10.
- L'Araignée de Yordchill ! Elle nous attire !
- Rétro-réacteurs à pleine puissance !
Alérian fit la grimace.
- Je crains que ce ne soit déjà le cas, marmonna-t-il, doigts crispés sur ses accoudoirs. Qu'on mette toute la gomme, de tous nos réacteurs ! Qu'on fasse tourner la barre à son max, il faut montre le cul à cette étoile d'antimatière et regagner du terrain pour lui échapper !
- C'est déjà fait…
Le jeune homme tressaillit entièrement, douloureusement secoué, l'esprit soudain en ébullition, ayant presque l'impression que chacun de ses atomes se mettait à surchauffer, à se liquéfier même.
- L'Araignée, mais surtout un Sanctuaire juste devant ! Ce phénomène galactopolaine est le piège d'un ennemi qui n'est pas de nos univers ! J'y vais !
- Mais…
- Il faut que je l'affronte, que je défasse ce qui est là devant ! Sinon…
- Sinon ?
- Sinon, nous ne nous en sortirons pas ! rugit Alérian en quittant son fauteuil de commandement.
Parvenu au pont d'envol de sa navette, le jeune homme se mit aux commandes, projetant le minuscule engin galactique vers le Sanctuaire qu'il était le seul à pouvoir percevoir.
- Contrôle automatique complet dès que je serai sorti, intima le jeune homme avant de se saisir du manche à balai.
Parvenu sur le sol de son ennemi, Alérian découvrit un étrange environnement glacé – mais sans froidure – de cristaux, immaculé, inquiétant de par son silence, et il frissonna intensément.
- Cette Araignée ne serait donc qu'un leurre, une projection d'antimatière pour effrayer tout qui naviguerait dans les environs où elle apparaîtrait… Tu es le seul responsable… Qui es-tu ?
- Et toi, inutilité d'Humain, comment peux-tu comprendre ?
- Ah, te voilà… ?
- Borendrich !
- Ca ne claque pas des masses. D'ordinaire un ennemi tout-puissant a un patronyme de ouf ! Là, tu ne fais pas peur un instant, fantôme.
- Fantôme ?
- C'est l'impression que tu me donnes : spectral, longs drapés, le visage invisible, ces ondes glacées autour de toi… Tu ressembles au Spectre, mais tu es aussi complètement différent d'elle !
- « elle » ? Le Spectre est donc comme je le subodorais une Humaine à la base ! Mais là je ne me dresse devant toi que en temps que Gardien du Sanctuaire de l'Araignée, et je ne te laisserai jamais en repartir, comme à tous ceux à qui je suis apparu pour m'emparer de leurs vaisseaux !
- Quoi ?
- Ma collection, se réjouit, Borendrich.
Alérian se rapprocha de plusieurs stands, où étaient disposées des décorations, et il réalisa alors qu'il s'agissait de bâtiments spatiaux, disposés comme dans une pièce d'exposition, bien arrangés, soignés !
- Une collection ! Borendrich ! ?
- Oui, j'aime de la compagnie, j'aime avoir un bel environnement ! Et tous ces vaisseaux, ils sont jolis, ça me fait plaisir !
- Une collection ! hoqueta encore Alérian. Tu as miniaturés ces vaisseaux, tu les utilises comme objets de décoration !
- C'est mon bon plaisir, répéta Borendrich. Ne me mets des bâtons dans les roues, microscopique Humain !
Sur un claquement de langue de Borendrich, deux autres créatures encagoulées, mais armées d'étranges bâton – une masse d'arme d'un côté, un poignard de l'autre – apparurent.
Alérian se détournant, faisant face à ses véritables adversaires constituant la garde personnelle de Borendrich, il se tint prêt au pire.
- Vas-y, jeune Humain tâche seulement de défaire un seul de mes Krahis, ironisa Borendrich.
Alérian se mit en position de combat, ouvrant ses ailes.
- Il faut que j'y arrive, sinon je ne croirai jamais en mes propres pouvoirs, en ce que je peux en simple Humain justement !
Mais, après quelques passes de combat, Alérian se redressa juste devant Borendrich.
- Perdu, ironisa le Maître de l'Araignée.
- Je sais…
Et sans plus réagir, Alérian laissa le Krahis qui était parvenu dans son dos alors que son maître le distrayait, lui ouvrir le crâne du côté masse de son arme.
Et il s'envola dans les airs, déjà inconscient.
