Bonjour à tous, j'ai le grand plaisir de vous annoncer que je suis en vacances. Du coup, je me remets sérieusement à l'écriture de GM et TI ! :)
Merci de me lire et bonne lecture :)
Chapitre 10 : L'enfance trouve son paradis dans l'instant. Elle ne demande pas de bonheur. Elle est le bonheur [Louis Pauwels]
Uther avait à peine fini de parler et de congédier tout ce petit monde que Merlin sentit que quelque chose n'allait pas. Galahad s'était incliné poliment, et avait tourné les talons. Merlin avait fait signe aux enfants de le rejoindre, et il avait commencé à partir. Arthur avait couru pour le rejoindre, un air de franche inquiétude peint sur sa bouille d'ange. Merlin se promit que cela n'arriverait plus. C'était à lui de s'inquiéter pour Arthur, pas l'inverse. Les enfants ne devraient pas avoir à supporter les tourments des adultes. Arthur grandissait trop vite.
Et c'est en prenant la main prince dans la sienne que Merlin perçut la bizarrerie de la situation. Son autre main, qui aurait dû abriter celle de Morgana, était vide. Et pour cause, la petite fille n'était pas à ses côtés. Il fit brusquement volte-face, pris d'une impulsion subite.
Poings sur les hanches, plantée au centre de la pièce, la petite fille se tenait bien droite et défiait Uther du regard. Le roi, perplexe, soutenait le regard de la petite fille.
- Morgana... ? demanda-t-il en constatant l'absence de réaction de l'enfant.
- Moi aussi, affirma-t-elle.
- Pardon ?
- Moi aussi, je veux suivre les leçons d'escrime avec Arthur auprès de Sir Galahad.
Uther haussa un sourcil surpris, mais on aurait dit qu'il n'avait plus la force de s'énerver, de lutter.
- Ne sois pas stupide, Morgana, s'agaça-t-il. Cesse de raconter des inepties. Ton père...
- Mon père vous a confié ma garde, Monseigneur, durant son absence. Mais mon père ne vous a pas donné ordre de brimer mes désirs, ni de pas empêcher mon éducation. Or mon souhait, et celui de mon père, est de m'enseigner l'escrime.
Merlin eut un demi-sourire. Ça avait encore des dents de lait, ça voulait parler comme une adulte, et ça formait des phrases bizarroïdes, fausses grammaticalement, et pourtant parfaitement claires dans la teneur de ses propos. Uther quant à lui avait l'air sidéré.
- Ce que ton père veut ou non, ce que tu veux ou non n'entre pas en ligne de compte, Morgana ! tonna-t-il. Tu es ici sous mon autorité !
- Je m'en fiche ! Je veux apprendre l'escriiiiiiiiiiiiiiiiime !
Et son hurlement fut si aigu que le réflexe premier de Galahad, sur le seuil de la porte, de Merlin, d'Arthur et même d'Uther fut de se boucher les oreilles.
- Et si je peux pas, ben je vais retrouver Papaaaaaaaaaa !
Et là dessus, elle se mit à pleurer à gros sanglots, le visage dans ses mains. Complètement paniqué, Uther chercha du soutien visuel auprès de Galahad, qui paraissait aussi déboussolé que lui. Jamais Morgana n'avait eu un tel comportement. Merlin, voyant les deux hommes incapables de réagir, s'approcha de Morgana, s'accroupit et la prit dans ses bras. Aussitôt, l'enfant enfouit son visage contre son épaule pour pleurer contre lui. Merlin resserra son étreinte et lui murmura que tout irait bien.
- Sire, finit par réagir Galahad. Après tout, Dame Morgana a le même âge que votre fils, les leçons de base devraient lui être accessibles, sans que l'étiquette dont elle est censée faire preuve n'en soit affectée.
Traduction immédiate : Morgana était noble, et la manière dont elle se comportait actuellement ne seyait absolument pas à son rang. Il valait mieux accéder à ses désirs plutôt que risquer que l'incident ne s'ébruite.
- D'accord, murmura Uther, sonné. D'accord.
Galahad hocha la tête. Et repartit aussitôt, ne souhaitant pas en entendre davantage. Il murmura à Merlin qu'il passerait organiser son emploi du temps avec celui des deux enfants, avant de s'éclipser. Merlin, quant à lui, cueillit Morgana au creux de ses bras, et la souleva de terre tandis que la petite continuait de mouiller consciencieusement sa chemise, les bras crochetés autour de son cou. Il tendit la main à Arthur, et quitta la pièce.
Aussitôt qu'ils eurent passé le coin du couloir, les sanglots de Morgana s'apaisèrent, et elle s'agita dans les bras de Merlin.
- C'est bon, Myrddin. Je peux marcher.
Surpris, Merlin la relâcha. Sur ses joues, à peine les traces de ses larmes. Sur sa bouche fleurissait un sourire mi-satisfait, mi-coupable. Merlin la regarda avec des yeux ronds.
- Ça marche toujours avec Papa, affirma-t-elle.
Merlin sourit franchement.
- Tu es une incorrigible méchante fille, Morgana. Ça mérite une punition.
Elle le regarda, soudain inquiète. Elle avait cru qu'elle aurait un allié en la personne de Myrddin, et elle avait brutalement peur qu'il aille la dénoncer au roi. Ou qu'il ne lui raconte plus de jolies histoires, comme il le faisait avec Arthur. Ou qu'elle n'ait plus le droit de jouer avec le prince.
- Mmm, réfléchit Merlin à voix haute. Oui, je sais comment je vais te punir. Ce soir, ce sera moi et pas Aéléïde qui te peignera, et tu vas voir, je serais beaucoup moins tendre pour t'enlever les nœuds !
Morgana explosa de rire, soulagée. Merlin souriait de toutes ses dents, et même Arthur se laissa contaminer par la bonne humeur ambiante.
...
Le soir même, Gildas revint avec des mauvaises nouvelles pour Uther : le sorcier était mort, et aucun complice n'avait été retrouvé. En conclusion, il n'avait aucune piste sur cet homme fou qui avait tenté d'assassiner Arthur en plein jour et en public. Merlin avait entendu la fureur d'Uther à travers les murs de pierre, alors qu'il mettait au lit les deux enfants. Il avait haussé les épaules. De ce qu'il ressentait de la magie dans le château, Arthur ne courait aucun danger. A part lui-même, aucune source de magie n'était à noter dans la citadelle. Merlin se souvenait de la sorcière, le jour de son arrivée à Camelot. Et de son fils entêté, et de sa menace. Si vingt ans après, Uther trouvait encore des fous pour s'élever aveuglément contre lui, à 1 contre 1000, il ne doutait pas que six ans après le début de la Grande Purge, ils devaient être pléthore, les sorciers qui croyaient pouvoir ramener l'ordre dans le pays en éliminant le roi !
...
Et c'est ainsi que trois jours plus tard, les leçons des deux enfants commencèrent. De bon matin, à la fraîche. Ensuite viendraient leurs leçons habituelles, et comme d'habitude, l'après midi serait libre pour eux deux, sauf si Uther les réclamait, ou qu'un évènement officiel quelconque nécessite que Merlin les pourchasse dans tout le château pour les mettre de force dans un bain et les récure des pieds à la tête.
Mais pour l'heure, il était temps d'apprendre l'art de l'épée. Merlin avait craint qu'Arthur boude au réveil, parce que le prince était de très mauvais poil au lever, que ce soit maintenant ou dans le futur. Mais manifestement les leçons d'escrime avait été une motivation suffisante pour faire bouger l'enfant, qui avait englouti son petit déjeuner sans broncher, et qui avait même toléré de Merlin qu'il peigne ses boucles blondes.
Morgana et Arthur avaient l'air impatients. Droits comme des i, sur le terrain d'entraînement, ils étaient minuscules face aux autres combattants. Mais leurs regards clairs et fiers en auraient fait reculer plus d'un. Ils n'étaient pas enfants du roi pour rien, pensa Merlin avec un pincement au cœur. Personne ne se serait aventuré à leur faire une remarque quelconque.
Finalement, Gildas sortit de la tente où il s'était réfugié pour dieu sait quelle obscure raison et s'approcha d'eux. Deux épées en bois avaient trouvé leurs places dans sa main. Les enfants inspirèrent un peu plus se redressant subtilement.
La leçon commença alors. Merlin, de son point de vue, trouva cela très rigoureux et très douloureux à regarder. Il n'osait pas imaginer ce que ça faisait de le vivre. Pourtant, aucun des petits nobles ne bronchèrent. Pas une seule fois ils se dérobèrent aux demandes de leur maître.
Gildas était d'une infinie patience avec eux. Il avait commencé par une longue introduction théorique sur l'art de l'épée, ne pas négliger ce qu'elle était capable de faire, et tout un blabla sur les conséquences qu'un homme qui porte une épée devra affronter un jour. Assommant. Bien qu'ils n'aient pas moufté une seule seconde, Merlin devinait que les deux petits n'en avaient pas écouté le premier mot. Et c'était heureux.
Merlin avait tout écouté, lui. Et déchiffré le message entre les lignes que Gil' tentait de faire passer. En résumé c'était assez simple : une épée est une arme à tuer, et celui qui l'utilise dans ce but doit répondre de son acte par la suite, et ne jamais s'en servir dans un but de vengeance... Et blablabla. La noblesse des guerriers d'Uther. Heureusement que les enfants n'avaient rien compris. Merlin ne voyait pas trop l'intérêt d'expliquer à des gosses qu'une épée peut donner la mort. Ils étaient déjà bien trop conscients de la mort, malgré leur jeune âge. Arthur avait perdu sa mère. Morgana aussi. Mourir, on le leur avait expliqué et rabâché ce que ça voulait dire. Pire, on avait dû leur dire qu'ils étaient l'un et l'autre responsables de la mort de leurs mères respectives. A leur âge, Merlin avait compris la notion de mort brutalement : le vieux Ned était tombé raide mort à ses pieds, alors qu'il allait chasser. Sa mère lui avait expliqué qu'il ne le verrait plus, et qu'il était parti dans un autre monde. Longtemps Merlin n'avait pas compris. Un autre monde, ça sonnait pour l'enfant qu'il était comme dans une grande épopée fantastique. La réalité était moins glorieuse.
- Pourquoi Gil' ne leur épargne pas ce laïus sur la responsabilité des hommes d'épée ? murmura Merlin à Galahad, qui s'occupait de leurs nouvelles recrues.
Il avait presque oublié qu'il était furieux contre lui, trop perplexe. Gal' jeta un œil vers son frère et les deux enfants, assis en tailleur au milieu du champ.
- A cause d'Ascelt, répondit-il en haussant les épaules
Mais un tic nerveux avait agité son œil. Merlin devina qu'il y avait plus que ce qu'il disait et fronça les sourcils, ne comprenant pas la réponse.
- Ascelt ?
- Ascelt, répéta Gal'. C'était le premier lieutenant d'Uther, juste avant la mort de dame Ygerne. Sa femme était une sorcière. Quand Arthur est né, et qu'Uther a banni la magie du royaume, il est devenu fou. Il a tué nombre de soldats, et s'est enfui des cachots. Un exploit. Uther le recherche toujours. Il a commis un certain nombre de meurtres, comme s'il voulait être suivi à la trace. On l'a traqué, jamais trouvé. Il a arrêté de tuer n'importe qui sur son passage depuis quelques mois à peine. Uther offre une forte récompense pour n'importe quelle information à son sujet.
Et comme s'il en avait déjà trop dit, Galahad se détourna de Merlin et en revint à l'entraînement de ses hommes. Le ventre de Merlin se serra et une bile affreuse envahit sa gorge, qu'il eut bien du mal à réfréner. Ascelt. Il connaissait cet homme. Le père d'Heriwyne. Il savait même où le trouver, ou du moins dans quelques mois, il savait où il se trouverait. Heriwyne allait perdre ses deux parents. Une goutte de sueur glacée glissa le long de sa colonne et Merlin essaya de réfléchir calmement.
Il était dans le passé, par rapport à sa vie. Bon, ceci était un fait acquis. Mais maintenant, quel passé ? L'exact passé de sa vie, ou bien une version altérée du fait de son arrivée ici ? Il fallait de toute urgence qu'il recommence à potasser les bouquins de la bibliothèque, ou qu'il aille chercher chez Gaius... Il se souvenait que son Gaius l'avait informé d'une chose : le temps était linéaire, et on ne peut changer le passé. Seul le futur reste à construire. Mais, si d'aventure quelqu'un réussissait l'exploit de voyager dans le temps (et Merlin ne pourrait jamais ce vanter de cet exploit puisqu'il ignorait comment il était arrivé ici), alors il ne pourrait rien changer. Car tout ce qui se produit s'est déjà produit. La notion était floue dans l'esprit de Merlin. Tout cela était absurde...
Mais une pensée insidieuse grandissait en lui : et si la mort des parents d'Heriwyne était de sa faute ? Si, de part son voyage dans le temps, il laissait échapper une information qui mettait Uther sur la piste du traître ? Et que de fait, celui-ci et sa femme seraient assassinés ? (1) C'était absurde, se morigéna-t-il. Si c'était le cas, cela voudrait dire que tout ce que vivait Arthur ici, son Arthur-le-roi l'avait vécu. Absurde. L'adulte ne se souvenait pas de Merlin. Pourtant il aurait dû, si l'enfant l'avait rencontré dans le passé.
Oui, mais, murmura une petite voix au fond de son esprit, tu ne portes pas le même nom. Tes vêtements sont différents. Tes cheveux sont trop longs. Tu n'es pas son valet pas dégourdi, ton es son baby-sitter-référent-paternel. Tu ne te ressembles même plus.
Merlin secoua brutalement la tête. Arthur l'enfant avait besoin de lui. Il refusait de se laisser aller aux suppositions farfelues. Il se concentra sur les deux enfants.
..
La leçon avait vraiment débuté, et debout face à face, Morgana et Arthur s'affrontaient. Enfin, c'était un bien grand mot. Gildas les interrompait toutes les deux minutes pour corriger leurs positions, raffermir leurs mouvements, redresser leurs légères épées de bois. Ils ne combattaient pas réellement.
La leçon dura. Merlin voyait dans les mouvements de plus en plus aléatoires des deux enfants qu'ils commençaient sérieusement à fatiguer, mais Gildas ne s'en rendait pas compte. D'habitude, ses leçons duraient beaucoup plus longtemps, et les élèves n'avaient pas le droit de se plaindre.
Gildas était un bon professeur. Il était la patience incarnée, n'ayant d'autre but que la réussite de ceux à qui il enseignait, et quand ceux-ci parvenait à réussir un exercice difficile pour lequel ils s'étaient entraînés à s'en faire saigner les mains, le maître d'arme s'autorisait un bref sourire. Mais le reste du temps, son regard était dur et son visage était vide.
Merlin fit signe à Galahad, et à contre cœur, celui-ci approcha, laissant à Leon le soin de gérer les autres.
- Oui ? demanda-t-il en se forçant à sourire.
L'humiliation de Merlin n'était pas loin dans leurs esprits, et en plus de cela Merlin venait de déterrer de vieux souvenirs désagréables donc aucun des deux n'avait vraiment envie de faire la conversation à l'autre.
- Gildas va les épuiser. Ils ont encore leçon de calcul juste après. Ils vont faire une bonne sieste cet après-midi, mais il ne s'agit que d'enfants... Il faudrait l'arrêter.
Gal' hocha la tête et se dirigea vers son frère pour lui chuchoter quelque chose. Aussitôt, l'autre acquiesça. Il fit s'arrêter les enfants et commença à débriefer la séance (les enfants n'en écoutèrent sans doute pas un mot) pendant que Gal' revenait vers Merlin.
- Ecoute, Myrd', commença Gal, assez gêné. A propos de l'autre jour...
- Je te pardonne en échange d'une réponse à une question, le coupa Merlin.
- Je t'écoute.
- Uther a dit l'autre jour « tu te souviens de ce qui m'est arrivé en commençant les leçons à son âge. ». Ou quelque chose comme ça. A quoi faisait-il référence ?
Gal' grogna. Il n'aimait pas la question, et n'avait pas spécialement le droit de divulguer la réponse.
- Combien de différences vois-tu entre moi et Gildas ? demanda-t-il soudainement.
- Pardon ? Ce n'est pas la questi...
- Répond.
- Mais... vous êtes jumeaux ! s'exclama Merlin.
- Ça ne répond pas à la question.
Merlin ne comprenait pas. Il regarda Gildas, puis Galahad, alternativement. Physiquement, les deux étaient semblables. Grands, forts, et les longs cheveux bruns noués en catogan. Ils étaient absolument identiques. De loin, on ne pouvait savoir qui était qui, ce qui était d'autant plus vrai puisqu'ils portaient leurs tenues de maîtres d'armes en permanence, strictement semblables. Leur caractère différait bien sûr, Galahad étant drôle et exubérant, par comparaison à son frère si fermé. Puis Merlin revint à Galahad, et soudain il comprit.
- Ton visage... murmura-t-il.
- Exactement, asséna son ami. Mon visage.
Gildas avait les traits fins et délicats, et aurait pu être beau garçon s'il avait souri plus souvent. Mais Galahad, qui pourtant offrait son sourire à tout va, ne serait jamais beau. Parce qu'il portait sur son visage des marques, des cicatrices dont Merlin ignorait la provenance, mais qui le défigurait quelque peu.
- On a tous des souvenirs d'enfance qu'on préfère oublier, Myrddin. Parfois la vie ne nous laisse pas les oublier. Uther a beaucoup de souvenirs qu'il veut oublier. Alors ne pose pas de questions.
Et il tourna les talons. Arthur et Morgana revenant vers Merlin à ce moment-là, il n'eut pas le loisir d'approfondir la question. Mais il n'avait pas vraiment eu de réponses à son interrogation. Ce qui le laissaient avec deux questions sur les bras : Quel évènement avait traumatisé Uther à ce point ? Et comment Galahad avait-il été blessé ?
...
Le temps passa. Arthur et Morgana se faisaient à leur nouveau rythme de vie, et suivaient les cours d'arithmétique et de géographie, et même de généalogie avec beaucoup plus d'enthousiasme qu'avant, maintenant que Merlin avec l'argument fatal « faites ça ou je vous prive de leçons d'escrime ! » A ces simples mots, les deux enfants filaient doux. Tant qu'ils ne comprenaient pas que c'était une menace et que Merlin n'avait absolument aucune légitimité pour ça, tout allait bien. Il avait un peu honte d'abuser de son pouvoir d'adulte sur les enfants, mais c'était tellement agréable de voir Arthur manger ses légumes, notamment les carottes qu'il haïssait, sans broncher, sans dispute, sans cris et sans pleurs.
Il lui arrivait encore de faire des crises de nerfs, mais Merlin les imputait plus souvent à la fatigue qu'à la colère ou la haine. Doucement mais sûrement, le prince commençait à apprécier son valet.
Pendant leurs longs après midi d'été que les deux enfants passèrent ensemble, ils avaient découvert grâce au valet un nouveau jeu dont ils ne se lassaient pas : cache-cache. Avec l'autorisation de se cacher dans TOUT le château, sauf quelques pièces interdites (le laboratoire de Gaius, les écuries, la salle du trône, et la chambre d'Uther, notamment). Mais pour le reste, la citadelle toute entière devenait un immense terrain de jeu. Et c'était très plaisant pour les deux petits de fuir leur baby-sitter avec des cris de ravissement, et surtout avec l'autorisation de celui-ci. Généralement, ils n'étaient pas très imaginatifs et n'allaient pas très loin : sous les lits de leur chambre, dans leurs armoires, derrière une tapisserie dans le couloir d'à côté... Parfois aussi, Merlin finissait de compter et partait les chercher, et Aéléïde lui souriait d'un air entendu, posait un doigt sur ses lèvres et désignait un renflement bizarre derrière le rideau de Morgana. Merlin criait « j't'ai trouvé ! » Arthur ou Morgana sursautait, et explosait de rire.
Bien sûr, Merlin n'était pas fou et ne perdait jamais réellement de vue ses protégés. Grâce à sa magie, il savait toujours où les trouver. Ainsi, ils auraient pu traverser douze couloirs, descendre trois volées d'escaliers et se terrer dans les cuisines, rien n'aurait empêché Merlin de les trouver. De fait, il ne cherchait pas réellement les enfants, mais se contentait de vérifier dans toutes les caches en faisant semblant de ne pas entendre les gloussements de la tapisserie.
Le jeu dura plusieurs jours. Arthur et Morgana se mirent réellement à l'apprécier le jour où Vertiger, huit ans, noble de son état et fils du baron De Rougemont leur demanda « j'peux jouer avec vous ? ». De prime abord, Arthur eut l'air de vouloir refuser. Mais comme il apprenait ses leçons avec ardeur, il savait que la politesse était de mise. Et comme il écoutait l'avis de Merlin plus que de n'importe qui, il lui demanda muettement ce qu'il devait répondre à ça. Merlin hocha imperceptiblement la tête. L'autre petit garçon et Morgana retenaient leur souffle. C'était à Arthur, le prince, de décider.
- D'accord, mais toi tu comptes d'abord.
L'autre eut les yeux qui se mirent à briller. Et sans se faire prier, il s'appuya contre le mur en cachant ses yeux et commença le décompte. Parce qu'intelligemment, Merlin faisait en sorte de ne pas toujours être le seul à compter. Sans même s'en rendre compte, Arthur et Morgana révisaient ainsi leurs leçons, beaucoup plus efficacement que n'importe quelle heure passée à la bibliothèque sur les bouquins poussiéreux.
Et c'est ainsi que Merlin eut trois participants à ses parties de cache-cache. Puis quatre. Puis six. A la fin, près de dix enfants jouaient entre eux, ce qui étendait assez difficilement le champ des recherches. Aéléïde jouait avec eux, parfois, mais la plupart du temps, Merlin retrouvait les enfants magiquement, utilisant son don pour voir le plus loin possible sans se déplacer. C'était toujours assez difficile d'utiliser ses pouvoirs. Quand il ne cherchait qu'Arthur et Morgana, ce n'était pas compliqué : l'empreinte magique de Morgana existait, de part ses pouvoirs héréditaires dont elle ignorait encore tout. Arthur aussi, avait une empreinte magique, plus atténuée car il n'était que le fruit d'une grossesse magique. Pour les retrouver, Merlin se fiait à ce flux dans l'air.
Pour les autres, il n'avait que sa vue sur laquelle il pouvait compter, et parfois, il n'osait pas utiliser ses dons. Parce qu'il venait de trouver Morgana, que la coutume voulait qu'elle continue de chercher avec lui. Et qu'elle avait beau passer sa main dans ses longs cheveux d'un air détaché, Merlin surprenait parfois le regard qu'elle posait sur lui. Elle ne disait rien, mais il n'osait plus rien faire. Les yeux trop clairs de Morgana, exact reflet des siens, l'effrayaient bien trop.
Les parties de cache-cache durèrent toute la fin de l'été. Galahad avait tenté d'approcher Merlin en le félicitant pour ses dons avec les enfants, mais ce dernier l'avait froidement éconduit :
- Quand tu apporteras une réponse à ma question, Galahad, nous pourrons envisager le pardon. D'ici là, occupe-toi des leçons d'escrimes de tes apprentis et du prince.
Gal' n'avait pas insisté. Uther, quant à lui, avait vaguement été mis au courant des jeux qu'organisait Merlin pour son fils, mais n'avait pas fait de commentaire.
Un soir, Dame Aliénor revint chercher sa fille, alors que la partie de cache-cache avait un peu trop duré et que la fillette devait rejoindre sa nurse pour aller se préparer à un quelconque repas de nobles auquel assistait la famille dans le comté voisin dans deux jours. Elle avait chaleureusement remercié Merlin de s'occuper de son enfant ainsi, et avait posé dans sa main une pièce d'argent en s'éloignant.
Merlin, abasourdi, avait contemplé la pièce de monnaie. Il touchait sa paie pour s'occuper d'Arthur, et ne la dépensait pas, trop occupé à courir derrière le petit garçon. Il n'avait jamais imaginé qu'offrir une distraction à tous ces jeunes nobles pouvait lui rapporter de l'argent. Il le faisait pour le plaisir du prince, pas dans un but rémunérateur. Malgré tout, le geste de Dame Aliénor finit par s'ébruiter et il gagna ainsi quelques jolies pièces. Il les conserva dans un bas de laine sous son matelas, indécis sur la manière de les utiliser.
Ce fut le soir où Dame Aliénor vint récupérer sa fille pour la première fois qu'Arthur eut cette réflexion douloureuse :
- Pourquoi Père ne vient pas me voir le soir ? demanda le petit garçon.
Il était recroquevillé au milieu de son immense lit, et Merlin rangeait quelques affaires en réfléchissant à l'histoire qu'il allait bien pouvoir lui raconter ce soir-là.
- Vertiger m'a dit que son père venait lui faire des bisous, le soir, avant de dormir. Morgana, elle a dit pareil. Mais Père à moi, il vient pas...
Merlin laissa aussitôt tomber le rangement qu'il menait, et s'approcha d'Arthur.
- Ton père à toi est roi, Arthur. Il a beaucoup de choses à faire, beaucoup de choses à penser. Etre un roi, ça veut dire avoir beaucoup de responsabilités. Il n'a pas le temps...
Merlin se mordit les lèvres sous le mensonge. Uther aurait parfaitement pu trouver une minute pour embrasser son fils le soir au coucher.
- Ça veut dire qu'il n'est pas fier de moi ? pleurnicha Arthur. Il veut pas me voir parc'que chsuis pas doué à l'épée...
Arthur progressait moins vite que Morgana et cela le peinait énormément.
- Ne dis jamais ça ! asséna Merlin. Tu es un gentil garçon, Arthur, et un bon fils. Ton père est fier de toi. Il n'a simplement pas le temps de te le dire, mais je suis sûr qu'il le pense...
Il fit une pause. Les yeux embués, Arthur le regardait.
- Et, s'emballa Merlin, un jour, tu seras le plus grand roi de ce monde, mon prince...
Arthur allait mieux. Les rêves de gloire et de grandeur, il appréciait beaucoup ça. Alors Merlin entama une histoire épique sur un petit prince qui devenait un grand roi. Arthur finit par s'endormir, apaisé. Mais Merlin, lui, n'avait pas calmé sa colère. Arthur avait raison. Uther négligeait son fils sans raison, au point que l'enfant souffrait du manque d'attention de son père. Malheureusement, Merlin ne changerait pas Uther, et il ne voyait rien d'autre que de rester aux côtés de l'enfant pour le soutenir.
(1) Hum. Heriwyne, et ses deux parents, Ascelt et Cléora, sont de ma pure invention. Un jour j'écrirais leur vie (qui se termine assez mal), parce qu'elle est intégralement prévue. Si ça vous dit, vous pouvez aller (re)lire le peu qu'on sait d'Heriwyne dans « De l'héritage de la vengeance ». On retrouvera ces personnages et ces allusions au cours de cette fic, donc je vous fais un bref résumé de ce qui a été leur vie (en m'arrêtant, après c'est pas intéressant) (actuellement, on est dans la partie en gras)
20 ans avant la naissance d'Arthur environ :
-Naissance de Cléora de Cambria, parmi les Grandes Prêtresses de l'Ancienne Religion.
-Cléora, adulte, refuse la charge de Prêtresse.
-Parfait son enseignement magique chez les druides
-Vie d'errance voulue. Exerce ses talents de médecin + sorcière = guérisseuse à travers les 5 royaumes, acquiert une immense notoriété.
-Rencontre avec Gaius, médecin de la cour. Deviennent amis
-Auscultation d'Ygerne, enceinte. Lui révèle qu'elle attend un garçon.
-Rencontre avec Ascelt, chef de la garde. En tombe amoureuse, l'épouse, tombe enceinte, s'installe à proximité du château.
-Accouchement et mort d'Ygerne, naissance d'Arthur, début de la Grande Purge. Uther fait pourchasser Cléora.
-Cléora, enceinte de 5/6 mois, fuit le pays.
-Ascelt s'oppose à Uther, est mis au cachot, et révèle sa nature profonde de meurtrier, fou d'amour pour sa femme, et fou tout court.
-Ascelt s'enfuit des cachots et commence 5 années de meurtre aveugle pour vengeance.
-Cléora accouche seule d'Heriwyne à Meredor, et refuse qu'Ascelt voit leur fille, se déplace sans cesse avec elle pour ne pas retrouver son époux, car sa violence l'effraie. Emmène régulièrement sa fille à Ealdor, où Heriwyne se lit d'amitié avec Merlin et Will.
-Ascelt met fin aux meurtres aveugle, se calme, et recherche Cléora. La supplie de le reprendre. Heriwyne découvre son père à l'âge de 5 ans.
-Après qql temps, Cléora et Ascelt décident de s'établir dans un village. Ils y passeront un an.
-Uther qui patientait, les retrouve et vient les assassiner. Heriwyne assiste aux meurtres de ses parents, notamment celui de sa mère de nouveau enceinte. Elle a 7 ans.
Si un jour, j'écris la vie de Mordred (sisi, j'en ai bien l'intention), Heriwyne y apparaîtra aussi ^^ C'est un personnage transversal de la série, en fait )
Reviews ? :)
Suite le Sa 28 Décembre. Entretemps, vous aurez le chapitre 3 de GM le 24 Décembre. Et je vous souhaite donc de joyeuses fêtes de fin d'année :)
10
