souffle sur la Mer du Nord. Ils contemplèrent quelques secondes les vagues tranquilles. Les rayons du soleil réchauffaient leur peau. Enfin, Beth s'arracha à ce paysage et se retourna. Un cottage lui faisait face, celui de son arrière grand-mère. Elle sortit les mains de ses poches. C'était une bâtisse en briques, pas très grande, avec une porte jaune, et des fenêtres aux montants blancs. Elle déglutit, s'approcha et appuya sur la sonnette. Elle regarda Sirius. Il s'était éloigné et marchait tranquillement sur la plage. Enfin, elle entendit quelqu'un descendre un escalier, et aperçut à travers les vitres floues de la porte un chignon de cheveux blancs. Quelqu'un tira le verrou, et le battant s'ouvrit.

Aileen Agatha Weir était une femme toute petite, avec un regard très tendre derrière de petites lunettes. Elle devait approcher les quatre-vingt-dix ans, peut-être plus. Elle portait une robe de moldue verte et un châle en laine bordeaux était posé sur ses épaules voûtées. Elles se fixèrent quelques secondes, les yeux écarquillés toutes les deux. Enfin, le visage de la vieille dame se fendit d'un sourire.

- Comme tu es belle ! Et tu as les yeux noisette de ton père !

Les lèvres de Beth tremblèrent d'abord. Ses sourcils tressaillir, et enfin, les larmes arrivèrent. Elle ferma les yeux et pleura derrière sa main.

- Oh, ma douce, dit la vieille dame en la prenant dans ses bras.

Puis elle attira Beth chez elle et referma la porte. La jeune fille prit une longue bouffée d'air pour se calmer. Elle essuya ses yeux et découvrit un petit salon confortable dans lequel Aileen la fit s'asseoir.

- Je vais te chercher un verre, murmura cette dernière en se dirigeant vers une porte.

Par la fenêtre, Beth vit Sirius mettre les mains dans les poches et contempler la plage, avant de s'éloigner. Puis elle regarda autour d'elle. Le salon démodé sentait la bonne cuisine et les vieux livres. Entre deux bibliothèques, il y avait un téléviseur minuscule. Beth savait que les moldus avaient inventé ça pour compenser leurs photographies immobiles. Il y avait une petite table basse devant elle, où reposait un vieil album photo. D'une main un peu tremblante, elle s'en empara et l'ouvrit. À la première page, on y avait laissé quelques photos volantes en noir et blanc. Une grande photo de famille, et des portraits d'enfants et d'adultes. Comme Beth tournait la première page en reniflant, Aileen réapparut avec un verre de jus de fruit et le lui tendit.

- Ce sont les membres de ma famille, dit-elle de sa voix chevrotante en voyant ce que regardait Beth. Et de ta famille, aussi. Cette photo, c'est moi quand j'avais cinq ans.

Beth regarda le visage joufflu aux yeux clairs sur le papier photographique.

- Est-ce que je ressemble vraiment à mon père ? demanda-t-elle au bout d'un moment en regardant la vieille dame.

Dans un sourire, celle-ci tourna quelques pages de l'album, et indiqua une photo sur la page de droite.

- Voilà Thomas quand il avait quinze ans…

Beth retint sa respiration en approchant l'album sur ses genoux. Un jeune garçon, figé, lui lançait un sourire complice. Les couleurs de la photo étaient délavées, mais Beth reconnut la couleur foncée de ses iris comme si elle regardait dans un miroir. Mais ses yeux n'avaient pas la même forme : alors que ceux de Beth étaient grands, son père les avait plissés, comme s'il riait toujours, sous des sourcils épais. Il avait les cheveux courts, foncés et bouclés. Encore un autre point commun. Beth laissa échapper une autre larme et la vieille dame posa une main sur son bras.

- Allons, ma petite, ça va aller. C'est une telle joie de te rencontrer, enfin !

Beth leva la tête vers elle.

- Dans votre lettre, vous disiez que mon grand-père avait eut ma garde ? Ça signifie que vous aviez essayé de me prendre avec vous ?

La vieille dame s'assit dans un fauteuil à ses côtés et soupira. Beth but une gorgée de son jus de fruit pour la requinquer.

- Oui. Ta maman est… morte, quelques minutes après avoir accouché. Elle avait fait une hémorragie... Une terrible hémorragie.

Le cœur de Beth se resserra. Aileen se pencha vers l'album et tourna encore quelques pages. Elle vit son père grandir et atteindre la vingtaine d'année. Sa mâchoire devenait plus carré, et il laissait une barbe naissante sur son visage.

- Regarde, eux, ce sont les parents de ton père, tes grands-parents. Alden et Moira. Moira était ma fille. Ils sont décédés avant de rencontrer ta maman. Alden est tombé pendant la guerre en août 1940. Moira s'est laissée mourir de maladie. À cette époque ton père, Thomas, n'avait pas encore treize ans. C'est moi qui l'ai élevé ensuite, mais c'était déjà presque un adulte dans son esprit.

Beth prit de lentes inspirations, toujours émotive, et regarda Aileen avec émotion. Cette vieille dame était-elle seule à présent ?

- Regarde ma petite, voilà ta maman.

Beth replongea dans l'album. Et elle vit sa mère, un grand sourire aux lèvres, dans une vieille église au bras de son père. C'était le jour de leur mariage. Beth ne l'avait jamais vue adulte. La photo datait des années 50, et sa mère portait une robe de satin avec un col relevé en dentelle. Elle avait une paire de lunettes qui aurait parut démodée aujourd'hui, mais elle était tout de même belle, avec sa cascade de cheveux dorés. Beth avait sa forme de visage. Derrière ses parents s'élevaient trois vitraux représentant des iconographies religieuses, qui rendaient à la scène un effet plus moldu que jamais.

- Lorsqu'on a appris que ta maman n'avais pas survécu à l'accouchement, je me suis rendue à l'hôpital avec Alice, ma deuxième fille, ta grand-tante. Là-bas, quelqu'un nous a dit que ta garde reviendrait à ton grand-père... Un homme que je n'avais jamais vu, et dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai essayé de défendre mes droits. Mais je crois que ton grand-père avait le bras long. Je ne t'ai jamais revue.

Des larmes perlaient aux yeux délavés de la vieille dame, et elle attrapa la main de Beth en souriant.

- Je vais faire du thé… dit-elle après quelques secondes de silence.

Elle s'en retourna vers la cuisine et Beth feuilleta les dernières pages de l'album. Elle pouvait voir ses parents, en tenue moldue d'été, perchés sur des falaises, ou enveloppés dans des coupe-vents, s'embrassant sous la pluie. Il y avait une photo qu'ils partageaient avec un couple plus âgés qu'eux, et la mère de Beth tenait la main d'une toute petite fille blonde qui marchait à peine. Était-ce la famille de sa tante Alice ? Avaient-ils su accueillir Susan Ashtray avec l'amour qu'elle n'avait jamais connu dans le monde sorcier, étant une cracmol ?

Un grand fracas la tira de ses pensées et Beth se leva d'un bond. Elle se rua dans la cuisine. Son arrière-grand-mère était penchée en avant, un plateau à thé renversé à terre.

- Mrs Weir ! s'exclama Beth en s'approchant. Est-ce que tout va bien ?

- Oui, oui, ça m'arrive parfois… C'est normal… C'est mon arthrite…

Beth se mit à genou et ramassa le plateau et les tasses brisées. Elle remarqua que la vieille dame se tenait la main.

- Asseyez-vous, proposa-t-elle, je m'occupe du thé.

Elle aide la vieille dame à se redresser et la fit asseoir sur une chaise de la cuisine. Et puis elle posa le plateau à côté d'un évier. Et s'assura que, dans son dos, Aileen ne regardait pas, sortit sa baguette magique, répara les tasses et fit apparaître du thé fumant dans la théière.

- Vous me parliez de ma tante Alice. Est-ce la seule famille encore vivante qu'il vous reste ?

- Oui, c'est bien ça. Elle est la fille unique de ma deuxième fille, qui est morte d'un cancer, et donc la cousine de ton père. Elle vit toujours avec son mari près d'Edimbourg, à Dirleton. Leur fille, Rachel, est mariée et habite à Glasgow. Tiens, ma petite, sur ta droite il y a un tiroir. Donne-moi donc le pot d'onguent que tu trouveras dedans, s'il te plait…

Beth s'exécuta. Aileen ouvrit le pot et massa sa main avec.

- Ça calme un peu la douleur… Avec l'âge, c'est de pire en pire. Mais je ne peux pas me plaindre aujourd'hui, je t'ai retrouvée, alors c'est un grand bonheur ! Oui, un très grand bonheur.

Beth sourit et la raccompagna dans le salon, puis récupéra le plateau à thé et s'assit à ses côtés. La vieille dame ne semblait pas s'être rendu compte que Beth n'avait pas fait chauffer d'eau, ni que ses tasses étaient miraculeusement réparées. Elles commencèrent à boire en silence.

- J'ai découvert la tombe de mes parents un peu après Noël, expliqua Beth au bout d'un moment. Ça n'a pas été facile. Quand mon grand-père est mort, il ne m'a laissé aucune indication.

- Cet homme est mort ?

- Il y a quelques mois. Son cœur a lâché.

- Mais alors, qui s'occupe de toi ?

- Ma gouvernante, Maggie, a été reconnue comme ma tutrice légale, mais maintenant je suis majeure.

Aileen s'avança sur son siège.

- Comment ça, majeure ? Tu as eu dix sept ans, j'ai pourtant calculé. Tu seras majeure l'année prochaine, non ?

Beth ignorait l'âge de majorité moldue.

- Ah oui, vous avez raison, j'avais oublié…

Aileen lui sourit en la regardant à travers ses lunettes, puis ses yeux se dirigèrent sur l'album.

- Il faut que je fasse copier les photographies, comme ça, tu en auras avec toi. Il y a un magasin de photographie à Edimbourg qui sait faire ça.

- Laissez, je m'en chargerais, vous voulez bien ? proposa Beth, qui ne voulait pas ennuyer la vieille dame alors qu'elle même en était capable d'un simple coup de baguette magique. Je vous renverrais l'album par la poste quand je l'aurais fait.

- Très bien, très bien… murmura la vieille dame en se massant la main.

Beth se promit d'ajouter au colis une potion qui calmerait ses douleurs pour de bon. Elle n'avait jamais entendu parler d'arthrite avant et se doutait bien que les sorciers savaient facilement vaincre cette maladie.

- J'ai une autre question. Pourquoi y a-t-il un héron gravé sur la pierre tombale de mes parents ?

Aileen regarda le tapis en fronçant les sourcils, puis sembla se souvenir du détail.

- Oui bien sûr, le héron, oui… La famille du père de ton père, Alden Graham, descend d'un clan écossais. Ils en ont gardé le symbole, alors il a été ajouté sur la pierre tombale.

- Un clan écossais ? demanda Beth. Qu'est ce que c'est ?

Aileen battit des paupières quelques secondes. Elle ne semblait pas comprendre que Beth ne pouvait elle-même pas comprendre.

- Et bien oui, murmura-t-elle, les clans écossais... Celui des Graham vient de pas très loin d'ici, un peu plus à l'est. Il y a un héron dans leurs armoiries…

Elle semblait confuse et Beth n'insista pas. Elle avait néanmoins compris que ce devait être un titre honorifique des moldus. Une dizaine de minutes plus tard, elle prit congé de la vieille dame en lui promettant de revenir la voir au plus tôt.

Elle sortit de la maison. Devant elle, la mer scintillait toujours sous le soleil. Elle regarda sur la plage et vit que Sirius s'était assis sur un banc public, les yeux fermés, le visage au soleil et le manteau de son uniforme ouvert. Beth s'approcha et s'assit à ses côtés en posant la tête sur son épaule.

- Comment ça s'est passé ? demanda Sirius d'une voix endormie.

Beth ne répondit pas tout de suite. Elle serrait l'album photo sous son bras. Comment décrire à Sirius l'émotion qui la submergeait ? Car elle pouvait enfin mettre un visage sur le nom de son père. Les tourments que lui avait causés Mr Ashtray avant sa mort appartenaient pour de bon au passé. À présent, il n'y avait plus que Beth et le souvenir de ses parents qui lui importait. Sa main attrapa celle de Sirius et ils restèrent dans cette position, le temps de reprendre vie.


Playlist du chapitre :

These Days - Nico : watch?v=J1N8GtDkYfQ

Boys Don't Cry – The Cure : watch?v=P9hOFOgqOds


Reviews

Elora : Ne t'en fais pas, on finira par retourner en 1995... Merci en tout cas de me suivre! Et by the way, tu m'as fait découvrir ce qu'était une Mary-Sue! J'en avais aucune idée avant, et ça m'a bien fait rire! De fil en aiguille, je me suis retrouvée à faire un test sur le net pour savoir le "degrés de Mary-Sue qui se cache dans son personnage"! Résultat, Beth s'en sort bien, comme tu l'avais prédit. Le test était super long, mais m'a bien fait marrer :)

Gerrie : Regulus... Le pauvre n'a pas un destin qu'il est facile de changer, un peu comme James et Lily. Mais je veux qu'on aperçoive mieux ce perso, qui est très influencé par sa famille, et donc difficile d'accès. Moi aussi j'aime bien Lily, c'est un perso super à creuser. J'espère que la suite continuera à te plaire...! Et merci d'être au rendez-vous! Bise!

Zaraelle : merci, merci, merci! Ça me fait toujours super plaisir d'avoir des reviews, c'est le truc le plus motivant qui soit :)

Echco : Je dis ça, je dis rien, mais peut-être qu'il y aura un peu plus de James & Lily dans le prochain chapitre... En tout cas merci beaucoup beaucoup pour tes encouragements, et pour revenir me lire ! Bise !