Volume
2 : Je suis un ninja
Palais de roi ou simples
bicoques, Immenses tours d'argent ou simples roulottes, fermes ou
maisons miteuses…
Nous dépensons beaucoup
d'énergie à construire nos royaumes minuscules.
Du
plus majestueux château à la chambre la plus humble, de
l'arrogance palpable des demeures des conseillers de Konoha aux
tracas quotidiens de survie dans des villages les plus pauvres, nous
avons un instinct indéniable de propriété.
Il
nous faut cet « espace vital ».
Notre
petite parcelle de terrain, notre place dans un monde ma fois
finalement, bien déroutant. Un coin pour rêver librement
pendant un moment et être protégé face aux
incertitudes du destin.
Shondaïme avait
sculpté, délimité, barricadé et
verrouillé notre « espace vital » à l'aide
d'un parchemin en prônant ses idéaux de paix
éternelle…
Mais avec l'espoir sincère
que ce soit un havre de paix après une vie bien remplie et qui
durerait bien après que nos os soient redevenus poussières.
Un espoir, ma foi, bien misérable qui
depuis des siècles et des siècles est resté bien
vain. La dernière guerre en est encore une preuve flagrante.
La raison de cet échec est que la paix n'est
pas derrière une porte et un code de sécurité
comme l'est mon bureau pour abriter des secrets.
Le
Kage, tellement riche, retranché dans sa citadelle inviolable,
bardé de sécurités inutiles avec une armée
formidable n'est pas forcément l'homme le plus en paix.
L'ironie du sort, c'est que plus nous nous
devons de posséder, plus cette ambition de sérénité
nous file entre les doigts car notre instinct nous demande toujours
de posséder plus.
Bien au delà
des espoirs de réussite matérielle rôde toujours
ce petit malaise. Une colère indéniable que chacun en
fait, a ressentie ne serait-ce qu'à un seul moment de sa
vie.
Sa source : la frustration tout simplement.
Une vraie liberté n'est pas réelle,
ce n'est pas un lieu ni derrière une barricade. Il faut la
chercher en soi.
Un exemple : Naruto sauva Konoha
en réalisant son rêve il est vrai… mais il ne trouva
jamais la paix intérieure à laquelle il inspirait une
fois sa quête réalisée. Au point qu'il du
s'exiler à son retour, ou plutôt il se résolue
à devenir un simple ermite voyageant de part le monde.
La
paix.
C'est ce que à quoi j'aspirai
petit en regardant les nuages avec Chouji, puis bien plus tard, quand
j'appris pour la naissance de mon fils.
En
voulant devenir ninja d'abord, j'ai cru que ce serait la vie
belle, pour plus tard avoir une femme et des enfants.
Bosser
un minimum pour la forme et être respecté par tous. Et
le soir en rentrant chez moi me faire gronder par ma femme –forcément
chiante, au moins Temari a réalisé une partie de ce
rêve-…
Bref je m'étais conçu
le mode d'emploi pour avoir la baraqua éternelle.
J'avoue
en cette heure que finalement je voulais ressembler à mon
vieux père.
Pourtant… alors que le
monde entier semble en paix, en moi je n'en ressens plus aucune.
Pourquoi ?
Je ressens aujourd'hui
cette sorte de malaise. Ce ne sont pas les petits tracas de mon
travail ou Suna qui veut mettre à tout prix son nez dans mes
affaires comme pour l'éducation de Shado…
Je
souffre plutôt de ce manque lancinant et désagréable
qu'est l'action.
Ca peut paraître stupide
mais c'est ainsi. Même mon fils, que j'aime comme la
prunelle de mes yeux n'arrive pas à me surprendre. Serait-ce
de l'apathie ?
C'est pourtant mon objectif
avoué : je suis un feignant qui aspire au calme et à la
quiétude, avec mon fils et peut être un jour, si…
quand Temari nous reviendra.
-Je pense vraiment que
cette folle est encore en vie et qu'elle pense à nous d'où
elle est… pauvre de nous…-
Je suis loin
d'avoir trouver la perfection en tant que ninja et en tant que
père. J'ai bizarrement un regret de ne plus pouvoir partir
en mission, de ne plus risquer ma vie ou même de ne plus me
faire engueuler par l'Hokage.
En voulant devenir
ninja par intérim, je suis finalement devenu un ninja dans
l'âme, une créature entièrement vouée à
l'action et ses incertitudes.
J'ai besoin
de me sentir ninja. Ma place est sur le terrain, pas derrière
un bureau ou il n'y a aucune action à par trier la
paperasse.
Pour tromper mon ennui et mon apathie,
rien ne vaut une mission avec une bonne bagarre en récompense.
J'aime cette exaltation pendant le combat. Pareil
qu'au jeu de Go, je me sens vivant que lorsqu'il s'agit de
trouver une solution à une situation délicate ou une
ruse encore plus originale que la précédente pour
piéger mon ennemi.
Quand il n'y a pas
d'action, je me sens mal à l'aise et mon cœur se
renferme. Lorsque mon chemin n'est pas l'aventure, je suis
désœuvré.
Au fil des années
de combat –et de fuite quand sa tournait trop à l'aigre-,
j'en suis venu à accepter cette vérité.
J'arrive à ainsi fuir mes tourments et je
me sens vivant dès lors. Mes combats en compagnie de Chouji et
cette vipère d'Ino me manquent.
Surtout
depuis que je sens que ma vie en tant que ninja arrive à son
terme.
Je suis un ninja et je voudrai dans l'avenir
continuer à vivre en tant que ninja.
Mais
je m'inquiète pour Naruto.
Lui qui
d'ordinaire était si heureux il y a une décennie sur
le terrain a aujourd'hui ses yeux plongés dans le lointain
quand ce n'est pas dans le vide. Il a refusé le poste
d'Hokage puis à son retour a renoncé à sa vie
de ninja
En son fort intérieur, c'est le
même mais ce qu'il a apprit la fait s'éloigné
de nous.
D'origine amoureux de l'action, il ne
cherche plus à répondre à ses instincts, ni à
sa fougue naturelle. Devant une telle léthargie, comment un
homme seul peut-il réagir ?
J'en redoute
les causes.
Ce n'est pas le genre à rester
plongé dans le passé, ni même à regretter
ses actions. Je pense qu'il a tiré des leçons trop
douloureuses de la guerre.
Comme nous tous de
sa génération, nous avons vécu de nombreux
drames et vu des choses qui d'ordinaire n'auraient jamais du
être.
Notre nature a donc beaucoup été
affectée, et le mot « amour » a pris une toute
autre résonance pour nous tous. Parfois, elle a disparu.
Incapable d'amour ?
Ca sonne
bizarre chez un type comme lui : il est toujours aussi sensible au
danger qui l'entoure. Bien qu'il ait quitté la profession,
Naruto n'a pourtant pas perdu non plus le goût à
l'entraînement.
Je pense qu'il souffre
tout simplement comme moi parmi tant d'autre, d'apathie.
Mais
il n'y a pas de cure ou de médicament miracle face à
l'apathie.
Son cœur fait la sourde oreille
devant tout. Hinata qui l'aime tellement fini presque par le
prendre en pitié. Si il ne se donne pas un bon coup de fouet,
il sera définitivement perdu.
C'est en lui
que se trouve la réponse, et de la découvrir par
lui-même, comme il a révélé la vérité
sur l'ombre qui la cachait.
Ce n'est pas à
nous de le faire à sa place.
Nara Shikamaru
